27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 10:19

​​

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES VOUS PRÉSENTE

 

L'ÉVÉNEMENT POÉFÉMINISTE 

 

 

 

UN PAN DE POÈMES POUR

 

TOUTES À L'ÉCOLE

 

& LA JOURNÉE INTERNATIONALE

 

DES DROITS DES FILLES 

 

 

ÉDITION 2021

 

 

QUI FÊTE LE 11 OCTOBRE 2021 LA

JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FILLES 

 

CET ÉVÉNEMENT EST

SOUTENU PAR L'ASSOCIATION

 

SOCIÉTÉ INTERNATIONALE D'ÉTUDES DES FEMMES ET

D'ÉTUDES DE GENRE EN POÉSIE (SIÉFÉGP)

 

RÉCEPTION DES PARTICIPATIONS & ​​​​​​MISE EN LIGNE

 

SUCCESSIVE DES CONTRIBUTIONS

SÉLECTIONNÉES JUSQU'AU 16 28 OCTOBRE 2021*

 

LA PUBLICATION IMPRIMÉE SE FAIT DANS

LE DIXIÈME NUMÉRO EN DÉCEMBRE 2021

 

 

 © Crédit photo : Lidia Chiarelli, « Collage numérique pour la Journée Internationale des Droits des Filles », voir la page de l'œuvre. 

 

Cette publication numérique donnera lieu en 2023 a une version imprimée en recueil composé des éditions 2020, 2021 & 2022 dans la collection "Flora" de la SIÉFÉGP.

 

Événement organisé par 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES

Réalisation technique 

David et Aude SIMON

Direction

Rédaction de la revue LPpdm

Contacter la rédaction :

contactlppdm@pandesmuses.fr

 

TABLE DE L'ANTHOLOGIE 

 

 

ILLUSTRATION

 

Lidia Chiarelli, « Collage numérique pour la Journée Internationale des Droits des Filles »

 

POÉSIE CONTEMPORAINE 

 

Thibault Jacquot-Paratte, « Ma fille va dominer le monde »

Sonia Maatoug, « Vole ma fille, vole »

Dina Sahyouni, « Le matin des lumières »

Hanen Marouani, « Ma fille est mon bonheur » & « Toute fille est une vie » 

Ciela Asad, « La niña que sabe » 

Maggy De Coster, « Adieu à l'enfance / Adiós a la niñez »

Corinne Delarmor, « La femme »

 

POÉSIE AUDIOVISUELLE

 

Sonia Maatoug, « Vole ma fille, vole » 

 

POÉSIE DES SIÈCLES PASSÉS

Maggy De Coster, « Adieu à l'enfance / Adiós a la niñez »

 

 

* La rédaction, très chargée depuis septembre dernier par plusieurs travaux éditoriaux, a accumulé un peu de retard dans la mise en ligne des documents sélectionnés pour cet évènement., elle continue donc son actualisation jusqu'au 26 octobre 2021. 

 

***

 

POUR CITER CET ÉVÉNEMENT POÉFÉMINISTE 

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Un Pan de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2021 », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Évènement poéféministe|« Un Pan de Poèmes pour Toutes à l'École & la Journée Internationale des Droits des Filles 2021 » & N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 8 octobre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/11octobre21/toutesalecole

 

 

 

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Le Pan Poétique des Muses (LPpdm)

 

Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques

 

 diffusée en version électronique (apériodique) & en version imprimée suspendue suite à un cas de force majeure de 2018 à 2020, reprise de l'édition imprimée dès 2021.

 

 

ISSN numérique : 2116-1046

 

(4 numéros par an dont un Hors-série & un Numéro spécial)

La reprise de la parution imprimée se fait en 2021 

 

ISSN imprimé : 2492-0487

 

ISSN imprimé Hors-série : 2554-8174

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​Initiative labellisée par le Ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes

 

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Page de présentation créée le 8 octobre 2021, en cours d'édition...

Dernière mise à jour le 27 octobre

​

27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 10:17

 

Événements poétiques | Un Pan de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2021 & N°10 | Célébrations | Dossier majeur | Florilège

 

 

 

 

 

 

La femme

 

 

 

 

 

 

 

 

Corinne Delarmor

 

 

 

Crédit photo : "Women selling the Women's Journal, c. 1915-1919", Commons, domaine public​​​​​. 

 

 

La beauté,

Le maquillage,

La puberté,

Les seins,

Le sang dans la culotte,

Les morceaux d’ouate dans le vagin,

Les talons hauts,

La maternité,

Le ventre arrondi, le corps déformé,

Le nourrisson tire le lait maternel,

Les enfants,

Les devoirs et leçons,

Les soins,

Les activités extra-scolaires,

Le travail,

La vaisselle,

Les courses,

La bouffe,

Le mari,

Le ménage,

Les loisirs,

Le droit de vote,

Le chef de famille,

Le compte en banque,

Les clefs de la voiture,

 

 

Crédit photo : "Ghanaian Women weaving", Commons, domaine public​​​​​. 

 

 

Le pantalon,

La liberté d’expression,

L’indépendance,

Les filles-mères,

Le chèque, le salaire,

Le divorce,

L’avortement,

L’égalité des sexes,

L’égalité de traitement,

La solidarité,

La sororité,

L’amant,

La pilule,

La contraception,

La ménopause,

Les bouffées de chaleur nocturnes,

Les sautes d’humeur, les hormones,

La retraite,

La présidence de la République ?

 

© C. Delarmor

 

 

***

 

Pour citer ce poème féministe inédit 

 

Corinne Delarmor, « La femme », texte poéféminologique inédit & féministe, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Évènement poéféministe | « Un Pan de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2021 », N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 27 octobre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/11octobre21/no10/cd-lafemme

 

 

 

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 15:33

 

N°10 | Célébrations | Dossier mineur | Florilège 

 

 

 

Poèmes sélectionnés pour le concours Célébration

 

 

 

 

 

 

 

 

La phrase

 

 

 

&

 

 

 

Ridule d'amour

 

 

 

 

 

 

 

 

Corinne Delarmor

 

 

 

Crédit photo : Élisabeth Vigée Le Brun, "Lady making a bouquet", Commons, domaine public​​​​​​. 

 

​​​​​

 

La phrase

 

 

Une phrase s’éveille, balbutie quelques mots,

Étirant les voyelles, recoiffe ses consonnes,

Baille en braille, son sommeil s’emmêle les pinceaux,

Psalmodie des syllabes, puis miaule et ronronne,

 

 

 

La phrase fait le chat, griffe sur le papier,

Noircissant de charbon l’œil du parchemin,

Déchire sans vergogne des vers de quelques pieds,

Confuse entre aujourd’hui et l’aube de demain,

 

 

Dans un élan critique, rajuste sa chemise,

Glisse dans le couloir du temps, vers la cuisine,

Se concocte un repas, d’encre et de friandises,

Jette encore une épreuve et retaille sa mine !

 

 

 

 

 

Ridule d'amour

 

 

 

Tu effleures doucement la ridule naissante,

Une note de musique danse sur ton visage,

Gravée par un sculpteur à l'œuvre caressante,

Une ride de vie, marque d’apprentissage,

 

 

 

Telle une mélodie entonnée, susurrée,

Une musique douce signe ton millésime,

Le meilleur de toi-même sur ton front buriné,

La tendresse de l’âge, la vieillesse en comptine,

 

 

 

Et je chante, et je danse, heureuse naufragée,

À contempler de joie la portée de tes blanches,

Entremêlées de noires, criante liberté,

L’hymne de tout l’amour que tu as partagé !

 

 

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes élogieux & inédits

 

Corinne Delarmor, « La phrase » & « Ridule d'amour », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 24 octobre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/cd-laphrase

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 10 Amour en poésie Muses et féminins en poésie
23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 17:56

 

N°10 | Célébrations | Travestissements poétiques 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis artisan du bonheur

 

 

 

 

 

 

Corinne Delarmor

 

 

 

 

Crédit photo :  "A red rose with dewdrops", Commons, domaine public​​​​​​. 

​​​​​

 

 

Je suis artisan du bonheur,

Je vous aime, vous offre mon cœur,

J’ai rendez-vous avec l’amour,

Mais je ne ferai pas la cour,

 

 

 

Lors, je distribue des mots doux,

Je fais des bisous dans le cou,

Je me nourris de la nature,

Récolte l’amour en pâture,

 

 

Tous les êtres sont doués d’amour,

De grande classe, de bassecour,

Minéral, végétal, humain,

Animal, cannibale, bambin,

 

 

Un regard, un sourire, décuple

L’amour, je le rends au centuple,

Un bonjour, rayon de soleil,

Un clin d’œil, mon cœur s’émerveille !

 

 

© C. DELARMOR

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème élogieux

 

Corinne Delarmor, « Je suis artisan du bonheur », poème inédit célébrant l'amour ou Éros, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 23 octobre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/cd-artisandubonheur

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 10 Amour en poésie Muses et féminins en poésie
22 octobre 2021 5 22 /10 /octobre /2021 12:14

 

Numéro Spécial | Printemps 2022 | Dossier majeur | Florilège

 

 

 

 

 

 

 

 

Ah ! 

 

 

 

 

 

 

 

Joan Ott

 

http://compagnie-ladoree.com​​

 

 

 

© Crédit photo : "Logo de la Compagnie La dorée".

 

 

 

 

 

    Debout devant la penderie, en petite culotte de dentelle blanche et soutien-gorge assortis, elle frissonnait. Décide-toi, ma vieille ! Si tu restes plantée là à tergiverser, dans dix minutes c’est le rhume assuré.

 

    Elle continuait à hésiter, pourtant. La rouge ? La bleue ? La bleue faisait petite fille rangée, la rouge aguichait discrètement, si tant est que l’on puisse aguicher de cette façon : sans ostentation, un rien excitante malgré tout. Ou plutôt : suggestive. Oui, voilà, suggestive était le mot juste. Ah cette manie des mots ! Quand elle en cherchait un qui lui résistait, elle ne lâchait jamais l’affaire avant de l’avoir trouvé. Déformation professionnelle, sans doute. À dire la vérité, elle ne datait pas d’hier, cette marotte, pour ne pas dire cette obsession. À l’école primaire, déjà… Et le métier n’avait rien arrangé, bien au contraire. Elle aurait pu user des formules d’usage apprises par cœur, qui depuis des décennies pour ne pas dire depuis toujours, remplissaient parfaitement leur rôle. C’est ce à quoi elle s’était essayée au tout début. Mais cela ne la satisfaisait nullement, elle se faisait l’effet d’une machine à rabâcher. Alors, plutôt que de continuer à se plier à l’ancestrale règle, elle s’était mise à improviser. Tout de suite, elle s’était sentie plus à l’aise. Et les clients, eux aussi, semblaient apprécier, qui avant de la quitter serraient longuement sa main en la remerciant. Toujours chaude et sèche, sa main. Un atout, dans son métier. Les mots et la main, au fond, ça ne faisait qu’un. Avec la voix, bien évidemment. Chaude et profonde, la voix… Oui, mots justes, voix chaude, main ferme et sèche : ces atouts-là, elle savait bien qu’elle les possédait.

    Il était presque neuf heures, il fallait se décider. La bleue… non, vraiment trop sage. La rouge… est-ce qu’elle oserait ? Et pourquoi pas la violette ? Non ! Pas de compromis ! Les compromis, elle n’en avait jamais consenti, elle n’allait pas commencer aujourd’hui, claquant des dents dans ses sous-vêtements neufs, plantée là comme une bûche devant sa penderie. La bienséance, évidemment, aurait commandé qu’elle se décide comme chaque jour pour du noir, du gris, à la rigueur du parme…  Marre de ces couleurs qui n’en sont pas ! s’exclama-t-elle. Après tout, c’était elle la patronne, non ? Alors aujourd’hui, ce serait la rouge. Et puis, pour ce qu’elle avait en tête, elle avait intérêt à foncer. Et tant pis si elle se fracassait une fois de plus contre un mur. Elle n’était pas bélier pour rien. Si seulement son ascendant balance voulait bien cesser de prendre le dessus ! Depuis quelque temps, elle ne se reconnaissait plus. Elle, toujours si sûre de ce qu’elle voulait et de ce qu’elle ne voulait pas, de ce qu’elle aimait et de ce qu’elle détestait, voilà qu’elle balançait : oui, non, peut-être… Elle ne se reconnaissait plus.

    Et maintenant, la coiffure. Pas une mince affaire, ça non plus. Chignon ? Pas chignon ? D’accord, le rouge n’était pas un rouge tapageur, un rouge pompier, mais il n’en restait pas moins rouge. Comment dire… suggestif ? Non ! Impossible ! Cet adjectif-là avait déjà servi, et pas plus tard que tout à l’heure. Alors, quoi ? Évocateur ? Non. Allusif, peut-être … Elle essaya le mot, l’adopta. Oui, à défaut de suggestif, allusif allait bien. Allusif… oui, c’était tout à fait ça, très exactement ce qu’elle recherchait : dire sans dire, laisser entendre, ne rien faire, ne pas bouger, attendre. Comme une araignée au milieu de sa toile attend sa proie. L’image était on ne peut plus juste, c’est tout à fait ce qu’elle était dès qu’elle le savait là, tout près d’elle. Lui, à portée de main et de voix, elle, immobile, comme à l’affût derrière son bureau en noyer, bien confortablement carrée dans le fauteuil garni de cuir noir qu’elle venait de faire rafraîchir.

  Décidément, chignon. Le rouge de la robe, c’était bien assez. Inutile d’en rajouter. Aujourd’hui surtout. 

    Était-ce vraiment le bon moment ? Elle ferait peut-être mieux d’attendre quelques semaines, voire même quelques mois… Mais non ! Elle attendait depuis si longtemps : cinq ans ! Cinq ans qu’ils travaillaient ensemble chaque jour ! Elle la patronne, lui l’employé, encore tout jeune, en tout cas bien plus jeune qu’elle, mais douze ans, est-ce que ça compte encore de nos jours ? Une paille ! Qui s’en offusquerait ? Aujourd’hui ou jamais ! Ainsi en avait-elle décidé après une nuit sans sommeil à tourner et retourner la chose dans tous les sens. Mais oui : il serait triste, malheureux, désemparé, elle serait là dans sa robe rouge, chignon parfait, pas un cheveu qui dépasse, et les mots qu’il fallait, ceux qui sonneraient juste, doux mais sonores, beaux comme du Verlaine, empathiques tout en conservant une distance décente : mots réconfortants à défaut d’être totalement consolateurs. La consolation viendrait après, pour peu que… pour peu que lui aussi… Ah ! Si seulement, si seulement ! 

    C’est à ce moment précis que le téléphone sonna :

- Je suis Léopoldine, la sœur de Hugo. Il ne viendra pas aujourd’hui.

- Mais… les obsèques de son épouse…

- Ni aujourd’hui ni demain. Il n’a pas supporté. Il a préféré la rejoindre… Vous vous occupez de tout, n’est-ce pas ? 

​​​​​​ À partir de cet instant, elle se mit à agir en automate. Elle mit sa robe rouge, se maquilla, fit son chignon, vérifia dans la glace à trois pans de sa coiffeuse que pas un seul cheveu ne dépassait, enfila ses bas, chaussa ses escarpins noirs, attrapa au porte-manteau son imper noir, prit son sac assorti au manteau et aux chaussures, pas de faute de goût, jamais ! Elle referma la porte de la maison, donna deux tours de clé, descendit les marches, ouvrit la porte du garage, monta dans son auto, la sortit du garage, en descendit pour refermer la porte, remonta dans l’auto, conduisit prudemment comme elle le faisait toujours, respectant feux, stop, priorités et limitations de vitesse. Les deux enterrements en même temps… Quelle robe porterait-elle ? La rouge ? La bleue ? la violette ? Dès que la médecine légale donnerait le feu vert. Pas de noir ni de gris, ça c’était certain. Et le plus vite possible marmonna-t-elle entre ses dents tout en frappant de ses poings le volant, oui le plus vite possible, autant ne pas traîner. Chignon ? Pas chignon ? Quelle importance, désormais… mais les mots continuaient malgré tout à tourner dans sa tête, ils tournaient, tournaient… Ils pédalent dans la choucroute, les mots, se dit-elle. Et elle les vit très distinctement qui pédalaient, les pauvres, sur de minuscules bicyclettes - chignon, pas chignon - s’éreintant dans le chou tout mou, - rouge, bleue, violette - des gouttelettes de sueur s’échappant de leurs lettres. Et l’image la fit rire, mais rire ! Rire à en pleurer.

    Elle se gara juste devant la boutique. Chic ! se dit-elle, pour une fois, une place pile poil devant.

    Elle sortit de son sac un mouchoir en papier parfumé à l’eucalyptus, tout ce qu’elle détestait - elle s’était trompée en les achetant, un moment de distraction… Elle essuya ses yeux, se moucha bruyamment, une fois, deux fois, remit le mouchoir tout trempé dans son sac en se disant : Ne pas oublier de le jeter à la poubelle.

    Elle ouvrit la portière, descendit de l’auto, referma la portière, clac ! Appuya sur le bip, clic ! Portières et hayon verrouillés. 

    Elle regarda sa montre : en retard, évidemment. En retard d’un bon quart d’heure. Heureusement, devant la porte de la boutique, personne n’attendait. Tant mieux, songea-t-elle. 

    Elle leva la tête, regarda l’enseigne. 

    Pompes funèbres AH ! Cette enseigne, lettres blanches sur fond noir, pendant cinq ans elle en avait rêvé. AH ! leurs initiales suivies d’un point d’exclamation comme un soupir, oui, oui, cent fois, mille fois, elle en avait rêvé. Eux deux ensemble au travail, ensemble dans la vie, ensemble pour toujours et jusqu’à ce que mort s’en suive, oui, oui, oui, elle en avait rêvé !

    Ça resterait Pompes funèbres Adèle, en lettres noires sur fond blanc. Adèle toute seule, sans rien ni personne ni devant ni derrière ni à côté. Pour toujours ? Comment savoir…

    Pour l’heure, préparer les obsèques de Hugo comme Léopoldine le lui avait demandé. Ne pas se laisser abattre. Jamais ! 

    Et aujourd’hui même, se mettre en quête d’un nouvel employé.

Henri, Hervé, Hector, Hyppolite, Hadrien, Hubert, Hildebert, Humberto, Harold, Honorat, Herbert, Hanz, Heinz, Heinrich, Hermann… pourvu que ce soit un H.

Et tout recommencer.

 

© J. OTT

 

***

 

Pour citer ce récit poétique inédit

 

Joan Ott, « Ah ! », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Numéro Spécial | Printemps 2022 « L'humour au féminin » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 22 octobre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/ns2022/jo-ah

 

 

 

Mise en page par David Simon

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro Spécial 2022 Muses et féminins en poésie

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