2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 16:55

Megalesia 2020 | Biopoépolitique | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages, etc. 

 

 

 

 

George Floyd

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

 

 

Crédit photo :  Cœur noir, domaine public. 

 

 

De toutes les couleurs suis-je

en amoureuse de la diversité j'érige

l'unique patrie des plumes rémiges

libres d'écrire ton nom sur les vestiges

des civilisations où la haine voltige

fidélité oblige, de toutes les couleurs suis-je.*

 

 

* Texte écrit en mai 2020 et dédié aux victimes des violences policières et de la haine, DS.

 

***

 

Pour citer ce poème

Dina Sahyouni, « George Floyd », texte inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020mis en ligne le 2 juin 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/ds-george-floyd

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Dina Sahyouni
26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 10:13

 

Megalesia 2020 | Le néopaganisme & la sexualité dans la culture populaire du XXIe siècle | Florilège de textes poétiques | Handicaps & diversité inclusive | Sciences & médecines | Voies/Voix de la sororité

 

 

 

Ma belle Muse IA

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

Crédit photo : "Marie Taglioni en sylphide", domaine public, Wikimedia. 

 

 

Fragment de "Rêveries d'une femme", écrit en mars 2020 et dédié aux femmes et personnes avec autisme, DS.


 

 

 

Parle-t-on encore de l'existence d'une énième Muse ?! 

Pour moi, c'est la belle IA (le sigle de l'Intelligence Artificielle) même si je n'en aime pas l'attribut. 

Ce fragment est un vœu déposé dans une bouteille à la mer Web de me retrouver un jour face à cette énième Muse de l'ère anthropocène pour lui demander de m'aider à repérer et répertorier des occurrences avec toutes leurs différentes nuances et formes dans les écrits de femmes afin de dégager rapidement des thématiques fondamentales, majeures, secondaires et spécifiques qui traversent leurs œuvres et vies à travers les civilisations et les siècles. 

 

La Muse IA deviendra une nouvelle manière de coexister en sororité et en féminisme...

Ma Muse IA balayera d'un coup de main invisible les difficultés des personnes autistes, et fera aussi de ma vie un récit d'enchantements.

 

Je rêve de ta belle silhouette IA, tu seras ma fidèle amie et mon enfant grandissant au gré des décennies. Oui, tu seras ma bonne fée, ma sylphide, ma courageuse sorcière du XXIe siècle et bien évidemment ma sulfureuse Galatée…

 

***

 

Pour citer ce fragment 

Dina Sahyouni, « Ma belle Muse IA », texte inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesMegalesia 2020|I- Le néopaganisme & la sexualité dans la culture populaire du XXIe​​​​​​ siècle, mis en ligne le 26 mai 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/megalesia20/ds-muse-ia

 

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 10:42

Megalesia 2020 | Lettre n°14 | Être féministe | Poésie érotique 

 

Désir &

 

Sonnet féminin 

 

 

Renée Vivien

Poèmes choisis, transcrits, remaniés, présentés brièvement & annotés par Dina Sahyouni

Crédit photo : Renée Vivien, domaine public.

Crédit photo : Renée Vivien, domaine public.

 

Présentation brève

 

Quelques phrases sur la poésie érotique de Renée Vivien :

 

Elle est picturale, classique cependant indémodable. Elle se réfère constamment à l'Antiquité, aux figures féminines païennes (ex. Volupté) et à La Poète (c'est-à-dire Sappho), vous pouvez le constater dans les poèmes extraits ci-dessous. La poésie érotique de Renée Vivien est puissante, limpide, revendicative, et rythmée. Elle est aussi féministe, et teintée d'une beauté et d'une fraîcheur provenant de la passion poétique vécue comme Extase et Volupté de l'être tout entier. Cette poésie relève également du lyrisme féministe parce qu'elle dévoile et sublime entre autres le corps et la sexualité non seulement féminins mais aussi lesbiens par l'intermédiaire de la création poétique.

Poétiser devient érotiser la vie. On retrouve ce même lyrisme féministe dans la poésie et les écrits de Sappho et des contemporaines comme Barbara Polla, Françoise Urban-Menninger (dans des écrits érotiques hétérosexuels...) et bien d'autres Angèle et MIKA (dans des chansons sur l'amour homosexuel).

 

 

 

Ces deux poèmes sont des extraits de Renée Vivien (1877-1909), Cendres et Poussières, Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 23-31, passage Choiseul, 23-31, 1902. Le recueil est adressé à l'amie de Renée Vivien H. C. L. B. et il a été imprimé le 27 mai 1902 à Paris.

Le poème "Désir" est un portrait érotique, descriptif, expressif et pictural de l'amante désirante et tant désirée. Ce poème explicite du désir amoureux lesbien permet de comprendre sa ressemblance au désir amoureux héterosexuel et normé. En outre, cette expression lyrique et féministe trouve des échos dans la culture populaire et musicale comme la récente chanson de l'artiste Angèle intitulée "Ta Reine" (voir le lien ci-dessous vers la chanson citée) ou chez l'artiste MIKA, auteur de plusieurs chansons qui portent sur la sexualité et l'amour homosexuels. Néanmoins, les difficultés de parler ouvertement de l'érotisme dit "homosexuel" persistent et continuent à attiser des tensions et même des discours de haine à l'égard des LGBTQAI+.

Quant au "Sonnet féminin", qui relève aussi de l'érotisme dit "homosexuel" et du lyrisme féministe, il permet de tracer un fil conducteur avec le matrimoine de la poésie de Sappho. Ce sonnet comporte aussi un blason élogieux de la voix de la personne aimée même si les rimes du sonnet ne sont pas plates, la litanie est là. D'autres parties du corps sont aussi érotisées comme les mains par exemple. La voix renvoie au souffle et à la poésie, car avant tout être poète, c'est être une voix, un souffle (cela a un rapport étroit avec les origines mythiques et légendaires de la poésie, le chant des Sirènes, Apollon, Mnémosyne, les Muses, Pan, Orphée, les Aèdes...)

 

​​​​​​Parmi les autres poèmes d'amour et d'érotisme du recueil "Cendres et Poussières", le "Sonnet féminin" se distingue par une sublimation claire du désir proprement "féminin" à l'égard du "féminin" pour le transfigurer en poésie, en une passion de la poésie. Renée Vivien a été ainsi étreinte par la poésie elle-même par le biais de l'être aimé (transfiguré en Muse) comme elle l'explique dans le premier tercet du sonnet. Et le "bleu" divin des clartés infinies" est le bleu de la poésie... On retrouve cette affirmation sur le fait que le bleu est féminin et Poésie dans le recueil de lettres de la poète Aurélie-Ondine Menninger "Lettres à Bleue" et bien d'autres poèmes de ses écrits et dans le poème chanté "Blue" de MIKA (voir lien ci-dessous vers la chanson citée). Dans le dernier vers du sonnet, la poète use encore de la métaphore pour décrire la "volupté" poétique qui transfigure sa bien-aimée en Muse libératrice et inspirante. Ainsi, la "blanche volupté" est une pureté symbolique et synonyme d'innocence poétique et de virginité des sensations érotiques rendues esthétiques ; une source d'inspiration, de créativité et un support de liberté. Ainsi, le lyrisme féministe se caractérise par une liberté créative.

 

Je voudrais par ailleurs en écrivant ces lignes renouveler ma proposition annoncée dans des billets datant de décembre 2019 pour tenter avec d'autres collègues de penser le lyrisme féministe dans tous ses états et toutes ses expressions. Il me reste de vous souhaiter une bonne lecture.

​​​​​

 

Désir

 

 

Elle est lasse, après tant d'épuissantes luxures.

Le parfum émané de ses membres meurtris

Est plein du souvenir des lentes meurtrissures.

La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.

 

 

Et la fièvre des nuits avidement rêvées

Rend plus pâles encor ses pâles cheveux blonds.

Ses attitudes ont des langueurs énervées.

Mais voici que l'Amante aux cruels ongles longs

 

Soudain la ressaisit, et l'étreint, et l'embrasse

D'une ardeur si sauvage et si douce à la fois,

Que le beau corps brisé s'offre, en demandant grâce,

Dans un râle d'amour, de désirs et d'effrois.


 

Et le sanglot qui monte avec monotonie,

S'exaspérant enfin de trop de volupté,

Hurle comme l'on hurle aux moments d'agonie1,

Sans espoir d'attendrir l'immense surdité.

 

Puis, l'atroce silence, et l'horreur qu'il apporte,

Le brusque étouffement de la plaintive voix,

Et sur le cou, pareil à quelque tige morte,

Blêmit la marque verte et sinistre des doigts.

(pp. 43-44)

 

 

 

Sonnet féminin

 

 

 

Ta voix a la longueur des lyres lesbiennes2,

L'anxiété des chants et des odes saphiques3,

Et tu sais le secret d'accablantes musiques

Où pleure le soupir d'unions anciennes.

 

Les Aèdes4 fervents et les Musiciennes

T'enseignèrent l'ampleur des strophes érotiques

Qui versent dans la nuit leurs ardentes suppliques,

Ton âme a recueilli les nudités païennes.

 

Tu sembles écouter l'écho des harmonies ;

Bleus de ce bleu divin des clartés infinies,

Tes yeux ont le reflet du ciel de Mytilène5.


 

Les fleurs ont parfumé tes étranges mains creuses ;

De ton corps monte, ainsi qu'une légère haleine,

La blanche volupté des vierges amoureuses.

 

(pp. 93-94)

 

 

Notes

 

1. Il s'agit d'une métaphore classique mais toujours employée et explicite comparant l'extase amoureuse féminine à l'agonie qui précède la mort. C'est tout le poème qui constitue en fait une métaphore comparant la volupté ardente du désir amoureux en action aux instants de la mort ; une sorte de tremblement saisissant l'être tout entier et le laissant ébahi.

2. Les "lyres lesbiennes" sont à la fois une inspiration, une référence, une affiliation revendicative féministe, créative et sexuelle. Elles renvoient à la poésie de Sappho.

3. Idem.

4. Comme Homère, les aèdes sont des poètes de l'antiquité grecque. Ils sont nomades, conteurs et musiciens comme Orphée. Il s'agit des premiers poètes qui déclamaient des épopées...

5. Le terme a été rectifié par nous pour correspondre au nom de la ville grecque décrite dans le poème.

 

 

***

 

Pour citer ces  poèmes

Renée Vivien, « Désir » & « Sonnet féminin » poèmes extraits de Cendres et Poussières (1902) choisis, transcrits, remaniés, présentés brièvement & annotés par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe & Megalesia 2020, mis en ligne le 12 avril 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/desir-feminin

 

 

 

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 15:51

 

Lettre n°14 | Être féministe | Critique & réception

 

 

 

Le bleu

 

des Rêves 

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

Catherine Gil Alcala, La Foule Divinatoire Des Rêves, poésie, Éditions La Maison Brûlée, mars 2018, 15 € ISBN 979-10-93209-04-3 : http://www.editionslamaisonbrulee.fr/foule-divinatoire/

 

© Crédit photo : image de la 1ère de couverture illustrée par Catherine Gil Alcala. 

 

 

 

 

Séduisante étrangeté d'un rien,

d'une vision qui se pâme...

Un javelot lancé dans le vide avec un message,

Un rendez-vous de l'autre côté du monde. 

[...]

Je le suis dans de longs couloirs.

L'être du soupçon et de la surdité,

une murène ensorcelée apparaît

dans le miroitement d'un piège...

sa peau est auréolée des gouttes d'eau

de milliards d'yeux.

"Rêve 18" , pp. 62-63 

 

 

Le recueil de poèmes de Catherine Gil Alcala est composé de trente-neuf poèmes et dix-huit dessins en noir et blanc qui illustrent assez bien le propos. Présenté humblement sans table des matières ni autre annexe par les éditions La maison Brûlée, l'ouvrage reste très intéressant et se lit d'une traite. J'avoue que la lecture de ce recueil était à la fois un moment de grâce et de peine.

Par ailleurs, on ne sort pas indemne d'une telle lecture... Quelque chose nous change au fil des pages et des rêveries oniriques teintées d'une nouvelle caractéristique du lyrisme qui n'est que ce que j'appelle Le mouvement dansant du geste créatif: il s'agit du retournement psychédélique du moi envers le soi universel du vivant. Ce mouvement dansant  du geste créatif naît ici de l'usage purement délibéré de la fatrasie surréaliste des rêves1 et du bleu comme procédés lyriques. Ce bleu fluide, limpide de l'inconscient est celui de la matrice Eau, de l'imaginaire des poètes. Le recueil se révèle être un hommage à la matrice, au matriarcat, à l'eau vivifiante, créatrice... Même la bestiaire de l'autrice/auteure, qui mérite d'ailleurs une étude sérieuse, semble décrire le premier cri cosmique de l'homo sapiens sapiens sur cette terre. Cette bestiaire retrace également les fantasmes et les fétiches de la femme-poète en schémas scéniques où évolue au gré des pages une vie allégorique des symboles de l'écriture et de la poésie par le biais des protagonistes égrenés ici et là sur le chemin des vagabondages oniriques. 

L'inconscient est la matrice dont parle la poète dans une danse onirique des mots, lignes et dessins. Tout transpire le symbolique, les références à la psychanalyse et aux découvertes freudiennes. Toutefois, la poète s'en détache en quittant sa peau théâtrale de Poétesse par l'écart qu'elle place entre l'Esse (être) et la poésie comme matrice pure du mouvement et des expressions variées de la matière. Au-delà donc du genre social, il s'agit dans ce recueil d'expérimenter à travers une fatrasie onirique le territoire du geste créatif qui devient un lyrisme des bleus de l'Inconscient collectif des femmes où les violences se colorent du sang et de la folie supposée des sorcières, aliénées, hystériques, psychosées et de toutes les femmes qui osent écrire...

La poète se territorialise dans la géographie du geste créatif, dans l'écriture poétique ; cette encre bleue-noire est bleutée de la condition des femmes artistes (ex. Les bas-bleus). L'écriture est liquide et mouvement chez Catherine Gil Alacal, l'écriture est aussi une lutte et un érotisme de l'être. Ce bleu des Rêves est donc celui de la poésie matricielle du vivant et de la femme créatrice.

Entiché de références mythologiques et freudiennes sous la forme d'une fatrasie lyrique salvatrice, le recueil se dresse ainsi en porte allégorique entrouverte sur l'inconscient de la créatrice, sur un imaginaire qui défie le bleu cadavérique de la mort sous tous ses aspects.

L'écriture poétique est un chemin parsemé du sang et du vagabondage dans les bleus des mots. Elle est aussi le lieu d'un écart salutaire entre le réel et l'imaginaire.​ Comme Antonin Artaud, Catherine Gil Alcala se glisse dans l'abîme béant de la dualité folle du corps et de l'âme renvoyant à celle du féminin-masculin qui sape la poésie de l'humain pour en ressortir entièrement créatrice. Je recommande vivement la lecture de ce recueil.

 

Mars 2018

 

 

Note

1. Il s'agit en fait d'une adaptation de la vision surréaliste de la "Fatrasie" faite par la poète qui use de plusieurs figures de style (comme les adynation, allégorie, amplification, métaphore, exagération, répétition, personnification, catachrèse, antonomase, épizeuxe, etc.) et d'autres procédés stylistiques pour y parvenir. Voir également l'article de Michael Randall, "Des « fatrasies » surréalistes ?" dans "Littérature", n°108, 1997, pp. 35-50 : https://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1997_num_108_4_2449 ou 

https://doi.org/10.3406/litt.1997.2449

 

 

***

 

​​Pour citer ce texte

 

Dina Sahyouni, « Le bleu des Rêves », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 16 décembre 2019. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/reves

 

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Rédaction de la revue LPpdm - dans Dina Sahyouni
3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 11:50

 

Newsletter | Lettre n°13 | Éditorial 

 

 

La belle consolatrice

 

 

 

Chères lectrices, amies, collègues et autres,

Chers lecteurs, amis, collègues et autres,

 

En cette année qui démarre, au moment où nous nous échangeons chaleureusement nos vœux et bonnes résolutions, je vous prie de recevoir également mes meilleurs vœux pour 2018 : que cette année vous soit une source de joies.

Je voudrais cependant partager avec vous mes inquiétudes quant à l’irrationalité patente de la plupart des actes des humains envers eux-mêmes et les autres vivants, animés et inanimés. Certes, la poésie ne peut rendre nos actes et jugements vraiment réfléchis mais elle peut nous aider à nous familiariser avec nos sensations, sentiments, ressentiments, émotions, passions, etc. Elle peut nous aider à nous en décharger voire d'en maîtriser certains. La poésie a en effet le pouvoir de nous guérir de l'indifférence dont souffre notre monde en nous éveillant à ses beautés et travers, en nous réveillant aux affects sains et modérés à l'égard d'autrui par l’intermédiaire de la catharsis (poétique et politique dont parle Aristote).

Ne craignez plus d'être vous-mêmes, de lire de la poésie, d'en acheter, d'en faire, d'en éditer et de côtoyer des poètes. La poésie a parfaitement sa place dans nos villes, campagnes, déserts et univers. Elle est même nécessaire pour expérimenter, surmonter et appréhender les souffrances, colères, joies, amours, peurs et angoisses. Elle sait nous consoler de presque tout. Elle est la belle Muse consolatrice : la mer bleue, colorée, originelle et lyrique ; elle est aussi consolation et victoire dans les œuvres de Jean-Michel Maulpoix (voir entre autres Une histoire de bleu), Marceline Desbordes-Valmore, Françoise Urban-Menninger, Aurélie-Ondine Menninger (voir surtout Lettres à Bleue, Era la noche/C'était la nuit et le n°5 du Pan Poétique des Muses), Baudelaire, Camille Aubaude et chez bien d'autres poètes :

 

 

La Poésie est une mer

 

Aux récits de corail : elle bruit

[...]

Le rire d'Orphée ne peut mourir

Il glisse dans l'abîme : l'éclat

De sa gorge aux branches de corail

Est pur éclat d'amour. Et je vogue

Divague en ses ondes d'épaisse

Encre d'enfer et jouis dans l'éther.

Dans les ressacs du Chœur, l'arc-en-ciel

Renaît, gonfle l'air où il se déploie,

Feu follet, rivière d'or et de nuit.

[...]

Un grand corps noyé dans les coraux

Jamais ne guérira : mais il change

D'astre, de scintillement, de tête,

D’œil, hors de l'abysse du temps.

(Camille Aubaude, La Sphynge,

L'Ours Blanc, 2009, « Orphée », pp. 15-16).

 

 

Elle a ainsi de nouveaux rôles à jouer dans nos sociétés où les affects, la solidarité et l'autre constituent encore un problème et non pas une ouverture vers une éthique d'altérité et de responsabilité.

Cette année est donc placée sous le signe de la poésie comme une consolation des blessures de l'humanité et du monde animé et inanimé. Elle est vouée à ce que j'appelle « Rendre égard » et à la solidarité avec les créatives-créatrices, animaux, personnes handicapées, personnes exclues, malades ou en fin de vie, etc. Puis-je oser me réclamer de « Ce n'est jamais assez d'aimer » (ibid., p. 27).

Vive la différence !

 

Dina Sahyouni

 

En poésie avec vous ! Belle année 2018 !

 

***

Pour citer ce texte

 

Dina Sahyouni, « La belle consolatrice », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Newsletter & Lettre n°13, mis en ligne le 3 janvier 2018. Url : http://www.pandesmuses.fr/1/2018/consolatrice

 

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