17 décembre 2022 6 17 /12 /décembre /2022 15:10

 

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Chroniques de Camillæ/Muses au masculin

 

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Chronique Godard

 

 

 

 

 

 

Camille Aubaude

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Blog officiel : https://camilleaubaude.wordpress.com/


 

 

 

Crédit photo : Jean–Luc Godard via Wikipédia

 

 

 

 

Lettre à Alain Finkielkraut, à la suite de son émission, Répliques, sur France Culture, le 17 septembre 2022.

 

 

 

Septembre 2022, le président de la République Emmanuel Macron a lu un discours sur la rafle du Vél d’Hiv que vous avez admirablement commenté en parlant de références non historiques. Je n’y reviens pas, puisque l’émission est en ligne. Les débats que vous présidez donnent du grain à moudre et des moissons chaleureuses qui servent d’antidote au poison de l’uniformité… Quand les apprentis-sorciers sont devenus banquiers…

Créatrice du mythe littéraire d’Isis, j’aime observer les dérives symboliques du « tout-monde » dont les turpitudes s’opposent à la « gelassenheit », la qualité de la vie qui vit, du laisser vivre. Je parle de « dérives » — voir le jeu de mots facile des poètes avec « des rêves » — pour les discours culturels du Président Macron qui reviennent périodiquement. Jean-Luc Godard lui conseillerait d’apprendre le latin et le grec, comme il l’a fait auprès de mes étudiants de cinéma à la FÉMIS, à la fin des années 1990.

Pour plaisanter, si on peut encore le faire, et laisser agir une pensée en étoile, je reprends l’expression d’un homme "retiré des affaires" sur le discours de repentance de M. Macron sur l’Algérie (février 2022) : « il baisse son froc ». Le grand théorème imposé, ressassé par le chef de la France fait de l’ennemi (et émir) Abd el Kader un Victor Hugo à la barbe fleurie, et ne tient pas compte du fait réel suivant : quand on tape Victor Hugo/Abd el Kader sur Google, on tombe sur un horrible massacre décrit dans un poème. 

L’Algérie en février, Laval en septembre. Et après ?

Qui peut faire face à la déshérence ? La Maison des Pages d’Amboise, « creusée dans la poésie » recèle des objets magiques d’Alep mais côtoie des versets du Coran, payés fort cher par « la France » pour un pompeux « Jardin d’Orient » au château d’Amboise.

Fuyant les lâches harcèlements, je tente de survivre avec des poètes dans une église massacrée, parce qu’elle était rare, fine, subtile et belle. Louis-Ferdinand Céline y a soigné des blessés de la Grande Guerre, étant lui-même mutilé. Je n’ai cessé de penser à l’acte 3 de sa pièce L’Église une maison qui accueille tout, en vous écoutant. Hélas, la pertinence de vos interprétations s’est effondrée quand vous avez repris l’accusation d’antisémitisme adressé à Jean-Luc Godard. Tout en reconnaissant son importance dans le cinéma, fait que nul ne peut nier, vous laissez entendre qu’il faudrait mettre au rebut l’auteur de Pierrot le Fou

En dialoguant avec les étudiants de la FÉMIS, Jean-Luc Godard annonçait sirupeusement, comme il savait le faire pour se gausser du conformisme suisse, que le métier de monteuse est féminisé parce qu’il y a des trous dans les pellicules des films... J’aurais pu monter au créneau, mais il était tellement plus intéressant de s’amuser avec un artiste délicat, allusif et sans dévotion. Si j’avais ressassé éternellement ce constat misogyne, ravalant les femmes à être monteuses et non créatrices, c’était pire que la provocation. Bien pire, car enchâssant une parole fugace pour la donner en modèle aux générations futures. 

Quoi de pire que la fixité dans l’intelligence humaine ? Mieux vaut encore l’enfermement, le prix à payer dans une société où tout se marchande, jusque, sous Vichy, les Juifs français et les Juifs étrangers. « Le pire n’est pas toujours sûr » (titre d’un roman de Françoise d’Eaubonne). Clin d’œil au cri d’Edgar dans Le Roi Lear (je cite de mémoire) : « le pire est là quand on dit c’est le pire » !

 

© Camillæ

 

URL. https://www.nytimes.com/2022/09/13/movies/jean-luc-godard-dead.html?campaign_id=51&emc=edit_mbe_20220914&instance_id=71880&nl=morning-briefing%3A-europe-edition&regi_id=78278427&segment_id=106234&te=1&user_id=b1f7fcbcbcd66765b38d933475e37d37

 

 

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Pour citer ce texte inédit

 

 

Camille Aubaude, « Chronique Godard »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 17 décembre  2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no12/aubaude-chronique-godard

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 12 Amour en poésie Muses et féminins en poésie
13 décembre 2022 2 13 /12 /décembre /2022 11:29

 

Événements poétiques | Calendrier du matrimoine poétique 2022 & N°12 | Poémusique des femmes & genre | Dossier mineur | Articles & témoignages / Revue matrimoine

 

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​​​​​Petit éclairage de l’œuvre de Maximine

 

 

 

 

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Présentation & photographies  de

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

Photographie des auteures par

 

Claude Menninger

 

 

 

 

© Crédit photo : Claude Menninger respectivement de gauche à droite : Françoise Urban-Menninger avec Maximine lors de l'une des lectures  de Maximine à Strasbourg.

 

 

Contexte dans lequel cette étude a été réalisée :

 

J'ai lu cette étude consacrée à Maximine (une merveilleuse poète !) à l'Université de Clermont-Ferrand en 2011 dans le cadre du colloque Poésie au féminin organisé par Patricia Godi.

 

​​​​​​La revue Résonances parue tardivement et qui regroupe de très nombreuses interventions réparties sur plusieurs années contient seulement mes poèmes, cet éclairage de l'œuvre d'une très grande dame de la poésie est inédit. Il comporte des extraits de ses recueils et des couvertures de ses ouvrages ainsi qu'une photo prise par le photographe Claude Menninger où nous apparaissons toutes les deux lors de l'une de ses lectures à Strasbourg.

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de Maximine "Au front des sapins".

 

 


 

Le titre de mon intervention : Maximine, une poésie jubilatoire qui fait chanter l’âme et le corps au féminin dans une parfaite symbiose avec la nature et les quatre éléments résume à lui tout seul une poésie inclassable qui a été saluée par Georges Mounin, puis plus tard par Henri Thomas.


 

Mais avant d’aller plus loin, intéressons-nous à l’auteure

 

Maximine est née le 25 septembre 1952 à Saint-Claude dans le Jura. Maximine, son nom de plume, est aussi son prénom comme il fut celui de sa mère et de sa grand-mère.

Après son baccalauréat en 1970, elle poursuit des études de lettres et obtient son agrégation en 1975, sa vie professionnelle sera par la suite consacrée à l’enseignement, puis aux bibliothèques, principalement à l’Institut National de Recherches Pédagogiques et actuellement à la bibliothèque municipale de Moret-sur-Loire où elle s'enthousiasme, d'après ses propres termes, pour les contes destinés aux enfants.

Mariée au philosophe André Comte-Sponville de 1978 à 1996, elle aura quatre enfants et accueillera une petite fille chinoise. Elle effectuera plusieurs séjours en Chine où ses poèmes sont édités en deux magnifiques livres d’art. Dans les années 90, Maximine donne une nouvelle traduction des grands recueils de Rilke : Les Élégies de Duino, les Sonnets à Orphée et Le livre de la Pauvreté et de la Mort.


 

L'écriture de Maximine

 

Ce qui frappe le lecteur d'emblée dans les recueils de Maximine et qui le ravit tout à la fois, c'est l'usage de la même forme régulière qui parcourt toute l'œuvre et l'irrigue d'un même souffle mais toujours renouvelé. Ainsi dans L'ombre la neige , Quotidienne à son amour , Au front des sapins, Un cahier de Pivoines ou Somme d'amour, l'auteur décline sa rime en douzains et le plus souvent en quatrains d'octosyllabes. Naît ainsi un refrain presque familier qui nous renvoie à la poésie des troubadours et qui nous revient aujourd'hui comme une musique intemporelle tissée de joie et de douleur mêlées qui traverse l'œuvre de Maximine.  Georges Mounin nous le disait dans l'un de ses ouvrages Avez-vous lu Char ?, « La pénétration du poème se fait au hasard des émotions, loin de la logique des ouvrages ».

 

Dans L'ombre la neige, Maximine évoque la mort de sa petite fille et Christian Bobin dans une lettre postface lui écrit : « Votre écriture est un jardin... », et plus loin, « Il y a aussi dans votre livre cette présence simultanée du beau et du terrible, de la voix et du râle. C'est ce qui donne à vos poèmes une joie profonde, une joie réelle, une joie qui n'oublie rien de la douleur comme un fleuve lumineux, toujours inquiet de sa source, toujours s'en souvenant ».

 

Cette joie dans la douleur est proche de celle de l'enfantement et renvoie bien évidemment au travail de l'écriture où vie et mort n'ont de cesse de se côtoyer dans un poème dansé, irrigué par les battements de cœur de l'auteur qui lui donne vie en parfaite symbiose avec les éléments cosmiques.


 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de Maximine "L'ombre la neige".

 

 

Les quatre éléments et les quatre saisons

 

Ces quatre éléments nous parlent des quatre saisons de la vie: naissance, adolescence, maturité, vieillesse et font écho bien entendu au printemps, à l'été, à l'automne et à l'hiver et nous parlent de l'eau, du feu, de la terre et de l'air. Car dans les poèmes de Maximine, les quatre éléments cosmiques sont toujours présents, ils fusionnent dans le fond et dans la forme pour se transmuter et libérer une énergie que je qualifierai « d'ivresse jubilatoire qui fait chanter l'âme et le corps au féminin ». Chaque quatrain composé de rimes embrassées est un tout qui contient les quatre âges, les quatre éléments, les quatre saisons. Le philosophe Nicolas Berdiaeff suggérait déjà cette osmose entre la femme et les éléments : « La femme est plus que l'homme liée à l'âme du monde, aux premières forces élémentaires... Les femmes sont prédestinées à être, comme dans Les Évangiles, les porteuses d'aromates ».

 

Voici un extrait de L'ombre la neige :

 

« Si radieuse elle venait

Route bleue nuée d'aubépine

Un bel amour on le devine

Au ciel dedans les yeux qu'il met »

 

Ce « elle », c'est bien évidemment Maximine mais ce « elle » renvoie également à toutes les femmes dont l'auteur semble brandir l'étendard. Ce « elle » qui sonne comme un défi, c'est aussi la femme et l'écriture qui ne finissent par ne faire plus qu'une comme on le verra plus loin. Mais revenons à ce petit quatrain où l'adjectif « radieuse » donne à entendre ou à voir la jubilation à laquelle je faisais allusion, à cette « joie réelle » dont parlait Bobin. L'aubépine dans ces quatre vers nous dit le printemps au sens propre mais symbolise aussi les prémices de la vie. Terre et ciel s'entremêlent dans cette route bleue où

 

« Bien plus qu' heureuse elle marchait

Comme doivent marcher les anges

Et si de tels mots vous dérangent

En voici d'autres: elle rêvait »

 

Nous sommes ici dans le poème qui n'est autre qu'un rêve éveillé mais la réalité est cette douleur qui transperce le cœur du poète qui finit par briser et les vers et le rêve :

 

« Je rêve et si je le pouvais

Je parlerai si beau du monde

qu'une merveilleuse seconde

La douleur de honte en mourrait »

 

Pas d'amour sans douleur, pas de vie sans la mort. Le poème est son tout et son contraire, c'est à dire ce rien qui abolit le temps ou le suspend dans une grâce tout éphémère. Le poème est tout car il exprime notre nature cosmique, Bachelard auteur de La poétique de la rêverie  aurait apprécié sans conteste les poèmes de Maximine et surtout ce vers « Notre sang charrie les étoiles » qui laisse entendre que nous portons en nous l'inconscient du monde minéral, végétal, animal, humain...Nous sommes faits de cette poussière d'étoiles dont nous parle le physicien Hubert Reeves qui nous a appris que notre matière est identique à celle des étoiles mortes. Mais nous sommes également faits de la chair des hommes et des femmes qui nous ont précédés. Tout cela Maximine l'appréhende et nous le chante :

 

« Savoir savoir de quoi l'on parle

Ou de qui parlant de nos morts

Quelle voix nous diffuse encore

L'écho bleui d'astres moins pâles ? »

 

L'interrogation sur notre origine a partie liée avec celle de notre fin. Ainsi chaque vers est une danse où vie et mort se frôlent sans se heurter comme dans le flamenco que Maximine a beaucoup pratiqué et dont on retrouve les accents déchirants dans  Un cahier de pivoines .

Dans ce recueil flamboyant, les pivoines éclatantes de couleur sont filles du désir « Et de la merveille d'être vivant ». Ces pivoines crient l'amour fou, hurlent à la mort, elles sont filles et sœurs de la jouissance et du désespoir.

 

« Chacune chantre d'un amour

Chacune chantier d'une extase

Elles jubilent puis s'écrasent

Le printemps sera de retour »

 

On l'aura à nouveau compris, la jubilation porte en elle l'épine de la désespérance. On songe à Georges Brassens et au poème d' Aragon: Il n' y a pas d'amour heureux .

Mais quand l'amour vibre, alors le poète est au diapason du monde et sa force vive transparaît dans chaque vers. On entend, on voit Maximine danser le flamenco et avec elle le choeur des femmes qui l'ont précédée dans l'écriture. On pense au bel hommage que lui fit l'écrivain Paul de Roux qui écrivit : « De nos jours dans la filiation conjuguée de Louise Labé et d'Edith Piaf, se fait entendre une voix tour à tour passionnée ou plaintive, dont l'un des mérites est de se ficher éperdument des modes littéraires ». Dans Un cahier de pivoines, Maximine écrit comme elle danse jusqu'à l'ivresse, jusqu'au vertige. Une majuscule en plein vers et on l'entend frapper le sol de son talon comme on le fait pour marquer le rythme dans le flamenco car elle nous le dit, elle nous le confie, il faut faire vite, l'amour n'a qu'un temps....

 

« Pivoines affolées d'extase

Il faut faire vite Le temps

N'a qu'une lampée de printemps

À consacrer à leur grivoi-

series de filles éperdues

Rosies rougies de leur audace


 

Audace de la pivoine ou de la femme désirante mais également audace de l'auteur qui coupe un mot en deux à la fin d'un quatrain pour en lancer un autre avec le reste du mot, Maximine saute d'un quatrain à l'autre, d'un pied sur l'autre au sens propre et au sens figuré et rougit de son audace comme une pivoine...

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de Maximine "Un Cahier de pivoines"

 

Le corps de la femme poète qui danse et l'écriture s'interpénètrent dans un ballet nuptial où les pivoines n'en sont que le prétexte au sens littéral du terme et Maximine d'avouer dans un vers où les mots dans le fond et la forme fusionnent dans une belle allitération : « – C'est mon amour qu'elles me nomment ». Ainsi les mots se mettent à danser sur le papier, la calligraphie, la ponctuation, les majuscules au milieu d'un vers participent au rythme qui est tout à la fois visuel et auditif. Le vers est scandé tel un corps en mouvement perpétuel car, et Maximine, nous donne la réponse dans un quatrain de  Somme d'amour, sa poésie et elle ne font qu'un :

 

« Vous vous demandez qui elle est

Cette femme criant Je t'aime

Mais elle est la poésie même

son désespoir et ses secrets »

 

Dans  Somme d'amour, toujours,son dernier recueil, Maximine écrit, et dans le même temps, chante le temps d'écrire car encore une fois l'amour et l'écriture participent d'un même élan et disent ce même bonheur d'être au monde en phase avec le cosmos.

 

« Elle est à soi-même son bouquet

Couronnée d'un été qui chante

Elle va tout désir allante

Et le poème ainsi se fait


 

Les mains pleines de ton attente

Elle n'a rien à t'apporter

Cœurs et pas mêmement légers

Que ces mots de femme vivante


 

Elle n'a rien la bienvenante

Qu'à toi cette joie de venir

D'autres baisers et dire

Ce chant d'un matin d'une amante »

 

Dans Un cahier de pivoines, Maximine exulte et s'écrie :

 

« Balafres faites aux jardins

Par une faux rouge démente

– Je suis fière d'être une amante

– Je suis fière de n'être rien »

 

Le mot est prononcé, Maximine est une éternelle amante et son écriture est celle d'une femme désirante qui danse sur cette lisière où vie et mort se côtoient. Femme incendiaire et incendiée, elle se brûle aux feux des mots et de l'amour, elle renaît sous la cendre en hiver quand elle évoque son Jura natal dans son recueil Au front des sapins et qu'elle s'écrie que la neige est son écritoire, elle ira même jusqu'à employer le mot de « parenté » quand elle parle des sapins.

 

« Sapins comme mon écriture

Songes en lignes rangés fous

D'azur d'azur et d'hivers où

La neige et le silence durent


 

Fous de droiture et de beauté

De rectitude et de mystère

J'ai vécu sous verte bannière

Fière de notre parenté


 

Sapins quand je ne serai plus

Qu'une pierre dans la vallée

A mes fils au temps vous direz

Le songe en vous que je vécus...

 

Ainsi Maximine confirme sa parenté avec les sapins, les pivoines, elle est bien en symbiose avec cette nature qu'elle affectionne et dont elle nous confie qu'elle est faite. L'hiver, le printemps, l'automne, l'été la transportent tout entière dans une fête des mots où naît le poème et dans  lequel, elle s'incarne corps et âme.

 

Je reprends ici le bel hommage de Paul de Roux qui écrivait encore à propos de Maximine que « son écriture est aussi virtuose et élégante que celle de Louise Labé, aussi puissante et émouvante que la voix d'Edith Piaf ». C'est dire  encore une fois que la voix de Maximine porte en elle d'autres voix, celles des femmes poètes qui l'ont précédée mais également celles de sa mère et de sa grand-mère qui ont toujours rêvé d'écrire et dont  elle porte le prénom saluant ainsi ces femmes du silence qui vivent en elles et à travers elles. Le poème devient ainsi le lieu où la « féminitude » de Maximine peut tout entière s'exprimer sans fard, c'est le lieu intemporel d'une liberté revendiquée dans le texte même où l'écriture se plie à sa joie, sa colère, sa peur jusqu'à devenir une peau vivante qui frémit sous les mots.


 

Si Maximine conjugue toutes les voix de femmes dans ses vers, elle est elle-même toutes ces femmes qu'elle chante et fête. Elle a été la petite fille aux « sapins hantés » ou « aux sapins de capes et d'épées » qui ont crénelé le ciel de son enfance ou encore l' « écolière d'un horizon/ Découpé dans du coton vert », c'est vers eux qu'elles se tournent pour évoquer sa mort car de son enfance « elle a gardé les cailloux en poche » :

 

« C'est Noël une fois encore

Combien m'en reste-t-il à vivre? »

(Au front des sapins)

 

Et quand vient l'adolescence, puis la maturité, l'Amour avec un grand A est décliné sur tous les tons: celui de la provocation, de la revendication, de l'unique raison de vivre. Cette aspiration à l'Amour sous-tend tous les textes. L'amour est à la fois l'aspiration et l'inspiration qui donnent sens, si l'on peut dire, à l'éternelle amante de la vie. Voilà comment on peut entendre la musique de Maximine qui déclare elle-même qu'elle est une chanson :

 

« Ils diront c'était une femme

Et moi j'étais une chanson

Comptant à mes doigts les saisons

Et mes amours dans les étoiles ».

(Somme d'amour)

 

Le doute n'est plus permis, Maximine traverse la vie avec une rage de vivre et d'aimer qui implosent dans  sa poésie. Le titre de l'un de ses recueils Quotidienne à son amour éclaire  cette oeuvre qui fait fusionner l'âme le corps et l'écriture dans une exaltation sensuelle où la couleur rouge de la pivoine renvoie à celle du flamenco, à celle du sang, de la peur, de la colère ou de la folie. Mais la chute n'est jamais loin, l'écho de sa propre mort hante chaque vers de Maximine, le bonheur est un vain mot, il n'y a que le désir éperdu d'amour jamais assouvi que seul le poème peut prolonger dans un cri infini et qu'elle qualifie de « parcelle d'incendie » dans Un cahier de pivoines.

 

« Voici mars et moi j'attends mai

Pour voir les pivoines fleurir

Je ne veux pas avant mourir

D'en avoir fait d'autres bouquets


 

Les pousses sont déjà sorties

Bordeaux comme les vins de fêtes

Ah pivoines ce que vous êtes

Est reflet de ce que je suis


 

Pas grand chose une joie de vivre

Et de s'ébouriffer au vent

Une rouge peur en sachant

Qu'aucun amour ne vous va suivre »

 

Pour conclure cette modeste approche de l'œuvre de Maximine qui mérite bien plus que ce petit éclairage mais qui, je l'espère, aura su  retenir votre intérêt, je terminerai par la lecture d'un poème de Maximine tiré de Somme d'amour qui contient toute l'essence et la fragrance de sa poésie. J'ajouterai avant cette lecture la remarque de George Mounin qui a aimé la poésie de Maximine  et qui a écrit « Ce n'est pas parce que tel langage est éternel qu'il y a poésie, c'est parce qu'il y a poésie qu'il devient éternel ». C'est bien l'émotion qu'il faut éterniser et non la matière linguistique et de donner une définition du poème que je reprends ici : « Langue de la grâce comme il est celle de l'amour, et parce qu'il est celle de l'émotion, tout poème n'est peut-être au fond qu'un bonheur décrit dans sa propre langue ».

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil de Maximine "Somme d'amour".

 

 

Voici pour clore cette présentation, ce dernier poème :

 

« Semeuse au panier d'étoiles

Elle va jetant gaiement

Dans l'oubli la nuit le vent

Ses mots d'astre et de cigale


 

Oublieuse être une femme

Elle voudrait ne rester

Que ces pages étoilées

D'encre bleue C'était son âme


 

Peut-être même elle veut

Elle qui aimait danser-

Qu'on brûle tout ce papier

Qu'elle en reste que le feu »

 

 

 

 

© Françoise Urban-Menninger

 

 

Bibliographie

 

I. Ouvrages écrits par Maximine

 

Poésie

 

Alphabètes, Quintette, 1986

Fablier, Quintette, 1987

L'ombre la neige, Arfuyen, 1991

Poèmes Nue, Tétras Lyre, 1995

Quotidienne à son amour, Paroles d'Aube, 1998

Un cahier de Pivoines, Arfuyen, 2002

Les Visiteuses, suivi de Quelques Lilas, Maison de Poésie, 2003

Au front des sapins, Arfuyen, 2005

Somme d'amour, Arfuyen, 2010

 

Livres d'art

 

Les yeux précieux, suivi de Litanies du Feu en 1996

Dits de la Folie des Pivoines, 300 exemplaires avec 39 reproductions d'aquarelles différentes

Ces deux ouvrages réalisés dans des coffrets de soie ont des attaches d'os à la façon chinoise et sont illustrés par Chen Jin He et Toulet Miziamuk

 

Traductions

 

Les Élégies de Duino, de Rainer Maria Rilke, Actes Sud, 1991

Les Sonnets à Orphée, de Rainer Maria Rilke, à paraître aux Éditions Arfuyen

 

Revues : Paroles d'Aube, Arpa, Critique, Poème 93, Caravanes, Le Coin de Table, Les Heures, Florilège, Casse, La Revue Alsacienne de Littérature

 

Sitographie

 

Site du Printemps des Poètes

Site d'Arfuyen

Site de Poezibao


 

II. Ouvrages de référence

 

Gaston BACHELARD, La poétique de la rêverie de, Presses Universitaires de France, 1978

Nicolas BERDIAEFF, La signification de l'acte créateur, 1920

Christian BOBIN (postface de) dans L'ombre la neige de Maximine, Éditions Arfuyen, 1991

Dossiers de presse sur les sites des Éditions Arfuyen et Poezibao avec des références à Georges MOUNIN, Henri THOMAS et des appréciations de Paul de ROUX

Georges MOUNIN, La communication poétique, précédé de Avez-vous lu Char ?, Éditions Gallimard, 1969

 

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Pour citer cet article inédit du matrimoine poétique
 

 

Françoise Urban-Menninger, « Petit éclairage de l’œuvre de Maximine »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poéféministes 2022 | « Calendrier du matrimoine poétique 2022 » & N°12 | AUTOMNE-HIVER 2022-2023 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 13 décembre  2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no12/matrimoinepoetique22/fum-sur-maximine

 

 

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7 décembre 2022 3 07 /12 /décembre /2022 17:33

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Dossier majeur | Florilège

 

 

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Brésil de mes amours



 

 

 

 

 

 

Poème & peinture de

 

Sarah Mostrel

 

Site : https://sarahmostrel.wordpress.com 

Facebook www.facebook.com/sarah.mostrel

 

 

 

 

​​​​​© Crédit photo : Sarah Mostrel, "Pensive", tableau en pastel à l'huile.

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Bossa nova

Tu me tiens à cœur

 

 

Tes couleurs fleurs de mer enrobent ma coupole

Je nage dans ton voile, ça y est, j’ai le moral

 

Je chante et danse au gré de la cadence folle

Je délire au son de la flûte et du piano 

Des maracas en bois et du cavaquinho

 

 

J’aime tes alternances, tes remous sensuels

Qui font de la musique une arme universelle 

 

 

Bouger est pure merveille, et voilà le soleil

Étalant sa caresse, sa câline tendresse 

Et gentiment posées, les touches me font voler

 

 

 

Forró, Frevo, samba, combien cette gaîté

Sait électriser mes intentions secrètes

 

 

M’emmenant voyager de Paris à Rio

Fredonner des chansons de Buarque, Gil ou Lobo 

Veloso, Moraes, Jobim et Gilberto

 

 

Oh que je languis les pas des joyeux Cariocas

Le baião, le funk et la Batucada 

 


Sur la princesse des mers de Copacabana
Tout le monde s’en donne à cœur joie 

au son du ganzá, Tudo bem, Tu também, é em Ipanema

 

 

Bossa, beau ça !  

C’est l’heure du bonheur

                     

   

©Sarah Mostrel


 

 

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Pour citer ces poème & illustration inédits

 

Sarah Mostrel (poème & peinture), « Brésil de mes amours »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | AUTOMNE-HIVER 2022 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 7 décembre 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no12/smostrel-bresildemesamours

 

 

 

 

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Pour citer ces poème & illustration inédits

 

Sarah Mostrel (poème & peinture), « Brésil de mes amours »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 7 décembre 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no12/smostrel-bresildemesamours

 

 

 

 

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7 décembre 2022 3 07 /12 /décembre /2022 16:30

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Dossier majeur | Florilège

 

 

 

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​​​​​Une musique folle



 

 

 

 

 

 

Poème & peinture de

 

Sarah Mostrel

 

Site : https://sarahmostrel.wordpress.com 

Facebook www.facebook.com/sarah.mostrel

 

 

 

 

​​​​© Crédit photo : ©Sarah Mostrel, "Pianissimo", huile sur toile.

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Une musique folle

Dans le déclin d’un soir

Soudainement retentit

Prévenant le sommeil

 

 

Les relents d’abandon

Périssent aux alentours

Fumet d’une destinée

Au soleil de l’Histoire

 

 

Un sourire d’été

Et tu refais surface

Resurgit la conscience

Et tu refais l’amour

 

 

Que de roses et détours

Il fallut traverser

Que de joie en retour

Un impensable atout !

 

 

Et tu reprends confiance

Tu retrouves l’essence

De chaque chose enfouie

Tu respires la vie

 

 

Tu recouvres enfin

Tous les sens envolés

La foi et l’espérance

Hors du froid, hors du sombre

 

 

Et tu sais que bientôt

C’est le lever du jour

Et tu sais que bientôt

Reviendra l’amour.

 

 

©Sarah Mostrel

 

***

 

Pour citer ces poème d'amour & illustration inédits

​​​​​

Sarah Mostrel (poème & peinture), « Une musique folle »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 7 décembre 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no12/smostrel-unemusiquefolle

 

 

 

 

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7 décembre 2022 3 07 /12 /décembre /2022 16:24

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Dossier majeur | Florilège | Muses au masculin 

 

 

 

​​​​

 

 

 

 

​​​​​Jazz en fait



 

 

 

 

 

 

Poème & dessin de

 

Sarah Mostrel

 

Site : https://sarahmostrel.wordpress.com 

Facebook www.facebook.com/sarah.mostrel

 

 

 

 

​​​​​​© Crédit photo : ©Sarah Mostrel, "Jazzman", dessin au fusain.

​​​

 

Jazz en fait 

 

 

J’ai beau tourner autour  

C’est lui qui me fait jour

Sinon je me lamente

Et je reste dans l’obscur 

 

 

Bien sûr, j’aime le jerk

Le rock, le folk, la valse

Mais il y a par ailleurs

Une chose qui m’ensorcelle

 

 

Vous voulez savoir quoi ?

C’est vraiment une musique

Qui me met dans l’extase

Eh oui, je parle du jazz

 

 

Oui, c’est le jazz en fait 

Qui me fait tant swinguer

Et qui à mon chevet

Me réveille tout de go


 

 

Cool, hard, free, smooth, fusion

Que de variations

Chez Davis, Fitzgerald 

Ellington et Coltrane

 

 

Basie, Goodman, Miller

Gillespie ou Parker 

Gershwin, Shepp et Amstrong

Holiday ou Baker !

 

 

J’ai ri au New Morning

Au Blue note de New York

J’ai crié au P’tit Journal

Et au Duc des Lombards 

 

 

J’ai vu des stars connues

Et bien d’autres déchues

Sonnant de la trompette

Ellis et puis Bechet

 

 

Les sons sortaient des tripes

Et la sueur, des fripes 

Jamais je n’aurais cru

Ressentir tant de vibes 

 

 

À corps, à cœur perdu 

Les nuques inclinées

S’en donnaient à pleins tubes

Dans leurs altérités

 

 

Et avec mon amoureux

Lors d’un baiser salé

Une échelle de désirs

Attisait nos envies

 

 

Une impro inédite

Un idéal majeur

Me remontait le moral

Au rythme du jam, metal

 

 

Ô jazz, toi qui résonnes

Quels frissons tu me donnes

Dans l’infini sunset

Des quintets, des sextettes 

 

 

Ton tempo entraînant 

A amplifié le temps

Là se résume ma vie

Ma gaieté harmonie   

 

 

L’étreinte de ta guitare 

M’appelait dans tes bras

Et je serrais bien fort

Pour que tu n’me quittes pas

 

 

Mais ce soir, il fait noir

Mon chantre s’est fait la malle

Et quand je jazze à toi

Je défaille et je coule

 

 

Sax, alto à voix basse 

L’amour est d’venu dark 

Je suis mélancolique 

Tu es parti, c’est triste 

 

 

©Sarah Mostrel

 

 

***

 

Pour citer ces poème d'amour & illustration inédits

​​​​​

Sarah Mostrel (poème & dessin), « Jazz en fait »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 7 décembre 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no12/smostrel-jazzenfait

 

 

 

 

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