8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 16:32

 

Megalesia 2020 | Littérature & poésie de jeunesse 

 

Épître à ma fille

au moment de sa

naissance (1770)

​​​ 

 

 

Suzanne Verdier-Allut

 

Poème choisi, transcrit et remanié par Astartê

 

 ​​​​​​​​​​Crédit photo :  Image de livres anciens dans une bibliothèque, domaine public, Wikimedia.

​​​​​​​​​​

 

 

Ce poème est reproduit du recueil Un pan de poèmes pour Toutes à l'école (coll. Flora, PAN DES MUSES-Éditions de la SIÉFÉGP, Grenoble, 2015) avec l'aimable autorisation de la maison d'édition et de l'écrivaine Astartê (nom de plume de Dina Sahyouni).


 

 

Oui, le destin a couronné mes vœux ;

Oui, je l'obtiens ce tendre nom de mère,

Ce nom sacré, ce nom que je préfère

À tout l'éclat des titres fastueux.

Ô cher objet, dont la naissance aurore

N'offre à mes yeux qu'une faible lueur,

Ma voix t'appelle, et tu ne peux encore

Ouïr mes sons, ni répondre à mon cœur.

Enveloppé d'un ténébreux nuage,

Le tien se tait ; le tien ne connaît pas

Du sentiment la force et le langage ;

Mais je te vois, je te presse en mes bras,

De mes baisers je couvre ton visage.

Eh ! Quel sujet plus digne de mes vers

Que ces transports dont j'éprouve l'ivresse ?

Tout s'embellit au feu de ma tendresse ; 

Je ne vois rien dans ce vaste univers 

Qui ne me flatte ou qui ne m'intéresse.

J'aime ces bois, j'aime ces prés riants :

Ils t'offriront leur ombre et leur verdure ;

J'aime à compter les trésors du printemps :

Ils serviront un jour à ta parure ;

Cet air, ce ciel a plus d'attraits pour moi,

Et ce soleil qui luit sur la nature,

Dieux ! Qu'il me plaît ! Il brille aussi pour toi.

Ah ! Si l'instant qui commence ta course

De tant de biens m'ouvre déjà la source,

Que l'avenir me promet d'heureux ans !

Que mon destin sera digne d'envie,

Quand, de tes bras faibles et caressants

Flattant le sein où tu reçus la vie,

Tu souriras à mes embrassements !

Quand tu feras par tes jeux innocents

L'amusement de ta mère attendrie !

À ces plaisirs un plus parfait bonheur

Succédera : le temps les fera naître

Ces jours si beaux, mais si lents à paraître,

Où la raison éclairera ton cœur, Où, moins frivole et digne de son être, Ton âme enfin connaîtra sa grandeur.

Jours précieux, empressez-vous d'éclore...

Mais, qu'ai-je dit ? Où tendent mes souhaits ?

Ma fille, hélas ! Par ces vœux indiscrets,

C'est ton malheur peut-être que j'implore !

Dans ce berceau que n'habita jamais

Le noir soupçon, la sombre défiance,

Tu dors sans crainte ; une heureuse ignorance

Te fait jouir des charmes de la paix.

Tu dors ; le ciel protège ton asile ;

Là, ton repos aussi doux que facile

Des soins amers fut toujours respecté,

Et quand tes yeux s'ouvrent à la clarté,

Comme ton cœur ton regard est tranquille.

Tu ne vois pas le funeste concours

Des maux cruels qui déjà t'environnent ;

Tu ne sais point quels dangers empoisonnent,

À chaque pas, nos déplorables jours ;

Des passions la triste connaissance

N'a point encor troublé ton innocence :

Tu ne verras que trop tôt leurs effets ;

Trop tôt, hélas ! En butte à leur puissance,

Tu donneras d'inutiles regrets

Au calme heureux dont jouit ton enfance.

Et si jamais d'un charme impérieux

Le faux prestige égarait ta faiblesse !

Si, quelque jour, tu condamnais mes yeux

À d'autres pleurs que ceux de la tendresse !...

Ô dons des cieux ! Ô vertus ! Ô talents !

Loin de ma fille écartez ces tyrans !

Protégez-la ; préservez sa jeunesse

Et des écueils et des pièges trompeurs !

Puisse cette âme innocente et timide,

Libre par vous des communes erreurs,

Croître à l'abri de votre heureuse égide !

Et toi, l'objet de mes soins les plus chers,

Tandis qu'au ciel dont tu vois la lumière

En ta faveur mes vœux seront offerts,

Commence en paix ta naissante carrière ;

Et que le temps, dont la rapide faux

Moissonnera ces tranquilles journées,

En t'apportant de nouvelles années

N'offre à ton cœur que des plaisirs nouveaux.

Je l'avouerai : ce vieillard implacable

À trop souvent excité ma frayeur ;

J'ai redouté son aile infatigable

Qui, chaque jour, enlève quelque fleur

À mon printemps : mais si son inconstance

Fane mes jours pour embellir les tiens,

Si son pouvoir, aidant ma vigilance,

En t'éclairant sur les maux et les biens

Forme aux vertus ta fragile existence,

Si, pour tout prix de ce travail si doux,

Je puis enfin jouir de mon ouvrage,

De ses rigueurs loin de craindre l'outrage,

Il peut frapper : je bénirai ses coups.


 

Référence bibliographique :

VERDIER-ALLUT, Suzanne, Les Géorgiques du midi poème en quatre chants suivi de diverses pièces de poésie, avec une notice sur Mme VERDIER-ALLUT par Madame FORNIER de CLAUSONNE (sa fille), ouvrage édité par FORNIER de CLAUSONNE Gustave (président à la cour impériale de Nîmes et Petit-fils de l'auteur), Paris, Librairies-éditeurs Michel Lévy frères, 1862.

 

Référence bibliographique numérique :

─ VERDIER-ALLUT, Suzanne, Les Géorgiques du Midi : poème en poésie, avec une notice sur Mme VERDIER-ALLUT, édité par FORNIER de CLAUSONNE, Gustave (1797-1873), Paris, Michel Lévy frères, Librairie nouvelle, 1 vol., 252 p., 1862, in-18, url : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k 6472578d. Poème « Épître à ma fille au moment de sa naissance (1770) », p. 175-181 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6472578d/f191.image, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6472578d/f192.image, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6472578d/f193.image, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6472578d/f194.image, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6472578d/f195.image, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6472578d/f196.image, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6472578d/f197.image.

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Suzanne Verdier-Allut, « Épître à ma fille au moment de sa naissance (1770) », poème reproduit du recueil Un pan de poèmes pour Toutes à l'école, transcrit et remanié par Astartê, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020mis en ligne le 8 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/epitre-naissance

 

 

Mise en page par David Simon

 

© Tous droits réservés 

Retour à la table de Megalesia

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia

Publications

 

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

Rechercher

À La Une

  • No 10 | AUTOMNE 2021
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE & MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES & PRATIQUES N° 10 | AUTOMNE 2021 CÉLÉBRATIONS DES LAURÉATES & LAURÉATS* DE L'ACADÉMIE CLAUDINE DE TENCIN & DIX ANS DE CE PÉRIODIQUE AVEC LES INVITÉES...
  • No1|MDV|Célébration
    PÉRIODIQUES | REVUE MDV | N°1 | CÉLÉBRATION Célébration © Crédit photo : Cristina Rap (illustration et photographie), Marceline Desbordes-Valmore, dessin inspiré de ses œuvres, été 2020. IMPORTANT : Suite à un problème technique grave et indépendant de...
  • Un Pan de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES VOUS PRÉSENTE L'ÉVÉNEMENT POÉFÉMINISTE UN PAN D E POÈMES POUR TOUTES À L'ÉCOLE & LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FILLES ÉDITION 2021 QUI FÊTE LE 11 OCTOBRE 2021 LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FILLES CET ÉVÉNEMENT...
  • Adieu à l'enfance / Adiós a la niñez
    Événements poétiques | Un Pan de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2021, N°10 | Célébrations | Dossier majeur | Florilège & REVUE MDV | N°1 Célébration | AS | Spicilège Adieu à l'enfance / Adiós a la niñez...
  • La poésie et la prose de Maggy De Coster étudiées à l’Université italienne... Trois volets
    N°10 | Célébrations | Dossier majeur | Articles & Témoignages La poésie & la prose de Maggy De Coster étudiées à l’Université italienne à travers le prisme de l’autotraduction & de l’intuitisme Propos recueillis & volets réalisés par Stefania Pisano Maria...
  • Nos informations et publications depuis le premier septembre
    N° 10 | Célébrations | Agenda poétique Nos informations & publications depuis le premier septembre Crédit photo : "Roses", image de Wikimedia, Commons. Cher lectorat, LE PAN POÉTIQUE DES MUSES vous adresse son unique rappel pour prendre part au dixième...
  • Splendeur et solitude d'Isadora Duncan
    N°10 | Célébrations | Dossier mineur | Florilège Splendeur & solitude d'Isadora Duncan Mustapha Saha Sociologue, poète, artiste peintre Crédit photo : La danseuse, chorégraphe & auteure américaine "Isidora Duncan" S tadsschouwburg, 1904-1905, domaine...
  • NO 9| FIN D'ÉtÉ 2021
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE & MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES & PRATIQUES VOUS PRÉSENTE SON N°9 | FIN D' ÉTÉ 2021 FEMMES, POÉSIE & PEINTURE 2ÈME VOLET SOUS LA DIRECTION DE Maggy DE COSTER © Crédit photo : œuvre...
  • No 9 | Sommaire
    N°9| SOMMAIRE N°9|FIN D'ÉTÉ 2021 FEMMES, POÉSIE & PEINTURE 2 ÈME VOLET Sous la direction de Maggy DE COSTER Nous continuons la mise en ligne interrompue involontairement en 2018 avant la parution du numéro en version imprimée en octobre 2021. Le Pan Poétique...
  • Quand la peinture devient Poésie
    N°9 | Femmes, poésie & peinture | Éditorial Femmes en poésie & en peinture, Dina Sahyouni Poéticienne, éditrice, lyreuse & fondatrice de la SIÉFÉGP Crédit photo : "Psalter with rose", image de Commons, Wikimedia domaine public. L'art de composer des poèmes...