2 février 2021 2 02 /02 /février /2021 14:13

 

Lettre n°15 | Eaux oniriques... | Textes thématiques  | No 9 |  S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages, etc. 

 

 

 

 

 

 

 

Alfonsina y El Mar /

 

 

Alfonsina et la mer

 

 

 

 

Texte du poète

Félix Luna

 

Traduit de l’espagnol par

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

Crédit photo : Alfonsina Storni, image Commons, Wikipédia, domaine public.

 

 

 

Version originale en espagnol

 

 

ALFONSINA Y EL MAR

 

 

Por la blanda arena que lame el mar 

Su pequeña huella no vuelve más 

Un sendero solo de pena y silencio llegó 

Hasta el agua profunda 

Un sendero solo de penas mudas llegó 

Hasta la espuma 

 

Sabe Dios que angustia te acompañó 

Que dolores viejos calló tu voz 

Para recostarte arrullada en el canto de las 

Caracolas marinas 

La canción que canta en el fondo oscuro del mar 

La caracola 

 


 

Te vas Alfonsina con tu soledad

¿Qué poemas nuevos fuiste a buscar? 

Una voz antigua de viento y de sal 

Te requiebra el alma y la está llevando 

Y te vas hacia allá, como en sueños 

Dormida, Alfonsina, vestida de mar 

 

 

Cinco sirenitas te llevarán 

Por caminos de algas y de coral 

Y fosforescentes caballos marinos harán 

Una ronda a tu lado 

Y los habitantes del agua van a jugar 

Pronto a tu lado 

 

 

Bájame la lámpara un poco más 

Déjame que duerma nodriza, en paz 

Y si llama él no le digas que estoy 

Dile que Alfonsina no vuelve 

Y si llama él no le digas nunca que estoy 

Di que me he ido 

 

 

 

Te vas Alfonsina con tu soledad

¿Qué poemas nuevos fuiste a buscar? 

Una voz antigua de viento y de sal 

Te requiebra el alma y la está llevando 

Y te vas hacia allá como en sueños 

Dormida, Alfonsina, vestida de mar 

 

Félix Luna y Ariel Ramírez*

 

 

 

 

Version traduite en français 

 

 

Alfonsina et la mer

 

À travers le sable doux qui lèche la mer

Se perd à jamais sa fine trace 

Rien qu’un sentier de peine et de silence se dessina

Jusque dans les profondeurs de l’eau

Rien qu’un sentier de peines muettes se dessina 

Jusqu’à l’écume

 

 

Dieu sait quelle angoisse t’accompagna

Quelles douleurs anciennes tut ta voix

Pour te reposer, bercée par le chant 

Des conques marines

La chanson que chante la conque

Dans le fond obscur de la mer

 

 

Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude 

Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher ?

Une ancienne voix de vent et de sel

Récupère ton âme et l’emporte

Et tu te diriges vers elle comme dans les rêves

Alfonsina, endormie dans ton habit marin

 

Cinq petites sirènes t’emmèneront

Par des chemins d’algues et de corail

Et de phosphorescents chevaux marins 

Tourneront autour de toi

Et les habitants de l’eau

Ne tarderont pas à se mettre à jouer à tes côtés.

 

Baisse-moi l’éclairage un peu plus

Pour que la nourrice dorme en paix

S’il appelle ne dis-lui pas que je suis là

Dis-lui qu’Alfonsina ne revient pas 

Et s’il appelle ne lui dis jamais que je suis là

Dis que je m’en suis allée

 

Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude 

Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher ?

Une vieille voix de vent et de sel

Récupère ton âme et l’emporte

Et tu te diriges là-bas comme dans les rêves

Alfonsina, endormie dans ton habit marin


 

 

* NDLR : « Alfonsina y el mar »: texte du poète Félix Luna mis en musique par le pianiste compositeur Ariel Ramírez en hommage à la poète féministe argentine Alfonsina TORNI qui, atteinte d’un cancer, s’est suicidée le 25 octobre 1938 à l’âge de 46 ans. Cette chanson fut également interprétée par la chanteuse argentine de renom Mercedes Sosa


 

 

 

***

 

Pour citer ce poème bilingue espagnol-français

 

Félix Luna (poème de), Maggy De Coster​ (traduction de), « Alfonsina y El Mar / Alfonsina et la mer  », poème bilingue espagnol-français reproduit avec l'aimble autorisation des auteurs et leur maison d'édition, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères » N°9|Fin d'Été 2021 « Femmes, Poésie & Peinture », sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 2 février 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/lettre15/no9/mdc-alfonsinayelmar

 

 

 

 

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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 15:28

 

Lettre n°15  | Eaux oniriques... | Textes poétiques thématiques |  S'ndigner, soutenir, Lettres ouvertes, Hommages, etc. | Poésie féministe pour lutter contre les violences faites aux femmes

​​​​

 

 

 

 

perdre la mer

 

​​

 

 

Houle

 

 

 

 

Crédit photo : Édouard Debat-Ponsan (1847- 1913), La Vérité sortant du puits, domaine public, image trouvée sur Wikipédia.

 

 


 

je me souviens de l'angoisse dans mon ventre. quelques jours, quelques semaines après les viols. si je portais un enfant ? si je portais l'enfant de l'homme ayant volé mon corps de petite fille ? mon ventre était déjà plein d'une peine trop lourde pour mon corps. Chaque soir et chaque matin, je me déshabillais devant le miroir de plain-pied. je contemplais mon ventre de profil, de face, de trois quarts, pour constater un changement, ou son absence. je comptais sur mes doigts les jours me séparant de mes règles. puis les jours de trop. ceux que je n'aurais jamais dû compter. pourtant mon ventre ne grossissait pas. mon ventre était une mer tranquille, qu'aucune vague ne venait troubler. je pensais que, peut-être, l'enfant était aussi fragile que moi. aussi faible que je l'avais été. peut-être même que l'enfant avait la taille de mon amour, et qu'il ne grandissait pas. j'avais tellement honte. honte de porter un enfant. honte qu’à peine sortie de l'enfance, il faille donner naissance à mon tour. je ne voulais qu'une chose, c'était que l'enfant sorte de moi, qu'il me tue. je voulais mourir, et je voulais que ma mort l'emporte, comme les rouleaux des vagues m'attirent. je voulais noyer tout mon corps. laver chaque enfant de son angoisse, et de sa haine. mais je ne pouvais pas. je ne savais pas comment faire. comment donner la vie, alors que je mourrais. donner naissance alors que j'étais incapable de survivre.


 

 

 

 

 

 

cela ne te suffit pas de prendre mon corps
et de repartir, me laissant pour morte,
quelque part sur ton lit,
les volets clos contre mes larmes.
cela ne te suffit pas de prendre mon corps.
il faut que tu l'habites,
que tu l'occupes alors même
que tu n'es plus là.
quand je rentre seule le soir,
je me fonds dans un recoin de la chambre,
mes jambes contre mon torse,
je serre mon ventre si fort
pour qu'il ne grossisse pas.
je murmure dans une prière,
il n'y a pas la place pour deux enfants
dans mon corps*

 

 

* Ces deux poèmes contiennent une  licence grammaticale portant sur le refus de la majuscule, nous les publions tels quels avec leur titre pour respecter la volonté de la poète, LPpdm. 

 

 

***

 

Pour citer ces poèmes féministes pour lutter contre le viol

 

 

Houle« perdre la mer », poèmes féministes inédits sur le viol, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 25 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/houle-perdrelamer

 

 

 

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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 16:28

 

Lettre n°15  | Eaux oniriques... | Textes poétiques thématiques

 

 

 

 

 

 

Les dépossédé. e. s

 

  

 

 

Charlène Lyonnet

 

 

 


 

 

Mélodie des sirènes alarmées,

Par le passage,

Du navire près des rochers.

Naufrage.

 

 

Dépêchées sur la plage,

Les mariées ont retrouvé,

Emportés par l’orage,

Le cœur brisé, 

Marins volages,

Maris pêcheurs échoués.

 

 

Leur dernier baiser

Était humide et salé.

 

 

À chaque mariage,

Les cloches ont résonné,

Dans le petit village.

Mères et belles mères désenchantées,

Par funèbres hommages,

Mise en garde ont formulée,

Comme un funeste présage :

 

 

« Hissée, comme sur le mât d’un voilier

Par la mer jalouse qui enrage,

Portée par les vagues tourmentées,

La voile noire du veuvage,

Déployée,

Menace d’abordage,

Les épouses restées,

Sur le rivage. »

 

 

 

***

 

Pour citer ce poème féministe 

 

 

Charlène Lyonnet​​​​« Les dépossédé.e.s », poème féministe inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 21 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/cl-lesdepossede-e-s

 

 

 

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20 janvier 2021 3 20 /01 /janvier /2021 11:08

 

Événements poétiques | Le Printemps des Poètes « Désir » | Les femmes & le désir en poésie

 

 

 

 

 

l’après-midi

 

 

d’un Rossignol

​​

 

 

Mona Gamal El Dine

 

Docteur en sciences de l'art (La Sorbonne Paris), Membre de la Société des Gens de Lettres, Membre du P.E.N Club International, Sociétaire des Poètes Français, Présidente de l'association ISIS Arts & Cultures, Fondatrice des Rencontres des Poètes pour la Paix, Membre de Cercle Universel des Ambassadeurs de la paix (Genève/Paris), Historienne de cinéma & Réalisatrice

 

 

 

 

 

 

Tu chantes nuit et jour, le printemps te fait plaisir

Tu danses sur l’arbre fruitier 

Chaque branche t’invite à voyager de l’une à l’autre

Tes secrets d’une femelle à l’autre

Tu ne connais pas la polygamie, tu prétendais !

Tu ne reconnais pas les enfants de la rue … Tu es là haut

 

Monsieur Rossignol :

Tu chantes nuit et jour, le printemps te fait plaisir

Tu danses sur l’arbre fruitier

Tu connais l’aventure comme tu aimes la nature

 

Crois-moi la nature sans engagement, sans partage devient solitude

Et,

Si tu acceptes ton voisin le Perroquet ?

Il commence par imiter ta voix en chant d’amour !

Tu réponds et il te fait signe

 

Moi, la musique et toi le chant …

 

Acte d’amitié que tu n’as pas prémédité !

 

Deux amoureux sur l’arbre est mieux qu’un, union contre un monde cruel

 

Monsieur Rossignol :

Apprends-toi le partage  

Oui, c’est vrai le perroquet parle beaucoup …

On peut dire qu’il est sociable !

 

Toi, Rossignol, tu as une voix chaleureuse qui attire le monde d’élites …

Tu as un certain regard sur ton voisin le Perroquet et sa famille nombreuse

Je pourrais te dire que l’égoïsme n’a pas le droit d’exister ...  

Je te propose un orchestre lyrique pour tous ...

 

Monsieur Rossignol :

La nature est belle, ses bras sont ouverts pour tous les chants et tous les bavardages parmi les arbres …

 

©MGED

 

***

 

Pour citer ce poème féministe & engagé 

 

Mona Gamal El Dine« l’après-midi d’un Rossignol », poème féministe inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Le Printemps des Poètes « Les femmes et le désir en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 20 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/desir/mged-rossignol

 

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans RECUEIL NO3 Poésie engagée Poésies féministes
18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 16:48

 

 

Lettre n°15 |  Eaux oniriques... | Biopoépolitique | Réflexions féministes sur l'actualité

 

 

 

 

 

Inutile [enfer]tile

 

 

​​

 

 

CAM[...]ILLE

 

 

 

 


 

Je me présente, au moins vous serez témoins :

J’ai été privée de ce qui devait être un besoin

Je suis celle qu’on plaint, celle qu’on fuit au loin

Je ne suis pas une femme dite « accomplie »

Chaque mois mon bas-ventre me rappelle, maudit,

Que j’ai lamentablement échoué dans ma vie

Mes entrailles me font lâchement défaut

Et ne veulent pas porter de marmots

Faisant sombrer mon quotidien dans le chaos

 

Je me revois, enfant rêvant d’enfants ;

Déjà pas très grand, on nous apprend

Que pour être heureux, plus tard apparemment

Il faut impérativement être parent

— On conditionne le bonheur indécemment

Une femme a un avenir de maman

C’est tout ; sinon cet être humanoïde handicapé

Sera un poids inutile pour la société

Se révolter est synonyme de malhonnêteté

 

Ô toi, maternité triomphante !

Ô toi, femme qui enfante !

Ô vous, regards et jugements implacables !

Voyez, admirez à quel point je suis une incapable !

À force, je ne sais même plus qui est coupable

Entre les normes sociétales inconscientes et moi,

Tant d’injustice, j’ai honte et peur à la fois

— Parce que donner la vie aurait été trop beau

Mais ma chair me refuse ce cadeau

 

J’ai l’intime conviction que ma vie de femme stérile

Se résume alors à des actions qualifiées de futiles

Inapte à reproduire la fin des contes de fée

Suis-je donc réduite à mon incapacité ?

Même la science m’abandonne et ne peut me sauver

Après avoir été un objet médical, encore et encore

Cette horrible machine qu’est mon corps

Ce déchet malade, anormal, défectueux

Par trop haïssable à mes yeux

 

Mais j’ai surtout trahi pour toujours

Cet Autre que j’appelle amour

Qui, patient, chaque jour à mes côtés

Supporte mon anxiété et ma mauvaise santé

M’assiste dans cette épreuve du deuil de ma maternité

Jamais je ne pourrai à mon tour pouponner

Et par ma faute lui aussi est condamné

Devenus des robots à copuler pour procréer

On en oublie la douloureuse douceur d’aimer


 



 

Je suis terrifiée à l’idée de précipiter sa perte ; Muet,

Son visage hurle ses démons, ses regrets sont mon reflet

Son regard me rappelle constamment toute notre misère

Il faudrait qu’il parte pour s’économiser cet enfer

Mon infirmité va lui aussi l’enfermer et le briser

Je ne suis digne ni de lui, ni de personne en réalité

Pas de p’tit chérubin, de petiot, de p’tit gamin

Il faudra sceller notre histoire sans la création d’un être humain

Avec en prime mon affolante culpabilité entre les mains

 

Il est de ces blessures qu’on ne peut réparer

De ces meurtrissures qu’on ne peut réconforter

Et des cassures qu’on ne peut jamais combler

J’ai perdu une chose que jamais je ne pourrai posséder

Ce vide en moi, cruel, me persécute infiniment

La nature a gagné ; alors quoi, maintenant ?

Serais-je une erreur qu’elle a produite, sans le projeter ?

Solitaire involontaire, j’ai subitement réalisé

Que j’avais été comme dépossédée de ma féminité

 

Où que j’aille, je me sens physiquement incomplète

Plantée là, anéantie devant ces mamans parfaites

Ma vue se trouble de chagrin jaloux et de sourde rage

Mais ainsi que leurs mômes, je dois rester sage

Mes pensées endeuillées de l’image d’un enfant

Le fantôme de mon bébé pour toujours absent,

C’est tellement dur qu’il me hante tout le temps

Comme s’il était né sans rester, dans mes crises de folie pure

Ça me permet d’un peu lutter contre cette sociale dictature

 

Souvent dans mon lit, très tard le soir

Je me torture l’existence avec de sales cauchemars

Aussi sales que ces flots rouges qui me font pleurer

Je ne suis pourtant pas qu’un corps qu’il faut engrosser

Je suis tellement épuisée d’un tel combat à mener

Ils ont créé un manque atrophié que j’aurais pu éviter

On essaie de me faire croire que j’ai péché

Alors que je suis seulement née, et j’ai dû tout endurer

Je crois que… j’ai le droit de me pardonner…




 

 

 

 

***

 

Pour citer ce poème féministe sur la stérilité et sur l'injonction d'être mère ou de la maternité 

 

CAM[...]ILLE, « Inutile [enfer]tile », poème féministe inéditLe Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 18 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/camille-inutile

 

 

 

 

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