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L'Orient

 

 

 

 

 

 

 

Lise Coquillon

 

Poème choisi & transcrit

par Dina Sahyouni

 

 

 

 

Crédit photo : "Une sultane", domaine public, Commons. 

 

 

À A. M. Charles LEROUX (Ancien député des Deux-Sèvres)

 

 

 

Ô toi, noble Orient, voluptueux asile

Que rêve le poète, où son cœur enchanté

S'élance plein d'espoir, où son âme virile

Poursuit avec ardeur ton antique beauté ;

 

 

Toi, doux berceau de l'homme, objet de sa tendresse,

Dès que la blonde aurore, en dessillant ses yeux,

Eut frappé ses regards de l'immense richesse,

Des bienfaits de ton sol, splendeurs de tes cieux ;

 

 

Toi qui vis s'élever Babylone et Ninive,

Ces filles des puissants, orgueilleuses cités

Qui dorment maintenant – froids débris – sur la rive

Où murmurent encore tes fleuves indomptés ;

 

 

Toi qui vis la grandeur, toi qui vis la puissance

Couronner tour à tour, les rois, les nations,

Pourquoi donc, aujourd'hui, glacé d'indifférence,

Regardes-tu passer les générations ?...

 

 

Ô pourquoi maintenant, isolé, sombre, triste,

Comme un vieillard mourant, drapé dans son manteau,

Vois-tu seuls tes deux fils, le poète et l'artiste,

T'offrir le souvenir que l'on donne au tombeau ?..

 

 

Bien loin à l'horizon, sur tes mers azurées,

Quels sont ces bâtiments qui sillonnent les flots,

Pourquoi remplacent-ils tes trirèmes dorées

Que montaient autrefois tes joyeux matelots ?...

 

 

Dodone n'a point vu, dans ses forêts antiques,

De leurs superbes mâts croître le chêne altier,

Et jamais les zéphyrs aux souffles fatidiques,

Courant dans ses rameaux, ne les ont fait plier ;

 

 

Le fier Liban n'a point, sur sa sauvage cime,

Nourri l'arbre géant qui forma leurs tribords ;

Mais qu'un jet de vapeur les lance sur l'abîme.....

Et rapides, sans crainte, ils entrent dans tes ports ;

 

 

C'est le signe des temps, reconnais-en les marques ;

De peuples nouveau-nés, vois, les jours sont venus,

Sur ces vainqueurs des mers, tes princes, tes monarques,

Bientôt te quitteront pour des champs inconnus !...

 

 

Eux, ces rois dont un mot fait courber tant de têtes,

Eux, que tes fils tremblants adorent à genoux,

Vers le sombre Occident qui porte les tempêtes

Que viennent-ils chercher, que veulent-ils de nous ?...

 

 

Que leur refuses-tu ? confiants dans les charmes

De l'éternel printemps qui règne en tes climats,

Auraient-ils vu briller de cristallines larmes

Aux feuilles du palmier, ennemi des frimas ?

 

 

Pour former les tissus splendides qu'on admire

Au sein de leurs palais – ces merveilles sans nom – 

La chèvre qui bondit aux vals de Cachemire

A-t-elle refusé sa soyeuse toison ?

 

 

Pour doter le sérail d'une reine nouvelle,

Cherche-t-on sans succès, sur les rives du Kours ?

A-t-il donc refusé, le Caucase rebelle,

son tribut de beautés, aux royales amours ? …

 

 

Pour orner les attraits de la brune sultane,

De la riche parure, objet de ses désirs,

Ne fournis-tu donc plus, antique Taprobane,

Et la perle nacrée, et les brillants saphirs ?...

 

 

Quand mollement couchés, sous l'arcade embaumée

Que, sur leurs têtes, forme un oranger en fleurs,

Ils rêvent – de Schiraz la rose parfumée,

N'apporte-t-elle plus d'enivrantes senteurs ?...

 

 

Ou pour ceindre leurs fronts d'un noble diadème,

À Golconde épuisé, s'adressent-ils en vain ;

N'y trouveraient-ils plus – déception suprême –

Le diamant brillant de son éclat divin ?...

 

 

Ou bien l'Astre de feu, sous le fardeau des âges,

Succombant dans sa route, a-t-il changé son cours ?

S'éloigne-t-il de toi, laissant froids tes rivages,

Compte-t-il ses rayons, pour éclairer leurs jours ?...

 

 

Non, leur œil n'a jamais vu la fraîche rosée

Se changer en glaçons sous ce ciel printanier,

Et quand l'aurore naît, une perle irisée

Vient baigner doucement la feuille du palmier.

 

 

L'heureux Serinagar, dans sa vallée immense,

Du berger de l'Indus reçoit les blancs troupeaux

Qui, dociles toujours et pleins de confiance,

Abandonnent leur laine à ses ardents ciseaux.

 

 

La vierge du Caucase, éperdue et tremblante,

Laisse, pour le harem, le vieux toit paternel,

Quand ses jeunes attraits et sa grâce naissante

Ont frappé les regards d'un despote cruel.

 

 

La charmante sultane, en sa main douce et fine,

Serre le bleu saphir, dans un joyeux élan,

Et sur ses noirs cheveux, sur sa belle poitrine,

Étincelle toujours la perle de Ceylan.

 

 

Non, rien ici ne manque à leurs moindres caprices,

Ni la beauté, ni l'or, ni les joyaux sans prix,

L'Orient est toujours le pays des délices,

De la nuit étoilée et des parfums exquis.

 

 

Le Soleil qui féconde et rajeunit la terre

Est toujours radieux, aux plaines d'Ispahan.

Mais celui qui remplit les âmes de lumière,

Le Soleil du Progrès, se lève à l'Occident.

 

 

 

Le poème ci-dessus de COQUILLON, Lise (Mlle) provient de sa brochure L'Orient, à A. M. Charles LEROUX (Ancien député des Deux-Sèvres), COQUILLON, Lise (Mlle), L'Orient, à A. M.Charles LEROUX (Ancien député des Deux-Sèvres), Angers, Imprimerie Ballu, 1870. Le document appartient au domaine public et se trouve sur le site de Gallica.

 

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème printanier & coloré 

 

Lise Coquillon, « L'Orient », poème de COQUILLON Lise Mlle, L'Orient, (1870), a été choisi, & transcrit par Dina Sahyouni pour Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées » & Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 9 mai 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/megalesia21/lc-orient

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

 

 

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