25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 10:42

Megalesia 2020 | Chroniques de la pandémie de COVID-19 | Articles & témoignages

 

 

 

 

Quand le Coronavirus induit un champ

 

lexical emprunté également

 

au théâtre antique

 

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

​​​​​​​Crédit photo : Image de la signature de Bertolt Brecht, domaine public, Wikimedia.

 

 

Le Coronavirus a fait fleurir notre champ lexical par l’émergence de toute une série de mots ou concepts dont La distanciation sociale. Ce concept en particulier m’interpelle parce qu’il me fait tout simplement penser au théâtre de Bertolt Brecht où l’effet de distanciation qui peut se traduire par l’effet d’étrangeté se trouve transposé dans notre vie quotidienne. Ainsi nos us et coutumes se trouvent modifiées : plus de poignée de main, plus d’embrassade, bref, bannissement de tout geste de proximité, ce sont les gestes barrière qui prévalent, des gestes qui sauvent, bien évidemment. 

La distanciation sociale est le summum des mesures barrière qui bouleversent toute notre structure sociale. Tout cela nous semble bien étrange. Insolite !

 

« Devant lui on portait les masques » (B. Brecht, L’Arche).

N’est-ce pas qu’aujourd’hui on porte le masque au contact des gens ? 

On n’est plus soi-même, on se dépouille de sa manière d’être, on adopte une nouvelle gestuelle, de nouveaux codes sociaux : on se tchèque avec les pieds, on se coudoie amicalement, on se prosterne devant l’autre, la main sur le cœur, c’est la symbolique de la cordialité. Peut-on parler ici d’une recherche d’esthétisme et de stylisation en comparaison au théâtre japonais dont s’inspire Brecht ? On déploie des trésors d’inventivité.  

 

Le théâtre est mis à mal depuis le confinement dû à la crise sanitaire mais un autre théâtre se joue au quotidien sur la scène nationale et internationale.  

Dans le théâtre de Brecht il y a bien sûr un jeu d’acteur. Avec la pandémie, les acteurs sont multiples : ils sont médicaux, sociaux, politiques et économiques. Chacun joue son propre rôle. Pour certains la médecine est même devenue une science prédictive. Si le théâtre avait pour but de divertir mais ce n’est point le cas ici. 

La moralité qui en découle ce sont les limites de la médecine et la mise au jour des failles de la gestion managériale de notre système de santé. Quel bel enseignement ! 

 

« […] une telle époque de confusion [sanglante]

De désordre institué, d’arbitraire planifié

D’humanité déshumanisée »

(Bertolt Brecht, L'exception et la règle)

 

Le virus se fait invisible mais inspire ceux qui sont encore debout. Le surréalisme et l’invraisemblance se côtoient et décoiffent la logique. La parole fausse fait autorité quand elle émane d’une personnalité éminente.

La télévision et les réseaux sociaux sont des espaces scéniques modernes qui révèlent les nouveaux acteurs sociaux en mal de notoriété. 

La scène est dématérialisée dans cette culture magique où les acteurs mesurent leur popularité par la montée exponentielle des « vues » et des « like ». Avec le phénomène de massification qu’induisent les réseaux sociaux la perméabilité des messages et l’adhésion des récepteurs (le public virtuel) sont un signe de satisfaction de leurs émetteurs (acteurs). Cela remplace bien les applaudissements dans les salles de spectacles classiques. 

Poserions-nous la question à l’instar de Bertolt Brecht dans La bonne âme du Se-Tchouan ?

 

« Faudrait-il d’autres hommes ? Un monde changé ?»

Ou dirions-nous encore ?

« La seule issue à ce problème qui irrite

Serait que vous réfléchissiez et tout de suite

À la manière de trouver la bonne personne

À trouver la fin qui soit bonne » (Bertolt Brecht, La bonne âme du Se-Tchouan).

 

MDC

 

***

 

Pour citer cet article

 

Maggy de Coster, « Quand le Coronavirus induit un champ lexical emprunté également au théâtre antique », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020|V - Chroniques de la pandémie de COVID-19mis en ligne le 25 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/coronavirus-scènes

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia
22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 17:30

Megalesia 2020 | Les figures des philosophes chez les écrivaines en Sciences humaines & sociales | Florilège de textes poétiques

 

 

 

En attendant Godot

 

 

 

 

Claudia Piccinno

 

 

 

 

Deux jaunes d'œuf dans un œuf

la vie et son double

Foscolo et Ortis

Dr Jekill et M. Hyde,

Je suis ici

en attendant Godot,

Est-ce que tu crois que l’Amour s’apprenne ?

Tais Toi, c’est évident que tu ne le sais pas.

Et moi ? J’ai appris à rendre les coup bas

après des amnisties inutiles répétées.

L’amour et la haine

vérité et mensonges

sentiment et calcul.

Deux jaunes d'œuf dans un œuf.

Sa coquille brisée

en fragments fous

en attendant Godot.

 

***

 

Pour citer ce poème


Claudia Piccinno, « En attendant Godot », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Megalesia 2020|III​​​​​​- Les figures des philosophes chez les écrivaines en Sciences humaines & sociales, mis en ligne le 22 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/piccinno-poemes2

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia
22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 16:14

Megalesia 2020 | Annonces diverses / Megalesia 2020 | Announcements

 

 

 AI Fictions

 

Fictions & Intelligence artificielle

 

 

​​​​​IA Fictions

 

Artificial Intelligence and Fictions

 

 

 

 

 

 

 

 

Appel à contributions / Call For Papers

 

Date limite / Dead line​​​​​

 

30 Septembre 2020 / 30 September 2020

 

Colloque international : 3-5 Juin 2021

 

 

C’est le premier colloque jamais organisé sur le thème de l’intelligence artificielle dans la fiction (littérature, séries, films, bande dessinée, jeux vidéo, arts plastiques) : on s’intéressera aux représentations de l’IA et à leurs significations ainsi qu’aux usages créatifs de l’IA pour produire et comprendre la fiction en textes, en sons, en images fixes et animées, comme en jeux vidéo.

 

Road trip entièrement écrit par une Intelligence Artificielle embarquée dans une voiture, 1 the road de Ross Goodwin a rejoint à la rentrée littéraire 2019 toute une série de textes dont le point commun était de mettre en scène et en acte un rêve d'automatisation et d'artificialisation du langage littéraire, dont la généalogie remonte au moins aux premières écritures automatiques de l'Oulipo : l'intelligence artificielle n'est désormais plus seulement une fiction mais un outil à produire des fictions. Les fictions sont autant textuelles qu'imagées. Hito Steyerl revisite la puissance narrative du film documentaire à l’aide d’algorithmes de deep learning pour mieux interroger sa capacité à façonner le réel ; Second Earth de Grégory Chatonsky nous promène dans un nouveau monde dont les images, générées automatiquement, disent déjà l’histoire, tandis qu’en associant deux images à un connecteur logique il montre la puissance d’un algorithme à créer une petite histoire (If... then, 2009).

 

Incarné dans des figures, familier, l’IA offre désormais des incarnations qui ne se résolvent pas à l’horizon apocalyptique de robots attendant l’heure de la singularité pour triompher de l’espèce humaine. L’IA n’est plus seulement l’objet d’un fantasme, mais elle devient peu à peu un instrument quotidien à travers la reconnaissance faciale ou les assistants personnels, alors qu’émergent les premiers outils d’écriture prédictive et de recommandation culturelle et l’on annonce qu’un récit produit par une intelligence artificielle aurait été finaliste d’un prix littéraire au Japon. On connaissait déjà la très riche mythologie de l’IA au cinéma, de 2001 l’Odyssée de l’espace à A.I. Intelligence Artificielle de Spielberg en passant bien sûr par Terminator ou Her : à chaque fois, les enjeux politiques, éthiques, sociaux de l’IA ouvrent des pistes de profonde réflexion critique et viennent interroger les catégories philosophiques les plus essentielles par lesquelles nous pensons l’humanité de l’homme et notre place dans le monde. Mais l’IA prend désormais une présence concrète : Databiographie de Charly Delwart propose de retracer un destin en s’appuyant sur des données numériques et leurs visualisations, Le_zéro_et_le_un. txt de Josselin Bordat essaye de mettre en scène une intelligence artificielle en phase d’éveil au monde, Kétamine de Zoé Sagan met un scène un journaliste « prédictif » centré sur les données : jamais nous n’avons été aussi proches d’agents artificiels qui s’intègrent dans nos vies.

 

 

En passant du fantasme à des outils informatiques, s’ajoutent ainsi aux représentations fictionnelles de l’IA des usages émergents des IA narratives en ouvrant un champ d’opportunité et de peur pour la culture : d’une part, la création par l’IA ou assistée par l’IA peut offrir un champ expérimental majeur intéressant autant les écrivains conceptuels que les scénaristes que les praticiens du storytelling, les plasticiens et les performeurs. D’autre part la manière dont la culture se « dataifie » et celle dont ces datas sont analysées peut affecter profondément l’industrie de la fiction et sa maîtrise de l’attention, multipliant encore notre perplexité face à l’émergence d’une intelligence narrative artificielle.

 

On invitera les contributeurs à se pencher notamment sur l’une ou l’autre de ces pistes de réflexion :

 

​​​​​ㅡ les exemples de fictions produites par l’IA : outils, projets, applications, jeux ; les méthodes informatiques utilisées : GAN, machine learning, deep learning ; les mises en fiction de l’IA : robots, cyborgs, ordinateurs ;

ㅡ les thèmes du post-humanisme, de la singularité, les utopies et les dystopies de l’IA ;

ㅡ l’histoire culturelle des représentations de l’IA et de ses inventeurs (Alan Turing par exemple) ;

ㅡ la critique produite par l’IA : analyse des publics, analyse de scénarios, algorithmes de recommandation culturelle ;

ㅡ l’analyse de la fiction par des méthodes IA dans le champ des Humanités Numériques ;

ㅡ les problèmes juridiques induits par la création : droit, partage des données, régime fiscal ;

ㅡ les esthétiques narratives de l’IA, le lien avec l’art conceptuel et la littérature en performance :

ㅡ la transformation des catégories théoriques par l’IA et la modification du vocabulaire de la critique et de la philosophie esthétique, de la notion de narration à celle de littérature ;

ㅡ la représentation des problèmes psychologiques, éthiques et politiques induits par l’IA, depuis les trois lois de la robotique d’Asimov jusqu’à Westworld ;

la dimension philosophique de la réflexion fictionnelle sur l’IA : le problème de la liberté, de la conscience, de l’agentivité, de l’autonomie ;

ㅡ l’IA comme manière d’interroger la question des minorités, le thème de la vulnérabilité, les frontières de l’humain, la frontière du genre, la frontière des espèces.

 

 

International conference : 3-5 June 2021

 

 

This is the first conference ever organized on the theme of Artificial Intelligence in fiction (literature, series, films, comics, video games) : the focus will be on representations of AI and their meanings, as well as the creative uses of AI to produce and understand fiction.

 

A road trip entirely written by an artificial intelligence embedded in a car, Ross Goodwin's 1 the road has joined at the start of the 2019 literary season a whole series of texts whose common point was to stage and act out a dream of automation and artificialization of literary language, whose genealogy goes back at least to the first automatic writings of Oulipo: artificial intelligence is no longer just a fiction but a tool for producing fiction. Hito Steyerl revisits the narrative power of documentary film using deep learning algorithms to better question its ability to shape reality; Second Earth by Gregory Chatonsky takes us into a new world whose automatically generated images already tell the story, while by associating two images to a logical connector he shows the power of an algorithm to create a small story (If... then, 2009).

 

Embodied in figures, familiar, AI now offers incarnations that cannot be resolved on the apocalyptic horizon of robots waiting for the hour of singularity to triumph over the human species. AI is no longer just the object of a fantasy but is gradually becoming an everyday tool through facial recognition or personal assistants, while the first tools of predictive writing and cultural recommendation are emerging and it is announced that a story produced by an artificial intelligence would have been a finalist for a literary prize in Japan. We already knew the very rich mythology of AI in cinema, from 2001's Odyssey of Space to Spielberg's A.I. Artificial Intelligence, via Terminator or Her : each time, the political, ethical and social stakes of AI open up avenues for deep critical reflection and question the most essential philosophical categories by which we think about mankind and our place in the world. But AI is now taking on a concrete presence. Databiographie by Charly Delwart proposes to retrace a destiny based on digital data and their visualisations ; Le_zéro_et_le_un.txt by Josselin Bordat tries to stage an artificial intelligence in the process of awakening to the world, Kétamine by Zoé Sagan sets a scene of a "predictive" journalist centred on data : never have we been so close to artificial agents that are integrated into our lives.

 

Moving from fantasy to computer tools, the fictional representations of AI are thus added to the fictional representations of the emerging uses of narrative AI by opening up a field of opportunity and fear for culture: on the one hand, creation by AI or assisted by AI can offer a major experimental field of interest to both conceptual writers and storytelling practitioners.

 

On the other hand, the way in which culture is "dated" and the way in which these dates are analyzed can profoundly affect the fiction industry and its attention control, further multiplying our perplexity about the emergence of artificial narrative intelligence.

 

Contributors are invited to consider one or other of these topics :

 

ㅡ examples of fictions produced by AI : tools, projects, applications, games ;

the computer methods used : GAN, machine learning, deep learning ;

AI's fiction : robots, cyborgs, computers ;

ㅡ the themes of post-humanism, singularity, utopias and dystopias of AI ;

ㅡ the cultural history of representations of AI and its inventors (Alan Turing for example) ;

ㅡ criticism produced by AI : audience analysis, scenario analysis, cultural recommendation algorithms ;

ㅡ the analysis of fiction by AI methods in the field of Digital Humanities ;

the legal problems induced by creation : law, data sharing, tax system ;

the narrative aesthetics of AI, the link with conceptual art and performance literature ;

the transformation of theoretical categories by AI and the modification of the vocabulary of criticism and aesthetic philosophy, from the notion of narration to that of literature ;

ㅡ the representation of psychological, ethical and political problems induced by AI, from Asimov's three laws of robotics to Westworld;

the philosophical dimension of fictional reflection on AI : the problem of freedom, consciousness, agentivity, autonomy ;

ㅡ  AI as a way of questioning the question of minorities, the topic of vulnerability, the frontiers of the human, the frontier of gender, the frontier of species.

 

Le colloque aura lieu à la Maison de la recherche de l’Université Paris 3 Sorbonne nouvelle, Maison de la recherche, 3 rue des Irlandais, 75005 Paris, du 3 au 5 juin 2021.

 

Les propositions en anglais ou en français (1 page + 1 courte bio-bibliographie) sont à envoyer à ia.fiction.2021@gmail.com avant le 30 septembre 2020.


 

The conference will take place at the Maison de la recherche of the University of Paris 3 ㅡ Sorbonne nouvelle, Maison de la recherche, 3 rue des Irlandais, 75005 Paris, from 3 to 5 June 2021.

 

Proposals in English or French (1 page + 1 short bio-bibliography) should be sent to ia.fiction.2021@gmail.com before 30 September 2020.

 

Colloque organisé par 

Alexandre Gefen (CNRS/Paris 3) en collaboration avec Marida di Crosta (Marge, Université de Lyon III), Ksenia Ermoshina (CNRS, Centre Internet et Société), Béatrice Joyeux-Prunel (Université de Genève), Léa-Saint-Raymond (ENS).

 

Conference organized by Alexandre Gefen (CNRS/Paris 3) with Marida di Crosta (Marge, Université de Lyon III), Ksenia Ermoshina (CNRS, Centre Internet et Société), Béatrice Joyeux-Prunel (University of Geneva), Léa-Saint-Raymond (ENS).

 

Alexandre Gefen

UMR THALIM, « Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité » CNRS-Université Paris 3 Sorbonne nouvelle-ENS

HAL : https://cv.archives-ouvertes.fr/alexandre-gefen

​​​

 

***

 

Pour citer ce texte / To quote this text 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Alexandre Gefen, "AI Fictions. Fictions et Intelligence artificielle / IA Fictions. Artificial Intelligence and Fictions" », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020mis en ligne le 22 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/ia-fictions-gefen

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia IA ou AI
19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 13:16

Megalesia 2020 | Revue Matrimoine

 

 

 

Celle qui avait du cran

 

 

 

Alice Diaz

 

Blog

 

 

​​​​​​© ​​​​​​​​​​Crédit photo : "Louise Colet", illustration par Alice Diaz.

 

Louise Colet, ce nom m’évoquait bien quelque chose… Et brusquement, je me suis rappelé : c’était la compagne de Flaubert. C’était tout pour moi. Une femme dans une correspondance : voilà ce à quoi je l’avais réduite. Ne me demandez pas pourquoi je n’évoque que des femmes dans ce cycle de poésie : il faut bien réparer l’oubli et reconnaître ces femmes incroyables que j’évoque dans mon blog. Louise Colet, en plus d’être une poète, était une femme très intéressante dont les actions sont souvent oubliées. Née en 1810, elle se marie à vingt ans avec un musicien, Hippolyte-Raymond Colet. Jusque-là, elle habitait Aix et répondait au nom de Louise Révoil de Servannes : après son mariage, elle s'installe à Paris et signe ses écrits Louise Colet. Assez rapidement, elle publie ses poèmes et obtient son premier prix – deux mille francs – de l’Académie française – elle en obtiendra quatre au total –. Elle tient alors un salon littéraire dans le IXème arrondissement de Paris où elle fréquente un monde littéraire très riche : Hugo, Musset, Vigny et Baudelaire en tête de liste… Elle côtoie également des peintres et des politiciens, en somme, elle est bien entourée. À trente ans, elle donne naissance à une fille, Henriette. L’ennui, c’est que ni son mari, ni son amant Victor Cousin ne reconnaissent la paternité de l’enfant. C’est alors que le journaliste Alphonse Karr révèle la liaison entre Louise et Victor au grand public. Sympa. Sauf que Louise Colet riposte : elle l’agresse réellement au couteau qu’elle lui plante dans le dos. Il s’en sort indemne, juste légèrement blessé et renonce à porter plainte contre elle. L’Histoire que nous avons apprise à l’école nous révèle ensuite ses nombreuses relations avec des artistes reconnus : Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Abel Villemain… Et surtout Gustave Flaubert, même s'il était nettement moins connu qu’aujourd’hui. Pourtant, dans les cours de français, on a tendance à le citer plus souvent qu’elle, à cantonner Louise Colet à son statut d'amante qui correspondait avec lui. On nous a appris qu’elle avait inspirée Madame Bovary, et qu’il lui envoyait ses commentaires sur sa difficulté d'écrire. Et c’est tout. Après une relation passionnée, ponctuée de longues lettres entre les deux amants, Flaubert délaisse Louise Colet avec un billet plutôt froid :

 

Madame,

J’ai appris que vous vous étiez donné la peine de venir, hier, dans la soirée, trois fois chez moi. Je n’y étais pas ; et, dans la crainte des avanies qu’une telle persistance de votre part pourrait vous attirer de la mienne, le savoir-vivre m’engage à vous prévenir : que je n’y serai jamais. J’ai l’honneur de vous saluer.

 

Flaubert l'abandonne et se met à dénigrer son travail. C’est bel et bien ce qu’il s’est acharné à faire, plutôt que de la soutenir ou de la laisser vivre tranquillement, il préférait se moquer de son ancienne maîtresse et mépriser son art. Belle ingratitude, surtout lorsqu’on sait que Louise Colet a permis au jeune auteur Flaubert de se lier avec d’autres auteurs. En effet, plus âgée et plus expérimentée que lui, l’auteure l’invitait à ses salons littéraires où il a pu croiser des artistes divers et se faire une place et une réputation dans le monde littéraire. Heureusement, Louise était toutefois reconnue de son temps : entre 1840 et 1850 elle a obtenu de nombreux prix littéraires pour son œuvre. Elle était aussi célébrée par des artistes comme Victor Hugo, qui semblait rendre l’admiration qu’elle lui portait. Son œuvre est importante – plus de vingt ouvrages – et préfigure des œuvres majeures que nous avons étudiées voire aimées comme Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire.

Louise Colet meurt à l’âge de soixante-cinq ans, en 1876. Si elle est tombée dans l’oubli de nos manuels scolaires, il est important de montrer l’injustice totale de ce méfait : la poète était importante en son temps. Ce qui nous reste d’elle, ce n’est pas ses histoires d’amour, mais bien ses écrits que je vous encourage vivement à découvrir et partager autour de vous. Louise Colet mélangeait sa vie et sa littérature, déclarant « La vie se passe ainsi à aimer, à souffrir, à méditer et à tenter de rendre en langage immortel ce qu’on a senti ». C’est aussi sa force de caractère, le féminisme qu'elle nous transmet dans ses œuvres qui méritent notre attention. Connaître son Histoire, c’est bien, y apporter de la lumière, c’est encore mieux.

 

Je crois à l’avenir
 

Louise Colet

 

Oui, les illusions dont toujours je me berce
En vain leurrent mon cœur d’un espoir décevant,
Impassible et cruel le monde les disperse,
Ainsi que des brins d’herbe emportés par le vent.

 

Et moi, me rattachant à ma fortune adverse,
J’étouffe dans mon sein tout penser énervant ;
Malgré mon désespoir et les pleurs que je verse,
Je crois à l’avenir, et je marche en avant !

 

Pour soutenir ma foi, j’affronte le martyre
Des sarcasmes que jette une amère satyre

À mon rêve d’amour le plus pur, le plus cher !

 

On peut tailler le roc, on peut mollir le fer.
Fondre le diamant, dissoudre l’or aux flammes,
Mais on ne fait jamais plier les grandes âmes !

 

***

 

Pour citer ce témoignage

 

Alice Diaz (texte et illustration), « Celle qui avait du cran », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020mis en ligne le 19 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/louise-colet-cran

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia
19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 13:15

 

Megalesia 2020 |  Lettre d'information 

 

 

 

Dernières informations en date de votre revue

et proposition d'anthologie collective

 

​​

Chères consœurs, Chers confrères en poésie,

Je vous écris pour les raisons suivantes :

 

1- souhaiteriez-vous modifier vos textes en ligne sur "La" COVID-19 pour les conformer aux normes grammaticales de l'Académie française ?

2- souhaiter avec vous la bienvenue aux chercheurs-enseignants Oswald Hermann Kouassi et Ouattara Gouhe qui ont intégré le Comité scientifique de la revue LE PAN POÉTIQUE DES MUSES ce mois-ci (pages en cours d'actualisation), et à Maggy de Coster qui rejoint la revue MARCELINE DESBORDES-VALMORE comme rédactrice en chef.

3- Aude et moi publions (presque quotidiennement) des textes dans Megalesia 2020 et dans les autres numéros en préparation. Pour les numéros 8, 9, 10 (de la revue LE PAN POÉTIQUE DES MUSES) et 1 (de la revue MARCELINE DESBORDES-VALMORE), je vous remercie de contacter les responsables des numéros 8, 9 et 1 (Françoise Urban-Menninger et de Maggy de Coster).

4- avec l'accord de la directrice éditoriale principale, je vous propose de participer à une anthologie collective d'aphorismes coordonnée par LE PAN POÉTIQUE DES MUSES sur la condition des femmes dans les sociétés contemporaines et sur la sororité comme nécessité par une à cinq pensées par personne et au plus tard le premier octobre 2020.

5- les organismes hébergés par le site www.pandesmuses.fr ont besoin des éditrices/éditeurs bénévoles pour a) s'occuper d'actualiser les pages sur Facebook, b) pour éditer des poètes (femmes et hommes) dans les périodiques paritaires, c) pour une nouvelle rubrique du PAN POÉTIQUE DES MUSES dédiée à la visibilité de la sororité. Cette zone est inspirée de la discussion enrichissante avec la doctorante Marys Renné Hertiman (à qui j'adresse tous mes remerciements).

6- transmettre avec vous des sincères condoléances et sympathies à Dina et Nelly Sahyouni (et à leur famille) qui ont récemment perdu leur père Georgeos Sahyouni.

7- vous communiquer ces deux ​​​​liens utiles : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20, http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/table

 

En vous souhaitant de belles lectures et d'agréables rentrée et déconfinement progressif,

À vous lire, avec mes remerciements,

D. Simon

Liste des documents disponibles en ligne de Megalesia 2020 

 

La mise en page continue...

 

 

​​​​​​ÉQUINOXE par Barbara Polla (dir.)

Nouvel argumentaire

David Simon, « Au plaisir de vous rendre service et de vous être utile !  » 

​​​​​Jean-Charles Paillet, « Joies en poésie »

Mustapha Saha, « Éloge de Leïla Menchari »

David Simon« Interview avec l'artiste Monsieur à l'occasion de la sortie de la chanson « Encore » »

Tatjana Debeljački, « Interview with Claudia Piccinno »

Adou Bouatenin, « La "nuit", une métaphore obsédante chez Senghor, l’exemple de "Que m’accompagnent Koras et Balafong" et de "Chaka" »

​​​​​Emmanuel Toh Bi, « Qu’est-ce que le Djèlénin-nin ?  »

​​​​​​Oswald Hermann Kouassi, « Les  Chants de Maldoror de Lautréamont : entre traditions poétiques et pratique postmoderne »

​Mustapha Saha, « Psychopathologie sociale du confinement », « Quelles mains invisibles injectent la peste et contaminent les mouches ?  », « Des vertus paradoxales de l'enfermement »

Roger Little, « La poésie-performance de Hanétha Vété-Congolo » 

Camille Aubaude, « Lettre à Vanessa Springora sur Le Consentement » 

Maggy de Coster, « Énorme, une nouvelle de Marie Sellier, Éditions Maison Malo Quirvane, 2019, 48 p. 8,50€ », « Soisik Libert, Un Dragon sur la Cimaise, L’Harmattan, Coll. Poètes des cinq continents, 2019, 62 p., 10,50€ »

Suzanne Verdier-Allut (poème d'une aïeule), « Épître à ma fille au moment de sa naissance (1770) »

Maggy de Coster, « De l’engagement à la base de la traduction »

Mille et Une Queer, « Manifeste »

​​​​​Emmanuel Toh Bi, « Un chant pour Africa », poème reggae inédit. 

Maggy de Coster, « À mots rompus »

Dina Sahyouni, « Plainte en sourdine »

​​​​Françoise Urban-Menninger, « Erreur sur la personne »

Trihn Lo & Cristina Rap, « Ek-stasis »

​​​​​Maggy de Coster, Confinitude », « La brise du soir danse sur les chemins balisés par la lune », « Annus terribilis », « Coronavirus » 

​​​​​Emmanuel Toh Bi, « ​​​​Serment vital »

Stephen Blanchard, « Coronavirus »

​​​​Yannick Resch, « ​​​Temps immobile »

Trihn Lo & Cristina Rap, « Ek-stasis »

Nicole Coppey, « Nuit », « Danseuse amoureuse »

Vivian O'Shaughnessy, « Poème récité »

Trihn Lo, « Souffrantes : D’automates et d’autres animaux pour deux violons (extrait, 2020) » 

Claudia Piccinno, « David est ton nom » « Le cri silencieux »

Maggy de Coster (sélection & traduction de l'espagnol), « "À contrevent" par Ernesto DÍAZ RODRÍGUEZ »

​Mustapha Saha, « Communiqué de presse sur "Haïm Zafrani, Penseur de la diversité" de Mustapha Saha, éditions Hémisphère / éditions Maisonneuve  & Larose, 2020 » 

Christian Malaplate, « Sondage poétique pour l'émission "Traces de Lumière" »

« Françoise Urban-Menninger (éd.), Dimension Jardins, Rivière Blanche, 2018 »

« Une conférence poétique consacrée à Valentine de Saint-Point »

​​​​​Mustapha Saha, « Mohamed Zafzaf, implacable chroniqueur des bas-fonds marocains »

Maggy de Coster, « Les structures de la famille en Haïti »

« Le Prix International de Poésie pour l'ensemble de son Œuvre de l'Académie Claudine de Tencin »

« Le Prix International de Mécènes de la Poésie de 2020 de l'Académie Claudine de Tencin » 

« Le Prix International de Traductrice & Éditrice de Poésie de l'Académie Claudine de Tencin » 

« Le Prix International de Poésie Audiovisuelle de l'Académie Claudine de Tencin »

« Le Prix International de Poésie féministe de l'Académie Claudine de Tencin »

Alice Diaz, « Celle qui avait du cran »

​​​​​​LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Nouvel argumentaire pour Megalesia 2020 », «  Revue Marceline Desbordes-Valmore (MDV)|Accueil  »

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Pour citer cet avis 

David Simon, « Dernières informations en date de votre revue et proposition d'anthologie collective », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Megalesia 2020, mis en ligne le 17 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/newsletter

 

 

Mise en page par David Simon

Dernière mise à jour : 19 mai 2020

 

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