12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 17:05

 

Lettre n°15  | Eaux oniriques... | Textes poétiques thématiques

 

 

 

 

 

Mer infamilière

 

 

​​

 

Texte de

 

Carole Clotis

 

 

Œuvres artistiques de

 

Poline Harbali

 

Site officiel

 

 

 

 

© Crédit photo:  Poline Harbali, Série Le Damas des autres, no 1.

 

 

« Et ce jour-là les grands vaisseaux, 

Fuyant le port qui diminue

Sentent leur masse retenue

Par l’âme des grands berceaux. »

Gabriel Fauré, Sully Prudhomme, Les berceaux

 

 

 

 

 

 

Lointaine tache d’huile toujours en devenir autre

Ligne fragile et accaparante

Ô ferry de l’enfance jeune fend chacun derrière ses armes, parfois

Revenu de soi on pourra dessiner 

Sur les mythologies familiales répétées en écume trop épaisse

S’y engouffrer et mettre une croix sur un visage connu

On y peint en rouge rappel d’un maillot rayé 

Veines vives en fratrie ou réseau augmenté des couleurs éteintes

Les chausses des dames anciennes toujours vues portées sous les chevilles enflées,

Qui ont eu un jour les cheveux noirs de là-bas

C’est toujours ce qui retient si tangage et rien autour,

Point hanté de l’univers

Toujours d’autres eaux à vêtir entre le proche et le lointain

Partir comme ouvrir une mer, l’immensité venue d’une faille

 

 

© Crédit photo:  Poline Harbali, Série Le Damas des autres, no 2.

 

 

 

Saignée blanchâtre entre toi et devant

L’albatros pélagique qui fiente dans l’Éternel

C’est toi qui vogues avec ton atavisme

Ça fume en ton vaisseau cheminée au visage maternel 

Tu penses l’ailleurs sous cette cape une main sur la cuisse 

Du père ou du frère la chair en point d’appui

Tes gouttes encrées pleuvent ce que tu es

À la proue tu écris une mer noire et deviens le monde 

 

Nouvel Euphrate tranché dans les flots déjà là 

Parce que tu suis et sèmes en chemin ton chez-toi

Tu traces tes cieux en traits étiques à l’horizon

Là naît le neuf nouveau-né ou l’adieu aux empreintes

Tu sais l’abysse utérin devenir loin

Qu’on oubliera les dates anniversaires de l’enfant regardé, 

Vieilli dans sa peau, incarné, passé

Abandon dernier des vivants hors de ses eaux premières

Tu sais l’âme jamais noyée dans le trop grand

Parce que mille bouées discutent, flottent, ayant posé leur marque

Traversé l’immuable, fait bouger et peut-être écaillé, fait changer son visage

 

Alors tu peux converser en fauteuil l’horizon dans le dos.


 

©CC

 

 

* Ce poème est écrit d'après deux œuvres de l'artiste franco-syrienne Poline Harbali. Les deux œuvres sont tirées de sa série "Le Damas des autres", voir le lien vers son site et en particulier cette série : https://www.polineharbali.com/Le-Damas-des-autres

 

***

 

Pour citer ce poème philanthropique 

 

Carole Clotis« Mer infamilière », poème inédit d'après les œuvres artistiques de Poline HarbaliLe Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 12 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/cc-merinfamiliere

 

 

 

 

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 14:37

 

Événements poétiques | Le Printemps des Poètes « Désir » | Les femmes & le désir en poésie

 

 

 

 

 

 

Désirance

 

 

​​

 

Véro Ferré

 

 

 

Tout doucement je m’efface,

Peu à peu je deviens transparente,

Imperceptiblement, je n’ai plus d’existence,

Comme si vieillir était une indécence.

 

 

Vos tempes grisonnantes sont élégance,

Mes mèches argentées négligence,

Votre désir de fleur de l’âge est légitime,

Mon entrejambe palpitant inconvenant.

 

 

Vous m’avez inculqué la honte de vieillir,

Je devrais user de mille artifices,

Camoufler les traces laissées par les années,

Pour, un tant soit peu, vous épargner.

 

 

Votre regard méprisant me fait vieille,

Je vous rebute, je vous révulse,

À vous renvoyer à votre propre finitude,

Il est plus aisé de me disqualifier.

 

 

Puisque rien ne sert de lutter, j'acquiesce

Je n’abdique pas, j’accueille

Ma peau parchemin, ses mollesses,

Ses taches avec une infinie tendresse.

 

 

Vous me voulez invisible,

Je ne me cacherai pas.

Mon désir devient inaudible,

Je n’y renoncerai pas.

 

 

Éros n’est jamais périmé,

Le feu entre mes cuisses rougeoie,

Mon désir palpite et crépite,

Mon automne sera flamboyant.

 

 

Osez à présent me regarder

Le rideau n’est pas encore tombé.

 

 

 

***

 

Pour citer ce poème féministe d'amour 

 

Véro Ferré« Désirance », poème  féministe d'amour, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Le Printemps des Poètes « Les femmes et le désir en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 11 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/desir/vf-desirance

 

 

 

 

 

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7 janvier 2021 4 07 /01 /janvier /2021 12:33

 

Lettre n°15  | Eaux oniriques  | Textes poétiques thématiques

 

 

 

 

 

 

Une féministe

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

​​​​Crédit photo :Pluie sur une toile d'araignée Commons, domaine public.

​​​​​​

 


 

En mémoire de Simone de Beauvoir 


 

Loin des yeux, du cœur, des cieux, les cris étouffés des affamées de justice se propagent parmi les hommes. 

Elle, telle une assoiffée, buvait les bouquins des bibliothèques, se cachait aux plis des pages, narguait les puissants, bavait devant la mer de toutes les mères… Crachait sa colère en méduse aux mille serpents. "Gorgone, catin, mal baisée", on lui hurlait au visage. 

Son corps tel un tableau de Picasso sonnait la fin de leur règne… 

Son visage comme une toile de Marie Laurencin, illuminait le ciel du matin. 

Cette moderne Diane ne chasse, ne pourchasse que l'encre noire du mâle. 

La mère des mers vaguait au loin sur les écumes des pages jaunies par le temps, au coin de l'œil… 

Elle restait seule, seulette, esseulée telle Christine de Pizan, telle une larme amère placardée sur un monochrome bleu fait des mots de nos maux.

 

©DS.

 

 

Poésie engagée 

 

***

 

Pour citer ce poème féministe

 

 

Dina Sahyouni, « Une féministe » poème féministe inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 7 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/ds-unefeministe

 

 

 

 

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 09:00

 

Événements poétiques | ReConfinement | Rêveries fleuries | Jour 52

 

 

 

 

 

À la belle étoile

 

 

ou le rêve éveillé

 

 

 

 

 

Christine Droit

 

 

 


 

Mill's house street, la brume envahit 

Mon cœur mon âme mes artères iroise 

Les mansardes se chauffent à ton feu de tourbe

Et la pluie pliquetiploque sur l'ardoise

De tes toits en longues coulées chagrines.


 

 

Mill's house street je reviendrai noyer 

Ma peine qui ne s'éteint pas 

Sur les pas de nos amours anciennes

J'éborgnerai tes yeux derrière les persiennes. 

Puis m'en irai sereine vers de nouvelles histoires.


 

 

Mill's house street les souvenirs s'estompent

S'éloignent en lents refrains fragiles.

Gouttes de pluie à ne pas  interrompre 

Pliquetiploquent le soir sur mes  notes d'argile 

Notes agiles, se disloquent dans le noir.


 

 

Mill's house street je partirai un jour 

Vers les déserts brûlants de ces villes sarrasines

Sur les pas effacés d'anciens bagnards  dont les ksour

Alentour entament les chants profonds et sourds 

Tisser  enfin  l'étoffe claire de leurs vies clandestines.


 

Mills' house street le ciel d'orient éclate

Au dessus de ma tête les étoiles et sous mes pieds 

Le sable incandescent de mes rêves incendiés. 

S'élève alors la clameur assourdissante  d'un peuple 

Opprimé de rêveurs, de fous, de poètes et  d'enfants.

 

 

Mill's house street à l'heure où  passent les caravanes

Écrasées de chaleur sous les étoiles le soir 

Résonnent les chants profonds et sourds, l'espoir 

La brûlante rumeur du désert, l'odeur de jasmin 

Des rêves impatients aux allures de pavane.

 

 

 

 

 

***

 

Pour citer ce poème philanthropique d'amour 

 

 

Christine Droit, « À la belle étoile ou le rêve éveillé », ​​​poème  inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 20 décembre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/reveriesfleuries/cd-belle-etoile

 

 

 

 

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19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 09:00

 

N° 8 | Dossier mineur | Florilège de poétextes | Poésie féministe pour lutter contre les violences faites aux femmes

 

 

 

 

 

 

Ève

 

 

 

 

 

 

Tiphaine Mora

 

 

 

 

© Crédit photo : Illustration du conte "La petite fille aux allumettes",  Caputre du livre par LPPDM, du conteur Hans Christian Andersen, tombé dans le domaine public.

 

 

À la mémoire de toutes les Ève, d’ici, d’ailleurs.

 Juillet 2018

 

 

 

Appelle-moi Ève. J’ai peut-être un autre nom, peu importe, parce que personne ne le prononce, et moi-même je doute qu’on m’en ait un jour donné un. Ève, c’est le nom de toutes les femmes. C’est le nom du commencement. 

​​​​Et pourtant, ce soir, je ferai partie des cinquante-cinq. ​​​​​Tu es passé en coup de vent. Tu as vu que j’étais enceinte et que je crevais de chaud, mais ta froideur ne m’a pas rafraîchie. Tu as vu que je n’étais pas bien. Et tu t’es dit, un autre s’occupera d’elle. Sans doute. Pourquoi ce serait à toi de t’arrêter ? Tu es pressé. Ou tu as peur. Ou, simplement, tu t’en fous. 

Il y a quinze jours que je suis postée au même endroit, sur le parvis de la gare, quinze jours que je te remarques et que tu me confonds avec le mur. Je suis défoncée parce que je n’en peux plus. Tu seras la goutte d’eau qui fera déborder le vase. Tu l’ignores. Mais au moment où tu es passé, que tu m’as refusé à boire ou plutôt, que tu as fait semblant de ne pas m’entendre, moi je l’ai compris. Les chiottes sont payants et il me reste à peine dix centimes.

Tu as fait semblant de ne pas m’entendre, mais si on s’était croisés quatre ou cinq ans avant, j’aurais été la femme que tu siffles dans la rue. Parce que tu m’aurais trouvée belle. Parce que la rue est à toi. Si tu m’avais matchée sur un site de rencontre, on se serait donnés rendez-vous ici et installés à la terrasse d’un café, et tu m’aurais questionnée sur ma vie, ce que j’aime et espère, avec une idée précise derrière la tête. On se serait peut-être bien entendus. On se serait revus. Je t’aurais dit que la vie est meilleure avec toi, que je suis accro au parfum de ta peau, à tes taches de rousseur, tes cheveux jamais coiffés, et j’aurais maudit ton téléphone auquel tes yeux sont scotchés. Dans la hâte de se retrouver seuls, on aurait négligé la fille qui te demande à boire. 

Ta bouteille était presque vide quand tu es sorti de la gare, d’ailleurs, peut-être que tu allais la jeter dans le bac jaune car c’est important pour toi de recycler les déchets. Il y a les fontaines, les toilettes publiques. C’est vrai. Mais vois-tu, je suis fatiguée.

J’erre ici depuis longtemps. J’aimerais être une femme qui voyage pour confier son petit au père le week-end, ou qui prend des classes affaires, un notebook dans ses bagages, pour le business. Tout est autorisé dans les gares. J’ai perdu la notion du temps. Et même quand je n’ai pas les moyens de me payer quelque chose qui me la fasse perdre, le temps flotte, il  ne m’appartient plus. Le temps, c’est pour les gens qui circulent vite, qui traversent la hall d’un pas rapide et sûr, et qui sont attendus. Mais on l’oublie pas ; c’est lui qui nous oublie. Au début, c’était comme si je criais à travers un aquarium insonorisé, et que les gens évoluaient dans un monde parallèle. J’ai cessé de crier. Ma vie a coulé, je suis partie à la dérive. Comme on dit, j’ai sombré. 

Tu n’as pas eu pitié du bébé. Tes yeux se sont posés sur mon ventre, un quart de seconde. Et tu as pensé, elle aurait dû avorter. Un mec de passage, un client, un viol. Oui, il y en a eu. Des trois. Jamais tu n’as supposé que le bébé soit une histoire d’amour. Jamais tu n’as supposé que je veuille le garder. Si tu as supposé quelque chose. 

Une fois, je t’ai vu monter à bord du train. Le contrôleur a validé ton billet avant l’embarquement, tu as ôté tes écouteurs quand il t’a posé une question, et tu es aussitôt reparti dans ta musique. Peut-être une chanson d’amour, une chanson sur une fille qu’on laisse seule sur un trottoir. Ça te plait. 

Ce soir, je ferai partie des cinquante-cinq et toi tu as gardé tes écouteurs quand je t’ai aussi posé une question. Quand je t’ai indiqué ta bouteille d’eau presque vide. Tu as rejoins ton train content parce que c’est ta dernière journée de boulot avant les grandes vacances, tu as prévu des tas de trucs. Voyage entre amis, avec tes anciens potes de fac, vous partez à l’étranger, où, tu t’en tapes, le principal c’est que vous partiez. Ou en famille, avec ta femme, ton fils, qui va rentrer en 6 eme, ta fille qui est déjà presque aussi grande que lui. Tous les quatre, vous allez vous éclater au Grau du Roi. C’est pas loin, pas cher, c’est tranquille. Ou tu vas faire du trekking, en solitaire, parce que tu es un aventurier, tu aimes le contact brut avec la nature, ça te permet de réfléchir, de faire le point sur ton existence. 

Tu quittes le taff satisfait. Tes objectifs sont atteints, la journée s’est bien passée. Aucun clash avec les collègues, même Romain qui te fait tout le temps chier. Jeanne-Marie a pris ton parti et depuis que tu l’as remis à place, il se tient à carreaux. Il le fallait. Même si d’habitude, tu es un adepte de la communication non violente. Les disputes, c’est pas ton truc. Sur la route, dans embouteillages ou si on te double sans clignotant, tu restes calme. Tu as jamais levé la main sur personne.

Il y a peut-être plusieurs heures que tu es rentré chez toi. Tu prépares tes valises, enthousiaste. Ou tu reçois à dîner. Tu emmènes ta chérie au cinéma. Il y a un film qu’elle voulait absolument découvrir avec toi. Et moi je suis là, postée au même endroit, je vais fondre dans le décor, si un parvis de gare, c’est un décor. Oui, il y a eu les vols. Les charlatans qui m’ont vendu n’importe quoi pour que je plane, et surtout que je rachète. Les viols, non, pas la nuit dans une ruelle sombre. Dans les centres d’hébergement. Il y a eu l’eau que tu m’as refusée, et ce soir, je ferai partie des cinquante-cinq

Appelle-moi Ève. J’ai peut-être un autre nom mais peu importe, parce que personne ne le prononce, et moi-même je doute qu’on m’en ait un jour donné un. Ève, c’est le nom de toutes les femmes. C’est le nom du commencement. 

 

 

***

 

Pour citer ce poème en prose féministe 

 

Tiphaine Mora, « Ève », nouvelle féministe inédite, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°8 | Penser la maladie & la vieillesse en poésie​​, mis en ligne le 19 décembre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no8//tm-eve

 

 

 

 

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