17 septembre 2021 5 17 /09 /septembre /2021 10:54

 

PÉRIODIQUES | REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Les figures des orientales...

 

 

 

 

 

 

 

 

Les figures des

 

 

orientales en arts & poésie

 

 

 

© Crédit photo :  Mariem Garaali Hadoussa, "Tendrement vôtre", peinture. 

 

 

Ce premier numéro sera entièrement

 

mis en ligne le 30 septembre 2021. 

 

 

 

Crédit photo : Mariana Marrache (1848-1919), auteure et poète syrienne, domaine public, Wikimedia. 

 

 

Sommaire

 

 

 

Éditorial

Dina Sahyouni, « Pourquoi Orientales ? Naissance d'un mouvement »

 

 

Dossier 

(contient des articles, biographies, enquêtes, entretiens-témoignages, chroniques, critiques, introductions, portraits, postfaces, préfaces, témoignages, etc.)

 

Mona Azzam, « Nadia Tuéni : une figure inclassable » 

Renée Vivien (aïeule), « Biographie de Psappha » 

Catherine Dubuis, « Les "Orientales" de Marguerite »   

Hanen Marouani, « Entretien avec l'artiste Martine Nicole Geronimi », « Interview de Samar Miled », « Discussion avec Imèn Moussa » & « Portrait & entretien de Myriam Soufy : Belle et Re...Belle » 

Rym Gamanda, « La situation de la femme noire dans le domaine artistique au Maghreb : l’expérience de la peintre tunisienne Youssra Chouchène », illustré par quatre œuvres de l'artiste Youssra Chouchène

 

Merci de votre patience ! 

 

 

Florilège de créations poétiques

 

 

Dina Sahyouni, « Orientale » & « Incommensurable douleur »

 

رنا علم / Rana Alam, « فيروز »

 

Vivian O'Shaughnessy (traduction), « "Space Boy Wearing Skirt" by Lee Jenny » 

 

Mariem Garaali Hadoussa (fragments, poèmes & peintures inédits), « Femme et désirs »« Les mains tisseuses de rêves », « Je m'aime »,  « Charme andalou », « Je ne suis pas poète ! » &  « Dans la cité des jasmins »

 

Armelle Dupiat-Aellen (poème & illustrations inédits), « La Prêtresse des câlins qui parle d'Amma »

نادين عدرة / Nadine Adra, « بين قوسين » 

Nadine Adra, « J’ai été poisson » écopoème féministe

 

Corinne Delarmor, « Israélienne », « Fille du désert » & « Pied de lys »

 

Renée Vivien (aïeule), « Caravanes »

 

Marceline Desbordes-Valmore (aïeule), « Agar (fragment) »

 

Francis Friedlander, « Lotika », poème inédit avec deux illustrations inédites du poète et de Lotika

Lise Coquillon (aïeule), « L'Orient »

Michel Orban, « À Andrée Chedid »« À Alexandra David-Néel »

Amable Tastu (aïeule), « L'odalisque »

Maria Delcambre (aïeule), « L'esclave (Imité de l'Oriental) »

Sarah Mostrel, « Arabesque »

Nessrine Naccach, « Acte de (dé)naissance géo-senti-mentale »

Mona Gamal El Dine, « Une femme aux yeux noirs (Victime de féminicide) » 

 

/Invitées

Maram Al-Masri, « Maram Al Masri, « Bénis soient ceux... »​​​​​​, « Qui va dire aux arbres... », « L’acte d’écrire », « Neuf mois » & « De ma fenêtre je vois des maisons », photographie de Salvatore Marrazzo

Evelyne Charasse,  « Déposée » & « Longtemps »

Karen Cayrat, « Dans l'ombre des dunes » 

Catherine Gil Alcala (poème & dessin inédits), « Orientales »

 

 

Carte blanche à une artiste

 

Nicole Coppey, « Savoir discerner dans la prudence », « Savoir pardonner dans la simplicité », « Savoir espérer dans la foi »  & « Au jardin de l'amour »

 

 

Matrimoine 

Merci de votre patience !

Dina Sahyouni...... 

 

Entretien

 

Amal Latrech, « Interview avec la poétesse Hanen Marouani » 

 

Varia & Actualité

 

Revue ORIENTALES, « Les figures des orientales en arts et poésie (argumentaire) » 

Corinne Delarmor, « L’Aïd-el-Fitr »

 

 

 

L'édition électronique de ce numéro se termine le 30 septembre 2021.

 

 

ORIENTALES

Revue poéféminologique*, internationale & multilingue

 

ISSN électronique :

 

à venir

 

Périodique annuel proposé en parution

imprimée (aura lieu en Automne 2021)

numérique dans la revue 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES

 

 

 

Pour citer cet avis de parution

 

REVUE ORIENTALES, « Les figures des orientales en arts et poésie| Sommaire »Revue Orientales« Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 9 mars 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1

 

 

 

Page en construction créée

le 9 mars 2021 par Aude Simon

Dernière mise à jour : 17 septembre 2021

 

© Tous droits réservés

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17 septembre 2021 5 17 /09 /septembre /2021 10:53

 

REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Dossier & N° 10 | Célébrations | Entretien artistique & Féministe | Réflexions féministes sur l'actualité | Revue culturelle d'Afrique & d'Orient

 

 

 

 

 

 

 

La situation de la femme noire dans 

 

le domaine artistique au Maghreb :

 

l’expérience de la peintre tunisienne

 

Youssra Chouchène

 

 

 

 

 

 

​​

Propos recueillis par

 

Rym Gamanda

 

Chercheuse en littérature africaine francophone subsaharienne

Membre d’APELA & Doctorante à l'Université de Sfax (Tunisie)

 

 

Entrevue-enquête avec l'artiste

 

Youssra Chouchène

​​​​​​

 

 

 

Introduction

 

 

​​​​​© Crédit photo : Youssra Chouchène, œuvre représentant une orientale noire, peinture. 

 

 

 

 

Un monde malaisé et une situation sanitaire déséquilibrée au cours de ces deux dernières années continuent à semer l’inquiétude, le scepticisme et le doute dans les esprits des terriens. Un retour à soi et une attention accordée à l’autre semblent devenir non seulement un refuge mais aussi un besoin immédiat. Les êtres humains se trouvent dans l'urgence d’interroger la nature de leurs rapports à l’autre et d’évaluer le degré de la mise en pratique des valeurs humaines et morales comme la justice, l’égalité et la solidarité. Les vagues de contestation soulevées dans plusieurs pays aux quatre coins du monde ont mis le point d’orgue sur la subsistance d’une violence plurielle et protéiforme qui a poussé des groupes à crier gare et à stigmatiser des comportements déplorables exercés à leurs égards. En Tunisie, la femme maghrébine noire revendique son intégration sociale et condamne le racisme et l’iniquité. 

 

Dans ce contexte, nous avons choisi d'interroger la situation de la jeune femme magrébine noire dans un domaine qui a toujours donné l’impression d’être le plus humain des domaines et des secteurs à savoir le domaine artistique dans le contexte maghrébin. Pour bien illustrer notre idée, nous avons choisi d’accorder notre attention au parcours de l’artiste Youssra Chouchène. En effet, cette talentueuse peintre noire est tunisienne. Originaire de Djerba, l’île des rêves qui a nourri son inspiration et sa créativité, elle a participé à de nombreuses expositions artistiques à l’échelle nationale et internationale. Elle a également contribué à plusieurs concours au cours desquels elle a remporté les premiers prix, comme le concours de Nasa Challenge et le concours Euro-méditerranéen.  La passion pour le Design de produits industriels a poussé la jeune Yousra à en faire son métier pour creuser son chemin dans l’art et pour concrétiser ses ambitions et ses rêves de toujours. Tout cela n’a fait qu’aiguiser sa sensibilité pour la peinture.

 

Ses créations artistiques sont d’une grande expressivité et d’une profonde sensibilité. Elles captent l’œil et accrochent le regard par leur contenu vibrant et réaliste qui affiche une forte prédilection pour le portrait des femmes de sa communauté et de son pays en mettant en valeur l’héritage berbère, la chaleur émotionnelle et orientale et les paysages multicolores et lumineuses. Les traits physiologiques des portraits féminins peints par l'artiste expriment aussi méticuleusement l'amertume, l'insatisfaction et l'indignation de la femme dans le monde arabe en mettant l'accent sur "l'orientale" noire, victime jusque-là d'une condition défavorable et injuste (patriarcat, sexisme, racisme, phallocratie…) Et la problématique qui s’impose par elle-même en faisant un tour autour de ses toiles consiste à s’interroger si on a affaire, dans ses tableaux à la peinture d'une autobiographie féminine orientale et maghrébine noire. Ceci vient de l’impression qu’on a dès le premier contact avec ses toiles. Ainsi, ces dernières racontent-elles des bribes de l'histoire de cette catégorie de femmes. Diplômée de l’Institut Supérieur des Beaux Arts, elle a accepté de répondre volontiers à nos quelques questions qui interrogent son parcours et sa situation en tant qu’artiste noire dans son pays arabo-musulman : la Tunisie.

 

 

 

Entretien

 

 

 

 

1 Nous avons remarqué la prégnance des femmes dans vos toiles, des femmes dans plusieurs et différents états ayant souvent des humeurs contradictoires : des femmes souriantes, des femmes danseuses, des femmes travailleuses et même des femmes qui crient et qui pleurent. Mais ce qui a attiré notre attention, c’est l’omniprésence de la femme noire qui occupe vos tableaux d’une façon marquante. Pourriez-vous nous expliquer les raisons de cet intérêt et de cette prédilection pour les portraits des femmes et surtout la femme noire ?

 

 

Y.C Tout d’abord, je voudrais vous remercier infiniment de m’avoir accordée cette chance de me présenter en tant qu’Artiste Tunisienne Noire qui a toujours préféré s’exprimer dans un langage artistique, pictural et symbolique qu’elle trouve le plus capable de transmettre ses idées et ses sentiments.

En réponse à votre question, je dirais que la femme c’est tout simplement moi; la femme Tunisienne en particulier et la femme Maghrébine et Africaine en général qui est aussi, encore et toujours moi. Cette femme exceptionnelle à qui j’ai voulu accorder une place centrale dans mes tableaux, est la reine de mes tableaux !

La femme noire, c’est moi en grand « M », non seulement dans ma « tunisianité » mais aussi et surtout dans mon africanité ! Des toiles comme « The scream », « Silence » ou « La danseuse » rendent hommage à la femme noire mais elles mettent aussi en lumière des fragments de son vécu, des épisodes ou des « petites histoires » de sa vie quotidienne et des états d’âme de cette femme de couleur à qui on manquait d’accorder l’attention nécessaire et la considération qu’elle mérite d’avoir dans sa propre patrie et sur sa propre terre. C’est un passage en revue, une invitation à venir voir ce qu’elle endure et c’est surtout un instant de partage de ce qu’elle ressent au quotidien et de ce qu’elle peut encore faire et réaliser malgré tout. 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Youssra Chouchène, œuvre artistique représentant une orientale noire, no 1.

 

 

2 Oui tout à fait ! Nous avons remarqué que la femme Noire dans vos toiles semble insatisfaite et souvent malheureuse ! Elle semble associer inquiétude et tristesse. D’où provient cette mélancolie intrigante qui la submerge ? Quelles en sont les causes principales ?

 

 

Y.C Mes créations prennent les couleurs de mes humeurs et mes femmes peintes disent ma crainte de l'avenir, mes inquiétudes et mon insatisfaction actuelle face à ma situation en tant que femme noire dans mon pays. L’insatisfaction donne naissance à la contestation  qui est la raison d’être de mes œuvres.  

 

 

3 Peut-on dire dans ce cas que vous êtes engagée à prendre, à travers la peinture, une position contestataire contre des pratiques qui vous déplaisent comme la discrimination par exemple ? Pour vous, l’art est-il une arme efficace pour défendre une cause notamment la cause noire ?

 

YC Pour moi, la cause noire est principale mais mon engagement par et pour l’art couvre d’autres causes également.

Mon grand souci était de pouvoir exprimer le refus de l’exclusion dont la femme noire se sent victime dans sa vie quotidienne et professionnelle. Par la peinture, j’ai voulu stigmatiser les injustices, le racisme sous toutes ses formes et coutures et la ségrégation patente et latente. J’ai voulu mettre à nu des facettes d’un mal qui gangrène encore mon pays en 2021 à savoir la discrimination raciale. Je peux même ajouter que j’ai voulu défendre le procès des personnes défavorisées, les « sans-voix » et toutes celles et tous ceux qui ont un jour été victimes de l’iniquité.

 

 

4 À l’optique de tout ce que vous venez de dire, il y a aussi un point commun qui rassemblerait toutes vos femmes. Elles semblent être en état d’attente perpétuelle. Aspirent-elles à un avenir meilleur ?

 

YC Mes femmes, sont comme moi, dans l’attente d’un avenir incertain. Elles sont sceptiques et l’état de doute leur est constant. Une panoplie d’interrogations bourdonne dans leurs esprits. Elles cherchent toujours le pourquoi des choses et la raison suprême de leur place subalterne qui contredit leur humanité et leur intellectualité.

 

 

 

5 Je comprends parfaitement votre inquiétude mais je pense aussi qu’il y a une lueur d’espoir voire une lumière qui jaillit de l’ombre ? Parmi vos toiles, je me rappelle très bien de la femme noire qui danse et je pense que c’est la parfaite illustration de l’hymne à la joie et à la vie. Est-ce une invitation à être optimiste ?

 

 

YC  J’ai toujours été contre la capitulation. Ne jamais baisser les bras est mon slogan existentiel. Malgré les difficultés que j’ai rencontrées dans ma vie, j’ai toujours préféré garder le sourire et préserver mon esprit jovial. Dans mes œuvres, les couleurs ternes sont toujours traversées par des couleurs-lumières par quoi je voulais transmettre l’idée que la joie et l’espoir seront toujours des forces défiantes qui nous permettront de surmonter tous les malheurs du monde et que l’optimisme est une facette du combat et de résilience.

 

 

 

6 Vous dites « pour moi, la peinture est une fenêtre sur la vie. Elle exprime non seulement ce que je ressens mais elle est également mon porte-parole. C’est un miroir qui reflète mon image sous un autre angle. »

Dans quelle mesure, la peinture présente-t-elle pour vous un moyen d’extériorisation de votre intériorité et un reflet de votre intimité profonde ? Peut-on dire que l’art constitue une thérapie qui vous permettrait de mettre à nu un mal vécu ou une peine sentie ? 

 

 

YC Pour moi, les portraits que je peins ne sont pas seulement de simples dessins mais surtout mes compagnons éternels, mes amis et mes confidents à qui je raconte mes secrets les plus enfouis. Ce sont aussi des traces et des témoins d’un parcours turbulent et pluriel. Chaque ligne, chaque touche et chaque couleur contient une histoire ou une épreuve vécue ou endurée. Mes toiles sont aussi la langue avec laquelle j’essaye de communiquer avec le monde extérieur, d’inscrire ma vision du monde et d’exprimer mes opinions. Prendre mes crayons et mes couleurs équivaut, pour moi, au fait de rompre le silence, de dire les choses sans réserve et sans retenue, de libérer mes mois enchaînés et de me sentir affranchie. C’est ainsi que je pratique comme vous l’avez bien dit, ma propre thérapie.

 

 

 

7 Parmi les portraits que vous avez dessinés, pourriez-vous nous choisir un qui semble vous représenter le plus parfaitement ? Et quelles étaient les circonstances qui ont donné sa naissance ?

 

YC « Silence » est le portrait le plus cher à mon cœur. C’est un tableau en noir et blanc, qui expose une femme noire en état de détresse. Les yeux embués de larmes qui coulent et qui couvrent le visage entier. La femme est imprégnée par son silence intrigant et le regard morose traduit une tristesse mêlée à la déception. J’ai peint ce tableau pour tracer mon expérience douloureuse quand j’étais responsable de design de produits industriels dans une entreprise. Là-bas et en tant que travailleuse salariée, j’étais victime d’injustice et d’humiliation à plusieurs reprises de la part de mon patron. Le jour même de la réalisation de ce portrait (qui n’était que l’effet de cette injustice tragiquement éprouvée), j’ai revendiqué mon droit d’êtredignement payée comme mes collègues de travail. Mon directeur a refusé d’augmenter mon salaire et de me mettre dans le même pied d’égalité avec les autres employés. Sa réaction qui était accompagnée d’un ton dédaigneux et moqueurm’a beaucoup bouleversée et je me suis rendue compte du tragique de ma situation en tant que jeune femme noire qui a opté pour l’art de design comme noble métier et moyen d’expression. 

 

 

 

8 Selon vos propos et votre expérience racontée, la femme noire artiste avance dans des conditions défavorables et difficiles et elle occupe une place seconde et subalterne malgré ses atouts intellectuels. Est-elleétrangère dans son propre pays ?

 

 

YC Effectivement ! Dans l’entreprise où j’ai travaillé un bon moment, j’ai eu toujours l’impression d’occuper une position inférieure. Consciente des efforts que j’ai fournis, de mon assiduité et de mon sérieux au travail, je me suis toujours demandée pourquoi cette iniquité exercée à mon égard et pourquoi me priver de mon droit d’une rémunération méritée surtout qu’on adossait des tâches qui débordaient ma spécialité de désigner ?! Je faisais presque tout. J’étais obligée de garder le silence, faute de moyens et par crainte d’être exclue de mon travail ; moi qui appartiens à une classe très moyenne. J’ai travaillé sous la pression du harcèlement moral et de la violence verbale exercées par « mon maître » du travail.

 

 

9 Vous nous avez parlé d’une expérience difficultueuse qui nous a donné un aperçu sur votre parcours professionnel sulfureux. Le domaine artistique semble être un univers difficilement accessible à la femme noire tunisienne et un univers où elle se trouve exposée à plusieurs embûches et à de dures épreuves. Qu’en est-il de votre parcours académique ?

 

 

YC [sourire] Il n’était pas très différentde mon parcours professionnel. [Après un silence plus ou moins long] Je vais vous raconter une anecdote ! Originaire de Djerba, j’ai dû me déplacer à une autre ville pour poursuivre mes études supérieures. J’ai déposé mon dossier de candidature et au fond de moi, j’étais presque sûre d’être acceptée vu la moyenne considérable et le bon scoreque j’avais. À ma grande surprise, ma candidature a été refusée sans raison convaincante sachant que des candidats qui avaient des moyennes inférieures à la mienne ont été acceptés. Je ne vous cache pas que cela m’a beaucoup vexée mais j’ai fini par réussir à accéder à cet institutgrâce au soutien d’une amie à moi. Et depuis, j’aidécidé de travailler jour et nuit pour prouver au directeur qui m’a exclue au début de l’année, que j’étais digne d’être là et qu’une femme noire ne manque pas d’esprit, de créativité artistique et de talent non plus surtout pour réussir et pour y arriver. Par mes propres efforts et par la grâce de Dieu, j’étais la première de ma promotion dans ce même institut. 

 

 

10 L’injustice vous a suivie dans les différentes étapes de votre parcours mais vous avez toujours fait preuve de courage, de persévérance et de résilience.  Pourquoi avez-vous souvent préféré garder le silence et réagir avec le travail et l’action ?

 

 

YC Mes toiles étaient mes réactions, mes prises de positions, mes cris de révolte et mes contestations. Par exemple, mon tableau TheScream incarne beaucoup ce retour réactionnaire, le cri sorti de la bouche de cette femme noire est un cri d’indignation et d’un « C’est Assez ! » et d’un « It’sEnough ! » dégagés de plus profond de l’âme. Je me rappelle très bien que ce tableau était dessiné sous le choc lors d’un cambriolage dont j’ai été victime à la ville de Sousse et personne n’a voulu me soutenir ou m’aider quand l’incident s’est passé. Je me suis retrouvée seule face à mes agresseurs et je me suis retrouvée seule à affronter le mal et la violence. J’ai crié à haute voix mais personne n’a voulu m’écouter ou me soutenir.

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Youssra Chouchène, œuvre artistique représentant une orientale noire, no 2. 

 

 

11  C’est vraiment dur ce que vous avez malheureusement vécu mais je vous félicite pour votre polyvalence et belle énergie qui sont toujours là. C’est vrai que vous exprimez votre contestation non seulement à travers des toiles de peinture mais vous pratiquez aussi la photographie et le maquillage artistique puisque vous créez de votre propre visage et de votre propre corps des tableaux d’art pour exprimer vos attitudes et pour transmettre des messages d’une femme insurgée contre le racisme, l’injustice et la misogynie ; ces fléaux desquels vous avez tant soufferts. Pour vous, le maquillage artistique est-il une autre facette de militantisme ou un talent de plus qui s’ajoute à plusieurs de vos bijoux et trésors distingués et uniques ?

 

 

YC Des incidents qui se passent partout et quotidiennement révèlent le mal et le côté monstrueux de certaines personnes qui font perdre l’équilibre et la stabilité aux quatre coins du monde. L’affaire Georges Floyd aux États-Unis a secoué la planète entière. C’était horrible ! « I can’tbreath » ; est un cri d’étouffementqui a fait fondre mon cœur et m’a obsédée. Il y a des milliers de personnes noires dans ce monde qui répètent silencieusement et douloureusement « Je ne peux pas respirer ». Ils en ont assez de discrimination et de racisme et c’est afin de condamner cette injustice que j’ai réalisé l’œuvre de maquillage artistique où j’ai divisé mon visage en deux couleurs : la couleur noire qui est la mienne et la couleur blanche que j’ai ajoutée pour montrer que nous sommes toutes et tous des êtres humains, semblables et identiques. La peau, quelle que soit sa couleur demeure une épiderme extérieure qui n’influence en rien notre identité humaine.

 

 

12 Que pensez-vous de la visibilité de la femme noire artiste dans les médias tunisiens ? A-t-elle les mêmes chances d’apparition que « les autres femmes » ?  

 

 

YC D’après ce que je vois tous les jours, il s’agit d’une apparition très modeste et presque inexistante. La femme noire et particulièrementl’artiste noire, je ne lavois presque pas passer ou s’afficher dans nos chaînes de télévision et je ne me rappelle pas l’avoir écoutée sur nos ondes à la radio. Elle est donc quasiment absente et si je vous parle de ma propre expérience, je n’ai jamais été invitée par les médias audio-visuels. Et pourtant, il ya parmi nous beaucoup de femmes talentueuses cachées et éclipsées qui aspirent au succès mais elles se trouvent presque écartées et ignorées.

 

 

​​​​​© Crédit photo : Youssra Chouchène, œuvre artistique représentant une orientale noire, no 3.

 

 

13 D’après tout ce que vous venez d’affirmer ou de témoigner, l’avenir semble flou et dur à projeter. Pouvez-vous nous parler encore des rêvesqui vous habitent et des ambitions qui restent à concrétiser dans l’avenir proche ou lointain surtout que vous êtes encore très jeune et vous avez encore un long chemin devant vous ?

 

 

YC Tout d’abord, je rêve d’un monde où le racisme ne trouvera jamais de place et où l’égalité règnera partout. Je rêve d’un avenir meilleur où la femme noire se sentira prospère et épanouie au sein de son propre pays et où elle sera considérée et reconnue dans toute sa « tunisianité » mais aussi dans son africanité. Je rêve de devenir une peintre très célèbre, connue à l’échelle internationale et je souhaite de tout mon cœur avoir l’opportunité et la chance d’ouvrir ma propre entreprise pour exercer mon talent préféré qui est le Design. J’aspire aussi de voyager ailleurs et de découvrir d’autres horizons ! Merci pour cette attention à mon égard et l’égard de mon art.

 

 

Biographies :

 

 

Youssra CHOUCHÈNE. Tunisienne, originaire de Djerba. Elle est artiste en design de produits et particulièrement en peinture. Ses tableaux affichent un intérêt exacerbé pour la femme dans sa pluralité, notamment la femme maghrébine. Son talent prodige lui a permis de remporter plusieurs prix et médailles à l'échelle nationale et internationale comme le 2ème prix du concours de Nasa Challenge et celui du concours Euro-méditéranéen. Elle est également passionnée par la photographie et le maquillage artistique.

 

 

Rym GAMANDA est doctorante Tunisienne à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Sfax. Chercheuse en littérature africaine francophone subsaharienne et membre d’APELA, l’association pour l’étude des Littératures Africaines. Elle travaille essentiellement sur la question du « Féminin » en rapport avec l’identité sexuée.

Elle est diplômée de l’Université de Rouen en pédagogique du FLE et elle a participé à plusieurs formations à distance portant sur les techniques innovantes en classe du FLE.

 

 

©RG

 

***

 

Pour citer cet entretien-témoignage  

 

 

Rym Gamanda, « La situation de la femme noire dans le domaine artistique au Maghreb : l’expérience de la peintre tunisienne Youssra Chouchène », entretien-témoignage inédit illustré par quatre œuvres de l'artiste Youssra Chouchène, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations » & Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1mis en ligne le 16 septembre 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/no10/rg-youssrachouchene

 

 

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REVUE ORIENTALES ET LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 10 REVUE ORIENTALES Muses et féminins en poésie Féminismes
13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 16:20

​​​​

 

​​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations​ / Invitées & N° 10 | Célébrations | Dossier mineur | Florilège 

 

 

 

 

 

 

 

 

 ​​​Orientales

 

 

 

 

 

[Invitée]

Poème & dessin

Catherine Gil Alcala

 

 

Dramaturge, poète & Artiste

Site officiel : www.lamaisonbrulee.fr/

 

 

 

 

​​​​© Crédit photo :  Catherine Gil Alcala, « Charretière d'Opéra », Dessin à l'encre de chine sur papier 50 x 65cm. 

 

 

 

Le talisman d'or du levant déroule des escargots de lumière sur le sommeil ensoleillé d'Inanna.  

Affabulations gagas des rêves des profondeurs, stridulation des chants de lamentations, sa sœur des enfers, geisha cornue mésopotamienne, enfante les enfants morts, enseigne l'envers sorcier de l'énamoration.

 

Mini-Biographie de

CATHERINE GIL ALCALA. Poésie, théâtre, performance, arts plastiques...les frontières sont poreuses, les arts s'interpénètrent... Catherine Gil Alcala a commencé à dessiner dans la continuité des répétitions d'un théâtre d'images qui était un théâtre du rêve.

Par la suite, ce théâtre du rêve devient une écriture foisonnante d'images et de sonorités qu'elle publie aux éditions La Maison Brûlée.

Ses écritures ont été jouées au théâtre et ont fait l'objet de performances musicalopoétiques, de même, elle conçoit des expositions d'œuvres plastiques et de poèmes et participe à des festivals intercontinentaux.

Site Internet : www.lamaisonbrulee.fr/

 

© C. Gil Alcala

 

***

 

 

Pour citer ce poème orientaliste en prose

 

Catherine Gil Alcala (poème & dessin inédits), « Orientales », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations » & Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 13 septembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/no10/cga-orientales

 

 

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REVUE ORIENTALES ET LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 10 REVUE ORIENTALES Muses et féminins en poésie
11 septembre 2021 6 11 /09 /septembre /2021 15:35

 

REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Dossier & N° 10 | Célébrations | Dossier mineur | Articles & Témoignages

 

 

 

 

 

 

 Portrait & entretien de

 

 

Myriam Soufy : Belle et Re...Belle

 

 

 

 

 

 

​​

Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

 

Entrevue avec

 

Myriam Soufy

 

 

 

 

Portrait de Myriam SOUFY : Belle et Re...Belle

 

© Crédit photo : Portrait de Myriam Soufy.

 

 

Myriam Soufy, auteure de Re…Belle recueil de poésies paru aux éditions Arabesques à Tunis en octobre 2019. Elle est principalement et juriste en droit des affaires et a entamé une carrière d’avocate avant de se diriger vers l’enseignement et la recherche. Après une expérience politique en tant que membre élu du bureau des jeunes démocrates en Tunisie puis responsable des conventions dans la campagne présidentielle de Ahmed Néjib Chebbi en 2014, elle a essayé de retrouver sa vocation première, son environnement naturel : l’art. Elle est diplômée du Teatro Studio et participe à plusieurs pièces de théâtre en tant que comédienne, dont la dernière, un solo de danse-théâtre qui s’intitule Tanfissa, dirigé par Marwen Errouine. En tant que plasticienne aussi, elle a participé à plusieurs expositions de groupes avant de prendre le pari de préparer son exposition personnelle « Attrape-rêves » à l’espace Aire-Libre à El Teatro dans la ville de Tunis sans oublier de mentionner qu’elle était aussi active dans plusieurs résidences artistiques. Éprise de voyages, de couleurs et de mots, elle est actuellement en formation en Art-thérapie à l’AFRATAPEM.

Son livre Re…Belle retrace le chemin d’une femme : ses rêves, ses aspirations, ses amours, ses déceptions, ses désirs et ses regrets. Les émotions éprouvées face aux épreuves de la vie mais aussi face à la beauté, la complexité de l’humain et de l’univers. C’est également un appel à la réflexion, au questionnement perpétuel, à la tolérance, à la résilience... Une ode à la vie, une vie débarrassée des diktats et des aliénations sociales.

Re…Belle a été écrit dans plusieurs coins du Monde mais toujours dans l'intimité des sentiments, des espaces et des lieux. Il a été aussi présenté dans plusieurs webinaires organisés notamment par l’Institut français de Tunis, Médina Book Club, à la maison d’édition Arabesques, à l’occasion de la foire du livre tunisien et à la Fnac à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. En 2021, Re…Belle a été présenté dans le cadre d’un festival de poésie Portugais Ronda Leiria Poetry Festival et autour d’une table ronde virtuelle « Migra » qui a été organisée par Léonardo Tonus dans le cadre d’une rencontre entre des écrivains, des artistes et des chercheurs de tous les horizons issus de la société civile et dans une initiative de travailler sur les nouvelles configurations de la migration. 

Plusieurs textes de Re…Belle ont été lus dans des festivals notamment à l’occasion de La Nuit de la Poésie : événement organisé par l’Institut français de Tunis avec la coopération de l’Institut du Monde Arabe.  

Une autre séance dédicace du recueil Re…Belle au stand des éditions Arabesques a eu lieu à la Foire Nationale du Livre Tunisien à la Cité de la Culture à Tunis du 17 au 27 juin (de 9h à 19h) et les autres dates seront communiquées sur ses réseaux sociaux. Et pour commander Re…Belle, vous pouvez consulter ce lien : https://www.ceresbookshop.com/fr/?fbclid=IwAR0qI1fj7bAWRi_nY_oGcgSKjqA22liRVdDyOLBkx1Imgx_dz-VNkefcFVo.

Pour découvrir ses créations artistiques, ses collages, ses photos, ses textes… voici son compte Instagram :

Myriam.Soufy

 

 

Entretien 

 

 

1 – Bonjour Myriam Soufy, je suis très ravie de vous rencontrer dans le cadre de cet entretien ! Comment peut-on présenter un parcours aussi riche et inspirant d’une jeune et belle femme comme vous à nos lecteurs ? 

 

 

MS C’est loin d’être un parcours typique je l’avoue, il porte plus les notes d’une errance existentielle, que d’un chemin tracé dès le départ avec une ligne d’arrivée. C'est plutôt une quête, une quête d’inspiration, de création. Une curiosité insatiable de la vie dans toutes ses dimensions scientifiques, humaines, politiques, sociales, spirituelles et artistiques. Un choix d’échapper au déterminisme, d’ouvrir l’espace de mon cœur à mes passions, de me laisser porter par toute expérience pouvant se présenter à moi et de prendre le risque ou peut-être le bonheur de la vivre pleinement.

 

 

 

2 – Y-a-t-il une divergence ou une convergence entre la poésie d’aujourd’hui et d’autrefois partout dans le monde et particulièrement en Tunisie ? Selon vous, quelle filiation et quelle innovation ? Peut-on parler d’une rupture ou d’une continuité ?

 

 

MS – Il faudrait que je sois un peu plus outillée pour répondre à cette question ou du moins d’avoir une vue holistique des courants poétiques dans le Monde ou même en Tunisie. Mais je pense que ce qui caractérise la poésie c’est cette nécessité de dire, de se révolter, de brandir ses mots comme une arme de construction, de questionnement, de ré-enchantement. C’est peut-être en cela que la poésie s’inscrit dans la continuité. Quant à l’aspect innovant, il se situe à mon humble avis au niveau stylistique, en cette forme plus libre, plus imagée, une forme qui est en rupture avec la poésie classique tout en gardant un certain rythme, une certaine musicalité.  

 

 

 

3 – Naviguer entre la poésie, le théâtre, l’art, la peinture, la recherche scientifique dans le domaine juridique, l’engagement dans la société civile… ; qu’est-ce que tout cela peut encore nous dire sur le rôle des femmes dans la société par l’art et la culture ?

 

 

MS Je pense que la femme doit occuper l’espace publique sans attendre qu’on daigne lui offrir une place et je suis, aujourd’hui, fière et heureuse de voir tout ce chemin parcouru par les femmes dans mon pays, que ce soit dans le domaine scientifique, politique, artistique ou sportif, même s’il reste encore beaucoup à faire au niveau de certaines mentalités patriarches mais également au niveau des textes de lois où certaines inégalités persistent, je pense notamment à la liberté de choisir son conjoint ou à l’égalité successorale sans oublier évidemment la situation précaire des femmes rurales.

 

 

 

4 – Comment pouvez-vous nous décrire ce passage de l’écriture intime à l’édition pour être lue et dévoilée par la foule ? 

 

 

MS – Quant à mon parcours, disons qu’il découle de la volonté de passer de l’étude des textes de lois, de leur philosophie, de leur genèse à leur application dans mon quotidien. Tout mon parcours s’articule autour d’une pierre angulaire qui est l’égalité, la liberté et la dignité. Ma formation juridique m’a permis d’acquérir les bases légales, la rigueur, le souffle. Mon expérience politique m’a appris à forger mes armes, à apprendre à recevoir des coups, à défendre mes positions, à débattre, à échanger, à accepter les avis contraires. L’art m’a permis de m’affranchir, de faire bouger les lignes, de dire les choses avec finesse et subtilité.

 

 

 

5 – Qu’est-ce qui a changé en vous après la publication de votre premier recueil et après cette expérience qui n’a pas été facile pour une femme hypersensible et timide comme vous ? 

 

 

 

MS – Je décrirais ce passage comme celui d’un passage d’une vie de jeune fille timide, réservée, introvertie à celui d’une femme qui s’affirme dans sa sensibilité, ses choix, son émotivité… Tout un processus de murissement.

C’est une merveilleuse expérience que celle de pouvoir partager ses hésitations, ses peurs, ses appréhensions, mais aussi sa vision du monde, de la vie, de la mort, de la haine, de l’amour avec son lectorat. De recevoir des messages d’encouragements, de sympathie. De se rendre compte qu’on peut inspirer d’autres personnes. On en sort plus forte, plus confiante, moins seule. S’il y a une leçon que mes expériences de la scène ou de l’écriture m’ont appris c’est qu’on a le droit d’être timide, émotif, introverti mais que cela ne doit pas être un handicap pour avancer, pour créer bien au contraire c’est le signe d’une belle sensibilité et d’une authenticité qui gagnent à être dévoilées.

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de Myriam Soufy.

 

 

 

6 – Pourquoi le choix de Re…Belle comme titre avec la segmentation, l’accentuation et la suspension ?  Cette toile qui a servi de couverture est à vous aussi ? S'agit-il d’une interrogation socio-politique sur la condition des femmes dans le monde arabo-musulman et sur la manière de ne pas céder aux clichés et préjugés peu importe les temps et les lieux ?   

 

 

MS Franchement, je n’ai pas cherché à donner à ce titre toute cette ampleur ou signification. Re…Belle est venu à moi en toute spontanéité alors que mon éditeur me demandait de titrer mon recueil. Il traduit peut-être le sentiment que j’ai eu à cet instant précis, un sentiment de m’être sentie belle à nouveau grâce à la rébellion de mes mots... Une sorte de renaissance de la petite fille rêveuse en moi que j’avais abandonnée quelque part, un jour sans me retourner. Quant à la couverture, oui elle est de moi, elle traduit cet assemblage de couleurs, d’images, de mots, de choses improbables auxquelles j’aime redonner vie sous une autre forme, une sorte de pied de nez au déterminisme et à la finitude qu’on retrouve également dans ma poésie 

 

 

7 – La poésie a-t-elle la possibilité de créer une conception plus libre des mots et des liens avec le monde et avec les autres ? Permet-elle de s’épanouir en ayant les yeux ouverts sur les réalités ou de s’évanouir pour mieux rêver, s’évader et s'éloigner ? 

 

 

MS La poésie est pour moi un trait d'union entre la réalité et le rêve. Un poète c’est avant tout un être sensible à son environnement, à la société dans laquelle il évolue, au monde qui l’entoure avec tous ses aléas. La poésie est une sublimation de son ressenti, un écho à la réalité qui l’écorche, une porte ouverte sur le rêve, l’ailleurs, le merveilleux, l’utopie ? Un cri du cœur pour dire qu'une autre voie existe, il suffit d’ouvrir les yeux.  

 

 

8 – Avez-vous lu ou intégré quelques textes de votre recueil Re...Belle dans des pièces du théâtre comme vous avez fait avec vos tableaux ? Si oui, pensez-vous présenter vos pièces dans le monde francophone puisque vous écrivez en français ? Si non, pensez-vous à le faire ou à écrire en arabe classique ou en Derja

 

 

M.S – Pour « Tanfissa » qui veut dire « Bouffée d’air » en français de Marwen Errouine (un interprète-chorégraphe et metteur en scène tunisien), par exemple, ce n’est pas tant les textes qui ont été intégrés mais le processus d’écriture, l’histoire de cette femme qui n’arrive pas à réaliser ses rêves parce qu’elle est prise dans le tourbillon d’un éternel recommencement qui l’empêche de dépasser ses peurs et ses angoisses. D’autres textes ont été intégrés dans des pièces de théâtre mais ce sont des textes qui ont été écrits spécialement pour ces pièces notamment en Derja (l’arabe tunisien). Sinon oui, nous espérons que notre pièce prend son envol ici, dans le monde francophone et pourquoi pas ailleurs. Nous sommes en train de travailler sur ça et nous croisons les doigts.

 

 

9 Avant de vous lancer dans l’aventure de l’écriture et de l’édition, quelles étaient vos intentions et ambitions majeures ? Quelle idée avez-vous ou avez-vous construit sur et autour de la poésie tunisienne d’expression française d’avant et d'aujourd'hui ? 

 

MS – J’ai toujours eu beaucoup d’ambitions ça allait de l’humanitaire, au travail dans des ONG à une carrière d’écrivaine, de comédienne. Je n’ai jamais su où donner de la tête et je ne le sais toujours pas. Je suis toujours dépassée par les évènements, je croule sous des multitudes de choses à faire. J’ai fini par accepter. Voilà, mon mode de fonctionnement même si c’est parfois moralement épuisant.

 

 

​​​​​​

10  Derrière chaque histoire, il y a une porte et derrière chaque porte une histoire est née ! Chut ! Si on gardait le secret ! Ce sont vos mots extraits de votre recueil !

Myriam Soufy, préférez-vous ouvrir des portes pour raconter et tisser des liens et des histoires ou choisissez-vous parfois ou souvent le silence ? Autrement dit quelle est l’importance d’avoir un secret ou des secrets dans une vie ou dans une poésie ? 

 

 

MS – J’aime le silence, la solitude… ça me permet de me ressourcer, de réfléchir, de me reconnecter avec la nature et surtout avec moi-même. Ce n’est pas un silence creux mais plutôt méditatif, apaisant mais j’ai aussi besoin de tisser des liens avec les autres, de partager mes idées, d’écouter les leurs. C’est juste une question de dosage. Me taire pour mieux parler. D’ailleurs mon besoin de dire est perceptible à travers ma poésie, mon corps, mes collages tout en gardant non pas le secret comme je l’ai dit dans un de mes textes mais surtout une part de mystère. Un mystère qui donne envie d’aller gratter ce qu’il y a derrière les mots, derrière la démarche artistique. Un mystère qui permet aux autres d’avoir leurs propres lectures, de construire leurs propres idées, de projeter leurs propres interprétations. Je suis d’ailleurs très souvent surprise par le sens que certaines personnes donnent à mes textes ou à mes collages.

 

 

 

© Crédit photo : Quatrième de couverture illustrée du recueil de Myriam Soufy. 

 

 

11 Avez-vous un projet en cours sur votre recueil et des événements prochains autour de votre poésie en Tunisie qu’en France ? Si oui, pouvez-vous, svp, nous en toucher quelques mots pour partager l’information avec nos lecteurs ? 

 

MS Pour Re…Belle une séance de dédicace est prévue pour demain à la foire du livre. Un deuxième recueil de poésie est en cours de relecture. Un de mes textes inédits traduit en portugais sera présenté le 27 juin au Teatro Miguel par Franco à Leiria (Portugal) à l’occasion de la foire du livre aussi et qui sera publié dans la revue de poésie Acanto, un autre texte inédit sera publié dans la revue canadienne Mitra en cet automne. J’ai participé du 1er au 4 juillet avec mes collages au Salon Recycle Arts et Objets, événement organisé par l’Institut français de Tunis et je suis surtout heureuse d’entamer ma première expérience d’écriture dramaturgique d’une pièce de théâtre qui s’intitule « Coiffeuse » et qui sera chorégraphiée et mise en scène par Marwen Errouine qui est un interprète- chorégraphe et metteur en scène tunisien comme je l’ai déjà présenté un peu en haut. 

 

© HM

 

 

***

 

Pour citer ce témoignage 

 

 

Hanen Marouani, « Portrait & entretien de Myriam Soufy : Belle et Re...Belle », texte inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations » & Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1mis en ligne le 11 septembre 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/no10/hm-myriamsoufy-rebelle

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

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