19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 13:16

Megalesia 2020 | Revue Matrimoine

 

 

 

Celle qui avait du cran

 

 

 

Alice Diaz

 

Blog

 

 

​​​​​​© ​​​​​​​​​​Crédit photo : "Louise Colet", illustration par Alice Diaz.

 

Louise Colet, ce nom m’évoquait bien quelque chose… Et brusquement, je me suis rappelé : c’était la compagne de Flaubert. C’était tout pour moi. Une femme dans une correspondance : voilà ce à quoi je l’avais réduite. Ne me demandez pas pourquoi je n’évoque que des femmes dans ce cycle de poésie : il faut bien réparer l’oubli et reconnaître ces femmes incroyables que j’évoque dans mon blog. Louise Colet, en plus d’être une poète, était une femme très intéressante dont les actions sont souvent oubliées. Née en 1810, elle se marie à vingt ans avec un musicien, Hippolyte-Raymond Colet. Jusque-là, elle habitait Aix et répondait au nom de Louise Révoil de Servannes : après son mariage, elle s'installe à Paris et signe ses écrits Louise Colet. Assez rapidement, elle publie ses poèmes et obtient son premier prix – deux mille francs – de l’Académie française – elle en obtiendra quatre au total –. Elle tient alors un salon littéraire dans le IXème arrondissement de Paris où elle fréquente un monde littéraire très riche : Hugo, Musset, Vigny et Baudelaire en tête de liste… Elle côtoie également des peintres et des politiciens, en somme, elle est bien entourée. À trente ans, elle donne naissance à une fille, Henriette. L’ennui, c’est que ni son mari, ni son amant Victor Cousin ne reconnaissent la paternité de l’enfant. C’est alors que le journaliste Alphonse Karr révèle la liaison entre Louise et Victor au grand public. Sympa. Sauf que Louise Colet riposte : elle l’agresse réellement au couteau qu’elle lui plante dans le dos. Il s’en sort indemne, juste légèrement blessé et renonce à porter plainte contre elle. L’Histoire que nous avons apprise à l’école nous révèle ensuite ses nombreuses relations avec des artistes reconnus : Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Abel Villemain… Et surtout Gustave Flaubert, même s'il était nettement moins connu qu’aujourd’hui. Pourtant, dans les cours de français, on a tendance à le citer plus souvent qu’elle, à cantonner Louise Colet à son statut d'amante qui correspondait avec lui. On nous a appris qu’elle avait inspirée Madame Bovary, et qu’il lui envoyait ses commentaires sur sa difficulté d'écrire. Et c’est tout. Après une relation passionnée, ponctuée de longues lettres entre les deux amants, Flaubert délaisse Louise Colet avec un billet plutôt froid :

 

Madame,

J’ai appris que vous vous étiez donné la peine de venir, hier, dans la soirée, trois fois chez moi. Je n’y étais pas ; et, dans la crainte des avanies qu’une telle persistance de votre part pourrait vous attirer de la mienne, le savoir-vivre m’engage à vous prévenir : que je n’y serai jamais. J’ai l’honneur de vous saluer.

 

Flaubert l'abandonne et se met à dénigrer son travail. C’est bel et bien ce qu’il s’est acharné à faire, plutôt que de la soutenir ou de la laisser vivre tranquillement, il préférait se moquer de son ancienne maîtresse et mépriser son art. Belle ingratitude, surtout lorsqu’on sait que Louise Colet a permis au jeune auteur Flaubert de se lier avec d’autres auteurs. En effet, plus âgée et plus expérimentée que lui, l’auteure l’invitait à ses salons littéraires où il a pu croiser des artistes divers et se faire une place et une réputation dans le monde littéraire. Heureusement, Louise était toutefois reconnue de son temps : entre 1840 et 1850 elle a obtenu de nombreux prix littéraires pour son œuvre. Elle était aussi célébrée par des artistes comme Victor Hugo, qui semblait rendre l’admiration qu’elle lui portait. Son œuvre est importante – plus de vingt ouvrages – et préfigure des œuvres majeures que nous avons étudiées voire aimées comme Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire.

Louise Colet meurt à l’âge de soixante-cinq ans, en 1876. Si elle est tombée dans l’oubli de nos manuels scolaires, il est important de montrer l’injustice totale de ce méfait : la poète était importante en son temps. Ce qui nous reste d’elle, ce n’est pas ses histoires d’amour, mais bien ses écrits que je vous encourage vivement à découvrir et partager autour de vous. Louise Colet mélangeait sa vie et sa littérature, déclarant « La vie se passe ainsi à aimer, à souffrir, à méditer et à tenter de rendre en langage immortel ce qu’on a senti ». C’est aussi sa force de caractère, le féminisme qu'elle nous transmet dans ses œuvres qui méritent notre attention. Connaître son Histoire, c’est bien, y apporter de la lumière, c’est encore mieux.

 

Je crois à l’avenir
 

Louise Colet

 

Oui, les illusions dont toujours je me berce
En vain leurrent mon cœur d’un espoir décevant,
Impassible et cruel le monde les disperse,
Ainsi que des brins d’herbe emportés par le vent.

 

Et moi, me rattachant à ma fortune adverse,
J’étouffe dans mon sein tout penser énervant ;
Malgré mon désespoir et les pleurs que je verse,
Je crois à l’avenir, et je marche en avant !

 

Pour soutenir ma foi, j’affronte le martyre
Des sarcasmes que jette une amère satyre

À mon rêve d’amour le plus pur, le plus cher !

 

On peut tailler le roc, on peut mollir le fer.
Fondre le diamant, dissoudre l’or aux flammes,
Mais on ne fait jamais plier les grandes âmes !

 

***

 

Pour citer ce témoignage

 

Alice Diaz (texte et illustration), « Celle qui avait du cran », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020mis en ligne le 19 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/louise-colet-cran

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

© Tous droits réservés 

Retour à la table de Megalesia

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia

Bienvenue !

 

RÉCEMMENT, LE SITE « PANDESMUSES.FR » A BASCULÉ EN HTTPS ET LA DEUXIÈME PHASE DE SA MAINTENANCE PRENDRA DES MOIS VOIRE UN AN. NOTRE SITE A GARDÉ SON ANCIEN THÈME GRAPHIQUE MAIS BEAUCOUP DE PAGES DOIVENT RETROUVER LEUR PRÉSENTATION INITIALE. EN OUTRE, UN CLASSEMENT GÉNÉRAL PAR PÉRIODE SE MET PETIT À PETIT EN PLACE AVEC QUELQUES NOUVEAUTÉS POUR FACILITER VOS RECHERCHES SUR NOTRE SITE. TOUT CELA PERTURBE ET RALENTIT LA MISE EN LIGNE DE NOUVEAUX DOCUMENTS, MERCI BIEN DE VOTRE COMPRÉHENSION ! 

LUNDI LE 3 MARS 2025

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES

Rechercher

Publications

Dernière nouveautés en date :

VOUS POUVEZ DÉSORMAIS SUIVRE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES  SUR INSTAGRAM

Info du 29 mars 2022.

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

À La Une

  • Invitation à contribuer au festival Megalesia (édition 2025)
    N° I | HIVER-PRINTEMPS 2025 | INSPIRATRICES RÉELLES & FICTIVES | 1er Volet | Appels à contributions | Agenda poétique Invitation à contribuer au festival Megalesia (édition 2025) Crédit photo : Berthe (Marie Pauline) Morisot (1841-1895), « J ulie-daydreaming...
  • Françoise Khoury el Hachem, Éclats de rêves, Éditions l’Harmattan, collection  le Scribe l'Harmattan, 2025
    Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles » | Critique & réception | I — « Rêveuses » | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Critiques poétiques & artistiques...
  • HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I | Inspiratrices réelles et fictives
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE ET MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES ET PRATIQUES HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I | INSPIRATRICES RÉELLES & FICTIVES 1er VOLET Crédit photo : Alphonsine de Challié, « beauty with pink veil...
  • Qui est Max Ernst ?
    N° I | HIVER-PRINTEMPS 2025 | INSPIRATRICES RÉELLES & FICTIVES | 1er Volet | Critique & réception / Chroniques de Camillæ | Dossier mineur | Articles & témoignages Qui est Max Ernst ? Article & images par Camillæ/Camille Aubaude https://everybodywiki.com/Camille_Aubaude...
  • L’apparition de mon arc en ciel
    Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles » | I — « Rêveuses » | Florilège | Astres & animaux / Nature en poésie L’apparition de mon arc en ciel Poème printanier & photographie...
  • Des patrimoines séfarades marocains
    Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles » | Revue culturelle des continents Des patrimoines séfarades marocains Texte par Mustapha Saha Sociologue, artiste peintre & poète...
  • Champs phlégréens (haïkus)
    Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles » | II — « Poésie volcanique d'elles » | Florilège / Le Printemps des Poètes | Astres & animaux / Nature en poésie Champs phlégréens...
  • la jupe plissé soleil
    N° I | HIVER-PRINTEMPS 2025 | INSPIRATRICES RÉELLES & FICTIVES | 1er Volet | Dossier majeur | Florilège | Poésie, mode & Haute couture la jupe plissé soleil Poème par Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Crédit photo : Une jupe plissé...
  • Le miroir retourné, une exposition des œuvres de Gwendoline Desnoyers à Strasbourg
    N° I | HIVER-PRINTEMPS 2025 | INSPIRATRICES RÉELLES & FICTIVES | 1er Volet | Critique & Réception | Dossier majeur | Articles & témoignages | Handicaps & diversité inclusive Le miroir retourné, une exposition des œuvres de Gwendoline Desnoyers à Strasbourg...
  • 2025 | Le Prix International de Poésie pour l'ensemble de son Œuvre
    Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles » | Distinctions 2025 | Prix poétiques attribués par la SIÉFÉGP le 8 Avril 2025 | Le Prix International de Poésie pour l'ensemble...