22 août 2025 5 22 /08 /août /2025 17:15

Hermína Cecílie Josefa Laukotová (24 January 185317 January 1931) was a Czech painter, graphic artist and art teacher

Lydia Amanda Brewster Sewell (February 24, 1859 - November 15, 1926) was a 19th-century American painter of portraits and genre scenes


 

 

2. Amanda_Brewster_Sewell,_Sappho,_1891

 

Attributed to Marie-Guillemine Benoist (1768–1826) wikidata:Q118810

26. Portrait of a Lady, said to be Mme de Reiset d'Arques as Sappho

 

 

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossiers | Florilège | Voix/Voies de la sororité | Astres & animaux /Nature en poésie | Spiritualités | Revue Biopoépolitique

 

 

 

 

 

 

Lesbos

 

 

 

 

 

Poème féministe & engagé par

 

Nicoletta Chiodi

Écrivaine, poète féministe, lesbienne & américaine

 

 

 

Crédit photo : (Lydia) Amanda Brewster Sewell (1859-1926, artiste peintre américaine), « Sappho », 1891, peinture tombée dans le domaine public. Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le Web.

 

 


 

J’ai un rêve qu’un beau jour

Je visiterai l’isle de Lesbos

Et marcher sur la même terre que Sappho a marché

La terre où elle aimait les femmes et nous a donné son nom

Pour qu’on puisse se retrouver dans n’importe quel pays

N’importe quel temps


 

Et quand je le visiterai

Je pleurai parce que je veux rire

Je veux danser

Sur ton isle, ma mère spirituelle

Et baiserai la terre 

Parce que je serai, finalement, chez moi

Chez nous



 

© Nicoletta Chiodi

 

***

Pour citer ce poème féministe, élégique, engagé & inédit

 

Nicoletta Chiodi, « Lesbos », avec une peinture par Amanda Brewster Sewell (1859-1926)Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 22 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/nchiodi-lesbos

 

 

 

 

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22 août 2025 5 22 /08 /août /2025 17:15

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossiers | Florilège | Voix/Voies de la sororité | Revue Biopoépolitique 

 

 

 

 

 

 

 

Monique Wittig

 

 

 

 

 

Poème féministe & engagé par

 

Nicoletta Chiodi

Écrivaine, poète féministe, lesbienne & américaine

 

 

 

Crédit photo : Une fresque dans le « Jardin Monique Wittig », fresque.jpgMonique Wittig ». Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le Web.

 

 

 

 

 

Monique Wittig a écrit un livre poétique du corps lesbien

et moi, je l’ai lu et j’ai pensé de toi et ton corps lesbien

de ton corps qui est fort et doux à la fois

qui me protège et me nourrice et me dévore 

à la fois

 

 

Et moi aussi, j’ai un corps lesbien

que je suis en train de changer 

de le faire plus doux

plus feminin.

 

Et j'écris ce poème simplement pour dire que

j’adore nos corps lesbiens 

qui vont changer ensemble.

 

 

© Nicoletta Chiodi

***

Pour citer ce poème féministe, élégique, engagé & inédit

 

Nicoletta Chiodi, « Monique Wittig »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 22 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/nchiodi-moniquewittig

 

 

 

 

 

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21 août 2025 4 21 /08 /août /2025 14:53

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossier | Articles & témoignages | Revue Matrimoine | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages  & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier & Dictionnaire

 

 

 

 

 

 

Zoubeida B'chir : mémoire & hommage

 

 

 

 

 

Biographie brève & hommage d’une créatrice par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

Écrivaine, poétesse, docteure en littérature française & rédactrice régulière des périodiques de la SIÉFÉGP

 

 

 

Crédit photo : Portrait photographique de la pionnière Zoubeida B'chir. Capture d’écran de l’image libre de droits, via Facebook.

 

21 août 2011 : Décès de Zoubeida B'chir زبيدة بشير

 

 

Zoubeida B'chir زبيدة بشير, née le 8 février 1938 à Sakiet Sidi Youssef et morte le 21 août 2011 à Tunis, est une poétesse et productrice de radio tunisienne qui est considérée comme une pionnière dans son domaine.

 

Originaire du village algérien d'Oued Souf, elle voit le jour dans le village frontalier de Sakiet Sidi Youssef (gouvernorat du Kef) où son père est venu s'installer à la recherche de travail, avant d'émigrer à Tunis. 

Sa famille ne l'envoie pas à l'école mais lui donne une instruction traditionaliste à domicile. Autodidacte, elle passe son temps entre les livres et la radio, où elle s'intéresse aux émissions culturelles. Puis, elle se met à composer des poèmes et des nouvelles. C'est sa vraie vocation puisqu'elle remporte d'abord un prix de création littéraire de Radio-Paris (en langue arabe), pour une nouvelle intitulée « Annagham al-hazin » en 1958, puis se rend en France où elle est honorée, avant de récidiver l'année suivante avec un prix pour le poème Al-hobb adhaeâ. 

 

Ne fréquentant pas d'école, elle parfait sa propre formation et réussit à affiner son talent poétique. Ses poèmes sont également primés par Radio Tunis. 

Le président Habib Bourguiba, qui écoute attentivement la radio tunisienne, apprécie son talent et recommande de l'y intégrer. Il lui aurait même demandé un jour en plaisantant : « L'histoire retiendra-t-elle que Bourguiba a vécu la période de Zoubeida B'chir ou que celle-ci a vécu la sienne ? ». 

Elle y débute en 1959, pour y passer 22 années comme présentatrice, lectrice des bulletins d'information et productrice d'émissions. 

Elle produit notamment les émissions Mouradafet, Likaa al-ahebba et une émission hebdomadaire pour la « Voix de l'Amérique ». Elle participe aussi longtemps à l'émission « Les Amateurs de la littérature » présentée par Mustapha Khraïef puis par Ahmed Laghmani.

 

C'est Khraief qui rédige l'introduction de son premier recueil. Dès la publication de ses premiers poèmes, elle suscite des réactions controversées. 

 

Choisissant une forme libre mais rythmée, elle ose s'aventurer dans le domaine sentimental voire charnel. Pour les uns, c'est un acte de courage et d'innovation, pour d'autres, c'est l'expression d'une débauche. Dans son poème « Hanin » (Nostalgie), elle dit notamment : « Nuits de chaleur entre ses bras / L'amour reviendra-t-il au cœur qui vit sur ses douleurs / Et sur les souvenirs qui ravivent les tourments de sa frustration ? ».

En 1967, elle est la première poétesse tunisienne à publier un recueil qui porte le titre de ce poème, « Hanin » (Nostalgie). Elle rencontre différents obstacles et reconnaît que seul Henri Smadja (patron de La Presse de Tunisie), qui a apprécié ses poèmes, l'a alors aidée et encouragée. Le recueil obtient un grand succès.

 

En 1968, elle fait un pèlerinage dans son village natal, à l'occasion des cérémonies en mémoire du bombardement de Sakiet Sidi Youssef qui coïncident avec son anniversaire, mais elle en revient pleine d'amertume, à la vue du désastre et de la destruction de ses souvenirs. Quelque temps après, elle quitte la scène culturelle, se contentant d'abord de la présentation de l'émission Chansons des auditeurs et ce jusqu'en 1981, avant de se retirer définitivement. Pendant près de vingt ans, on n'entend plus parler d'elle et on l'oublie. Elle publie par ailleurs son second recueil « Alaa » (Grâces) mais elle garde toujours ses distances vis-à-vis de la scène culturelle. 

Elle accepte de participer à une œuvre collective sur la révolution tunisienne en 2011 mais meurt la même année.

 

Crédit photo : Première de couverture illustrée des œuvres complètes de l’autrice Zoubeida B'chir en arabe. Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le site du réseau social Facebook. L’illustration est un portrait photographique de la créatrice Zoubeida B'chir. Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le site du réseau social Facebook.

 

En hommage à son parcours et à sa contribution pionnière à la littérature tunisienne, la Tunisie a institué depuis 1995 le Prix national Zoubeida Bchir, organisé par le Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (CREDIF) en partenariat avec le Club Tahar Haddad, sous la tutelle du Ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées. Ce concours littéraire et scientifique, décerné chaque année à l’occasion de la Journée internationale de la femme, vise à encourager et valoriser la créativité féminine tunisienne dans les domaines littéraire, scientifique et intellectuel. Devenu au fil des années un acquis national, il porte haut le nom de Zoubeida B'chir et perpétue son héritage en mettant en lumière la richesse et la diversité des voix féminines du pays.*

 

© Hanen Marouani

* C’est un article inspiré légèrement enrichi à la fin d'un post publié et lu sur Facebook.

—————

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Hanen Marouani, « Zoubeida B'chir : mémoire et hommage », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 21 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/hm-zoubeidabchir

 

 

 

 

 

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16 juillet 2025 3 16 /07 /juillet /2025 17:31

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception  | Dossier | Articles & témoignages 

 

 

 

 

 

 

 

Féerie, ma perte, recueil de poèmes de

Paloma Hermina Hidalgo,

paru aux Éditions de Corlevour

 

 

 

 

 

 

Chronique & photographie de

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée par Quentin Caffier de « Féerie, ma perte », recueil de poèmes de Paloma Hermina Hidalgo, paru aux Éditions de Corlevour.

 

 

Dans ce recueil de poésie écrit à fleur d’âme et de peau, Paloma Hermina Hidalgo ouvre le bal  qui fait danser la chair des mots dans le corps irradiant du texte qui n’est autre que celui de la narratrice. La photo, somptueuse, digne d’un opéra baroque, signée par Quentin Caffier, donne le ton à cet ouvrage dont la plume semble avoir été trempée dans le vitriol.

 

On ne sort pas indemne des jupes d’une mère incestueuse et démiurge qui fait voler tous les tabous en sacrifiant l’innocence de son enfant sur l’autel de la perversité. « La dureté de ton cœur, Maman, infecte ma chair. », écrit l’autrice qui vénère toujours et encore sa mère qu’elle interpelle avec un M majuscule et qu’elle invoque ainsi «  Dès le berceau, Maman, notre amour hors de mesure n’a-t-il pas présidé à ma folie ? »

Paloma Hermina Hidalgo parle du plus loin et du plus haut de sa mémoire, sur le trône de feu orgiaque et orgasmique qu’elle transcende par une écriture où elle triture les mots à l’instar de sa chair tourmentée par sa génitrice. « Je te chéris, Maman. Et ta vulve de conte . De sorte qu’attachée à ta vanille et au culte de ta gousse, je garde malgré tout mon honneur. » La poésie est cette langue bifide qui dit tout à la fois l’inouïe et cette beauté vénéneuse  qui infuse dans le texte tel un poison  qui renvoie au mal absolu.

Poésie de la déchirure et de la démesure, on retrouve comme dans Matériau Maman,

le pire dans cette féerie où la perte, comme dans tous les contes de fées, atteint des paroxysmes qui ébranlent l’entendement.

 

Crédit photo : Portrait de l’autrice Paloma Hermina Hidalgo, capture d’écran de l'image libre de droits du site Wikipédia.

 

Sculptrice de poupées entre ses doigts maléfiques, la mère est cet ange déchu à la fois craint et adoré qui commet ce que la psychanalyste Alice Miller  qualifie d’« abus narcissique ». Et pourtant, ce sont des ténèbres que naît la lumière dans cet ouvrage horrifique, c’est la magnificence d’un envoûtement sans philtre qui emporte le lecteur dans les abords de cet ailleurs qui n’est autre que celui de la perte…

Nul doute que Paloma Hermina Hidalgo aura transmutée sa chair violentée dans un poème où, dans le même fourreau, la douleur exquise côtoie l’indicible déréliction d’une identité profanée où l’on appréhende ce que Joyce Mc Dougall nomme « Un sexe pour deux ». « L’Une avec l’Une/ Et l’Une de l’Une / Et l’Une dans l’Une », résume la narratrice.

Seule l’écriture permet d’exorciser et de dénouer cette dyade mère-fille dont la trame bâtie sur la « navrance du désir » a partie liée avec la perte de soi dans l’autre, voire la perte dans cette petite mort qui précède la disparition dans le non-être. Mais telle une Orphée au féminin, Paloma Hermina Hidalgo nous est revenue des enfers pour renaître au monde avec cette faculté d’émerveillement que l’on entrevoit entre les lignes de son livre car c’est un diamant noir qu’elle nous octroie dans un écrin de lumière.

 

© Françoise Urban-Menninger, juillet 2025.

 

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger (texte & photographie), « Féerie, ma perte, recueil de poèmes de Paloma Hermina Hidalgo, paru aux Éditions de Corlevour », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 16 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/fum-phh-feerie

 

 

 

 

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12 juillet 2025 6 12 /07 /juillet /2025 17:20

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception | Dossier | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Critiques poétiques & artistiques

 

 

 

 

 

 

 

Samar Miled : un « Printemps » 

 

de révolte & de tendresse

 

 

 

 

 

 

Critique & photographies (fournies) par

 

Lectrice

 

Nom de plume d’une collaboratrice de la revue Le Pan Poétique Des Muses

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée & mise en scène du recueil de poèmes de la poétesse Samar Miled, Printemps aux Éditions Le Lys Bleu, Paris, 2025.

 

Avec son nouveau recueil Printemps, la poétesse tunisienne Samar Miled poursuit avec force et sensibilité son chemin poétique et politique, entamé dès son premier recueil Tunisie Sucrée-Salée (Éditions Nous, Tunis, 2020). Ce nouvel ouvrage, à la fois ancré dans l’actualité et traversé de mémoire, rend hommage au printemps arabe, né en Tunisie, et à la douleur toujours vive d’un pays aimé, quitté mais jamais abandonné.

 

Mais Printemps est bien plus qu’un seul écho révolutionnaire. C’est une exploration poétique du printemps dans toutes ses déclinaisons – comme saison, comme état de l’âme, comme métaphore de l’amour, de la nature et de la patrie. À travers ses différentes parties, le recueil alterne entre légèreté ludique et gravité assumée, entre chants d’amour tendres et cris de colère lucide.

 

Dans « Printemps », la voix de Samar est celle d’une femme en marche, en exil parfois, mais toujours enracinée dans sa terre. Ses poèmes mêlent engagement, lyrisme, colère douce et nostalgie lumineuse. On y sent battre le cœur d’une génération marquée par l’histoire, mais encore capable de croire aux mots pour réparer, dénoncer, et espérer.

 

Des poèmes comme « Révolution », « Les damnés du jasmin », « Le ventre de Tunis » ou « La balade des gens heureux » font de ce recueil un véritable manifeste poétique, un cri lucide et sincère né de la Tunisie, mais qui résonne bien au-delà.

 

« C’était un mois de décembre,

Le pays tremble,

Le mal sombre, Le pays se réveille,

Les patients se rebellent.

La marche des âmes franches,

Franchit la porte de la grande ville.

Arrivent les voix blanches,

Et s'élèvent contre les voies viles. »

 

Samar Miled écrit avec un amour immense pour sa terre, souvent douloureux, toujours viscéral. Dans « Kerkennah », elle déploie une poésie de l’attachement, de la fidélité intime à la moindre pierre de son pays :

 

« On t'aime jusqu'à la dernière Charfia

Jusqu'à la dernière pierre qui tombe,

Jusqu'au dernier figuier qui se courbe sous le poids des années...

On t'aime jusqu'à la dernière prière à l'ombre de l'olivier qui résiste,

Jusqu'au dernier chapelet de raisin qui se vide...

On t'aime,

Jusqu'à la dernière ride. »

 

Mais la poétesse ne se limite pas à la géographie intime : la nature, elle aussi, s’invite dans ses vers comme une matière vivante, vibrante, témoin du passage du temps. L’évocation du printemps devient alors celle du renouveau, du désir, de l’éveil – autant de motifs présents dans ses poèmes les plus lyriques, parfois même teintés d’un humour léger.

 

© Crédit photo : Portrait photographique récent de la poétesse Samar Miled.

 

C’est dans ce registre plus léger, plus ludique aussi, que s’inscrit un poème comme « Produits de beauté », une ode tendre et ironique à la jeunesse contemporaine et à ses solitudes numériques :

 

« Un jeu sérieux,

Pour les lunettes rondes,

Pour les cheveux fous à lier, ou lissés au fer acheté chez le marchand des rêves, peu importe.

Un jeu sérieux,

Pour la casquette à l'envers et le sweat-shirt Puma, dernier cri.

Un jeu sérieux,

Pour ceux qui aiment le flashy, Ou pour les invisibles, Et pour les âmes sensibles, Qui se cachent derrière un écran,

Ou qui activent leur « baladeur » pour envoyer balader le monde...

Un jeu sensible, enfin,

Pour ceux qui achètent le silence, En ouvrant, parfois, un livre,

En lisant, parfois, des « mots bleus », des mots à la sauce rosée, des mots ivres. »

 

La géographie poétique de Samar va également bien au-delà de la Tunisie. Dans le poème « Bruxelles », elle dresse un constat sans fard sur les inégalités structurelles entre le Nord et le Sud, entre ceux qui peuvent circuler librement et ceux qui sont enfermés par les frontières et les couleurs de leur passeport :

 

« On ouvre la carte du monde : et en ce moment, comme un coup de chance ?

On est en haut, à gauche.

En bas, c'est le refuge des « sans domicile fixe », des « sans-papiers » qui ne franchissent aucune frontière.

Il n'y a que les rouges et les bleus qui circulent à vol d'oiseau.

En bas, on a construit des fenêtres bleues et des cages.

En haut, c'est les tuiles rouges et les fenêtres blanches.

Toutes les couleurs ne se valent pas. »

 

Cette conscience du monde, cette lucidité sur les rapports de pouvoir et les injustices n’exclut jamais la dimension intime et universelle de l’écriture. Le poème « Notre histoire », par exemple, évoque la poésie elle-même comme refuge et miroir de l’âme :

 

« Et ce poème

Dans la nuit,

Qui comme un cri,

Vous raconte,

Tout le bonheur,

Qui l'agite,

Dans cette maison,

Qui nous habite. »

 

Et c’est peut-être dans le poème « Soleil » que s’exprime avec le plus de force ce basculement vers la lumière. La poétesse y renverse la douleur pour faire triompher la beauté, le choix du Bien, la douceur réparatrice :

 

« Adieu haine,

Adieu amie des moribonds,

Adieu fenêtres qui ouvrent sur le vide,

Adieu marâtre qui épuise la lumière.

Adieu haine.

Je vais danser sur ta tombe,

C'est la mission qui nous incombe.

Je vais... tuer le mal, étouffer son râle...

En choisissant le Beau,

En m'agrippant au Bien, pour ne pas tomber dans la fange des hommes ;

En fabriquant des histoires,

En griffonnant du blanc sur le noir, En attendant le bout du tunnel...

Adieu haine,

Car je choisis l'amour, l'amour...

Et je te hais. »

 

 

Samar Miled est aussi une poétesse de son temps, dans la forme autant que dans le fond. Elle partage ses poèmes à travers des capsules vidéo sous-titrées sur les réseaux sociaux, rendant sa poésie accessible à un public plus large, et particulièrement aux jeunes générations. Cette stratégie de diffusion, à la fois moderne et militante, renforce la portée de son message, tout en restant fidèle à l’oralité propre à la poésie arabe.

 

Avec Printemps, Samar Miled livre bien plus qu’un recueil : elle offre un espace d’écoute, de résistance, de rêve et de consolation. À travers ses vers, elle continue de tisser ce lien fragile mais tenace entre l’exil et la terre natale, entre le passé blessé et les espoirs d’avenir.

 

C’est une poésie qui questionne, rassemble, bouscule, mais surtout aime – jusqu’à « la dernière ride ».*



 

© Lectrice, juillet 2025.

 

* Samar Miled, Printemps, Le Lys Bleu, Paris 2025, 103 pages, 12 €

 

————

Pour citer cet article illustré & inédit

 

Lectrice (collaboratrice de la revue LPpdm, texte & photographies fournies)« Samar Miled : un « Printemps » de révolte et de tendresse », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 12 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/samarmiledunprintemps

 

 

 

 

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