30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 16:37

REVUE ORIENTALES (O) | N° 2 | Entretiens & Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 | I. Le merveilleux féerique au féminin | Articles & témoignages


 

 

 

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Les vertiges du mystérieux &

 

 

du merveilleux : l’art poétique de

 

 

Fatma Gadhoumi

 

 

 

 

 

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Propos recueillis en juin 2022 par

 

Hanen Marouani

 

Peintures, sculptures de

 

Fatma Gadhoumi

ou Fatmina

 

Site perso : www.fatmina.com

 

 

 

« Il faut commencer dans le noir pour trouver la lumière. »

 

 

 

Fiche d'Information
 

Pseudonyme : FATMINA

 

Profession : Artiste peintre, sculptrice et ingénieure


 

© Crédit photo : L’artiste Fatma Gadhoumi ou Fatmina. Photographie prise par Luca Tiozzo Pezzoli. 

 

 

Site Internet, Blog, liens sites de ventes :

Site perso : www.fatmina.com

Site du collectif the Enchanted Cypress. : Www.theenchantedcypress.com

Site de la série Safat : www.safat.live

 

 

Biographie

 

Artiste peintre et ingénieure, elle cherche à guérir l'âme du monde, et non uniquement à exprimer les névroses et l’absurdité de la condition humaine.

Ingénieure de formation, elle a toujours été passionnée par la peinture, et habitée par l'Art sous toutes ses formes.

« À 18 ans, je reçois une bourse de l'État Tunisien pour poursuivre des études d'ingénieur à Paris. Et là, j'arrive pour la première fois à la ville des lumières, je tombe sous son charme, et je décide de suivre des cours d'art (peinture, expression artistique, miniature persane, danse, théâtre, piano, jazz) , en parallèle avec mon travail d'ingénieure.

Un long chemin semé d'embûches, d'incompréhensions et de déceptions, mais aussi de fiertés et d'accomplissements.

J'avais participé à plusieurs expositions, à la publication d'un recueil de poésie avec un collectif d'artistes Maghrébines ''Les cinq saisons au féminin'', et récemment, à la publication de Lalla Samra, la sainte soufie de Sfax, qui fait partie de la série Safat Hikayet. »


 

Bibliographie

 

Livres/recueils

 

Recueil de poésie Les cinq saisons au féminin 2021.

Lalla Samra de la série Safat Hikayet 2022.

 

Expositions

Exposition Femmes Maghrébines médiatrices de la paix, fondation maison de Tunisie, 30 Octobre 2021.

Exposition avec Les amis du salon de l'automne, Galerie Etienne de Causans, Paris Saint Germain 2021 14 septembre-2 octobre 2021.

Grand Salon d'art Abordable 24ème édition, La Bellevilloise Paris 11-13 Mai 2018.

Exposition à l’Hôtel des Arts et Métiers, Iéna Février 2018.

Exposition au Cercle Du Rire, Paris 19ème 30 Mai 2018.

 

 

Interview

 

 

 

H.M – Vous préférez qu’on vous appelle Fatmina ou Fatma ?

 

 

F.G – Je suis les deux :

Je suis Fatma, prénom choisi par mes parents, et le fruit d'une culture millénaire, d'une mémoire collective tunisienne, africaine, méditerranéenne …humaine.

Je suis également Fatmina, un prénom composé de Fatma et Fatina (qui signifie petite fée en dialecte vénitien).

J'aime bien les deux ; ce qu'on m'a choisi et ce que j'avais choisi, être une goutte d'eau dans l'océan et être l'océan, être Fatma et Fatmina.

Et vous, vous préférez m'appeler Fatma et/ou Fatmina ?


 

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou Fatmina en fée.

 

 

 

H.M – J’aime les deux puisque vous êtes les deux (sourire). Quelle est la vraie matière de votre art ?

 

 

F.G – L'Amour est ma religion et ma foi :

Je ne cherche pas uniquement à imiter la "réalité" visible aux yeux, mais à transmettre et à servir dignement l’humanité, tout humain, quel qu’il soit, et à garder cette lumière d'amour vivante.

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou Fatmina, "Le regard tourné ailleurs". Aquarelle, Gouache, Dorure 15 x 20 cm. 

 

 

 

Avec mes tableaux et sculptures, j'ai un regard tourné vers une humanité fragmentée, qui se mine, se détruit, et se mutile en permanence.

Avec mes miniatures, j'ai le regard/cœur tourné vers l'invisible. Mon art signale la présence d'un paradis spirituel ; et ce paradis, s'il n'est pas la Réalité dernière, est tout de même une étape d'un pèlerinage et un degré dans l'échelle de la transcendance.

Comme a dit Saint Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible aux yeux ».

 

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou Fatmina, "Exposition : Le petit Prince 2022". Photographie prise par Luca Tiozzo Pezzoli.

 


 

H.M – Merci pour cette belle citation de Saint Saint-Exupéry et merci pour cette belle photographie. Quelle est alors votre « méthode » pour un art poétique et « féministe » efficace et distingué ou comment s’émancipe-t-on d’un schéma dominant ?


 

 

F.G – Je n'ai jamais aimé tout ce qui se termine par "isme" : comme féminisme, sexisme, salafisme, machisme... Je parlerais plutôt d'un art humaniste, atemporel et intérieur ; un art qui reflète fidèlement la lumière (et les ombres) de ce monde, un art qui soit également une fenêtre vers de nouveaux horizons, et surtout, un art qui se veut être Vrai.

Comment y arriver ? Ce n'est pas via une méthode, mais c'est tout un cheminement intellectuel et spirituel, que j'ai commencé à suivre, et qui prendra l'espace d'une vie.

 


 

H.M – La magie et le mystérieux portés à votre création artistique et poétique sont-ils un don ou un travail assidu et continu ? Peut-on vraiment s’y identifier ?

 

 

F.G – Thomas Edison avait dit « Le génie est fait d'1% d'inspiration, et de 99% de transpiration. »

J'estime que le don ne suffit pas à lui seul : il n'est que l'étincelle qui te fait travailler ardemment et sans relâche pour cette passion qui t'anime. Tu ne sens alors pas le temps, ni la douleur.

Même si tu tombes et tu retombes maintes fois, tu auras toujours la force de te relever et de réessayer. La force du don n'est pas uniquement une inspiration, mais c'est surtout l'amour de faire ce que tu fais.

 

 


 

H.M – Vous explorez les désordres de l’âme humaine depuis que vous avez commencé votre traversée artistique. D’après votre expérience spirituelle, qui est le plus puissant les lumières ou les ombres ?


 

 

F.G – La profondeur des émotions humaines a toujours été une source d'inspiration fascinante pour moi. La question des ombres et des lumières est au cœur de ma recherche spirituelle, et de mon introspection.

 

Je crois que tout Humain est à la fois ombre et lumière, ange et démon, haine et amour ; l'un ne se définit qu'avec son opposé.


 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou Fatmina, "Rostam et son cheval Rakch combattant un dragon". Aquarelle, gouache et dorure, 30x40 cm. 

 


 

H.M – Dans ce cas la bipolarité est de plus en plus détectée dans nos sociétés modernes et elle est mal comprise pourtant c’est aussi une source de créativité ? Quel est votre avis à propos de cela ?


 

 

F.G – Cette bipolarité existe depuis toujours et existera et elle est primordiale pour moi.

Nous vivons aujourd'hui dans un monde en crise, crise veut dire aujourd'hui système grippé qui ne saurait trouver en lui-même les ressources et moyens de sa réadaptation.

L'homme est devenu désorienté au sens propre du mot : il a en effet perdu son orientation, son cap. Il vit dans une peur individuelle et collective, qui le hante, et se transforme en angoisse permanente.

« Ils éprouvaient la souffrance profonde de tous les prisonniers et tous les exilés, qui est de vivre avec une mémoire qui ne sert à rien. » (Albert Camus, La peste)

Nous nous replions de plus en plus sur nous-mêmes, nous n'arrivons pas à retirer ce voile qui nous empêche de Regarder la beauté derrière. Pourtant cette dernière est partout.

Mon rôle en tant que femme, artiste est de parler de cette beauté, de cette unité.

En fait, en dépit de leur pluralité, toutes les cultures constituent autant de réponses distinctes aux mêmes questions essentielles posées par la biologie et l’ensemble de la situation humaine.

L'Homme, cet être singulier conscient de sa propre mort, confronté à la première pandémie du monde globalisée, se trouve face à des interactions sans cesse croissantes entre les différentes régions du globe.

Une interdépendance qui le contraint à collaborer pour faire face à ce tsunami mental qui submerge l'humanité toute entière, à vivre ce paradoxe entre le repli sur soi et la solidarité et à admettre qu'il fait partie d'un grand tout.

La beauté, selon moi, réside dans nos différences et dans cette bipolarité mondialisée.

 

 

 

H.M – Le mélange des deux est constant chez vous. S’agit-il de ressources inattendues et imprévues qui invitent à combiner colères et émerveillements, élans et peines ou autre ?


 

F.G – Je suis à la fois miroir et fenêtre, peintre, sculptrice, et miniaturiste :

Dans la peinture, la rédemption de la matière et du monde des phénomènes s'accomplit par leur accession à la forme. J'étais alors un miroir qui reflétait la lumière, mais surtout l'ombre, la douleur et les abysses où notre monde est plongé. J'ai eu la chance d'être accueilli à l'atelier Artistik avec mon maître Manhal Issa, et Pako Khoury pour peindre fidèlement ces tempêtes et ouragans qui me traversaient.

 

 

© Crédit photo : Buste Argile chamottée blanche, 30x 50 x 60 cm (approximatif) 2022. 

 

 

© Crédit photo : L’artiste Fatma Gadhoumi (ou fatmina), photographie prise à l'atelier Artistik, avec Manhal Issa et Pako Khoury, 2022

 

 

Mais, il y a 5 ans, j'ai fait une rencontre : une rencontre exceptionnelle avec un grand Homme ; mon maître de miniature persane, le regretté, très cher Abbas Moayeri.

 

"Ostad" (maître en persan), était un très grand miniaturiste persan, peintre, sculpteur, musicien et acteur.

Il m'avait initiée à l'art de la miniature persane. Un univers où l'artiste transforme la matière en couleurs de lumière. La poudre d'or, d'argent, de lapis-lazuli, d'émeraude et d'autres pierres précieuses subliment la matérialité pour qu'elle ne soit plus que réflexion de lumière.

 

Les choses dépouillées de leur part obscure, du poids, du volume et de l'ombre apparaissent comme dans un miroir magique, qui ne réfléchit pas, à sa ressemblance, ce qui est devant lui, mais l'éclaire par une autre lumière et le porte dans un autre lieu, pour le métamorphoser en images d'ailleurs.

 

Le somptueux caractérise cette apparition et le merveilleux en est l'effet et la tonalité.

 

 

H.M – L’intensité de l’émotion est juste une réaction instantanée ou une vérité qui permet d’ouvrir l’âme, le cœur et les yeux et d’aller au fond ?

 

 

F.G – L'intensité de l'émotion n'est que l'étincelle qui ouvre une brèche dans le cœur, et permet de voir en profondeur ce qu'il y a derrière les voiles du monde visible.

"La blessure est l'endroit par lequel la lumière entre en nous." Rûmi

لا تجزع من جرحك و إلا فكيف للنور أن يتسلل الى داخلك" مولانا جلال الدين رومي

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou fatmina. Pastel sur papier, 50 x 65 cm 2021, N'aie pas peur de tes blessures"/ لا تجزع من جرحك

 



 

H.M – Vous proposez aussi d’en finir avec le soufisme, c’est-à-dire ?


 

F.G – Qu'est-ce que le soufisme ; « c'est éprouver de la joie dans le cœur lorsque vient le chagrin » Rûmi

Le soufisme est la spiritualité musulmane, considérée, par les savants musulmans, comme une des sciences de la religion musulmane.

Ses principes sont la quête de la vérité et de la bonne direction, et reposent sur le renoncement au monde, à l'abandon des richesses, des plaisirs, des honneurs, des vanités superflues, tout en s'attachant à la stricte pratique des vertus qui élèvent l'âme vers l'Amour de Dieu.

 

« Mon cœur est devenu capable

D’accueillir toute forme

Il est pâturage pour gazelles

Et abbaye pour moines !

Il est temple pour idoles

Et la Ka’ba pour qui en fait le tour

Il est les Tables de la Thora

Et aussi les feuillets du Coran !

La religion que je professe

Est celle de l’amour

Partout où ses montures se tournent

L’Amour est ma religion et ma foi ! »

(Ibn Arabi)



 

 

H.M – Comment former les plus jeunes, surexposés au numérique et à la consommation, à la méditation et à l’art ?


 

F.G – Je pense que c'est notre rôle, en tant qu'artistes, penseurs et philosophes de proposer une alternative à cet environnement toxique où nos jeunes baignent : un monde où la seule constante est le changement, où le matérialisme devient roi, où les influenceurs remplacent les penseurs, et où les valeurs se perdent.

 

J'ai choisi, avec une belle équipe motivée et dévouée (Mondher Khanfir, Ahmed Nabli, Houcem Ben Jemaa) de créer une série de contes intemporels, “Hikayat” en arabe, qui parlent d'amour, de beauté et de sagesse, et qui sont illustrées avec des miniatures.

 

Le concept de Hikayat est à mi-chemin entre le récit et le conte, dont l'élément narratif est annoncé et énoncé, qui est de la fiction, sans être de la pure fantaisie comme le sont les Mille et Une Nuits, tout en ayant une sorte de prégnance comme une entité suffisante et brillante par elle-même, indépendamment du sens ésotérique, moral ou mystique qui s'y attache.  

 

Nous racontons l'histoire des héros, qui ont réellement vécu, et qui ont aidé, protégé et aimé. Il ne s'agit pas de héros qui viennent d'une autre planète ou qui aient été piqués par des fourmis ou des araignées, mais il s’agit bel et bien de Vrais Héros. Il s'agit des saintes et des saints qui existent, un peu partout dans le monde.

 

L’édition sous format d'une App, avec une animation et des lectures possibles en plusieurs langues et dialectes (avec ma voix), remet chaque Hikaya dans sa dimension universelle. Ce qui rend les personnages clefs encore plus proches….

 

Notre objectif est de participer à la création d'une nouvelle vision du monde, et d'accompagner tous ceux qui sont avec nous dans une quête de sens.

 

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou Fatmina, "La peste". Gouache, aquarelle, argent et dorure sur papier., 30 x 40 cm, 2021. 

 

 

H.M – Qui inspire vos toiles et vos écrits : avant et actuellement ?


 

F.G – Il faut commencer dans le noir pour trouver la lumière.

Au début, mes peintures me permettaient de canaliser mes épouvantables tempêtes internes. Il s'agissait de mon refuge, de mon radeau, de ma lumière, sans laquelle je pourrais être plongée dans cette obscurité infinie. Par la suite, les ombres ont cédé la place aux miniatures : un étonnement contemplatif devant les mondes cachés et devant tout ce que le cœur peut en connaître. Je regarde alors le monde, mais pas avec mes yeux, avec mon cœur, tout en essayant de fendre les voiles qui cachent le paradis spirituel derrière. Cette peinture n'est pas véritablement le lieu d'une action mise en scène : en dehors du sentiment d'émerveillement, devant la beauté de l'image qui reflète un monde dans sa perfection, il n'existe aucune autre expression d'idée ou de sentiment quelconque.

Le drame, le pathétique, l'émotion sont absents : les combats sanguinaires n'inspirent ni terreur, ni pitié, ni dégoût, et les ruines ne diminuent en rien la splendeur et la beauté du tout.



 

(H.M) « Lalla Samra » est votre nouveau livre autour d’une femme. Qui est-elle réellement ?



 

F.G – Lalla Samra est une sainte soufie, qui a vécu à Sfax au 16ème siècle, et qui a combattu la peste noire, malgré toutes les douleurs et chagrins. Elle s'est donnée corps et âme pour aider les malades, les pauvres et les démunis…

Le fait d’avoir été en contact avec les pestiférés sans attraper le mal était interprété comme une bénédiction divine de Lalla Samra.  

Jusqu’à nos jours, sa mémoire est célébrée chaque début de printemps, avec une procession conduite par une femme entourée de deux chèvres noires, sous le son de percussion « Stambali », rappelant les cortèges de la mort de l’époque.



 

H.M – Vous pensez que la nouvelle génération manque d’assez de connaissances et de savoirs autour de l’Histoire ?  Ces histoires merveilleuses surtout autour des femmes se considèrent-elles comme lueur d’espoir, de chercher encore les vérités cachées dans nos médinas à Sfax ou dans d’autres villes ou pays ?


 

F.G – Hegel avait dit "on apprend de l'histoire que personne n'apprend de l'histoire"

Je ne partage pas complètement cette thèse : je pense qu'on ne peut pas avancer sans avoir une connaissance de l'histoire.

Cependant, dans le contexte actuel de mondialisation, de progrès technologique, et de disponibilité instantanée de quantités faramineuses d'informations, les nouvelles générations, et en particulier dans les pays du tiers monde dont la Tunisie (mon pays d'origine), subissent encore un système éducatif dangereux qui ne cesse de "débiliser", "aplatir" les connaissances avec des programmes mous, manipulés et réducteurs, et détruire la pensée critique des élèves (ça a commencé avec les dictatures successives et a continué après la révolution avec l'extrémisme).

Avec Safat Hikayet, nous partageons un rêve : celui de raviver des histoires oubliées de héros et héroïnes qui ont vraiment vécus, et qui ont participé à créer un monde meilleur, à transmettre des valeurs humanistes, et à communiquer un message d'amour, de tolérance et de sagesse.

Cette recherche historique, qui a commencé par Sfax mais qui continuera dans plusieurs villes et pays, est alors un moyen d'attiser la curiosité des lecteurs pour une histoire délaissée et ignorée, de donner l'exemple aux générations à venir, et d'inspirer un monde qui se mine en se divisant.


 

 

H.M – Fatmina, votre formation est principalement scientifique mais votre passion est purement artistique et spirituelle. C’est rare de trouver des profils qui réunissent les deux et qui excellent aussi dans les deux comme votre cas. Comme un mot de fin, quel est le message à transmettre pour ces jeunes qui ne voient l’avenir que dans la formation scientifique surtout que vous avez montré votre intérêt vis-à-vis de la jeunesse dès le début de notre entretien ?


 

F.G – Je vais répondre à votre question en deux temps :

D'abord, je suis à la fois artiste et ingénieur : parcours atypique et interdisciplinaire, mais qui a toujours existé avec de grandes figures comme Perret, De Vinci…

Je n'y vois pas une incohérence, mais plutôt une richesse. L’art donne un sens à l’inexplicable et à l’invisible, la science réduit nos ignorances en cernant de façon critique l’inexpliqué et l’inconnu.

Cette bipolarité essaie de rendre l'invisible visible, et d'unir ces deux mondes pour en créer un meilleur. J'ai choisi de suivre ce chemin sinueux, pleins d'embûches, d'incompréhensions, de douleurs et de défaites, mais aussi de réussites, d'accomplissements et surtout de sens (direction, signification, sensation), le plus important étant le chemin, non pas la destination.

J'ai fait un choix : c'était difficile au début mais le jeu vaut la chandelle.

Comme a dit Steve Jobs : Have the courage to follow your heart and intuition.”

Le travail ne doit pas être une torture (comme son origine latine tripalium), mais une source d'épanouissement et d'accomplissement.

Donc, selon moi, il ne faut pas que tu choisisses ta voie en fonction du gain pécuniaire potentiel, mais en fonction de ce que tu aimes, de ce qui te passionne et te fais vibrer.

Socrate a dit « La vie est trop courte et trop précieuse pour la passer à nous distraire et à accumuler un trésor périssable. Cherchons plutôt à en comprendre le sens véritable et à enrichir notre âme. »

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Pour citer ces œuvres & entretien inédits

 

Hanen Marouani, « Les vertiges du mystérieux et du merveilleux : l’art poétique de Fatma Gadhoumi » avec des œuvres de Fatma Gadhoumi et deux photos de Luca Tiozzo Pezzoli, Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 30 juin 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/hm-avecfatmagadhoumi

 

 

 

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5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 09:03

 

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Le ramadan

 

 

 

 

 

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Corinne Delarmor

 

Sociétaire des Poètes Français depuis 2022

 

 

 

 

 

​​​​Crédit photo :  Prunier en fleurs, Wikimedia, domaine public. 

 

 


 

 

Dès que l’on distingue un fil blanc,

D’un fil noir, commence le jeûne,

Depuis l’aube, comme dit le Coran,

Ramadan, fête musulmane,

 

 

S’abstenir de boire, de manger,

Et jusqu’au coucher du soleil,

Pour la concorde et pour la paix

Prier, ensemble, sans pareil,

 

 

L’un des cinq piliers de l’Islam,

Prières d’al-soubh à al-maghrib,

Mois sacré, telle une oriflamme,

Respect strict de tout le prohibe,

 

 

Aucune relation sexuelle,

Ne pas fumer, durant le jour,

Le recueillement des fidèles,

Période sainte, chant d’amour !

 

 

© C. Delarmor

____

 


Pour citer ce poème inédit

 

Corinne Delarmor, « Le ramadan », Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 5 avril 2022Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/megalesia22/cd-leramadan

 

 

 

 

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Rencontre avec l’artiste &

 

 

l’intellectuelle Hanen Allouch

 

 

 

 

 

 

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Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

Peintures & Poème de

 

Hanen Allouch

 

 

 

 

Biographie de Hanen ALLOUCH

 

Est docteure en littérature comparée de l’Université de Montréal (2019), avec une thèse sur les problèmes du biopouvoir dans les représentations littéraires et filmiques du milieu éducatif. Elle est également docteure en littérature française du XXe siècle de l’Université de la Manouba (Tunisie) et l’auteure d’une thèse sur l’écriture de l’empêchement dans l’œuvre de Louis-René des Forêts (2016). Elle s’intéresse aux théories biopolitiques, aux travaux sur la décolonisation, à la philosophie de l’éducation, au cinéma arabe, à la francophonie comparée et à la création littéraire et artistique italienne.

 

Elle a participé à diverses manifestations scientifiques internationales et elle a publié de nombreux articles au Canada, en Tunisie, en France, aux États-Unis et en Espagne. Elle a remporté de nombreux prix dont le prix Bobi Bazlen en études culturelles italiennes comparées.

 

Par ailleurs, elle est aussi ingénieure culturelle de l’Université Bordeaux-Montaigne (2014) et elle est la créatrice d’une œuvre picturale qui traduit la passion des couleurs et des formes. Peinture à l’huile, acrylique, aquarelle et collage tracent les contours d’un parcours artistique radical et atypique.

 

Liens utiles : 

 

https://www.linkedin.com/in/hanen-allouch-19803779/

https://umontreal.academia.edu/HanenAllouch?from_navbar=true

https://www.artcollector-saint-mitre13.fr/447904453

Entretien

 

 

1. Hanen MarouaniBonjour Hanen Allouch, ravie de vous avoir parmi nous dans ma série d'entretiens pour les revues féministes Le Pan Poétique des Muses et Orientales qui a pour objectif principal de présenter des parcours « atypiques » et inspirants de jeunes femmes tunisiennes aux talents multiples autour du monde et je suis fière de vous dire que vous en êtes une. Qu’est-ce qu’on peut dire encore sur vous pour mieux vous présenter au lectorat ?

 

 

Hanen ALLOUCH – Merci pour votre invitation et pour cet espace virtuel que vous consacrez aux jeunes femmes tunisiennes. Je trouve que c’est extrêmement important de valoriser la recherche et la création au féminin dans un contexte tunisien en continuelle mutation.

Je ne sais pas si je dois me présenter à travers mes écrits ou bien si je dois plutôt dire d’où je viens, où je vis. C’est drôle de devoir se présenter aux lecteurs à travers des dates et des localisations géographiques. On va dire que je viens de Sfax, que je vis à Montréal et que je suis née en 1983. Je le dis en passant mais au fond je sais que cela ne dit rien de moi. Qu’est-ce que la chronologie ou l’espace disent-ils de moi ? Je n’ai pas choisi de venir de Sfax mais cela a façonné ma personnalité et c’est une appartenance dont je suis fière, non pas par chauvinisme mais par espoir. J’ai choisi de m’établir à Montréal ou c’est plutôt un concours de circonstances qui a fait que Montréal se présente comme un choix d’avenir. Pour mieux me présenter au lectorat, je pourrais parler de mes écrits, mais c’est toujours mieux de l'inviter à les lire. Je peux aussi énumérer mes diplômes et réciter quelques pages de mon CV sans que cela me présente réellement. (Rire) Dans quelle mesure je suis ce que je réussis à faire ? Ne suis-je pas mes échecs aussi ? Je pourrais aussi me présenter à travers mon œuvre picturale mais un tableau créé à un moment donné peut-il réellement être représentatif de ce que je suis capable de créer et de mon rapport à la création artistique en général ? Peut-être qu’au cours de cet entretien nous aurons l’occasion de nous connaître mieux et qu’aborder certains points susciterait chez le public une certaine curiosité qui les amènerait à s’intéresser à mes écrits et à mes tableaux.

 

© Crédit photo : L’artiste Hanen Allouch entourée de ses œuvres (Atelier de l’artiste Wissem Abdelmoula, décembre 2020, Sfax). 


 

 

 

2. H.M.À ma connaissance aussi, vous êtes la première ou la seule tunisienne doublement docteure en études littéraires. En quoi cela est-il important pour inspirer d’autres jeunes femmes de votre communauté ou des prochaines générations ?


 

H.A. – La double diplômation est une longue histoire. J’ai deux mastères et deux doctorats et le tout a été fait en un temps record. Cela m’a pris le temps d’un seul parcours alors que j’en ai fait deux. C’était un défi que je me suis lancée pour avoir une vie après la vie. Je voulais m’essayer sous d’autres cieux afin de mieux apprendre sur moi-même et sur ce que je désire vivre réellement. J’avoue que le fait d’étudier durant toutes ces années à un rythme très soutenu m’a empêchée de jouir d’un temps libre que j’aurais pu consacrer à la création littéraire ou artistique. Étudier, est, selon moi, une seconde chance. Quand on vient d’une société conservatrice, quand on n’est pas encouragée en tant que femme à apprendre et à faire carrière, quand on nous répète sans cesse à quel point nos corps posent problème, l’éducation devient l’unique issue possible. Habib Bourguiba, le premier président de la République tunisienne, l’avait bien compris et une grande partie de la société tunisienne aussi. Heureusement ! Nous savons que la discrimination à l’égard des femmes est une réalité mondiale, ceci n’est pas le propre des pays arabes. Une femme, partout dans le monde, est sous-payée, a moins de chances d’occuper des postes de responsabilité, et si elle y arrive, elle doit continuellement prouver qu’elle en vaut la peine et qu’elle mérite d’être écoutée.

Certains vont penser que je me contredis mais je vais quand-même préciser que les diplômes ne sont pas tout dans la vie et qu’il faut aussi avoir les compétences et le savoir-faire qui les accompagnent et qui les valorisent. Il faut être une femme de terrain et savoir s’intégrer dans le monde du travail. Aux jeunes femmes de ma communauté, je dis : « Ne baissez jamais les bras, vous êtes capables de réussir, malgré ceux qui veulent vous prouver le contraire. Suivez vos rêves. Ne regrettez pas de naviguer à contre-courant. Soyez vous-mêmes et battez-vous pour réussir. »

 

3. H.M. – Quand on laisse tout tomber et on décide de recommencer à zéro, on prend un bon ou un mauvais chemin d’après votre expérience d’immigration ? Comment vous l’avez vécue ?

 

H.A. – Recommencer à zéro a vraiment été mon cas. J’ai laissé derrière moi un poste où j’étais enseignante titulaire, la sécurité de l’emploi et le petit confort financier auxquels rêvaient beaucoup de jeunes. J’ai réussi le concours de recrutement de l’enseignement secondaire à l’âge de 23 ans et cette année-là nous étions 10 nouveaux enseignants pour toute la Tunisie. En tant qu’expérience, l’immigration n’est jamais un mauvais chemin, elle nous apprend énormément sur nous-mêmes, sur les sociétés que nous quittons et sur notre nouvel environnement. C’est une fenêtre qui s’ouvre sur un nouveau champ. Des fois, on mesure la réussite d’une immigration aux diplômes accumulés ou aux gains financiers. Il y a toujours à la fois cette image attendrissante et ridicule du retour de l’enfant prodige. La valise remplie de cadeaux, le titre universitaire qu’il vient d’obtenir, le compte en banque, la voiture importée, etc. Sortir de la pauvreté, prouver que le départ en valait la peine, que les sacrifices aient rapporté leurs fruits. C’est une vision limitée, un cadre sans profondeur.

Immigrer c’est redevenir soi-même sous d’autres cieux, c’est grandir, des fois vieillir, apprendre. Au début, j’ai très mal vécu le départ. Je ne voulais pas rester en Tunisie à cause d’un quotidien qui était devenu étouffant et en même temps je ne savais pas où j’allais et je n’étais pas totalement prête à « recommencer à zéro ». Le problème c’est aussi qu’on ne recommence jamais à zéro, on recommence toujours à partir de quelque chose qui est en même temps une perte et un espoir, un deuil et une renaissance. J’étais en maîtrise totale de mon environnement tunisien. Sortie très tôt au marché du travail et assumant de nombreuses responsabilités dès mon jeune âge, j’avais une expérience considérable de la vie en Tunisie. Le fait d’être une fille unique, de grandir dans des conditions familiales assez particulières qui m’obligeaient à assumer de nombreuses responsabilités, tout cela a forgé très tôt ma personnalité. Et quand je me suis retrouvée à l’étranger, sans repères, sans sécurités, sans tout ce que j’avais construit en Tunisie, je l’ai vécu très mal. Je me suis réfugiée dans les études. L’immigration est aussi un révélateur, un miroir tendu qui nous fait paraître sous une nouvelle lumière, à travers de nouveaux prismes. Je me souviens d’une amie d’enfance qui disait à nos amis communs, « Hanen même en Amérique, elle serait capable de secouer des convictions ». Je suis en Amérique du Nord et des fois l’on me dit que mes idées choquent. Que faire ? Je ne peux qu’être fidèle à moi-même. Ma vie au Canada m’offre l’opportunité d’intégrer une société où la diversité est une richesse et en même temps un combat vers l’intégration. Je dis bien intégration et non pas assimilation, car il faudrait réconcilier l’identité et l’appartenance. Comment faire partie de son nouveau monde sans jamais avoir renoncé à l’ancien ? Comment ne pas être assise entre deux chaises ? En fait, l’expérience de l’immigration nous apprend à poser de nombreuses questions auxquelles seul le vécu d’une personne migrante peut répondre.


 

 

 

© Crédit photo : Un panorama de quelques œuvres picturales de l’artiste Hanen Allouch. 

 


 

4. H.M. – Voyager entre la recherche scientifique, les arts, la poésie et l’engagement dans la société civile, à quel point tout cela fait bel et bien votre différence surtout quand toute l’appartenance culturelle indique et même oblige l’orientation vers le sens unique ?

 

H.A. – Je ne fais pas partie des gens qui croient à l’existence d’une seule voie. Dès mon adolescence, j’ai ressenti le besoin de créer pour extérioriser mes émotions et pour repenser la société. J’étais une adolescente rebelle et je ne comprenais pas toutes les difficultés qui se rapportaient à mon identité et à ma condition de femme en devenir. Je cherchais une forme de liberté. Très jeune, j’ai écrit de la poésie en arabe puis j’ai très vite commencé à écrire en français. Après un baccalauréat en économie et gestion qui m’a valu un prix d’excellence, j’ai choisi d’entamer des études en langue, littérature et civilisation françaises. J’ai suivi mon cœur qui m’a dit de choisir ce que j’aime. On fait toujours un bon choix quand on choisit ce qui nous passionne. La peinture est venue beaucoup plus tard comme mode de création « alternatif ». Pendant la pandémie, j’avais cessé d’écrire. J’ai vécu la pandémie dans des circonstances assez particulières. Vivant au Canada depuis 2014, en février 2020, je décide de partir en vacances en Tunisie, et au lieu d’y passer un mois comme prévu, j’y passe toute l’année. Après la fermeture des frontières, j’ai pu continuer à enseigner à distance dans mon établissement canadien et, à cause du décalage horaire, j’enseignais à des horaires pas possibles, de 23h30 à 2h30 du matin. Quand j’avais besoin d’une respiration, je me mettais face à une toile. Dessiner et peindre m’ont permis de m’exprimer autrement et de créer un espace où il fait bon vivre. Je ne trouvais plus les mots pour dire la pandémie et le silence dans lequel j’étais enfermée pendant le confinement et la fermeture des frontières. Cela a commencé spontanément. Un jour, je me suis arrêtée et j’ai acheté des toiles et des pinceaux. Mon appartement à Sfax est situé à la Cité Jardins, c’est-à-dire dans le quartier de l’École des Beaux-Arts et mon oncle maternel, feu Khalil Aloulou, artiste et universitaire, est l’un des fondateurs de cette école prestigieuse. D’ailleurs, la galerie municipale de Sfax porte son nom, en hommage à ce qu’il a apporté à la scène artistique locale. Sans doute, mon expérience picturale a été motivée par cet héritage familial mais aussi par un besoin de m’exprimer autrement qu’en passant par les mots.


 

5. H.M.- Qu’est-ce qui a changé en vous en renouant avec les mots, les pinceaux et les couleurs ? La création artistique et poétique a-t-elle la possibilité de créer une relation plus libre avec soi ou avec les autres ? Permet-elle vraiment de trouver la paix ? Des mots et des tableaux pour raconter quoi au juste : la peur, l’horreur ou l’attente du bonheur ?

 

H.A.- Il s’agit moins d’un changement que d’une extériorisation de ce qui n’a pas été exprimé jusque-là. Le non-dit, le tabou et le trauma trouvent bien leur place dans le monde de la création. D’ailleurs, heureusement que cet univers est possible. Des fois, c’est seulement cela qui rend le monde vivable. Il ne faut pas croire que je crée dans la souffrance, au contraire, c’est une grande joie, une euphorie de voir naître des mondes possibles et insoupçonnés.

L’émerveillement est toujours le même, une infinité de premières fois. C’est assez extraordinaire mais il y a une correspondance étonnante entre mes poèmes et mes tableaux sans que cela ne soit voulu, on pourrait parler de synesthésie et d’une expérience poly-sensorielle et émotionnelle qui revient sous plusieurs formes d’où le projet d’un recueil de poèmes et de peintures sur lequel je suis en train de travailler.

 

6. H.M. – Merci de partager avec nous cette belle nouvelle ! On aura donc l’occasion de célébrer la sortie de votre premier recueil de poésie très prochainement. Peut-on vous qualifier par une rescapée en quête de vérité ou d’identité ?

 

H.A. – Nous sommes tous les rescapés de quelques événements individuels ou collectifs, nous sommes aussi de perpétuels rescapés de la menace de mort dans un sens psychanalytique, je crois que la création se constitue entre les deux pulsions contradictoires de vie et de mort. Quant à la vérité et à l’identité ce sont des quêtes personnelles qu’on choisit ou qui nous choisissent quand on a une histoire personnelle assez particulière marquée par les métissages et les voyages intérieurs et géographiques. Je pense que chacun puise dans son patrimoine à sa façon, afin de se constituer des filiations et de transmettre ce qu’il a appris sur lui-même et sur les autres et c’est peut-être cela qui justifie la création, plus que les nombrilismes identitaires qui hiérarchisent les diversités. Mon métier d’enseignante que j’exerce depuis 2007 et qui m’a permis de travailler avec des élèves et des étudiants de tous les âges et sur trois continents, de l’école maternelle jusqu’à l’université, ce beau métier que j’ai choisi et qui était aussi le métier de mon père, m’a beaucoup appris sur la valeur de la transmission, il n’y a que cela de vrai, l’avenir, une destination qui permet à de futures générations de mieux se construire une fois bien outillées. Je crois que notre rôle en tant qu’artistes et intellectuels n’est pas de nous exposer comme des sources intarissables du savoir et de la création, c’est surtout partager et transmettre le peu que nous pensons maîtriser.


 

7. H.M. – La femme et la liberté de l’émotion dominent vos tableaux ! Oui ou non ?

 

H.A. – Tout à fait ! Sans le vouloir et sans le préméditer, la femme constitue un lieu commun de ma création picturale. La liberté de l’émotion ou la liberté tout court me préoccupent en tant qu’artiste. J’ai grandi dans une famille matriarcale où les femmes assument beaucoup de responsabilités : dès mon jeune âge, j’ai vu ma mère et mes tantes se battent sur différents fronts pour défendre leurs droits en tant que femmes. La Tunisie est sans doute l’un des pays arabes où les femmes sont les plus émancipées, peut-être même LE pays arabe où elles ont le plus de libertés, mais ce n’est pas suffisant. Même dans les pays où les lois et les pratiques semblent protéger les femmes des moindres abus, il reste toujours du travail à faire sur terrain. Disons que la femme est héritière d’un combat et qu’elle n’est nullement privilégiée par une humanité dont l’Histoire fait se succéder des exploits masculins en occultant l’Histoire des idées et des combats politiques des figures féminines. Ce n’est qu’au cours des dernières décennies qu’il a été envisagé de revisiter cette Histoire exclusivement masculine afin de la réécrire et de remédier aux omissions volontaires. Dans mes tableaux, je défends l’idée de la pluralité et de la diversité des féminités. J’aimerais beaucoup que le grand public puisse se réconcilier avec la multitude des perspectives selon lesquelles une femme aimerait être vue, loin des stéréotypes relatifs à l’unicité du beau.


 

8. H.M. – Hanen Allouch, derrière vos écrits et derrière votre engagement féministe et artistique, est-ce qu’on peut lire votre « regard » ou votre propre histoire ?

 

H.A. –  En réalité, mes écrits et mes tableaux dépassent les limites de l’autobiographie et de l’autoportrait. Mon regard est certainement présent autant qu’une vision de mon vécu mais ce n’est pas limité à cela. Je vois l’expérience de création comme une libération des contraintes du moi et comme une quête d’altérité et de diversité. Pour moi, créer implique surtout la générosité du partage. On pourrait aller vers le débat barthésien de la mort de l’auteur en tant que figure dominante, mais pour dire les choses brièvement, en ce qui me concerne, je ne suis pas le sujet principal de mes propres créations. Je suis une personne extrêmement curieuse qui aime lire et découvrir tout ce qui l’entoure et je pense que cela se retrouve dans ma création littéraire et artistique. Je m’intéresse aussi aux échos de ce que je crée, c’est-à-dire à la réception de l’œuvre en tant que rencontre entre des diversités.

 


 

 

© Crédit photo : Rêve canado-italien, Hanen Allouch, technique mixte, 50 X 40.

 

 


 

9. H.M. – Quels sont vos nouveaux horizons en Tunisie, au Canada ou ailleurs ? Et avant de vous laisser en paix, pouvez-vous, s’il vous plaît, nous toucher quelques mots sur vos futurs projets ou rendez-vous pour les partager avec nos lecteurs ? Et merci infiniment pour la richesse et pour la qualité de nos échanges. Vous êtes une très belle découverte et on vous laisse la liberté de nous proposer un délicieux dessert poétique de votre choix pour notre mot de la fin !


 

H.A.- C’est moi qui vous remercie pour l’invitation et pour votre intérêt à l’égard de mon modeste parcours. J’attends de futures parutions qui sont un recueil de poèmes, une fiction et une traduction de l’arabe vers le français. J’espère que j’aurai le plaisir de vous en parler davantage quand les trois livres seront sur le marché.

Pour finir en beauté, j’aimerais vous partager mon poème « Voyage, mon ami ! » primé en France dans le cadre du concours international de poésie Louis Brauquier.



 

Voyage, mon ami !


 

Voyage, mon ami, avec la poésie

Écris mille mots aguerris

Tel un soldat des rimes

En éternelle bataille

Sur le front de la mémoire et de l’oubli

Voyage avec le vent

Tombe comme une feuille d’automne

Vole du creux de la main

Comme une graine qui germe

Décolle des paysages

Et atterris sur le visage du voyageur ébloui

Voyage tel un citoyen du monde

Sûr de lui-même et respecté

Sourire aux lèvres

Passeport tamponné

Et valise à récupérer

Après un bel accueil frontalier

Voyage tel un migrant clandestin

Sur une barque vouée à se noyer

Sans commandant ni capitaine

Rescapé, la peur au ventre

Et la prison à l’arrivée

Voyage sans oublier

Là où tu vas et là où tu aimerais aller

Sans t’attarder sur les accidents

Tel un chevalier surmonte les jalons

Et cours de l’avant, cours vers ta quiétude retrouvée

Voyage ici et ailleurs

Dans les traditions ancestrales et vers l’horizon inconnu

Sois attentif à la nature

Écoute la prière de l’univers, les montagnes et les volcans

Ils te souffleront des réponses tant attendues

Voyage à tes risques et sans t’arrêter

Et ne meurs pas avant d’avoir pensé

À ton tombeau et à là où tu aimerais être enterré

À ta mère, à ta nourrice

Et surtout à ton frère l’étranger

Voyage sans bouger

Aime la vie, ses parfums et ses images

Le goût de ton café, la fleur d’oranger

Ton rêve, tes amours, tes écrits

Tes doutes, tes certitudes

Et tes danses déchaînées

Voyage avec ton amant

Embrasse l’océan

Traverse la méditerranée

Et le désert oublié

Mais n’arrive jamais à destination.

Je te laisse ce testament :

« Voyage mais reste enfant ! »


 

____

 

 

Pour citer ces illustrations, entrevue, poème & inédits 

 

Hanen Marouani, « Rencontre avec l’artiste et l’intellectuelle Hanen Allouch » illustrations par Hanen Allouch, Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 22 mars 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/hm-entretienavechanenallouch

 

 

 

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2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 14:50

REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations​​

 

 

 

​​​​​

 

 

 

 

 

Les bijoux d'Amanishakéto

 

Flaubert et Nerval : 

 

le cœur à l’égyptienne

 

 

 

 

 

 

Maggy de Coster

​​​​Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

 

​​​​​​​​​​​Crédit photo : Maler der Grabkammer des Nefferronpet, comnons, domaine public. 

 

 

Les bijoux d'Amanishakéto

 

 

La riche, puissante et célèbre Candace Amanishakéto 

Reine de Koush bravant la garnison romaine d’Auguste

Dans sa pyramide dormait du sommeil éternel à Méroé

L’antique cité nubienne

Avec ses précieux bijoux 

 

 

 

Et un beau jour survinrent des pillards

Emportant de la souveraine l’immense trésor

Qui allait de Nubie en Bavière voyager

Pour enfin tomber dans l’escarcelle de Louis Ier de Bavière

Ainsi vont les joyaux de royaume en royaume.

 

 

 

 

Flaubert et Nerval : le cœur à l’égyptienne

 

 

 

 

Flaubert marchait dans les pas des célèbres reines candaces

Et assouvissait ses « besoins d’orgies poétiques »

En découvrant les temples nubiens 

Érigés pour certains par des souveraines guerrières

 

Je le vois les yeux ébahis 

Devant les chameaux pénitents agenouillés au marché

Adressant une prière de délivrance au dieu Râ

Tandis que des cargaisons vivrières tanguaient sur le Nil bleu

 

Je le vois déposer une offrande

Devant l’hypostyle du temple d’Horus

Et devisant avec des femmes en tenue d’époque

 

Admiratif de la culture nubienne 

Il ne se refuserait guère à déguster un savoureux thé au lait

Dans lequel baigneraient généreusement quelques pignons 

À l’invitation des hôtesse des belles demeures typiques

À motifs géométriques

 

Nerval « le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

  Le Prince d’Aquitaine à la Tour aboli »

Par son Voyage en Orient1

Aurait-il retrouvé la joie de vivre en prenant place 

Dans la barque d’Horus pour les routes du ciel ?


 

 

© M. DE COSTER

 

Note

 

1. Voyage en orient, Gérard de Nerval, 1851.

 

____

 

 

Pour citer ces deux poèmes inédits 

 

Maggy De Coster, « Les bijoux d'Amanishakéto » & « Flaubert et Nerval : le cœur à l’égyptienne », Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2, mis en ligne le 2 mars 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/mdg-bijoux

 

 

 

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