2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 13:31

 

Lettre n°12 | Poèmes

 

Poème en court-métrage (français, arabe)

 

 

Poésie orientaliste & géopoétique

 

 

 

 

Vers des Déserts/نحو الصّحاري

 

 

 

(sur un poème de Rûmî)

 

 

 

Nicole Coppey

 

Site officiel : http://www.nicolecoppey.com/

Chaîne officielle YouTube : https://www.youtube.com/channel/UC_Mt28JgxfzPW91iaO7TS1g

 

 

© Crédit photo : "Vers des Déserts/نحو الصّحاري (sur un poème de Rûmî)", image capturée par LPpdm

 

https://youtu.be/2egl_evxot4

 

"Un souffle..."
 

Ode mystique de Djalâl Od-Dîn Rûmî

Ode 527 tirée de Odes mystiques, par Mawalânâ Djalâl Od-Dîn Rûmî,

Collection UNESCO d'œuvres représentatives,

traduction du Persan par Eva de Vitray-Meyerovitch et Mohammad Mokri,

© UNESCO 1973 pour la traduction française.

Reproduite avec la permission de l'UNESCO

 

Interprètes

Nicole Coppey et Ahmed Chebbi

Traduction et lecture arabe

Zouzi-Chebbi Mohamed Hassen

 

Musique

Extraits de "Chants Du Qanun" par Élie Achkar

Avec l'aimable autorisation de Buda Musique

par son Directeur Gilles Frochaux
 

Image et Montage

Manuel Larriaga

Tourné au Désert du Sahara, Chott El Jerid, Tunisie
 

Merci à

Zouzi-Chebbi Mohamed Hassen, Ahmed Chebbi, Zouhaier Chebbi, Famille Chebbi, Nadia et Amara Ghrab Morcos, Jean Duboc, Joyce Adam, H.F. Blondeau, Benoît

Sur une idée originale de © NC, 2012

 

Ce film & les deux courts-métrages

 

"Vers d'Entre-mers" & "Vers d'Outre-terres" (sur des poèmes de Rûmî)

 

forment une triade (un poème en trois temps)

 

 

***

 

Poésie, musique & art audiovisuel

 

***

 

Pour citer ce film

 

Nicole Coppey, « Vers des Déserts/نحو الصّحاري (sur un poème de Rûmî) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°12, mis en ligne le 2 octobre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/10/deserts.html

 

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 08:03

 

Poème inédit pour "Les voix de la paix et de la tolérance" 

 

 

Le cœur vaillant du vivant

 

Dina Sahyouni

 

© Crédit photo : Dina Sahyouni travaillant, hiver 2017. Image recadrée sans l'écran de l'ordinateur.

 

 

Plus qu'un égard,

plus qu'un sourire,

plus qu'un discours,

plus qu'un poème,

plus qu'une blessure,

plus qu'une femme ou qu'un homme que l'on aime

plus qu'un paradis promis aux cœurs bénis

plus qu'un cœur qui bat

et qu'un corps qui se bat

tu es l'autre qui me donne des ailes

quand les ombres me fixent sur la terre

tu es le chemin long, pénible de l'humanité vers sa propre destinée

 

 

Plus qu'un regard,

plus qu'une femme,

plus qu'un homme,

plus que le handicap,

plus qu'un animal,

plus qu'un végétal,

plus qu'une machine,

plus qu'un livre,

plus qu'un minéral,

plus qu'une mort,

plus qu'une vie,

plus qu'un regard qui me guérit,

plus que la différence

qui déchire ou sape la vie

tu es la mort de la haine

la tolérance des esprits

ma nourriture céleste

mon refuge d'être terrestre

d'être autiste –

tu es le Récit de mes récits

le pli de mon âme,

la seule valeur sûre qui me reste

reste autre, reste,

Silence ! Silence !

la différence est distance

n'est plus une souffrance

elle est tolérance, renaissance

 

Silence ! Silence !

la différence est distance

n'est que l'écart de nos points de vue

Non à la famine ! Non aux guerres !

reste autre, reste

nos différences sont des grains de beauté

éparpillés sur le visage de l'humanité

reste autre, reste,

autre si différent de moi

reste ici, reste

dans le cœur vaillant du vivant.

 

13 avril 2017 à 11h35

 

 

 

Poésie engagée

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Dina Sahyouni, « Le cœur vaillant du vivant », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique 2017 : ''Les voix de la paix et de la tolérance", mis en ligne le 18 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/coeur-vaillant.html

 

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 11:30

 

Poèmes inédits

Parution imprimée dans le hors-série 2016

Avant-première

 

 

« Les Versets simplifiés du soleil levant »

 

(extraits)

 

 

Maggy de Coster

 

Extraits publiés avec l'aimable autorisation de Maggy de Coster et des éditions du Cygne

 

© Crédit photo : 1ère & 4ème de couverture du recueil aux éditions du Cygne

© Crédit photo : 1ère & 4ème de couverture du recueil aux éditions du Cygne

 

 Ces extraits sont des poèmes inédits du recueil « Les Versets simplifiés du soleil levant », parution prévue aux éditions du Cygne en janvier 2017 avec la préface de Mario Selvaggio

***

2-

Que dire de tant de pensées stériles

Qui parsèment les lobes du cerveau

L’absurde gangrène les espaces de vie

Le verbe se fige dans le vide des convenances

La force des idées se perd dans les soubassements

de la colère

 

Les dires du coryphée se diluent dans les méandres

du désenchantement

Point de garde-de fou dans l’avant-scène : le péril se décrète

La nuit chasse le jour et tout recommence

 

La demande est instante

L’instant n’attend pas

La coupe se vide dans le vide

Et le vide se remplit du contenant et du contenu

 

29-06-16

***

5-

 

 

Je tends l’oreille pour écouter le souffle épique du vent

Il dédie la mélopée des hirondelles de mer

Aux marins happés par la furie des vagues

Les yeux rivés sur le firmament je découvre

La parade de l’arc-en-ciel et des rais de soleil après l’averse

Et le parfum de l’humus se révèle à mon l’odorat

Je goûte au sel de la joie en offrant une légère caresse

Aux éphémères coquelicots des champs

30-06-16

***

9-

 

 

Capter en douceur ces instants de lumière

Que projette le ciel par moments

Ces instants se dessinent comme des feux follets

Ou des formes folâtres voletant à la vitesse variable

Instants gradués à l’échelle des heures

Et qui défient la permanence de la monotonie

03-07-16

***

11-

 

 

Comme des herbes folles dans le parterre de la déraison

Les erreurs se découvrent dans les pages détachées

du livre des aveux

Alors il ne reste qu’ à céder à l’extrême pulsion du verbe agir

Pour s’épargner de l’ordalie de feu

Et laisser ondoyer l’oriflamme de l’amour

reviviscent sur le pavillon des cœurs,

remparts contre les vanités et l’aliénation conjuguées

4-07- 16

 

***

 

12-

Comment assainir les sentiers broussailleux

et retrouver les statuts des jours de paix ?

Je cache les pétales de joie dans les profondeurs de mon être

pour les épargner de la flétrissure

Je conjure à voix basse les revers du quotidien

Je lève ma coupe à la gloire de l’esprit sain

et je sautille en extase au clair du jour

 

Tant de fois inconnue à moi-même

je frissonne d’effroi au trot de mes pensées

dans l’antichambre de mon cerveau

Quel Prince convoquer à nos conciliabules

pour donner le ton à la plaidoirie des faibles ?

Ô nature immarcescible je t’adjure de nous être favorable !

4-07- 16

***

16-

 

 

Suturer cent fois la morsure du temps

Pour conjurer la mort sûre

Et ne pas prendre le mors aux dents

Quand s’écroule le radeau en mer étale

 

Ne pas laisser se répandre des libations de sang

Ne pas laisser fleurir des sentences de haine

Mais aux trois coups de brigadier

Laisser entrer le messager en scène

Pour faire allégeance à l’amour

07-07-16

 

***

 

18-

 

Je veux laisser pousser dans mon champ

Les glaïeuls aux couleurs de la victoire

Victoire-repoussoir du glaive de la guerre

Glaive-faucheur de l’innocence

Et déversoir de sang dans les entrailles de la terre

Terre-rempart des sacrificateurs

 

Quand auront germé les semences tardives

Combien serons-nous pour la fête de la moisson ?

 

08-07-16

 

Biographie

Maggy de Coster Journaliste de formation, écrivain, poète, traductrice, conférencière, anthologiste, parolière, Maggy De Coster, a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages, tous genres confondus, après avoir fait un stage à Radio France –Hérault, elle a travaillé pendant plusieurs années pour le Journal de l’Ariège et d’autres journaux européens et internationaux. Ses poèmes sont traduits en 10 langues et publiés dans des revues et anthologies universitaires. En 2000, elle fonde la revue et association littéraire « Le Manoir des Poètes ». Elle intervient au lycée dans le cadre des forums sur les métiers de la presse, publie des essaies la presse. Elle est sociétaire de la Société des Gens de lettres (SGDL), membre du P.E.N. Club français. Elle fut membre du Conseil d’Administration de la Société des Poètes Français pendant neuf ans et rédactrice en chef de sa revue, l’Agora, pendant 2 ans. Elle a obtenu plusieurs prix et distinctions en France, en Italie et en Amérique latine. Elle est régulièrement invitée en Amérique latine à représenter la France en tant qu’auteure et conférencière et Le Collège Daniel Octavio Crespo de Panama lui a décerné le certificat d’Honneur et Mérite en 2012. Un de ses recueils de poèmes bilingue-français espagnol « Entre Éclairs et pénombre / Entre relámpagos y penumbras » ainsi que son recueil de nouvelles «  Au gué des souvenirs » publié aux Éditions du Cygne ont fait l’objet de mémoires d’études à L’Université de Cagliari en Sardaigne, sous la direction du Professeur Mario SELVAGGIO. Son recueil bilingue Avant l’aube/Antes que despunte el alba fait aussi l’objet d’un mémoire de maîtrise de L’Université de Cagliari en Sardaigne. Elle a traduit en français plusieurs poètes et romanciers latino-américains et plus d’une quarantaine de poètes français en espagnol pour une anthologie à paraître en 2017 aux Éditions Desnel.

 

***

Pour citer ces poèmes

  

Maggy de Coster, « ''Les Versets simplifiés du soleil levant" (extraits)  », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 1er décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/versets.html

 

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Dernière mise à jour : 2 décembre 2016 (biographie ajoutée)

Dernière mise à jour : 3 décembre 2016 (ajout d'une image et des détails sur la parution des poèmes en janvier)

23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 08:00

 

Critique & réception

 

Dans l’ombre de la Lune  

 


 

Camille Aubaude

 

    

   

 

Mon ombre épaisse et lente Prochaine image

© Crédit photo : Couverture illustrée par Joëlle Ginoux-Duvivier

 

 

 

 

    Clochelune est-elle une simple poétesse ? Non, c’est la nuit qu’il faut lire les textes et découvrir l’époustouflante destinée de Juliette Schweisguth, dite Clochelune (1973-2011), dont les haïkus viennent d’être édités par une excellente petite maison d’édition dont la librairie-galerie se trouve 25 rue du Sommerard, près de Cluny et la Sorbonne, à Paris. Les éditions Pippa publient des textes de qualité, hors des réseaux et circuits plombés par la tyrannie du n’importe quoi.

 

    La préface de Thierry Cazals rappelle l’essentiel : « Eteignez votre télévision, débranchez votre téléphone, asseyez-vous dans un hamac face à la mer ou sur un tabouret […] : vous allez lire les haïkus d’une poétesse française trop tôt disparue […] venue au monde le 13 mai 1973 » et décédée le 22 juillet 2011, suivant « le chemin que chacun devra, tôt ou tard, emprunter : le face à face avec sa propre disparition ». « Fraîcheur », « empathie » et « révolte » sont les notions emblématiques de la poésie de Clochelune. Motifs familiers, certes, mais la technique littéraire qui transmet la pureté de cette voix déjà dévorée d’ombre est exceptionnelle. La « coquille » des haïkus a la simplicité des objets qui franchissent le temps :

 

 

dans mon coin breton

on vient me lécher les pieds :

la mer ou mon chat ?

 

le thé vert infuse

suivre un vol de papillon

retirer les feuilles

 

Clochelune recourt à cette forme connue dans le monde entier avec une exquise connaissance de l’art poétique japonais, préservant son mystère en lui donnant une douce raison***. Thierry Cazals souligne que Clochelune s’est extraite « de l’hypocrisie générale », pour retrouver un véritable état « de limpidité » : « Écrire, dit-elle, ce premier recueil de haïkus pour trouver ma coquille, faire naître ce double, Clochelune, et bercer l’enfant qui crie en moi, cette Clochelune que j’aide à naître… ».

 

 

    Le sens secret de ce personnage fictif qui a mué dans l’écriture, Clochelune, reste celé à jamais. Avant d’adopter ce nom de plume@, Juliette Schweisguth s’est voulue « Papillombre », néologisme inspiré par Lewis Carroll, sur qui elle avait commencé une thèse. Des moyens stylistiques très subtils l’éloignent des « fausses idoles ». Il faut citer encore une de ses phrases si justes, de la même tenue que les grands poètes japonais, russes, et de tous les pays, qui se rejoignent sans fausseté : « Ce monde-ci n’est pas le monde du cœur, le monde qui bat en chaque être humain (mais l’humain n’est sans doute pas accordé à son propre battement intérieur) ».

 


    Pour approcher l’insaisissable Clochelune, qui excelle à poser des fractions — fractions de l’origine, entre Terre et Ciel —, coupes dont on devine la racine, voici un de mes haïkus préférés, dû à une courtisane japonaise du XVIIIe siècle : « Le croassement des crapauds dans les champs inondé par les eaux claires : je vis en pensant jour et nuit à la lune qui, infidèle, flotte de champs en champs » (Hanaogi IV).

 

 

 

*** Pour une introduction précise à l’art du haïku, je renvoie à la préface d’Éva Doucet du recueil de haïkus La Lune aux rayons brisés, de la poétesse japonaise Satoko Tamura, que j’ai adaptés en français et publié dans la collection de poésie, « La maison des pages », éd. Publibook, 1999.

 

 

Voir aussiJuliette Schweisguth, dite Clochelune, Mon ombre épaisse et lente, Préf. Thierry Cazals et Christophe Caulier aux éditions Pippa, 2013

 

   

Pour citer ce texte

Camille Aubaude, « Dans l’ombre de la Lune », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°4 [En ligne], mis en ligne le 23 octobre 2013.  

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-ombre-lune-120675786.html/Url.http://0z.fr/e7AKr

 

 

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 08:00

 

 

Critique & réception

 

Poésie des souvenirs

 

 

Dina Sahyouni

    

 

 

 

 

 

Couverture Le jour du muguet Françoise Urban-Menninger

© Crédit photo : Couverture illustrée par Nils Gleyen

 

 

 

« Les jardins de notre enfance nous accompagnent jusqu'à la mort dans les allées intérieures de notre mémoire » (cf.« Dernier voyage », p. 31)

 

 

 


 

Lire Le jour du muguet et autres récits de Françoise Urban-Menninger, illustré par l'artiste talentueux Nils Gleyen n'est ni un acte anodin, ni une lecture facile. Cet ouvrage assez bref (64 pages) ne se laisse pas s'apprivoiser comme les autres écrits dits classiques (polluant parfois l'atmosphère littéraire et surtout poétique par leur tiédeur narrative et poétique). Dans ce livre, tout est différent, un rythme narratif soutenu, une éloquence et une poéticité qui lui sont propres. On a affaire à une poésie qui nous renvoie systématiquement à celle de Proust dans sa fameuse heptalogie (œuvre majeure) À la recherche du temps perdu mais elle s'en diffère pour épouser la poésie de femmes ouvrières infatigables de Mnémosyne. Et j'ose même dire que leurs productions littéraires n'occupent toujours pas la place qui leur revient dans l'histoire des idées.

 

    C'est un recueil de nouvelles inspirées de l'enfance de la nouvelliste Françoise Urban-Menninger tissant treize textes poétiques qui mettent l'accent sur des lieux chargés de souvenirs familiaux. Je relis ce livre et finis par me plonger dans les années bonheur de la nouvelliste où chaque détail de sa vie quotidienne, chaque pensée deviennent des déclencheurs narratifs d'histoires. On remarque que ces "déclencheurs narratifs" se personnifient en Muses ou représentent des substituts modernes de leurs pouvoirs chez la nouvelliste, ils sont le lieu d'une expérience esthétique qu'elle partage généreusement avec son lectorat. Critiquer alors ce livre revient à parler d'une certaine poésie : celle que l'on qualifie autrement d'authentique et de pure, celle des souvenirs. Et la poésie des souvenirs est celle de la mémoire, de la fidélité, de l'amour...

 

 

Les souvenirs sont le fil rouge et jouent un double rôle, ils sont la matière narrative première du livre et l'élément qui constitue sa tension narrative. Les personnages familiers tirent leurs forces de ce regard miroir de la nouvelliste qui balaye le temps. Dans « Une voix de velours », les temporalités prolifèrent comme les références culturelles d'une génération toute entière. La mère n'est plus une simple figure féminine de l'entourage intime de la nouvelliste, mais une femme ancrée dans l'histoire culturelle de la France et de celle du XXe siècle, cette mère était aussi une femme chargée de souvenirs, une voi(e)x poétique : « Oui, ma mère en interprétant les paroles de tous les chanteurs de variétés des années trente à soixante, exprimait son mal-être, ses sentiments profonds mais aussi ses joies et ses peines. » (cf. « Une voix de velours », pp.37-38)

 

La poésie de Françoise Urban-Menninger imprègne la lectrice (que je suis) de joies non seulement de ses expériences esthétiques relatées sous la forme de récits scènes de mémoires, de confidences empruntées au langage vivant des conteurs/conteuses où le merveilleux émerge de la souvenance, de la capacité de chacun-e d'entre nous à s'extasier face à la beauté d'un vécu riche de poésie des moments délicieux. Ce livre est aussi un hommage criant et bouleversant adressé à toutes les mères par l’intermédiaire de la figure maternelle de sa propre mère que Françoise Urban-Menninger nous raconte dans ces récits. Et l'on peut déchiffrer quelques notes de l'hymne à l'amour maternel qu'elle note au fil des pages : « Ces airs, mille fois entendus, me reviennent aujourd'hui, il suffit d'un mot ou d'une image pour que la voix de ma mère me traverse. » (cf. « Une voix de velours », p.37). Cette figure maternelle est multiple et émancipatrice malgré son profil nostalgique pour la nouvelliste qui la décrit avec une tendresse inouïe. C'est aussi le même miroir du temps mis à nu dans cette écriture-éloge de la souvenance qui restitue le passé au présent : le regard tendre de la nouvelliste sur les objets et les personnes de son entourage (y compris sur l'enfant qu'elle était) est celui de l'amour.

 

Le jour du muguet et autres récits contient également dans ses plis des personnages et des objets magiques traditionnels de l'univers de l'enfance. Ces références communes presque à nous tous/toutes comme Alice, hobbies, Ali Baba ancrent une fois encore l'ouvrage dans le monde féerique des contes de fées. La nouvelliste se rappelle comment ces histoires lui servaient de modèles pour affronter la vie, apprendre à composer avec les joies et les peines du quotidien comme dans « Pieds de nez » ou tout simplement à rêvasser et à s'émerveiller de tout ce qui l'entoure : « Il est des noms de lieu qui, lorsqu'on les entend pour la première fois, génèrent un charme au pouvoir évocateur. Ils invitent à la rêverie intérieure ou, mieux encore, au rêve éveillé. […] Cette Porte du Miroir avait sur moi l'effet d'un Sésame qui ouvrait grand mon imaginaire ! Je devenais alors, avant même de l'avoir rencontrée dans mes lectures, l'Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll, je courais après le petit lapin blanc d'un rêve tout éveillé. (cf. « La Porte du Miroir », pp. 43-44).

 

Chaque récit renferme simultanément une période charnière de l'enfance heureuse de la nouvelliste et de celle de l'histoire de l'Alsace : des visages, des lieux, des modes de consommations, des parcelles de la vie famille alsacienne des années 50-60. Habitée par la même force poétique, la narratrice de ces histoires brèves témoigne de certaines traditions familiales françaises (comme par exemple « Le jour du muguet »,  « La cueillette des champignons » et surtout alsaciennes (cf. «Vacherin glacé »). La famille, les plaisirs simples, les moments d'une convivialité et d'une complicité familiale sont saisis et figés dans le regard de la nouvelliste puis rendus des tableaux colorés de la vie de chacun-e d'entre nous. La singularité de ses souvenirs ne les prive point de leur message universel. À l'instar d'un Rousseau, d'un Proust, d'une Sylvia Plath, Françoise Urban-Menninger déjoue les temps et les espaces, établit d'autres temporalités fictives tissées avec chaque mot, chaque ponctuation, chaque souffle...

 

Le livre se termine avec une nouvelle intitulée « L'émerveillement ». Et oui, cet émerveillement s’immisce à chaque nouvelle et se compose de "Je ne sais quoi" qui est certainement le trait secret qui distingue la poésie de la nouvelliste des autres. Françoise Urban-Menninger nous livre dans Le jour du muguet et autres récits une sorte de symphonie poétique dédiée au « bonheur simple et enfantin d'être au monde » (cf. « Le jour du muguet », p. 42) qui résume merveilleusement sa philosophie de la vie et sa propre œuvre littéraire. Comme le persan Usbek, disons oui aux joies simples de la vie quotidienne « tout m'intéresse, tout m'étonne »***

 

 

 

 

*** Voir Montesquieu, Lettres persanes, texte établi et présenté par Jean Starobinski, éd. Gallimard, 1973, "Lettre XLVIII", p. 130.

 

 

Voir aussi : Françoise Urban-Menninger, Le jour du muguet et autres récits aux éditions Éditinter, 2013

 

 

 

Pour citer ce texte 

Dina Sahyouni, « Poésie des souvenirs », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°4 [En ligne], mis en ligne le 23 octobre 2013. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-poesie-souvenirs-120689810.html/Url.http://0z.fr/irm_9

 

 

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SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

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