7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 17:55

 

Événements poétiques | Le Printemps des Poètes « Désir » | Les femmes & le désir en poésie

 

 

 

 

 

 

Autour de la pièce d’eau

 

&

 

 

Une journée de femme ordinaire

 

 

 

 

 

 

Mireille Podchlebnik

 

Blog officiel

 

 

 

Crédit photo : "Grand-Étang Capesterre, Belle-Eau", wikimedia, domaine public.

 

 

 

Autour de la pièce d'eau 

 

 

 

Cristal d'aurore sur les parfums du jour

Dans la pièce aux mosaïques

Turquoises et opalines

Un arc-en-ciel de lumières 

se déploie dans l'espace

Aux reflets de soie

 

À portée de main 

dans la salle de bain

Les parfums exhalent leurs odeurs 

attirent et attisent les souvenirs

Inexorablement

 

La femme d'ici et de là-bas

À pas de velours

Pénètre les lieux et regarde et écoute

Le souffle du vent 

Une larme sur la digue

 

Elle écoute le goutte à goutte 

du robinet de l'ennui

Qui de flac et de floc 

donne le tempo à son désarroi

Sur son visage 

Apparaissent les sillons de l'âge

Eau monotone 

eau d'automne

Mais encore rythme de vie

Un cœur palpite

 

 

D'un geste vif 

elle met fin à ce bruit

Fermant ce robinet 

qui depuis quelque temps fuit

Elle oublie 

ce qui soudain avait guidé ses pas

Vers ce lieu-là

Alors qu'elle travaillait 

alors qu'elle écrivait

Vers ce lieu de refuge 

ce lieu de vasques 

ce lieu d'éclats 

Ce lieu où parfois 

son corps s'alanguit 

se délasse

Rose éclose dans la nuit

 

 

Elle se souvient 

des jours de joie 

de chansons et de cris

Des jours actifs 

des jours sans trêve

Lorsque ses enfants étaient petits

Enfants de mystères et de rêves

Prêts pour le bain et jouant avec l'eau 

magique

L’eau qui s'écoule entre les doigts

L’eau qui ébouriffe

L’eau de cascade qui éclate

Et s'éparpille 

pour mourir sur les murs 

les glaces et les tapis

Au fil des jeux et des batailles 

inlassables

L’eau de mousse parfois fruitée 

l'eau veloutée

L’eau qui enveloppe et qui berce

Pour s'allier à la tendresse

Elle revoit les bains de douceurs et caresse 

ces moments de bonheur

 

 

Elle songe aussi au mari parti

Aux disputes autour de l'eau 

qui s'écoule et dont il n’interrompt pas le flot

De la mousse à raser

Qui gicle 

sur la glace 

en laissant de sales traces

qu’il ne nettoie pas

 

 

Elle pense à ces rancunes futiles

À ces histoires qui reflètent  

l’absence et le vide 

Aux illusions et certitudes inutiles

Elle pense à toutes les unions 

qui se défont 

Pour de petits riens 

Ou pour de nobles et soi-disant justes raisons 

À ces décisions qui engagent la vie

Prises dans une pièce d'eau

Un matin limpide qui ne présageait pas 

l’inattendu

Un matin de routine

Elle soupire et ouvre à grand fracas 

les robinets de la baignoire

L’eau respire de vagues et de marées

Elle rêve de voyages

De chaleurs tropicales et de pluies torrentielles

Surgissant de façon imprévue 

de façon impromptue

Entre deux éclats de soleil

Lorsqu'elle vivait là-bas

Elle ressent la lourdeur 

L’humidité qui étouffe et essouffle

Les douches tièdes 

prises à tout instant 

du jour et de la nuit

Pour ôter les odeurs âcres de la sueur inévitable

Pour soulager les piqûres des insectes 

qui s'acharnent et blessent 

La peau pâle et fine 

des exilés de fraîche date

Sur les flots une brise apaise

 

 

En tourbillonnant l’eau aspire 

les gouttes de thym et de lavande

Qu'elle jette 

d'un geste ample et pourtant mesuré

 

 

Senteurs et bien-être

Odeurs d'espoir

Elle glisse 

dans un cocon bienfaisant et s'assoupit

Elle s’évade dans autre monde

Dans un autre espace

Pour oublier ses souvenirs

Elle sourit

 

 

 

Une journée de femme ordinaire

 

 

Une journée de femme

Aujourd’hui ou hier

 

 

Toujours les mêmes labeurs

Toujours les mêmes rêves

Tôt levée

Au petit jour du quotidien

À la hâte se préparer

 

 

Les habits, le café 

la toilette

Les enfants à réveiller

 

 

Et durant quelques instants

Être partout à la fois

Devoirs bouclés, cartables prêts

Coiffés, lavés, bien habillés

L’argent pour la kermesse

Les consignes à rappeler

Et puis ranger, ranger, ranger…

 

 

L’heure de l’école a sonné

 

Vite partir travailler et débuter la journée

La consultation, les gens à écouter

Leurs souffrances, leurs espoirs

Leur travail devenu insupportable

Les querelles avec le chef

Les soumis, les rebelles

les indifférents, les apathiques

 

 

Le téléphone sonne

Les impondérables

Réponses à donner ou à différer

Les urgences, visites à faire

entreprises à conseiller

 

 

Et toujours

La pensée en éveil, la pensée diffuse

La nourrice à payer, les courses à acheter

le repas à prévoir

Les enfants à aller chercher

les écouter, les consoler

Comprendre leurs besoins, leurs chagrins

 

 

Et trouver le temps

Le temps de lire 

le temps d’écrire

le temps d’apprendre

 

 

Courir le midi entre deux rendez-vous

Déjeuner de presque rien

ou s’esquiver en catimini

 

 

Fermer doucement la porte 

et ouvrir son jardin secret

Un instant

Au passant, au complice

Échanger un regard ou davantage

Avant de repartir

 

 

Achever la journée

La journée ordinaire 

et retrouver le soir

L’homme fatigué, l’homme qui a travaillé

qui a besoin de parler, d’être compris 

 

 

Tandis que moi

Moi je faisais quoi au juste….

 

 

***

 

Pour citer ces poèmes féministes 

 

Mireille Podchlebnik, « Autour de la pièce d’eau » & « Une journée de femme ordinaire » poèmes féministes inédits, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques Événement poétique|Le Printemps des Poètes « Les femmes et le désir en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 7 février 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/desir/mp-unejourneedefemmeordinaire

 

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans RECUEIL NO3 Poésie féministe Maternité en poésie
7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 15:34

 

Lettre n°15 | Eaux oniriques... | Textes thématiques

 

 

 

 

 

 

 

Une mer dormante 

 

 

 

 

 

Sarah Mostrel

 

Site : www.sarahmostrel.online.fr 

Facebook www.facebook.com/sarah.mostrel

 

 

 

 

 

© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "Mère", série, composée de dessins et de photographies, intitulée "L'enfant au bord de l'eau". 

 

 

 

LA MÈRE QUI AVAIT OUBLIÉ DE SOUHAITER LA BIENVENUE À SON FILS...

 

 

© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "Mer agitée", série, composée de dessins et de photographies, intitulée "L'enfant au bord de l'eau". 

 

 

Tu te noies dans la mer froide

Une eau dormante, mais agitée

Et tu te souviens, affligé

Qu’on ne t’a pas appris à aimer

 

Une mère, c’est fait pour consoler

Pour chouchouter et câliner

Une mère ne peut laisser tomber

Abandonner égale tuer…

 

Toujours présente, même si absente

Elle t’a durant neuf mois porté

Et par ses humeurs, emporté

Tu t’es forgé, tu t’es formé

 

 

​​​​​© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "Seul", série, composée de dessins et de photographies, intitulée "L'enfant au bord de l'eau". 

 

 

 

 

Tu t’es construit et développé

Dans cette eau pas toujours si calme

Apprenant, oui, déjà, mais si

Les dures prémices de la vie

 

Hésitant à sortir de l’antre

Tu as pointé le bout de ton nez

Tu as crié de déplaisir

En respirant l’air pollué

 

Tu eus besoin de t’adapter

Mais ballotté et assailli

Par des proches ou par des amis

Tu t’es trouvé si démuni

 

Car c’est bien elle que tu cherchais 

Où était-elle, cette maman

Cette abstinente, si désirée

Tu rêvais d’elle, qu’elle t’embrassait

 

 

© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "L'enfant au bord de l'eau, no 1", série, composée de dessins et de photographies, intitulée "L'enfant au bord de l'eau". 

 

 

 

 

Tu tentais de capter son regard

Lorsque tu pénétrais le sien

Tu étais si jeune, si petit

Tu aspirais à être chéri

 

Quoi de plus normal ?

 

Être pris en charge

On ne le peut à moins, à cet âge

Tu te devais de recevoir

Soin et amour, avant toute chose !


 

 

​​​​​© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "L'enfant au bord de l'eau, no 2", série, composée de dessins et de photographies, intitulée "L'enfant au bord de l'eau" 

 

 

 

Tu briguais les démonstrations

La bienfaisance et la tendresse 

Les embrassades et les caresses

Qu’un bébé est en droit d’avoir

 

Non par autrui, mais bien par elle, 

Non par besogne, par habitude

Par attention, sollicitude

Dans l’affection, le réconfort 

 

 

​​​​​​© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "L'enfant au bord de l'eau, no 3", série, composée de dessins et de photographies, intitulée "L'enfant au bord de l'eau" 

 

 

 

Tu n’as jamais manqué de rien

Sauf de ce sentiment humain

Si convoité, si essentiel, 

Si constructif, si nécessaire 

 

Tu as bien souvent essayé

De comprendre ce que tu avais fait

Pour ne pas la mériter

Ta mère, ton sang, ton origine

 

Mais tu ne le découvris jamais 

Et cette béance irréparable

Te laissa à vie sidéré

Le manque ne serait pas comblé

 

Et hélas, toute ta vie durant

En quête de cet amour unique

Tu t’es penché vers l’exclusif

Le possessif ou l’anarchique 

 

L’excès, le mystique, le plaintif

L’infortuné, le créatif

Et tu as tant culpabilisé

Tu étais si désespéré 

 

 

 

 

 

​​​​​​© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "L'enfant au bord de l'eau, no 4", série, composée de dessins et de photographies, intitulée "L'enfant au bord de l'eau". 

 

 

 

Toi tu ne demandais qu’égards

Ceux que tu n’eus pas dans l’enfance

Quand les mots de plaisir intenses

D’une génitrice furent défaillants

 

Dès lors, aucune relation 

Ne put remplir cette carence

Cette quête sublime, cet absolu

À la source de tout ton vécu

 

Tu ne saisis que bien plus tard 

Ce qui fit défaut, la vérité

Ce dont tu as été dépourvu 

L’amour d’une mère pour son enfant. 

 

© S. Mostrel

 

 

***

 

Pour citer ce poème philanthropique 

 

Sarah Mostrel (poème & illustrations), « Une mer dormante », poème philanthropique inédit, dessins & photographies inédits, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 7 février 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/sm-unemerdormante

 

 

 

 

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 18:05

 

Lettre n°15 | Eaux oniriques... | Textes thématiques | Astres & animaux 

 

 

 

 

 

 

 

J'écris ton nom 

 

  

Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo : "Greifswalder, Oie", aerial, photograph 01/09/1992", wikimedia, domaine public.

 

 


 

Écrire sur les vagues bleues ton nom

Dormir aux plis des pages vides, 

avide de tout savoir sans rien avoir

le ventre du monde pleure

et la douleur surgit de la douceur 

écrire avec l'encre des invisibles

avec des plumes d'oies blanches 

la blessure des oies est mienne

​​​​​​

 

 

 

Crédit photo : "Oies, coastline", wikimedia, domaine public.

 


 

J'écris avec le vent, avec le sable mouvant 

avec les doigts, les oreilles, les orteils

j'écris avec le cœur en sueur 

j'écris comme avant, comme auparavant 

j'écris sur les nuages en sel de mers

des histoires de mères, des contes de fées inachevés

j'écris soudain et l'eau coule… 

tout s'écroule mais ton nom reste

Mer, au hasard des larmes, tout s'alarme

l'écrit s'arme de larmes de joie amères. 

 

©DS, février 2021.

 

***

 

Pour citer ce poème écoféministe et engagé 

 

Dina Sahyouni, « J'écris ton nom », poème engagé et écoféministe inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 6 février 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/ds-tonnom 

 

 

 

 

 

 

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29 janvier 2021 5 29 /01 /janvier /2021 14:23

 

Lettre n°15  | Eaux oniriques... | Textes poétiques thématiques

 

 

 

 

 

 

 

Lettre à ma mère

 

 

Du je de l'enfant

 

au je de la femme

 

  

 

 

Christelle Reix

 

 

 

Crédit photo : William Bouguereau, Petite fille aux yeux bleus, toile, wikimedia, domaine public.

 

 

 

 

Crédit photo : Envelope for Fanny Appleton to Henry Longfel, wikimedia, domaine public.

 

 

 

Maman, 

 

Enfant, pour moi, tu étais la plus belle : perchée sur des talons hauts, le chignon impeccable, de la tenue, de la classe. Des heures entières à t'admirer et deviner quel était ton secret pour ne jamais rien froisser.

Enfant, j'ai envié ma sœur, cette insolente qui me prenait ma maman, qui squattait son sein et ses bras, monopolisait son attention, et me volait son temps.

Enfant, mon dieu que j'étais fière de notre ressemblance, du bout du menton à la couleur des yeux, jusqu'au miel des cheveux. J'aurais voulu être toi, n'exister que par toi.

Enfant, ta voix m'accompagnait le soir, récitant l'alphabet, me susurrant des contes mille fois imaginés, mille fois réinventés.

Enfant, tu soignais mes blessures, genoux écorchés, joues égratignées, petits maux sans gravité.

Enfant, tu savais consoler mes chagrins de petite fille qui perd ses jouets, ou se croit mal-aimée par des garçons très bêtes qui me faisaient marcher.

Enfant, tu décrochais la lune, faisais danser les étoiles devant mes yeux émerveillés.

Enfant, ta main dans la mienne, nos doigts entrelacés, j'étais reine du monde, et il m'appartenait.

Enfant, j'aurais pu tuer celui qui t'aurait contrariée.

Enfant, j'aurais voulu mourir pour t'avoir fait pleurer.

Enfant,

et c'est si loin déjà,

j'aurais donné ma vie pour ton éternité.

 

 

 

Adolescente, pour moi, tu es devenue haïssable : perchée sur tes talons trop hauts, le chignon jamais renouvelé, la tenue guindée, de la classe surjouée. Des heures entières à te détester et critiquer les heures que tu employais à repasser.

Adolescente, j'ai adoré ma sœur, cette indomptable qui embêtait ma mère, qui squattait ses jupes et ses bas, détournait son attention, et me donnait du temps.

Adolescente, j'ai refusé farouchement notre ressemblance, du bout du menton à la couleur des yeux, jusqu'au miel des cheveux. J'ai méprisé tous ceux qui affirmaient que j'étais ton portrait. J'aurais voulu être moi, n'exister que par moi, n'être née de personne, et surtout pas de toi.

 

​​​​​​Adolescente, ta voix m'exhortait le soir à aller me coucher, ne pas lire trop tard, préparer mes devoirs, réviser mes cahiers.

 

Adolescente, je cachais mes blessures, n'accordant qu'à moi-même le droit de me soigner.

Adolescente, les chagrins se sont faits clandestins, petite fille qui perd ses rêves d'enfant ou se sait mal-aimée par des garçons très bêtes qui me faisaient marcher.

Adolescente, la lune était trop haute, et les étoiles ne dansaient plus, la réalité, seule, m'entourait.

Adolescente, ton contact me dérangeait, et je prenais conscience que mon corps m'appartenait.

Adolescente, j'aurais pu te nier quand tu m'importunais.

Adolescente, c'est devenu un jeu que de te voir pleurer.

Adolescente, 

et c'est si loin déjà, 

j'aurais donné ma vie pour mon éternité.

 

 

 

Jeune adulte, ma haine s'est atténuée : perchée sur des talons moins hauts, les cheveux coupés courts, je ne voyais plus la classe ni la tenue guindée. Je ne te détestais plus, juste tu m'ennuyais.

Jeune adulte, ma sœur est devenue ton seul centre d'intérêt, encore à la maison, moi, je m'étais envolée.

Jeune adulte, notre ressemblance s'est atténuée, mes cheveux teints en noir me transformaient, et seuls les yeux bleus nous reliaient désormais. J'essayais d'être moi, d'exister avec moi, n'être née que de moi, et juste un peu de toi.

Jeune adulte, ta voix au téléphone me donnait des conseils, comment mener ma vie, plus comme ci, plus comme ça, préparer mon futur, être moins volage, plus adulte, responsable, devenir enfin sage.

Jeune adulte, je confiais mes blessures à des oreilles amies, et seul mon amoureux avait le droit de me soigner.

Jeune adulte, j'ai apprivoisé mes chagrins, laissé couler des larmes, seule auprès des hommes que je ne savais pas aimer.

Jeune adulte, j'essayais de décrocher la lune, et de voir danser les étoiles, en secret.

Jeune adulte, je ne venais plus te voir, trop loin, trop compliqué.

Jeune adulte, j'ai appris à me taire, et à laisser passer.

Jeune adulte, j'ai appris à mon tour ce qu'était que pleurer.

Jeune adulte, 

et c'est si loin déjà,

j'ai compris que personne n'avait l'éternité.

 



 

Maman, à mon tour, plus de haine : à plat dans tes chaussures, les cheveux coupés courts, tu es devenue grand-mère.

Maman, ma fille est devenue mon seul centre d'intérêt, je lui aurais tout donné. Je t'ai abandonnée à ton rôle de mémé, encore jeune, mais un peu fatiguée.

Maman, c'est ma fille seule qui me ressemblait, du bout du menton à la couleur des yeux, jusqu'au miel des cheveux. J'oubliais qu'avant moi, c'était tout ton portrait.

Maman, ta voix au téléphone me donnait des conseils, comment élever ma fille, plus comme ci, plus comme ça, préparer son futur, être moins volage, plus adulte, responsable, devenir enfin sage.

Maman, j'évitais les blessures, je voulais être forte pour mon enfant, fière d'assumer, sans homme, sans toi.

Maman, j'ai écarté tout chagrin, laissé couler des larmes, seule auprès de ma fille qui m'apprenait à aimer. Tu étais tellement loin, j'avais tellement à me prouver.

Maman, j'ai décroché la lune et vu danser les étoiles dans ses yeux émerveillés. Les miens se sont ouverts à tout notre passé.

Maman, ma main dans la sienne, nos doigts entrelacés, j'étais reine du monde et il m'appartenait. Je ne venais plus te voir, trop loin, trop compliqué.

Maman, j'aurais pu tuer celui qui l'eût blessée. Tu étais protégée, rien ne pouvait t'arriver.

Maman, j'ai pleuré très souvent, cachée de ma fille, honteuse, comme en secret. Tu ne pleurais sûrement plus, tu étais trop âgée.

Maman,

et c'est si loin déjà,

j'aurais donné ma vie pour son éternité,

et oublier la tienne parce qu'on est ainsi fait.

 

 

 

Femme, aujourd'hui, tu es à nouveau belle : à plat dans tes chaussures, les cheveux teints de gris, de la tenue, élégante. Des heures entières à me rappeler combien je t'admirais.

Femme, je n'envie plus personne, j'aime tout simplement, et n'aspire qu'à une chose, nous redonner du temps.

Femme, heureuse de notre ressemblance, du bout du menton à la couleur des yeux, trois générations se répondent, nous sommes ton portrait.

Femme, ta voix au téléphone m'accompagne à nouveau, et j'aime que tu susurres des contes mille fois imaginés, mille fois réinventés, à ta petite-fille désormais.

Femme, je te raconte mes blessures, tu m'aides à les soigner.

 

Femme, je laisse parler mes larmes quand j'ai trop de chagrin, ça fait tellement de bien et ça ne coûte rien.

Femme, je décroche la lune, fais danser les étoiles, chaque jour devant mes yeux émerveillés, et je bénis le ciel que tu me l'aies transmis.

Femme, ma main ose la tienne, parce que c'est doux, parce que c'est bien.

Femme, je te souhaite paix et sérénité, consciente que rien ne nous préserve jamais.

Femme, j'espère ne plus jamais te faire pleurer.

Femme, 

que je conjugue au présent,

je continue à grandir, lucide, car je nous sais, complices,  mère et fille,

femmes,

pour l'éternité.

 

Ta fille.

 

 

***

 

Pour citer ce poème  en prose 

 

 

Christelle Reix« Lettre à ma mère. Du je de l'enfant au je de la femme », lettre inédite, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 29 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/cr-lettreamamere

 

 

 

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