15 juillet 2025 2 15 /07 /juillet /2025 15:40

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception | Revue poépolitique & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Critiques poétiques & artistiques

 

 

 

 

 

 

 

Salah Oudahar, « Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli » : la poésie comme mémoire vivante

 

 

 

 

 

Lecture poétique & photographie par

 

Lectrice

 

Nom de plume d’une collaboratrice de la revue Le Pan Poétique Des Muses

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée & mise en rayon du recueil de poésie « Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli » de du poète Salah Oudahar aux éditions d’en bas.

 

En ce 5 juillet 2025, jour de la fête de l’indépendance algérienne, les mots de Salah Oudahar prennent une résonance particulière. À travers Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli, son nouveau recueil, l’Algérie se fait présence, tension, souffle. Elle n’est pas seulement évoquée : elle est invoquée. Une terre toujours vive, même à travers l’exil.

Chez Salah Oudahar, comme chez les grands poètes de la mémoire, le passé ne s’efface pas : il se transforme en murmure persistant. Les frontières entre le souvenir et le présent se troublent. Dans ce recueil, l’Algérie n’est pas un lointain décor : elle est intime, douloureuse, insoumise. Elle n’a jamais cessé d’habiter la voix du poète.

 

Il ne parle pas de son pays, il lui parle. Il le tutoie, l’interpelle, avec tendresse, parfois avec colère, mais toujours avec une fidélité bouleversante. À travers les images fortes de ses poèmes, il fait surgir un territoire à la fois concret et symbolique, une terre blessée par le silence et l’abandon :

 

Ses galets nus noircis par l’attente 

Brûlant au soleil des berges mortes

Des serments promesses non tenus

Comme muets

Étrangers

Ni de juillet ni de décembre

Comme venus d’ailleurs

 

Ces vers témoignent d’un rapport intime à la mémoire collective, où les paysages désertés deviennent les porteurs d’un passé trahi. Le poète, en refusant l’oubli, transforme chaque image en une empreinte de vérité. Loin de l’évocation nostalgique, il inscrit la mémoire dans le corps même du langage, interrogeant l’appartenance, le déracinement et la fidélité.

 

 

Mais au-delà du dialogue avec la terre natale, un motif revient avec une force particulière : le mois de juillet. Il traverse tout le recueil comme une saison brûlante, historique et charnelle. Juillet, c’est le mois de l’indépendance – le 5 juillet 1962 –, ancrée dans la mémoire nationale. Mais chez Oudahar, juillet devient aussi le théâtre d’une mémoire sensible, d’une chaleur humaine, d’une lumière fragile sur fond d’étouffement. Ce poème en témoigne :

 

« Brise de juillet 

Dans les feux du soir

Fugace
À peine effleurée
Vent brûlant
Nos brasiers
Nos baisers volés
Dans la torpeur d’un pays étouffé
Espoir aride vite déserté
Mon corps remuait s’agitait
À ton réveil
Fraîcheur ô fraicheur
Portes fenêtres restées ouvertes toute la nuit
Le parfum de ta bouche
Ton souffle
Ton café
Ses arômes retrouvés
Tes mots
Tes langues
Tes musiques
Tes chants
Tes récits du passé
Tes récits du futur

Comme si rien n'était encore perdu

Comme si tout était encore possible »

 

Ce juillet poétique mêle le collectif et l’intime. Il incarne à la fois la chaleur politique de l’Histoire et la chaleur d’un corps aimé, réveillé par le souffle de l’aube. Le poète entrelace le souvenir des révoltes avec celui des étreintes. Il fait dialoguer la mémoire nationale avec celle, charnelle, du quotidien. Ici, la mémoire n’est pas un musée : elle est une sensation, une odeur, une voix. Elle traverse les langues, les musiques, les récits. Et surtout, elle résiste à l’oubli.

« Tu fus jasmin laurier-rose / Arbre en proie aux tempêtes aux vents / Langue océane / Mer de multitudes » écrit le poète.


Ces vers, à la fois tendres et incandescents, nous enjoignent à rouvrir le jour, à redire au monde sa beauté essentielle, malgré les blessures, les silences, les arrachements. Car l’oubli menace toujours, mais la poésie veille : elle ravive les braises, elle s’oppose à l’effacement, elle refuse l’enfouissement. Par ses mots, elle insuffle la vie, elle réanime ce qui semblait perdu.

La photographie en noir et blanc de la couverture, réalisée par l’auteur lui-même comme l’ensemble des photographies du recueil s’insère dans une mise en page conçue par Artagraphisme..., prolonge cette sensatio : une braise en sommeil, un souvenir prêt à reprendre feu. Ce livre est ce souffle. Un chant pour l’Algérie. Un chant debout...


 

Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli n’est pas un simple recueil, c’est un acte de présence, un refus de se taire, une fidélité indélébile à une terre aimée, blessée, espérée. Ce 5 juillet, il sonne comme un rappel vibrant : « la liberté, la dignité, la mémoire sont aussi affaires de poésie. »

 

 

© Lectrice, juillet 2025.

 

—————

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Lectrice (collaboratrice de la revue LPpdm, texte & photographie)« Salah Oudahar, « Ce pays d'où tu viens – Les galets de l’oubli » : la poésie comme mémoire vivante », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 15 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/memoirevivante

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

La dernière rectification mineure du texte faite à la demande de la critique date du 17 juillet 2025.

 

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12 juillet 2025 6 12 /07 /juillet /2025 17:20

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & réception | Dossier | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Critiques poétiques & artistiques

 

 

 

 

 

 

 

Samar Miled : un « Printemps » 

 

de révolte & de tendresse

 

 

 

 

 

 

Critique & photographies (fournies) par

 

Lectrice

 

Nom de plume d’une collaboratrice de la revue Le Pan Poétique Des Muses

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée & mise en scène du recueil de poèmes de la poétesse Samar Miled, Printemps aux Éditions Le Lys Bleu, Paris, 2025.

 

Avec son nouveau recueil Printemps, la poétesse tunisienne Samar Miled poursuit avec force et sensibilité son chemin poétique et politique, entamé dès son premier recueil Tunisie Sucrée-Salée (Éditions Nous, Tunis, 2020). Ce nouvel ouvrage, à la fois ancré dans l’actualité et traversé de mémoire, rend hommage au printemps arabe, né en Tunisie, et à la douleur toujours vive d’un pays aimé, quitté mais jamais abandonné.

 

Mais Printemps est bien plus qu’un seul écho révolutionnaire. C’est une exploration poétique du printemps dans toutes ses déclinaisons – comme saison, comme état de l’âme, comme métaphore de l’amour, de la nature et de la patrie. À travers ses différentes parties, le recueil alterne entre légèreté ludique et gravité assumée, entre chants d’amour tendres et cris de colère lucide.

 

Dans « Printemps », la voix de Samar est celle d’une femme en marche, en exil parfois, mais toujours enracinée dans sa terre. Ses poèmes mêlent engagement, lyrisme, colère douce et nostalgie lumineuse. On y sent battre le cœur d’une génération marquée par l’histoire, mais encore capable de croire aux mots pour réparer, dénoncer, et espérer.

 

Des poèmes comme « Révolution », « Les damnés du jasmin », « Le ventre de Tunis » ou « La balade des gens heureux » font de ce recueil un véritable manifeste poétique, un cri lucide et sincère né de la Tunisie, mais qui résonne bien au-delà.

 

« C’était un mois de décembre,

Le pays tremble,

Le mal sombre, Le pays se réveille,

Les patients se rebellent.

La marche des âmes franches,

Franchit la porte de la grande ville.

Arrivent les voix blanches,

Et s'élèvent contre les voies viles. »

 

Samar Miled écrit avec un amour immense pour sa terre, souvent douloureux, toujours viscéral. Dans « Kerkennah », elle déploie une poésie de l’attachement, de la fidélité intime à la moindre pierre de son pays :

 

« On t'aime jusqu'à la dernière Charfia

Jusqu'à la dernière pierre qui tombe,

Jusqu'au dernier figuier qui se courbe sous le poids des années...

On t'aime jusqu'à la dernière prière à l'ombre de l'olivier qui résiste,

Jusqu'au dernier chapelet de raisin qui se vide...

On t'aime,

Jusqu'à la dernière ride. »

 

Mais la poétesse ne se limite pas à la géographie intime : la nature, elle aussi, s’invite dans ses vers comme une matière vivante, vibrante, témoin du passage du temps. L’évocation du printemps devient alors celle du renouveau, du désir, de l’éveil – autant de motifs présents dans ses poèmes les plus lyriques, parfois même teintés d’un humour léger.

 

© Crédit photo : Portrait photographique récent de la poétesse Samar Miled.

 

C’est dans ce registre plus léger, plus ludique aussi, que s’inscrit un poème comme « Produits de beauté », une ode tendre et ironique à la jeunesse contemporaine et à ses solitudes numériques :

 

« Un jeu sérieux,

Pour les lunettes rondes,

Pour les cheveux fous à lier, ou lissés au fer acheté chez le marchand des rêves, peu importe.

Un jeu sérieux,

Pour la casquette à l'envers et le sweat-shirt Puma, dernier cri.

Un jeu sérieux,

Pour ceux qui aiment le flashy, Ou pour les invisibles, Et pour les âmes sensibles, Qui se cachent derrière un écran,

Ou qui activent leur « baladeur » pour envoyer balader le monde...

Un jeu sensible, enfin,

Pour ceux qui achètent le silence, En ouvrant, parfois, un livre,

En lisant, parfois, des « mots bleus », des mots à la sauce rosée, des mots ivres. »

 

La géographie poétique de Samar va également bien au-delà de la Tunisie. Dans le poème « Bruxelles », elle dresse un constat sans fard sur les inégalités structurelles entre le Nord et le Sud, entre ceux qui peuvent circuler librement et ceux qui sont enfermés par les frontières et les couleurs de leur passeport :

 

« On ouvre la carte du monde : et en ce moment, comme un coup de chance ?

On est en haut, à gauche.

En bas, c'est le refuge des « sans domicile fixe », des « sans-papiers » qui ne franchissent aucune frontière.

Il n'y a que les rouges et les bleus qui circulent à vol d'oiseau.

En bas, on a construit des fenêtres bleues et des cages.

En haut, c'est les tuiles rouges et les fenêtres blanches.

Toutes les couleurs ne se valent pas. »

 

Cette conscience du monde, cette lucidité sur les rapports de pouvoir et les injustices n’exclut jamais la dimension intime et universelle de l’écriture. Le poème « Notre histoire », par exemple, évoque la poésie elle-même comme refuge et miroir de l’âme :

 

« Et ce poème

Dans la nuit,

Qui comme un cri,

Vous raconte,

Tout le bonheur,

Qui l'agite,

Dans cette maison,

Qui nous habite. »

 

Et c’est peut-être dans le poème « Soleil » que s’exprime avec le plus de force ce basculement vers la lumière. La poétesse y renverse la douleur pour faire triompher la beauté, le choix du Bien, la douceur réparatrice :

 

« Adieu haine,

Adieu amie des moribonds,

Adieu fenêtres qui ouvrent sur le vide,

Adieu marâtre qui épuise la lumière.

Adieu haine.

Je vais danser sur ta tombe,

C'est la mission qui nous incombe.

Je vais... tuer le mal, étouffer son râle...

En choisissant le Beau,

En m'agrippant au Bien, pour ne pas tomber dans la fange des hommes ;

En fabriquant des histoires,

En griffonnant du blanc sur le noir, En attendant le bout du tunnel...

Adieu haine,

Car je choisis l'amour, l'amour...

Et je te hais. »

 

 

Samar Miled est aussi une poétesse de son temps, dans la forme autant que dans le fond. Elle partage ses poèmes à travers des capsules vidéo sous-titrées sur les réseaux sociaux, rendant sa poésie accessible à un public plus large, et particulièrement aux jeunes générations. Cette stratégie de diffusion, à la fois moderne et militante, renforce la portée de son message, tout en restant fidèle à l’oralité propre à la poésie arabe.

 

Avec Printemps, Samar Miled livre bien plus qu’un recueil : elle offre un espace d’écoute, de résistance, de rêve et de consolation. À travers ses vers, elle continue de tisser ce lien fragile mais tenace entre l’exil et la terre natale, entre le passé blessé et les espoirs d’avenir.

 

C’est une poésie qui questionne, rassemble, bouscule, mais surtout aime – jusqu’à « la dernière ride ».*



 

© Lectrice, juillet 2025.

 

* Samar Miled, Printemps, Le Lys Bleu, Paris 2025, 103 pages, 12 €

 

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Pour citer cet article illustré & inédit

 

Lectrice (collaboratrice de la revue LPpdm, texte & photographies fournies)« Samar Miled : un « Printemps » de révolte et de tendresse », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 12 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/samarmiledunprintemps

 

 

 

 

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4 juin 2025 3 04 /06 /juin /2025 17:24

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Critique & Réception | Dossier | Articles & Témoignages

 

 

 

 

 

Préface de l’anthologie

« Les poètes ne meurent pas en exil »

 

 

 

 

 

​​​​​​​

Extrait inédit par

 

 

Arwa Ben Dhia

 

Poète polyglotte, auteure, ingénieure

& docteure en électronique

 

​​​​​Page Linkedin :

https://www.linkedin.com/in/arwa-ben-dhia-phd-0538b011/

 

 

 

© Crédit photo :  Première & quatrième de couverture illustrée de l'anthologie intitulée « Les poètes ne meurent pas en exil » parue aux éditions Constellations, sous l'égide de l'association culturelle Apulivre et sous la direction du poète Amar Benhamouche, 2025. Image no 1.

 

 

Présentation de l’œuvre
 

 

Une nouvelle anthologie intitulée « Les poètes ne meurent pas en exil » vient de paraître aux éditions Constellations, sous l'égide de l'association culturelle Apulivre et sous la direction de son secrétaire général Amar BENHAMOUCHE. Cette anthologie, réunissant des voix de poètes de tous horizons, sera présentée et mise à la vente lors du festival « La Tour Poétique » d'Apulivre le samedi 14 juin 2025 à 16h00. Le programme complet de cette 4è édition du festival a déjà fait l'objet d'un communiqué de presse sur ce même site :

https://www.pandesmuses.fr/megalesia25/noii/festivallatourpoetique

 

© Crédit photo :  Première de couverture illustrée de l'anthologie « Les poètes ne meurent pas en exil » parue aux éditions Constellations, sous l'égide de l'association culturelle Apulivre & sous la direction du poète Amar Benhamouche, 2025. Image no 2. 

 

Préface de l’anthologie « Les poètes ne meurent pas en exil » 

 

 

 

« La vie est un court exil » - Platon

 

L’exil a toujours été une source d’inspiration majeure dans les arts, en particulier dans la littérature, façonnant des œuvres où se mêlent nostalgie, quête d’identité et réflexion sur l’appartenance.

De Victor Hugo à Milan Kundera, en passant par Khalil Gibran et Albert Camus, nombreux sont les auteurs dont l’écriture s’est nourrie de l’éloignement forcé ou choisi. 

Loin de leur terre natale, ils transforment leur déracinement en un espace de création où la mémoire du pays perdu dialogue avec la découverte d’un ailleurs. 

« L’exil est une espèce de longue insomnie. On en sort hagard. » : Hugo exprime ici la douleur de l’exil, lequel était l’une des périodes les plus marquantes de sa vie, tant sur le plan politique que littéraire. C’est un moment où son engagement républicain se renforce et où son écriture prend une dimension plus engagée et prophétique, développant ses idées sur la liberté, la justice et l’humanité. C’est en exil qu’il écrit ses œuvres les plus connues, comme « Les Contemplations » et « Les Misérables ». Il fait de son éloignement une posture de résistance et écrit certains de ses textes les plus puissants contre l’oppression. « Je resterai proscrit, voulant rester debout. », disait-il, refusant de plier face à Napoléon III.

« L’exil est une patrie que l’on porte en soi. » : Eduardo Galeano affirme ici que l’exilé est constamment habité par son pays natal.

Quant à Gibran, son vécu entre deux mondes, Orient et Occident, transparaît dans ses œuvres, où il prône un humanisme universel et un pont entre les cultures. C’est après son installation définitive aux États-Unis qu’il adopte l’anglais, que son écriture devient plus profonde et qu’il compose ses œuvres les plus célèbres, comme « Le Prophète » qui est un ouvrage intemporel.

De nombreux auteurs, comme Gibran et Mahmoud Darwich, ont puisé dans l’exil une nouvelle vision du monde et une richesse intérieure.

Cependant, l’exil n’est pas que géographique, mais peut prendre d’autres dimensions dépassant la simple condition de l’écrivain expatrié.

Ainsi, l’exil intérieur peut être vécu même sans quitter son pays, lorsqu’une personne se sent incomprise, rejetée ou en décalage avec son environnement. Charles Baudelaire, Fernando Pessoa ou Albert Camus en parlent comme d’un sentiment d’étrangeté au monde. « Je me sens aussi étranger dans mon propre pays qu’ailleurs. », disait Pessoa. Camus développe la notion de l’absurde et une philosophie où l’homme est perpétuellement en quête de sens.

Par ailleurs, il y a l’exil spirituel ou existentiel. En effet, d’aucuns voient l’exil comme une métaphore de la condition humaine dans le sens où nous sommes tous des êtres en quête d’un lieu où nous sentir pleinement nous-mêmes. Cioran, le philosophe du mal-être, considère que l’exil est avant tout un état d’âme : « Être exilé, c’est être vivant où l’on ne veut pas l’être. »

L’exil littéraire est donc protéiforme et est souvent marqué par une dualité : d’un côté, la souffrance de l’arrachement, l’isolement et le sentiment d’incompréhension ; de l’autre, la liberté de réinventer son langage, d’élargir sa pensée et de redéfinir son identité. Ce paradoxe fait de l’exilé un observateur privilégié du monde, à la fois dedans et dehors, capable d’une vision profonde et unique. 

En résumé, l’exil est une séparation qui transforme ceux qui le vivent, qu’il soit imposé ou volontaire, physique ou spirituel.

 

© Arwa BEN DHIA*

 

© Crédit photo :  Quatrème de couverture de l'anthologie poétique « Les poètes ne meurent pas en exil »... 2025, image no 3 détaillant la présentation officielle du recueil & la liste complète des contributrices & contributeurs.

 

 

Biographie de la préfacière

 

Arwa Ben Dhia est née en 1986 en Tunisie qu’elle quitte en 2009 pour poursuivre ses études d’ingénieur télécoms en France. Elle est docteure en électronique, ingénieure brevets, poète polyglotte, traductrice, autrice et préfacière de plusieurs recueils de poésies. Son dernier recueil « Les quatre et une saisons » coédité en octobre 2024 par les éditions du Cygne en France et les éditions Arabesques en Tunisie a reçu un Diplôme d’Honneur 2024 décerné par la Société des Poètes Français, ainsi que le prix littéraire Dina Sahyouni 2025. Ce recueil a été transcrit en braille. Arwa a participé à plusieurs revues et anthologies poétiques et est membre de plusieurs associations culturelles, comme la Défense de la Langue Française et la Société des Gens de Lettres.

 

*Préface illustrée et dévoilée en avant-première avec l’aimable autorisation de la préfacière, la maison d'édition et le directeur éditorial de l'anthologie.

***

Pour citer cet extrait illustré & inédit

 

Arwa Ben Dhia, « Préface de l’anthologie « Les poètes ne meurent pas en exil » », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 4 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/abd-prefacedelanthologiesurlexil

 

 

 

 

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10 mars 2025 1 10 /03 /mars /2025 16:37

N° I | HIVER-PRINTEMPS 2025 | INSPIRATRICES RÉELLES & FICTIVES | 1er Volet | Muses au masculin 
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Mostafa Nissabouri. Le premier poème

 

 

 

Texte & peintures par

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, artiste peintre & poète

 

 

​​​​​© Crédit photo : Mustapha Saha, « Mostafa Nissabouri », portrait, peinture sur toile, dimensions 65 x 50 cm.

 

 

 

Le Premier poème est une naissance, une prémisse, une aurore. Années soixante. Mon professeur de lettres, Jean-Pierre Koffel, m’offre le numéro inaugural de Souffles, une revue littéraire sortie de nulle part. Les institutions politiques, universitaires, mandarinales sont prises de cours. Une déflagration de mots, de concepts, de métaphores. Souffles sent le souffre dès sa première parution. Il circule, comme un talisman littéraire, dans les établissements scolaires. Je lis, en parallèle, Les Illuminations d’Arthur Rimbaud. Je me dis : le poète visionnaire a trouvé ses véritables complices. Le poème, fenêtre ouverte sur l’innombrable, l’incommensurable, l’inépuisable. Le poème, messager de l’indéfinissable, de l’inimaginable, de l’ineffable. 

 

Quelques recueils, volcans décrochés de la terre marocaine, archipels aux confins de l’océan atlantique. En 2022, réveil en cascades d’émotions ensevelies. Je reçois Étoile dormante de Mostafa Nissabouri, recueil de recueils, Aube, Approche du désertique, complétés des poèmes Préludes, Éphémérides, Station de la dune blanche, Épitre de l’île déserte. Dans l’infini, nuls tenants, nuls aboutissants, nuls conclusions. Juste des préludes. Des préambules. Des liminaires. Inaccomplis. Les mystères de l’indicible demeurent impénétrables. Le génie poétique n’y peut rien. Le désert n’offre que ses mirages. Des oasis volatiles. Des images inutiles.

 

Je détourne le premier poème, Exorcisme de Mostafa Nissabouri, paru dans le premier numéro de Souffles. Je déclame. Je scande. Je cadence. Je ponctue. J’écarte les ambivalences tactiques. Je désécaille les vers hermétiques. Je sauvegarde la rythmique. Dérive. Rappel obsédant de l’autre rive. Oralité thérapeutique. Après tout, les sorciers se connectent aux esprits en prosodie. Résonance lointaine. Traumatisme historique. Exutoire onirique. Réminiscence bleue, marine, cathartique. Puis, j’abandonne. Le poème se fossilise dans son époque. Poème tailladé de blessures, de meurtrissures, de déchirures. Pourquoi l’avoir lardé de gravelures, d’ordures, de souillures ? Rébellion mêlée de transgression. Empreinte irréductiblement réfractaire de Mohammed Khair-Eddine.

 

Je me résous à citer le poème Horoscope de Mohammed Khair-Eddine. À lire entre les lignes, entre les mots, entre les lettres. Dans ses silences forcés. J’ai retiré deux petites strophes, superflues. Jean-Pierre Koffel nous disait : « Un poème est achevé quand il n’y a rien en moins, quand il n’y a rien en trop.».

 

Horoscope.

Par Mohammed Khaïr-Eddine.

 

La roue du ciel tue tant d'aigles hormis toi
Sang bleu
Qui erre dans ce coeur oint de cervelle d'hyène
Voiries simples ? 

 

Du mica dérive une enfance fraîche
Scinques mes doigts de vieux nopal
En astre noué péril à mes nombrils
Vieux nopal
Mal couronné par mes rêves de faux adulte
Sans chemin
Le simoun ne daigne pas réviser ma haine
Pour qui je parle de transmutations en transes
Pour qui j'érige un tonnerre dans le mur gris du petit jour

 

La roue du ciel et les pucelles à bon marché
Par les barreaux fétides de la cage de ma gorge
Par ma voix de marécage endossant subrepticement
Une histoire d'anse perlière
Par le lait amer des pérégrinations

 

Je vous crève famines de pygmée
Dans un rythme où les mains se taisent
Je vous écrabouille
Hommes-sommeils-silos-roides
Vous dégueulez nos dents blanches salissant
La vaisselle onéreuse de par mes sangs sacrés
Du midi exigu d'où fuse mon tertre populeux

 

Terre sous ma langue
Terre
Comme la logique du paysan
Silence sciant les têtes de lunes tombant
Dans mes caresses de serpent
Je mors à même les lèvres noires du douanier
Giclé d'un hors bâtard de seps corruptible
Reste ami quand même
Canaille de tous temps
De tes serrements d'algue vétuste
De tes normes
De tes soldes de nom ayant gardé
Un éclat du pur cristal des noms
de ces bouges

 

De tes vingt jambes
De ton humidité
Sors comme une aile

 

 

À partir de 1960, après l’enthousiasme de l’indépendance, l’expérience exceptionnelle du Toumliline, l’effervescence théâtrale portée par les maisons de la jeunesse, la société marocaine plonge dans le malaise culturel. La pensée critique se criminalise. Après la révolte lycéenne de 22-23 mars 1965, que nous avons initiée dans une classe d’excellence au lycée Moulay Abdellah de Casablanca, dont s’occulte notre paternité, la revue Souffles se constitue comme une fabrique autonome. Abdelatif Laâbi en est la cheville ouvrière. Mohammed Khaïr-Eddine et Mostafa Nissabouri en sont les plumes guerrières. Des poètes et des artistes bricolent leurs propres outils de communication pour sortir de l’anonymat. Ils mutualisent leurs faibles moyens. Ils pratiquent l’insubordination collective, l’insolence constructive, l’interactivité créative. Le Premier poème avec ses audaces, ses provocations, ses maladresses, vaut toutes les productions suivantes.

 

L’année de la rupture est, sans conteste, 1964. La parution du manifeste Poésie Toute, de Mohammed Khaïr-Eddine et Mostafa Nissabouri, un bulletin de huit pages. Suivent en 1965, à l’initiative de Mostafa Nissabouri, deux cahiers de seize pages, plutôt deux carnets, intitulés Eaux Vives, sans images, avec des poèmes, en cent exemplaires. Ils sont restés gravés dans ma mémoire. Je me les étais procurées à la Librairie des Ecoles de Casablanca.

 

Comment ne pas penser à Abdallah Stouky (1946-2022) ? Abdallah Stouky, journaliste efficace, éditeur perspicace, penseur visionnaire, pédagogue sémillant, membre du comité de rédaction de Souffles. En 2016, Abdallah Stouky, cloué dans un lit d’hôpital, témoigne sur l’éradication de Souffles : « Je voyais bien que Souffles vivait ses derniers trimestres, qu’il changeait de nature, de ligne, de sensibilité. On me confiait, sous le sceau du secret, avec des airs empruntés, que Souffles se faisait hara-kiri. La responsabilité du coup de barre revenait à Abraham Serfaty, présenté comme un marxiste extrémiste en rupture de banc, activiste déraisonnable, agitateur dangereux. Il aurait subjugué Abdellatif Laâbi en le métamorphosant en instrument de gauchisation. On connaît la lourdeur cruelle des sentences. Aux yeux de la justice marocaine de ces temps exécrables, c’était le prix à payer pour déviation idéologique. La collection complète de Souffles fut arborée comme preuve à charge. On a cadenassé nombre de militants d’Ila Al Amam et du mouvement du 23 Mars, que l’on savait inoffensifs, pour la plupart dérisoires jobards et jocrisses dépassés par les événements. Le poète-cinéaste Ahmed Bouanani, corédacteur de Souffles, résumait nos espérances : « Nous avons d’abord bâti dans le sable / Le vent a emporté le sable / Nous avons bâti dans le roc / La foudre a brisé le roc / Il faut maintenant qu’on pense sérieusement / À bâtir à partir de l’être humain ». La revue Souffles, unique et singulière, essentiellement irriguée par les ressources fertilisantes de la langue, aura finalement été « une cabine de commande de l’imagination créatrice », un météore fécondateur, sans postérité » (Abdallah Stouky).

 

Abdallah Stouky, fin analyste des permanences vivantes de la culture populaire, n’a cessé d’en révéler les richesses créatives, singulières, ingénieuses, judicieuses, que l’ethnologie coloniale classait dédaigneusement  dans le folklorisme. Je retiens un exemple parmi mille, la halka, étymologiquement cercle, théâtre à ciel ouvert, accessible au tout venant. Dans la société marocaine, légendairement hospitalière, réputation démesurée par les temps qui courent, la culture ne se marchande pas. « Certains considèrent toujours la halka comme un spectacle mineur. Et pourtant, c’est un théâtre authentiquement marocain. Jusqu’à quand s’obstinera-t-on à n’appeler théâtre que les dramaturgies occidentales. Les acteurs improvisent avec beaucoup d’inventivité. La troupe, composée de quelques personnes, entre quatre et sept, se passe de décor factice. Les costumes et les accessoires font fi de toute vraisemblance. Les rôles féminins sont tenus par hommes affublés de robes.  Les musiques et les bruitages s’improvisent. Des comédiens, virtuoses dans les rôles de bouffons, de pitres, tel Bak’Chich à Marrakech, acquièrent une renommée au-delà des limites régionales. Dans la halka, les comédiens utilisent des procédés plus efficaces que la rupture pure et simple de l’action. Des spectateurs peuvent s’intégrer au spectacle » (Abdellah Stouky, Où va le théâtre marocain, revue Souffles, numéro 3, 1966)

 

​​​​​© Crédit photo : Mustapha Saha, « Abdallah Stouky » portrait, peinture sur toile, dimensions 65 x 50 cm.

 

Le Living-théâtre américain s’est inspiré de la halka, de la transe gnaoua. Essaouira, Tanger, base arrière de la Beat Generation, étaient les destinations favorites de ses fondateurs. J’ai eu le bonheur, avec Georges Lapassade, de les accompagner au Festival d’Avignon en 1968, où leur intervention tonitruante a secoué les institutions établies. Julian Beck, sachant que j’étais marocain, me parlait sans cesse des vertus curatrices, inspiratrices, purificatrices du kif. Paradise Now, Le Paradis ici et maintenant, préconisait cette année-là, la suppression de l’argent, des frontières, des cartes d’identité, des passeports, la consommation libre de la marijuana. Les procès outre-Atlantique de Julian Beck et de Judith Malina en ont fait des héros de la désobéissance civile, dans la tradition philosophique, écologiste, anarchiste américaine  d’Henry David Thoreau (1817-1862).

Je revoyais épisodiquement Abdellah Stouky quand il passait par  Paris. La tentation de s’y installer définitivement l’a un certain temps taraudé. Nous avons repris contact téléphonique jusqu’à ses derniers jours. On me rapporte que sa bibliothèque, patiemment, passionnément constituée, a été dispersée, honteusement brocantée, mise à l’encan. Il nous arrivait de chiner chez les bouquinistes le long de la Seine. Il me disait que sa bibliothèque était son bien providentiel. Que fait la Bibliothèque Nationale, que font les Archives du Maroc, si cette vigilance leur échappe ? 

La revue Souffles, est en soi une révolution culturelle. Elle se libère résolument du complexe d’infériorité inoculé par le colonialisme. Elle considère la langue française comme un patrimoine humain, et non un butin de guerre comme l’a suggéré agressivement, Kateb Yacine. Souffles,  réaction vitale contre l’étouffement, introduit  une nouvelle esthétique diversitaire. Jeudi, 27 janvier 1972, la police marocaine exécute à l’aube un coup de filet sur tout le territoire. Des poètes, des artistes, des enseignants, des étudiants sont raflés. Abraham Serfaty et Abdellatif Laâbi figurent en tête des cibles. Abdellatif Laâbi est torturé, condamné à dix ans de prison. Abraham Serfaty passe à la clandestinité pendant deux ans. Il est finalement arrêté, supplicié, incarcéré pendant dix-sept ans. Les intellectuels sont laminés. Les campagnes d’alphabétisation sont bloquées. Les études de philosophie, d’anthropologie, de sociologie sont prohibées. Demeurent les érudits traditionnels, les technocrates opérationnels, les folliculaires conventionnels. 

 

Je revisite le premier numéro de Souffles. Euphorie contestataire des années soixante. Beaucoup de rides. De belles rides de vieillesse. Les contributions de Mohammed Khair-Eddine sont toujours aussi vives. Il écrit à Mostafa Nissabouri. Digest : « Nous sommes des aigles ou non ? Je crève d’asphyxie. Je souffre de vivre dans ces bas-fonds avec une meute de chacals, dévoreurs des vieilles brebis du seigneur. Leurs problèmes ? L’argent, la bouse, le chiendent, le froid. Ce choc me fait entrevoir le vrai gouffre. Je reprends mon travail. Je projette un récit complexe, où délire et poésie se confondent. J’ai du phosphate. Aux consciences de s’ouvrir aux vices en effritement. Je suis quasiment sacrifié, par saccades. Mon désarroi ne se voit pas. C’est une poignée de baroud prête à sauter. Nous devons nous imposer. Nous dénoncerons les canibalisateurs du peuple. Nous attirerons l’attention des siphonneux, des calamiteux, des crocodiles, des victimes, des apprentis-sorciers, des hypnotisés. Ceux, parmi nous, qui se réclament de l’avant-garde se leurrent. L’avant-garde est africaine » (Mohammed Khair-Eddine).

En Mai 2024, Mostafa Nissabouri autoédite La Variable poétique en premier. Une amie me l’envoie. Se tamise l’essentiel, la nature et l’écriture. « On se réveille un matin avec l’intention d’interrompre les visites, quelques fleurs à la main, aux phrases convalescentes » (L’Épître de l’île déserte). Il faut permettre aux phrases, délivrées des emprises phallocratiques, leurs métamorphoses ascensionnelles, leur reconversion en étoiles éternelles. Quête du poème cosmique, sans ancrage, sans amarrage. S’émerveiller des splendeurs minérales, végétales. S’immerger dans l’immensité océane. S’abstraire dans la nitescence sidérale. Heureux celui qui a, pour unique vêture, l’habit de poète.

 

© Mustapha Saha

 

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Pour citer ce témoignage illustré & inédit

 

Mustapha Saha (texte & peintures), « Mostafa Nissabouri. Le premier poème », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I « Inspiratrices réelles & fictives », 1er Volet, mis en ligne le 10 mars 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/noi2025/ms-mostafanissabouri

 

 

 

Mise en page par David

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13 décembre 2024 5 13 /12 /décembre /2024 16:53

N° IV | AUTOMNE 2024 | NUMÉRO SPÉCIAL 2024 | Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) | 1er Volet | Florilège des poèmes primés au Concours féministe de « Poèmes engagés & féministes pour le 25 novembre 2024 » & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Créations poétiques

 

 

 

 

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Femme, debout

 

 

 

 

Poème primé 2024 de

 

Nabila Haouche

 

Poétesse Algérienne, licenciée en langue francaise,

enseignante au secondaire en Algérie

 

 

 

 

Crédit photo : Mary Cassatt, « Lilas à la fenêtre », nature morte, peinture tombée dans la domaine public.

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À  toutes ces filles dans les rues

À  celles qui mendient l’espoir

 La vie

À  toi sœur

 À toi mère

 À toi l’amie

Je reste debout

À  toi  ouvrière dans un champ

À  toi devenue soldat dans un camp

À  toi  femme

 À  toi  l’enfant

Je reste debout

À  toutes ces larmes glacées

À  tous ses seins asséchés

À  toutes ces fleurs arrachées

Je reste debout

À  toi violée par tous les temps

À  toi vendue dans un camion

À  toi vendue par tes parents 

Je reste debout

À  toutes ces libertés bafouées

À  tous ces espoirs refoulés

À  tous ces corps mutilés

           Debout, debout 

 

 

© NABILA HAOUCHE, ALGER, Algérie. Novembre 2024.

 

___________

 

Pour citer ce poème féministe, inédit & engagé pour l'égalité des sexes & l'élimination des violences faites aux femmes 

 

Nabila Haouche, « Femme, debout », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2024 NUMÉRO SPÉCIAL | NO IV | « Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) », 1er Volet, & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 13 décembre 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/noiv/nh-femmedebout

 

 

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