23 octobre 2025 4 23 /10 /octobre /2025 13:44

N° IV | AUTOMNE 2025 | LE MAL DE VIVRE... » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges | Voix-Voies de la sororité

 

 

 

 

 

 

 

 

Francesca Woodman

 

 

 

 

 

Extraits engagés & images par

 

Carmen Pennarun

 

Extraits poétiques reproduits dans cette revue avec l'aimable autorisation de l’auteure.

 

 

 

 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 1.

​​​​​


 

[Page 35]

 

 

Elle connut des heures si creuses

le miroir de l’instant ne renvoyant

qu’un leurre, une apparence

d’où elle n’était qu’absence

 

Le silence devint son maître :

 

personne à qui expliquer

les visions qui la hantaient

 

personne ne pouvait percevoir  

les choses de là où elle les observait

 

Une porte en elle s’était ouverte

et les courants d’air laissaient

s’engouffrer les encombrements

– son ordre contrariait toutes les normes

 

Elle tenait ferme son objectif

dont rien ne parvenait à la distraire

 

De ses fantaisies néo-gothiques

feuilles de route d’un esprit juvénile

elle enfanta son Art loin des modèles

parentaux. Elle édifia des piliers

aux ports de caryatides – les effigies

de ses flammes intérieures

 

Sur un temps de latence

elle régla sa vie, sans jamais parvenir

à embrasser le mystère de sa propre création


 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 2.

​​​​​



 

 

[Page 73]

 

Elle sème la confusion

brouille les pistes

nous (é)conduit

en zones d’ombres

vers des visions

théâtralisées

où le macabre

et le vivant

cohabitent

 

 

S’offrent à nous

(la photo est un présent)

des visions de cauchemar

où il ne manque au sujet

que le sourire, car il n’est

en rien passif et semble

nous indiquer la porte

de sortie du rêve

 

Les personnages

toujours prêts à s’enfuir

dont une partie du corps

échappe à l’enfermement

nous prennent dans leur champ

de vision. Une relation s’établit

entre le modèle et l’observateur

un retournement de situation

une inversion de rôle !

 

Aucune soumission

 

Aucune fatalité

 

Là où paraît l’enfermement

le regard indique une issue -

la voie fuyante vers la sortie

Il rend possible le décryptage

des situations incongrues

Son langage est à décoder

entre l’intrusion de l’objectif

et le vacillement des personnages

dans un espace où le temps

ne parvient pas à les fixer

sur le papier

Leur moi s’échappe

du cliché faisant d’eux des figures

absentes de l’obscurité qui les a vus

naître grâce aux échelles de lumière

que l’artiste a mis à leur disposition



 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 3.

 

 

[Page 107]


 

Elle déchire la cloison

et sort de la chambre

de papier

Elle décline l'illusion

de la photographie

ce mur qui compresse

notre image, la fige

sur un temps mort


 

L'adolescente s'interroge

devant le cadeau offert :

cet appareil, lui permettra-t-il

de réaliser des clichés flottants

pourra-t-elle l'utiliser comme on

laisse un robinet ouvert autorisant

l'écoulement de la vie, sans rupture

- en constante recherche de prises ?


 

Sa photographie ne reflétera pas

des formes dépossédées de vie

alors elle accolera la fragilité

de sa nudité à la mort

elle trompera le temps

en jouant avec une stèle

comme si elle était fenêtre

elle la traversera en toute ingénuité


 

La mort est un gain

que la vie transperce


 

La mort est une perte

que la photographie pénètre

 

L’œuvre est ce que l’artiste

parvient à soustraire du néant


 

 

© Crédit photo : Carmen Pennarun, photos personnelles issues de son recueil « Dans l'arc d'un regard de Caryatide » (2019). Image no 4.

 

[Page 109]

 

 

Tes pieds nus sur le vieux plancher

est-ce par peur des échardes

qu’ils s’en vont sautant

comme ceux d’un chimpanzé ?

Mais déjà tu t’accroches à l’embrasure

d’une porte et te voilà suspendue

au col d’une « mère maison »

qui est sur le point de t’effondrer.


 

 

Pourquoi tes ailes

plus pratiques que des échelles

les as-tu prêtées aux anges

sans oser les reprendre

au moment du grand saut

habillé d’une robe chemisier ?


 

La vie est un rythme

qui s’entend dans le studio

il fugue d’un accessoire à l’autre :

croquis, photos, poèmes,

collants, gants, nippes bohèmes

c’est jour de grande lessive

le chambardement en continu


 

 

Les gants s’en prennent aux étiquettes

tandis que tu disparais des autoportraits

car tu es en bas, pauvre nature morte

auréolée d’une longue chevelure blonde

 


 

Elle gît… verbe dont je haïs l’infinitif

il rompt définitivement avec le flux de la vie

aux yeux de ceux qui aiment il est anéantissement

car qui aime ne peut saisir

ce que l’éternité a conçu,

ce que de tous temps elle contemplait

et qu’elle prolongera en sensibilité

hors du champ de l’artiste*

 

 

 

© Carmen Pennarun,

© Quelques poèmes extraits de mon ouvrage « Dans l’arc d’un regard de caryatide », livre auto-édité en 2019. Tout le recueil est consacré à Francesca Woodman : cette jeune photographe qui s'est donné la mort et dont le travail sur la photographie sortait tant le corps féminin de la vision que les regards masculins renvoyaient, en général (et continuent de renvoyer).

***

Pour citer ces poèmes engagés, féministes, élégiaques & illustrés

 

Carmen Pennarun (poèmes & photographies), « Francesca Woodman », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2025 | NO IV « LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO À NOS JOURS » sous la direction de Francoise Urban-Menninger, mis en ligne le 23 octobre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiv/cpennarun-francescawoodman

 

 

 

 

 

Mise en page par David

 

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14 septembre 2025 7 14 /09 /septembre /2025 18:00

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossiers | Articles & témoignages | Matrimoine poétique / Revue poépolitique & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

Gaza. La mémoire poétique est indestructible

 

 

 

 

 

Témoignage par

Mustapha Saha

Sociologue, poète, écrivain, artiste peintre & photographe

 

 

 

 

Crédit photo : George Barbier (1882-1932), « Shéhérazade », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Web.

 

 

Saintes-Maries-de-la-Mer.Bouches du Rhône. Dimanche, 17 août 2025. Longue méditation sur un banc de l’église baroque. Ambiance médiévale embaumée de fragrances et d'encens. Les estivants, de tous âges, de toutes provenances, saturent l'espace. Le surtourisme vide le sanctuaire de sa quintessence spirituelle. Je pense à la Palestine, aux poétesses gazaouies pourchassées, traquées, liquidées en pleine jeunesse. Me reviennent les discussions avec Maya Abou al-Hayyat, Hend Jouda, Jouana Mustafa, Nida Younis, Asmaa Azayzeh au marché parisien de la poésie en juin 2025. J'imagine les trois Maries de la mer Gazaouies. La foule se précipite dans la crypte, illuminée de centaines de bougies rouges. Ils jettent un coup d'œil à la statue de Sarah, la vierge noire, surchargée d'étoffes et rebroussent  chemin.

 

Les gitans font de Sarah leur sainte patronne depuis 1946. Sarah, où Sara pour les gens de voyage, empanachée de fantasmagories extraordinaires, païenne convertie au christianisme, servante des trois Maries, Marie Salomé, Marie Jacobé, Marie Madeleine, compagnes de Jésus. Certains disent Sarah égyptienne. D'autres la voient esclave. Elle incarne l'africaine dans toute sa beauté, dans toute sa majesté. Les quatre saintes dérivent en Méditerranée sur une embarcation de fortune jusqu'en Provence, au lieu-dit Oppidum-Râ, un temple gallo-romain à l'origine, rebaptisé Notre-Dame-de-Ratis, puis Notre-Dame-la-Barque, puis Saintes-Maries-de-la-Mer en 1838. Le pélerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer est fondé par le marquis Foloco de Baroncelli en 1935. Les tziganes accourent de tous les pays à la fin du mois de Mai. L'effigie de Sarah est immergée à mi-corps dans la mer. Qui la touche à ce moment précis reçoit santé  et prospérité. Les offrandes affluent en gages de fidélité. Une phrase de la palestinienne Shourouq Aila hante mon esprit : « La mer est notre seul refuge ». 

 

L'allégorie des trois dividinités remonte à la nuit des temps. L'adoration des trois Maries s'est probablement substituée au culte celtique de la martre, romanisé sous le nom de Junon, reine des dieux et déesse de la fécondité.  La martre, vivant dans les forêts denses, profondément connectée à la nature, nous guide dans les mondes invisibles. La martre préside l'intuition, l'alchimie, la magie. Elle représente la patience, la persistance, la persévérance. Elle survit dans les environnements hostiles. Dans les traditions druidiques, la martre est une entité thaumaturgique, une messagère des esprits. Devant le bénitier de l'église des Saintes-Maries-de-la-Mer, je bénis les poéteses palestiniennes du signe de  la martre. En arpentant le centre historique de la cité, nous voyons surgir, au détour d'une rue, des drapeaux palestiniens dans une manifestation de quelques dizaines de personnes. La cause palestinienne résonne jusque dans ce bourg de deux mille habitants. 

 

Quand le roi René d'Anjou, écrivain et mécène, demande, en 1447, de sacraliser les ossements retrouvés des trois Maries, leurs reliques sont placées dans un châssis précieux. Les restes de Sarah sont enfermés dans une caisse grossière, reléguée dans une chapelle souterraine.  Cf. Jean de la Brune (1653-1736)  Entretiens historiques et critiques de Theotyme et  d'Aristarque sur diverses matières de littérature sacrée, Amsterdam, 1733. Les disriminations divines existent aussi.

 

Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les marocains sont partout, propriétaires de motels, de restaurants, de commerces. L'hôtel Bleu Marine, où nous résidons, appartient à une marocaine. Les sarrasins ont occupé la région à l'époque médiévale, jusqu'au dixième siècle. Une vendeuse dans un magasin de souvenirs me confie : "Je suis étudiante à la Sorbonne. Je travaille ici pendant les vacances d'été. Je suis palestinienne, née en exil au Maroc. Je ne sais que je ne verrai jamais ma Palestine".

 

 

Heba Zagout

 

Est artiste peintre, née en 1984, dans le camp  de réfugiés de Boureij à Gaza, tuée le 13 octobre 2023, avec deux de ses quatre enfants. Ses toiles colorées, stylisées, pleines d'allégresse, représentent El Qods, avec ses minarets et ses clochers mitoyens, ses oliviers, ses figuiers,  ses orangers. Elle peint également des palestiennes vêtues de keffiehs et de robes traditionnelles, portant des clefs ou une colombe à la main.

 

 

Hiba Abou Nada

 

Elle s'appelle Hiba Abou Nada. Elle est née le 24 juin 1991 à la Mecque. Elle est poétesse, romancière, nutritionniste.  Elle est  assassinée le 20 octobre 2023. Son récit Oxygen isn't for the Dead, L'Oxigène n'est pas pour les morts. a pour toile de fond les primtemps arabes. Révolutions trahies.

 

 

Extraits du Journal des derniers jours par Hiba Abou Nada

 

« 7 octobre 2023. Nous pensons à nos petites affaires quotidiennes. Soudain, l'alarme nous arrache à nos réflexions banales. Les cours sont suspendus dans les écoles, les lycées, les universités. Les examens sont annulés. Le bruit des mitraillettes nous assourdit l'atmosphère. La chaîne El Jazeera affiche un bandeau rouge. La vie à Gaza se chambarde en un instant. »

 

« 8 octobre 2023. Nos comptes sur les réseaux sociaux sont des registres de décès, des demeures en deuil, des tentes de condoléances. Les cortèges funéraires se ramifient, se mêlent, s'étalent sur des kilomètres. Les américains menacent d'envoyer un porte-avion pour aider les sionistes. Nous en ferons un restaurant fottant. »

 

« 9 octobre 2023. Dans les guerres précédentes, nous anticipions les cibles sionistes. Cette fois-ci, il n'y a pas de schéma spécifique. Tout se bombarde sous feu nourri, du nord au sud. Des frappes aléatoires, meurtrières, dévastatrices. Un massacre collectif. Une boucherie totale. Nous nous attendons à une phase d''isolement absolu. Nous ne pourrons plus entrer en contact avec l'intérieur,  encore moins avec l'extérieur. L'infernal pilonnage ne fera aucune pause. Nous tenons bon. Nous restons libres dans nos têtes. »

 

« 10 octobre 2023. Nous sommes encore en vie. Nous comptons les morts et les rescapés. J'enveloppe la fleur d'oranger dans la prière pour les préserver du phosphore. Les morts, unis dans un amour intense, dissiperont les poussières. »

 

« 11 octobre 2023. Quand les mensonges seront démasqués, Gaza sera toujours vivante. Elle sera toujours la cité des savants, des poètes, des prophètes, des prodiges, des miracles. Nous résistons. Nous persévérons pour tous les opprimés de la terre. »

 

« 12 octobre 2023. Ce sont des arbres généalogiques entiers qui s'écroulent. Aucune branche n'est épargnée. Gaza, un cimetière à ciel ouvert. Nous regardons nos futurs en silence. »

 

« 15 octobre 2023. Là-haut, nous bâtissons une nouvelle cité avec des médecins sans patients, des professeurs sans étudiants, des familles sans chagrin. Une nouvelle Gaza sans guerres. »

 

« 18 octobre 2023. Des linceuls alignés par dizaines, voilà nos photos de famille. Ils ont vécu ensemble. Il s'en vont ensemble. »

 

« 19 octobre 2023. Ma liste d'amis se rétrécit. Elle n'est plus qu'un inventaire de sépultures. Mes amis s'envolent avec les éclats de roquettes. Je ne peux pas les retenir. Je ne peux pas les ramener sur terre. Je ne peux pas les consoler. Je ne peux pas les pleurer. Je ne sais pas quoi faire. Que faire devant cet abominable festin de la mort ? »

 

« 20 octobre 2023. Nous attendons. la promesse de vérité » (Hiba Abou Nada, Journal des derniers jours). 

 

20 octobre 2023, en pleine nuit, Hiba Abou Nada est tuée avec toute sa famille par une frappe aérienne dans leur maison à Khan Younis.

 

 

Fatima Hassouna

 

Est poétese, photojournaliste, née le 2 mars 2000 à Gaza, fauchée avec dix membres de sa famille, au moment où son film, avec la réalisatrice iranienne Spideh Farsi, Put your Soûl on your Hand and Walk, Pose ton âme sur ta main et marche, est sélectionné au Festival de Cannes. Ses œuvres sont publiées par des journaux prestigieux, exposées dans des galeries renommées. On l'appelle l'Oeil de Gaza. Elle écrit : « Le monde est là dans sa vastitude. Gaza est une petite boîte. Nous sommes dedans. Le monde est si lointain. Je ne peux pas le visiter. Je voudrais voyager, explorer les immensité et revenir dans ma petite boîte. J'ai besoin de Gaza. Gaza à besoin de moi. Si je meurs, je veux une mort retentissante. Je ne veux pas être une brève dans un flash-info. Je ne veux pas être un chiffre anonyme dans une statistique. Je veux une mort qui retentit dans toute la planète, dans toutes les langues. Je serai une image omniprésente que rien ne peut effacer » (Fatima Hassouna, 2 août 2024). 

 

« La photographe est partie. Elle a dit la vérité. Elle reste sans témoin. Sauf un témoin invisible. Pour attester qu'il n'y a plus de témoin. La photographe est partie après avoir dit la vérité. Elle est drapée des couronnes fleuries de sa robe de mariée. Elle se tait. Elle s'expose en silence au silence. Son nom perdure. Mais, qu'est qu'un nom ? Sa grande œuvre photographique s'exhibe en silence. Elle reste muette. Elle se contente de montrer des scènes de silence. Elle rattrape les images qui se dérobent devant son objectif. Elle met les images à nu. Dans ses récits photographiques, tout s'esquisse, tout s'annonce, tout s'interrompt, la naissance, l'amour, la mort, dans leur ordre cyclique, réversible, anhistorique. Il reste ses traces, inaltérables, impérissables, indissolubles.  Cette jeune femme est la légèreté même. Elle est unique. Elle exprime ce que la clarté du jour aura été hier, le jour passé. Elle est la mémoire graphique de la naissance de la lumière à la lumière photographique. Elle capte. Elle inscrit. Elle imprime. Elle voile. Elle dévoile. Elle perce l'énigme de l'ombre. » (Jacques Derrida, Aletheia, 1996, éditions William Blake and Co, tiré à part, 2025. Adaptation). 

 

Je glisse une photographie de Fatima Hassouna dans le cahier où je rédige ces lignes. La photographe, kefieh noir et blanc manteau sombre, est saisie dans la pénombre d'un immeuble bombardé, assise sur une chaise en fer rouillé déglinguée. Sa main tient fermement son appareil photo. Les décombres gisent par terre. Je perçois une clarté légère, une signature nébuleuse de l'ombre. Une lueur de chandelle. Elle est seule, indifférente au photographe qui la flashe. Une prégnante terrifiance plane dans l'air. Elle voit. Elle donne à voir l'interdit. Je ferme les yeux pour voir, pour savoir. Je ne discerne que l'esthétique, l'irisation du silence. 

 

Jacques Derrida relie ce phénomène à la  loi de phôs. Photôs, photographie, phosphore proviennent de la même racine. Le sionisme néantise Gaza à coups de bombes au phosphore. L'adjectif phosphoros signifie porteur de lumière. Phosphoros désigne aussi la planète Aphrodite, Vénus, l'étoile du berger. Les photographies de Fatima Hassouna sont infusées de phosphore. Certains instantanés me magnétisent, m'hypnotisent, me paralysent. Archives incomparables, inimitables, indélébiles. Son dernier cliché, un coucher de soleil.  Son absence-présence me lancine comme un hologramme. Je ne vois que son aura. Elle est seule dans son impalpable visibilité. De nouvelles photographies apparaîtront. Le festival de Cannes, la société du spectacle l'intrônisent déjà comme une icône. Elle ne sera bientôt qu'une valeur marchande. On parlera un peu d'elle, moins qu'elle ne l'a souhaité. Des documentaires, des livres lui rendront hommage. Puis, elle s'éclipsera. Elle sera toujours seule dans son attente de la lumière.

 

 

Amina al-Salmi

 

 

30 juin 2025. Amina al-Salimi, surnommée Frans, est tuée dans le banbardement du Café Al-Baqa à Gaza. Un énorme cratère engouffre les cadavres de plusieurs dizaines d'écrivains, d'artistes, de journalistes, d'étudiants, d'ingénieurs, de médecins. Les deniers tableaux d'Amina al-Salmi sont des visages maculés de sang, des portraits noirs au fusain, des martyrs en agonie.

 

 

Dima Diab

 

A vingt-six ans, écrivaine, conteuse, est assassinée, le 28 juillet 2025.  Et beaucoup d'autres plumes, connues et méconnues. Leurs œuvres transmissibles sans limites, reproductibles à l'infini, sont indestructibles. Ces créatrices, la tête recouverte du même châle de la dignité, sont l'âme éternelle de la Palestine.

 

© Mustapha Saha

 

—————

Pour citer ce texte, illustré & inédit

 

Mustapha Saha, « Gaza. La mémoire poétique est indestructible », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 14 septembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/ms-gazamemoirepoetique

 

 

 

 

 

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22 août 2025 5 22 /08 /août /2025 17:15

Hermína Cecílie Josefa Laukotová (24 January 1853 – 17 January 1931) was a Czech painter, graphic artist and art teacher

Lydia Amanda Brewster Sewell (February 24, 1859 - November 15, 1926) was a 19th-century American painter of portraits and genre scenes


 

 

2. Amanda_Brewster_Sewell,_Sappho,_1891

 

Attributed to Marie-Guillemine Benoist (1768–1826) wikidata:Q118810

26. Portrait of a Lady, said to be Mme de Reiset d'Arques as Sappho

 

 

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossiers | Florilège | Voix/Voies de la sororité | Astres & animaux /Nature en poésie | Spiritualités | Revue Biopoépolitique

 

 

 

 

 

 

Lesbos

 

 

 

 

 

Poème féministe & engagé par

 

Nicoletta Chiodi

Écrivaine, poète féministe, lesbienne & américaine

 

 

 

Crédit photo : (Lydia) Amanda Brewster Sewell (1859-1926, artiste peintre américaine), « Sappho », 1891, peinture tombée dans le domaine public. Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le Web.

 

 


 

J’ai un rêve qu’un beau jour

Je visiterai l’isle de Lesbos

Et marcher sur la même terre que Sappho a marché

La terre où elle aimait les femmes et nous a donné son nom

Pour qu’on puisse se retrouver dans n’importe quel pays

N’importe quel temps


 

Et quand je le visiterai

Je pleurai parce que je veux rire

Je veux danser

Sur ton isle, ma mère spirituelle

Et baiserai la terre 

Parce que je serai, finalement, chez moi

Chez nous



 

© Nicoletta Chiodi

 

***

Pour citer ce poème féministe, élégique, engagé & inédit

 

Nicoletta Chiodi, « Lesbos », avec une peinture par Amanda Brewster Sewell (1859-1926), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 22 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/nchiodi-lesbos

 

 

 

 

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22 août 2025 5 22 /08 /août /2025 17:15

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossiers | Florilège | Voix/Voies de la sororité | Revue Biopoépolitique 

 

 

 

 

 

 

 

Monique Wittig

 

 

 

 

 

Poème féministe & engagé par

 

Nicoletta Chiodi

Écrivaine, poète féministe, lesbienne & américaine

 

 

 

Crédit photo : Une fresque dans le « Jardin Monique Wittig », fresque.jpgMonique Wittig ». Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le Web.

 

 

 

 

 

Monique Wittig a écrit un livre poétique du corps lesbien

et moi, je l’ai lu et j’ai pensé de toi et ton corps lesbien

de ton corps qui est fort et doux à la fois

qui me protège et me nourrice et me dévore 

à la fois

 

 

Et moi aussi, j’ai un corps lesbien

que je suis en train de changer 

de le faire plus doux

plus feminin.

 

Et j'écris ce poème simplement pour dire que

j’adore nos corps lesbiens 

qui vont changer ensemble.

 

 

© Nicoletta Chiodi

***

Pour citer ce poème féministe, élégique, engagé & inédit

 

Nicoletta Chiodi, « Monique Wittig », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 22 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/nchiodi-moniquewittig

 

 

 

 

 

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LPPDM, SEPTEMBRE 2026

La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après une suspension de l'actualisation du site (suite au décès d'un proche).

L’association SIÉFÉGP publiera en 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.

SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

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