4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 16:54

 

N°7 | Littérature de jeunesse | Critique & réception

 

 

 

 

Fantaisie, sentiment, sensation : de la fin d'une œuvre

 

 

 

(Jacques Rebotier, Les trois jours de la queue du dragon)

 

 

 

 

Laure Delaunay

 

Site officiel : https://lauredelaunay.com/

 

 

 

 

Je me demande souvent (et je crois que ma poésie est le reflet de cette interrogation) si ce qui est poétique c'est ce que je pourrais appeler une trouée du sentiment, ce moment où le sentiment déborde et se répand comme un piedmont en mots, si elle est agencement plastique, tissu, organisme, expression méticuleuse de la fantaisie verbale ou si elle est mise en mot de la sensation.


 

J'ai trouvé une réponse dans un petit livre de Jacques Rebotier destiné à la jeunesse. La poésie est sens du temps et donc de la coda, la poésie est parcelle de temps durant laquelle quelque chose débute, se construit puis claque au cœur laissant derrière elle un silence qui nous nourrit.


 

Voilà ce que dit en préambule l'auteur de cette pièce :


 

« Une pièce de théâtre ? Une conférence ? Ratée ? Une circonférence ? Du cirque ?

S'agit-il de dragons, qui s'agitent ? Sans raison ? De clarinettes ? De déraison ?

Est-ce une leçon de choses ? De ténébres ? Est-ce la même chose ? Est-ce du pas pareil ?

Il y a de toute façon un circonférencier et trois ragons-larinettes, qui ont perdu leur têtes. Depuis longtemps j'avais envie d'écrire quelque chose d'entièrement caudiforme. La musique par exemple n'y est faite que de fins, qui sont des codas, autant dire des queues. Courrons-y après !

Les Trois jours de la queue du dragon est une introduction à mon Cours complet de bêtise. »


 

Voilà pour les présentations. Pure fantaisie verbale et musicale, le livre de Rebotier parle aussi des dragons qui sommeillent en nous comme disait Rilke*, c'est-à-dire de l'âme humaine, avec grande légèreté. Qu'il s'agisse du sens ou de la forme, pour moi, il a répondu présent. Le dragon, métaphore de la psyché, se met en mots et en musique, sa queue, symbole de sa finitude le révèle comme être imaginaire et musical.

Pour le dire autrement, pour moi, le dragon de Rebotier n'est pas fantastique, il est profondément poétique, parce qu'à la fois touchant, stimulant aussi bien pour les sens que pour l'imagination.

Voici en quelques mots la leçon qu'il m'a donnée, une leçon de liberté.

Mais pour revenir à ce qui intéresse Rebotier, c'est bien la fin qui est interrogée, la fin d'un dragon, la fin d'un morceau de poésie.

Or, j'ai longtemps cru que les commencements étaient ce qu'il y a de plus beau. L'idée du soleil qui point, l'idée d'une spontanéité, d'une fraîcheur, d'une apparition qui semble toujours miraculeuse, épiphanique. Je vois maintenant que la fin est aussi capitale. Le commencement perce le silence, la fin nous y dépose augmentés de quelque chose au fond d'indéfinissable qu'on appelle poésie.

À savoir si la traversée de la percée au silence est faite d'images ou de sentiments ou même de sensations importe peu finalement. Il importe qu'elle s'inscrive dans ce rythme intérieur où des choses se disent dans des allées et venues entre retenue et épanchement. Et lire vraiment de la poésie ce n'est pas autre chose que de marcher côte à côte avec le poète en suivant le rythme et de son esprit (ses images), de son cœur (ses sentiments) et de son corps (ses sensations). La poésie n'est ni fantaisie verbale, ni épanchement du cœur, ni partition, elle est les trois à la fois.

Heureuse que cela s'adresse à des enfants, nôtre avenir, nôtre seule vraie lumière.


 


 

* Rilke : « Les dragons qui sommeillent en nous sont des princesses que nous n'avons pas encore secourues. »

 

***

 

Pour citer ce texte

 


Laure Delaunay, « Fantaisie, sentiment, sensation : de la fin d'une œuvre (Jacques Rebotier, Les trois jours de la queue du dragon) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°12 & N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 4 novembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/11/fantaisie.html

 

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Le Pan poétique es muses - dans Numéro 7 La Lettre de la revue LPpdm
4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 16:37

 

Calendrier poétique | Agenda poétique | Événements poétiques

 

 

 

 

Le je-jeu de dupes

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

 

Quand la douleur mord le restant du corps

le je se réfugie dans le territoire des « On »

mon je est un récit meurtri

un jeu de dupes, il avance en jupe

Mon jeu est un pas vers le précipice

un pas vers l'espoir, puis vers la dérive

un sonnet, deux quatrains et deux tercets

un poème court court à sa chute

ce je chute, aveuglé par les cadavres des rêves

par l’insouciance d’une enfance

voilée, volée, violée

ce je-jeu de dupes

traîne mon corps vers le support

puis le crucifie fièrement

satisfait d'être mon autre.*

 

 

 

*Ce poème a été en novembre 2017.

 

 

Poésie militante

 

 

***

Pour citer ce poème féministe & militant

 

Dina Sahyouni, « Le je-jeu de dupes », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : « Le calendrier 2018 des poèmes pour lutter contre les violences faites aux femmes, enfants & minorités », mis en ligne le 4 novembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/calendrier2018/dupes

 

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 15:11

 

N° 7 | Poésie, musique & art audiovisuel

 

 

Performance musicale

 

 

 

 

A.T.O.N. (A.) (L.) E.

 

 

 

(ou en jouant sur un vieux piano désaccordé)

 

 

 

 

Trihn Lo

 

Durée : 3’36’’

Date : juin 2017

 

https://soundcloud.com/user-103689113/aton-al-e-ou-en-jouant-sur-un-vieux-piano-desaccorde

© Crédit audio : Trihn Lo, A.T.O.N. (A.) (L.) E.

(ou en jouant sur un vieux piano désaccordé), 2017

 

 

***

 

 

Pour citer ce morceau musical

 

Trihn Lo, « A.T.O.N. (A.) (L.) E. (ou en jouant sur un vieux piano désaccordé) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 4 novembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/11/vieuxpiano.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 11:57

 

Lettre n°12 | N°7 | Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

Poésie visuelle

 

 

 

 

Plis de chair

 

 

 

 

Litanie profane

 

 

 

 

Trihn Lo

 

 

Illustratrice

 

Cristina Rap

 

 

 

© Crédit photo : Cristina Rap, Plis de Sibylle, pastel sur papier 20x20 cm,

Série « Faste des Tissus » d’après la « Sibilla Cumana » de Domenichino.

 

© Crédit photo : Trihn Lo, « Plis de chair. Litanie profane », 2017.

 

Cliquez sur ce lien pour afficher le poème visuel

 

 

 

***

Pour citer ce calligramme

 

Trihn Lo, « Plis de chair. Litanie profane », poème visuel illustré par Cristina Rap, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°12 & N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 4 novembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/11/litanie.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7 La Lettre de la revue LPpdm
3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 16:56

 

N °7 | Entretiens artistiques

 

LPpdm a rencontré

 

 

 

Rencontre avec Nadine Guilpin

 

 

 

une artiste au parcours atypique
 

 

 

 

Propos recueillis par

Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

Illustratrice

 

Nadine Guilpin

 

Site officiel : www.yehi-artitude.com

 

 

 

   © Crédit photo : portrait photographique de l'artiste Nadine Guilpin.

 

 

 

Maggy DE COSTER – Nadine Guilpin, j’ai été frappée par la diversité de votre style artistique lors de ma visite d’une exposition privée que vous avez organisée du 20 octobre au 3 novembre 2017 autour du dessin, de la peinture et de la création textile. Pouvez-vous nous dire comment vous êtes arrivée à la création artistique ?

 

 

Nadine GuilpinÀ propos de la « diversité artistique » que vous soulignez, je vais essayer une introspection de mes débuts. Je n’ai pas fait d’études artistiques. Je me suis intéressée à l’histoire de l’art, j’aime la philosophie, la littérature, l’écriture et l’histoire en général. Cela me classe sans doute dans la catégorie des sciences humaines. Dans une autre vie, j’ai fait Sciences Po et préparé l’ENA, puis j’ai réussi le concours des Instituts Régionaux d’Administration et fait l’IRA de Lille. Ce qui m’a conduit à faire du Management public.

L’art s’est d’abord présenté à moi comme centre d’intérêt, grâce au musée Dapper. Merveilleux musée dont la découverte m’a conduit à m’interroger sur l’art contemporain des artistes et créateurs africains à travers le monde. J’ai alors fondé en 1999 l’Association Art’Monie dédiée à l’art contemporain Africain.

 

© Crédit photo : toile n°1 de Nadine Guilpin.

 

J’ai été commissaire d’exposition dans le cadre des expositions organisées par cette structure pour faire rencontrer la diversité autour de l’art … À ce stade, Je ne pensais pas du tout avoir le virus de la création. Par la suite, j’ai eu un déclic dans une boutique de perles qui mettait à disposition un certain nombre de matériaux. Mon hobby pour le bijou sculpté est né et continue jusqu’à présent. Cette part de ma création a été suggérée par la création textile dans l’exposition « Nature & Légendes ».

L’art plastique a été une entreprise exploratoire qui, au travers de l’art numérique (depuis 2003), la peinture et le collage de 2008 à 2013, puis le marouflage par la récupération de papiers journaux cartons … (2013 à 2017), la pratique du dessin est apparue en 2016 par la rencontre d’une certaine flore et de l’équipement rudimentaire dont je disposais à ce moment-là.

 

   © Crédit photo : toile n°2 de Nadine Guilpin.

 

Cette collection de variations autour de la flore va se prolonger sans doute au fil des découvertes et de l’inspiration qu’elles vont susciter. Pour conclure, je pense que cette diversité est sans doute le fruit d’une traduction de ma perception, par rapport aux choses en général et aux perspectives qu’elles me font entrevoir. La création textile est née, quant à elle, de la rencontre entre une histoire de légendes africaines, les épurations et les massacres après la mort des rois anciens, notamment en Afrique, et la recherche d’un moyen d’illustration, pour faire émerger le drame des femmes dans ces tragédies et dans la vie en général. Cette quête et l’opportunité de la mise à disposition d’une bonne quantité de tissus en coton blanc ont fait le reste. Compte tenu de ce qui précède, on peut penser que c’est l’art s’insinue de lui-même à travers des rencontres, des récits des objets à transformer.

 

MDC – Qu’en est-il des procédés que vous utilisez en matière de création ?

 

NGJe ne peux pas parler de procédés acquis ou préexistants. Je connais quelques techniques à la portée de bon nombre d’entre nous, comme la couture, le tricot ou le modelage. Quelquefois j’improvise. Lorsque j’ai fait de l’art récup avec du papier usagé et du carton, j’ai été surprise par l’accueil en galerie avant d’en mesurer l’apport esthétique. L’expert galeriste m’a parlé de marouflage, moi je voulais travailler de la texture de façon écologique (que du papier usagé, un peu de pigment et de la colle) pour base de travail. Au fond je fonctionne quelquefois comme un laboratoire.

 

MDC – Peut-on comprendre que de par les matières que vous utilisez vous transmettez un message ?

 

NGJe recherche quelquefois un effet plastique. C’est le cas pour le textile notamment. J’ai une préférence pour les textures, cependant les histoires nourrissent le décor et inspirent l’œuvre.

 

MDC – À voir les formes géométriques qui caractérisent certaines de vos œuvres, cela n’est pas sans nous rappeler Picasso, qui initialement puisait son inspiration dans les masques africains, plus particulièrement du Bénin dont vous êtes originaire.

 

   © Crédit photo : toile n°3 de Nadine Guilpin.

 

 

NGÀ propos du Bénin, le rapport ne me semble pas très évident La géométrie rapportée au cubisme est sans doute ici le propos. Le travail autour de la flore a en réalité sa propre géométrie. Lorsque vous observez les feuilles d’une passiflore de près, vous vous apercevez que certaines sont divisées en 3, d’autres 4 voire 5 figures. Que les feuilles de certains arbres ont des formes identiques sur une même structure pour aboutir à une différenciation en bout de chaine mais pas nécessairement de façon régulière. Je ne suis pas très bonne en géométrie disons que certaines formes offrent un champ géométrique dont la combinaison est intéressante en terme de perception. De ce côté-là, il y a un jeu graphique autour de quelques dessins qui, une fois terminés, font penser aux masques africains. Il y a en effet dépouillement et expression dans ce dessin, sans doute un réflexe inconscient ? Je ne saurais le dire. J’imaginais des spectateurs silencieux face aux drames et voilà qu’apparaît la figure multipliée du masque !

 

MDC – Parlez-nous de votre clientèle ? De qui se compose-t-elle ?

 

NGPar rapport à cette collection, elle n’est pas encore constituée. Néanmoins l’intérêt renouvelé pour une série de dérivés textiles est à l’étude. Pour l’instant rien n’est défini.

 

MDC – Arrivez-vous à vivre de votre art ?

 

NGEn l’état actuel, je suis un nouvel arrivant dans un jeu que je ne maîtrise pas encore très bien. En revanche, le monde du textile semble y trouver une approche intéressante alors je suis ouverte aux collaborations. L’édition en direction du grand public est envisagée. Affaire à suivre.

 

MDC – Quel est votre regard sur le marché de l’art et le monde artistique ?

 

NG – L’art est devenu un produit marketing dont la valeur est le reflet que l’artiste veut donner de lui. L’intérêt de l’œuvre pour ce qu’elle est semble secondaire. Il arrive heureusement quelquefois, que les deux valeurs s’équilibrent. Les marchands pourront expliquer de façon approfondie cette impression partagée par bon nombre de gens.

 

***

 

Cliquez sur ce lien pour visiter le site internet  de l’artiste

 

 

 

***

 

Pour citer cet entretien

 

Maggy de Coster, « Rencontre avec Nadine Guilpin une artiste au parcours atypique », illustrations de Nadine Guilpin, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 3 novembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/11/nadine-guilpin.html

 

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