8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 13:32

 

Dossier majeur | Textes poétiques

Poèmes d'une aïeule

 

 

 

À la dérive

 

&

 

 

Elles s'en vont les joyeuses pensées

 

 

 

Amélie Gex

 


 

À la dérive

 

[P. 182/P. 186 PDF, « En fermant le livre »]

 

 

J'ai vu s'enfuir ma riante jeunesse

Comme un parfum s'envole d'une fleur !...

Rien envers moi n'a tenu sa promesse !

J'ai tant de fois savouré ma tristesse,

Que je n'ai plus un autre amour au cœur !...

 

J'ai vu tomber ma couronne de fête ;

J'ai vu mon ciel pour toujours s'assombrir ;

Sous l'ouragan, j'ai tant courbé la tête,

J'ai tant lutté contre l'âpre tempête,

Que je voudrais ne plus me souvenir !

 

Comme un débris qu'un vent d'orage emporte,

Vers l'inconnu, je vais sans me lasser ;

Joie ou douleur, désormais, que m'importe !...

J'ai tant pleuré mon espérance morte,

Que je n'ai plus une larme à verser !...

 

 

 

 

Elles s'en vont les joyeuses pensées

 

 

Rondeau. [P. 181/P. 185 PDF, « En fermant le livre » ]

 

 

 

Elles s'en vont les joyeuses pensées

Lorsque les ans sur nos âmes lassées

Viennent peser de leur poids rigoureux !

Des songes d'or le réveil douloureux

Las ! tristement, les a toutes chassées.

 

Heures d'amour, doucement caressées,

Fleurs de printemps, par nos lèvres froissées,

Quoi, c'est donc vrai ! dans l'oubli ténébreux

Elles s'en vont ?…

 

Eh bien, partez, ô colombes blessés !

Sur d'autres fronts posez-vous empressées,

Illusions au vol aventureux…

Plus tard, ceux-là que vous rendez heureux

Diront aussi de leurs heures passées,

« Elles s'en vont ! ... »

 

 

 

Référence bibliographique : ces poèmes sont des extraits transcrits par LPpdm de GEX, Amélie (1835-1883), Poésies : le poème de l'année, cris dans l'ombre, échos épars, nouvelles paroles sur de vieux airs, en fermant le livre, Chambéry, Imprimerie de Ménard, 1 vol., 1879/80, 188 p. ; in-12, pp. 181-182, domaine public, Bibliothèque nationale de France, http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30502940f, voir aussi les liens ou (permaliens) des pages transcrites :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6539649b/f183.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6539649b/f184.image.

 

 

***

 

Pour citer ces poèmes

 


Amélie Gex, « À la dérive » & « Elles s'en vont les joyeuses pensées », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 8 juin 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/ag-derive.html

 

© Tous droits réservés                            Retour au n°6|Sommaire

Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 12:45

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

Poème d'une aïeule

 

 

 

 

La vieille

 

 

 

Renée Vivien

 

 

Crédit photo : Renée Vivien image trouvée sur Wikipédia, domaine public

 


 

[P. 63/P. 65 PDF] Il est, au cœur de la vallée, un étang que l'on nomme l’Étang Mystérieux. Sur les eaux noires, jamais un roseau n'a frissonné, jamais un nénuphar n'a fleuri. On le nomme l’Étang Mystérieux, car il est insondable et terrible, et nul n'en avait connu le fond, lorsque l'homme le plus audacieux des villages environnants résolut de découvrir le secret. [P. 64/P. 66 PDF]. Il plongea dans l'onde opaque où le vent même venait s'évanouir sans jamais l'émouvoir d'un tressaillement.

Il plongea dans l'abîme dont nul n'avait jamais connu le fond. Et, pendant trois jours et trois nuits, il tomba vertigineusement dans le vide. Enfin, il perçut une lueur d'aurore. Et il entra dans la lumière. Au-dessus, l'eau noire tournoyait. L'homme était dans un jardin où les fleurs lui révélaient d'étranges dessins et des souffles inconnus. Un lys avait la forme d'une étoile, une rose brûlait comme un soleil.

Parmi l'universelle beauté, une vieille était accroupie. Elle étalait cyniquement la hideur des taupes et des crapauds. Voûtée, elle semblait fléchir sous le poids des siècles. De ses yeux éteints, elle regarda fixement l'intrus. En vérité, elle avait la hideur des taupes et des crapauds. Et elle lui dit : « Je sais tous les secrets de l'amour. » L'homme se détournera, pris de dégoût. [P. 65/P. 67 PDF] Mais elle reprit : « Je sais toutes les voluptés. » L'homme la repoussa avec horreur. Mais elle lui dit : « La beauté pâlit devant ma toute-puissance*, car je sais toutes les voluptés ! » Et le baisa sur la bouche. Elle avait la hideur des taupes et des crapauds, mais l'homme lui rendit son baiser… Le plus audacieux des hommes n'a jamais reparu dans son village. Il demeure à jamais enchaîné par le monstrueux enlacement…

Il est, au creux de la vallée, un étang que l'on appelle l’Étang Mystérieux...

 



 

* Renée Vivien y entend "omnipotence". Ce portrait de la "vieille" est à la fois traditionnel (dans la description de la laideur de la vieillesse représentée par la répétition de la description "la hideur des taupes et des crapauds") et innovant dans sa manière de penser l'importance du vécu amoureux (des savoirs cumulés sur soi et l'autre) en esquissant une allégorie de la vieillesse en un étang mystérieux contenant un jardin lumineux, originel, où se cache la mort qui entraîne les plus courageux des hommes vers une chute funeste : "Il y demeure à jamais enchaîné par le monstrueux enlacement" qui n'est que le baiser de la mort...

 

 

Référence bibliographique : ce poème en prose est un extrait transcrit, remanié et enrichi d'une note explicative par D. Sahyouni de VIVIEN, Renée (1877-1909), Brumes de fjords, Paris, A. Lemerre, 1 vol., 122 p., in-12, 1902, pp. 63-65, domaine public, Bibliothèque nationale de France, http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31596246j, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113412k, voir aussi les liens ou (permaliens) des pages transcrites : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113412k/f60.image, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113412k/f61.image, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113412k/f62.image.

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 


Renée Vivien, « La vieille », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 6 juin 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/rv-vieille.html

 

© Tous droits réservés                           Retour au n°6|Sommaire

1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 15:28

 

 

N°6 | Instant poétique en compagnie de...

 

 

 

Femmes

 

 

 

 

Nicole Hardouin

 

Illustration de

 

Gil Pottier

 

 

© Crédit photo : Gil Pottier, "La voluptueuse".

 

 

Parcourir des galaxies

voyages intersidérants

je veux des lèvres comètes.p

plonger dans les gouffres infernaux

ruissellement d’eau lustrale

je veux des bras racines.

 

Connaître le retournement du septième ciel

paupières recouvertes d’étoiles

je veux des ailes rouges d’anges déchus

des velours, des joyaux, des korrigans, Toi.

je suis la soyeuse, la voluptueuse

      Mélusine, la blanche, la noire.

 

Chasser les ombres glissantes

taire les songes et passer le seuil

chercher un soleil noir, y découper une côte

façonner à homme à ma soif

je veux Adam, Sammaël, Orphée, Merlin et Toi

je suis la vénéneuse, la dévoreuse

      Lilith, la conquérante, la satanique.

 

Trouver le puits et la source

poser, sur la margelle, l’escarboucle frontale

me désaltérer d’eau, d’orage, de vent

parcourir chemins, légendes, temps

je veux les écailles du dragon, le feu

l’émeraude de Lucifer, les dolmens, les cavernes, Toi

je suis la nocturne, l’ailée, la serpente

      la Vouivre, l’énigmatique, la guérisseuse.

 

M’installer dans un jardin qui s’appellerait Parousie

un clos sans pommiers, seulement des arbres en cristal

des oasis, de l’ambre et des mangues

un serpent dressé, triomphant, un homme : Toi.

 

Je veux ton haleine, ta sueur, tes pluies

tes cieux, ta langue et tes désirs

je suis l’amante, la matricielle, le corail de tes songes

      Ève la tentatrice, la hiératique, l’universelle.

     la Femme.

 

 

***

 

 

 

Pour citer ce poème

 

Nicole Hardouin, « Femmes », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie », illustration de Gil Pottier sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/nh-femmes.html

Page mise à jour en juillet 2017 : ajout d'une illustration et des information sur l'artiste.

 

© Tous droits réservés                        Retour au n°6|Sommaire

Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 12:33

 

N°8 | Dossier majeur | Florilège de textes poétiques

 

 

 

 

Les vieux

 

 

 

 

Huguette Bertrand

Site personnel : http://www.espacepoetique.com/Espace/intime.html

 

 

 

 

 

 

Jeunes dieux fripés

ils pratiquent le silence

les vieux

dans le bar enfumé de leurs rêves

font profession de mémoire

et c'est dans la rosée de leurs regards

que trempent nos cœurs délicats

 

les vieux vont et reviennent

traversent nos pas endoloris

de l'épaule à la hanche

ont le trépas allongé

et le sourire

fleuri

 

lorsqu'ils viennent tout près

les vieux

leurs mots saignent d'azur

sur nos couchants

 

récifs argentés des échouages

jusqu'à la dernière page

de leurs tourments

 

 Poème inédit du 29 mai 2017

 

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Huguette Bertrand, « Les vieux », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Supplément au n°6 sur « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/les-vieux.html

 

© Tous droits réservés                            Retour au sommaire

Le Pan poétique des muses - dans Numéro 8
1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 12:20

 

Dossier 2 | Florilège de textes poétiques 

 

 

Je veux marcher

 

 

 

Claude Luezior

 

Site officiel : www.claudeluezior.weebly.com/

 

Cet extrait est reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur

 

 

 

Ce texte est un extrait d'Impatiences de Claude Luezior, éd. Buchet/Chastel, Paris, 1995.

 

© Crédit photo : image de la 1ère de couverture d'Impatiences

fournie par l'auteur

 

 

 

Elle scande ces mots comme on agite un gri-gri, comme on secoue la statuette du désespoir. « Je veux marcher pour mes filles », dit-elle, en espérant m'amadouer un peu plus, comme si cet argument allait changer la maladie.

 

Tu as la force de la révolte. Tu ne viens pas demander quelque chose, mais conquérir un droit bien légitime. Illusoire droit à la santé. Tu as le regard limpide de ta fille qui ne rêve que de vivre à travers toi.

Le « je veux marcher », ce n'est pas le « marche » condescendant de la Bible, c'est le fœtus qui puise dans le corps de sa mère, sans lui en demander la permission ; avidité et sincérité de la vie qui n'a d'ambition que de vivre.

 

Ferveur dans cette jeune femme qui saigne de sincérité. Beauté du désespoir et du verbe affirmer.

 

Sclérose en plaques : le diagnostic sonne comme un coup de fouet : plaques de glace, plaques d'argile ; sclérose en cicatrices sur cette chair meurtrie.

« Je veux savoir ce que j'ai, de quelles erreurs ou de quelles fautes viennent ces cicatrices ».

 

La révolte est là, justement parce qu'il n'y a pas de faute. La jeune femme n'a pas peur de la mort ; elle a peur de mal vivre face à ses filles, elle a peur de mourir. Elle brûle de vie.

La maladie continue à dévorer lentement sa substance de femme.

« Sclérose, mais je ne demande qu'à vivre ». C'est le drame de la bouche qui harcèle le désespoir. L'intelligence de la masse corticale lutte contre la sclérose de la moelle. La flamme n'arrive pas à s'allumer dans la chair mouillée de ces jambes inertes.

J'aimerais te donner l'apaisement du songe et de l'espoir, l'énergie tentaculaire de l'amour et la folle sagesse. De ton corps naîtra un jour l'oiseau bleu et la fraternité mettra le feu aux plaques. Peut-être bientôt, un médicament rallumera-t-il l'étoile profonde ?

 

***

 

 

Pour citer cet extrait

 

Claude Luezior, « Je veux marcher », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  Supplément au n°6 sur « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/cl.marcher.html

 

© Tous droits réservés | Retour au sommaire du Supplément | n°6

Lien à venir

Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6

Bienvenue !

 

La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).

L’association SIÉFÉGP publiera en septembre 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.

SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.

Rechercher

Publications

 

Dernière nouveautés en date :

VOUS POUVEZ DÉSORMAIS SUIVRE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES  SUR INSTAGRAM

Info du 29 mars 2022.

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

À La Une