Hanen Allouch,« Sfax, unique et plurielle », peinture de l'artiste Imen Aloulou,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°13 | PRINTEMPS 2023 « (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices », Revue Orientales, « Voyageuses & leurs voyages réels ou fictifs », n°2, mis en ligne le 2 mars 2023. URL :
Marielle ANSELMO est enseignante, critique et poète. Elle vit à Paris.
Elle a grandi en Tunisie, dans une famille d'ascendances italiennes, avant de poursuivre des études de lettres en France, à Aix-en-Provence puis à l'Université de Paris 8. Professeure agrégée de lettres modernes, elle enseigne actuellement le français à l’INALCO (Institut National des Langues Orientales) à Paris. Par ses activités critiques, elle a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Ses articles portent sur Marcel Proust, Hélène Cixous, Dominique Fourcade, Etel Adnan, Kenzaburô Ôé, Édouard Glissant, etc.
En poésie, elle est l'auteur du livre-poème Une nuit (éditions Les Arêtes, 2007), de plusieurs livres d’artistes avec Colette Deblé et Pierre Zanzucchi, ainsi que de deux recueils : Jardins (Éditions Tarabuste, 2009) et Vers la mer (Editions Unicité, 2022). Ses poèmes ont été traduits en anglais, grec, arabe, vietnamien et japonais. Elle en a donné une cinquantaine de lectures publiques en France, en Tunisie, en Suisse, au Japon, seule ou accompagnée d'autres artistes.
– Le samedi 11 février à 19h30, à l’Officine, Paris Ménilmontant,
– Le mardi 21 février à 19h00 à Ivy Writers (Lectures bilingues), Delaville Café, Paris 10ème,
– Le mardi 14 mars à 19h00 à la Librairie des Femmes, 35 rue Jacob, avec la comédienne Dominique Reymond,
– Le samedi 18 mars à 16h00 à Matreselva, Paris 15ème,
– Le samedi 21 avril au Kibele, Paris 10ème, avec le Parlement des écrivaines francophones.
Entrevue
H.M – Comment êtes-vous venue à l’écriture, Marielle Anselmo ?
M.A – Je crois que je suis venue à l’écriture dès lors que j’ai appris à écrire, que s’est ouvert l’univers magique des lettres.
Je me souviens d’un premier poème écrit, enfant, dans un dialogue (très silencieux) avec ma mère. Il s’intitulaitainsi Le silence de la mer - titre empruntant tant au récit de Vercors qu’à l’univers de Cousteau. Deux formes de résistance, deux manières de désobéissance à un certain ordre terrestre.
Je réalise, en notant ceci, que je n’ai jamais quitté cette scène : j’écris toujours depuis le même lieu, depuis le bord de mer.
H.M – D’où vient ce décalage entre vos deux recueils ?
M.A – Après la parution de mon premier recueil, Jardins (Tarabuste, 2009), il m’a fallu en effet beaucoup de temps pour écrire le deuxième, Vers la mer. Il était pourtant déjà en germe au moment de la publication du premier. Cela tient à plusieurs choses : au contenu du livre (parfois douloureux, brûlant), à la manière même de mon écriture (un fort travail de condensation s'inscrivant dans la durée) et à des événements extérieurs qui en ont influencé l’écriture. En effet ce recueil, tout en reprenant des éléments de mon rapport au paysage méditerranéen (à la Grèce en particulier, qui est comme un déplacement de mon rapport à la Tunisie, pays d’enfance), se fait essentiellement l’écho d’un séjour de deux ans au Japon. Or, en 2011, alors que le recueil était en cours d’écriture, se produisent en même temps plusieurs cataclysmes, géopolitiques ou naturels, qui viennent toucher les pays que j’aime, auxquels je me sens liée : la révolution tunisienne (suivie des Printemps arabes), la crise économique européenne qui affecte lourdement (sinon tragiquement) la Grèce et enfin le désastre (naturel et nucléaire) de Fukushima. Il m’était impossible de continuer à écrire sur le Japon alors que les paysages qui m’habitaient, que je tentais de décrire, de saisir en quelques mots, de rendre vivants, étaient dévastés, menacés de destruction, et que ceux que j’aimais là-bas étaient eux-mêmes menacés. Cela a littéralement arrêté l’écriture du recueil, m’a rendue mutique.
H.M – Est-ce que « Vers la mer », le recueil que vous venez de publier aux Éditions Unicité, qui vous a donné envie d’un retour aux sources et aux origines ?
M.A – Non, au contraire, Vers la mer est le récit d’un éloignement, d’un départ, ou mieux de sa tentative. Mais, comme je l’indiquais au début, il garde aussi la trace du paysage premier, méditerranéen.
H.M – L’impression qu’il y a comme un cheminement intérieur d’un recueil à l’autre vous semble-t-elle juste ?
M.A – Oui, il y a un cheminement : un cheminement le long de la mer - de la Mer Méditerranée à la Mer du Japon. Il y a aussi un fil intérieur, qui se poursuit d’un recueil à l’autre, moins perceptible peut-être, qui est celui du deuil.
H.M – Pourquoi tant de tristesse dans votre poésie ?
M.A – Dans la tradition occidentale, (c’est-à-dire grecque), la figure première du poète est celle d’Orphée, et elle est profondément liée au deuil : Orphée, celui qui chante et charme jusqu’aux arbres et aux animaux, a perdu deux fois celle qui l’aime, Eurydice. Il a été autorisé par les dieux à aller la chercher aux Enfers, à traverser vivant le royaume des morts - et à en revenir (mais il en revient seul). C’est depuis cette traversée que s’écrit le poème.
Il y a dans cette tradition une deuxième figure fondatrice, moins mythologique : celle de Sappho, celle que Platon surnomma « la Dixième Muse ». Le premier poète lyrique est une femme, une poétesse. Elle est celle qui chante le désir. Disons que dans ce recueil j’essaie de tisser ensemble ces deux fils : deuil et désir.
Il n’y a donc pas seulement de la tristesse dans ce livre. Il y a aussi beaucoup de joie : la joie de passer les frontières, d’aller « dans l’inconnu », à la rencontre d’une altérité radicale, la joie de « l’aventure », au sens médiéval, des rencontres faites en chemin… Quelle plus grande joie ?
H.M – Comment va la poésie d’aujourd’hui ?
M.A – Elle va très bien. Elle est la part la plus infime, la plus invisible du marché éditorial, mais sans doute aussi la plus vivante. Soutenue par des éditrices et éditeurs courageux, elle est le lieu d’une production incessante, s’exprimant à travers toutes ses formes (orales ou écrites) et courants. Et les poétesses sont plus nombreuses et vivantes que jamais. Elles investissent la scène, la voix, renouvellent la performance poétique en lui donnant une tonalité, une inflexion propre. Je pense (pour n’en citer que quelques-unes) à Edith Azam, Hélène Sanguinetti, Jennifer K. Dick, Constance Chlore, Laure Gauthier, Anna Serra… Chacune invente une scansion particulière.
H. M – La mer demeure-t-elle un espace d’accueil ou d’exil privilégié ?
M.A – Elle est les deux : accueil et exil, tombe et berceau.
Lieu de culture, d’échanges, elle défend et permet la traversée, et en cela reste un trait-d’union.
Pour citer cet entretien poétique inédit
Hanen Marouani,« Entretien avec la poétesse Marielle Anselmo », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°13 | PRINTEMPS 2023 « (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices », mis en ligne le 22 février 2023. URL :
« C’est quand on a plus d’espoir qu’il ne faut désespérer de rien. » Sénèque
L’espoir fait vivre, donc quand ça va mal autour de soi, il faut trouver coûte que coûte une raison de vivre en se persuadant que « Tout ira bien » : c’est ce que Hanen Marouani nous enseigne dans son recueil de poèmes ainsi intitulé. Quelle belle note d’espoir d’optimisme ! Comme dit Georges Bernanos : «La plus haute forme de l'espérance, c'est le désespoir surmonté. »
Selon Hanen Marouani :
« Les espoirs des enfants qui s’éveillent sans bruit
Et tout nous en transforme en gouttelettes de rosée
En une mélodie perdue quand ses notes font battre toute peur »
Ne pas prêter le flanc au désespoir, avoir le flair, car prévenir vaut mieux que guérir.
Il faut savoir anticiper :
« Sentir l’arrivée de la pluie à l’avance
Ne pas se contenter d’être mouillé sous ses intensités »
On s’accroche à la vie en ce recentrant sur l’essentiel, en tâchant de renouer avec son intériorité. Cela dit, il faut composer chaque jour avec le temps long dans « un monde enrepli ».
Peindre en rêvant et rêver en peignant : la simultanéité des actions s’avère une échappatoire, on se laisse aller ; à chacun sa technique de survie :
« Sur un navire sans voile ignorant la destination vers son demain
Je rêve et je rêve… et je peins »
Mais « Un rêve égaré dans les vagues et les marées » c’est un rêve évanescent qui n’est que chimère car « Tout est éphémère, tout est chimère », nous révèle la poète.
Alors il faut trouver une solution de rechange : il faut lâcher prise :
« Sur une bicyclette, je suis le sens
Je ne pense à rien mais je danse »
*
« Le silence est d’or tout le reste n’est que faiblesse », nous apprend Pascal.
Et pour cause :
« Les silences remplacent les mots, là où il faut faire face au vrai » renchérit Hanen Maouani.
Il est des circonstances qui n’existent que pour nous amener à une prise de conscience, alors il n’est que de puiser dans ses ressources intrinsèques pour y faire face.
Il faut dire la vie dans ses travers, évoquer les femmes oubliées, emmurées dans le silence :
« Derrière les portraits, il y a des vies endormies
Derrière chacun, il y a des portraits bien soumis,
Derrière chaque portrait, il y a une femme qui sourit »
*
« L’homme est un apprenti, la douleur est son maître,
Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. » Musset
Il ne faut pas rester passif mais se coltiner aux difficultés de la vie.
À un moment où l’incertitude et le vide gagnent du terrain, où les rues se vident, la poète rêve sa vie, verse dans la régression :
« courir … c’est mon rêve d’enfant qui me vient souvent et
qui m’accompagne
au fond (…) »
« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Pascal
En fin de compte, Hanen Maouani a fini par trouver « les secret des cœurs » auxquels elle a eu recours pour des moments de plaisir partagé en duo.
Maggy De Coster,« Hanen Marouani, « Tout ira bien », Le Lys bleu, 2021, 116 pages, 12€ », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°13 | PRINTEMPS 2023 « (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices », Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels ou fictifs », n°2, volume 1, mis en ligne le 15 février 2023. URL :
Nicole BARRIÈRE est poète, essayiste, traductrice et dirige la collection « Accent tonique » aux éditions l’Harmattan. Elle s’est engagée notamment pour la liberté des femmes en Afghanistan, et au Kurdistan d’Irak.
Elle défend la francophonie, les langues et les cultures menacées. Elle organise et participe de multiples lectures dans les associations ainsi que dans des manifestations internationales (Italie, Mexique, Sénégal, Algérie, Maroc, Argentine, Kosovo, Albanie, Bulgarie, Islande)
***
Pour citer ce poème féministe, engagé & inédit
Nicole Barrière,« Courage »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poéféministes | Festival des Poésies Féministes 2023 | « Chevelures & autres poèmes féministes », recueil collectif papier à paraître en 2023 aux éditions PAN DES MUSES DE LA SIÉFÉGP 2023 & Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels ou fictifs », n°2, volume 1, mis en ligne le 21 février 2023. URL :
« Les poètes ne sont pas utiles mais indispensables. » Emil Cioran
Bien évidemment ils sont indispensables dans la mesure où ils sont les témoins de leur temps et ont recours à la poésie qui est le genre le mieux adapté à l’expression des sentiments humains les plus vifs et les plus profonds.
C’est sans doute ce que le poète franco-roumain Radu Bata a compris en réunissant dans une anthologie les poèmes de 77 poètes roumains des deux sexes.
« Sachez-le, – c’est le cœur qui parle et qui soupire– Lorsque la main écrit. » Alfred de Musset
À chaque peuple son blues.
C’est la trame de la vie des Roumains qui, au fil des jours, se lit à travers leurs poèmes. La vie dans sa complexité et ses tragédies :
« Je me demande souvent
quelle fatigue tue les suicidaires
pendant que les animaux luttent
pour chaque particule d’air »
Le blues c’est la chanson de celle qui chante, les yeux embués de tristesse par empathie pour celui qui meurt de froid, esseulé et reclus dans sa maison :
« Ce matin, on dit qu’un homme âgé
est mort de froid dans sa maison.
Encore un.
Même diagnostic : hypothermie.
Et combien de degrés y a-t-il dans une maison
quand dehors il fait – 20 ?
Et combien de degrés on ressent
quand on vit seul et sans ressources ? »
C’est aussi la convocation d’éros :
« J’aimerais habiter au moins une fois
au milieu de l’éros universel »
Les phantasmes ne manquent pas comme par exemple :
« S’écraser les seins dans les bras des SDF »
Le blues roumain :
« C’est l’amour entre les plis des jours
Qui ne tournent pas rond »
Le blues roumain semble ne pas se départir de l’ontologie en versant dans le questionnement sur la raison d’être de l’humain y compris l’ordre naturel des choses :
« La naissance est le produit
d’une erreur mathématique »
Comment rester impassible aux blessures invisibles, celles de l’âme ? :
« mais que fait-on des tout petits et des catastrophe personnelles
des guerres de cuisine quand on baisse la voix
pour que l’enfant n’entende pas ?
que fait-on des héros secondaires qui ne montrent jamais
leurs blessures secondaires
héros secondaires tués par des blessures secondaires »
C’était l’époque de la dictature où « tous les sages se faisaient passer pour des fous »
Impossible de comprendre ceux qui ont oublié de regarder dans le rétroviseur et s’aventurent à glorifier les bourreaux de l’Histoire :
« Ils ont même léché les mains des bourreaux
comme si de rien n’était
les mêmes bourreaux qui ont condamné leur corps
à la nuit
emprisonné leurs jours dans une cage
transpercé leurs enfants »
Triste constat que ce qui suit :
« nous avons tous du sang sur les mains et les joues
des blessures, cicatrices et douleurs
dont il vaut mieux ne pas en parler »
C’est une anthologie avec des poètes pleins de générosité, gage d’une humanité à demeure.
Maggy De Coster,« Radu Bata (éd.), Le Blues Roumain, Anthologie implausible de poésies, Éditions Unicité, 2022, vol. 3, 208 pages, 15€ », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre »mis en ligne le 18 février 2023. URL :
Bienvenue à la directrice de publication du site Simone Durand (elle collabore et remplace en ligne la directrice-fondatrice de la presse de la SIEFEGP à partir de septembre 2026).
LPPDM, SEPTEMBRE 2026
La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).
L’association SIÉFÉGP publiera en 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.
SIÉFÉGP, JUIN 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.
N° III AUTOMNE 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Bémols artistiques | Critique & réception / Chroniques de Camillæ Sur la route des Princes voyageurs, de 1446 à 1560. Exposition au château d’Amboise, été 2026 Critique & photographies...
Biographie & publication disponibles numériquement Jesús Rafael MARCANO GUZMÁN Écrivain, poète & orientaliste vénézuélien, pratiquant le Xiulian
Lien biographique complémentaire en espagnol du poète.
Lin Xianhe 林仙鹤, également connu sous le nom de « Samouraï...
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N° III ÉTÉ 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception Irène Shraer, « Vertige du réel », nouvelles aux éditions Unicité, 2026, 141 p. 14€ Article par Maggy de Coster Site personnel Le Manoir Des Poètes
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