Enseignant en philosophie, Jacques Wallet a parcouru le monde pour promouvoir la langue et la culture françaises en Turquie, en Inde, au Pakistan mais aussi au Mexique où il a passé cinq années de sa vie marquées par son amitié avec celui qu’il nomme JMAB.
Aujourd’hui, secrétaire général de l’Alliance française à Strasbourg, il se remémore, sous la forme d’un abécédaire, cette amitié qui nous renvoie à celle de Montaigne et de La Boétie qui résume d’une phrase le mystère et la force du lien unissant deux hommes « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».
La perte de son ami lors de l’épidémie de Covid a ravivé des souvenirs chez Jacques Wallet qu’il nous restitue dans le cadre de fabuleux paysages mexicains, il nous invite à appréhender l’âme de ce pays à travers des découvertes, des anecdotes vécues que l’on peut prolonger à l’envi dans des photographies empreintes d’émotion tel ce galet où JMAB avait inscrit un poème qui lui était dédié.
C’est à un voyage au Mexique inédit que l’auteur nous convie, et non pas à un voyage touristique galvaudé. S’il évoque Notre-Dame de Guadalupe «Reine du Mexique et patronne des Amériques», il n’oublie pas «le très baroque Sanctuario de la Virgen de Guadalupe» « avec son décor intérieur ruisselant de fleurs et de dorures» situé à Morelia, ville, où son ami l’emmena car ses parents en étaient originaires.
Et l’auteur d’ajouter sur le ton de l’aparté que «quelques jours après la disparition de JMAB, je suis allé déposer une petite veilleuse sur l’autel consacré à la Vierge de Guadalupe dans la basilique du Sacré-Coeur de Paray-le-Monial en Bourgogne.»
Ainsi nous partageons des fragments de vie préservés dans la mémoire intime de l’auteur et entreprenons avec lui un voyage intérieur où « le cœur a ses raisons » car à la lettre C, Jacques Wallet, bien évidemment, a choisi le mot « Corazon », dont les battements font vibrer ce petit livre lumineux. Des figures marquantes et émouvantes telle celle de La Llorra «la pleureuse», à savoir «la femme mexicaine enveloppée dans son châle qui pleure les morts » émergent de ce livre qui permet à Jacques Wallet de faire très certainement son deuil en rendant un magnifique hommage à son ami disparu qu’il éternise dans une ode de lumière frappée du sceau d’une poésie délicate et sensible.
Françoise Urban-Menninger, « Jacques WalletJMAB/CDMX ABECEDAIRE.Ode à l’Ami mexicain et au Pays du Serpent à Plumes, paru aux Éditions Astérion » avec des photographies fournies par l'auteur, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 3 septembre 2025. URL :
Georgia Makhlouf, une voix majeure de la littérature francophone contemporaine, s’est imposée au fil des années comme une figure incontournable entre Paris et Beyrouth. Écrivaine, critique littéraire et journaliste, elle collabore régulièrement avec L’Orient Littéraire et publie une œuvre exigeante qui mêle engagement, mémoire et écriture sensible. Lauréate de plusieurs prix, elle a été récompensée dès son premier roman « Les Absents » par le prix Léopold Sédar Senghor et le prix Ulysse, puis par d’autres distinctions telles que le prix France-Liban ou le prix Phénix. Ses textes abordent souvent des thèmes liés à l’identité, à la condition féminine, au Liban contemporain et à la mémoire collective, dans un style à la fois clair et poétique.
Son dernier roman, « Pays amer », publié en janvier 2025 aux Presses de la Cité, confirme cette trajectoire littéraire remarquable. Il s’agit d’un récit croisé entre deux femmes photographes libanaises, séparées par près d’un siècle, mais réunies par leur passion de l’image et leur désir d’émancipation. D’un côté, Marie Karam, inspirée de la véritable pionnière Marie el-Khazen, brise les normes sociales dans le Liban des années 1920, en photographiant des femmes habillées en hommes, ce qui lui vaudra l’hostilité des siens, l’isolement, puis l’oubli. De l’autre, Mona, photographe contemporaine installée à Beyrouth, découvre par hasard le journal intime et les archives de Marie. Ce contact bouleversant avec une voix du passé éveille en elle une réflexion sur sa propre vie, sur son rapport à l’art, à la liberté, à la société libanaise en crise.
« Pays amer » explore ainsi des thématiques puissantes, au cœur des préoccupations de Georgia Makhlouf : la mémoire oubliée des femmes, l’acte artistique comme forme de résistance, et l’héritage transgénérationnel dans les sociétés patriarcales. À travers la photographie – qui devient dans ce roman un langage visuel de l’insoumission –, l’autrice interroge la place des femmes dans l’espace public, leur visibilité, mais aussi le poids du silence qui pèse sur leurs parcours. Le roman se lit à la fois comme un hommage à ces pionnières effacées de l’histoire, et comme une invitation à relire le Liban à travers le prisme du féminin.
La qualité littéraire de ce roman a été saluée par la critique et reconnue par des jurys prestigieux. « Pays amer » a obtenu le premier « Prix Méditerranée des lecteurs », décerné par les bibliothèques de Perpignan, qui distingue un ouvrage en langue française mettant à l’honneur les cultures méditerranéennes. Ce prix vient confirmer l’ancrage territorial et symbolique de l’œuvre de Georgia Makhlouf. Par ailleurs, elle figure parmi les finalistes du Prix de la littérature arabe 2025, organisé par la Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du Monde Arabe, qui met en lumière des écrivains du monde arabe s’exprimant en français ou traduits en français. Cette double reconnaissance montre à quel point « Pays amer » touche, par-delà les frontières, par la force de son propos, son engagement féministe et sa beauté formelle.
L’écriture de Georgia Makhlouf, dans ce roman comme dans ses œuvres précédentes, se distingue par sa finesse, sa sensualité et sa capacité à entrelacer la petite histoire avec la grande. Elle mêle habilement les registres de la fiction, de l’essai et du témoignage, pour offrir une fresque à la fois intime et universelle. Loin d’un didactisme pesant, « Pays amer » émeut, instruit et interroge, en donnant la parole à des femmes qui ont choisi de voir, de montrer et de ne pas se taire. En cela, ce roman s’inscrit pleinement dans une littérature du réveil et de la transmission, et réaffirme la puissance du roman comme acte de mémoire.
En somme, « Pays amer » est une œuvre à la fois littéraire, historique et engagée, portée par une voix féminine forte qui réhabilite d’autres voix étouffées par le temps.
À travers ce texte lumineux, Georgia Makhlouf rend hommage à celles qui ont osé défier les normes et invite ses lecteurs et lectrices à regarder autrement leur héritage, leur langue et leur société. Ce roman confirme la stature de son autrice, désormais incontournable dans le paysage littéraire francophone et méditerranéen.
La fondation Jean-Luc Lagardère et l'Institut du monde arabe ont dévoilé la sélection des romans en compétition pour la 13e édition du prix de la littérature arabe. Le nom du lauréat sera p...
Hanen Marouani,« Georgia Makhlouf, lauréate du Prix Méditerranée et finaliste du Prix de la littérature arabe 2025 », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 29 juillet 2025. URL :
C’est dans le cadre d’un atelier d’écriture animé par Alain Mabanckou, à Tunis, qu’Aïda Hamza s’est révélée au public présent par la force singulière de ses poèmes. Des échanges spontanés, menés à la fois sur place et à distance, ont progressivement permis d’approfondir les lignes de force de son univers poétique. L’entretien qui suit est le fruit de ce dialogue continu, mené jusqu’en février 2025.
Entrevue
Hanen MAROUANI. Pouvez-vous nous parler de votre parcours en tant que poétesse et écrivaine ? Qu'est-ce qui vous a poussée à écrire ?
Aida HAMZA. En fait mon histoire est assez particulière, comme peuvent l’être toutes les histoires. J’ai toujours eu un goût pour les lettres françaises, j’ai fait des études commerciales à l’IHEC Carthage à Tunis et j’ai intégré le secteur bancaire. Je n’ai pas vraiment réussi à m’intégrer dans ce nouvel univers, même si mes études supérieures me destinaient à cela. J’ai ressenti alors fortement le besoin de respirer, de me trouver un autre poumon, et je l’ai trouvé dans l’écriture. Chaque jour, entre ces murs trop blancs, et ces bureaux bien alignés, dans cet univers froid, je prenais une feuille blanche et j’écrivais des pensées, des réflexions. Ces quelques lignes me suffisaient pour exister.
Au bout d’un moment, les feuilles s’entassaient et je ne savais pas que cela serait le début de mon parcours de poète, d’auteur. Un jour, j’ai vu un appel dans le journal pour faire partie de l’anthologie des femmes poètes francophones. Il fallait envoyer 45 poèmes. À cette époque, je n’avais à mon actif que deux ou trois poèmes, un peu comme tous les amateurs de poésie, il me semblait. Je me suis attelée à la tâche, sans réfléchir, et pendant trois jours, j’ai écrit 45 poèmes à la file, sans reprendre ma respiration. En fait, tout était déjà mûr en moi. Il n’y avait pas de ciel bleu, ni d’oiseaux, ni de paysage romantique autour de moi pour écrire. Tout le bleu du ciel était en moi : « je n’aime pas fermer les fenêtres, le bleu du ciel est dans mon être ».
J’ai été acceptée et j’ai fait partie de l’anthologie des femmes poètes francophones tunisiennes, et cela a été le début de ma carrière littéraire et de mon parcours de poète. J’avais besoin d’exister quelque part, de prendre pied dans un univers où j’avais de la difficulté à trouver ma place, et la poésie a été mon tapis magique, « mes ailes de géant ». Depuis, je n’ai pas arrêté d’essayer de nouveaux genres d’écriture : poésie, slam, conte pour enfants, roman, nouvelles, et même scénarios de bandes dessinées.
H.M. Quelles thématiques ou sujets vous inspirent le plus dans votre écriture ?
A.H. Ce qui m’inspire le plus, c’est notre lien avec la nature, le cosmos, l’amour. Les mots me fascinent et font partie de mes sujets de prédilection. Transformer une histoire vraie, des émotions, une joie profonde ou une douleur, en roman ou en poésie. Je n’ai pas de sujets particuliers. J’écris quand je suis touchée, quand j’ai besoin d’avancer dans la vie. L’écriture nous permet de mieux nous comprendre aussi et d’avancer vers l’autre.Certaines personnes ont du mal à croire dans le pouvoir des mots, et pourtant les mots nous donnent un pouvoir. C’est la magie de l’écriture.
H.M. Comment décririez-vous votre style littéraire et quelles influences ont façonné votre voix en tant qu'écrivaine ?
A.H. Je fais de la prose, des vers libres. J’aime me sentir libre dans mon écriture et pousser les mots à enfanter des images. J'ai beaucoup lu depuis que je suis toute petite. J’étais souvent plongée dans les livres, à tel point que mon père ne croyait pas que je lisais tout cela. Il me disait : « Mais tu les avales les livres, ce n’est pas possible ! ». Je lisais les livres qu’achetaient mes amies, avant même qu’elles ne les ouvrent. Je lisais en français, tout y est passé : bibliothèque rose, bibliothèque verte, livres de poche, Pearl Buck, les sagas, Marcel Pagnol, les bandes dessinées : Bleck le roc, Zembla, les romans photos… Tout était bon à lire et à m’emporter dans d’autres univers.
H.M. Avez-vous des collaborations avec d'autres artistes ou écrivains ? Si oui, pouvez-vous nous en parler ?
A.H. Oui, j’ai vécu des collaborations avec des artistes. Par exemple, j’ai eu une expérience avec une dessinatrice pour illustrer un de mes contes pour enfants. C’était très enrichissant parce que je voulais contribuer à donner vie, par le dessin, au personnage que j’avais créé. Nous avons discuté ensemble, sans entraver sa liberté de création, et elle a respecté mes idées. C’était une fille intelligente qui a pris avec moi le risque de réaliser cette œuvre, alors que nous n’avions encore ni éditeur, ni argent.
Ce conte, "Mahbouba la coccinelle gourmande", parle de la vie des insectes dans la forêt. Il a eu un grand succès auprès des écoles, car la protection de l’environnement faisait partie de leur programme. Les instituteurs et institutrices en ont fait une pièce de théâtre avec leurs élèves et l’ont présentée à des concours. C’était extraordinaire et valorisant de voir ce que les enfants ont fait de mon histoire et de voir mon conte vivre de cette manière. J’ai vécu une autre expérience quand j’ai écrit des scénarios de bande dessinée, en collaboration avec des dessinateurs. C’était aussi formidable de voir mon personnage prendre forme, avoir un visage, un caractère. J’ai essayé récemment d’écrire un livre à quatre mains, avec un ami qui n’est pas écrivain, mais il était très intéressé par l’aventure. Je voulais vivre une nouvelle expérience d’écriture et c’était enrichissant, car l’écrit dévoile ce que ne peut dire la parole parfois. Pour le moment, nous ne dépassons pas les quinze pages, ce qui me fait un peu douter de son engagement et me conforte dans l’idée que l’engagement est le principal moteur de toute œuvre.
H.M. Quels sont les projets littéraires sur lesquels vous travaillez actuellement ou que vous avez récemment achevés ?
A.H. J’ai publié récemment un récit qui relate le parcours de ma mère de 1930 à 2020, traversant les époques de la colonisation française, l’indépendance de la Tunisie avec notre premier président, puis la dictature et la révolution. J’achève actuellement un recueil de poésies, car cela faisait longtemps que cette œuvre n’arrivait pas à voir le jour, du moment que les poésies sont volatiles et qu’elles se fixent difficilement quelque part. J’ai aussi l’intention de faire paraître un recueil de nouvelles que j’ai écrit avec ma mère, de son vivant. J’aimerais bien mettre mes poésies en musique aussi.
H.M. Avez-vous reçu des prix ou des distinctions pour votre travail ? Comment cela a-t-il influencé votre carrière ?
A.H. Oui, j’ai reçu quelques distinctions pour mon travail :
— Conte : « Mahbouba la coccinelle gourmande », publié chez MC Édition.
— Premier prix de Slam Tunis scène libre, avec l’association Accro, avec « Slamer c’est aimer ». —
Mention spéciale du jury pour le concours de films « Écrire pour l’écran ».
Les prix valorisent notre travail et nous apportent de la satisfaction. C’est une forme de reconnaissance que j’ai souvent cherchée, mais ils ne nous encouragent pas spécialement à travailler plus.
H.M. Quelles sont les œuvres littéraires qui vous ont le plus marquée et qui ont influencé votre écriture ?
A.H. Tout ce que j’ai lu ou dévoré depuis mon jeune âge a contribué à faire la personne que je suis aujourd’hui. On a toujours besoin d’une part de rêve. Parmi les livres qui m’ont marquée, depuis les livres pour enfants : « La petite fille aux oiseaux », et des romans comme « La mère » de Pearl Buck, « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, et plus récemment « Tant que le café est encore chaud » d’un auteur japonais. J’apprécie les écrivains qui ont de la rigueur dans l’écriture, la beauté des images, et une immense sensibilité. J’apprécie les poètes comme Nizar Kabbani, Mahmoud Darwich, Paul Eluard, Louis Aragon, Victor Hugo, Charles Baudelaire. Puis plus actuel, j’apprécie les slameurs comme Grand Corps Malade et Anis Chouchène, slameur au verbe fort en arabe littéraire.
H.M. Comment percevez-vous la scène littéraire tunisienne et francophone actuelle ? Y a-t-il des écrivains ou poètes que vous admirez particulièrement ?
A.H. La scène littéraire tunisienne francophone évolue et de plus en plus de livres en langue française sont publiés, ainsi que des prix pour récompenser les œuvres, ce qui est encourageant. Beaucoup d’auteurs se sont affirmés dans ce domaine. Toutefois, publier en Tunisie n’est pas une œuvre facile, même pour des auteurs confirmés. Il faut vraiment croire en soi et être persévérant pour se frayer un chemin. À mon avis, les organismes qui sont censés représenter la francophonie en Tunisie ne font pas grand-chose dans ce sens (ex : organisation de concours littéraires ou organisation d’événements). Au niveau de la distribution et médiatisation des livres, il y a une faiblesse et les auteurs ne sont pas assez reconnus et encouragés. Il y a des événements littéraires qui sont presque des cercles fermés, je n’ai vu personne faire des appels à candidature pour la poésie par exemple. Mais souvent, comme dans presque tous les domaines, il y a une liste d’auteurs connus, souvent étrangers, qui sont invités, pour ne prendre aucun risque.
Quant à moi, j’aime les spectacles de rue et j’aime aussi que l’art soit à la portée de tous. À part l’histoire, j’aime trouver un style d’écriture et de l’humilité. Je viens de découvrir Wafa Ghorbel et je suis en train de lire son livre "Fleurir". J’apprécie son niveau d’expression. J’ai une estime particulière pour les écrivains qui ouvrent la porte et créent un espace pour des auteurs, par exemple Ridha Bourkhis, universitaire, écrivain, qui fait beaucoup pour la littérature féminine francophone tunisienne, pour la mettre en valeur et la faire connaître. Des pages sur les réseaux sociaux, des revues comme la vôtre aussi, valorisent les écrits et je les en remercie. La scène littéraire francophone tunisienne évoluera quand une réflexion et un effort communs seront initiés dans ce sens. L’union fait la force et la volonté aussi.
H.M. Quelles sont vos aspirations pour l'avenir en tant qu'écrivaine ? Y a-t-il des thèmes ou des genres que vous aimeriez explorer davantage ?
A.H. Mes aspirations : continuer à écrire, mais aussi participer à des événements littéraires, profiter de plus d’échanges. Peut-être composer un CD paroles et musique pour que la poésie soit revalorisée, rencontrer des auteurs et partager nos expériences. J’ai essayé presque tous les domaines, je pense : poésie, slam, roman, contes pour enfants, roman pour enfants, nouvelles, récemment les scénarios, et je reste ouverte à toutes nouvelles expériences d’écriture.
H.M. Quel message ou quelle émotion espérez-vous transmettre à travers vos écrits à vos lecteurs ?
A.H. J’espère transmettre ma fascination pour les mots et leur beauté, faire voyager mes lecteurs à travers ma poésie, leur transmettre le désir de vaincre, la volonté de cheminer et de trouver leur voie. Oui, à travers la beauté des mots et les histoires. La vie est un combat. La poésie rend la lutte plus belle.
Heureux qui possède l’écriture dans son sac de voyage, pour mieux ressentir les émotions, les comprendre et les partager.
L’écrivaine tunisienne Aïda Hamza lors d’une séance de dédicace à Tunis, aux côtés de Mounira, la puissance d’une mère (éditions Arabesques, biographie) – hommage à la mère de l’auteur, publiée en 2022.
L’ensemble de l’œuvre d’Aïda Hamza, riche et variée à travers différents genres littéraires, a été salué par plusieurs distinctions et prix. Cette liste regroupe les œuvres principales connues à ce jour, couvrant poésie, nouvelles, récits pour enfants et biographie.
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Pour citer cet entretien illustré & inédit
Hanen Marouani,« Aïda Hamza : « La vie est un combat. La poésie rend la lutte plus belle. » », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 24 juillet 2025. URL :
Dans ce recueil de poésie écrit à fleur d’âme et de peau, Paloma Hermina Hidalgo ouvre le bal qui fait danser la chair des mots dans le corps irradiant du texte qui n’est autre que celui de la narratrice. La photo, somptueuse, digne d’un opéra baroque, signée par Quentin Caffier, donne le ton à cet ouvrage dont la plume semble avoir été trempée dans le vitriol.
On ne sort pas indemne des jupes d’une mère incestueuse et démiurge qui fait voler tous les tabous en sacrifiant l’innocence de son enfant sur l’autel de la perversité. « La dureté de ton cœur, Maman, infecte ma chair. », écrit l’autrice qui vénère toujours et encore sa mère qu’elle interpelle avec un M majuscule et qu’elle invoque ainsi « Dès le berceau, Maman, notre amour hors de mesure n’a-t-il pas présidé à ma folie ? »
Paloma Hermina Hidalgo parle du plus loin et du plus haut de sa mémoire, sur le trône de feu orgiaque et orgasmique qu’elle transcende par une écriture où elle triture les mots à l’instar de sa chair tourmentée par sa génitrice. « Je te chéris, Maman. Et ta vulve de conte . De sorte qu’attachée à ta vanille et au culte de ta gousse, je garde malgré tout mon honneur. » La poésie est cette langue bifide qui dit tout à la fois l’inouïe et cette beauté vénéneuse qui infuse dans le texte tel un poison qui renvoie au mal absolu.
Poésie de la déchirure et de la démesure, on retrouve comme dans Matériau Maman,
le pire dans cette féerie où la perte, comme dans tous les contes de fées, atteint des paroxysmes qui ébranlent l’entendement.
Crédit photo : Portrait de l’autrice Paloma Hermina Hidalgo, capture d’écran de l'image libre de droits du site Wikipédia.
Sculptrice de poupées entre ses doigts maléfiques, la mère est cet ange déchu à la fois craint et adoré qui commet ce que la psychanalyste Alice Miller qualifie d’« abus narcissique ». Et pourtant, ce sont des ténèbres que naît la lumière dans cet ouvrage horrifique, c’est la magnificence d’un envoûtement sans philtre qui emporte le lecteur dans les abords de cet ailleurs qui n’est autre que celui de la perte…
Nul doute que Paloma Hermina Hidalgo aura transmutée sa chair violentée dans un poème où, dans le même fourreau, la douleur exquise côtoie l’indicible déréliction d’une identité profanée où l’on appréhende ce que Joyce Mc Dougall nomme « Un sexe pour deux ». « L’Une avec l’Une/ Et l’Une de l’Une / Et l’Une dans l’Une », résume la narratrice.
Seule l’écriture permet d’exorciser et de dénouer cette dyade mère-fille dont la trame bâtie sur la « navrance du désir » a partie liée avec la perte de soi dans l’autre, voire la perte dans cette petite mort qui précède la disparition dans le non-être. Mais telle une Orphée au féminin, Paloma Hermina Hidalgo nous est revenue des enfers pour renaître au monde avec cette faculté d’émerveillement que l’on entrevoit entre les lignes de son livre car c’est un diamant noir qu’elle nous octroie dans un écrin de lumière.
Françoise Urban-Menninger (texte & photographie), « Féerie, ma perte, recueil de poèmes de Paloma Hermina Hidalgo, paru aux Éditions de Corlevour »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 16 juillet 2025. URL :
Pierre Kobel, le préfacier du Journal d’Éric Dubois reprend une citation de Philippe Lejeune qui affirme que « le journal n’est pas seulement un texte... » et de relever encore cette déclaration éclairante de Michelet qui disait de son journal qu’il était son « âme de papier ».
Nul doute que derrière les mots, voire les maux, Éric Dubois ne cesse de chercher à se connaître dans une quête qui transcende sa « Maladie » qui a partie liée avec la folie et dont il nous précise « N’attendez pas de moi que j’en donne une définition » car « elle ne nous est pas donnée comme intelligible ».
Éric Dubois nous confie que sa première hospitalisation « marque un tournant dans sa vie » et d’ajouter que « Par la Maladie, par ma Maladie, je devins créateur de ma vie, ayant volé le feu dans le lieu de l’inexprimable, Prométhée mal dégrossi, pour apporter la lumière aux cloisons sombres du Monde. » Dès lors, dessins, poèmes raturés ou surlignés de rouge, irruptions de personnages issus des tréfonds de son être, signes non identifiés, caractères en Hébreu viennent recouvrir les pages de son cahier de brouillon. Une semaine d’indécision « pourtant arbitrée par le Très-Haut » semble le guider, il évoque Dubuffet, Char, Picasso... Le jour de sa sortie, il écrit en avouant pratiquer ce qu’il appelle le « Mentir-vrai » si cher à Aragon.
Éric Dubois renaît dans la peau d’un écrivain alors qu’il pensait être « un inadapté social » ! Sous sa plume, on lit « Je suis du bois dont on fait du papier et des livres, mon âme est une page blanche à réécrire sans cesse, mes pensées de feuillets au vent et ma vie une librairie à ciel ouvert. »
C’est dans l’écriture qu’il se trouve une identité, son blog Le Capital des Mots fait de lui « un passeur » où des centaines d’auteurs lui doivent d’avoir été publiés.
Au pays de la Schizophrénie, qui l’accompagne depuis un quart de siècle, il finit pas associer l’écriture et sa Maladie jusqu’à déclarer « l’écriture est schizophrénie » !
Retenons ces magnifiques assertions dans lesquelles Éric Dubois se livre, l’âme nue, « Écrire me résume, résume ma personnalité et ma vie. Écrire me fait exister... »
Émaillé de croquis et de citations, son Journal nous ramène vers la lumière car son écriture est lumière. Dans une phrase luminescente, il explore ce paradoxe : « L’ombre est une part de la lumière. L’ombre nous accompagne quoi que l’on fasse de bien ou de mal. L’essentiel est de retrouver la lumière. »
Éric Dubois qui voulait « montrer la part de poésie qu’il y a dans toute maladie psychique » nous invite dans le même temps à appréhender « cet obscur qui travaille en nous » évoqué par Henri Meschonnic. En lisant son Journal, nous empruntons ce chemin de la connaissance de soi qui passe par celui de l’autre où poésie et folie font danser l’âme sur le fil ténu où celui qui s’adonne à l’écriture n’est autre qu’un funambule en quête de sa lumière intérieure.
Françoise Urban-Menninger, «Journal, récit d’Éric Dubois paru dans la collection La Bleu-Turquin dirigée par Jacques Cauda aux Éditions Douro », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 26 juin 2025. URL :
La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).
L’association SIÉFÉGP publiera en septembre 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.
SIÉFÉGP, JUIN 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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N° III ÉTÉ 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception Irène Shraer, « Vertige du réel », nouvelles aux éditions Unicité, 2026, 141 p. 14€ Article par Maggy de Coster Site personnel Le Manoir Des Poètes
Il s’agit...
Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE » | Distinctions 2026 | Prix poétiques attribués par la SIÉFÉGP le 1er Mai | Revue Matrimoine 2026 | Le Prix International Poésie de l'Académie Claudine...
Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE » | Distinctions 2026 | Prix poétiques attribués par la SIÉFÉGP le 1er Mai | Revue Matrimoine 2026 | Le Prix International de Poésie Féministe de l'Académie...