24 juillet 2025 4 24 /07 /juillet /2025 17:24

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Entretiens poétiques, artistiques  & féministes | Dossier | Articles & témoignages | Poésie & littérature pour la jeunesse & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Entretiens

 

 

 

 

 

 

 

 

Aïda Hamza :  « La vie est un combat. La poésie rend la lutte plus belle. »

 

 

 

 

 

 

Entretien avec une créatrice par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

© Crédit photo : Portrait photographique de la poétesse Aïda Hamza : lors d’une séance de dédicace.

 

 

Contexte

 

C’est dans le cadre d’un atelier d’écriture animé par Alain Mabanckou, à Tunis, qu’Aïda Hamza s’est révélée au public présent par la force singulière de ses poèmes. Des échanges spontanés, menés à la fois sur place et à distance, ont progressivement permis d’approfondir les lignes de force de son univers poétique. L’entretien qui suit est le fruit de ce dialogue continu, mené jusqu’en février 2025.

 

 

Entrevue

 

Hanen MAROUANI. Pouvez-vous nous parler de votre parcours en tant que poétesse et écrivaine ? Qu'est-ce qui vous a poussée à écrire ?

 

Aida HAMZA. En fait mon histoire est assez particulière, comme peuvent l’être toutes les histoires. J’ai toujours eu un goût pour les lettres françaises, j’ai fait des études commerciales à l’IHEC Carthage à Tunis et j’ai intégré le secteur bancaire. Je n’ai pas vraiment réussi à m’intégrer dans ce nouvel univers, même si mes études supérieures me destinaient à cela. J’ai ressenti alors fortement le besoin de respirer, de me trouver un autre poumon, et je l’ai trouvé dans l’écriture. Chaque jour, entre ces murs trop blancs, et ces bureaux bien alignés, dans cet univers froid, je prenais une feuille blanche et j’écrivais des pensées, des réflexions. Ces quelques lignes me suffisaient pour exister.

Au bout d’un moment, les feuilles s’entassaient et je ne savais pas que cela serait le début de mon parcours de poète, d’auteur. Un jour, j’ai vu un appel dans le journal pour faire partie de l’anthologie des femmes poètes francophones. Il fallait envoyer 45 poèmes. À cette époque, je n’avais à mon actif que deux ou trois poèmes, un peu comme tous les amateurs de poésie, il me semblait. Je me suis attelée à la tâche, sans réfléchir, et pendant trois jours, j’ai écrit 45 poèmes à la file, sans reprendre ma respiration. En fait, tout était déjà mûr en moi. Il n’y avait pas de ciel bleu, ni d’oiseaux, ni de paysage romantique autour de moi pour écrire. Tout le bleu du ciel était en moi : « je n’aime pas fermer les fenêtres, le bleu du ciel est dans mon être ». 

 

J’ai été acceptée et j’ai fait partie de l’anthologie des femmes poètes francophones tunisiennes, et cela a été le début de ma carrière littéraire et de mon parcours de poète. J’avais besoin d’exister quelque part, de prendre pied dans un univers où j’avais de la difficulté à trouver ma place, et la poésie a été mon tapis magique, « mes ailes de géant ». Depuis, je n’ai pas arrêté d’essayer de nouveaux genres d’écriture : poésie, slam, conte pour enfants, roman, nouvelles, et même scénarios de bandes dessinées.


 

H.M. Quelles thématiques ou sujets vous inspirent le plus dans votre écriture ?

 

A.H.  Ce qui m’inspire le plus, c’est notre lien avec la nature, le cosmos, l’amour. Les mots me fascinent et font partie de mes sujets de prédilection. Transformer une histoire vraie, des émotions, une joie profonde ou une douleur, en roman ou en poésie. Je n’ai pas de sujets particuliers. J’écris quand je suis touchée, quand j’ai besoin d’avancer dans la vie. L’écriture nous permet de mieux nous comprendre aussi et d’avancer vers l’autre.Certaines personnes ont du mal à croire dans le pouvoir des mots, et pourtant les mots nous donnent un pouvoir. C’est la magie de l’écriture.

 

H.M. Comment décririez-vous votre style littéraire et quelles influences ont façonné votre voix en tant qu'écrivaine ?

 

A.H. Je fais de la prose, des vers libres. J’aime me sentir libre dans mon écriture et pousser les mots à enfanter des images. J'ai beaucoup lu depuis que je suis toute petite. J’étais souvent plongée dans les livres, à tel point que mon père ne croyait pas que je lisais tout cela. Il me disait : « Mais tu les avales les livres, ce n’est pas possible ! ». Je lisais les livres qu’achetaient mes amies, avant même qu’elles ne les ouvrent. Je lisais en français, tout y est passé : bibliothèque rose, bibliothèque verte, livres de poche, Pearl Buck, les sagas, Marcel Pagnol, les bandes dessinées : Bleck le roc, Zembla, les romans photos… Tout était bon à lire et à m’emporter dans d’autres univers.


 

H.M. Avez-vous des collaborations avec d'autres artistes ou écrivains ? Si oui, pouvez-vous nous en parler ? 

 

A.H. Oui, j’ai vécu des collaborations avec des artistes. Par exemple, j’ai eu une expérience avec une dessinatrice pour illustrer un de mes contes pour enfants. C’était très enrichissant parce que je voulais contribuer à donner vie, par le dessin, au personnage que j’avais créé. Nous avons discuté ensemble, sans entraver sa liberté de création, et elle a respecté mes idées. C’était une fille intelligente qui a pris avec moi le risque de réaliser cette œuvre, alors que nous n’avions encore ni éditeur, ni argent.

 

Ce conte, "Mahbouba la coccinelle gourmande", parle de la vie des insectes dans la forêt. Il a eu un grand succès auprès des écoles, car la protection de l’environnement faisait partie de leur programme. Les instituteurs et institutrices en ont fait une pièce de théâtre avec leurs élèves et l’ont présentée à des concours. C’était extraordinaire et valorisant de voir ce que les enfants ont fait de mon histoire et de voir mon conte vivre de cette manière. J’ai vécu une autre expérience quand j’ai écrit des scénarios de bande dessinée, en collaboration avec des dessinateurs. C’était aussi formidable de voir mon personnage prendre forme, avoir un visage, un caractère. J’ai essayé récemment d’écrire un livre à quatre mains, avec un ami qui n’est pas écrivain, mais il était très intéressé par l’aventure. Je voulais vivre une nouvelle expérience d’écriture et c’était enrichissant, car l’écrit dévoile ce que ne peut dire la parole parfois. Pour le moment, nous ne dépassons pas les quinze pages, ce qui me fait un peu douter de son engagement et me conforte dans l’idée que l’engagement est le principal moteur de toute œuvre.


 

H.M. Quels sont les projets littéraires sur lesquels vous travaillez actuellement ou que vous avez récemment achevés ?

 

A.H. J’ai publié récemment un récit qui relate le parcours de ma mère de 1930 à 2020, traversant les époques de la colonisation française, l’indépendance de la Tunisie avec notre premier président, puis la dictature et la révolution. J’achève actuellement un recueil de poésies, car cela faisait longtemps que cette œuvre n’arrivait pas à voir le jour, du moment que les poésies sont volatiles et qu’elles se fixent difficilement quelque part. J’ai aussi l’intention de faire paraître un recueil de nouvelles que j’ai écrit avec ma mère, de son vivant. J’aimerais bien mettre mes poésies en musique aussi.

 

 

© Crédit photo : Distinctions & œuvres de l’autrice Aïda Hamza (conteuse, écrivaine, poétesse...), image no 1.

 

 

H.M. Avez-vous reçu des prix ou des distinctions pour votre travail ? Comment cela a-t-il influencé votre carrière ?

 

A.H. Oui, j’ai reçu quelques distinctions pour mon travail :

— Conte : « Mahbouba la coccinelle gourmande », publié chez MC Édition.

— Premier prix de Slam Tunis scène libre, avec l’association Accro, avec « Slamer c’est aimer ». —

Mention spéciale du jury pour le concours de films « Écrire pour l’écran ».

Les prix valorisent notre travail et nous apportent de la satisfaction. C’est une forme de reconnaissance que j’ai souvent cherchée, mais ils ne nous encouragent pas spécialement à travailler plus.


 

H.M. Quelles sont les œuvres littéraires qui vous ont le plus marquée et qui ont influencé votre écriture ?

 

A.H. Tout ce que j’ai lu ou dévoré depuis mon jeune âge a contribué à faire la personne que je suis aujourd’hui. On a toujours besoin d’une part de rêve. Parmi les livres qui m’ont marquée, depuis les livres pour enfants : « La petite fille aux oiseaux », et des romans comme « La mère » de Pearl Buck, « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, et plus récemment « Tant que le café est encore chaud » d’un auteur japonais. J’apprécie les écrivains qui ont de la rigueur dans l’écriture, la beauté des images, et une immense sensibilité. J’apprécie les poètes comme Nizar Kabbani, Mahmoud Darwich, Paul Eluard, Louis Aragon, Victor Hugo, Charles Baudelaire. Puis plus actuel, j’apprécie les slameurs comme Grand Corps Malade et Anis Chouchène, slameur au verbe fort en arabe littéraire.

 

H.M. Comment percevez-vous la scène littéraire tunisienne et francophone actuelle ? Y a-t-il des écrivains ou poètes que vous admirez particulièrement ?

 

A.H. La scène littéraire tunisienne francophone évolue et de plus en plus de livres en langue française sont publiés, ainsi que des prix pour récompenser les œuvres, ce qui est encourageant. Beaucoup d’auteurs se sont affirmés dans ce domaine. Toutefois, publier en Tunisie n’est pas une œuvre facile, même pour des auteurs confirmés. Il faut vraiment croire en soi et être persévérant pour se frayer un chemin. À mon avis, les organismes qui sont censés représenter la francophonie en Tunisie ne font pas grand-chose dans ce sens (ex : organisation de concours littéraires ou organisation d’événements).  Au niveau de la distribution et médiatisation des livres, il y a une faiblesse et les auteurs ne sont pas assez reconnus et encouragés. Il y a des événements littéraires qui sont presque des cercles fermés, je n’ai vu personne faire des appels à candidature pour la poésie par exemple. Mais souvent, comme dans presque tous les domaines, il y a une liste d’auteurs connus, souvent étrangers, qui sont invités, pour ne prendre aucun risque.

 

Quant à moi, j’aime les spectacles de rue et j’aime aussi que l’art soit à la portée de tous. À part l’histoire, j’aime trouver un style d’écriture et de l’humilité. Je viens de découvrir Wafa Ghorbel et je suis en train de lire son livre "Fleurir". J’apprécie son niveau d’expression. J’ai une estime particulière pour les écrivains qui ouvrent la porte et créent un espace pour des auteurs, par exemple Ridha Bourkhis, universitaire, écrivain, qui fait beaucoup pour la littérature féminine francophone tunisienne, pour la mettre en valeur et la faire connaître. Des pages sur les réseaux sociaux, des revues comme la vôtre aussi, valorisent les écrits et je les en remercie. La scène littéraire francophone tunisienne évoluera quand une réflexion et un effort communs seront initiés dans ce sens. L’union fait la force et la volonté aussi.


 

H.M. Quelles sont vos aspirations pour l'avenir en tant qu'écrivaine ? Y a-t-il des thèmes ou des genres que vous aimeriez explorer davantage ?

 

A.H. Mes aspirations : continuer à écrire, mais aussi participer à des événements littéraires, profiter de plus d’échanges. Peut-être composer un CD paroles et musique pour que la poésie soit revalorisée, rencontrer des auteurs et partager nos expériences. J’ai essayé presque tous les domaines, je pense : poésie, slam, roman, contes pour enfants, roman pour enfants, nouvelles, récemment les scénarios, et je reste ouverte à toutes nouvelles expériences d’écriture.


 

H.M. Quel message ou quelle émotion espérez-vous transmettre à travers vos écrits à vos lecteurs ?

 

A.H. J’espère transmettre ma fascination pour les mots et leur beauté, faire voyager mes lecteurs à travers ma poésie, leur transmettre le désir de vaincre, la volonté de cheminer et de trouver leur voie. Oui, à travers la beauté des mots et les histoires. La vie est un combat. La poésie rend la lutte plus belle.

 

 

© Crédit photo : Œuvres de l’autrice Aïda Hamza (conteuse, écrivaine, poétesse...), image no 2.

 

Conclusion

 

Heureux qui possède l’écriture dans son sac de voyage, pour mieux ressentir les émotions, les comprendre et les partager. 

L’écrivaine tunisienne Aïda Hamza lors d’une séance de dédicace à Tunis, aux côtés de Mounira, la puissance d’une mère (éditions Arabesques, biographie) – hommage à la mère de l’auteur, publiée en 2022.

L’ensemble de l’œuvre d’Aïda Hamza, riche et variée à travers différents genres littéraires, a été salué par plusieurs distinctions et prix. Cette liste regroupe les œuvres principales connues à ce jour, couvrant poésie, nouvelles, récits pour enfants et biographie.

 

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Pour citer cet entretien illustré & inédit

 

Hanen Marouani, « Aïda Hamza :  « La vie est un combat. La poésie rend la lutte plus belle. » », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 24 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/hm-aidahamza

 

 

 

 

 

 

 

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2 juillet 2025 3 02 /07 /juillet /2025 16:42

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Essais ou manifestes | Leçons, méthodes & méthodologies en poésie | Revue poépolitique

 

 

 

 

 

 

 

Des mots pour vaincre & convaincre


 

 

 

 

 

Article inédit par

 

Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

© Crédit photo : « Lyre » dessin non signé appartenant au domaine public. Image photographiée par LPpdm & trouvée dans un recueil de poésie du XIXsiècle.

 

 

 

Les mots sont une arme à double tranchant. Ils peuvent blesser comme ils peuvent panser. De ce fait, ils ont le pouvoir de créer, d’éclairer, de dissuader, de persuader et en résumé, de changer le cours des choses en induisant des prises de conscience. 

Ils doivent être bien pensés avant d’être utilisés pour produire l’effet escompté donc pour ne pas trahir l’intention de base.

On peut utiliser les mots pour fustiger toute atteinte à la liberté individuelle. Et Paul Éluard dans son poème intitulé «  Liberté » a donné la preuve que la poésie est un moyen d’expression pour lutter contre la privation de ce droit inaliénable qui est garantie par l’article 66 de la Constitution.

Quant à la liberté d'expression, elle est elle-même inscrite à l'article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (DDHC) de 1789. Elle participe des droits fondamentaux. La liberté d'expression conditionne l'exercice d'autres libertés comme la liberté d'opinion, par exemple.

Les mots changent de sens pour s’adapter aux contextes socioculturels et pour répondre à des besoins créés par la société de consommation. Ils reflètent également l’influence culturelle et économique des communautés immigrantes avec leurs propres revendications.

 

Qu’en est-il du langage ?

 

Le langage s’enrichit également de l’apport des nouvelles technologiques 

On peut sans conteste dire que la technologie est le fer de lance de l’évolution du langage dans la société 

Malgré la complexité du langage, les êtres humains arrivent toujours à se communiquer même par des gestes simples. Les mots n’ont pas toujours l’exclusivité dans les relations humaines car la communication non verbale y a aussi sa place. Le langage peut revêtir plusieurs formes :

La gestuelle, les expressions corporelles ou faciales ou encore les manifestations physiologiques sans abstraire, bien évidemment le langage des signes. À cela s’ajoutent les émojis, le bruitage, les idéogrammes etc.

Si les mots ont un réel pouvoir de création il n’en demeure pas moins qu’ils ont également le pouvoir d’orienter les comportements et la pensée afin endormir les consciences. Ainsi le réel se trouve maquillé et enjolivé à des fins de manipulation ou de propagande politique. 

 

Qu’en est-il de la littérature ?

 

La littérature est une voie d’éveil intellectuel. Pour étayer notre propos on peut citer Victor Hugo dans  Les derniers jours d’un condamné  où la peine de mort est dénoncée comme étant une barbarie. Cette bataille au long cours a conduit à l’abolition de la peine de Mort en France via la loi du 9 octobre 1981 par l’entremise du Ministre de la Justice Robert Badinter. 

En tant que témoin de son temps, dans Les Misérables, Victor Hugo dénonce les injustices sociales et décrit la misère de l’époque.

La littérature ou la poésie est une force qui attire les autres vers. L’une et l’autre permettent de dire le monde et d’être en résonance avec les êtres vivants qui le constituent et c’est aussi un refuge dans les moments trouble et de vertige. Quant à la poésie tout court, par la brièveté de sa forme, elle se prête mieux à l’apprentissage de la lecture et reste en mémoire plus longtemps. Elle a une fonction cathartique également. 

 

Conclusion

 

Du Moyen Âge à nos jours que d’évolutions les mots n’ont-ils pas connu ? En faisant l’inventaire des pièces de théâtre on peut voir comment le langage a évolué, nombre de mots ont changé de sens. Par exemple Le Cid est non seulement une réussite dramatique mais possède un champ lexical très riche. Le langage théâtral d’alors est sans doute inadapté à notre époque. Le théâtre d’aujourd’hui utilise le langage commun pour ne pas créer de la distance.

Le langage et la pensée sont naturellement en interrelation et la littérature vise à communiquer des pensées, à influencer pour le mieux et voire à captiver. 

 

© Maggy De Coster

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Maggy De Coster, « Des mots pour vaincre et convaincre », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 2 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/mdc-desmots

 

 

 

 

 

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26 juin 2025 4 26 /06 /juin /2025 15:07

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception | Biopoépolitique | Handicaps & diversité inclusive

 

 

 

 

 

 

Journal, récit d’Éric Dubois paru dans la 

collection La Bleu-Turquin dirigée par Jacques Cauda aux Éditions Douro

 

 

 

 

 

 

Critique par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

© Crédit photo : Première & quatrième de couverture illustrée du « Journal » par Éric Dubois, œuvre parue aux Éditions Douro.


 

Pierre Kobel, le préfacier du Journal d’Éric Dubois reprend une citation de Philippe Lejeune qui affirme que « le journal n’est pas seulement un texte... » et de relever encore cette déclaration éclairante de Michelet qui disait de son journal qu’il était son « âme de papier ».

Nul doute que derrière les mots, voire les maux, Éric Dubois ne cesse de chercher à se connaître dans une quête qui transcende sa « Maladie » qui a partie liée avec la folie et dont il nous précise « N’attendez pas de moi que j’en donne une définition » car « elle ne nous est pas donnée comme intelligible ».

 

Éric Dubois nous confie que sa première hospitalisation « marque un tournant dans sa vie » et d’ajouter que « Par la Maladie, par ma Maladie, je devins créateur de ma vie, ayant volé le feu dans le lieu de l’inexprimable, Prométhée mal dégrossi, pour apporter la lumière aux cloisons sombres du Monde. » Dès lors, dessins, poèmes raturés ou surlignés de rouge, irruptions de personnages issus des tréfonds de son être, signes non identifiés, caractères en Hébreu viennent recouvrir les pages de son cahier de brouillon. Une semaine d’indécision « pourtant arbitrée par le Très-Haut » semble le guider, il évoque Dubuffet, Char, Picasso... Le jour de sa sortie, il écrit en avouant pratiquer ce qu’il appelle le « Mentir-vrai » si cher à Aragon.

Éric Dubois renaît dans la peau d’un écrivain alors qu’il pensait être « un inadapté social » ! Sous sa plume, on lit « Je suis du bois dont on fait du papier et des livres, mon âme est une page blanche à réécrire sans cesse, mes pensées de feuillets au vent et ma vie une librairie à ciel ouvert. »

 

© Crédit photo : Portrait photographique en noir & blanc du poète-diariste Éric Dubois.

 

C’est dans l’écriture qu’il se trouve une identité, son blog Le Capital des Mots fait de lui « un passeur » où des centaines d’auteurs lui doivent d’avoir été publiés.

Au pays de la Schizophrénie, qui l’accompagne depuis un quart de siècle, il finit pas associer l’écriture et sa Maladie jusqu’à déclarer « l’écriture est schizophrénie » !

Retenons ces magnifiques assertions dans lesquelles Éric Dubois se livre, l’âme nue, « Écrire me résume, résume ma personnalité et ma vie. Écrire me fait exister... »

Émaillé  de croquis et de citations, son Journal nous ramène vers la lumière car son écriture est lumière. Dans une phrase luminescente, il explore ce paradoxe : « L’ombre est une part de la lumière. L’ombre nous accompagne quoi que  l’on fasse de bien ou de mal. L’essentiel est de retrouver la lumière. »

 

Éric Dubois qui voulait « montrer la part de poésie qu’il y a dans toute maladie psychique » nous invite dans le même temps à appréhender « cet obscur qui travaille en nous » évoqué par Henri Meschonnic. En lisant son Journal, nous empruntons ce chemin de la connaissance de soi qui passe par celui de l’autre où poésie et folie font danser l’âme sur le fil ténu où celui qui s’adonne à l’écriture n’est autre qu’un funambule en quête de sa lumière intérieure.

 

© Françoise Urban-Menninger, juin 2025.

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger, « Journal, récit d’Éric Dubois paru dans la collection La Bleu-Turquin dirigée par Jacques Cauda aux Éditions Douro », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 26 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/fum-journalericdubois

 

 

 

 

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25 juin 2025 3 25 /06 /juin /2025 15:31

 

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | La poésie dans tous ses états / Leçons, méthodes & méthodologies en poésie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Varia & Actualité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Exil & poésie.

 

Langue & vérité en temps d’exil

 

 

 

 


 

 

Conférence par

 

Salim Mokaddem

 

Philosophe, poète, auteur & professeur émérite à l’Université de Montpellier

Blog officiel : www.salimmokaddem.com

 

 

Avant-Propos & photographies par

 

Arwa Ben Dhia


Poète polyglotte, auteure, Ambassadrice de la Paix (CUAP), ingénieure brevets & docteure en électronique

Page Linkedin :

https://www.linkedin.com/in/arwa-ben-dhia-phd-0538b011/

 

 

 

Avant-Propos

 

À l’occasion de la quatrième édition du festival « La Tour Poétique » de l’association Apulivre dont le thème était l’exil, et qui a eu lieu du 12 au 15 juin 2025 à la Maison de la Vie Associative et Citoyenne du 15è arrondissement de Paris, le philosophe et poète Salim Mokaddem, professeur émérite à l’Université de Montpellier, a donné une conférence intitulée « Exil et poésie. Langue et vérité en temps d’exil ». Voici le texte de son discours :

© Arwa BEN DHIA

 

© Crédit photo : Première image de Salim Mokaddem durant son intervention intitulée « Exil et poésie. Langue et vérité en temps d’exil » lors du festival poétique de l'association Apulivre, juin 2025.

 

 

Exil et poésie. Langue et vérité en temps d’exil*

 

 

Le langage du poète et la langue de la poésie sont souvent difficiles à entendre car l’utilité et le quotidien de nos tâches de vie font que notre rapport aux mots est très souvent embué du rôle utilitariste ou fonctionnaliste que nous leur attribuons. La fonction symbolique du langage est alors réduite à une finalité de communication ou à une saisie pragmatique du langage en tant que tel. Les mots du quotidien, ceux de la tribu humaine, sont alors oubliés, façonnés ou malmenés dans un codage sémiotique où le sens est écrasé par la signification et où le mystère de ce qui est à l’origine du Monde des humains, qui fait de nous des parlêtres (selon le néologisme formé par Lacan), disparait dans le tumulte médiatique et informationnel de nos sociétés de flux verbaux et d’algorithmes incessants. Parler se réduit alors à communiquer des informations sur les choses qui apparaissent comme des données (data) du monde perçu, du réel de l’opinion, de ce qui fait le sens commun des choses du monde. 

Pourtant, la poésie institue dans la langue un autre rapport au monde, à l’être, à la vie humaine : elle nous rend, paradoxalement, à un monde d’enfance (infari) où le mot et la chose n’étaient pas encore saisis dans l’ordonnancement des hiérarchies du discours, où la parole était créatrice et où chanter, penser, dire sont le même. 

Qu’est-ce que le poème ajoute ou retire de notre rapport quotidien à la prose du monde ? Que dit le poème sur notre rapport au réel et de notre situation dans le monde ? 

 

1 — Logos, poïesis, cosmos 

 

La poésie est un art du langage qui exprime, à travers les mots, les sentiments d’infini se manifestant dans l’existence humaine ; elle vise donc à transformer le rapport au monde pour lui conférer un caractère plus intense, plus intime et en même temps plus spirituel, qu’on peut rapprocher d’une certaine pratique de magie ou d’action de transformation des choses de la vie en symboles et en expressions faisant du monde un autre monde, un monde transfiguré par une vision au sens plein du terme. Cette vision est de part en part une transformation de soi et du monde abolissant les divisions faciles par lesquelles nous agissons et vivons ordinairement le monde. Rimbaud a raison de parler alors de voyance ; non pas celle d’un symbolisme d’école ou de facile référence à un ésotérisme éclectique, plutôt exotique que véritablement voyageur. Le monde du poète est non pas un autre monde au sens où Nietzsche parle des arrière-mondes du religieux, mais un monde Autre qui transfigure celui dans lequel nous sommes, un monde qui apparaît comme créé, produit, inventé en même temps qu’il est nommé et dit par le langage de la poésie qui l’institue et le crée comme tel. 

Cette dimension peut être lyrique, élégiaque, hymnique, voire spéculative, mais, elle est toujours musicale en même temps que fortement ancrée dans une transcendance qui donne à l’âme humaine une dimension de transport (ce que signifie le terme de métaphore) et de déplacement dans un ailleurs (qui est exil) dont le poète garde la nostalgie depuis toujours. En ce sens tout poème est platonicien car il témoigne d’une volonté ou d’un désir de retour à une vraie vie, à un Azur incontestable par lequel le langage trouve sa plénitude dans son adéquation, non problématique et arbitraire, aux signes qui sont indistinctement le chant du monde et celui de sa vérité dans la libre subjectivité infinie du poète. 

Les hymnes antiques, ceux de Pindare, d’Homère, racontent ces noces de l’Autre et de l’Ailleurs dans la présence à soi (parousie) de la Parole poétique. C’est pour cela que les mots du poème sont en exil dans une langue qui ne sait plus que parler pour indiquer les choses qui sont et disparaissent aussi vite qu’elles sont nommées dans le fast-wording de l’information, non hiérarchisée au sens étymologique du terme, non sacralisée par ce que cache et ce que montre le mot qui fait advenir la chose en dévoilant sa présence sur un autre mode que celui de l’ordre du discours. 

Le langage du poète est actif, efficient, effectif : il vise à produire un autre monde, dans le monde, ou, modestement, à côté de lui, pour en changer la vision sinon le cours, du moins, le sens, et, ainsi l’ancrer dans un rapport qui est à la fois un lien dialectique de justice et une production de vérité. Platon avait bien compris cela : chasser le poète de la Cité belle et bonne, parfaite, ce n’est pas invalider son art. C’est justement annoncer de façon forte et logique que le poème n’a de sens que quand la Cité est désordonnée, injuste, fausse, inique et tyrannique. Le poète témoigne alors par son Dire et son chant, d’un monde vrai et juste, qui reste en attente de sa réalisation. Le temps de l’attente est le temps de la poésie qui témoigne de sa possibilité réelle, en tant que martyr de la nécessité d’une politique de la métaphysique dans l’histoire qui l’exclut en tant que tel. 

Si la Cité est juste et vraie, alors la poésie devient monde et le logos se transforme en praxis vivante de soi. Si le poème nous parle encore, c’est parce que nous sommes en exil et en nostalgie de la vérité dont il témoigne en instaurant dans la langue des travaux et des jours, le rappel, le souvenir d’un Autre monde que celui où nous vivons aujourd’hui, tels des esclaves aliénés par l’attachement à l’immédiat et à la peur de lâcher notre confort. Le poète annonce que pour vivre, tels des dieux, libres et créateurs dans une enfance qui n’a rien de mythique ou de romantisme impuissant, il nous faut agir dans la langue pour qu’elle se libère des pesanteurs et des faussetés qui la plombent et la rendent serviles ou, pire, artificielle langue de la communication sans sens ni sujet. Ainsi, les poètes sont utiles comme prophètes du vrai, et inutiles dans une société où l’amour, la justice, la fraternité lient les humains entre eux. La dialectique est paradoxale d’être si rigoureuse : nous n’avons jamais eu aussi besoin de poésie qu’aujourd’hui pour dire que notre monde est en danger d’amnésie et en mal de confondre le code et le signe, l’algorithme et le jugement, ou la pensée et la chose inerte, remplaçable et jetable dans ce que Marcuse appelle le principe de rendement. Dans une Cité juste, le poète n'a plus sa place ; dans la Cité où le philosophe est assassiné par l’opinion vengeresse et le mensonge, alors le poète a son rôle aléthurgique, transgressif et puissant, en témoignant d’un autre monde où le vrai se déploie à sa juste place. 

Nietzsche, encore lui, philosophe autant que poète, annonce que le philosophe de l’avenir cherche une musique sœur du palmier, façon de lier poème et oasis dans le désert du nihilisme post-romantique qui fait la grisaille effrayante du jour qui perd son éclat d’être à ce point confondu avec le crépuscule du langage. 

 

 

2 — Poésie et signification, poème et pensée : metanoïa 

 

 

Platon disqualifie le poète et le sophiste - qui ne sont pas de même nature - même si ce n’est pas de la même façon, du fait que la poésie institue une vraisemblance dans le dissemblable, une doublure ontologique disqualifiant l’être authentique et l’essence de l’Idée dans son apparaître. Nous avons expliqué que le moment poétique est toujours pertinent tant que les rois ne seront pas philosophes et les philosophes magistrats de la Belle Cité. Si le sophiste, disqualifié comme apologue du non-être, instaure du faux dans le vrai, le poète est encore utile dans la fausseté du monde en ce qu’il appelle à une conversion vers la pensée authentique à l’origine du poème, à savoir l’être reconnu dans sa vérité et sa justice comme but du discours et éthique de l’action. C’est le sens de la production de l’acte du dire-vrai qui fait la poïesis du poète. 

Le poète n’est pas un emberlificoteur ontologique ou un substitut de magicien cherchant à embellir les dures réalités de la vie : son rôle est de témoigner de la présence de l’Autre, et d’un autre monde que celui qui nous rabat sur le réel le plus immédiat et amnésique. 

Le poète parle d’un lieu qui n’est pas celui qu’habite l’humain pris dans le souci quotidien de l’immédiateté, de l’être-là des choses de la vie : son exil l’oblige à inventer le langage de la nomadisation. Il n’est ni un savant, ni un professeur, encore moins un pédagogue ou un annonciateur au sens religieux du terme ; s’il parle d’un lieu qu’il n’habite qu’en parole, dont il est exilé du fait de la situation du Monde qui fait de l’utilitaire, de la fonctionnalité, du pragmatique, le sens de son réalisme, le poète appelle à vivre l’étrangeté de sa situation en faisant de la langue le lieu même de son être ailleurs, de son être autre, de son être Ange. Tout poème parle d’un lieu quitté et d’un lieu à venir ; l’entre-deux de cette situation fait la beauté et l’inquiétante étrangeté de sa langue. 

Toute poésie est en ce sens pensante car elle parle d’un lieu réel qui n’est pas encore là, qui ne l’est que dans la parole du poète, le poème étant le langage ramené à sa vérité ultime : convertir le regard de l’humanité vers ce qui lui donne consistance. La parole du poète parle donc de ce qui n’est pas là, et qui est de ce fait indicible. Cet ineffable fait le devoir dire de l’exilé de son lieu-dit. Le langage manifeste alors dans sa langue intime le sacré que recèle l’exilé en tant qu’il apporte dans son mystère l’ailleurs qui fait trembler la langue sur son socle de liant politique, commun et reliant. Le poète est tout sauf un religieux du Verbe : il manifeste le sens du dire dans la parole exprimée depuis ce lieu qu’il ne cesse de dire, faisant mentir la philosophie pragmatique et paresseuse consistant à penser que ce qu’on ne peut dire il faut le taire (Wittgenstein, Tractatus Logico-philosophicus). Il faut plutôt dire ce qu’on ne peut pas ne pas taire ; telle est l’éthique courageuse du poète et le sens de son exil dans les structures anonymes du langage. Il fait de cet Impossible de la dicibilité totale, l’objectif de sa tâche infinie : conjoindre penser et parler dans une érotique du sensible et du signe rendant l’exil du Sens moins cruel et surtout temporaire, malgré l’absoluité du geste radical consistant à opposer à la souffrance infinie de l’absence l’incarnation de la Parole dans le Verbe poétique.

 

 

© Crédit photo : Deuxième image de l’intervention du poète Salim Mokaddem dans le festival poétique de l'association Apulivre, juin 2025. 

 

 

3 — Offertoire : le logos en attente de son Peuple

 

 

Nous avons vu que le poème ne se dit que du fond d’un retrait de soi dans l’exil de toute vérité satisfaite, dans l’inquiétude de la non-demeure qu’est devenue la Parole disséminée dans le bruit et la fureur du monde. Il y a des vertus communes au philosophe et au poète ; c’est pourquoi ils se reconnaissent sans s’admettre comme tels dans un monde qui rend le langage en exil de sa propre manifestation. Le Logos du poème ou sa possibilité comme surgissement, effraction d’un Autre dans le Même, rappelle que parole poétique et discours philosophique s’efforcent de trouver un pays, un territoire, un lieu et une formule qui permettent la réconciliation de la chair et de l’Esprit dans les Noces silencieuses – mais non muettes ! – du futur comme souvenir du témoignage, du martyr du langage sans oubli. 

Incarner le sens de l’exil, qu’il soit celui de l’histoire, de l’amour, de l’être ou de la terre, fait du poète un étranger à ce monde lisse et poli qu’est le monde normalisé de la domination arrogante ou du conformisme facile qui cherche toujours à se faire adouber par un monde malade, violent, brutal, qui nie la possibilité de le contester comme tel. 

Tous les poètes du monde entier et de l’histoire des exilés savent que leur avenir est celui d’une résistance totale à la numérisation de la langue, au consumérisme des langues de bois et binaires, voulant écraser le Signe sur le Présent de sa répétition sans histoire. 

Bien sûr qu’il ne suffit pas de dire pour faire, mais il est indéniable que le faire le plus authentique cherchera toujours son Verbe duquel nous sommes exilés dans un monde de l’urgence et du rendement qui nous prend âme, vie, esprit, éros et nous oppose comme des machines désirantes à d’autres machines, ne désirant peut-être rien d’autre que le mécanisme de leur conatus répétitif. Tout poème est d’exil et inchoatif : le poète, lui-même exclu du langage du Tout et de tout le monde, donc de personne, cherche dans l’intensité de son dire la juste et parfaite présence absente du langage à sa faille, à sa déhiscence devenue force de manifestation d’une géographie à venir. 

L’exil du poème traduit l’attente d’une langue pour un peuple à venir, sans Terre, sans sang assigné, sans identité préconstruite. Chaque poésie construit alors ce peuple en exil de son Histoire, et devient ainsi un baptême de l’Absence à soi de l’être et de la pensée. 

Tâchons de faire de notre exil dans la langue et de notre nomadisme dans ce monde les éléments vivants qui donnent à notre situation singulière à la fois le désarroi de l’enfance et la passion vive, autant qu’impossible, de l’amour infini nous rendant dignes d’accueillir le poème et de faire de notre exil la chance de diminuer les effets, dans ce monde, du péché originel qu’est la perte du Logos. 

Je fais le pari que cet exil est une chance, une liberté, dans l’inconfort qui nous permet encore de parler autrement qu’en consolidant la misère du monde.

 

© Salim MOKADDEM

 

© Crédit photo : Une image de la salle durant la conférence de Salim Mokaddem dans le festival poétique de l'association Apulivre, juin 2025.

 

 

*Les revues Le Pan Poétique des Muses Orientales publie pour la première fois ce texte de la conférence avec l’aimable autorisation du conférencier.

 

 

Biographies

 

 

Salim MOKADDEM est philosophe, écrivain, poète, expert technique international, membre de l’Unesco (GME), membre du Centre national de la recherche brésilien, professeur émérite à l’Université de Montpellier, auteur de nombreux livres (essais philosophiques, contes, romans) et il anime un blog (URL. www.salimmokaddem.com).

 

 

Arwa BEN DHIA est née en 1986 en Tunisie qu’elle quitte en 2009 pour poursuivre ses études d’ingénieur télécoms en France. Elle est docteure en électronique, ingénieure brevets, poète polyglotte, traductrice, autrice, ambassadrice de la Paix (CUAP) et préfacière de plusieurs recueils de poésies. Son dernier recueil « Les quatre et une saisons » coédité en octobre 2024 par les éditions du Cygne en France et les éditions Arabesques en Tunisie a reçu un Diplôme d’Honneur 2024 décerné par la Société des Poètes Français, ainsi que le prix littéraire Dina Sahyouni 2025. Ce recueil a été transcrit en braille. Arwa a participé à plusieurs revues et anthologies poétiques et est membre de plusieurs associations culturelles, comme la Défense de la Langue Française et la Société des Gens de Lettres.

 

________

 

Pour citer cet article illustré & inédit

 

Salim Mokaddem, « Exil et poésie. Langue et vérité en temps d’exil », Avant-propos & photographies par Arwa Ben Dhia, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 25 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/sm-exiletpoesie

 

 

 

 

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5 juin 2025 4 05 /06 /juin /2025 17:20

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossier | Florilège Annonces diverses / Agenda poétique 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avis de parution du nouveau recueil bilingue français-espagnol d’Aurélie-Ondine Menninger : La sangre de las aves / Le sang des oiseaux

 

 

 

 

 

 

 

Photographies & extraits poétiques par

 

Aurélie-Ondine Menninger

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de poèmes « La sangre de las aves / Le sang des oiseaux » (2025) par Aurélie-Ondine Menninger.

 

 

Le Pan poétique des Muses a la joie de vous annoncer la parution en Argentine du nouveau recueil bilingue français-espagnol de la poète Aurélie-Ondine Menninger dont le titre est La sangre de las aves / Le sang des oiseaux (cf. voir URL. https://www.clarabeterediciones.com.ar/poesia-nuestra/la-sangre-de-las-aves-aurelie-ondine-menninger)

et de vous en offrir à lire en avant-première quelques poèmes.

 

Extraits poétiques d’Aurélie-Ondine Menninger :

 

 

Entre la mémoire de la terre

et l’absence de la mer

j’ai creusé

l’espace de mes rêves

un tunnel secret pour jouer

avec la petite fille de la poésie…

 

© Crédit photo :  Image du recueil de poèmes  « La sangre de las aves / Le sang des oiseaux » (2025) par Aurélie-Ondine Menninger.

 

 

Entre la memoria de la tierra

y la ausencia de la mar

cavé

el espacio de mis sueños

un túnel secreto para jugar

con la niña de la poesía…
 

© Crédits photos :  Extraits poétiques du recueil de poèmes  « La sangre de las aves / Le sang des oiseaux » (2025) par Aurélie-Ondine Menninger.

 

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Pour citer cet avis de parution & extraits illustrés inédits

 

LPpdm, « Avis de parution du nouveau recueil bilingue français-espagnol d’Aurélie-Ondine Menninger : La sangre de las aves / Le sang des oiseaux », photographies & extraits poétiques inédits par Aurélie-Ondine MenningerLe Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 5 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/aom-Lesangdesoiseaux

 

 

 

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La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).

L’association SIÉFÉGP publiera en 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.

SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

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