Crédit photo :Alexandre-Jacques Chantron, La Cigale ou Rêve d'été pastel, image Commons, domaine public.
Je viens de dépasser le restaurant rapide
(je cite pas l'enseigne déjà trop fameuse mais voilà le mal)
Et souris émue et pincée de cœur
Déjà jamais
L'amour sauf actes, cela tue
Et si l'on a là besoin de visuels pour se détacher du rêve
Il y a l'internet
En fait, ce sera surtout de sourires dont il s'agit
Dans ce pas de côté
Dans ces lueurs déclinées
Un des yeux clignotant à droite
La géhenne de ton minois invisible
Le volume de chevelure étouffant les joues écrevisse
Clic tôt le matin, des messages
Clic tôt dans la soirée
Dessus les caisses d'orchestre, ça jazz
Alangui-e-s de gouttes potentielles suées
Affleurent les fans et
Des trains RER ratés
Des bus compromis
Dessin d'épiderme foncé, canines qui claquent
Froid des muses
Les monuments encrent la bande-onde capitale
Les coups de filles au téléphone
Sans appareil
Les pattes graciles wings poulette
Fol épisode, y a comme
Absent le futur et tournage
De raisonnable omission des modèles
classiques. Et tes rots en slam
Jusqu'à ton thème dominant
Confessé à l'oreille et reluit
La lune qui zoome basse en Seine
Les quais t'y ont hiberné-e-s les jours
Ennuyer d'envie celle qui coule
Je ravive en mastiquant, les membres
Adroits, chaque doigt délectable à la plume
Des amandes sans la peau
***
Pour citer ce poème d'amour
Natacha Guiller, « Lettre d'amour potentie-l-l-e », poème d'amour inédit,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 19 décembre 2020. Url :
À la mémoire de toutes les Ève, d’ici, d’ailleurs.
Juillet 2018
Appelle-moi Ève. J’ai peut-être un autre nom, peu importe, parce que personne ne le prononce, et moi-même je doute qu’on m’en ait un jour donné un. Ève, c’est le nom de toutes les femmes. C’est le nom du commencement.
Et pourtant, ce soir, je ferai partie des cinquante-cinq. Tu es passé en coup de vent. Tu as vu que j’étais enceinte et que je crevais de chaud, mais ta froideur ne m’a pas rafraîchie. Tu as vu que je n’étais pas bien. Et tu t’es dit, un autre s’occupera d’elle. Sans doute. Pourquoi ce serait à toi de t’arrêter ? Tu es pressé. Ou tu as peur. Ou, simplement, tu t’en fous.
Il y a quinze jours que je suis postée au même endroit, sur le parvis de la gare, quinze jours que je te remarques et que tu me confonds avec le mur. Je suis défoncée parce que je n’en peux plus. Tu seras la goutte d’eau qui fera déborder le vase. Tu l’ignores. Mais au moment où tu es passé, que tu m’as refusé à boire ou plutôt, que tu as fait semblant de ne pas m’entendre, moi je l’ai compris. Les chiottes sont payants et il me reste à peine dix centimes.
Tu as fait semblant de ne pas m’entendre, mais si on s’était croisés quatre ou cinq ans avant, j’aurais été la femme que tu siffles dans la rue. Parce que tu m’aurais trouvée belle. Parce que la rue est à toi. Si tu m’avais matchée sur un site de rencontre, on se serait donnés rendez-vous ici et installés à la terrasse d’un café, et tu m’aurais questionnée sur ma vie, ce que j’aime et espère, avec une idée précise derrière la tête. On se serait peut-être bien entendus. On se serait revus. Je t’aurais dit que la vie est meilleure avec toi, que je suis accro au parfum de ta peau, à tes taches de rousseur, tes cheveux jamais coiffés, et j’aurais maudit ton téléphone auquel tes yeux sont scotchés. Dans la hâte de se retrouver seuls, on aurait négligé la fille qui te demande à boire.
Ta bouteille était presque vide quand tu es sorti de la gare, d’ailleurs, peut-être que tu allais la jeter dans le bac jaune car c’est important pour toi de recycler les déchets. Il y a les fontaines, les toilettes publiques. C’est vrai. Mais vois-tu, je suis fatiguée.
J’erre ici depuis longtemps. J’aimerais être une femme qui voyage pour confier son petit au père le week-end, ou qui prend des classes affaires, un notebook dans ses bagages, pour le business. Tout est autorisé dans les gares. J’ai perdu la notion du temps. Et même quand je n’ai pas les moyens de me payer quelque chose qui me la fasse perdre, le temps flotte, il ne m’appartient plus. Le temps, c’est pour les gens qui circulent vite, qui traversent la hall d’un pas rapide et sûr, et qui sont attendus. Mais on l’oublie pas ; c’est lui qui nous oublie. Au début, c’était comme si je criais à travers un aquarium insonorisé, et que les gens évoluaient dans un monde parallèle. J’ai cessé de crier. Ma vie a coulé, je suis partie à la dérive. Comme on dit, j’ai sombré.
Tu n’as pas eu pitié du bébé. Tes yeux se sont posés sur mon ventre, un quart de seconde. Et tu as pensé, elle aurait dû avorter. Un mec de passage, un client, un viol. Oui, il y en a eu. Des trois. Jamais tu n’as supposé que le bébé soit une histoire d’amour. Jamais tu n’as supposé que je veuille le garder. Si tu as supposé quelque chose.
Une fois, je t’ai vu monter à bord du train. Le contrôleur a validé ton billet avant l’embarquement, tu as ôté tes écouteurs quand il t’a posé une question, et tu es aussitôt reparti dans ta musique. Peut-être une chanson d’amour, une chanson sur une fille qu’on laisse seule sur un trottoir. Ça te plait.
Ce soir, je ferai partie des cinquante-cinq et toi tu as gardé tes écouteurs quand je t’ai aussi posé une question. Quand je t’ai indiqué ta bouteille d’eau presque vide. Tu as rejoins ton train content parce que c’est ta dernière journée de boulot avant les grandes vacances, tu as prévu des tas de trucs. Voyage entre amis, avec tes anciens potes de fac, vous partez à l’étranger, où, tu t’en tapes, le principal c’est que vous partiez. Ou en famille, avec ta femme, ton fils, qui va rentrer en 6 eme, ta fille qui est déjà presque aussi grande que lui. Tous les quatre, vous allez vous éclater au Grau du Roi. C’est pas loin, pas cher, c’est tranquille. Ou tu vas faire du trekking, en solitaire, parce que tu es un aventurier, tu aimes le contact brut avec la nature, ça te permet de réfléchir, de faire le point sur ton existence.
Tu quittes le taff satisfait. Tes objectifs sont atteints, la journée s’est bien passée. Aucun clash avec les collègues, même Romain qui te fait tout le temps chier. Jeanne-Marie a pris ton parti et depuis que tu l’as remis à place, il se tient à carreaux. Il le fallait. Même si d’habitude, tu es un adepte de la communication non violente. Les disputes, c’est pas ton truc. Sur la route, dans embouteillages ou si on te double sans clignotant, tu restes calme. Tu as jamais levé la main sur personne.
Il y a peut-être plusieurs heures que tu es rentré chez toi. Tu prépares tes valises, enthousiaste. Ou tu reçois à dîner. Tu emmènes ta chérie au cinéma. Il y a un film qu’elle voulait absolument découvrir avec toi. Et moi je suis là, postée au même endroit, je vais fondre dans le décor, si un parvis de gare, c’est un décor. Oui, il y a eu les vols. Les charlatans qui m’ont vendu n’importe quoi pour que je plane, et surtout que je rachète. Les viols, non, pas la nuit dans une ruelle sombre. Dans les centres d’hébergement. Il y a eu l’eau que tu m’as refusée, et ce soir, je ferai partie des cinquante-cinq.
Appelle-moi Ève. J’ai peut-être un autre nom mais peu importe, parce que personne ne le prononce, et moi-même je doute qu’on m’en ait un jour donné un. Ève, c’est le nom de toutes les femmes. C’est le nom du commencement.
***
Pour citer ce poème en prose féministe
Tiphaine Mora,« Ève », nouvelle féministe inédite,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°8 | Penser la maladie & la vieillesse en poésie, mis en ligne le 19 décembre 2020. Url :
Tiphaine Mora,« Tu rêves », poème philanthropique inédit,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 18 décembre 2020. Url :
Tu me fais sentir l’amour et nos odeurs mêlées forment un étrange bouquet
De lilas, de rosiers, de chrysanthèmes
Ces fleurs de cimetière que mon père offrit à ma mère le jour de ma naissance
Il ne savait pas ce qu’étaient ces fleurs-là
Mais peut-être entendit-il dans leur nom résonner
Un thème qu’il n’effleurait jamais.
Au jardin des plantes
Au jardin des plantes deux singes sont passés
Ils nous ont regardé
Ont-ils vu qu'un jour nous étions eux
Dans leurs yeux miroitait
Qui un jour ils seraient.
Djinn
Mon odeur de terre, ton odeur de fleurs
Ensemble créent notre saveur
Tel un djinn, d’elle, émane une femme-fleurs
Enterrant ses pleurs, source des couleurs.
Rose
Où rit-elle ?
Dans le prénom que je viens de dire
Je le respire, tu me l'inspires
Je l'expire dans ta bouche, entre tes lèvres
Je dis "où" et elle rit.
Rit dans ma bouche qui s'ouvre pour dire
Le nom de ton être, les sons de ses lettres
Rit dans la tienne pour qu'en ce prénom
Rose s'éclose.
Elle se rit de nous, mais nourrit nos bouches qu'elle réunit
Et sa langue de fleur, douce et âcre à la fois
Révèle ceux qui rêvent d'elle.
Haïku
Ta tige
Mes pétales
Une fleur.
***
Pour citer ce bouquet de poèmes d'amour
Sophie Weill,« Bouquet de rêveries fleuries» composé de cinq poèmes inédits,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 17 décembre 2020. Url :
MAP. Paris. 16 Décembre 2020. C'est au Comptoir des Arts sis à la célèbre rue Saint-André des Arts en plein cœur de Paris, que Mustapha Saha, sociologue, poète et artiste peintre expose, du 10 au 22 décembre, ses toiles à la technique bien spécifique qui fait sa renommée.
Il s’agit de portraits de Jeanne Moreau, célèbre actrice, chanteuse et réalisatrice française, et de Boris Vian, écrivain, poète, parolier, chanteur et critique musical français. Des portraits liés à « la propre histoire » de Mustapha Saha, cofondateur du Mouvement du 22 Mars à la Faculté de Nanterre qui acta la naissance du mouvement de révolte des étudiants, et figure historique de Mai 68.
En bichromie jaune or et rouge vermillon sur fond noir, dans une technique inédite et une stylistique propre à lui, Mustapha Saha, propose au public initié de venir découvrir ses récentes créations.
« Les deux portraits de Jeanne Moreau et de Boris Vian que j'expose actuellement sont liés à ma propre histoire. Jeanne Moreau était une amie », confie-t-il à la MAP.
« En ce qui concerne Boris Vian, en Mai 68, j'avais en permanence un de ses livres dans ma sacoche, je m'inspirais de ses formules pour bricoler des slogans comme je l'évoque dans mon texte "La trompette philosophique de Boris Vian" », ajoute-t-il.
Ce sociologue à la curiosité bien aiguisée, qui porte un intérêt pour le monde qui l'entoure, partage ces récentes créations dans le cadre de "Paris Pop Up Art Collective", une exposition collective d’artistes de différentes disciplines et générations, regroupant Mike Sylla, artiste pluridisciplinaire, Agnès Malterre, céramiste et amoureuse du Maroc particulièrement la ville d'Essaouira où elle a élu domicile et les peintres Frédérique Chunga, Sébastien Ada'm N'Diaye, Agnès Coudrau et Sylo James.
Parmi ces créateurs se distingue tout particulièrement Mike Sylla, couturier, styliste et designer, dont les créations sont portées par plusieurs célébrités à travers le monde.
Né à Dakar à la Médina, Mike Sylla est un artiste aux multiples influences, il est imprégné de ce quartier populaire qui transpire la culture profonde de l’Afrique de l’Ouest et la France, et qui lui a permis de créer une belle alchimie entre l’Afrique et l’occident.
Par le biais de la peinture et de l’Art vivant, il crée le concept Baïfall Dream : la mode qui porte l’Art, avec un génie de façonner le cuir et le daim, deux matières nobles.
C’est d’ailleurs ce concept de Baïfall Dream qui a suscité l'intérêt de Mustapha Saha, le poussant à explorer une possible collaboration avec Mike Sylla: voir un de ses portraits reproduit dans une création de l’artiste sénégalais et pourquoi pas monter une exposition ensemble à Paris et au Maroc.
Une proposition accueillie favorablement par Mike Sylla, plusieurs fois primé pour ses créations y compris au Maroc où il a reçu un Awards lors de la 3ème édition du Festival International de la mode de Casablanca en 2019.
Mais les projets de Mustapha Saha, créateur bouillonnant, ne s’arrêtent pas là. Il planche sur la mise en place à la Bibliothèque nationale du Royaume à Rabat d’un espace « peinture », qu’il souhaiterait baptiser « le Panthéon » et où pourraient être accrochés des portraits d’artistes-peintres, d’écrivains, d’intellectuels… Une façon de consigner pour les générations futures les noms de ces créateurs qui ont enrichi par leur leg la culture marocaine reconnue à l’échelle mondiale.
Après avoir donné beaucoup de sa personne à la France, pays qu’il a rejoint jeune enfant, en contribuant, avec ses écrits philosophiques ou sociologiques, à la vie et au débat culturels dans l’hexagone et au-delà, et à la vie politique comme sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée sous la présidence de François Hollande, Mustapha Saha estime que le temps est venu de retourner au bercail et participer au bouillonnement créatif dans le Royaume. Pour autant, le pont ne sera pas coupé avec la France, pays qu’il chérit aussi tout comme son pays d'origine. Des va-et-vient incessants, assure-t-il, vont lui permettre de maintenir le contact avec le Maroc, son pays d’origine, et la France, le pays où sa création a pu éclore.
Le travail philosophique, poétique, artistique de Mustapha Saha reflète les paradoxalités complétives de son appétence créative. Il est le cofondateur du Mouvement du 22 mars à la Faculté de Nanterre et figure historique de mai 68. Il réalise, sous la direction d’Henri Lefebvre, ses thèses de sociologie urbaine (Psychopathologie sociale en milieu urbain désintégré) et de psychopathologie sociale (Psychopathologie sociale des populations déracinées), fonde la discipline Psychopathologie urbaine, et accomplit des études parallèles en beaux-arts.
Il produit, en appliquant la méthodologie recherche-action, les premières études sur les grands ensembles. Il est l’ami, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, de grands intellectuels et artistes, français et italiens. Il accompagne régulièrement Jean-Paul Sartre dans ses retraites romaines et collabore avec Jean Lacouture aux éditions du Seuil.
Il explore l’histoire du « cinéma africain à l’époque coloniale » auprès de Jean-Rouch au Musée de l’Homme et publie, par ailleurs, sur les conseils de Jacques Berque, Structures tribales et formation de l’État à l’époque médiévale, aux éditions Anthropos.
Artiste-peintre et poète, Mustapha Saha mène actuellement une recherche sur les mutations civilisationnelles induites par la Révolution numérique (Manifeste culturel des temps numériques), sur la société transversale et sur la démocratie interactive. Il travaille à l’élaboration d’une nouvelle pensée et de nouveaux concepts en phase avec la complexification et la diversification du monde en devenir.
***
Pour citer ce bémol artistique
Mustapha Saha (Chronique et images reçues de), « Mustapha Saha expose au comptoir des Arts à Paris », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°15 « Eaux oniriques », mis en ligne le 17 décembre 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/sahaexposeaparis
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SIÉFÉGP, JUIN 2026
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SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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