8 septembre 2025 1 08 /09 /septembre /2025 17:00

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Muses & Poètes... / Florilèges | Voix/Voies de la sororité | Spiritualités en poésie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Créations poétiques 

 

 

 

 

 

 

 

Cicatrices

 

 

 

 

Poème engagé & féministe par

 

Viki Katsarou

Écrivaine, traductrice, éditrice grecque, poétesse formée en langue & littérature grecques & en études théâtrales de la Fondation Culturelle de la Banque Nationale de Grèce (MIET)

 

 

 

 

Crédit photo : Dessin anonyme d’une déesse-mère de l’antiquité greco-romaine avec une lyre, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Commons.

 

Ce poème s’inscrit dans une démarche où la mémoire, le corps et le mythe se croisent pour donner voix à une généalogie féminine de créatrices trop souvent effacée.

 

CICATRICES

 

 

Dieu a toujours été femme,
mais on nous craignait,
car d’un souffle nous pouvions dessécher la terre,
soulever les mers en tempête,
faire éclore des fleurs du sang de nos doigts,
durcir les racines des arbres dans les entrailles de la terre
avec le lait de nos seins.

 

Mais la mémoire est immortalité
et ne sert pas les desseins de la Mort.
Alors les hommes nous ont oubliées,
ils ont bâti sur notre passé
et ont décidé de mener les femmes
vers des tombeaux fermés.

 

Et nous voilà ici,
roses ressuscitées,
revenant ranimer cafés et échoppes de barbiers,
tavernes, moulins à huile, chantiers navals et vieilles barques,
éponges suspendues aux murs des maisons,
bois, fers, pierres, champs, arbres et rochers millénaires —
tout s’anime là où passe notre pas.

 

Et avec nous nous portons la peine, la joie,
la tristesse et l’amour,
la terre.

On nous offrit jadis un œillet, un basilic,
on chanta pour nous sous les fenêtres,
nous déroulions des thrènes et des malédictions.
Leurs regards jadis brûlaient
de ce qui demeurait incompréhensible.
Et les signes se multipliaient —
dans notre nature de femmes sont les entailles,
et l’exil, malédiction.

Mais nous voilà maintenant,
prêtes à porter nos marques en pleine lumière,
le chemin choisi n’a pas de retour.
Des violons résonnent.
À côté de nos saints, guette Dionysos.

Ishtar – Inanna, prostituée des cieux,
Sedna aux yeux fendus,
Anat, Durga,
Shakti, Sarasvati et Cybèle —
nous fûmes créatrices et législatrices,
prophétesses, tisseuses du destin,
inventrices, guérisseuses, archères et cheffes de guerre.

 

Pour Sedna seule nous pleurons encore :
immense, aux yeux de verre, à la langue de cerise,
elle fut dot de son père à un magicien
qui la maltraita cent six ans durant.

Sedna revint, ne voulant plus d’homme.
Elle s’accrocha à la barque de son père,
et son père lui trancha la main.
Puis son père lui trancha l’autre main,
et Sedna s’enfonça dans la mer,
et Sedna devint baleine — elle ne mourut pas.

 

Elle devint déesse,
et quand les vagues emmêlent ses cheveux,
des tempêtes éclatent.

 

Et Ishtar, Inanna, prostituée des cieux,
à la crinière de lionne et aux pieds d’oiseau,
souveraine de la nuit et du monde souterrain —
le seul qu’elle ne put ressusciter fut son amant,
et la nature mourut,
et la nature mourut et son amant aussi,
et Ishtar offrit son corps chaque nuit à tous les saints,
et Ishtar vécut, et nous vécûmes avec elle.

Durga, notre mère, déesse sanguinaire,
toi qui chevauches les tigres avec tes multiples bras,
tu tuas le démon qu’une femme seule
pouvait abattre.

 

Dieu était femme
les deux cent mille premières années
de la vie humaine sur la terre.

 

© Viki Katsarou
 

***

Pour citer ce poème inédit, féministe féminine & engagé pour l'égalité des sexes

 

Viki Katsarou, « Cicatrices »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 8 septembre. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/vk-cicatrices

 

 

 

 

 

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3 août 2025 7 03 /08 /août /2025 18:34

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Réflexions féministes sur l’actualité 

 

 

 

 

 

 

Des chaussettes sexistes

 

 

 

 

 

 

Pensée & photographies fournies par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

Ci-dessous les deux photographies publiées sur LINKEN par Emmanuelle Menestrau, chargée de mission cités éducatives, référente égalité filles-garçons :

 

Crédit photo : Images publiées sur LINKEN par Emmanuelle Menestrau (chargée de mission cités éducatives, référente égalité filles-garçons) pour dénoncer des chaussettes sexistes en 2025.

 

Elle dénonce ainsi le soi-disant humour destiné aux filles alors que les qualificatifs imprimés sur les chaussettes sont un ramassis d'insultes sexistes et misogynes à dénoncer !

J'ai retrouvé les mêmes chaussettes sur le site de la Farfouille (voir la photographie ci-bas) et je propose de leur faire un pied-de-nez avec Le Pan Poétique des Muses :

 

© Crédit photo : Françoise Urban-Menninger, image des chaussettes sexistes proposées aux filles par le site de de la Farfouille en 2025.

 

Ce traitement genré qui renvoie les filles à des clichés et stéréotypes négatifs des femmes en société ne les aide absolument pas à avoir une bonne image d’elles-mêmes par rapport aux hommes. Or, l’humour kitsch de ces chaussettes ne cache aucunément leur sexisme symbolique.

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger, « Des chaussettes sexistes », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 3 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/fum-chaussettessexistes

 

 

 

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7 mai 2025 3 07 /05 /mai /2025 17:13

Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles » | Critique & réception / Réflexions féministes  | Voix / Voies de la sororité

 

 

 

 

 

 

Festival Fuerza, Femmes pour la paix

 

du 4 au 8 juin, Quai de Scène à Strasbourg

 

 

 

 

 

 

Texte & photographie par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

© Crédit photo : Françoise Urban-Menninger, image des intervenantes au Festival Fuerza, Femmes pour la paix du 4 au 8 juin, Quai de Scène à Strasbourg : de gauche à droite, on a Élodie Peudepièce, Jeanne Barbieri & une responsable du Lieu documentaire.

 

 

Dans un espace magnifiquement rénové, une terrasse qui accueille tous les mardis soirs, des musiciens de jazz, des salles modulables à l’envi, Evelyn Zelada B., directrice artistique, metteuse en scène, comédienne et, avant tout, créatrice de Quai de Scène, a évoqué  « la force des femmes » dans le cadre de ce festival « ouvert à tous ». Inspirée par « Mujeres par la Paz », un événement qu’elle a connu à Bogota, elle a voulu le réitérer à Strasbourg, en lien avec les pays européens limitrophes mais aussi avec l’Amérique latine dans « un lieu où les femmes peuvent partager leurs histoires et leurs luttes et leurs visions pour un avenir pacifique et durable. »

 

© Crédit photo :  Image fournie par le festival Fuerza, Femmes pour la paix & illustrant le spectacle d'Evelyn Zelada B., Scène à Strasbourg, « Antigone ». 

 

 

Tour à tour, les différentes intervenantes ont présenté leur implication dans cet événement qui s’ouvrira par la projection du documentaire Prisme coréalisé par Rosine Mbakam, Eléonore Yaméogo et An Van Dienderen qui interrogent leur médium artistique et ses outils « axés sur la blancheur », en pointant une forme de « racisme occidental ». « Les couleurs de peau servent de point de départ pour explorer les limites biaisées du médium ».

 

La chanteuse, comédienne, auteure et compositrice Jeanne Barbieri proposera la création d’un choeur éphémère Fuerza élaboré à partir d’une masterclass où les participants uniront leurs voix et dont le point d’orgue sera un concert offert avec Jeanne Barbieri en quartette. «  L’écoute du corps et la conscience de l’appareil vocal » auront partie liée dans la création de ce choeur qui s’adresse à toute personne ayant déjà une expérience vocale.

 

Élodie Peudepièce, violoncelliste, enseignante dans différentes écoles dont le conservatoire de Strasbourg pour la contrebasse, fera découvrir au public l’Échoppe, une épicerie solidaire avec ses produits locaux et ses offres culturelles, qu’elle a lancée à Dettwiller dans le Bas-Rhin. Ouverte le week-end avec des bénévoles, les nourritures terrestres issues de producteurs locaux viennent enrichir des soirées culturelles qui font place à un large éventail de musiques où Mozart côtoie sans a priori les chansons populaires de Patrick Sébastien!

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© Crédit photo : Françoise Urban-Menninger, image des intervenantes au Festival Fuerza, Femmes pour la paix du 4 au 8 juin, Quai de Scène à Strasbourg :  Evelyn Zelada B. parlant au micro, à ses côté on distingue Mocinha & Anaïs Charton. 

 

 

Mocinha proposera, avec son association Capoeira Minha Casa, la découverte de cette discipline longtemps interdite aux femmes, véritable outil de résilience né en Angola, repris en Bolivie et au Brésil. Musique, danse, arts martiaux s’y fondent dans le but d’améliorer les conditions de vie dans un dialogue subtil entre le corps et l’esprit, le tout dans une ambiance toujours bienveillante.

 

 

Avec la Cie théâtrale Pitouch Company qu’elle a créée, Evelyn Zelada présentera son spectacle Encore une fois, j’ai envie de taper quelqu’un. Antigone, premier volet d’un triptyque qu’elle a déjà joué au Mexique, au Chili, à Cuba, au Portugal... Elle y donne la parole aux disparus sous les dictatures comme en Argentine. Son spectacle « fait parler les morts », affirme l’actrice car son Antigone, différente de celle de Sophocle, se veut avant tout immersive, participative et libératrice dans « un rire salvateur ».

 

© Crédit photo :  Image fournie par le festival Fuerza, Femmes pour la paix & illustrant le bal participatif Piké Kako Konsèr. 

 

La danse sera bien évidemment de la partie avec Anaïs Charton, animatrice de Fusion Dance, un

style qui mélange diverses influences et libère l’expression corporelle collective « dans une expérience de danse fluide, spontanée et unique.» Dans ce même esprit, le bal participatif Piké Kako Konsèr, au son du rythme caribéen, entraînera le public dans ses pas. Chamarrés, masqués, les danseurs donneront à découvrir les danses traditionnelles des Antilles en instaurant des passerelles avec les danses cubaines ou les danses de société. Cette compagnie chorégraphique née en 1995 est dirigée par Chantal Loïal qui « a pris le parti de questionner notre rapport à l’Autre et au monde. »

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© Crédit photo : Françoise Urban-Menninger, image des intervenantes autour d'une table au Festival Fuerza, Femmes pour la paix du 4 au 8 juin, Quai de Scène à Strasbourg.

 

Regards croisés, sera l’occasion d’une passionnante table ronde animée par le Lieu documentaire et Quai de Scène. Véritable espace de réflexion, il permettra aux femmes issues de différentes pratiques artistiques de faire entendre leurs voix quant au pouvoir de résistance et d’émancipation par l’art dans «  un combat pour la paix » en abordant » des enjeux politiques, sociaux et écologiques », résuma avec enthousiasme Evelyn Zelada B, lors de la présentation de ce festival.

 

 

© Françoise Urban-Menninger, mai 2025. Cet article a été écrit après la conférence de presse à laquelle j'ai assisté et il est illustré par les photographies que j'ai prises moi-même où l'on reconnaît les intervenantes de part et d'autre de l'affiche du festival. Sur l'une, on aperçoit Evelyn Zelada B. parlant au micro, à ses côté on distingue Mocinha et Anaïs Charton, sur l'autre de gauche à droite, on a Élodie Peudepièce, Jeanne Barbieri, une responsable du Lieu documentaire, une autre photo réunit les intervenantes autour d'une table. J'ai joint des images fournies par le festival, celle du spectacle d'Evelyn Zelada B., une autre illustrant le bal participatif Piké Kako Konsèr.


 

 

Festival  Fuerza du 4 au 8 juin

Quai de Scène 5 Quai du Général Koenig à Strasbourg

Tout le festival est gratuit sur réservation 

Billetterie : www.quaidescene.fr

 

***

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Françoise Urban-Menninger (texte & photographies), « Festival Fuerza, Femmes pour la paix du 4 au 8 juin, Quai de Scène à Strasbourg »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2025 « Rêveuses » & « Poésie volcanique d'elles » & Distinctions 2025, mis en ligne le 7 mai 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/megalesia25/noii/fum-festivalfuerza

 

 

 

 

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5 mai 2025 1 05 /05 /mai /2025 16:51

N° I | HIVER-PRINTEMPS 2025 | INSPIRATRICES RÉELLES & FICTIVES | 1er Volet  | Dossier majeur | Florilège 

 

 

 

 

 

 

Le Déjeuner sur l’herbe

de Manet

 

 

 

 

 

Poème féministe de

 

Nicoletta Chiodi

Écrivaine, poète féministe, lesbienne & américaine

 

 

Crédit photo : Édouard Manet (1832–1883), « Le Déjeuner sur l’herbe » (intitulé précédemment « Le Bain » ensuite « La Partie carrée » 1863), peinture tombée dans le domaine public, Capture d’écran de l’image libre de droits du site Commons.

 



 

 

Quand j'étais adolescente 

J’ai mis une copie de Le Déjeuner sur l’herbe de Manet

Á côté du lit dans lequel j’ai dormi. 


 

J’ai aimé ce tableau 

Surtout la femme nue

Non nommée

Qui s’ennuyait de ces hommes

À ses côtés

Plutôt, elle a regardé dehors de la peinture

Dans mes yeux


 

Elle me disait de ne pas avoir peur des hommes

Et leurs regards

Elle m’a parlé d'une sorte de pouvoir 


 

Et maintenant

Quand je vais parmi les vieillards

Et leurs regards lubriques 

Et j’ai peur d’eux

J’imagine que je suis elle 

Leurs yeux glissent sur moi

Et je regarde à l'extérieur de la peinture.

 

© Nicoletta Chiodi 

 

Notice biographique

 

 

Nicoletta CHIODI est écrivaine et poète féministe lesbienne américaine. Ses poèmes bilingues traitent des expériences lesbiennes et des femmes. Ses poèmes paraîtront, en anglais, dans les prochaines éditions de Sinister Wisdom et Femme Dyke Zine. Elle habite aux États-Unis, près de Washington, DC, avec son épouse et leur chat. 

 

***

Pour citer ce poème féministe, engagé & inédit

 

Nicoletta Chiodi, « Le Déjeuner sur l’herbe de Manet»Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I « Inspiratrices réelles & fictives », 1er Volet, mis en ligne le 5 mai 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/noi2025/nchiodi-ledejeuner

 

 

 

 

 

 

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17 mars 2025 1 17 /03 /mars /2025 16:01

N° I | HIVER-PRINTEMPS 2025 | INSPIRATRICES RÉELLES & FICTIVES | 1er Volet | Dossier majeur | Articles & témoignages / Critique & Réception | Voix-Voies de la sororité 

 

 

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La rose de Jéricho, roman de

 

Louise Devise, paru aux éditions

 

Maurice Nadeau

 

 

 

 

 

Critique par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du roman « La rose de Jéricho », de Louise Devise, aux éditions Maurice Nadeau.

 

 

Louise Devise réalise depuis plus de trente ans des documentaires d’auteur et dans ce premier livre, elle use de son savoir-faire en « montant » son récit comme elle le ferait  avec l’un de ses films.

 

La rose de Jéricho qui possède le pouvoir de se refermer sur elle-même, de se mettre en dormance, puis de se rouvrir et de s’épanouir sous la goutte d’eau qui la fera reverdir est la métaphore qui permet d’appréhender ce qu’a vécu Louise qui, à l’instar de cette plante, s’est mise en retrait d’elle-même durant plus de 35 ans pour « accepter l’inacceptable ».

Alors que « le couple a volé en éclat », la narratrice use du tutoiement pour tenter de comprendre... Elle s’interroge « Mais jusqu’à quel point tu avais choisi toi d’être maltraitée ? » Pour ce faire, elle mène une enquête qui s’apparente à une quête introspective, les questions rythment le récit, le relancent et Louise de reprendre à plusieurs reprises la phrase de Rilke « Aime tes questions ». Ce questionnement va l’amener à s’interroger sur sa relation dysfonctionnelle avec sa propre mère, à évoquer la figure tutélaire de Mère, sa grand-mère exceptionnelle qu’elle appelle « la femme de sa vie » et qui, comme elle, avait « une rétroversion de l’utérus ».

Ce sont les incantations d’une mère négative, puis d’une enseignante et enfin celles de Michaël qui « surgit » dans sa vie pour douter de sa capacité à réussir ce qu’elle entreprend qui ont déstabilisé Louise et généré en elle « un sentiment d’infériorité » qui la prive de toute velléité et d’esprit critique. Car beau et intelligent, Michaël, son compagnon, connaît « les failles » de Louise, il en joue et pire, il en jouit !

Malgré son « intime conviction », Louise avoue avoir « perdu sa boussole intérieure » car elle est indéniablement sous « l’emprise » de celui qui est loin d’être son alter ego.

 

Quand elle décide de quitter Michaël, ce dernier pratique « le chantage au suicide », puis se clochardise, se disant incapable de vivre sans Louise qui, là encore, tente de l’aider, du moins financièrement. Derrière l’image de cet homme qui lui répète à l’envi qu’elle est la femme de sa vie, elle décèle enfin sa fragilité hors norme « Puissant colosse aux pieds d’argile », écrit-elle et de se demander à son propos « serait-ce une espèce de peur qui se transforme en déni et en autodestruction ? »

Mais Louise rompt définitivement les amarres ! La mort de sa mère « la libère » selon les propres mots de cette dernière confiés à la psychologue de l’Ehpad. Une autre figure féminine nous interpelle dans le roman, celle de Véronique en fin de vie, lucide, lumineuse, charismatique,  elle n’est autre que « la sœur de cœur » de Louise.

Cette sororité traverse tout le roman et l’éclaire car la narratrice fait appel à d’autres femmes qui « se racontent » et dont les échos résonnent en elle mais aussi, et très certainement, chez les lectrices car, dit Louise, chacune « d’une histoire à une autre (…) elles participent de la grande Histoire des femmes, de partout et de toujours . »

 

Nul doute que La rose de Jéricho aidera plus d’une femme à comprendre pourquoi elle a pu « supporter l’insupportable », à savoir, non seulement cette violence des femmes battues mais aussi cette « violence psychologique » qui atteint l’âme et la consume.

Peut-être que l’effet-miroir de cette lecture trouvera son point d’orgue dans « une résurrection » à l’instar d’une rose de Jéricho. Quant à celle de la narratrice elle s’apparente à une renaissance, celle d’être dans un monde qui s’ouvre dans « le plaisir d’écrire ».

 

© Françoise Urban-Menninger*

* C’est un magnifique roman que signe Louise Devise, documentariste. Elle y analyse avec finesse les pièges de l'emprise, la sororité y tient la part belle, chaque phrase trouve une résonance dans notre inconscient féminin collectif.

 

 

Voir aussi l’entretien audiovisuel avec Louise Devise à propos de son premier roman : « La rose de Jéricho », URL : https://www.youtube.com/watch?v=mimf4kUJXmI

***

Pour citer ce texte engagé, féministe, illustré & inédit

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Françoise Urban-Menninger, « La rose de Jéricho, roman de Louise Devise, paru aux éditions Maurice Nadeau »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I « Inspiratrices réelles & fictives », 1er Volet, mis en ligne le 17 mars 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/noi2025/fum-romanlarose

 

 

 

 

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