Vanessa LABRUYÈRE est une jeune femme de 35 ans native du Lot-et-Garonne et vivant à Cahors. Son univers littéraire est à la fois historique et fantastique.
Passionnée d'écriture depuis son enfance, elle écrit principalement des poèmes et se lance également dans les romans.
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Pour citer cet écopoème engagé & ce travestissement poétique en Gaïa
Vanessa Labruyère, « Sans pitié », écopoème inédit sur le réchauffement climatique, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10| Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 11 août 2021. Url :
mis en français moderne (corrigé) & commenté brièvement par
Dina Sahyouni
Crédit photo : William Adolphe Bouguereau (1825-1905), "Bacchante", image Commons.
La brochure poétique présente ci-dessous a été écrite par une plume anonyme sous les initiales M. L. C. D. V. Elle s'intitule Adresse au beau sexe relativement à la Révolution présente ([Reprod.])/ [par M. L. C. D. V.] et date de 1790.
Le texte au vocabulaire typique du XVIIIème siècle se révèle, universaliste, radical et révolutionnaire en ce qui concerne les droits des femmes et leur place dans la société. Malgré quelques critiques sur certains peuples qui peuvent heurter des personnes par le ton et les termes utilisés, le fond reste foncièrement féministe et à portée universelle comme le poème qu'il contient. Ce fervent plaidoyer pour l'égalité des sexes dans la société est aussi un précieux témoignage sur les origines du féminisme universel.
Cet ouvrage appartient au domaine public.
Adresse au beau sexe ;
relativement à la révolution présente.
Sexe charmant, fait pour ajouter aux plaisirs de la vie des hommes et pour en adoucir les amertumes, qui plus que vous doit sentir le prix d'une heureuse révolution qui va vous rendre votre dignité, vous rétablir dans vos droits, et vous faire sortir de l'état d'opprobre et d'avilissement où l'affreux despotisme vous faisait gémir depuis des siècles ? Esclaves plus que personne des préjugés dont on berçait notre enfance et dont on amusait votre vieillesse, les despotes de tous les états semblaient s'être réunis pour vous avilir. Tantôt la force, usant de ses droits, arrachait à la beauté innocente des plaisirs que le cœur seul peut promettre, et l'amour faire espérer à un amant tendrement aimé ; tantôt, usant de l'empire que donne l'opulence et l'autorité, les despotes arrachaient des bras de leurs parents d'innocentes victimes qui ne leur étaient rendues que lorsqu'ils étaient las de les posséder ! Sans force, sans moyens, la beauté jeune et sans expérience était en proie à tous les caprices, et à toutes les fureurs des despotes de tous les corps et de tous les ordres qui se faisaient un jeu d'en trafiquer et de les livrer à l'opprobre et à l'ignominie ! Ouvrez les yeux, sexe adorable, sexe charmant, sexe trop longtemps avili ; ouvrez les yeux, vos fers sont brisés, vos impudents oppresseurs ont disparu, le regagne de l'auguste liberté brille de tout son éclat... vous étiez sous tous les rapports des esclaves, vous voilà des citoyennes ; sachez apprécier la dignité de votre nouvel état dans le nouvel ordre des choses ; sachez en sentir tout le prix et en tirer pour votre bonheur, pour l'honneur et la gloire de votre sexe tout l'avantage que vous avez droit d'en attendre. Vous êtes citoyennes, que ce titre, le seul honorable aux yeux d'une nation libre, vous rappelle et vos devoirs et les vertus qui ajoutent tant à l'empire de la beauté. Tous les vains préjugés de l'orgueil et de la vanité humaine détruits et foulés aux pieds : le mérite personnel, les grands talents, les vertus éminentes sont les seuls et véritables titres auxquels on doive un juste et légitime hommage. C'est à vous, sexe charmant, par un sage et raisonnable discernement, à n'accorder votre suffrage, votre estime qu'aux citoyens honnêtes et utiles qui servent la patrie. Votre empire s'étend partout et influe sur tout :livrez au ridicule et au mépris ces hommes vains et superbes, dont la suffisance insupportable annonce et l'inutilité et l'orgueil : accueillez le simple citoyen aimable, utile et honnête ; accablez de votre indignation ces nais orgueilleux qui s'élèvent sur le bout de leurs pieds pour annoncer à la masse générale qu'ils se croient pétris d'un autre limon que leurs semblables. C'est à vous, sexe charmant, à rappeler tous les hommes à cette noble et heureuse simplicité, qui forme le bien le plus doux de la vie et fait le véritable charme de la société.
C'est ainsi que vous formez de bonne heure les jeunes gens à devenir des époux sensibles, honnêtes et affables à tout le monde, et que vous corrigez les sots, les fats et les imprudents. Dans l'état de liberté, le premier besoin d'une âme honnête, sensible et vertueuse, est de pouvoir disposer de son cœur en faveur d'un objet qui puisse se concilier avec ses goûts, ses penchants et son humeur ; ce n'est que dans l'usage de la société que nous pouvons connaître cet objet de nos rapports et de nos goûts ; quel est l'homme sage, quelle est la fille raisonnable qui engagera sa liberté avec un inconnu dont l'humeur et le caractère peuvent toujours être, en contradiction avec le sien ? mais quel est l'homme sensible et vertueux, sous l'empire de la liberté, qui, ayant de la fortune, dédaignera de la partager avec une jeune amante pauvre, mais vertueuse, et dont il est tendrement aimé ?
Quelle est la jeune fille opulente qui dédaignera de donner sa main à un tendre amant plein de talents et de capacité, dont elle est adorée... Cruelle barbarie des parents, [vous] qui ne calculez que l'or, disparaissez avec les vains préjugés de la naissance... ! c'est parce que le mérite et la vertu n'ont été comptés jusqu'à ce moment-ci pour rien... et que l'or et la vanité ont assorti tous les mirages..., que la dissolution et la dépravation des mœurs sont à leur comble... Quel mal pourrait-il donc résulter pour la société, pour la patrie, qu'un citoyen riche fasse la fortune d'une fille charmante et vertueuse qui possède peu. Quel mal pourrait-il donc résulter, qu'une fille opulente partage sa fortune avec un époux d'un grand mérite, qui n'est pas riche. – Nos préjugés, comme notre avarice, doivent céder à l'empire de la raison, du bon sens, des convenances, du cœur, et de l'ordre ; avec ces principes, qui sont dans la nature et la religion, la beauté pauvre et vertueuse jouira du juste empire qu'elle doit exercer sur les cœurs, et elle recouvrera ses droits et sa dignité.
Les femmes ayant appris à apprécier le titre honorable de citoyennes, les devoirs qu'il leur impose, dégagées de tous les vains préjugés qui les faisaient humilier et s'avilir devant des personnages sans vertus, sans mérite et sans talents, n'appréciant indistinctement chez tous les citoyens que les qualités éminentes qui les distinguent, elles doivent joindre aux grâces naturelles de leur sexe, aux agréments qui rendent leur société si intéressante, un peu de solidité, de raisonnement, (solidité sans prétentions au bel esprit ; (hors le Télémaque) ce n'est pas dans l'inutile et fade lecture des romans qui ne font que bouleverser l'esprit des jeunes personnes sans expérience qu'elles trouveront cette solidité ; ce n'est pas non plus en se laissant conduire par des moines ou des prêtres qui d'une façon ou d'autre leur tournent la tête et le cœur ; c'est dans la lecture de livres sages et raisonnés, comme il en existe beaucoup ; c'est dans la société de citoyens honnêtes, dégagés de tous les vieux préjugés avec lesquels on abrutissait l'espèce humaine (et les femmes plus particulièrement), qu'elles trouveront les moyens d'acquérir de la solidarité de raisonnement nécessaire pour se bien conduire. La morale sainte de l'évangile est la première morale du monde entier prise dans son simple sens... : mais il en a été de ce livre divin comme il en est des procès ; à force de les embrouiller, après des écritures éternelles on ne sait plus où l'on en est, il faut remonter à la source pour connaître l'objet du procès. À force d'embrouiller le sens de l'évangile ; après des écrits sans nombre sur ce livre divin, il faut en revenir au modèle. – C'est que les passions de toute espèce, ont agité les orateurs sacrés, et il a fallu intervenir le ciel pour justifier toutes les passions. Les moines et les prêtres voulaient accumuler de grands biens et avoir une domination absolue sur tous les hommes ; au lieu de leur rappeler les préceptes simples de l'évangile, pour les ramener aux principes de sagesse et de vertu qu'il prescrit, il fallait des tours de force pour les étourdir et les abrutir pour les dépouiller à son aise et leur donner des fers. C'est par cette raison, ô mon Dieu ! Qu'à la honte de l'humanité, en Espagne et en Portugal, les femmes sont encore honteusement courbées sous le joug impérieux des moines et des prêtres, et la plus belle portion de l'espèce humaine est presque partout réduite à cet état d'opprobre et d'avilissement. Une femme ne peut-elle donc rendre un hommage pur et agréable à son créateur sans se mettre sous la dépendance d'un moine ? Les vertus les plus agréables à Dieu dans une femme et qui lui attirent le plus les hommages et les respects des hommes ne sont-elles pas la pudeur, les soins qu'elle se donne pour allaiter,
nourrir et élever ses enfants, veiller à son ménage et contribuer au bonheur de son époux ! quand elle a rempli ces saints devoirs, qu'a-t-elle besoin d'aller s'avilir et ramper sous le despotisme d'un homme, tel qu'il soit !
Ah ! connaissez, sexe charmant, le sage empire que vous devez exercer dans cette heureuse révolution ; cessez de vous laisser conduire par tous les préjugés dont on vous berçait ; cessez d'être les esclaves et de la vanité des grands et de la fine ambition des prêtres. N'accordez votre suffrage qu'aux vertus et aux talents ; que de leur côté tous les citoyens, sans tenir aux vains titres que donne la naissance, unissent leur sort à la beauté pauvre et indigente, mais vertueuse. Pour lors l'empire de la nature, de la raison et du bon sens reprendra ses droits ; les mœurs leur lustre et leur pureté, et la nation ne sera plus qu'une famille d'honnêtes et vertueux citoyens, dont Louis XVI sera le roi et le père. Peuples de tous pays, ouvrez les yeux à la lumière, cessez d'être les esclaves des moines, des prêtres et des grands ; relevez-vous de l'avilissement où vous êtes tombés ; – le ciel vous a fait des hommes libres ; des imposteurs et des despotes vous ont donné des fers, vos droits sont éternels et imprescriptibles ; relevez-vous et brisez vos chaînes. – Respectez la morale de l'évangile, mais foudroyez les fourbes, les sacrilèges qui, au nom d'un Dieu de paix qui veut également le bonheur de tous ses enfants, ont osé vous réduire à l'esclavage. Que tous les vains préjugés se taisent devant les lois éternelles de la raison, de la justice et du bon sens qui émanent de Dieu. – Juifs, mettez-vous à manger du jambon avec les autres hommes vos frères. Espagnols, chassez vos moines et jetez-les par la fenêtre, lorsqu'ils ont l'impudence et l'effronterie de venir déposer leurs sandales à votre porte. Démolissez la sainte inquisition et renvoyez vos saints inquisiteurs, s'ils veulent s'y opposer. – Et vous, Turcs, esclaves des rêveries de votre prophète, mettez-vous à boire du vin, rendez la liberté à vos femmes au lieu de les enfermer, elles sont faites pour concourir aux charmes de la société. – Puissent toutes les nations prendre pour modèle les sages décrets de l'assemblée nationale de France, qui tendent à détruire tous les préjugés que l'ignorance, l'orgueil et le fanatisme avaient accrédités, pour, donner à quelques despotes un empire aveugle et absolu sur le reste de l'espèce humaine, qu'ils ont abruti et dépouillé presque dans tous les pays pour la réduire au plus honteux esclavage.
Chanson
Sur l'air : Du Confiteor.
Repentir d'un gros bénéficier, et leçons que lui a données Lison, chez laquelle il a soupé.
Hélas ! quelle est l'énormité
De mes fautes, de mes offenses ?
Du saint nom de l'humanité
Dans mes folles extravagances, bis.
J'ai toujours méconnu les droits,
Et d'un Dieu bon les justes lois.
De bénéfices et de grands biens
Je fus pourvu en abondance ;
Pour ma table et pour mes catins
J'avais à peine suffisance, bis
Tandis que tant de citoyens
Jeûnaient comme de pauvres chiens.
Ah ! je croyais de bonne foi
Que tout pour moi dans cette vie
Devait concourir à la fois
À mes goûts, à ma fantaisie, bis.
Pour la luxure et les plaisirs
Renaissaient tous mes fous désirs.
J'étais fier, j'étais orgueilleux
De mes titres, de mes ancêtres ;
J'étais dur, j'étais vaniteux,
Comme le sont beaucoup de prêtres, bis.
Qui méconnaissent, ainsi que moi,
D'un Dieu pauvre la sainte loi.
Un soir soupant avec Lison,
Dont l'âme était sensible et tendre,
Elle me fit cette leçon :
Je vais de bonne foi la rendre, bis.
Tant j'aime sa sincérité
Et son ton de naïveté.
Gros joufflu, dit-elle en riant,
Tu crèves et regorges d'aisance,
Tu es gai, ton cœur est content ;
Mais pourquoi, dis-moi donc en France, bis.
Enrichir tant de fainéants
Du sang de tous les pauvres gens.
Qu'as-tu donc fait pour ton pays,
Pour posséder tant de richesses ?
Crois-tu gagner le paradis
Avec ton faste et tes maîtresses. bis.
Avoue que tu n'es qu'un vaurien,
Qui ne fus jamais bon à rien.
Quand le bon sens et la raison
Chasseront le grossier mensonge,
De bonne foi le croira-t-on,
Qu'il ait existé dans le monde bis.
Des fourbes qui, avec des mots
Aient dépouillé tant de sots ?
Le croira-t-on dans l'avenir,
Que l'espèce humaine abrutie
Ne pût parler, ne pût sentir,
Et que le flambeau du génie bis.
Fût éteint par tant de fripons
Qui enchaînaient les nations.
Les moines mangeaient nos moutons,
Ils nous enlevaient nos bergères,
Ils croquaient nos poules et chapons
Et marmottaient quelques prières. bis.
Gardons nos bergères et moutons,
Et tous ensemble Dieu prions.
Fin.
***
Pour citer ce texte féministe
M. L. C. D. V., « Adresse au beau sexe ; relativement à la Révolution présente », texte féministe de 1790, choisi, transcrit, corrigé & commenté brièvement par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16, mis en ligne le 1er août 2021. Url :
Docteur en sciences de l'art (La Sorbonne Paris), Membre de la Société des Gens de Lettres, Membre du P.E.N Club International, Sociétaire des Poètes Français, Présidente de l'association ISIS Arts & Cultures, Fondatrice des Rencontres des Poètes pour la Paix, Membre de Cercle Universel des Ambassadeurs de la paix (Genève/Paris), Historienne de cinéma & Réalisatrice
Crédit photo : Une "Andalouse", tableau, Commons.
Tu as des yeux noirs comme la nuit
Tes yeux noirs comme les pleurs de la nuit et du jour
Tes yeux noirs comme la tristesse
Tes yeux noirs sont une force de combat
Tes yeux noirs sont à l’épreuve infinie
Tes yeux sont dépourvus de vie
Tes yeux figentle vide de l’absence
Ce sont tous mes souvenirs qui me reviennent avec les larmes devant ta photo
Je déteste cette séparation
Mon sentiment est invisible
Quand je suis seul, tu es arrivée
Quand je suis triste, je t’aime
Une paire d’yeux ne suffit pas pour te regarder
Quand je croise ton regard, je tombe amoureux de toi
Mona Gamal El Dine, « Une femme aux yeux noirs (Victime de féminicide) », poème féministe, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 27 juillet 2021. Url :
Crédit photo : « Dame aux coquillages », peinture libre de droits, capture d’image du site Commons.
Ma vulve est tous les fruits
les fruits de mon labeur
un fruit de la passion
mangue et citron vert
et vigne toujours vierge
ma vulve fruit de mer
sanguine
Ma vulve est toutes les fleurs
mes pensées mes capucines
fleurs de pommiers fleurs carnivores
le parfum des lauriers roses
et celui des lauriers blancs
Ma vulve est la tendresse
la violence de la vie
ma vulve est amour
je jouis en accouchant
ma vulve est mon extase
Ma vulve est la joie
Elle fait rire les déesses
Elle fait rire Déméter
Et la console
de la perte de Perséphone
Ma vulve est un sourire
Ma vulve est le temps
le temps de jouir
le temps de la vie
de mon envie de vie
Ma vulve est mon amie
fidèle compagnonne
chaque jour elle me rappelle
tu peux jouir tu sais
Elle s’endort avec moi
mes mains entre mes cuisses
– une dernière caresse
se réveille à la rosée
Ma vulve est mon témoin – testis de mes désirs
et elle chante pour toi
les chants des marins grecs
Crédit photo : "L'Origine du Monde" de Gustave Courbet, Musée Orsay, image de Commons.
Pose ton oreille là, mon amant
et écoute ma vulve
tu entendras le vent
le ressac et l’océan
la musique vient de là
les bateaux et les voiles et le chant des baleines
le chant des sirènes
le soleil en éruption
Il y a très longtemps au Rwanda
sur Flash FM une légende raconte
que la fontaine d’une reine
créa le lac Kivu
Le kunyaza fit jaillir l’eau
Une eau sacrée dit la légende
sur Radio Rwanda, Zirara Zubakwa
ma vulve est une fontaine
fontaine de jouvence
Ma vulve est politique
je suis femme sous mes jupons
comme des milliards d’autres femmes
des vulves au Parlement
Ma vulve est à moi
et à qui seule je veux
je suis le corps humain
le corps social le corps mortel
je suis mon corps
mon corps au Parlement
ma vulve est mon corps
Ma vulve est androgyne
Geisha aux lèvres blanches
ma vulve sait tout faire
rétention éjection ouverture ou refus
ma vulve est privilège
Dessine moi une vulve…
Ma vulve est ma planète
ma vulve est ma princesse
une Sainte Exubérante
Astéroïde B-07-03
Il y a très longtemps au Rwanda, une reine se languissait de son époux retenu loin d’elle par la guerre. Éperdue de désir, elle ordonne à un esclave de la rejoindre dans sa chambre. L’homme s’exécute, mais il est tétanisé à l’idée du sort qui l’attend, si le roi venait à découvrir l’affaire à son retour. Tremblant de tout son corps, il ne parvient pas à pénétrer la souveraine. Mais son sexe, en frottant contre les lèvres et le clitoris de la reine, provoque un jaillissement de plaisir. On raconte même, au Rwanda, que la reine aurait éjaculé le lac Kivu...
C’est sur cette légende que repose la pratique du kunyaza, un acte sexuel voulant que l’homme caresse le sexe de la femme à l’aide de son pénis pour « faire jaillir l’eau », et qui s’enseigne comme l’un des piliers du mariage. Car « Le kunyaza, [dit-on], unit les familles et chasse le désordre dans les foyers. » Le réalisateur belge Olivier Jourdain, lui, a décidé de tirer de cette légende vivante un documentaire, intitulé L’eau sacrée1 : « L’eau, c’est la vie, dit-il, c’est ce qui fait pousser les plantes. Le fait d’être fertile parce que la femme est capable “d’avoir de l’eau” renvoie aussi à la toponymie du Rwanda, à sa végétation luxuriante. La pratique est sans doute liée à la géographie du lieu...» 2.
Barbara Polla, « Ma vulve », poétexte dionysiaque, érotique biopoépolitique & féministe inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16 & N° 10| Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 15juillet 2021. Url :
Derecho de admisión, Yeison F. García López, La imprenta, Collection Hojas de yerba, Madrid, 2021.
Les poèmes de ce recueil revêtent un ton grave. Ils sont l’expression d’une grande souffrance d’un enfant arraché à son pays d’origine et devant faire face au racisme du pays d’accueil.
Yeison F. García López, se définit comme Afro-colombien et Afro-espagnol. Il a étudié les Sciences politiques et est détenteur d’un Master en Méthodologie de l’investigation en Sciences Sociales :Innovations et applications, à l’Université Complutense de Madrid. Depuis 2016 il est très actif dans le milieu littéraire et culturel espagnol et milite contre le racisme. En 2016 il a publié « Voces del impulso », ed. Centro de Estudios Panafricanos, (traduction : Voix de l’impulsion, Centre d’études, Panafricaines ) Il a participé à plusieurs publications collectives : anthologies et revues espagnoles. Sa poésie a su trouver une résonance dans les médias littéraires comme Radio Africa Magazine, Wiriko y Africanidad.
Derecho de admisión
Hay una cola larga en la acera,
esperamos nuestra suerte,
ya puedo escucharles:
– ¿“DNI?, pasen”.
Espero que no suceda una vez más,
no quiero quedarme fuera,
la última vez fue mi culpa,
eso me hicieron crecer.
Voy bien vestido,
ni pendientes, ni gorra ni zapatillas,
el pelo recién cortado,
no les daré ningún pretexto,
la gente del barrio ha ido, quiero entrar.
¿Tienes 16 años? ¿Documentación?
– Pasa
Con algo más de edad,
hemos bebido en una plaza,
vamos porque nos han dicho que es gratis,
Los que entran antes de nosotros no pagan,
Esperemos que no ocurra.
– Son 20 euros.
– ¿ Por qué?
Nos miramos,
vemos con claridad el itinerario
que segrega nuestros cuerpos,
¿Donde denunciamos?
No servirá de nada,
aprovechamos un descuidado para arrojarles piedras.
La última vez fue en un bar de Malasaña,
ya estaba en la universidad, llamé a los que dicen protegernos,
me dijeron: “derecho de admisión”,
te preguntas a ti mismo por qué les has llamado?,
tus amigos y amigas se sienten a través de tu dolor,
efímero instante, estampa con caducidad,
mi piel no es un disfraz, mi piel no es un momento.
Una vez más mi noche termina en esquizofrenia,
yo que me considero fuerte,
siento claudicar una parte de mí,
Aunque no quiero
No es ausencia de rabia es ausencia de todo,
es un Madrid que me cercena desde la infancia,
una parte de esta ciudad nos quiere fuera.
Perdonad si estos versos os incomodan,
os lanzan una realidad que no queréis mirar,
permitidme deciros que vuestra fragilidad
en este espacio no importa,
que soy yo el que habla ahora del derecho de admisión
a vuestros comentarios.
**
Droits d'entrée
Il y a une longue file d'attente sur le trottoir
nous attendons notre chance,
Je vous entends déjà :
« DNI ? Entrez. »
J'espère que ça n'arrivera plus
je ne veux pas rester dehors
la fois dernière c'était ma faute,
ça m'a fait grandir.
Je suis bien habillé
pas de boucles d'oreilles, pas de casquette ni d pantoufles,
cheveux fraîchement coupés,
je ne vous donnerai aucune prétexte,
les gens du quartier sont partis, je veux entrer.
– Tu as 16 ans ? Document ?
– Passe.
Dans un endroit hors du temps,
nous avons bu sur place,
nous y allons parce qu’on nous a dit que c’est gratuit,
ceux qui entrent avant nous ne paient pas,
Espérons que cela n'arrive pas.
– C'est 20 euros.
– Parce que ?
Nous nous regardons,
Nous voyons clairement l'itinéraire
qui nous sépare,
À qui aurons nous recours ?
ça ne servira à rien
nous nous sommes servis d’un imprudent pour leur jeter des pierres.
La dernière fois, c'était dans un bar de Malasaña,
j'étais déjà à l’université, j'appelais ceux qui prétendent nous protéger,
ils m'ont dit : « droit d'admission »,
tu te demandes pourquoi tu les as appelés ?
les amis des deux sexes ressentent ta douleur,
instant fugace, frappé de caducité,
ma peau n'est pas un déguisement, ma peau n'est pas un instant.
Encore une fois ma nuit se termine dans la schizophrénie
je me considère fort
Je sens une partie de moi céder,
Bien malgré moi
ce n'est pas l'absence de rage, c'est l'absence de tout,
c'est un Madrid qui me coupe depuis l'enfance,
une partie de cette ville veut que nous partions.
Pardonnez-moi si ces vers vous dérangent,
ils vous jettent une réalité que vous ne voulez pas regarder,
laissez-moi vous dire que votre fragilité
dans cet espace n’a pas d’importance,
que je suis celui qui parle maintenant du droit d’admission.
à vos commentaires
**
Somos subversión
Son las voces tempranas
las que narran como mar de fuego,
Crecemos sin que nos vean,
al igual que no ven a nuestros padres y madres,
para ellas y ellos simple fuerza de trabajo.
Recordamos a Jeanneth Beltrán1,
Luis Víctor Gualotuña2 y a tantos otros, otres, y otras,
Ahora y aquí,
nuestras ancestralidades son la fuente,
el ritual,
la idea,
ahora, ahora y aquí,
somos subversión.
1. Jeanneth Beltrán fue una joven nicaragüense en situación administrativa irregular que murió en el 2014 en Toledo como consecuencia del Real Decreto 1/2012, legislación que negaba el derecho a la atención sanitaria normalizada y publica a cientos de miles de personas en el Estado español.
2. Luis Víctor Gualotuña, tenia 55 anos y era un trabajador ecuatoriano que trabajan sin contrato. Murió tras de caer de un andamio en Alborada (Valencia). El empresario decidió no llamar al 11 y lo dejo moribundo en el hospital.
**
Nous sommes subversion
Ils sont les premières voix
qui racontent comme une mer de feu,
Nous grandissions sans être vus
tout comme ils ne voient pas nos pères et nos mères,
eux simple force de travail.
On se souvient de Jeanneth Beltrán1,
Luis Víctor Gualotuña2 et bien d'autres, d'autres et d'autres.
Maintenant et ici
nos ancêtres en sont la source,
le rituel,
l'idée,
maintenant, maintenant et ici,
nous sommes subversion.
Notes
1. Jeanneth Beltrán était une jeune nicaraguayenne en situation irrégulière décédée en 2014 à Tolède à la suite du décret royal 1/2012, une législation qui niait le droit à des soins de santé standardisés et qui publie des centaines de milliers de personnes dans l'État espagnol.
2. Luis Víctor Gualotuña, avait 55 ans et était un ouvrier équatorien qui travaillait sans contrat. Il est décédé des suites d'une chute d'un échafaudage à Alborada (Valence). L'homme d'affaires a décidé de ne pas appeler le 11 et l'a laissé mourir à l'hôpital.
**
Crecer sin tierra
A las que migramos en la niñez
nos toca gravitar en el aire,
ser puente entre varios universos,
reclamar nuestra libertad de pertenencia
a las cosas de las que nos hablaban en casa,
y a otras que han rodeado la mirada.
Hemos crecido en mil mundos,
hablamos diferentes lenguas
para poder comunicarnos desde el limbo.
Tejemos y destensamos la vida
para que nos aguante.
Nuestra identidad está abiertamente
en contra del olvido.
Las cabinas y locutorios fueron nuestra conexión
con aquello que sentíamos cerca,
eran nuestra patria.
En mi casa se escucho “faltan 5 pa las doce” siempre.
Cada ano alguien nos recuerda que no nacimos aquí,
que nuestra piel no corresponde a su idea.
En algún momento hemos escarbado un agujero
para escondernos y solo escuchar el latido,
de nuestros corazones de barro.
Olemos a raíces,
Nos arraigamos a la justicia,
cultivamos amor
para poder recibir algo de cariño.
En el desplazamiento dulce de nuestros cuerpos,
de aquí de allí,
de allí de acá,
aprendimos a no crecer
en la neutralidad.
Me hablo a mí,
a una generación,
a las infancias
con procesos migratorios,
que crecieron sin tierra.
Grandir sans terre
Quand on émigrer pendant l'enfance
il nous incombe de graviter dans l'air,
d’être un pont entre plusieurs univers,
de revendiquer notre liberté d'appartenance
aux choses qui font partie de notre oralité
et à d'autres qui s’offrent au regard.
Nous avons grandi dans mille mondes
nous parlons des langues différentes
pour pouvoir communiquer depuis les limbes.
Nous tissons et nous révélons la vie
pour qu’elle nous supporte.
Notre identité est ouvertement
contre l'oubli.
Les cabines et les parloirs étaient notre lien
avec ce dont nous nous sentions proches,
ils étaient notre patrie.
À la maison, on écoute toujours "il est minuit moins cinq ".1
Chaque année quelqu'un nous rappelle que nous ne sommes pas nés ici,
que notre peau ne correspond pas à son idée.
À un moment donné, nous avons creusé un trou
pour nous cacher et juste écouter les battements du cœur,
de nos cœurs d'argile.
Nous sentons pousser les racines
nous nous encrons dans la justice,
nous cultivons l'amour
pouvoir recevoir de l'affection en retour,
dans le doux déplacement de nos corps,
d'ici à là-bas,
de là-bas à ici,
nous avons appris à ne pas grandir
dans la neutralité.
Je parle de moi-même
d’une génération,
celle de l'enfance
confrontée au processus migratoire,
qui grandira sans terre.
1. Chanson populaire colombienne en prélude au nouvel an.
**
Las vidas de las nuestras importan
Me educaron para ser un buen negro migrante
eran sus
era el rumor,
eran sus trampas,
las que giraban las piezas.
Retorcí mi acento tanto
que a destierro olía mi boca.
Cada mañana desorientado sonreía al silencio,
sentado en un rincón aun me recuerdo atrapando gestos,
subterfugios para ser integrado,
igual que el papel de macho desprovisto de sensibilidad
dispuesto a romperlo todo o participar en la provocación,
abracé tantas cosas al mismo tiempo
para ser un negro de verdad,
que muchas de ellas se hicieron epidermis,
entraron en mi sangre, fueron camino.
No me arrepiento de nada,
en la breve juventud viví lo imposible,
cogí las opciones que se me daban,
fuimos dueños de unos cuantos barrios.
Pude ser yo pero no fui,
traicioné a las canciones de rap americano,
traicioné las esperanzas del profesorado del insti,
traicioné a esa imagen pulida durante anos,
traicioné a tantas y tantos
que el sistema aún no me lo perdona.
Escúchame,
no es un problema tuyo,
no te pierdas en su maraña,
Entiende este orden para crear tu propio caos.
Descansa cuando lo necesites.
Ni siquiera nos pertenecen
las palabras con las cuales nos nombran,
lo único nuestro es la posibilidad de crecer
en que las vidas de las nuestras importan.
Que no nos digan que esperemos,
nadie puede aplacar nuestra sed de justicia,
no nos pueden culpar por visibilizar una tensión oculta
no nos pueden señalar por no ser complacientes,
nuestro amor por la existencia se ha manifestado.
Nos vies comptent
On m’a élevé pour être un bon migrant noir
c’était viscéral,
c’était le mot d’ordre,
c’était leurs pièges,
ceux qui ont joué le jeu.
J'ai tellement tordu mon accent
que ma bouche sentait l'exil.
Chaque matin désorienté, je souriais au silence,
je me souviens encore assis dans un coin, mimant les gestes,
les subterfuges à intégrer,
comme le rôle du mâle dénué de sensibilité
prêt à tout casser ou à participer à la provocation,
j’ai embrassé tant de choses en même temps
pour être un vrai nègre
que beaucoup d'entre elles sont devenues épidermiques,
elles sont pénétré mon sang, elles ont fait du chemin.
Je ne regrette rien,
dans ma brève jeunesse j'ai vécu l'impossible,
j'ai pris les options qui m'ont été données,
nous possédions quelques quartiers.
Je pourrais être moi-même mais je ne l'étais pas,
j'ai trahi les chansons du rap américain
j'ai trahi les espoirs du professorat de l’institut,
j'ai trahi cette image polie pendant des années
j'ai tant trahi
que le système ne me le pardonne toujours pas.
Écoute-moi,
ce n'est pas ton problème,
ne te perds pas dans leur enchevêtrement,
comprends cet ordre pour créer ton propre chaos.
Repose-toi au besoin.
Les mots avec lesquels on nous nomme,
ne sont pas les nôtres
il nous importe seulement de grandir
là où notre vie compte.
Qu’on ne nous dise pas d’attendre
personne ne peut apaiser notre soif de justice,
on ne peut pas nous reprocher de rendre visible une tension cachée
on ne peut pas nous en vouloir de ne pas être complaisants
notre amour de la vie est manifeste.
***
Pour citer ces poèmes engagés
Maggy de Coster (poèmes traduits & présentés par), « Derecho de admisión, Yeison F. García López, La imprenta, Collection Hojas de yerba, Madrid, 2021», extraits traduits avec l'aimable autorisation de l'auteur & sa maison d'édition,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 9| Fin d'Été 2021 « Femmes, Poésie & Peinture », 2ème Volet sous la direction de Maggy De Coster, mis en ligne le 30 juin 2021. Url :
L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.
SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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