Crédit photo : Barbara Regina Dietzsch (1706-1783), illustration des fleurs de jasmin écloses, et en boutons avec leurs feuilles et un papillon, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran faite par LPpdm de la photographie libre de droits du site Commons.
ياسمين الجسد ينادي الولد
ينادي الوطن المجروح
هذا الطفل الحبيب
الذي يتألم وينثر اللآ لىء البيضاء على الأحياء والأموات
Pour citer ce poème inédit, bilingue, masculin/féminin & d'espoir
Dina Sahyouni, « ياسمين الجسد/Le jasmin du corps », poème bilingue arabe-français, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I « Inspiratrices réelles & fictives », 1er Volet&Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 2 avril 2025. URL :
Crédit photo : « Torre del Greco distrutta nel », 1794, "vue du Vésuve en éruption", peinture de nature morte tombée dans le domaine public, capture d'écran de la photographie libre de droits du site Common.
Séisme des consciences en terres de certitudes.
Étouffé de contraintes le monde tremble, crache, éructe sa lassitude. La secousse est violente, impressionnante et insolente. Les esprits cherchent à se libérer de leurs roches enferrées. Le long de failles étouffées mais déjà présentes s’ouvre alors, une brèche proéminente. Et soudain, partout, des volcans de doutes se réveillent, leurs voix grondent en écho de nos jugements superficiels. Le ventre de l’océan se soulève, un tsunami emporte les monuments d’évidences, une lame de fond écume les lèvres. Une crête de cœurs infirment s’alignent alors, sur des mines en lignes. Soudain, une explosion déchire la chair de nos égocentriques égocentrismes. On vomit nos tripes. Quelques vieux spectres résistent et s’agrippent aux constructions effritées de nos stéréotypes. Les dégâts sont nombreux en terre d’humanité. La bouche pleine de cendres, bourreaux munis de faux mots, victimes de nos maux, nos paroles se déforment. La voix sableuse, suspendue aux vides des verbes qui défaillent, nous cherchons alors, du bout de nos langues, les lettres où accrocher cet infini espoir qui nous assaille. Allons fouiller dans nos obscures subjectivités abyssales pour en extraire la roche de l’authentique sémantique. Peut-être qu’en vérité, l’espoir est fait d’une chaîne de questions ? De cratères d’expériences aux profondes causes ? Peut-être que la naissance d’un lac dans un maar est l’évidence que la déconstruction d’une nature permet faire naître l’improbable. On a déjà vu éclore, dans les plus improbables recoins, des fleurs de coquelicots et même des boutons de roses. Rappelons nous que la beauté de la vie trouve toujours son chemin.
Nataneli, « Séisme des consciences en terres de certitudes », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles », mis en ligne le 16 mars 2025. URL :
Le Premier poème est une naissance, une prémisse, une aurore. Années soixante. Mon professeur de lettres, Jean-Pierre Koffel, m’offre le numéro inaugural de Souffles, une revue littéraire sortie de nulle part. Les institutions politiques, universitaires, mandarinales sont prises de cours. Une déflagration de mots, de concepts, de métaphores. Souffles sent le souffre dès sa première parution. Il circule, comme un talisman littéraire, dans les établissements scolaires. Je lis, en parallèle, Les Illuminations d’Arthur Rimbaud. Je me dis : le poète visionnaire a trouvé ses véritables complices. Le poème, fenêtre ouverte sur l’innombrable, l’incommensurable, l’inépuisable. Le poème, messager de l’indéfinissable, de l’inimaginable, de l’ineffable.
Quelques recueils, volcans décrochés de la terre marocaine, archipels aux confins de l’océan atlantique. En 2022, réveil en cascades d’émotions ensevelies. Je reçois Étoile dormante de Mostafa Nissabouri, recueil de recueils, Aube, Approche du désertique, complétés des poèmes Préludes, Éphémérides, Station de la dune blanche, Épitre de l’île déserte.Dans l’infini, nuls tenants, nuls aboutissants, nuls conclusions. Juste des préludes. Des préambules. Des liminaires. Inaccomplis. Les mystères de l’indicible demeurent impénétrables. Le génie poétique n’y peut rien. Le désert n’offre que ses mirages. Des oasis volatiles. Des images inutiles.
Je détourne le premier poème, Exorcisme de Mostafa Nissabouri, paru dans le premier numéro de Souffles. Je déclame. Je scande. Je cadence. Je ponctue. J’écarte les ambivalences tactiques. Je désécaille les vers hermétiques. Je sauvegarde la rythmique. Dérive. Rappel obsédant de l’autre rive. Oralité thérapeutique. Après tout, les sorciers se connectent aux esprits en prosodie. Résonance lointaine. Traumatisme historique. Exutoire onirique. Réminiscence bleue, marine, cathartique. Puis, j’abandonne. Le poème se fossilise dans son époque. Poème tailladé de blessures, de meurtrissures, de déchirures. Pourquoi l’avoir lardé de gravelures, d’ordures, de souillures ? Rébellion mêlée de transgression. Empreinte irréductiblement réfractaire de Mohammed Khair-Eddine.
Je me résous à citer le poème Horoscope de Mohammed Khair-Eddine. À lire entre les lignes, entre les mots, entre les lettres. Dans ses silences forcés. J’ai retiré deux petites strophes, superflues. Jean-Pierre Koffel nous disait : « Un poème est achevé quand il n’y a rien en moins, quand il n’y a rien en trop.».
Horoscope.
Par Mohammed Khaïr-Eddine.
La roue du ciel tue tant d'aigles hormis toi Sang bleu Qui erre dans ce coeur oint de cervelle d'hyène Voiries simples ?
Du mica dérive une enfance fraîche Scinques mes doigts de vieux nopal En astre noué péril à mes nombrils Vieux nopal Mal couronné par mes rêves de faux adulte Sans chemin Le simoun ne daigne pas réviser ma haine Pour qui je parle de transmutations en transes Pour qui j'érige un tonnerre dans le mur gris du petit jour
La roue du ciel et les pucelles à bon marché Par les barreaux fétides de la cage de ma gorge Par ma voix de marécage endossant subrepticement Une histoire d'anse perlière Par le lait amer des pérégrinations
Je vous crève famines de pygmée Dans un rythme où les mains se taisent Je vous écrabouille Hommes-sommeils-silos-roides Vous dégueulez nos dents blanches salissant La vaisselle onéreuse de par mes sangs sacrés Du midi exigu d'où fuse mon tertre populeux
Terre sous ma langue Terre Comme la logique du paysan Silence sciant les têtes de lunes tombant Dans mes caresses de serpent Je mors à même les lèvres noires du douanier Giclé d'un hors bâtard de seps corruptible Reste ami quand même Canaille de tous temps De tes serrements d'algue vétuste De tes normes De tes soldes de nom ayant gardé Un éclat du pur cristal des noms de ces bouges
De tes vingt jambes De ton humidité Sors comme une aile
À partir de 1960, après l’enthousiasme de l’indépendance, l’expérience exceptionnelle du Toumliline, l’effervescence théâtrale portée par les maisons de la jeunesse, la société marocaine plonge dans le malaise culturel. La pensée critique se criminalise. Après la révolte lycéenne de 22-23 mars 1965, que nous avons initiée dans une classe d’excellence au lycée Moulay Abdellah de Casablanca, dont s’occulte notre paternité, la revue Souffles se constitue comme une fabrique autonome. Abdelatif Laâbi en est la cheville ouvrière. Mohammed Khaïr-Eddine et Mostafa Nissabouri en sont les plumes guerrières. Des poètes et des artistes bricolent leurs propres outils de communication pour sortir de l’anonymat. Ils mutualisent leurs faibles moyens. Ils pratiquent l’insubordination collective, l’insolence constructive, l’interactivité créative. Le Premier poème avec ses audaces, ses provocations, ses maladresses, vaut toutes les productions suivantes.
L’année de la rupture est, sans conteste, 1964. La parution du manifeste Poésie Toute, de Mohammed Khaïr-Eddine et Mostafa Nissabouri, un bulletin de huit pages. Suivent en 1965, à l’initiative de Mostafa Nissabouri, deux cahiers de seize pages, plutôt deux carnets, intitulés Eaux Vives, sans images, avec des poèmes, en cent exemplaires. Ils sont restés gravés dans ma mémoire. Je me les étais procurées à la Librairie des Ecoles de Casablanca.
Comment ne pas penser à Abdallah Stouky (1946-2022) ? Abdallah Stouky, journaliste efficace, éditeur perspicace, penseur visionnaire, pédagogue sémillant, membre du comité de rédaction de Souffles. En 2016, Abdallah Stouky, cloué dans un lit d’hôpital, témoigne sur l’éradication de Souffles : « Je voyais bien que Souffles vivait ses derniers trimestres, qu’il changeait de nature, de ligne, de sensibilité. On me confiait, sous le sceau du secret, avec des airs empruntés, que Souffles se faisait hara-kiri. La responsabilité du coup de barre revenait à Abraham Serfaty, présenté comme un marxiste extrémiste en rupture de banc, activiste déraisonnable, agitateur dangereux. Il aurait subjugué Abdellatif Laâbi en le métamorphosant en instrument de gauchisation. On connaît la lourdeur cruelle des sentences. Aux yeux de la justice marocaine de ces temps exécrables, c’était le prix à payer pour déviation idéologique. La collection complète de Souffles fut arborée comme preuve à charge. On a cadenassé nombre de militants d’Ila Al Amam et du mouvement du 23 Mars, que l’on savait inoffensifs, pour la plupart dérisoires jobards et jocrisses dépassés par les événements. Le poète-cinéaste Ahmed Bouanani, corédacteur de Souffles, résumait nos espérances : « Nous avons d’abord bâti dans le sable / Le vent a emporté le sable / Nous avons bâti dans le roc / La foudre a brisé le roc / Il faut maintenant qu’on pense sérieusement / À bâtir à partir de l’être humain ». La revue Souffles, unique et singulière, essentiellement irriguée par les ressources fertilisantes de la langue, aura finalement été « une cabine de commande de l’imagination créatrice », un météore fécondateur, sans postérité » (Abdallah Stouky).
Abdallah Stouky, fin analyste des permanences vivantes de la culture populaire, n’a cessé d’en révéler les richesses créatives, singulières, ingénieuses, judicieuses, que l’ethnologie coloniale classait dédaigneusement dans le folklorisme. Je retiens un exemple parmi mille, la halka, étymologiquement cercle, théâtre à ciel ouvert, accessible au tout venant. Dans la société marocaine, légendairement hospitalière, réputation démesurée par les temps qui courent, la culture ne se marchande pas. « Certains considèrent toujours la halka comme un spectacle mineur. Et pourtant, c’est un théâtre authentiquement marocain. Jusqu’à quand s’obstinera-t-on à n’appeler théâtre que les dramaturgies occidentales. Les acteurs improvisent avec beaucoup d’inventivité. La troupe, composée de quelques personnes, entre quatre et sept, se passe de décor factice. Les costumes et les accessoires font fi de toute vraisemblance. Les rôles féminins sont tenus par hommes affublés de robes. Les musiques et les bruitages s’improvisent. Des comédiens, virtuoses dans les rôles de bouffons, de pitres, tel Bak’Chich à Marrakech, acquièrent une renommée au-delà des limites régionales. Dans la halka, les comédiens utilisent des procédés plus efficaces que la rupture pure et simple de l’action. Des spectateurs peuvent s’intégrer au spectacle » (Abdellah Stouky, Où va le théâtre marocain, revue Souffles, numéro 3, 1966).
Le Living-théâtre américain s’est inspiré de la halka, de la transe gnaoua. Essaouira, Tanger, base arrière de la Beat Generation, étaient les destinations favorites de ses fondateurs. J’ai eu le bonheur, avec Georges Lapassade, de les accompagner au Festival d’Avignon en 1968, où leur intervention tonitruante a secoué les institutions établies. Julian Beck, sachant que j’étais marocain, me parlait sans cesse des vertus curatrices, inspiratrices, purificatrices du kif. Paradise Now, Le Paradis ici et maintenant, préconisait cette année-là, la suppression de l’argent, des frontières, des cartes d’identité, des passeports, la consommation libre de la marijuana. Les procès outre-Atlantique de Julian Beck et de Judith Malina en ont fait des héros de la désobéissance civile, dans la tradition philosophique, écologiste, anarchiste américaine d’Henry David Thoreau (1817-1862).
Je revoyais épisodiquement Abdellah Stouky quand il passait par Paris. La tentation de s’y installer définitivement l’a un certain temps taraudé. Nous avons repris contact téléphonique jusqu’à ses derniers jours. On me rapporte que sa bibliothèque, patiemment, passionnément constituée, a été dispersée, honteusement brocantée, mise à l’encan. Il nous arrivait de chiner chez les bouquinistes le long de la Seine. Il me disait que sa bibliothèque était son bien providentiel. Que fait la Bibliothèque Nationale, que font les Archives du Maroc, si cette vigilance leur échappe ?
La revue Souffles, est en soi une révolution culturelle. Elle se libère résolument du complexe d’infériorité inoculé par le colonialisme. Elle considère la langue française comme un patrimoine humain, et non un butin de guerre comme l’a suggéré agressivement, Kateb Yacine. Souffles, réaction vitale contre l’étouffement, introduit une nouvelle esthétique diversitaire. Jeudi, 27 janvier 1972, la police marocaine exécute à l’aube un coup de filet sur tout le territoire. Des poètes, des artistes, des enseignants, des étudiants sont raflés. Abraham Serfaty et Abdellatif Laâbi figurent en tête des cibles. Abdellatif Laâbi est torturé, condamné à dix ans de prison. Abraham Serfaty passe à la clandestinité pendant deux ans. Il est finalement arrêté, supplicié, incarcéré pendant dix-sept ans. Les intellectuels sont laminés. Les campagnes d’alphabétisation sont bloquées. Les études de philosophie, d’anthropologie, de sociologie sont prohibées. Demeurent les érudits traditionnels, les technocrates opérationnels, les folliculaires conventionnels.
Je revisite le premier numéro de Souffles. Euphorie contestataire des années soixante. Beaucoup de rides. De belles rides de vieillesse. Les contributions de Mohammed Khair-Eddine sont toujours aussi vives. Il écrit à Mostafa Nissabouri. Digest : « Nous sommes des aigles ou non ? Je crève d’asphyxie. Je souffre de vivre dans ces bas-fonds avec une meute de chacals, dévoreurs des vieilles brebis du seigneur. Leurs problèmes ? L’argent, la bouse, le chiendent, le froid. Ce choc me fait entrevoir le vrai gouffre. Je reprends mon travail. Je projette un récit complexe, où délire et poésie se confondent. J’ai du phosphate. Aux consciences de s’ouvrir aux vices en effritement. Je suis quasiment sacrifié, par saccades. Mon désarroi ne se voit pas. C’est une poignée de baroud prête à sauter. Nous devons nous imposer. Nous dénoncerons les canibalisateurs du peuple. Nous attirerons l’attention des siphonneux, des calamiteux, des crocodiles, des victimes, des apprentis-sorciers, des hypnotisés. Ceux, parmi nous, qui se réclament de l’avant-garde se leurrent. L’avant-garde est africaine » (Mohammed Khair-Eddine).
En Mai 2024, Mostafa Nissabouri autoédite La Variable poétique en premier. Une amie me l’envoie. Se tamise l’essentiel, la nature et l’écriture. « On se réveille un matin avec l’intention d’interrompre les visites, quelques fleurs à la main, aux phrases convalescentes » (L’Épître de l’île déserte). Il faut permettre aux phrases, délivrées des emprises phallocratiques, leurs métamorphoses ascensionnelles, leur reconversion en étoiles éternelles. Quête du poème cosmique, sans ancrage, sans amarrage. S’émerveiller des splendeurs minérales, végétales. S’immerger dans l’immensité océane. S’abstraire dans la nitescence sidérale. Heureux celui qui a, pour unique vêture, l’habit de poète.
Mustapha Saha (texte & peintures), « Mostafa Nissabouri. Le premier poème »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I « Inspiratrices réelles & fictives », 1er Volet, mis en ligne le 10 mars 2025. URL :
Crédit photo : Barbara Regina Dietzsch (1706-1783), « Violettes » écloses et en boutons, peinture de nature morte tombée dans le domaine public, capture d'écran de la photographie libre de droits du site Common.
Ai-je vécu l’année de la violette ?
la déchirante beauté des heures où tout était simple,
l’élégance cloisonnée de la brume
à l’affût des branches des pins biscornues.
Dansant dans des cothurnes de sable gris
sur la plage d’une mer figée en miroirs,
un masque vénitien dans la manche
pour dérober l’ennui à l’heure de grâce.
Et la neige, caillée dans des flocons égoïstes,
approchait de loin, mi-figue mi-raisin,
la lenteur de nos paroles sous la pluie.
Ainsi, aujourd’hui, à contre-cœur,
cachée sur la scène de l’affaissement de ses pétales,
Irina Moga, « Année », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles », mis en ligne le 4 mars 2025. URL :
Poétologue, fondatrice & présidente de la SIEFEGP & de ses périodiques
Crédit photo : Chen Shu, « Wisteria and Rose », peinture tombée dans le domaine public, capture d'écran d’une image libre de droits. Photographie temporaire en attendant la première de couverture illustrée du recueil de poèmes à paraître en mars 2025.
Ce vingt-septième recueil de poésie classique du poète Stephen Blanchard (à paraître en mars 2025) s'inscrit dans le mouvement lyrique de la poésie romantique française et européenne. Il réactive par ses multiples invocations aux muses et aux figures du poète romantique, bucolique et lyrique le succès de la poésie romantique française, sa puissante charge symbolique auprès du lectorat et sa force créative et émotionnelle. Le poète y versifie ses vagabondages lyriques, bucoliques et romantiques sous la forme d'un périple élégiaque et extra et « métapoétique ». Ce périple méditatif et introspectif par le biais des poèmes, quarante et un précisément, peut avoir lieu grâce aux vagabondages de la plume svelte du poète lyrique, voyageur et navigateur. Or, ce choix de revenir vers la poésie romantique classique pour s'y abreuver et y retrouver sa puissance créative démontre à quel point la poésie romantique classique et lyrique reste indémodable indépendamment de sa valeur poétique sûre, en ce siècle-ci, elle continue d'être le refuge ultime des artistes de la poésie et l'une des sources de leur force créative.
Le poète Stephen Blanchard, ce Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres, ce messager et mécène infatigable de la poésie, qui n'est plus vraiment à présenter au lectorat, a déjà acquis plusieurs titres prestigieux et a pu faire connaître en France et ailleurs dans le monde sa passion pour la poésie et son fervent engagement à la défendre, toutefois sa poésie, qui regorge de richesses insoupçonnables, demeure à découvrir métamorphosée, ravivée dans les flammes de l'Olympe poétique dans chacun de ses nouveaux recueils. Et ce vingt-septième recueil n'y échappe pas. Il a ainsi habitué, au gré des années, son fidèle lectorat aux nombreux travestissements et métamorphoses poétiques de sa plume.
Ce recueil composé de quarante et un poèmes lyriques composés de quatre quatrains pour chacun d'entre eux, sauf un, oui, un poème échappe à cette éternelle ritournelle poétique pour nous offrir un sonnet traditionnel en deux quatrains suivis de deux tercets dans le poème-clé pour la compréhension de cet ouvrage (ou plutôt sa colonne vertébrale) « Dans mon jardin secret » où le poète confesse son doux plaisir de poétiser en usant de la métrique comme l'alexandrin et des rimes féminines et masculines comme les rimes croisées. En fin poète, il entremêle les saveurs, sens et sonorités des mots dans une synesthésie romantique pour déployer ses ailes du poète lyrique. Il nous avoue avec une infinie délicatesse son amour impondérable de la poésie qui le met à nu, lui procure « le bonheur parfait » et le « désarme » par ses richesses, musiques et beautés.
Le schéma du recueil actuel dessine un carré poétique presque parfait puisque le poème « ce soir, je fais le point » revient en une variante pour former quarante et un poèmes au lieu de quarante et le poème sonnet fait l'exception à la règle de quatre quatrains symbolisant les quatre éléments naturels de l'univers : la Terre, l'Eau, l'Air et le Feu. Le poème sonnet déploie le vœu du poète de trouver dans le sonnet le cinquième élément de l'univers et qui représente la poésie... Ainsi, ce carré poétique presque parfait symbolise – d'après plusieurs poèmes décrivant le processus de la versification classique – la finitude et difficultés du poète lyrique et romantique en quête de la versification rimée parfaite.
Ce poète traite de la poésie, en parle en vers, en strophes, en poèmes, en oxymores, en rimes et métriques, c'est ce que des spécialistes de poésie nomment de la « métapoésie » (voir par exemple au sujet de la « métapoésie » les recherches de Pascale Gaulin, tout particulièrement sa thèse intitulée « Métapoésie et poésie française au XXe siècle », Université d'Ottawa, Canada). En fait, comme bien d'autres poètes de tous les genres et cultures, Stephen Blanchard est un métapoète, autrement dit, un poète dont le thème principal est la poésie, ses contrées et rôles en lui et hors de lui. Il est un métapoète parce qu'il se focalise aussi sur les types et portraits des poètes et le processus de la création poétique, ses sources d'inspirations externes et internes On retrouve également ce même sujet de prédilection dans des œuvres poétiques de plusieurs de nos contemporains et contemporaines (je souligne par exemple les ouvrages de Camille Aubaude, Françoise Urban-Menninger et Maggy de Coster).
Le poète s'adonne dans ce recueil à la poésie classique, s'embarquant au fil de la métrique et des rimes vers des contrées lointaines et intimes de son for intérieur. Inlassablement, en découvreur, en voyageur, il tisse tel un navigateur les fils de ses aventures pittoresques. Dans les sillages de ces vagabondages lyriques, on découvre plusieurs facettes du poète et des figures mondaines des poètes. Ses poèmes satiriques par exemple dressent des portraits différenciant les vrais des faux poètes dans entre autres : « Je connais les poètes », « Le destin du poète » et « Le poète n'a plus sa fougue ». Il se confesse aussi individuellement pour mieux nous faire rencontrer les poètes tels qu'ils sont : des messagers, prophètes, visionnaires, maudits, tourmentés, philosophes, enfants terribles, etc. Et il y explore non seulement sa solitude du poète face au monde et l'au-delà mais il nous entraîne peu à peu en alternant les oxymores formés grâce aux adjectifs, adverbes, vers entiers, strophes entières et de poèmes entiers d'affects tristes et joyeux dans un périple lyrique et universel du poète éthique face à lui-même, à son insuffisance, à sa finitude d'humain et d'artiste des mots et des sons éphémères.
C'est en revisitant toutes ou presque toutes les figures du poète qu'il arrive à transformer ce périple individuel en odyssée universelle de n'importe quel artiste authentique de la poésie vivant d'ombres et de lumières, de joies et de peines, de pages blanches et colorées, de pages vides, d'attentes et de pages pleines dues aux déluges des mots et vertiges émotionnels.
Ce recueil de poèmes est assez représentatif du romantisme lyrique grâce aux thèmes et vocabulaires caractéristiques du romantisme et du lyrisme de ses poèmes (voir par exemple « J'ai mal de vivre », « Je me souviens », « Le dernier passage » « Sous mes vers esseulés » etc. pour une présentation du « Romantisme », je vous renvoie à l'article « Romantisme » par Henri Peyre dans le Dictionnaire des genres et notions littéraires, Nouvelle édition augmentée, préface de François Nourissier, Paris, éditions Encyclopædia Universalis et Albin Michel, collection Encyclopædia Universalis, 2ème édition, 2001, pp. 736-756).Les thèmes récurrents abordés par ce métapoète lyrique et romantique sont le for intérieur, la vie intérieure, les états d'âme du poète (cf. : « Au gré de mes humeurs, ma plume vagabonde » dans le poème intitulé « Au fil du temps », le bonheur, la mélancolie, la poésie, la poétisation, la versification, la quête de la rime heureuse, de la belle métrique, des poèmes courts et élégiaques nous dévoilent la complexité de l'âme romantique, lyrique du poète tourmenté par ses amours, passions, sensations, sentiments et affects comme dans le poème « Dans mon jardin secret » où on le retrouve enivré par la poésie entonnant : « Je sillonne les champs avec la rime en fleur »
C'est une rime printanière, une rime bourgeonnante, enfantine, espiègle pleine de rondeur et d'ingéniosité. « Dans son jardin secret », il se dévoile solitaire, fragile, romantique, engagé et vivant dans l'obstination, en quête de la Muse salvatrice qu'il invoque et s'en enivre tour à tour. Cette énième « Muse », inspiratrice, célébrée en fanfare de rimes, cette aurore du bonheur qu'il aperçoit enfin dans le dernier poème qui clôt le recueil sur une note d'espoir, sur le bonheur d'être un faiseur de poèmes, un aède d'autres temps, un troubadour d'antan et un citharède d'autrefois au chevet de la poésie dans « Quel ravissant bonheur » : le seul soleil qui réchauffe son cœur et lui apporte tout l'amour et le bonheur dont il a besoin dans ce monde. Sa soif de mots s'étanche grâce à l'amour de la poésie et l'amour de versifier. La poésie est l'amour et l'amour n'attend pas, il se vit comme il se savoure, le voici esquissant son autoportrait du poète en citharède :
Qu'importe les douleurs quand brûle tant d'amour
Si l'indicible mot me rend trop solitaire,
Car le vers luit en moi comme un vrai troubadour
Captivé par les sons de son luth solitaire.
Le poète Stephen Blanchard se métamorphose donc dans ce métapoème en citharède romantique du XXIe siècle s'embarquant sur son voilier solitaire de la poésie lyrique et romantique, chantant en métrique et en rimes la beauté et la grâce volcaniques des mondes poétiques externes et internes allant jusqu'à l'exploration géopoétique des confins les plus secrets de son être.
Lisez-le, il vous emporte dans sa belle quête lyrique et authentique de l'amour des Muses. Lisez-le en savourant lentement son doux-amer périple lyrique.
Pour citer ce texte inédit en avant-première autour du lyrisme romantique
Dina Sahyouni, « Vagabondages lyriques et romantiques du poète Stephen Blanchard », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I « Inspiratrices réelles & fictives », 1er Volet, mis en ligne le 17 février 2025. URL :
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