1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 11:30

 

Poèmes inédits

Parution imprimée dans le hors-série 2016

Avant-première

 

 

« Les Versets simplifiés du soleil levant »

 

(extraits)

 

 

Maggy de Coster

 

Extraits publiés avec l'aimable autorisation de Maggy de Coster et des éditions du Cygne

 

© Crédit photo : 1ère & 4ème de couverture du recueil aux éditions du Cygne

© Crédit photo : 1ère & 4ème de couverture du recueil aux éditions du Cygne

 

 Ces extraits sont des poèmes inédits du recueil « Les Versets simplifiés du soleil levant », parution prévue aux éditions du Cygne en janvier 2017 avec la préface de Mario Selvaggio

***

2-

Que dire de tant de pensées stériles

Qui parsèment les lobes du cerveau

L’absurde gangrène les espaces de vie

Le verbe se fige dans le vide des convenances

La force des idées se perd dans les soubassements

de la colère

 

Les dires du coryphée se diluent dans les méandres

du désenchantement

Point de garde-de fou dans l’avant-scène : le péril se décrète

La nuit chasse le jour et tout recommence

 

La demande est instante

L’instant n’attend pas

La coupe se vide dans le vide

Et le vide se remplit du contenant et du contenu

 

29-06-16

***

5-

 

 

Je tends l’oreille pour écouter le souffle épique du vent

Il dédie la mélopée des hirondelles de mer

Aux marins happés par la furie des vagues

Les yeux rivés sur le firmament je découvre

La parade de l’arc-en-ciel et des rais de soleil après l’averse

Et le parfum de l’humus se révèle à mon l’odorat

Je goûte au sel de la joie en offrant une légère caresse

Aux éphémères coquelicots des champs

30-06-16

***

9-

 

 

Capter en douceur ces instants de lumière

Que projette le ciel par moments

Ces instants se dessinent comme des feux follets

Ou des formes folâtres voletant à la vitesse variable

Instants gradués à l’échelle des heures

Et qui défient la permanence de la monotonie

03-07-16

***

11-

 

 

Comme des herbes folles dans le parterre de la déraison

Les erreurs se découvrent dans les pages détachées

du livre des aveux

Alors il ne reste qu’ à céder à l’extrême pulsion du verbe agir

Pour s’épargner de l’ordalie de feu

Et laisser ondoyer l’oriflamme de l’amour

reviviscent sur le pavillon des cœurs,

remparts contre les vanités et l’aliénation conjuguées

4-07- 16

 

***

 

12-

Comment assainir les sentiers broussailleux

et retrouver les statuts des jours de paix ?

Je cache les pétales de joie dans les profondeurs de mon être

pour les épargner de la flétrissure

Je conjure à voix basse les revers du quotidien

Je lève ma coupe à la gloire de l’esprit sain

et je sautille en extase au clair du jour

 

Tant de fois inconnue à moi-même

je frissonne d’effroi au trot de mes pensées

dans l’antichambre de mon cerveau

Quel Prince convoquer à nos conciliabules

pour donner le ton à la plaidoirie des faibles ?

Ô nature immarcescible je t’adjure de nous être favorable !

4-07- 16

***

16-

 

 

Suturer cent fois la morsure du temps

Pour conjurer la mort sûre

Et ne pas prendre le mors aux dents

Quand s’écroule le radeau en mer étale

 

Ne pas laisser se répandre des libations de sang

Ne pas laisser fleurir des sentences de haine

Mais aux trois coups de brigadier

Laisser entrer le messager en scène

Pour faire allégeance à l’amour

07-07-16

 

***

 

18-

 

Je veux laisser pousser dans mon champ

Les glaïeuls aux couleurs de la victoire

Victoire-repoussoir du glaive de la guerre

Glaive-faucheur de l’innocence

Et déversoir de sang dans les entrailles de la terre

Terre-rempart des sacrificateurs

 

Quand auront germé les semences tardives

Combien serons-nous pour la fête de la moisson ?

 

08-07-16

 

Biographie

Maggy de Coster Journaliste de formation, écrivain, poète, traductrice, conférencière, anthologiste, parolière, Maggy De Coster, a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages, tous genres confondus, après avoir fait un stage à Radio France –Hérault, elle a travaillé pendant plusieurs années pour le Journal de l’Ariège et d’autres journaux européens et internationaux. Ses poèmes sont traduits en 10 langues et publiés dans des revues et anthologies universitaires. En 2000, elle fonde la revue et association littéraire « Le Manoir des Poètes ». Elle intervient au lycée dans le cadre des forums sur les métiers de la presse, publie des essaies la presse. Elle est sociétaire de la Société des Gens de lettres (SGDL), membre du P.E.N. Club français. Elle fut membre du Conseil d’Administration de la Société des Poètes Français pendant neuf ans et rédactrice en chef de sa revue, l’Agora, pendant 2 ans. Elle a obtenu plusieurs prix et distinctions en France, en Italie et en Amérique latine. Elle est régulièrement invitée en Amérique latine à représenter la France en tant qu’auteure et conférencière et Le Collège Daniel Octavio Crespo de Panama lui a décerné le certificat d’Honneur et Mérite en 2012. Un de ses recueils de poèmes bilingue-français espagnol « Entre Éclairs et pénombre / Entre relámpagos y penumbras » ainsi que son recueil de nouvelles «  Au gué des souvenirs » publié aux Éditions du Cygne ont fait l’objet de mémoires d’études à L’Université de Cagliari en Sardaigne, sous la direction du Professeur Mario SELVAGGIO. Son recueil bilingue Avant l’aube/Antes que despunte el alba fait aussi l’objet d’un mémoire de maîtrise de L’Université de Cagliari en Sardaigne. Elle a traduit en français plusieurs poètes et romanciers latino-américains et plus d’une quarantaine de poètes français en espagnol pour une anthologie à paraître en 2017 aux Éditions Desnel.

 

***

Pour citer ces poèmes

  

Maggy de Coster, « ''Les Versets simplifiés du soleil levant" (extraits)  », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 1er décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/versets.html

 

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Dernière mise à jour : 2 décembre 2016 (biographie ajoutée)

Dernière mise à jour : 3 décembre 2016 (ajout d'une image et des détails sur la parution des poèmes en janvier)

23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 08:00

 

Critique & réception

 

Dans l’ombre de la Lune  

 


 

Camille Aubaude

 

    

   

 

Mon ombre épaisse et lente Prochaine image

© Crédit photo : Couverture illustrée par Joëlle Ginoux-Duvivier

 

 

 

 

    Clochelune est-elle une simple poétesse ? Non, c’est la nuit qu’il faut lire les textes et découvrir l’époustouflante destinée de Juliette Schweisguth, dite Clochelune (1973-2011), dont les haïkus viennent d’être édités par une excellente petite maison d’édition dont la librairie-galerie se trouve 25 rue du Sommerard, près de Cluny et la Sorbonne, à Paris. Les éditions Pippa publient des textes de qualité, hors des réseaux et circuits plombés par la tyrannie du n’importe quoi.

 

    La préface de Thierry Cazals rappelle l’essentiel : « Eteignez votre télévision, débranchez votre téléphone, asseyez-vous dans un hamac face à la mer ou sur un tabouret […] : vous allez lire les haïkus d’une poétesse française trop tôt disparue […] venue au monde le 13 mai 1973 » et décédée le 22 juillet 2011, suivant « le chemin que chacun devra, tôt ou tard, emprunter : le face à face avec sa propre disparition ». « Fraîcheur », « empathie » et « révolte » sont les notions emblématiques de la poésie de Clochelune. Motifs familiers, certes, mais la technique littéraire qui transmet la pureté de cette voix déjà dévorée d’ombre est exceptionnelle. La « coquille » des haïkus a la simplicité des objets qui franchissent le temps :

 

 

dans mon coin breton

on vient me lécher les pieds :

la mer ou mon chat ?

 

le thé vert infuse

suivre un vol de papillon

retirer les feuilles

 

Clochelune recourt à cette forme connue dans le monde entier avec une exquise connaissance de l’art poétique japonais, préservant son mystère en lui donnant une douce raison***. Thierry Cazals souligne que Clochelune s’est extraite « de l’hypocrisie générale », pour retrouver un véritable état « de limpidité » : « Écrire, dit-elle, ce premier recueil de haïkus pour trouver ma coquille, faire naître ce double, Clochelune, et bercer l’enfant qui crie en moi, cette Clochelune que j’aide à naître… ».

 

 

    Le sens secret de ce personnage fictif qui a mué dans l’écriture, Clochelune, reste celé à jamais. Avant d’adopter ce nom de plume@, Juliette Schweisguth s’est voulue « Papillombre », néologisme inspiré par Lewis Carroll, sur qui elle avait commencé une thèse. Des moyens stylistiques très subtils l’éloignent des « fausses idoles ». Il faut citer encore une de ses phrases si justes, de la même tenue que les grands poètes japonais, russes, et de tous les pays, qui se rejoignent sans fausseté : « Ce monde-ci n’est pas le monde du cœur, le monde qui bat en chaque être humain (mais l’humain n’est sans doute pas accordé à son propre battement intérieur) ».

 


    Pour approcher l’insaisissable Clochelune, qui excelle à poser des fractions — fractions de l’origine, entre Terre et Ciel —, coupes dont on devine la racine, voici un de mes haïkus préférés, dû à une courtisane japonaise du XVIIIe siècle : « Le croassement des crapauds dans les champs inondé par les eaux claires : je vis en pensant jour et nuit à la lune qui, infidèle, flotte de champs en champs » (Hanaogi IV).

 

 

 

*** Pour une introduction précise à l’art du haïku, je renvoie à la préface d’Éva Doucet du recueil de haïkus La Lune aux rayons brisés, de la poétesse japonaise Satoko Tamura, que j’ai adaptés en français et publié dans la collection de poésie, « La maison des pages », éd. Publibook, 1999.

 

 

Voir aussiJuliette Schweisguth, dite Clochelune, Mon ombre épaisse et lente, Préf. Thierry Cazals et Christophe Caulier aux éditions Pippa, 2013

 

   

Pour citer ce texte

Camille Aubaude, « Dans l’ombre de la Lune », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°4 [En ligne], mis en ligne le 23 octobre 2013.  

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-ombre-lune-120675786.html/Url.http://0z.fr/e7AKr

 

 

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 08:00

 

 

Critique & réception

 

Poésie des souvenirs

 

 

Dina Sahyouni

    

 

 

 

 

 

Couverture Le jour du muguet Françoise Urban-Menninger

© Crédit photo : Couverture illustrée par Nils Gleyen

 

 

 

« Les jardins de notre enfance nous accompagnent jusqu'à la mort dans les allées intérieures de notre mémoire » (cf.« Dernier voyage », p. 31)

 

 

 


 

Lire Le jour du muguet et autres récits de Françoise Urban-Menninger, illustré par l'artiste talentueux Nils Gleyen n'est ni un acte anodin, ni une lecture facile. Cet ouvrage assez bref (64 pages) ne se laisse pas s'apprivoiser comme les autres écrits dits classiques (polluant parfois l'atmosphère littéraire et surtout poétique par leur tiédeur narrative et poétique). Dans ce livre, tout est différent, un rythme narratif soutenu, une éloquence et une poéticité qui lui sont propres. On a affaire à une poésie qui nous renvoie systématiquement à celle de Proust dans sa fameuse heptalogie (œuvre majeure) À la recherche du temps perdu mais elle s'en diffère pour épouser la poésie de femmes ouvrières infatigables de Mnémosyne. Et j'ose même dire que leurs productions littéraires n'occupent toujours pas la place qui leur revient dans l'histoire des idées.

 

    C'est un recueil de nouvelles inspirées de l'enfance de la nouvelliste Françoise Urban-Menninger tissant treize textes poétiques qui mettent l'accent sur des lieux chargés de souvenirs familiaux. Je relis ce livre et finis par me plonger dans les années bonheur de la nouvelliste où chaque détail de sa vie quotidienne, chaque pensée deviennent des déclencheurs narratifs d'histoires. On remarque que ces "déclencheurs narratifs" se personnifient en Muses ou représentent des substituts modernes de leurs pouvoirs chez la nouvelliste, ils sont le lieu d'une expérience esthétique qu'elle partage généreusement avec son lectorat. Critiquer alors ce livre revient à parler d'une certaine poésie : celle que l'on qualifie autrement d'authentique et de pure, celle des souvenirs. Et la poésie des souvenirs est celle de la mémoire, de la fidélité, de l'amour...

 

 

Les souvenirs sont le fil rouge et jouent un double rôle, ils sont la matière narrative première du livre et l'élément qui constitue sa tension narrative. Les personnages familiers tirent leurs forces de ce regard miroir de la nouvelliste qui balaye le temps. Dans « Une voix de velours », les temporalités prolifèrent comme les références culturelles d'une génération toute entière. La mère n'est plus une simple figure féminine de l'entourage intime de la nouvelliste, mais une femme ancrée dans l'histoire culturelle de la France et de celle du XXe siècle, cette mère était aussi une femme chargée de souvenirs, une voi(e)x poétique : « Oui, ma mère en interprétant les paroles de tous les chanteurs de variétés des années trente à soixante, exprimait son mal-être, ses sentiments profonds mais aussi ses joies et ses peines. » (cf. « Une voix de velours », pp.37-38)

 

La poésie de Françoise Urban-Menninger imprègne la lectrice (que je suis) de joies non seulement de ses expériences esthétiques relatées sous la forme de récits scènes de mémoires, de confidences empruntées au langage vivant des conteurs/conteuses où le merveilleux émerge de la souvenance, de la capacité de chacun-e d'entre nous à s'extasier face à la beauté d'un vécu riche de poésie des moments délicieux. Ce livre est aussi un hommage criant et bouleversant adressé à toutes les mères par l’intermédiaire de la figure maternelle de sa propre mère que Françoise Urban-Menninger nous raconte dans ces récits. Et l'on peut déchiffrer quelques notes de l'hymne à l'amour maternel qu'elle note au fil des pages : « Ces airs, mille fois entendus, me reviennent aujourd'hui, il suffit d'un mot ou d'une image pour que la voix de ma mère me traverse. » (cf. « Une voix de velours », p.37). Cette figure maternelle est multiple et émancipatrice malgré son profil nostalgique pour la nouvelliste qui la décrit avec une tendresse inouïe. C'est aussi le même miroir du temps mis à nu dans cette écriture-éloge de la souvenance qui restitue le passé au présent : le regard tendre de la nouvelliste sur les objets et les personnes de son entourage (y compris sur l'enfant qu'elle était) est celui de l'amour.

 

Le jour du muguet et autres récits contient également dans ses plis des personnages et des objets magiques traditionnels de l'univers de l'enfance. Ces références communes presque à nous tous/toutes comme Alice, hobbies, Ali Baba ancrent une fois encore l'ouvrage dans le monde féerique des contes de fées. La nouvelliste se rappelle comment ces histoires lui servaient de modèles pour affronter la vie, apprendre à composer avec les joies et les peines du quotidien comme dans « Pieds de nez » ou tout simplement à rêvasser et à s'émerveiller de tout ce qui l'entoure : « Il est des noms de lieu qui, lorsqu'on les entend pour la première fois, génèrent un charme au pouvoir évocateur. Ils invitent à la rêverie intérieure ou, mieux encore, au rêve éveillé. […] Cette Porte du Miroir avait sur moi l'effet d'un Sésame qui ouvrait grand mon imaginaire ! Je devenais alors, avant même de l'avoir rencontrée dans mes lectures, l'Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll, je courais après le petit lapin blanc d'un rêve tout éveillé. (cf. « La Porte du Miroir », pp. 43-44).

 

Chaque récit renferme simultanément une période charnière de l'enfance heureuse de la nouvelliste et de celle de l'histoire de l'Alsace : des visages, des lieux, des modes de consommations, des parcelles de la vie famille alsacienne des années 50-60. Habitée par la même force poétique, la narratrice de ces histoires brèves témoigne de certaines traditions familiales françaises (comme par exemple « Le jour du muguet »,  « La cueillette des champignons » et surtout alsaciennes (cf. «Vacherin glacé »). La famille, les plaisirs simples, les moments d'une convivialité et d'une complicité familiale sont saisis et figés dans le regard de la nouvelliste puis rendus des tableaux colorés de la vie de chacun-e d'entre nous. La singularité de ses souvenirs ne les prive point de leur message universel. À l'instar d'un Rousseau, d'un Proust, d'une Sylvia Plath, Françoise Urban-Menninger déjoue les temps et les espaces, établit d'autres temporalités fictives tissées avec chaque mot, chaque ponctuation, chaque souffle...

 

Le livre se termine avec une nouvelle intitulée « L'émerveillement ». Et oui, cet émerveillement s’immisce à chaque nouvelle et se compose de "Je ne sais quoi" qui est certainement le trait secret qui distingue la poésie de la nouvelliste des autres. Françoise Urban-Menninger nous livre dans Le jour du muguet et autres récits une sorte de symphonie poétique dédiée au « bonheur simple et enfantin d'être au monde » (cf. « Le jour du muguet », p. 42) qui résume merveilleusement sa philosophie de la vie et sa propre œuvre littéraire. Comme le persan Usbek, disons oui aux joies simples de la vie quotidienne « tout m'intéresse, tout m'étonne »***

 

 

 

 

*** Voir Montesquieu, Lettres persanes, texte établi et présenté par Jean Starobinski, éd. Gallimard, 1973, "Lettre XLVIII", p. 130.

 

 

Voir aussi : Françoise Urban-Menninger, Le jour du muguet et autres récits aux éditions Éditinter, 2013

 

 

 

Pour citer ce texte 

Dina Sahyouni, « Poésie des souvenirs », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°4 [En ligne], mis en ligne le 23 octobre 2013. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-poesie-souvenirs-120689810.html/Url.http://0z.fr/irm_9

 

 

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 08:00

 

   

Poème français/arabe

 

La nuit

 

ou

 

الليل

 

 

Dina Sahyouni

    

 

 

Poème contre la violence conjugale sur les femmes
 
La nuit,
libre de dire son angoisse
l'homme s'en va
le loup apparaît
 
 
La nuit,
libre comme la mort
il lui vole son sourire
lui arrache le cœur
émiette son être
 
la nuit,
le loup sourd
 

 

 

قصيدة ضد العنف المنزلي على النساء
 
 
الليل
 
 
 
الليل
 
حُرٌّ بِقَولِ قَلاقَهُ

يذهَبُ الرَّجُلُ

يظْهَرُ الذئب
 
 

الليل

حُرٌّ مِثل الموت

يسرقُ بسمتها

ينتزعُ قلبها

يفتِتُ كيانها
 
 
 
الليل
 
يظهر الذئِبُ

 

 

Pour citer ce poème féministe 

Dina Sahyouni (texte bilingue français-arabe), « La nuit » ou « الليل », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°4 [En ligne], mis en ligne le 23 octobre 2013. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-poesie-souvenirs-120689810.html/Url.http://0z.fr/kgs0j

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 16:00


 

Entretien

Entretien avec

 

 


 Camille Aubaude : Mythes et obsessions

 

 

 

       

Paola Gonzales & Rosario Valdivia

   

 

 

 

 

 

 

 

Présentation 

 

 

Elle habite au centre de Paris, entre le Louvre et les Archives, face à l’hôtel de Saint Aignan, elle reçoit avec une exquise humilité ses lecteurs et ses amis poètes dans la Maison des Pages d’Amboise, et se retire pour écrire dans la chapelle des Ursulines de Quintin, une cité d’art et de caractère dans la discrète Bretagne où elle est une légende vivante. 


Peu de poètes ont une œuvre aussi complète : invention du mythe littéraire d’Isis, qui exprime le désir de connaissance divine, invitation à retrouver les formes médiévales avec ses Poèmes d’Amboise et sa transposition en français moderne des Poèmes d’amour de Christine de Pizan, lyrisme avec ses « Odes saphiques », imagination romanesque avec ses récits La Maison des Pages et Voyage en Orient, poème journalistiques d’une grande loyauté, et ferveur religieuse. Rien ne manque à son épanouissement.  

Depuis la parution du Messie en liesse, Camille Aubaude, la poétesse française la plus traduite à l’étranger, livre ses réflexions sur les grandes aspirations humaines, plus vivantes que jamais dans un monde qui change. 

 

 

 

***


 
 
 

Vous avez voyagé en Grèce à dix-sept ans, avant de vivre dans l’oasis de Ghardaïa, en Algérie, puis vous avez habité un an au Caire, à Garden city. Comment vous appropriez-vous les mythologies égyptienne et grecque dans votre œuvre littéraire ? 

 

Les mythes égyptiens et grecs ouvrent grande la porte de l’imagination. Ce sont eux qui m’inspirent, qui me bouleversent. Je serais tentée de dire que c’est la nourriture sacrée. Pourquoi n’ai-je pas pris comme points d’appui des chefs d’œuvre de la littérature universelle, tels L’Énéide, la Divine Comédie, le Satyricon ou les Laisde Marie de France ? Les récits de l’Égypte et de la Grèce antiques exercent une fascination sans limites. C’est un mélange de clarté et de mystère. C’est là que tout se joue.  

Le recours aux modèles est essentiel pour qu’un écrivain s’enhardisse à produire une œuvre originale. Ma passion pour l’Égypte s’est révélée dès l’école primaire. Les longues années d’études qui se sont achevées avec mon doctorat sur Isis donnent la matière de mes textes littéraires. Le contraste entre les mythes égyptiens et les mythes grecs est frappant, aux plans esthétique et émotionnel. La Grèce mêle la poésie et la réflexion. Elle se tourne vers la consolante pensée qui arrime aux dimensions spatio-temporelles.  

Ma réécriture des mythes grecs se fonde sur des figures féminines, Io, Ariane, Pasiphaé. Loin d’être artificielles, elles animent la culture artistique européenne de leur force singulière. C’est dans « la Maison des Chants » de l’Égypte que je les convie pour l’écriture des poèmes. Ainsi, il n’y a pas une trop grande distance entre poésie et réflexion critique.   

 

De quelle manière Gérard de Nerval a-t-il influencé votre écriture ? 

 

Poète qui aspire à la beauté, il est la source pure de la poésie ! Nerval retrouvait les chants du Valois et la poésie médiévale quand régnaient les Parnassiens. Gautier, Hugo, Baudelaire ont une autre manière de poésie, plus mondaine. La figure d’Isis de Gérard de Nerval est vraie. Dans notre société malade de ses nouvelles technologies, la quête nervalienne d’un sens mystique, de l’Inconnu qu’exprime l’Éternel féminin, dessine et colorie l’univers de la poésie. 

 

Pourquoi la musicalité ? 

 

Elle est essentielle. La poésie vit de musicalité. La vraie poésie existe par les sonorités. C’est sous ces formes multiples qu’on l’adore. C’est l’entendement du sens originel des mots. En France, vous êtes étiqueté « lyrique » si vous vous concentrez en la splendeur absolue des mots et de leurs sonorités, ce que j’ai fait pour les Poèmes d’Amboise. Je déteste être cataloguée, quoi de plus ennuyeux ? Depuis les échanges avec Rosario Valdivia, pour les ateliers de traduction, et sa publication des Poemas de la Morada de las Paginas, par votre grande université, j’use d’une expression plus relâchée, car l’on est malheureux lorsqu’on s’enferre dans les mêmes choses.  

Mes « poèmes journalistiques », les « Furies » ou « La Cellule », requièrent une attention critique. Ils expriment les ténèbres qui nous enveloppent. Je ne peux les dire accompagnés au luth baroque, comme les odes et les rondeaux. Pour moi, ce sont aussi des merveilles qui m’ont extirpée d’épreuves rudes et désespérantes, comme les voyages m’ont délivrée des rivalités et des lourdeurs de l’université. Les « Furies », « La Cellule » pourraient être de la prose, s’il n’y avait la musique qui emplit mon âme, et le chant qui rend la parole lumineuse, l’extrait du vulgaire et fait ressentir la volupté mystique.  

Les amours de la Poésie et de l’Esprit humain ne supportent pas la fixité. Impossible de ne pas bouger, de ne pas parcourir l’arc en ciel des passions ! Diversité, clameurs, fracas… la notion de « fragments » était antérieure à ma thèse, quand je « chroniquais » l’« oubli ordinaire » d’Isis (Isis, chronique d’un oubli ordinaire est le titre de mon D.E.A., jugé « poétique » par un égyptologue alors réputé). Les fragments suscitent le rêve d’Unité, le Temple qui figure le Mystère, le Rêve plus vaste que l’univers.



Sous quelles formes sont présents — d’un point de vue personnel et d’un point de vue littéraire — les pays d'Amérique du Sud où vous avez lu en public vos poèmes : Pérou, Argentine, Cuba, Saint Domingue et Mexique ?

 

J’ai la chance que l’on m’invite. Ce sont des événements culturels extrêmement importants. Je fais mon possible pour témoigner ma gratitude, sans toujours être à la hauteur. La publication d’Anankêen 2000, suivi d’Ivresses d’Égypte, et le succès du récit de La Maison des Pagesme valent ces expériences fabuleuses, plus gratifiantes pour la création que les manifestations parisiennes. Les premières rencontres internationales de poésie, ce fut à Maghar, près de Tibériade, en Israël, un pays qui organise des événements poétiques et artistiques de grande qualité.

C’est une poétesse égyptienne, Safaa Fathi, qui m’a invitée en 2005 au Mexique. À partir de là, des relations sororelles se sont nouées, avec une infinie liberté. Je les évoque dans mon Voyage en Orient, où il y a peu de choses inventées. À la vérité, je pourrais parler d’« alliées » en poésie, et d’« élues », telle Rosario Valdivia qui a été la première à traduire mes poèmes en espagnol (voir sur le web un de mes récitals à la Casa de la Literaturade Lima), telle mon amie de Saint Domingue, Shéhérazade Chiqui Vicioso, que j’ai traduite en français. C’est avec elle que je suis allée à Missiones, pour participer à l’un des plus grands festivals de poésie de l’Amérique du Sud.

Au Mexique, j’ai découvert la voix — et la lyre — de Lina Zéron et Satoko Tamura. J’ai eu le privilège de faire des lectures lors de la Fête des Morts, tout en vivant dans la Casa fuerte, chez l’écrivaine Adéla Fernandez. C’est dans ce château de lave que j’ai écrit « Minuit à la Maison des Pages ». Au Mexique, Rosario Valdivia a commencé à traduire mes poèmes d’Anankê, dans le décor somptueux de la cité d’Oaxaca, près de Monte Alban. De ma période d’isolement à Saint Domingue sont nés les ballades et les rondeaux, une plénitude poétique que je n’aurais jamais pensé connaître. L’Amour absolu ! Ces généreuses invitations exaltent l’écriture. Elles fixent l’errance, empêchent les rêves de rendre fou. Elles exercent sur moi une vive influence.



Vous avez écrit et publiéPoèmes satiriquesen vingt et un jours, à Lima. Quel est le mouvement de ce recueil ?

 

Je distingue des « séries ». Voyez « L’Âge » et « Les Feuilles mortes », des « variations » sur ces grands poèmes que sont « Mignonne allons voir si la rose… » de Ronsard, et « Les Feuilles mortes » de Prévert ! Je les ai écris à Lima, en écoutant sur mon ordinateur des chansons françaises. Ils me semblent réussis, fixant dans une forme parfaite le « rapt » extatique, qu’on ne peut connaître que de façon imparfaite. Les poèmes qui célèbrent la terre péruvienne, « Lima » et « Le Mal de l’Inca » cèdent au désir de connaissance divine, qui est au fond ma façon de voir la poésie. Une autre facette de ce livre est la critique sociale, très poussée dans « La Madriguera », un poème qui fait entrevoir la vérité sur « le monde unique » que le consumérisme matérialiste nous façonne, un monde sans joie ni dieux.

« Les Pays de Merveilles » (vers libres) et « Oracle » (rimé), dédiés à Pedro Diaz Ortiz, montrent qu’un traitement différent de thèmes similaires aboutit à deux poèmes très différents. Publier ensemble les deux versions renvoie aux débats de tous temps sur la forme. D’abord l’éblouissement, ensuite la formulation. Tout est dans la manière de traiter les phrases, les rythmes, les sons et les images. En Argentine, je me suis arrêtée, et déployée, en des « Odes saphiques ». Le rythme 11 et 5 incarne ma parole. La poésie lyrique écrite par Sapho est une sagesse humaine d’une subtilité inégalée.

 

Est-il un pays qui vous a spécialement marquée ?

 

Votre exaltant Pérou ! Les poètes qui m’exaltent habitent Lima, Renato Sandoval, Enrique Verastegui, ou bien ils viennent au Festival International de Poésie, Maria Lucia dal Farra, Ledô Ivo, entre autres... Au point que je résiste à l’envie de m’installer à Lima, à sauver une maison en ruine... Là, je ne serais pas harcelée, comme en France.

Votre pays recèle les secrets divins. Émigrer en 2013 n’a pas le même sens qu’en 1980. La ville où je suis née subit de tragiques métamorphoses. La mort y rôde. Sa beauté vole en éclats. J’en fais les frais, et cela me mortifie. Je ne suis pas seule à détester vivre en France en 2013, à cause de gouvernants cyniques et corrompus.

Hélas ! « partir », c’est voler en morceaux.

 

 

 

 

Poème

 


 

 

Partir nulle part


 

La France ignore la grande force populaire

des femmes.

Hélas ! tant de vauriens

se comportent comme si elles aimaient être battues.

 

Bon moyen de briser les talents,

la grande entreprise souterraine,

les tabous, les cruelles ivresses

avec leurs hauts de cœur !

 

Ma sœur dit : Avec toi, tout prend des proportions…

Ma mère : C’est ton caractère ! tu as souffert,

tu as toujours tenu tête, tu fais la justicière…

Alors, pourquoi un rien me brise ?

 

L’Alchimie du Bienfait jamais perdu,

tu la connais, toi,

quand le violeur et le voleur paradent,

quand le pauvre cherche sa nourriture dans les poubelles,

quand l’innocent meurt en prison ?

 

Audace, inexprimable désordre, parrhésia,

le prix à payer est fixé par des brutes sanguinaires,

sarcasmes des incultes, absence de vivres,

suppliciantes ardeurs et censure de mes œuvres.

 

Je me souviens de l’autodafé de la Paria,

Flora Tristan, dans la Ville des Poètes et des Rois,

Lima ! Son union amoureuse fut l’enfer habituel…

La Paria est aussi la délicieuse Madame de Staël.

 

Chaque fois, c’est pire…

Je bois tous les jours à ce calice,

j’observe, écris et murmure dans l’enfer

où la Démence applaudit la Souffrance,

dans la fade jouissance du crime.

 

Si un sous-fifre m’approche, désarmée,

visage souriant quand j’écris dans un train,

dans un avion, et sachez-le, dans la Maison de mes Chants,

il me supplicie pour ne plus me voir libre

et en douce Lumière.



Dois-je le ménager par une féminine sollicitude ?

Sa haine n’en est pas moins forte.

Sans exagérer, je n’ai pas l’hypocrisie

d’étouffer mes sentiments par des flatteries.

 

Et cela prend des « proportions »… et c’est mon « caractère »…

Vous êtes entière, inconcevable, portée par l’Amour du Bien,

Ô Miséricordieuse !

Effarée par la gangue des vulgarités,

cette ancre qui s’enfonce

avec les cœurs noyés dans une capiteuse vase.

 

Tirer un enseignement de cet Amour… du Bien !

« Une telle volonté chez une si petite fille »

avait dit ma mère spirituelle un jour où je voulais partir,

sachant que mon amie était avec une autre.

 

L’affection exclusive des enfants,

l’exil de la maison,

l’envol dans la délectation des rêves

la religion naïve de l’Univers,

Égypte, Pérou : le goût de la Lumière !

 

Le calme… happer le souffle des Heures

l’entente raffinée des Poètes

pour ne pas être déçue

par l’absence de Volupté.

 

Hélas ! les vauriens gardent le Seuil

et la destruction des talents, en France,

mène à ce morne but : l’ordre viril.

 

Il n’y a de paradis nulle part.

Et le Mal reprend,

mais c’est « mon caractère »…

 

Alors, partir, 

mais ça reprend toujours !

 

 

 



Propos recueillis et présentés par Paola Gonzales et Rosario Valdivia lors d’une rencontre à l’Université Ricardo Palma, à Lima, Pérou, le 18 février 2013   

 

 

 

Pour citer cet entretien

 

Paola Gonzales et Rosario Valdivia, « Entretien avec Camille Aubaude : Mythes et obsessions », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°3 [En ligne], mis en ligne le 22 septembre 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-entretien-avec-camille-aubaude-mythes-et-obsessions-120205093.html/Url.http://0z.fr/ZD3jI

 

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