16 février 2023 4 16 /02 /février /2023 15:35

N°13 | (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices | Dossier majeur | Florilège | Littérature & poésie pour la jeunesse 

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Portrait de larmes

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Dina Sahyouni

 

 

 

 

 

Crédit photo : Tableau du peintre Harlamov représentant un portrait d'une petite fille russe triste, capture d'écran via Commons.

 

 

Il est des larmes dorées et des larmes translucides, des larmes bleues et des larmes en feu.

Il est des larmes conteuses, savoureuses et des larmes amères au poids des haltères.

 

Les larmes ont les couleurs, prennent les saveurs, des êtres qui pleurent…

 

J'ai vu.. j'ai vu l'or des souvenirs couler de ses yeux d'orpheline aux Philippines.

 

 

© Dina Sahyouni, février 2023.

 

 

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Pour citer ce portrait poétique inédit​​​​​

 

Dina Sahyouni, « Portrait de larmes »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°13 | PRINTEMPS 2023 « (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices », mis en ligne le 16 février 2023. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no13/ds-portraitdelarmes

 

 

 

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15 février 2023 3 15 /02 /février /2023 16:30

N°13 | (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices | Critique & réception  & REVUE ORIENTALES (O) | N°2-1 | Critiques poétiques & artistiques & [Nouvelle rubrique]

 

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Imèn Moussa

 

Il fallait bien une racine ailleurs,

 

Éditions l’Harmattan, 2020, 144 pages, 15€

 

 

 

 

 

 


 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de la poète Imèn Moussa, Il fallait bien une racine ailleurs, Éditions l’Harmattan, 2022.

 

 

 


 

Dans un style poétique savoureux, la poète supplie sa mère d’adresser une requête à [son] Dieu afin qu’Il transforme son être qu’elle ne trouve pas trop à son goût. 

D’entrée de jeu, elle déclare : 

 

« Maman,

Demande à ton Dieu de me recustomiser sans trop de grains

 cette fois,

Je veux être comme toutes celles… »

« Pour que je ne me laisse jamais apprivoiser par le diable ni par l’ange trop parfait »

 

N’est-ce pas Pascal qui dans « Les Pensées » énonce que « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut qui veut faire l’ange fait la bête. »   

 

« En chacun de nous il y a cette bête en sang », avoue la poète qui se refuse à être parfaite mais veut trouver le juste milieu, car elle est celle qui évite de tomber dans l’excès en usant de la mesure. 

Ne pas céder non plus aux menaces mais y échapper :

 

« Sans grain de malice sous mon oreiller,

Pour que je dise non aux menaces qui font trembler mes jours d’après. »

 

Elle a appris aussi à « domestiquer les mots » pour les utiliser comme un outil cathartique. Ainsi, en mettant des mots sur ses maux, elle évacue sa douleur de femme assoiffée de liberté.

 

« Les mots nous recousent

Il faut tenter cent vies pour trouver la bonne

Moi j’ai pris le risque du mot »

Ou encore :

« Nous avons pris le chemin des mots muets.

On regarde parfois en arrière pour voir dans chaque naufrage l’éclosion 

de nos imperfections »

 

« Tout passe et rien ne demeure », nous enseigne Héraclite. Elle sait bien jongler avec les circonstances de la vie en se métamorphosant en séquoia cet arbre à large carrure pour mieux laisser glisser les épreuves et puis en papillon, cet être aérien, symbole de liberté, qui butine de fleur en fleur sans se laisser agripper ou attraper : 

 

« J’étais un séquoia pendant soixante-dix ans

Je me suis transformée en papillon pour ne vivre qu’un jour

dans le vent »

Et pour cause on convient avec elle que « rien n’est plus difficile que la liberté. »

 

Selon Churchill : « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. »

Et la poète de faire état de la persistance de la mémoire en arguant que :

 

 « Toute chose s’arrête sauf la mémoire. » 

Pour elle, la mémoire est têtue, elle résiste à tous les coups. Elle ne se laisse guère anéantir par l’oubli.


 

Une maison a un statut existentiel. Comme lieu de vie, elle renferme le vécu de ses occupants. Qu’on se rappelle ces vers de Lamartine : « Objets inanimés, avez-vous une âme / Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »

Et Imèn Moussa d’avancer :

 

« Il n’existe pas une maison dont les murs ne soient rongés

par le regret. »

 

Sans conteste, « Ça  respire une maison. » donc « Ça vit une maison. » 

 

Femme-univers, elle s’ouvre à toutes les cultures, liberté est sa mère :

 

« Jah bat le tambour d’une prophétie

L’Éthiopie ma maison désirée,

Vivre et mourir

Vivre et mourir, sur la terre des appelés,

Jah est rentré. »

 

Quand les postures, les vues et la foi divergent des coups pleuvent sans cesse sur son corps de femme : 

 

« Je ne t’ai pas quitté par manque d’amour mon amour

Mais lorsque tes coups commencèrent à pleuvoir sur moi

J’ai compris que ta foi n’était plus ma foi »

 

Ce recueil de poèmes retrace aussi le pâle quotidien des désenchantés d’ici et d’ailleurs. Ceux qui, n’entrant pas dans la bonne case sociale, sont sans perspective d’avenir. Ils ne font que tourner en rond. Et là-bas, même les diplômés ne sont pas épargnés par l’oisiveté :

 

« De ses études de lettres arabes, il ne lui restera que les vers d’un jeune poète :

Si le peuple veut un jour la vie… »

 

Quant à la femme, elle est une quantité négligeable, absente des statistiques. Selon la poète :

 

« Parce que femme, elle : « Tôt ou tard, la maison de son mari la sauvera. »

 

Elle a l’amour du pays chevillé au corps car elle rêve encore du bleu de ses eaux.  Nostalgique elle, évoque les odeurs, les saveurs qui lui manquent, cependant elle ne saurait déroger au droit de vivre libre, ce droit inhérent à tout être humain. Aussi a-t-elle fait le choix de partir et se départir de ses racines sans les oublier pour autant.

Donc « Il fallait bien une racine ailleurs ». 

 

 

© Maggy DE COSTER

 

 

© Crédit photo : Quatrième de couverture avec un portrait photographique de la poète Imèn Moussa, Il fallait bien une racine ailleurs, Éditions l’Harmattan, 2022.

 

 

 

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Pour citer ce texte inédit​​​​​​

 

Maggy De Coster, « Imèn Moussa, Il fallait bien une racine ailleurs, Éditions l’Harmattan, 2020, 144 pages, 15€ »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°13 | PRINTEMPS 2023 « (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices », Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels ou fictifs », n°2, volume 1, mis en ligne le 15 février 2023. URL :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/no13/orientales/no2/mdc-racineailleurs

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES ET ORIENTALES - dans Numéro 13 O-no2 Amour en poésie Poésie engagée Muses et féminins en poésie
9 février 2023 4 09 /02 /février /2023 14:25

N°2 | REVUE ORIENTALES (O) | Lectures & Lectrices [Nouvelle rubrique]

 

 

 

 

 

 

 

 « Phronésis » de Rachida Belkacem,

 

un livre de méditation

 

 

 

 

 

 

Témoignage & photographies par

 

Arwa Ben Dhia

 

Poétesse, auteure, ingénieure, docteure en électronique

 

 

 

© ​Crédit photo : Première de couverture illustrée de l'ouvrage « Phronésis » de Rachida Belkacem, Mindset éditions, 2021.

 

 

« Des réflexions poétiques en prose pour un cheminement vers soi »

 

 

 

 

Le recueil poétique en prose « Phronésis », de Rachida Belkacem, publié chez Mindset éditions en 2021 est un cadeau de Noël que je me suis acheté en décembre 2022 (oui, j’aime me faire plaisir aux fêtes de fin d’année !), et quel meilleur cadeau pour la bibliophile doublée de la poétesse que je suis ? « Phronésis » s’est avéré être un cadeau du Ciel et une bénédiction de la Providence pour une immersion dans les eaux abyssales de mon être. 

Au début, ce qui m’a interpellée le plus était le titre : « Phronésis », un terme grec très rare et peu connu. La phronésis, « réflexion » en français, est l'acte propre de l'âme : la pensée, et l'exercice qui la constitue et la conditionne à atteindre la sagesse, la σωφροσύνη. Dans d'autres dialogues, Platon écrit que Socrate affirmait qu'avoir la phronésis signifiait être vertueux1.

Ce qui a aussi ravivé ma curiosité était la photo de couverture : une sublime illustration abstraite présentée à la manière d’un triptyque plan, réalisée par Ilham Laraki Omari.

 

 

Un bouquet de poèmes illustrés

 

L’ouvrage comprend des poèmes relativement courts mais poétiquement intenses, dont chacun est illustré par un magnifique dessin abstrait d’Ilham laraki Omari.

Le recueil invite au recueillement et au voyage à l’intérieur de soi pour être en pleine conscience du monde extérieur et d’en savourer chaque bribe, chaque instant.

J’ai pris mon temps pour lire lentement chaque poème, et le relire, afin de m’imbiber des mots de Rachida et mieux en saisir le sens.

C’est un recueil de sagesse et de philosophie où la nature et les sentiments sont très présents. On y parle d’« exploration de l’intime », d’« identités », d’« hymne au soleil », de « fragments de soi », de « rêves bruyants », de « beauté des blessures », et de « promesse du chaos », entre autres thèmes qui font rêver et incitent à la phronésis.

Les figures de style employées sont à la fois légères et élégantes. La plupart des vers sont un concentré de sagesse et de clairvoyance, tels des aphorismes, comme les vers suivants extraits du poème « Les solitudes solidaires » :

 

« Tout sourire est l’épicentre d’un paradis,

Être à la merci d’un sourire, c’est l’humanité ».

 

 

Quant aux dessins, ils sont tellement beaux qu’il m’est souvent arrivé de les toucher afin d’associer le plaisir visuel au plaisir tactile de mes doigts caressant le papier, mais aussi pour me prouver que j’existais face à cette beauté et que ce n’était pas un songe que j’étais en train de vivre…  

Les images mentales créées par les métaphores et les images picturales nous emmènent pour une odyssée poétique où les pays n’ont pas de frontières et la culture est universelle.

Ce livre, avec ses poèmes et ses illustrations, est tout simplement un musée, une prière, une lumière, un Mandala à chérir et contempler pour se recentrer sur soi et revenir à l’essentiel. Il est à lui seul une boussole sacrée pouvant nous servir de guide spirituel quand on se perd…

 

© ​Crédit photo : UnPremière de Un extrait illustré de « Phronésis » de Rachida Belkacem.

 

 

 

 

Pour vous donner encore envie de le lire, voici une triade de mes poèmes préférés  !

Il m’est très difficile de n’en choisir que trois, mais si je devais choisir une triade de poèmes favoris, je dirais que ceux qui m’ont touchée le plus sont : 

 

« CONFIDENCES AUX POÈMES », (p.79), un hommage à la poésie :

 

« La poésie qui vit en moi est silencieuse.

Elle me raconte et me parle de ces éclats lumineux du monde surgissant de certains regards.

La poésie qui vit en moi est comme ces prières,

Ces sourires d’âmes immortelles de nos ancêtres,

Elle nous parle de beauté, nous permettant de sentir

l’âme du monde en nous projetant dans le réel,

La poésie est la voix de ce monde,

Les plus belles émotions sont celles que l’on imagine,

La poésie incarnant la beauté de ce monde,

Une manière de dire à la vie : je te vois encore plus belle, car je suis la vie. » 

 

« LE SILENCE », (p. 27) :

 

« Je regarde la place se remplir de monde,

Une multitude de corps, de silhouettes et de destins.

J’accumule les visages espérant mieux les comprendre.

Je me tais pour les entendre,

Il est impératif de prendre soin de nos silences,

Et de nos cris. »

 

« SONORITÉS INTÉRIEURES », (p. 21) :

 

« J’ai caché des fleurs dans tes silences,

Ton absence me murmure intensément : rien ne dure,

Tout continue d’exister,

Il suffit d’apprendre à voir,

Je me laisse envahir par les notes de ta voix,

Un murmure fragile, chargé de vérité,

Hypnotique et onirique,

J’y crois.

Je n’ai pas le choix,

Je te porte en moi,

J’ai caché des fleurs dans tous les silences,

Elles me parlent d’éternité dans l’éphémère.

Je n’ai pas le choix,

J’y crois.»

 

 

Il n’est point étonnant qu’une poésie aussi profonde, sensible et divine émane de la belle âme qu’est Rachida Belkacem, justement décorée des Hauts insignes de Divine Académie à Paris.  

Pour l’avoir dans vos bibliothèques, « Phronésis » peut être commandé dans les librairies françaises, sur le site officiel de la maison d’édition française Mindset Éditions et sur les sites : Amazon et La Fnac

 

Retour d’une lectrice poétesse

 

 

1. Source Wikipedia

 

 

© ​Crédit photo : La poétesse Arwa Ben Dhia lisant le recueil « Phronésis » de Rachida Belkacem, Mindset éditions, 2021.

 

 

Biographie : 

 

Arwa BEN DHIA est poétesse en différentes langues et auteure de plusieurs ouvrages. De formation ingénieure télécoms et docteure en électronique, elle exerce aujourd'hui le métier d'ingénieure brevets au sein d'un cabinet de Conseils en PI parisien.

 

 

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Pour citer ces photographies & texte inédits

 

Arwa Ben Dhia (texte & images), « "Phronésis" de Rachida Belkacem, un livre de méditation », Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2, volume 1, mis en ligne le 9 février 2023. URL : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/arwabendhia-phronesis

 

 

 

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30 janvier 2023 1 30 /01 /janvier /2023 18:49

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Dossier majeur | Florilège

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Chaconne

 

 

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Irina Moga

 

Site Web :

http://www.irinamoga.com/

 

 

 

​​​​Crédit photo : Paul Schad-Rossa,  "Irène Sanden-Greenberg dans Chaconne", peinture, domaine public, capture d'écran de Commons.

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I

 

Tempête de neige qui brouille notre entendement, son équilibre 

sans façade,

ses étendues sans musique,

 

silence –

 

limite de la visibilité

démantelée

par les flocons

qui glissent sur une corde

faite de soie et de mémoires.

 

Nous sommes engloutis par la

chaconne des miroirs blancs.

 

II

 

Sous les rafales –

l’ambition d’aimer 

à tout prix

ce qu’on n’ose même pas nommer

dans l’opacité de l’hiver.  

 

III

 

Ton cœur est une fourmi de neige

qui traîne vers le frimas 

le rythme des amours oubliés,

plus lourd que son poids.

 

IV 

 

Nous sommes enfin advenus au passage 

de l’ardeur :

éclat des pas 

 

mi-insinuation – mi-danse,

vertige

 

sans syllabes

intercalées.

 

Le fruit rare de qui nous sommes

incarcéré dans des gousses d'air.

 

Tes gestes de nageur ont la syntaxe du désir

 

et je t’attends à bout de souffle

à la porte jaune du dernier dactyle. 

 

V

 

Envoi :

 

Ô, la folie,

l’ambition d’aimer 

à tout prix. 

 

© Irina Moga

 

 

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Pour citer ce poème inédit

 

 

Irina Moga, « Chaconne », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 30 janvier 2023. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no12/irinamoga-chaconne

 

 

 

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30 janvier 2023 1 30 /01 /janvier /2023 17:15

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Critique & réception

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​​​Anne-Emmanuelle Fournier,

 

« L’Offrande Aux Fantômes »

 

suivi de « Il y a longtemps que je t’aime… »,

 

Éditions Unicité, 2022,

 

68 pages, Format : 15 x 21, 13€

 

 

 

 

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Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

© ​​​​Crédit photo : Première de couverture du recueil « L’Offrande Aux Fantômes » suivi de...

 

« L’Offrande Aux Fantômes » suivi de « Il y a longtemps que je t’aime… », Anne-Emmanuelle Fournier, Éditions Unicité, 2022, 68 pages, Format : 15 x 21, 13€.


 

Il y a des souvenirs qui sont tellement ancrés dans nos esprits qu’ils constituent une seconde nature donc ils sont éternels. Ce sont ceux qui ont trait à l’enfance, cette période charnière de notre existence au cours de laquelle les liens intergénérationnels comptent énormément. Ces souvenirs se déploient au fil de ce recueil de poèmes d’Anne-Emmanuelle Fournier intitulé : « L’Offrande aux fantômes ». Mais qui sont ces fantômes ? Ce sont ses aïeuls : grand-père et grand-mère dont les faits et gestes continuent de hanter l’esprit de la poète. Des repas de famille, tant de bons moments partagés en toute liberté dans la quiétude ou l’effervescence. Moments de confluence du bonheur de vivre dans la joie intense.

 

La figure du grand-père, ce lettré qui lui a tant appris est très prégnante. La transmission a été si bien faite que « la trace » de ce dernier est comme « une écorce douce, un courant paisible » qui perdurent en elle. Mais comment oublier les odeurs, les saveurs, les couleurs qui peuplent les jours d’été qui s’étirent tout doucement à la faveur de l’insouciance de l’enfance alors que ceux des aïeuls se rétrécissent ? 

C’est au tour de la grand-mère qui a survécu au patriarche de rendre l’âme, alors qu’elle s’accrochait à la vie malgré la progression de sa maladie. Encore une autre branche tombée de l’arbre généalogique de la petite-fille.

 

Fini le rite de la confiture aux groseilles et cassis, l’étreinte de l’aïeule, les balades nocturnes le long de la rivière, le partage d’un « plat odorant à l’ombre d’un platane ».

Vendue, la maison familiale – cette maison qui renferme la mémoire des ancêtres–, il y a donc des bruits familiers qu’on n’entendra plus : « le craquement du plancher », « le bourdonnement du frigo contre le carrelage », « le sifflement besogneux de la grand-mère », « la voix tonitruante des oncles », « le chant ténu des crapauds », « le vol de chauve-souris ». 

 

« Ainsi dans les contes périclitent les royaumes, lorsque meurent les Reines. », comme le souligne Anne-Emmanuelle Fournier. 

 

Voici un extrait du texte qui termine la première partie du recueil de poèmes :

 

« L’enfant qui fut n’est jamais repassée devant la bâtisse, depuis que celle-ci bat d’un autre sang. Non que cela ait été une décision. Peur inavouée qu’un royaume tant aimé soit devenu méconnaissable ? Ou que rien n’ait changé, peut-être. Une autre maison est venue nous chercher, et nous avons consenti à lui confier nos destinées. Elle avait déjà ses propres fantômes, reposant à quelques dizaines de mètres dans le grand songe de la terre.»

 

Après avoir célébré la mémoire de ses aïeuls, Anne-Emmanuelle se tourne vers les vivants. Voici venu le moment d’honorer sa moitié en le gratifiant d’un poème : 

 

« Et je cherche en vain une image pour te dire

Qui soit assez vraie

Pas un simple sortilège de mots 

Il n’y en a pas, sans doute

D’autre que ce second cœur

Que tu as planté dans l’offrande

De mon ventre. »

 

« Il y a longtemps que je t’aime » : cette deuxième partie du recueil de poèmes est un hymne à l’amour et à la vie. 

Quoi de plus palpitant qu’une vie qui évolue au creux de son être avec la complicité de son aimé ! C’est la célébration de l’amour maternel dans son immensité.  Anne-Emmanuelle semble avoie désiré le fruit de ses entrailles avant qu’il ne soit conçu. On dirait qu’il a été pensé avant même d’existé. Aussi clame-t-elle : 

 

« Je t’ai aimé

Longtemps avant que le monde ne murmure

La possibilité de ta venue

Je t’aimais déjà

Avant de dire je

Oh enfant

Cet amour est plus grand, plus ancien

Que tout ce que je crois être »

 

 

 

© Maggy DE COSTER

URL de référence : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/FOURNIER-Anne-Emmanuelle/l-offrande-aux-fantomes/index.php

 

NDLR : Anne-Emmanuelle FOURNIER a étudié l’anthropologie puis la traduction. Elle travaille actuellement comme traductrice et interprète. Elle est également chanteuse et mélodiste dans le groupe Unseelie et s’accompagne à la harpe dans un projet musical personnel.


 

 

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Pour citer ce texte inédit

 

 

Maggy De Coster, « Anne-Emmanuelle Fournier, « L’Offrande Aux Fantômes » suivi de « Il y a longtemps que je t’aime… », Éditions Unicité, 2022, 68 pages, Format : 15 x 21, 13€ », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 30 janvier 2023. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no12/mdc-offrande 

 

 

 

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L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.

SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.​​​​​​​

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