6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 18:05

 

Lettre n°15 | Eaux oniriques... | Textes thématiques | Astres & animaux 

 

 

 

 

 

 

 

J'écris ton nom 

 

  

Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo : "Greifswalder, Oie", aerial, photograph 01/09/1992", wikimedia, domaine public.

 

 


 

Écrire sur les vagues bleues ton nom

Dormir aux plis des pages vides, 

avide de tout savoir sans rien avoir

le ventre du monde pleure

et la douleur surgit de la douceur 

écrire avec l'encre des invisibles

avec des plumes d'oies blanches 

la blessure des oies est mienne

​​​​​​

 

 

 

Crédit photo : "Oies, coastline", wikimedia, domaine public.

 


 

J'écris avec le vent, avec le sable mouvant 

avec les doigts, les oreilles, les orteils

j'écris avec le cœur en sueur 

j'écris comme avant, comme auparavant 

j'écris sur les nuages en sel de mers

des histoires de mères, des contes de fées inachevés

j'écris soudain et l'eau coule… 

tout s'écroule mais ton nom reste

Mer, au hasard des larmes, tout s'alarme

l'écrit s'arme de larmes de joie amères. 

 

©DS, février 2021.

 

***

 

Pour citer ce poème écoféministe et engagé 

 

Dina Sahyouni, « J'écris ton nom », poème engagé et écoféministe inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 6 février 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/ds-tonnom 

 

 

 

 

 

 

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29 janvier 2021 5 29 /01 /janvier /2021 14:23

 

Lettre n°15  | Eaux oniriques... | Textes poétiques thématiques

 

 

 

 

 

 

 

Lettre à ma mère

 

 

Du je de l'enfant

 

au je de la femme

 

  

 

 

Christelle Reix

 

 

 

Crédit photo : William Bouguereau, Petite fille aux yeux bleus, toile, wikimedia, domaine public.

 

 

 

 

Crédit photo : Envelope for Fanny Appleton to Henry Longfel, wikimedia, domaine public.

 

 

 

Maman, 

 

Enfant, pour moi, tu étais la plus belle : perchée sur des talons hauts, le chignon impeccable, de la tenue, de la classe. Des heures entières à t'admirer et deviner quel était ton secret pour ne jamais rien froisser.

Enfant, j'ai envié ma sœur, cette insolente qui me prenait ma maman, qui squattait son sein et ses bras, monopolisait son attention, et me volait son temps.

Enfant, mon dieu que j'étais fière de notre ressemblance, du bout du menton à la couleur des yeux, jusqu'au miel des cheveux. J'aurais voulu être toi, n'exister que par toi.

Enfant, ta voix m'accompagnait le soir, récitant l'alphabet, me susurrant des contes mille fois imaginés, mille fois réinventés.

Enfant, tu soignais mes blessures, genoux écorchés, joues égratignées, petits maux sans gravité.

Enfant, tu savais consoler mes chagrins de petite fille qui perd ses jouets, ou se croit mal-aimée par des garçons très bêtes qui me faisaient marcher.

Enfant, tu décrochais la lune, faisais danser les étoiles devant mes yeux émerveillés.

Enfant, ta main dans la mienne, nos doigts entrelacés, j'étais reine du monde, et il m'appartenait.

Enfant, j'aurais pu tuer celui qui t'aurait contrariée.

Enfant, j'aurais voulu mourir pour t'avoir fait pleurer.

Enfant,

et c'est si loin déjà,

j'aurais donné ma vie pour ton éternité.

 

 

 

Adolescente, pour moi, tu es devenue haïssable : perchée sur tes talons trop hauts, le chignon jamais renouvelé, la tenue guindée, de la classe surjouée. Des heures entières à te détester et critiquer les heures que tu employais à repasser.

Adolescente, j'ai adoré ma sœur, cette indomptable qui embêtait ma mère, qui squattait ses jupes et ses bas, détournait son attention, et me donnait du temps.

Adolescente, j'ai refusé farouchement notre ressemblance, du bout du menton à la couleur des yeux, jusqu'au miel des cheveux. J'ai méprisé tous ceux qui affirmaient que j'étais ton portrait. J'aurais voulu être moi, n'exister que par moi, n'être née de personne, et surtout pas de toi.

 

​​​​​​Adolescente, ta voix m'exhortait le soir à aller me coucher, ne pas lire trop tard, préparer mes devoirs, réviser mes cahiers.

 

Adolescente, je cachais mes blessures, n'accordant qu'à moi-même le droit de me soigner.

Adolescente, les chagrins se sont faits clandestins, petite fille qui perd ses rêves d'enfant ou se sait mal-aimée par des garçons très bêtes qui me faisaient marcher.

Adolescente, la lune était trop haute, et les étoiles ne dansaient plus, la réalité, seule, m'entourait.

Adolescente, ton contact me dérangeait, et je prenais conscience que mon corps m'appartenait.

Adolescente, j'aurais pu te nier quand tu m'importunais.

Adolescente, c'est devenu un jeu que de te voir pleurer.

Adolescente, 

et c'est si loin déjà, 

j'aurais donné ma vie pour mon éternité.

 

 

 

Jeune adulte, ma haine s'est atténuée : perchée sur des talons moins hauts, les cheveux coupés courts, je ne voyais plus la classe ni la tenue guindée. Je ne te détestais plus, juste tu m'ennuyais.

Jeune adulte, ma sœur est devenue ton seul centre d'intérêt, encore à la maison, moi, je m'étais envolée.

Jeune adulte, notre ressemblance s'est atténuée, mes cheveux teints en noir me transformaient, et seuls les yeux bleus nous reliaient désormais. J'essayais d'être moi, d'exister avec moi, n'être née que de moi, et juste un peu de toi.

Jeune adulte, ta voix au téléphone me donnait des conseils, comment mener ma vie, plus comme ci, plus comme ça, préparer mon futur, être moins volage, plus adulte, responsable, devenir enfin sage.

Jeune adulte, je confiais mes blessures à des oreilles amies, et seul mon amoureux avait le droit de me soigner.

Jeune adulte, j'ai apprivoisé mes chagrins, laissé couler des larmes, seule auprès des hommes que je ne savais pas aimer.

Jeune adulte, j'essayais de décrocher la lune, et de voir danser les étoiles, en secret.

Jeune adulte, je ne venais plus te voir, trop loin, trop compliqué.

Jeune adulte, j'ai appris à me taire, et à laisser passer.

Jeune adulte, j'ai appris à mon tour ce qu'était que pleurer.

Jeune adulte, 

et c'est si loin déjà,

j'ai compris que personne n'avait l'éternité.

 



 

Maman, à mon tour, plus de haine : à plat dans tes chaussures, les cheveux coupés courts, tu es devenue grand-mère.

Maman, ma fille est devenue mon seul centre d'intérêt, je lui aurais tout donné. Je t'ai abandonnée à ton rôle de mémé, encore jeune, mais un peu fatiguée.

Maman, c'est ma fille seule qui me ressemblait, du bout du menton à la couleur des yeux, jusqu'au miel des cheveux. J'oubliais qu'avant moi, c'était tout ton portrait.

Maman, ta voix au téléphone me donnait des conseils, comment élever ma fille, plus comme ci, plus comme ça, préparer son futur, être moins volage, plus adulte, responsable, devenir enfin sage.

Maman, j'évitais les blessures, je voulais être forte pour mon enfant, fière d'assumer, sans homme, sans toi.

Maman, j'ai écarté tout chagrin, laissé couler des larmes, seule auprès de ma fille qui m'apprenait à aimer. Tu étais tellement loin, j'avais tellement à me prouver.

Maman, j'ai décroché la lune et vu danser les étoiles dans ses yeux émerveillés. Les miens se sont ouverts à tout notre passé.

Maman, ma main dans la sienne, nos doigts entrelacés, j'étais reine du monde et il m'appartenait. Je ne venais plus te voir, trop loin, trop compliqué.

Maman, j'aurais pu tuer celui qui l'eût blessée. Tu étais protégée, rien ne pouvait t'arriver.

Maman, j'ai pleuré très souvent, cachée de ma fille, honteuse, comme en secret. Tu ne pleurais sûrement plus, tu étais trop âgée.

Maman,

et c'est si loin déjà,

j'aurais donné ma vie pour son éternité,

et oublier la tienne parce qu'on est ainsi fait.

 

 

 

Femme, aujourd'hui, tu es à nouveau belle : à plat dans tes chaussures, les cheveux teints de gris, de la tenue, élégante. Des heures entières à me rappeler combien je t'admirais.

Femme, je n'envie plus personne, j'aime tout simplement, et n'aspire qu'à une chose, nous redonner du temps.

Femme, heureuse de notre ressemblance, du bout du menton à la couleur des yeux, trois générations se répondent, nous sommes ton portrait.

Femme, ta voix au téléphone m'accompagne à nouveau, et j'aime que tu susurres des contes mille fois imaginés, mille fois réinventés, à ta petite-fille désormais.

Femme, je te raconte mes blessures, tu m'aides à les soigner.

 

Femme, je laisse parler mes larmes quand j'ai trop de chagrin, ça fait tellement de bien et ça ne coûte rien.

Femme, je décroche la lune, fais danser les étoiles, chaque jour devant mes yeux émerveillés, et je bénis le ciel que tu me l'aies transmis.

Femme, ma main ose la tienne, parce que c'est doux, parce que c'est bien.

Femme, je te souhaite paix et sérénité, consciente que rien ne nous préserve jamais.

Femme, j'espère ne plus jamais te faire pleurer.

Femme, 

que je conjugue au présent,

je continue à grandir, lucide, car je nous sais, complices,  mère et fille,

femmes,

pour l'éternité.

 

Ta fille.

 

 

***

 

Pour citer ce poème  en prose 

 

 

Christelle Reix« Lettre à ma mère. Du je de l'enfant au je de la femme », lettre inédite, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 29 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/cr-lettreamamere

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans La Lettre de la revue LPpdm Maternité en poésie
25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 15:28

 

Lettre n°15  | Eaux oniriques... | Textes poétiques thématiques |  S'ndigner, soutenir, Lettres ouvertes, Hommages, etc. | Poésie féministe pour lutter contre les violences faites aux femmes

​​​​

 

 

 

 

perdre la mer

 

​​

 

 

Houle

 

 

 

 

Crédit photo : Édouard Debat-Ponsan (1847- 1913), La Vérité sortant du puits, domaine public, image trouvée sur Wikipédia.

 

 


 

je me souviens de l'angoisse dans mon ventre. quelques jours, quelques semaines après les viols. si je portais un enfant ? si je portais l'enfant de l'homme ayant volé mon corps de petite fille ? mon ventre était déjà plein d'une peine trop lourde pour mon corps. Chaque soir et chaque matin, je me déshabillais devant le miroir de plain-pied. je contemplais mon ventre de profil, de face, de trois quarts, pour constater un changement, ou son absence. je comptais sur mes doigts les jours me séparant de mes règles. puis les jours de trop. ceux que je n'aurais jamais dû compter. pourtant mon ventre ne grossissait pas. mon ventre était une mer tranquille, qu'aucune vague ne venait troubler. je pensais que, peut-être, l'enfant était aussi fragile que moi. aussi faible que je l'avais été. peut-être même que l'enfant avait la taille de mon amour, et qu'il ne grandissait pas. j'avais tellement honte. honte de porter un enfant. honte qu’à peine sortie de l'enfance, il faille donner naissance à mon tour. je ne voulais qu'une chose, c'était que l'enfant sorte de moi, qu'il me tue. je voulais mourir, et je voulais que ma mort l'emporte, comme les rouleaux des vagues m'attirent. je voulais noyer tout mon corps. laver chaque enfant de son angoisse, et de sa haine. mais je ne pouvais pas. je ne savais pas comment faire. comment donner la vie, alors que je mourrais. donner naissance alors que j'étais incapable de survivre.


 

 

 

 

 

 

cela ne te suffit pas de prendre mon corps
et de repartir, me laissant pour morte,
quelque part sur ton lit,
les volets clos contre mes larmes.
cela ne te suffit pas de prendre mon corps.
il faut que tu l'habites,
que tu l'occupes alors même
que tu n'es plus là.
quand je rentre seule le soir,
je me fonds dans un recoin de la chambre,
mes jambes contre mon torse,
je serre mon ventre si fort
pour qu'il ne grossisse pas.
je murmure dans une prière,
il n'y a pas la place pour deux enfants
dans mon corps*

 

 

* Ces deux poèmes contiennent une  licence grammaticale portant sur le refus de la majuscule, nous les publions tels quels avec leur titre pour respecter la volonté de la poète, LPpdm. 

 

 

***

 

Pour citer ces poèmes féministes pour lutter contre le viol

 

 

Houle« perdre la mer », poèmes féministes inédits sur le viol, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères », mis en ligne le 25 janvier 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/houle-perdrelamer

 

 

 

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