30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 14:50

 

N°10 | Célébrations | Réflexions féministes sur  l'actualité | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages

 

 

 

 

 

 

 

Mila :

 

 

une femme hors normes*

 

 

 

 

Dina Sahyouni

 

Poéticienne, éditrice,

lyreuse & fondatrice de la SIÉFÉGP

 

 

 

 

​​​Crédit photo : "Reaching for the moon", peinture, image de Commons, Wikimedia domaine public. 


 

Ce billet dresse un constat alarmant sur la façon dont une jeune femme dans un pays fort civilisé peut concentrer à elle seule des animosités et haines des personnes aux discours généralement opposés**. Érigée en sorcière du XXIème siècle et diabolisée quotidiennement par des harceleurs et harceleuses, elle continue pourtant à tracer son chemin en femme hors normes qui dérange beaucoup de gens par ses propos illustrant avec brio la liberté d'expression dans une France bien laïque. 

 

Les propos de Mila provoquent des réactions violentes** et pourtant ils sont souvent nuancés. Mila dérange certains mais elle fait du bien à nos sociétés trop policées tombées dans une tiédeur normative et qui ne laissent plus aux femmes hors normes la possibilité d'exister sans être condamnées au silence par une opinion publique plus que répressive et agressive. 

 

Cette moderne fée poétique du monde réel, malgré ses nombreuses difficultés de femme empêchée de vivre en toute liberté comme les jeunes femmes de son âge, dévoile les ignominies des uns et les lâchetés politiques des autres qui ne la soutiennent pas. 

Malheureusement, on ne la protège pas assez. 

Malheureusement, on ne la défend pas assez. 

 

Certaines personnes refusent de lui apporter leur soutien parce qu'elle a des attitudes ou des avis qui ne leur conviennent pas. Je pense qu'elles ont tort car on doit la soutenir plus encore quand on n'est pas d'accord avec elle pour pouvoir justement en discuter sereinement sans s'ériger en censeurs de bonne volonté des temps révolus.

 

La soutenir dans sa lutte contre l'obscurantisme religieux, contre tout fanatisme me semble de plus en plus un devoir laïc, citoyen et féministe qui nous oblige afin de réveiller en chaque jeune femme la nécessité de "s'individuer"*** et d'user de sa liberté d'expression quand elle le souhaite et indépendamment des intimidations et tentatives d'instrumentalisation de ses discours et/ou vie. 

 

©DS

 

 


 

 

 

* Selon le sens donné par Barbara Polla dans "Femmes hors normes" aux éditions Odile Jacob, 2017, voir aussi mon texte "La puissance d'être soi ou Femmes hors normes de Barbara Polla" sur cet essai, URL. http://www.pandesmuses.fr/2017/femmes-hors-normes.html

** Veuillez consulter à ce sujet l'actualité concernant cette jeune femme et ses comptes sur les réseaux sociaux. Veuillez consulter également son communiqué de presse : https://twitter.com/magicalorrs/status/1476241443534651392?t=19gBH9-qgxvUw4i7xLdhHQ&s=19

*** Op. cit.

 

À lire aussi : 

***

 

Pour citer ce billet féministe inédit

 

Dina Sahyouni, « Mila : une femme hors normes », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne-Hiver 2021-22 « Célébrations », mis en ligne le 30 décembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/ds-milafemmehorsnormes

 

 

 

Mise en page par David Simon

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du N°10 

28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 16:15


Numéro Spécial | Printemps 2022 | Dossier majeur | Florilège ​​ 

 

 

 

 

 

 

 

Barbare lecteur, Fontaine auvergnate

 

 

& Le compteur électrique (6 sizains)

 

 

 

 

 

Textes & photographie

 

Chantal Robillard

 

Art. Wikipédia​​​​​​

 

 

 

© Crédit photo :  Chantal Robillard, "Fontaine enneigée ".

 

 

Barbare lecteur

 


 

Au salon du livre

De Colmar, fin novembre :

Dimanche matin.


 

La foule est venue.

Je lis un achat tout frais.

Paf, quelqu’un me crie, 


 

Juste sous le nez,

Me tendant un gros bouquin

Agressivement :


 

– Combien, celui-là ?

– Ah, nous, assis aux étals,

sommes les auteurs.


 

Mais derechef je

Vous appelle un des vendeurs,

Dis-je en me tournant

 

Derrière, vers eux.

(Tiens, bonjour mon mal de dos !).

Braille malotru :


 

– Mais alors, vous, là,

À quoi donc vous servez , hein ?

J’explique, restant polie :


 

– Assis les auteurs,

Et les libraires debout.

Chacun son métier.


 

– C’est bien compliqué,

Vot’ truc, dit le gars. Ben moi,

Métier : acheuteur !


 

Eh ben ? C’est combien ?

Je reste affable, souris.

La vendeuse, enfin,


 

Arrive à grands pas.

Vient vers nous et là… me dit :

Je lis mal le prix,



 

Sans mes gros lorgnons.

C'est écrit en tout petit.

Pas de bol, c'est la

 

Retraitée venue

En renfort « aider un peu » !

Je me penche donc,


 

Dois donner ce prix.

Le bonhomme est furibard,

Croit qu’on s’est moqué


 

De lui. S’en va, tout

Ronchonnant qu’ « à

l’acheteur

On doit le respect ».


 

La morale, ici ?

Essayez donc  d’éduquer

Barbare lecteur.

 

 



 

 

Fontaine auvergnate

 

 

 

(mais rime berrychonne )



 

Surprise en arrivant : le bac

De ma vieille fontaine

Avait chapeau sur le bec.


 

C’était un vrai mirage :

Par-dessus, illuminée,

Une autre était admirée,

 

Au couchant, tandis que l’eau,

Malgré le grand froid courant,

Des deux jets allait coulant.

 

Dans le bac, les trois poissons

Tournaient toujours bien en rond,

– Comme souvent nous pensons ! –,

 

Tout en bas de l’avenue.

C’était bien de l’embellir,

Penser à son avenir.

 

C’était un beau grimage,

L’éclairage s’animait,

Et la fontaine rimait.


 

 

 


Le compteur électrique (6 sizains)

 

 

La maison de Sausset

Était bien saugrenue.

Il se passait toujours

Lorsque nous arrivions,

Tout chargés, endormis,

Sortant du train de nuit,

 


 

Cette chose insolite :

Vite notre pépé

Se précipitait vers

La boîte du compteur.

« Il a encore baissé ! »

Clamait-il aussitôt


 

 

Après l'avoir branché.

Alors mes grands-parents,

Auvergnats si radins,

Couraient tout allumer,

De la cave au grenier,

Toutes les pièces, oui,


 

 

Une vraie gabegie !

Durant notre séjour,

Des ampoules à cent watts

Brûlaient, luisaient, brillaient, 

Scintillaient de partout :

Un Noël hors saison,


 

 

Hurlant qu’on était là !

C’est peut-être pour ça

Que les riches voisins

Nous prenaient pour des fous

Presque aussi riches qu’eux

Et daignaient m’inviter ?


 

 

J’eus bien plus tard la clé :

Le compteur défaillant

En arrière tournait

Dès que nous repartions !

Pour ne pas le changer,

Il fallait… rattraper !

 

 

 

© C. Robillard

 

 

***

 

Pour citer ces poèmes humoristiques & inédits

 

Chantal Robillard, « Barbare lecteur », « Fontaine auvergnate » & « Le compteur électrique (6 sizains) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Numéro Spécial | Printemps 2022 « L'humour au féminin » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 28 décembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/ns2022/cr-fontaineauvergnate

 

 

 

Mise en page par David Simon

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du Numéro Spécial 2022 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro Spécial 2022 Humour
25 décembre 2021 6 25 /12 /décembre /2021 18:36

 

N° 10 | Célébrations | Actions en faveur des femmes & LGBT+ [parution numérique uniquement] 

 

 

 

 

 

 

 

 

Concours de poésie visuelle

 

 

 

 

 

SIÉFÉGP

Société Internationale d'Études des Femmes

& d'Études de Genre en Poésie

 

 

 

Crédit photo : Elisa Salas, "Caligrama de Medusa"/le "Calligramme de Méduse", image Commons, wikimédia. 

 

 

 

Les créatrices s'intéressent peu à la poésie visuelle et ses mouvements (spatialiste, concrète, graphique, etc.) Pour tenter d'y remédier, LE PAN POÉTIQUE DES MUSES avec l'accord de l'association SIÉFÉGP, vous propose de prendre part à leur Concours international de Poésie visuelle. Par le biais de cette initiative, la revue espère inciter les créatives en général et les artistes en particulier à apprécier et à pratiquer si possible ce sentier pictural du champ poétique. Peu de poètes femmes s'y aventurent parmi elles, on peut par exemple citer : Lily Greenham, Anna Bella Geiger, Ilse Garnier, Elisa Salas (voir image précédente ci-haut) et Nicole Coppey.

Ce concours récompensera pour sa première édition le 8 avril 2022 2023 l'œuvre d'une poète visuelle confirmée, débutante, etc.* La gagnante du concours aura une aide à la création poétique (visuelle de préférence) d'un montant de 200€, une attestation numérique publiée dans ce périodique et la publication du poème visuel gagnant dans l'édition 2022 2023 du Festival international Megalesia. les quatre autres gagnantes auront également des attestations numériques publiées dans ce périodique et la publication de leurs poèmes visuels dans l'édition 2022 2023 du festival international Megalesia.

 

 

Conditions pour y concourir :

 

1. Ce concours est international, les auteures non francophones peuvent y concourir. 

2. Ce concours concerne toutes les formes visuelles de l'expression poétique.

3. S'inscrire au concours en faisant un don de 1€ symbolique au plus tard le 28 février 20 mars 2022 20 janvier 2023 (lien Web pour faire votre don qui constitue une inscription : ici), les personnes qui ne peuvent pas faire ce don sont évidemment dispensées de le faire et s'inscrivent directement par l'envoi postal ou électronique de leur proposition au concours.

4. Deux propositions visuelles par participante dans la langue de son choix.

5. Le thème de ce concours est libre. Les participantes ont "Carte blanche" pour s'exprimer.

6. Les œuvres déjà publiées sont acceptées. La publication dans LE PAN POÉTIQUE DES MUSES d'une œuvre gagnante déjà éditée doit être autorisée par l'auteure et la maison d'édition à titre gratuit pour tous les supports de la revue (numérique, livresque, etc.)

7. L'envoi par messagerie électronique des œuvres doit se faire avant le premier mars 2022 21 janvier 2023 en format word, pdf et Jpg avec la biographie de la participante à contactlppdm@pandesmuses.fr avec l'objet "Concours de poésie visuelle" durant la période du 31 janvier au 28 février 20 mars 2022 20 janvier 2023.

8. LE PAN POÉTIQUE DES MUSES peut refuser de désigner des gagnantes si la qualité des œuvres proposées n'est pas satisfaisante. Les participantes ne peuvent en aucun cas réclamer le remboursement de leur don symbolique à la SIÉFÉGP. La gagnante du concours (sauf mention contraire stipulée ci-dessus) aura la somme de 200€ par un courrier postal recommandé avec avis de réception au plus tard trois mois après l'annonce publique du résultat du concours dans ce périodique.

9. L'annonce du résultat final se fait publiquement et aura lieu le 8 avril 22 8 avril 2023 (sauf en cas de force majeure).

 

 

 

* Comme les autres distinctions de la SIÉFÉGP, ce concours est foncièrement inclusif.

 

 

 

Joyeux Noël ! 

 

 

***

 

Pour citer cet avis inédit

 

 

SIÉFÉGP, « Concours de poésie visuelle », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne-Hiver 2021-2022 « Célébrationsmis en ligne 25 décembre 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/no10/siefegp-concoursdepoesievisuelle 

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

Dernières mises à jour les 14 février 2022, 14 mars 2022 (modification de la date butoir du concours par manque de participantes). 

 

 

© Tous droits réservés

 

Retour au sommaire du N°10

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 10 Agenda Distinctions Muses et féminins en poésie
24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 11:34

 

N°10 | Célébrations | Critique & Réception | Réflexions féministes sur l'actualité

 

 

 

 

 

 

Sur une passion :

 

 

« now we’re talkin’»

 

 

 

 

 

Critique par

 

Camille Aubaude

 

Site & blog officiels :

www.lamaisondespages.com/

https://camilleaubaude.wordpress.com/

 

 

Dessin par

 

 

Jean-Louis Polletimage

 

 

© Crédit photo : Portrait de "Simone Chevallier" par Jean-Louis Polletimage, image fournie par l'autrice.

 

 

 

Les Deux Étendards* est un récit fleuve dans lequel Lucien Rebatet se convertit en Michel. Ce livre est conçu tel un édifice mystique, mais c’est avant tout un tombeau de la passion que l’auteur éprouva pour la poétesse Simone Chevallier.

 

 

À partir du moment où Michel, sous sa forme d’Archange, est amoureux d’Anne-Marie — la Sainte Anne et la Vierge figurent la Poétesse —, il écrit, ultra fébrile, dans « le langage spontané d’un amour qui n’en pouvait connaître d’autre (…) aucun biais, aucun mensonge n’étaient praticables » (p. 114). Il n’existait qu’une seule femme « si magnifiquement orgueilleuse» (p. 112)  pour déclencher une telle force d’écriture :  « Je mène le combat le plus effrayant de ma vie » (p. 131), constate Michel. À partir de cette figure féminine, il se contraint à écrire sur le Bien et le Mal : « Anne-Marie, Dieu, l’œuvre : le programme était colossal » (p. 157).

 

Je résume le portrait d’Anne-Marie : « Cette fille bouleversante, ce naturel, ce charme et un cœur ouvert à une immense passion » (p. 115). C’est en effet la poétesse Simone Chevallier, personnage réel de ce « bloc d’adoration et de désespoir » (p. 114), que Lucien Rebatet a voulu rendre public, dans un contexte terrible, et à cause de cela jamais exprimé dans le récit : la seconde guerre mondiale. Rebatet a choisi le camp de l’extrême droite, à cause de l’éducation catholique dont il se défend dans ce livre écrit pour partie en prison. « Un seul but importait : tout revivre » (p. 120). Il y a une dynamique du souvenir : tout revient ! D’autant plus si le monde s’effondre, faisant comprendre que le crime ne paie pas...

       L’écriture si fébrile, a surgi juste après la rencontre d’Anne-Marie, un six janvier. Cela évoque les commémorations de la première nuit de Victor Hugo et Juliette Drouet, qui fut l’objet d’une pièce de théâtre ! Le narrateur veut faire mieux que tous les autres en la matière. Il est significatif qu’il ait été comparé à « une buée brûlante » par l’autrice d’Histoire d’O (Dominique Aury, alias Pauline Réage), grande figure de la N.R.F., femme d’influence et maîtresse secrète d’un écrivain de pouvoir, alors que Rebatet était démantelé, à bout de transes cruelles… Tandis qu'un texte sans puissance d’émotion, assénant une image de la femme masochiste soumise à son amant, est recommandé, Les Deux Étendards sont mis au rebut. Ses adversaires ont pu parler de « contre-poésie », sans s’intéresser à la poésie de la vraie Anne-Marie, cela va sans dire, mais encore, en niant l’assertion de l’auteur d’avoir eu Anne-Marie comme catalyseur de son écriture, car le mot « inspiratrice » ne convient pas à « Ces amants voués au déchirement d’un éternel adieu » (p. 115). Le système de la négation de la poétesse est comparable à celui que j’ai décrit** pour la pièce sur Edmond Rostand qui connaît un large succès depuis 2019, en présentant la poétesse Rosemonde Girard de la façon la plus commune possible, ce discours machiste inoculant une représentation inversée de la poétesse. 

Le discours de Rebatet est certes machiste, mais son expérience amoureuse et son questionnement mystique, loin de s’exclure, élèvent au sommet de la recherche religieuse, qui est un refus de l’éparpillement par la manifestation de l’Unité : Anne-Marie.

Pour outrer son rejet de la religion « du châtrage » (p. 151), « un système ignoble et désastreux, le catholicisme » (p. 118), Michel livre une guerre abjecte à son ami Régis, dont Anne-Marie est depuis deux ans la chaste compagne : « cette fille miraculeuse est bien dans des mains absurdes » (p. 115). Or, « Ce Régis nouveau créé par cette fille » (p. 115), est aussi une œuvre d’Anne-Marie. Régis, ce « mortel d’exception », incarne la musique. Connu en tant qu’auteur sous le nom de François Varillon, il fut un ami proche de Paul Claudel. « Je ne sais quelle infirmité du goût vient dévier ses plus beaux élans » (p. 133) constate Rebatet (i.e. Michel…), remarque qui s’adresse à tant de romanciers-ères, croyant pouvoir unir la littérature au show-biz.

« Now we’re talkin’ »...

Ultime touche du portrait littéraire d’Anne-Marie, que Michel accuse Régis d’avoir sacrifiée à sa vocation : « Vous avez immolé une femme, l’une des plus exquises, des plus touchantes qui soient au monde » (p. 1153). Et il a consacré plusieurs centaines de pages à la glorifier... Donc, la poétesse est « immolé »  deux fois sur l’autel de « l’amour sans lit » des Deux Étendards où les éclats du monde littéraire de l’après-guerre ont la fonction d’un chemin spirituel. Ainsi traité ton communément l’ineffable Beauté, « la perle aux mille orients »*** : c’est la femme qui meurt, insaisissable et immanente (voir mon Voyage en Orient, les lectures d’Iguazù). 

Que devient l’Archange, Michel, mu par le sentiment stupide et abject d’être un homme d’exception ? Les Deux Étendards livrent toutes les facettes de cet orgueil de caste qui a fait la grandeur des civilisations et leur chute. Il a joué aussi pour l’interdiction des femmes d’accéder au savoir. L’Archange est fait par la Poétesse : poiein, qui a donné « poésie » signifie « faire au mieux, avec art et enthousiasme ». Possédé puis révélé par l’amour, l’Archange Michel est en même temps Démon, et daïmôn vengeur, brûlant parfois aux Enfers, où ne règne plus la Grande Déesse, la Géante :

« Mon amour ne peut être qu’une plaie que je m’acharnerai à envenimer. (…) Ah ! cela est-il tenable sans que l’on en crève ? » (p. 122)

Condamné à mort, puis gracié, ce pamphlétaire aussi doué que Léon Bloy, est né et décédé dans un petit village. Il aurait pu se vouer à sa vocation de poète, celle que préserve Simone Chevallier dans son récit autobiographique qui se déroule aussi à Lyon, La Ville aux deux fleuves :

« Elle se fia une fois de plus à son instinct de poète qui lui semblait plus sûr que la conscience » (voir éd. Janicot, 1945, p. 243).

 

Bonne façon de s’y retrouver, sans choisir, en restant sous l’influence des enchantements. Le démon ne tourmente pas Anne-Marie mais la protège des atteintes de la jalousie et de la haine. Tandis que la poésie travaille à l’accouchement des multiples passions, qui n’en sont qu’Une : Isis, Sainte Anne, la Vierge Marie, ou la Poétesse. À jamais transfigurée, elle parle :

 

 

Qui es-tu, ô femme, en moi, primitive,

Vite perdue, à la dérive,

Encore à demi enlisée

Dans la fondrière des jours (…).

 

Simone Chevallier, Tour d’ivoire


 

Mon cœur hurle à la lune,

Il rugit dans le vent. 

Il réclame son dû de tempête et de sang.

Féroce et gémissant, il veut sa part humaine

D’amour et de douleur, de douceur et de haine.

 

Simone Chevallier, L’Hydre


 

 

© C. Aubaude 

 

 

 

Notes

 

* La pagination est celle de la version trouvée sur Google : 411009618-Lucien-Romain-Rebatet-Les-deux-etendards-1951 (1).pdf

** Camille Aubaude, « Chronique d’Edmond au Théâtre du Palais Royal », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 6 avril 2017. Url :

http://www.pandesmuses.fr/edmond.html

*** Version initiale dans mes Poèmes satiriques, traduits en espagnol par Rosario Valdivia.


 

 

***

 

Pour citer ce texte inédit 

 

Camille Aubaude, « Sur une passion : "now we’re talkin’" », dessin par Jean-Louis Polletimage, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°10| Autome-Hiver 2021-2022 « Célébrations », mis en ligne le 24 décembre 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/ca-passionnowweretalkin

 

 

 

 

Mise en page par David Simon

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du N°10 

​​​​​​​​​​

23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 14:43

 

N°10 | Célébrations | Revue culturelle d'Europe | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages

 

 

 

 

 

 

 

Germaine Tillion

 

 

 

entre résistance & fraternité

 

 

 

 

 

 

 

Mustapha Saha

 

Sociologue, poète, artiste peintre

 

 

 

 

 

© Crédit photo :  Mustapha Saha, portait de "Germaine Tillion". Portrait. Peinture sur toile, dimensions : 100 x 81 cm

 

 

 

Germaine Tillion (1907-2008), qui avait fait du juste et du vrai l’emblème de son siècle d’existence, est en droit de recevoir aujourd’hui l’éternelle reconnaissance nationale. Elle incarnait la liberté, l’égalité, la fraternité entre tous les peuples, toutes les cultures, toutes les civilisations, comme des droits inviolables et des devoirs incompressibles. Elle consacra sa vie, dans une destinée maîtrisée jusqu’au dernier souffle, son intelligence d'observation, sa puissance d’analyse, sa rigueur scientifique, ses recherches ethnologiques, son intransigeance éthique, ses engagements politiques, à la défense sans répit de la dignité humaine.

 

Elle était une figure vivante de la résistance dans toutes ses dimensions, la résistance à la bête immonde qui ravagea les peuples et leurs territoires, la résistance aux souffrances inimaginables du camp de concentration de Ravensbrück où elle fut déportée sur dénonciation, où elle fit de l’humour et de la création artistique des armes de combat, la résistance aux crimes militaires contre les algériens qu’elle soutint sans faillir dans leur lutte pour l’indépendance. Elle connaissait ce peuple mieux que personne. Disciple de Marcel Mauss, elle consacra sa thèse de doctorat aux berbères des Aurès avant de publier plus tard le maître-livre « Le Harem et les cousins ».

 

 

Sa ferveur pour le genre humain et son génie culturel, à toutes les époques, partout sur la planète, était si communicative qu’elle ouvrait instantanément des horizons insoupçonnables. Elle rendait ses interlocuteurs intelligents par sa seule présence, par l’éclat permanent de son regard, les étincelles stimulantes de sa parole, qui rendaient évidentes les vérités cachées. Sa mémoire impressionnante restituait dans les moindres détails les évènements vécus, les épreuves surmontées, les territoires parcourus, les anonymes rencontrés. Elle tissait sans cesse des liens entre ses missions officielles et ses recherches ethnographiques, explorait dans ses finesses la langue tamasheq, restituait dans ses profondeurs la civilisation touareg et les autres cultures sahariennes. Elle rendait aux univers symboliques, aux dérives imaginaires, aux pratiques magiques, qui transcendent la condition humaine et la subliment, leur grâce naturelle.

 

 

Sa vie et son œuvre furent, jusqu’au bout, indissociables. Elle se sentait, dans une universalité, ou pour employer un terme qui m’est propre, dans une diversalité,  qui animait chaque fibre de son être. Elle jugeait la valeur des cultures et des civilisations à la place qu’elles accordent à l’altérité. Elle portait l’autre en elle, tous les autres, comme une mère porte ses enfants, sans jamais tomber dans le messianisme prodigueur de leçons morales. Elle disait, dans un perpétuel hymne à la vie : « Notre esprit doit rester vigilant et clair, prêt à contre nous-mêmes si c’est nécessaire. Je pense de toutes mes forces que la justice et la vérité comptent plus que n’importe quel intérêt politique. Pour moi, la résistance consiste à dire non. C’est-à-dire non à l’assassinat, au crime. Il n’y a rien de plus créateur que dire non à l’assassinat, à la cruauté, à la peine de mort ».

 

 

© M. Saha


 

 

***

 

Pour citer ce texte inédit  

 

Mustapha Saha, « Germaine Tillion entre résistance et fraternité », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 23 décembre 2021Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/ms-germainetillion

 

 

Mise en page par David Simon

 

© Tous droits réservés 

Retour au sommaire du N°10

Bienvenue !

 

RÉCEMMENT, LE SITE « PANDESMUSES.FR » A BASCULÉ EN HTTPS ET LA DEUXIÈME PHASE DE SA MAINTENANCE PRENDRA DES MOIS VOIRE UN AN. NOTRE SITE A GARDÉ SON ANCIEN THÈME GRAPHIQUE MAIS BEAUCOUP DE PAGES DOIVENT RETROUVER LEUR PRÉSENTATION INITIALE. EN OUTRE, UN CLASSEMENT GÉNÉRAL PAR PÉRIODE SE MET PETIT À PETIT EN PLACE AVEC QUELQUES NOUVEAUTÉS POUR FACILITER VOS RECHERCHES SUR NOTRE SITE. TOUT CELA PERTURBE ET RALENTIT LA MISE EN LIGNE DE NOUVEAUX DOCUMENTS, MERCI BIEN DE VOTRE COMPRÉHENSION ! 

LUNDI LE 3 MARS 2025

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES

Rechercher

Publications

Dernière nouveautés en date :

VOUS POUVEZ DÉSORMAIS SUIVRE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES  SUR INSTAGRAM

Info du 29 mars 2022.

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

À La Une

  • AUTOMNE 2025 | NO IV
    VOUS AVEZ ENCORE LA POSSIBLITÉ DE NOUS ADRESSER PAR COURRIEL VOS OUVRAGES EN FORMAT PDF POUR TENTER DE REMPORTER LE 8 MARS 2026 LE PRIX LITTÉRAIRE CI-JOINT SIÉFÉGP, 1ER DÉCEMBRE 2025 LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE ET...
  • Événement littéraire : Et les livres deviennent femmes !
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Critique & réception | Métiers du livre | Actions pour l’égalité des sexes Événement littéraire : Et les livres deviennent femmes ! Photographies & article inédits par Maggy de Coster Site personnel Le Manoir...
  • L'éblouissement, Ville et Les variations de mon propre feu
    REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques L'éblouissement, Ville & Les variations de mon propre feu Poèmes lyriques par Mariela Cordero Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste visuelle, conseillère éditoriale pour la Revue de Symbolologie...
  • La mer sauvage, L'autre mer et La houle qui nous réclamait
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Astres & animaux / Nature en poésie La mer sauvage, L'autre mer & La houle qui nous réclamait Poèmes lyriques par Mariela Cordero Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste...
  • La nuit s'ouvre et Sable
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Poésie érotique | Astres & animaux / Nature en poésie La nuit s'ouvre & Sable Poèmes lyriques par Mariela Cordero Avocate, poète, écrivaine, traductrice, artiste visuelle, conseillère...
  • Avis de parution de « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Cuisiner en poétisant | Annonces diverses / Avis de parution Avis de parution de « L'heure du thé et autres nouvelles » de Françoise Urban-Menninger aux éditions Astérion © Crédit photo : Première de couverture...
  • À Sète, au festival « Voix vives » édition 2025
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier À Sète, au festival « Voix vives » édition 2025* Témoignage & images par Amel Boudali © Crédit photo : Amel Boudali en mode...
  • Les Nuits d'Alger
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Revue poépolitique & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques Les Nuits d'Alger Poème engagé par Amel Boudali Crédit photo : Eugène Delacroix (1798-1863), « Les Femmes...
  • À paraître prochainement : « La poétesse Nicole Coppey : Récit de vie et de création artistique »
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Annonces diverses / Avis de parution À paraître prochainement : « La poétesse Nicole Coppey : Récit de vie & de création artistique » © Crédit photo : Couverture illustrée de l’ouvrage « La poétesse Nicole...
  • Une femme la nuit
    N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossier mineur | Florilège | Revue matrimoine | Voix/Voies de la sororité | Poésie & philosphie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques Une femme la nuit Poème féministe par Amel Boudali Je suis...