21 juin 2024 5 21 /06 /juin /2024 17:44

N° III | ÉTÉ 2024 | Florapoétique / 1er Volet | Entretiens poétiques, artistiques & féministes & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Entretiens

 

 

 

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FOCUS SUR IBTISSEM KHALFALLAH : « Ma maladie

 

a façonné mon monde, et la poésie est une porte

 

libératrice des maux et des frustrations… »

 

 

 

 

 

 

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Propos recueillis en juin 2024 par

 

 

Hanen Marouani

 

 

 

Entrevue & photographies de

 

 

Ibtissem KHALFALLAH

 

 

 

 

© Crédit photo : Portrait de la poétesse Ibtissem KHALFALLAH.

 

 

Biographie

 

Elle est née à Tunis il y a 51 ans et a effectué toute sa scolarité dans cette même ville. Par la suite, elle a travaillé dans l'hôtellerie et a également été dame de compagnie pendant plusieurs années. En 2008-2009, elle a suivi une formation en aromathérapie en Suisse.

Elle a toujours eu un amour pour l'écriture, en particulier en français, grâce à sa maîtresse d'école primaire française mariée à un tunisien Madame Sai, et à sa professeure de français au collège Khéreddine Pacha à l’Ariana Madame Samira BEN MILED. La lecture a aussi toujours été une de ses passions, notamment « Les Mille et Une Nuits », qu'elle considère comme un chef-d'œuvre.

Elle a commencé à publier ses textes sur Facebook depuis 2009, puis en 2011, elle a publié son premier recueil. Elle a participé à plusieurs appels à écriture et a été lauréate à trois reprises.

En plus de ses recueils, elle a écrit plusieurs articles pour le journal Attarik Al Jadid et pour la revue Espace Manager.

 

© Crédit photo : Première & quatrième de couverture illustrée de l'œuvre collective intitulée « L'Océan Ciel » avec la contribution de l'autrice Ibtissem KHALFALLAH.

 

Interview

 

FOCUS SUR IBTISSEM KHALFALLAH : « Ma maladie a façonné mon monde, et la poésie est une porte libératrice des maux et des frustrations… »

 

 

Hanen MAROUANI — Ibtissem KHALFALLAH, comment décririez-vous l'évolution de votre poésie ?

Ibtissem KHALFALLAH Ma poésie parle toujours des préoccupations que chaque personne peut avoir à un moment ou un autre de sa vie. Parfois, je parle de l’amitié, de l’amour, du deuil ; il m’arrive également d'écrire sur la politique et sur les préoccupations sociales…

 

H.M — Après plus de vingt ans passés en Suisse, en quoi cette expérience a-t-elle influencé votre écriture poétique et votre perception de la vie ?

I.K — Je suis en Suisse depuis une vingtaine d’années. J’écris certes en français, mais mon âme est universelle avec cette tunisianité qui m’a forgée.

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© Crédit photo : Première & quatrième de couverture illustrée de l'œuvre intitulée «L'Inexistée » de la poétesse Ibtissem KHALFALLAH.

© Crédit photo : Première de couverture illustrée de l'œuvre intitulée « Rosée » de la poétesse Ibtissem KHALFALLAH.

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H.M Vos recueils publiés Rosée et l'inexistée par Les éditions du Panthéon expriment des émotions profondes et des réflexions intimes et engagées. Quelle est la première source d'inspiration derrière ces œuvres et comment sont-elles accueillies par le public ?

I.K — Rosée est un recueil de deuil. L’inexistée est une expérience de l’être dans toute sa dimension. Je ne sais pas comment le lecteur les perçoit, mais j’ai eu un bon retour sur Rosée lors de ma participation au Palp Festival en 2023 à Muras, en Valais central (Suisse). J'ai également eu de bons retours sur des lectures sur France Musique de certains de mes textes : Du Son du Kholkhal, paru en 2011 aux éditions Épingle-à-nourrice, et L’Anarchiste, texte lauréat du concours d’écriture pour l’émission Les Contes du jour et de la nuit sur France Musique, avec Véronique Sauger. 

 

H.M — La poésie est souvent vue comme une forme de lutte silencieuse. Comment percevez-vous le rôle de votre poésie dans la sensibilisation aux questions sociales et politiques, en particulier les questions d'actualité ?

I.K — J’ai écrit sur la politique en Tunisie durant la période de 2010-2011, puis sur les années qui ont suivi, abordant des sujets tels que la femme, Kasserine, et les enjeux économiques et socio-politiques dans certains de mes articles publiés sur Facebook. La poésie est chargée d’émotions débordantes ou refoulées, mais elle est aussi un miroir reflétant un quotidien en mouvement, que ce soit le mien ou celui des autres. Je reste attentive aux besoins des Tunisiens, essentiellement.

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée de l'œuvre intitulée « Perdus en terre étrangère » de la poétesse Ibtissem KHALFALLAH.

 

H.M — Votre lutte contre la maladie chez elle influence votre écriture et votre vision de la vie ?

I.K — Ma maladie a façonné mon monde, et la poésie est une porte libératrice des maux et des frustrations, des pourquoi… La décompensation psychotique n’est pas une pathologie facile, et j’ai dû chercher très profondément en moi le courage d’en sortir, bien sûr avec la méditation et beaucoup de foi. Ma maladie a-t-elle influencé ma vie ? Bien sûr ! Je ne suis plus la même, et le regard que je porte sur les hommes, l’univers et ma propre perception de moi-même a changé.

 

H.M — Comment la scène culturelle suisse vous a-t-elle accueillie en tant qu'auteure ? Quel a été son impact sur l’ensemble de votre travail poétique ?

I.K — Je suis membre de la SEV qui m’envoie régulièrement les informations concernant la scène culturelle du Valais, et les différentes manifestations littéraires en Suisse.

 

 

© Crédit photo : Première & quatrième de couverture illustrée de l'œuvre intitulée « Le son du Kholkhal » de la poétesse Ibtissem KHALFALLAH.

 

H.M — Pouvez-vous partager votre collaboration avec France Culture et comment cela a-t-il marqué votre carrière d'écrivaine ?

I.K — Véronique Sauger, pour son émission Les contes du jour et de la nuit sur France Musique, m'a beaucoup encouragée en diffusant, sur une semaine entière en 2011 je crois, une dizaine de mes textes avec une improvisation musicale.

 

H.M — En tant que poète, quelles sont vos aspirations futures ? Y a-t-il des thèmes que vous souhaitez explorer davantage dans vos œuvres à venir ?

I.K — Il m'arrive parfois de penser à écrire une autobiographie.

 

H.M Comment percevez-vous le rôle de la poésie dans la construction de ponts culturels et la promotion de la compréhension interculturelle, notamment entre la Suisse et la Tunisie ?

I.K — Comme je l'ai mentionné plus haut, ma poésie est à la fois une expérience personnelle et universelle.

 

H.M — Et dans le contexte mondial actuel, quel est, selon vous, le rôle de la poésie et quel impact peut-elle avoir sur les défis socio-politiques contemporains ?

I.K — Un petit poème ou un haïku peuvent en dire long autant un livre entier. On peut lutter avec un poème surtout s’il est chanté.

 

H.M — Y a-t-il des figures féminines dans la poésie mondiale qui vous inspirent particulièrement ou qui ont influencé votre style d'écriture ou votre choix de la poésie comme genre littéraire ?

I.K — J’ai mon propre style et ma propre sensibilité. Je n’ai pas de poète ou écrivain bien spécifique.

 

 

© Crédit photo : Première & quatrième de couverture illustrée de l'œuvre collective intitulée « Le Zapping des fées : contes & calligrammes » de la poétesse Ibtissem KHALFALLAH.

H.M — Existe-t-il des poétesses tunisiennes ou du monde arabe dont le travail vous a marqué et qui ont joué un rôle significatif dans votre parcours poétique ? Si oui, en quoi leur œuvre a-t-elle été importante pour vous ?

I.K— Non. Aucun poète et aucune poétesse ne m’ont influencée. J’ai toutefois découvert une poétesse tunisienne que j’aime lire, Mejda Dhahri.

 

H.M — Comment percevez-vous le rôle des femmes dans le paysage poétique tunisien et quel impact cela a-t-il eu sur votre propre expression artistique et votre place en tant qu'écrivaine en mouvement et en perpétuel voyage ?

I.K — J’ai récemment découvert des poétesses et écrivaines tunisiennes, et j’aimerais lire le livre « شوارع » (Chawari', Les avenues) de Noura Abid.

© Crédit photo : Ibtissem KHALFALLAH, Coupure d'un article journalistique intitulé « La femme tunisienne entre aujourd'hui et demain » de l'autrice Ibtissem KHALFALLAH ».

 

Merci, Ibtissem KHALFALLAH, pour vos perspectives éclairantes lors de cet entretien. Vos insights sur la poésie contemporaine tunisienne ont enrichi notre discussion de manière significative. Je suis reconnaissante de votre temps et de votre expertise. J'espère pouvoir suivre de près vos futures réalisations littéraires et continuer à explorer ensemble les enjeux poétiques qui vous passionnent. Merci encore pour cette conversation enrichissante. 

 

© H.M

 

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Pour citer ces images & entretien inédit​​​​​​s

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​Hanen Marouani, « FOCUS SUR IBTISSEM KHALFALLAH : "Ma maladie a façonné mon monde, et la poésie est une porte libératrice des maux et des frustrations…" », photographies fournies par l'autrice, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 21 juin 2024. URL : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2024/noiii/hm-entrevue

 

 

 

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20 juin 2024 4 20 /06 /juin /2024 18:04

N° III | ÉTÉ 2024 | Florapoétique / 1er Volet | Metiers du livre | Critique & réception 

 

 

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Emma Doude van Troostwijk, lauréate du

 

prix littéraire 2024 de l’Académie rhénane 

 

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Article de

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

Photographies par

 

Claude Menninger

 

 

© Crédit photo : Claude Menninger,
Première de couverture du premier roman de la romancière Emma Doude Van Troostwijk « Ceux qui appartiennent au jour » aux éditions de Minuit.

 

 

La commission littéraire de l’Académie rhénane vient de remettre son prix littéraire à Emma Doude Van Troostwijk pour son premier roman Ceux qui appartiennent au jour publié par les prestigieuses éditions de Minuit.

 

Ce qui a retenu d’emblée l’attention du jury, c’est la lumière qui émane de ce livre où en peu de mots, l’autrice qui n’a que 25 ans fait entrer le lecteur dans cette intériorité vertigineuse de l’âme pour nous en offrir la pleine clarté.

Mais avant d’aborder plus avant, le roman d’Emma, voici quelques indications concernant son parcours. L’autrice est non seulement titulaire d’un master de création littéraire obtenu à l’Université du Havre mais également d’un diplôme national supérieur d’expression plastique obtenu toujours au Havre à l’école supérieure d’art et design.

 

© Crédit photo : Claude Menninger, de gauche à droite : Emma Doude Van Troostwijk  & Françoise Urban-Menninger lors de la remise du Prix Littéraire  de l’Académie, image n°1. 

 

Voilà pour son cursus universitaire où littérature et art plastique ont certainement partie liée dans l’écriture épurée de ce premier roman dont la poésie de l’intime s’inscrit dans le quotidien d’une vie simple qui s’apparente à « une nature morte » pour ce qui concerne la langue française mais plutôt à « une vie silencieuse » comme se plaît à le préciser Emma quand elle se réfère au néerlandais…

C’est ainsi qu’une petite musique d’âme va égrener ses notes silencieuses et lumineuses au fil des pages de ce livre pour nous inviter à partager un mois d’été où la narratrice « retourne à la maison » qui n’est autre que le presbytère situé à Gunsbach dans la vallée de Munster où sa mère, Alexandra Breukink,  a été pasteure. On y retrouve toute la famille, ses parents, grands-parents, son frère Nicolaas, tous néerlandais, tous pasteurs ou sur le point de l’être comme son frère.

Dans un univers minimaliste, loin des rumeurs de la ville, nous prêtons l’oreille et le coeur à ces riens qui font et défont chacun des personnages de ce livre que nous avons vite fait d’adopter car ils nous deviennent proches et familiers jusque dans leur vulnérabilité qui nous renvoie à la nôtre. Si le père, victime d’un burn out, perd la mémoire, Opa le grand-père, atteint de la maladie d’Alzheimer, l’a définitivement perdue, quant au fils, il se perd dans ses questionnements concernant sa vocation de pasteur.

« La vraie question est de savoir si Dieu croit encore en nous » se demande Nicolaas. Cette manière de retourner le questionnement interroge subtilement le lecteur qui n’est pas sans songer au pari pascalien...Mais Emma possède l’art d’aborder, sans en avoir l’air, les questions existentielles qui ont partie liée avec son monde intérieur mais aussi avec le nôtre. Elle nous adresse des signes à peine perceptibles mais bien tangibles en jouant avec l’écart entre la langue française et néerlandaise.

Ainsi, elle nous apprend que lorsque le français dit qu’ « un ange passe », le néerlandais traduit cette expression par « un pasteur se promène ». Quand le français dit un « pense-bête », le néerlandais parle « d’appui-tête ».  Ces expressions

qui ne sont pas des digressions en disent bien plus long que de grands discours, elles nous renvoient à ce qui se trame sous les mots, à savoir cet inconscient collectif qui habite notre langue. N’oublions pas que pour Albert Camus, Aimé Césaire et bien d’autres auteurs, notre vraie patrie, c’est notre langue, elle nous habite et nous l’habitons, c’est notre première maison. C’est par le biais de l’une de ces expressions que l’autrice va nous offrir la clé de son roman lorsqu’elle nous confie qu’en français, on dit « ils ne tiennent qu’à un fil » et qu’en néerlandais on dit « ils appartiennent au jour », d’où le titre de son roman.

 

© Crédit photo : Claude Menninger, de gauche à droite : Emma Doude Van Troostwijk  & Françoise Urban-Menninger lors de la remise du Prix Littéraire  de l’Académie, image n°2. 

 

Appartenir au jour, c’est entrer dans cette pleine lumière qui fait danser les mots mais aussi les âmes dans une poésie où les femmes, Oma, la grand-mère, Mama, la mère, la narratrice, la mettent au monde. Dans la maison entourée d’un jardin, Emma déroule le fil des souvenirs radieux pour retisser la mémoire de ceux qui l’ont perdue. En français « ils perdent la tête », en néerlandais « ils perdent le chemin », note-t-elle.

Et son père de perdre à la fois la tête et le chemin quand au milieu d’un repas, on l’entend prononcer cette petite phrase « Je veux mourir ». «  Les trois petits mots tombent des lèvres de mon père », écrit Emma, puis comme si de rien n’était le père reprend pied  dans la réalité et l’autrice de poursuivre « Papa pose la fourchette sur le bord de son assiette, dirige ses bras vers le dessus de la table, saisit la serviette brodée à ses initiales et s’essuie le visage ».

Si la mort plane sur ce roman comme sur chacun d’entre nous, elle fait partie du quotidien, elle appartient au jour car elle fait partie de la vie, Emma écrit à propos de son grand-père « le regard ainsi disparu, le visage sans ornement, je peux imaginer très précisément à quoi ressemblera Opa une fois mort ». Cette présence de la mort s’incarne dans le cadeau que Mama fait à Nicolaas en lui offrant le livre de Delphine Horviller « Vivre avec les morts ». Il ne s’agit pas de se résigner mais de mettre comme le stoïcien Epictète sa volonté en adéquation avec celle du monde « Veuille que les choses arrivent comme elles arrivent et tu seras heureux », déclarait le philosophe.

Quant à la lumière qui émane de ce livre et qui l’éclaire tout au long de sa lecture, elle naît d’un charme qui confine parfois à une délicieuse loufoquerie dans certains dialogues comme celui où le grand-père qui va nourrir 4 poules précise avec le plus grand sérieux« c’est beaucoup de travail pour 4 poules ! » Les phrases courtes rythment, le quotidien : « Il réfléchit », « Il s’assoupit », « Je ferme les yeux », elles ponctuent telles des notes blanches, cette musique indicible qui se joue entre les lignes et sous les mots.

Nul doute que les éditions de Minuit, réputées exigeantes dans leurs choix,  ne se sont pas trompées en publiant ce roman que l’on se plaît à lire et à relire pour prolonger en soi la musicalité d’une voix unique, celle d’Emma van Troostwijk.

 

 

© Françoise Urban-Menninger, juin 2024.

 

 

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Pour citer ce texte inédit 

 

Françoise Urban-Menninger, « Emma Doude van Troostwijk, lauréate du prix littéraire 2024 de l’Académie rhénane », photographies par Claude MenningerLe Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet, mis en ligne le 20 juin 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/2024/noiii/fum-laureatedelacademierhenane

 

 

 

 

Mise en page par David

 

 

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3 mai 2024 5 03 /05 /mai /2024 17:28

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies » & « Elles » | II – « Elles » | Florilège / Poésie des aïeules

 

 

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Bona Dea

 

 

Texte original de Renée Vivien,

 

transcrit & annoté *

 

 

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Poème en prose de

 

Renée Vivien

​​

transcription & annotations par

 

Patrizia Lo Verde

 

Spécialiste de Renée VIVIEN & docteure

en méthodologies d’analyse du texte littéraire

 

Illustrations par

 

Cristina Rap

Illustratrice & artiste

 

 

 

 

© Crédit photo :  Cristina Rap, illustraions « Bona Dea », no 1. Image no 1.

 

 

 

 

 

© Crédit photo :  Cristina Rap, illustraions « Bona Dea », no 1. Image no 2.

 

 

 

 

Le jour meurt. C'est le soir de printemps consacré à la Bonne Déessei. Couvrez d'un voile impénétrable l'image de mon père, afin que les regards de la Virginale Immortelle ne soient point offensés par la vue d'un hommeii.

Cette nuit, la maison de mon père sera le temple où s'accompliront les rites sacrés…

Qu'elle est belle, la statue de la Fille de Faunusiii ! Bona Dea, daigne abaisser en souriant tes yeux sur nos chœurs et sur nos offrandes.

J'ai tressé de mes mains la couronne de violettes qui ceindra ton front... Que ton front de marbre est vaste et solennel, ô Déesse !

Voici le vase d'or dans lequel j'ai versé le vin de Lesbos. Le vin est lumineux comme les cheveux de Peithô. Il est pourpre comme la chlamyde d'Apollon. Il réjouira l'âme dansante des femmes enlacéesiv.

… Amatav, trois fois précieuse, ferme tes belles paupières, semblables aux fleurs sombres. Abandonne à mes mains ardentes tes enfantines mains.

Je t'aime. Moi, Caïa Venantia Paullina, fille de Caïus Venantius Paullinus, je t'aime, petite esclave gauloise. Tu n'étais qu'une enfant chétive et sans grâcevi, et les marchands te dédaignaient. Mais je t'ai aussitôt et fervemment chérie pour ta lassitude et pour ta fragilité. Je t'ouvris mes bras, je voulus te consoler autant que t'étreindre…

Car je suis l'être qui domine et qui protègevii. Je t'aime d'un amour impérieux et doux. Je t'aime comme un amant et comme une sœur. Tu m'obéiras, ô mon souci ! mais tu feras de moi tout ce que tu voudras. Je serai à la fois ton maître et ta chose. Je t'aime avec la fureur d'un désir mâle et avec l'alanguissement d'une tendresse féminine.

… Je t'ouvris jadis mes bras, autant pour te consoler que pour t'étreindre. Ta nudité grelottante, que je ne convoitais pas encore, me charmait pour sa candeur. Je t'aimais d'être tremblante et d'être frêle. Ma force était attirée vers ta faiblesse. Car je suis l'être qui domine et qui protège.

Et maintenant tu es belle, Amata. Tes seins, pareils aux pierres polies, sont durs et frais au toucher. Tes yeux verts reflètent le feuillage smaragdin des chênes. La blancheur de ton corps a la transparence des perles du gui. Tes cheveux dénoués ont la splendeur des forêts d'octobre.

Et parce que tu es belle, Amata, parce que tu es la plus gracieuse des adolescentes, je te révélerai la puissance et la douceur de l'amour féminin.

Je t'apprendrai, si tu me livres ta chair consentante, l'art multiple du Plaisir. Je t'apprendrai la lenteur savante des mains qui prolongent leurs frôlements attardés. Je t'apprendrai la ténacité des lèvres qui s'acharnent délicatement. Tu sauras la toute-puissance des caresses légères.

Lorsque tu n'étais encore qu'une enfant chétive et sans grâce, je t'appris les odes de Sappho la Lesbienne, dont le beau nom dorien est Psappha. Sache, ô ma belle esclave ! que, parce que je suis sa Prêtresse, Psappha, étendue parmi les lotus du Léthé, sourit lorsque je l'invoque et protège mes amours. Elle m'aidera à vaincre et à retenir ton cœur indécis, Amata.

Je t'aime comme autrefois Psappha aimait Atthis, la fuyante et l'incertaineviii.

… Parce que tu es la plus gracieuse des adolescentes, Amata, je te révélerai la puissance et la douceur de l'amour des femmes.

Tu es libre, ô ma belle esclave ! Voici la robe de lin que j'ai tissée pour toi... Elle est blanche, Amata, elle est attirante au toucher autant que ton corps lui-même. Tu es libre. Tu peux franchir le seuil de cette maison qui protégea ton enfance. Tu peux retourner dans ton pays, sans que je t'adresse un blâme ni un reproche, sans que j'assombrisse ta joie par une plainte.

Car l'amour des femmes ne ressemble point à l'amour des hommes. Je t'aime pour toi et non pour moi-même. Je ne veux de toi que le sourire de tes lèvresix et le rayonnement de ton regard.

Pourquoi suis-je belle à tes yeux ? Car c'est toi qui es belle et non point moix. Mes cheveux n'ont point l'or vespéral de tes cheveux. Mes yeux n'ont point la clarté lointaine de tes yeux. Mes lèvres n'ont point la ciselure de tes lèvres. En vérité, c'est toi qui es belle et non point moi.

Jamais je ne vis une parthène aussi désirable que toi, ô ma volupté ! ô ma langueur !... Auprès de toi, je ne suis point belle. Si une vierge plus aimable te plaît davantage, possède-la. Je ne veux que le sourire de tes lèvres.

Je t’aime.

Mes perles seront plus lumineuses sur ton cou. Mes béryls seront plus limpides à ton bras. Prends mes colliers. Prends aussi mes anneauxxi. Ainsi tu seras parée pour la fête de la Bonne Déesse.

Elle est simple et douce et miséricordieuse aux femmes. Elle hait les hommes, parce que l'homme est féroce et brutal. L'homme n'aime que son orgueil ou sa bestialité. Il n'est ni juste ni loyal. Il n'est sincère que dans sa vanité. Et la Déesse est toute vérité et toute justice. Elle est pitoyable comme l'eau qui rafraîchit les lèvres et le soleil qui réchauffe les membres. Elle est l’Âme clémente de l'univers.

C'est Elle qui fit jaillir les premières fleurs. Les fleurs sont l’œuvre d'amour de la Bonne Déesse, la marque de sa faveur pour les mortelles.

Elle n'aime que les visages de femmes. Aucun homme ne doit souiller de sa présence le temple vénérable où elle rend ses oracles. Et les Prêtresses seules ont entendu le son divin de sa voix.

Elle est la Fille de Faunus. Elle est la prophétique et chaste Faunaxii. Mais son nom mystérieux, qui ne doit point être proféré par les lèvres profanes d'un homme, je te le dirai secrètement : c'est Oma. Ne divulgue point le nom sacréxiii.

Le jour meurt. C'est le soir de printemps consacré à la Bonne Déesse. Les Vestales ont enguirlandé, de leurs mains chastes, les murs que parfument les feuillages.

Ne dirait-on pas une forêt immobile ?... Les dernières lueurs traînent sur ta chevelure pâle... Tu sembles une Hamadryade encadrée d'ombres et de verdures…

Les Vestales ont enguirlandé, de leurs mains chastes, les murs que parfument les feuillages. Elles ont choisi les simples fleurs et les herbes chères entre toutes à Fauna : le mélilot, le thym, le cerfeuil, le fenouil et le persil. Et voici les hyacinthes... Voici les rosesxiv

La Bonne Déesse est heureuse de la joie de l'univers. Les Nymphes pitoyables la servent et l'honorent, les Nymphes qui, par les étés fébriles, apportent dans le creux de leurs mains une eau plus douce que le miel...

La Déesse a coloré les pommiers vermeils. Elle a blondi le crocus virginal des jardins. Elle a empourpré le bleu nocturne des violettes.

Fauna sourit à l'amour des femmes enlacées. C'est pourquoi, la nuit venue, les femmes uniront leurs lèvres devant sa belle statue, que Théano la Grecque a savamment modelée. La chevelure est d'or massif, les membres d'ivoire et les yeux d'émeraudes... Mais ta chevelure est plus lumineuse encore, et tes membres plus polis, et tes yeux plus profondément verts...

Mes mains ferventes ont ceint de pampres le front divinxv... Un serpent s'enroule aux pieds délicats... Car celle qui est l'Éternelle Douceur est aussi l'Éternelle Sagessexvi.

Les épouses qui viendront cette nuit se sont purifiées en se refusant à l'étreinte des époux. Mais elles sont moins chères à la Déesse que les vierges sacrées.

Voici la nuit, azurée comme le voile qui protège l'Image Divine, et qui ne doit être soulevé que par les mains des Prêtresses. Car la Déesse ne se dévoile qu'au soir de printemps où s'unissent pieusement les femmes enlacées.

Viens, Amata, ma belle esclave. Si tu m'aimes un peu, tu m'accorderas le baiser que mes lèvres anxieuses attendent de tes lèvres. Tu te plieras à mon étreinte volontaire. Tu t'abandonneras à ma caresse implorante…

Mais je ne t'importunerai point de mon désir ni de ma tendresse, Bien-Aimée... Je ne veux que le sourire de tes lèvres.

 

 

© Crédit photo :  Cristina Rap, illustraions « Bona Dea », no 1. Image no 3.

 

 

 

Notes

 

* Nous proposons ici la version abrégée, avec des notes limitées en nombre et allégées, de notre édition annotée du récit « Bona Dea » de Renée Vivien, à paraître prochainement.

i Pour récrire son propre ‘texte-mythe’ Renée Vivien a pu se servir de maints détails que la tradition antique nous a livrés sur le complexe mythico-religieux de la Bonne Déesse, dont le caractère nocturne de la cérémonie de décembre, contraire à toutes les lois romaines qui interdisaient aux femmes de se réunir la nuit, avait fait dire à Cicéron : nocturna mulierum sacrificia ne sunto praeter olla quae pro populo rite fiant (Leg. 2, 9, 21). Culte mystérieux, et peut-être « à mystère » (Cic. Att. 5, 21, 14), le culte matronal privé, pro populo Romano, célébré en décembre par les plus nobles matrones de la société romaine avec la participation active des Vestales et sous la conduite de la mère ou de l’épouse du magistrat cum imperio, présentait en effet dans sa singulière configuration aristocratique et son schéma rituel nocturne, avec ses interdits et ses exceptions à certains tabous, un caractère tout à fait particulier par rapport à la fête populaire du 1er mai, officiée dans le sanctuaire sub saxo de l’Aventin, par les magistrae et les ministrae (à savoir les prêtresses attachées au service du temple de la Bona Dea et aux soins des fidèles). Sans pouvoir approfondir ici la dimension hautement symbolique du récit de Renée Vivien et sa configuration nocturne et mystique, soutenue par l'indétermination des coordonnées spatio-temporelles et une écriture pour ainsi dire ‘rituelle’, portée par une syntaxe lyrique, on se contentera d’en faire noter la symbologie personnelle liée à la saison printanière en lieu de l’aspect hivernal de la cérémonie matronale.

ii Comme l’écrit Sénèque dans l’Épître XCVII à Lucilius, la présence des hommes était si sévèrement interdite des rites sacrés de Bona Dea que l’on couvrait même les représentations de tout mâle du monde animal : …sic submotis extra conspectum omnibus viris, ut picturae quoque masculorum animalium contegantur… (Epist. 97). Cf. aussi Juvénal, Satire VI, 340-341.

iii Bona Dea ne serait à l’origine qu’une appellation de Fauna, l’épouse- sœur ou la fille du dieu agreste du Latium archaïque Faunus, selon les deux différentes versions du récit mythique que les auteurs anciens nous ont transmises. Voir les notes suivantes 12 ; 13 et 16.

iv L’interdiction faite aux femmes romaines de boire du vin (à savoir toutes les femmes en âge de procréer, à l’exception des prostituées) est attestée par les auteurs anciens, selon lesquels la consommation du temetum ou merum (le vin pur, non trafiqué), conduisant à l’ivresse, favorisait l’intempérance sexuelle et l’adultère. Dans la Rome archaïque, la seule exception à ce tabou semble être constituée par les sacra de Bona Dea-Fauna, où le vin entrait dans la libation rituelle, mais sous une forme dissimulée : une amphore « voilée » ou « couverte » (obvoluta vini amphora, Lactance, Div. Inst., I, 22 ; vini amphora […] obtecta, Arnobe, Adv. Nat., V, 18, 3). À propos du travestissement cultuel et lexical du vin sacré, dont le nom n’était jamais prononcé, Macrobe nous informe qu’il était appelé lac (« lait ») et versé dans un vase nommé mellarium (« pot à miel »), qui l’assimilait aussi à du miel (Macr., Sat., I, 12, 25 : […] quod vinum in templum eius non suo nomine soleat inferri, sed vas in quo vinum inditum est mellarium nominetur et vinum lac nuncupetur). La consommation contra morem du vin sacré représentait, en effet, une importante violation, visant à renforcer non seulement l’efficacité du rite, mais aussi à « libérer les femmes de la pression sociale » (N. Boëls-Janssen, 1993, p. 453). Sur cet aspect fondamental du complexe mythico-cultuel de Bona Dea-Fauna, cf. aussi G. Piccaluga (1964); M. Bettini (1995) ; F. Marcattili (2010) et J. Fabre-Serris (2014).

v On notera que d’après Aulu-Gelle (Noct. Att. 1.12.14) les prêtresses de Vesta étaient appelées Amatae. Le nom « Amata », proféré lors de la sélection de la nouvelle vierge Vestale par le Pontifex Maximus, selon la formule du rite de la captio virginis (« ita te, Amata, capio »), serait pour la plupart des commentateurs modernes une « apostrofe affettuosa » (G. Giannelli, 1913, p. 56).

vi L’expression « sans grâce » est à prendre dans le sens d’impubère, encore « dépourvue des grâces d’Aphrodite », c’est-à-dire d’une adolescente qui n’ayant encore atteint l’âge du mariage ne peut susciter aucun désir (cf. C. Calame, 2013, p. 9), comme la jeune Atthis du fr. 49 de Sappho (σμίκρα μοι πάις ἔμμεν’ ἐφαίνεο κἄχαρις), que Renée Vivien avait déjà traduit fidèlement dans Sapho (« Tu me semblais une enfant petite et sans grâce », 1903, p. 68) et qu’elle repropose avec une légère variation ici et dans Une Femme m’apparut... (1904, chap. II, p. 24).

vii Cf. Une Femme m’apparut... : « Je me sentais l'orgueil attendri de l'être qui domine et qui protège. » (ibid., chap. XVI, p. 208).

viii À noter que dans l’adaptation du fr. 129 de Sappho, Renée Vivien qualifie Atthis d’« Amante incertaine » (Sapho, op. cit., p. 19).

ix Cf. le poème « Amata » (Sillages, 1908, p. 24) et notre article “Bona Dea ou « d’un amour impérieux et doux »”, Le Pan poétique des muses, n. 1, Hiver-Printemps 2024.

x À remarquer la reprise textuelle des vers 31-32 de l’« Erotion » de Swinburne (« Why am I fair at all before thee, [...] / seeing thou art fair, not I »), prélevés dans la traduction française placée en épigraphe du chap. XVIII de L’Être double (« … Pourquoi suis-je belle à tes yeux ? […] / puisque c’est toi qui es belle, non point moi », 1904, p. 173). Cf. aussi le poème « D’après Swinburne » (À l’Heure des Mains jointes, 1906, pp. 39-42).

xi Cf. « Amata » (Sillages, op. cit.). D’après Juvénal, lors de la cérémonie de décembre, les matrones « … toto posuere monilia collo » (Sat. II, 85).

xii D’après ce que nous rapporte Macrobe, Bona Dea, appelée « la déesse des femmes » par les Grecs, était, comme dit Varron, la fille de Faunus et un modèle de chasteté : Haec apud Graecos ἡ Θεὸς Γυναικεία dicitur, quam Varro Fauni filiam tradit adeo pudicam, ut extra γυναικωνῖτιν numquam sit egressa nec nomen eius in publico fuerit auditum nec virum umquam viderit vel a viro visa sit, propter quod nec vir templum eius ingreditur (Sat. I, 12, 27). Le don prophétique et oraculaire de Fauna-Bona Dea, appelée aussi Fatua ou Fenta, est témoigné par les auteurs anciens, notamment par Macrobe (Sat. I, 12, 21-22), Arnobe (Nat. 5, 18,) et Lactance (Inst. 1, 22, 9).

xiii Sur le nom secret de la déesse, Renée Vivien a assurément emprunté à la notice VIII 314 du commentaire de Servius à l’Énéide, mais l’appellation de « Oma » peut faire supposer que l’autrice aurait eu accès à des éditions sans indication de passages lacunaires ou corrompus : hic Faunus habuisse filiam dicitur †omam castita et disciplinis omnibus eruditam, quam quidam, quod nomine dici prohibitum fuerat, Bonam Deam appellatam volunt.

xiv Les participantes à la cérémonie ornaient le lieu du culte de toutes les fleurs et les plantes qu’elles pouvaient trouver au mois de décembre, et avec des branches de vigne elles décoraient aussi l’effigie de la déesse. Sur l’importance de la vigne dans le complexe mythico-cultuel de Bona Dea-Fauna, cf. G. Piccaluga, art. cit., et N. Boëls-Janssen, op.cit. Voir la note suivante.

xv Macrobe précise que dans le temple de la Bona Dea on mettait une branche de vigne au-dessus de sa statue : quod super caput eius extendatur vitis (Sat. I, 12, 25).

xvi Le serpent, comme attribut de la déesse, est attesté par la documentation iconographique, où la divinité est représentée avec une corne d’abondance dans la main gauche et dans l’autre une patère où vient boire un serpent. Plutarque dit qu’on plaçait un serpent auprès de l’image de la déesse lors de la fête de décembre (Caes. 9, 5), et Macrobe affirme que son sanctuaire abritait des serpents apprivoisés (Sat. I, 12, 25 : serpentesque in templo eius nec terrentes nec timentes indifferenter appareant). Au-delà des complexes correspondances et même des incongruités entre les deux récits étiologiques et le culte de Bona Dea, le serpent est selon Nicole Boëls-Janssen « Fauna elle-même, comme l'indique son rôle cultuel : il est l'animal sacré que l'on place auprès de l'image de la déesse, elle-même décorée d'une branche de vigne » et, comme la vigne, sa présence dans le rituel refléterait assez bien « l'ensemble des épiphanies de la Déesse, sous ses trois formes : humaine, végétale et animale » (op. cit. p. 459). Si le caractère éminemment lunaire et, à l’origine, « féminin » de cet animal chtonien, symbole de connaissance et « de renaissance éternelle », expliquerait la nature exclusivement féminine du rite (ibid., p. 463), de même, sa présence dans le petit bestiaire personnel de Renée Vivien, ne saurait être réduite à l’expression d’un goût d’époque ou à cette imagerie modern style trop souvent invoquée comme clef de lecture.

 

 

© Patrizia Lo Verde

 

À lire également :
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Ce document aura une publication imprimée dans le journal

Le Musée Poétique.

 

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Pour citer ce poème en prose inédit & illustré 

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Patrizia Lo Verde« Bona Dea. Texte original de Renée Vivien, transcrit et annoté » illustrations par Cristina RapLe Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 3 mai 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/plverde-vivien-bonadea

 

 

 

 

 

 

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2 avril 2024 2 02 /04 /avril /2024 16:21

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies » & « Elles » | Critiques & réception / Chroniques cinématographique de Camillæ | Voix/voies de la sororité

 

 

 

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Smoke Sauna Sisterhood par Anna Hints,

 

2023, « Documentaire », 1h 29m

 

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Camillæ (Camille Aubaude)

Sites officiels : http://www.camilleaubaude.com/

​​​​​​ www.lamaisondespages.com/

https://litterature-lieux.com/fr/guide/lieu/428-la-maison-des-pages-de-camille-aubaude

 

Blogue officiel :https://camilleaubaude.wordpress.com/ ​​​​​​

 

 

Smoke Sauna Sisterhood, par Anna Hints, 2023 ‧ Documentaire ‧ 1h 29m

Il faut entrer dans ce sauna de fumée de la sororité. Au-delà d’un documentaire, ce film reconstruit les témoignages de la condition des femmes selon « cette fabrication texte, temple, rite », comme a écrit Claude Rétat pour le recueil Ivresses d’Égypte de Camille Aubaude, qui s’avère passionnante.

Le Texte monte crescendo pour énoncer des aveux qu’une femme ne peut faire au cours d’un interrogatoire de police. Le tour de force est d’avoir placé des actrices telles de simples femmes d’un sauna de fumée pour tout dire du sabotage, voire du massacre, de la spécificité sexuelle des femmes. Il serait bien de lire ce qu’elles disent, après avoir entendu l’interprétation de ces témoignages.

Le Temple est un chalet en rondins, un four, une forge, une matrice inaliénable que décorent de fines branches d’arbres chargées de neige. Cette maison de bois assure la stabilité et l’équilibre dans l’alternance des saisons. Une femme creuse un trou dans la glace. Elles vont y plonger nues.

Et le Rite : à l’opposé des non-spectacles chinois et des codes de narration américains, la fumée, telle les nuages, les rêves, les mirages, la pierre chaude, le sol corrosif, la chasteté qui libère la parole, des confessions dans une église primitive qui relie la maison à la naissance. La face magique du champ de bataille. La grand-mère trône comme le moi féminin gelé dans la glace immémoriale.

« Cette fabrication texte, temple, rite »  promeut la puissance tutélaire de la femme. Cette somme incomparable sur la vie des femmes dans le patriarcat est dénuée d’orgueil, de narcissisme, de décoration et de gloire. Elle pourrait s’appeler Totalité du féminisme, ce qui dirait le contenu… Les récits pourtant connus sur les façons d’arnaquer les femmes éclosent andante et s’entrelacent les branches noires et blanches qui zèbrent le ciel. Quand la neige est remplacée par l’herbe puissante et le délicat feuillage des arbres, nul besoin de parler d’écologie… L’art de la filmeuse associe monstration et démonstration. Il rend ce « reverdi » plus magique que tous les tours de lanternes magiques. Et le rythme vital de l’hymne final porte le sentiment d’éternité. 

 

 

© Camillæ (Camille Aubaude), mars 2024.

 

AVIS DE LA REVUE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES :

 

 

Smoke sauna sisterhood

À ne pas manquer !

 

 

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Pour citer ce texte inédit

 

Camillæ (Camille Aubaude), « Smoke Sauna Sisterhood par Anna Hints, 2023, « Documentaire », 1h 29m », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 2 avril 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/camillae-smokesaunasisterhood

 

 

 

 

 

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26 mars 2024 2 26 /03 /mars /2024 16:02

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies » & « Elles » | Critique & réception | I. « Amies » | Articles & témoignages 

 

 

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Brigitte Sy

 

 

par Brigitte Brami, Éditions Unicité, 2024, 125 pages, 13€

 

(Quand les murs des prisons rendent le monde déchiffrable)

 

 

 

 

 

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Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée de « Brigitte Sy » par Brigitte Brami, Éditions Unicité, 2024.

 

 

Il s’agit de la mise en abyme d’un lieu clos qu’est la prison pour Brigitte Sy, relaté par Brigitte Brami.

 

De La prison ruinée, (Indigène, 2011) de Brigitte Brami, Brigitte Sy en fit un documentaire intitulé Brigitte Brami par Brigitte Sy, maintenant c’est au tour de Brigitte Brami de lui rendre la réciprocité.

 

Elle est admirative devant Brigitte Sy qui a fait option préférentielle pour les gens cabossés, les hors système car elle voit en eux ou en elles, ses doubles.

Il s’agit d’une rencontre inopinée qui a débouchera sur une étroite collaboration. Aussi vont-elles se découvrir au travers des liens existentiels et des synchronicités qui vont les rapprocher. L’une a été incarcérée, l’autre a failli l’être par la force des choses.

 

Deux femmes de disciplines connexes qui se dépeignent chacune et en se regardant sous le prisme des réalités qui s’entremêlent et s’entrecroisent et dont en peut se délecter à loisir. La poésie peut faire des miracles par la magie des images. 

Ce lieu clos qu’est la prison Brigitte Brami ne semble pas forcément chargé négativement : « J’ai tiré de cette expérience anormale au caractère exceptionnel, d’aussi singulier, d’aussi rare et précieux que l’acte d’écrire. »

Pas d’appréhension tant pour l’une que pour l’autre. Brigitte Sy est celle qui transgresse la loi en s’amourachant d’un détenu qui deviendra son époux et c’est dans son film « Les mains libres » que cette animatrice d’ateliers de théâtre milieu carcéral donne corps à cette histoire d’amour improbable en 2010.

Que de similitudes entre leurs vécus ? La poésie est le socle commun qui unit les deux femmes. La prison, cet espace clos peut aussi faire éclore l’amour entre les êtres en carence affectives ou en manque d’amour : la nature a horreur du vide, cette agora qu’est Paris n’est pas pour la réalisatrice un terreau pour faire émerger ses films. Elle préfère ce huis clos qu’est la prison pour (planter son décor) tourné. Décidément la prison devient un lieu où l’humanité peut prendre corps contrairement à l’Agora parisien où chacun baigne dans l’impersonnalité ou l’anonymat.
 

Brigitte Sy est celle qui révèle la vie des personnes incarcérées. Elle les met en scène en donnant à voir ce qu’il y a de plus sublime en elles. Elle ne leur donne pas  une seconde vie mais montre ce qu’il y a d’imperceptible chez elles dans leur vie d’avant, de ce fait on peut dire que la prison opère chez  elles le miracle de l’écriture comme ce fut  le cas d’Albertine Sarrasin,  l’autrice de l’Astragale, roman éponyme du film de la réalisatrice en 2015.

 

Vu sous cet angle-là le milieu carcéral peut être le lieu de confluences des amours improbables, des fulgurances intellectuelles, de l’éveil des passions latentes, de l’accomplissement de soi, de la révélation de soi et de la redécouverte de soi.   

« Je ne parle pas d’amour dans mes films mais du manque d’amour », propos de Brigitte Sy, rapportés par Brigitte Brami. 

Tout est miracle. Rencontre miraculeuse entre Albertine et Julien.

Tout comme Albertine Brigitte Brami a connu l’amour homosexuelle et a été en cavale : troublante coïncidence.

Brigitte Sy a le flair pour choisir ses personnages de film qui sont le reflet de sa vie. Selon Brigitte Brami, « Brigitte Sy décrit l’amour sans fausse note ». C’est toute son humanité de réalisatrice et tout son charisme qu’elle traduit dans les pages de son livre. Elle nous aide à comprendre ses choix. Elle nous décrit les scénarios de ses films, c’est comme si on y assistait.

Albertine est née en Algérie et adoptée par un couple de Français, Brigitte Sy est née en Algérie et adoptée par son beau-père.

Le manque d’amour ne fait-il pas croître le sentiment amoureux et l’envie d’aimer à profusion ?

 

Les deux femmes nourrissent une passion commune pour Jean Genêt. Brigitte Brami est spécialiste de Jean Genêt, Brigitte Sy a expérimenté ce dernier à travers la mise en scène de son théâtre et aime des hommes qui lui ressemblent. 

Il y a une poésie et une esthétique dans les images véhiculées par l’une et par l’autre dans leurs démarches respectives donc elles se posent en miroir et se réfléchissent tout en beauté.  Aussi voient-elles en Jean Genêt et Albertine Sarrasin des alter ego. 

 

 

© Maggy DE COSTER

 

NDLR : Brigitte Sy est la mère de Louis Garrel et Esther Garrel tous deux acteur et actrice de cinéma et belle-mère de l’actrice Laetitia Casta. Voir aussi l’URL : https://editions-unicite.fr/auteurs/BRAMI-Brigitte/brigitte-sy-par-brigitte-brami/index.php

 

 

 

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Pour citer ce texte  inédit

 

Maggy De Coster, « Brigitte Sy par Brigitte Brami, Éditions Unicité, 2024, 125 pages, 13€ (Quand les murs des prisons rendent le monde déchiffrable) », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 26 mars 2024. URL : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/mdc-brigittesyparbrami

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