Après nous avoir livré sa bouleversante autofiction dansL’amour au fond du puits,Jeanne Guizard nous revient, avec ce livre de souvenirs, entre autres.
Il est des souvenirs qui persistent dans la mémoire jusqu’au dernier soupir. C’est d’autant plus vraisemblable que cela relève de l’affectif, du sentiment amoureux et plus particulièrement chez les femmes, non pas par sensiblerie, mais bien au contraire, tout simplement parce que la maturité affective est plus précoce chez la femme et de ce fait l’élan amoureux peut être plus percutant chez elle. Dans Un homme au cœur,Jeanne Guizard évoque dans les moindres détails ses souvenirs de jeunesse estudiantine dans les années 60 avec Christian Bobin dont elle était éperdument amoureuse alors que ce dernier semblait vouloir prendre le temps de grandir. C’est un témoignage d’affection à un homme qui jadis se cherchait.
Un livre empreint de générosité et de bienveillance. En nous faisant partager son vécu d’étudiante et de femme amoureuse, elle nous transporte dans l’univers de Christian Bobin qu’elle veut nous faire aimer aussi pour ce qu’il est, pour sa grandeur d’âme. Elle nous confesse sa passion charnelle inégalable pour lui, qui paradoxalement, lui paraissait si inaccessible : « Il était près de moi. Son corps me hantait. Jamais aucun corps n’avait ainsi pesé sur moi. Je rêvais que nous roulions dans un tourbillon d’étincelles, pris dans la ronde d’une fête éternelle. » La femme qui souffrait du manque d’amour de son père semblait se languir de l’amour concret de son camarade de Fac qui, ne voulant pas grandir, se réfugiait dans l’enfance, puis dans les livres.
« Il m’avait dit ''je t’aime bien'' », comme un enfant aime bien le chocolat. Lui, il a la famille comme rempart mais quant à elle, elle s’est émancipée très tôt et voulait conquérir l’Amour pour y puiser la force de vivre.
Deux êtres qui s’admiraient, qui avaient des atomes crochus « […] nous rapprochions nos solitudes, nos points de vue, nos regards croisés sur le monde[…] Il voulait toujours se réfugier dans la vie rêvée ».
« Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction », nous enseigne Saint-Exupéry. Chacun d’eux regardait dans la même direction mais ne semblait pas voir les choses de la même manière, ils aimaient être ensemble parce que c’était plus fort qu’eux mais ils s’aiment tous les deux différemment.
Lui, c’est un homme loyal qui aime avec prudence peut-être pour ne pas se laisser déborder et surtout contrarier dans ses visées spirituelles. Elle, c’est une femme sensible dont le désamour du père portait à chercher ailleurs la pièce manquante.
« Tu n’as pas changé, tu es resté fidèle à toi même et tu me donnes toujours la même émotion joyeuse », concède l’auteure.*
* (Ndlr) : Jeanne Guizard est professeure d’arts plastiques après avoir été comédienne, professeure de philosophie et institutrice, elle est romancière et poète également.
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Pour citer ce texte
Maggy de Coster, « Jeanne Guizard, Un homme au cœur. Un souvenir vif, d’une rencontre inoubliable, dans les années 1968 : Christian Bobin, Thebookédition, 2016, 203 p., 6,63€ », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 23 février 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/guizard.html
Une échappée dans l’univers de Genet, une étude très pointue des thématiques traitées par l’auteur dans ses écrits où le mécanisme du pouvoir est démonté pièce par pièce.
Brigitte Brami fait référence au « Miracle de la rose » de Genet écrit à l’adolescence dans les quatre murs du Pénitencier, en Tourraine. Jean Genet est présenté comme celui qui dé-construit les vérités préétablies pour les reformuler à sa manière car il récuse l’absolu, le conventionnel pour tisser sa propre toile de vérité. Ainsi la morale est mise à mal dans ses pièces.
Il y a aussi une poésie qui se dégage de la dramaturgie de Jean Genêt et cela peut-être considéré comme une valeur ajoutée à son œuvre. Il est celui qui nage entre deux eaux et cherche à en sortir grandi. L’auteure nous propose une grille de lecture originale et non convenue de la théâtralité de Jean Genet, comme lui elle a été confrontée aux affres de la vie carcérale et s’est réfugiée dans l’écriture pour décortiquer, radiographier un système jugé inhumain et destructeur.
C’est l’insoumis qui va à l’encontre des valeurs classiques. Ne pas faire son procès mais le comprendre dans sa singularité, c’est ce que Brigitte Brami semble nous faire comprendre dans son essai remarquable où Genet en sort lui-même comme un miracle, non dans le sens thaumaturgique du terme mais dans un sens poétique.*
Maggy de Coster,« Brigitte Brami, Miracle de Jean Genêt, L’Écarlate 2015, 197 p., 19€», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 23 février 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/miracle.html
Sous-titre : Bulletin apolitique et non confessionnel publié sous l'égide de l'Union Nationale pour l'Information des Auteurs et Concouristes
Numéro : 117, Printemps 2017
Illustrateurs : Antonio MORA (www.mylovt.com), Stephen BLANCHARD
Mode de diffusion : presse écrite
Périodique édité par : L'UNIAC
Nombre de pages :12 p.
Format : grand format, A4
Reliure : pli central avec deux agrafes
Rédaction : Yolaine BLANCHARD, Stephen BLANCHARD, Marie-Pierre VERJAT-DROIT
Maquette : Stephen BLANCHARD
Directeur : Stephen BLANCHARD
Président : Joël CONTE
Périodique édité par : l'Association régie par la loi du 1er juillet 1901 déclarée le 6 février 1991 : Activités de l'Association subventionnées par la ville de Dijon. Siège social : 19, Allée du Mâconnais - 21000 Dijon. N° ISSN : 1638-1440. Code APE : 923 A7
Poètes du n°117 par ordre alphabétique selon le sommaire : Christian AMSTATT, Raymonde ANDRIVON, Dominique Bauer, Marielle BEAUMONT, Joël Bertrand, Anne-Marie BOUTET-ROUSSEL, Jeanne CHAMPEL-GRENIER, Marie-Annick COLNOT, Joël CONTE, Geneviève CONVERT, Gérard COURTADE, Chantal CROS, Marie-Hélène de MOREUIL, Annie DUFRENOY, Georges DUMOUTIERS, Ellen FERNEX, Teresa FERRO, Jean-Claude FOURNIER, Béatrice GAUDY, Kathleen HYDEN-DAVID, K.J.DJII, LEFEVRE Patrick, LOMPRET Gilbert, Claude LUEZIOR, Gabriel MICHELIN, Gérard MILLOTTE, Madeleine MONTUPET-FALCE, Gérard MOZER, Nicole PIQUET-LEGALL, Édouard RICHEBONNE, Pascal RONZON, Louis SAVARY, Victoria THERAME, Catherine-Marie TOSI, Claude VELLA, Khaled YOUSSEF, YZA, Laurent ZIMMERN.
Ce périodique composé de 12 pages en grand format A4 est imprimé en couleurs. Il renferme un sommaire, des illustrations, un éditorial, des poèmes, des chroniques, des annonces poétiques et des remerciements publiés sous ces trois rubriques respectives : « En guise d’éditorial », « Rubrique coup d’œil » et « Le fruit est dans le vers », cette dernière est par ailleurs la plus imposante en occupant neuf pages. Elle nous rappelle les neuf Muses de la mythologie. Le cent dix-septième numéro de la revue L'Aéro-page dont la couverture est illustrée habilement par l'artiste Antonio Mora témoigne une fois encore de la volonté des poètes de demeurer libres et d'élargir l'horizon des rêves et des possibles quand beaucoup de penseurs, philosophes, politiques et médias nous renvoient sans cesse aux déterminismes infranchissables du quotidien, de l'humain et de la réalité du monde.
En outre, certaines personnes pensent que la poésie ne peut rien contre le nihilisme ambiant, pourtant elle exprime l'esprit rebelle et révolté de l'être poète. Cet être est, certes à part, mais qualifié à tort d'égocentrique, de rêveur et d'extravagant. L'être poète ne délire pas le monde quand il transgresse ses règles farfelues pour épouser la métrique, les figures de style, la musique des vers et des rimes, il le réinvente, le recrée et le sublime.
Dans le sonnet « Toi le poète » de Christian Amstatt, l'être poète côtoie le néant et l'apprivoise. S'il est seul, romantique, triste, happé par la beauté et la laideur de ce qu'il entoure, cela ne l'empêche pas de déployer ses ailes et de voler vers les cieux… Ainsi le poème qui clôt le numéro renvoie à l'éditorial de Gilbert Lompret qui décrit un vrai malaise en poésie en affirmant que « l'argent ne fait pas le poète ». Oui, les poètes sont pauvres et Baudelaire déjà en parlait au XIXe siècle.
Oui, les poètes ont besoin d'être publiés et diffusés mais l'argent qui peut tout ne peut pas fabriquer un « vrai poète ». Cet éditorial a en effet le mérite de poser cette question bien ancienne sur ce que c'est être poète surtout dans un monde comme le nôtre et à l'aube de ce siècle d'enchantements électroniques et transhumanistes où l’artéfact et l'ère post-vérité semblent régner...
Que peut la poésie ? Les poèmes de ce printemps ne peuvent à eux seuls l'éluder. Ils donnent toutefois à voir un florilège de talents et de voies poétiques à suivre telles « Ces boutons » de Pascal Ronzon, la « Romantique » de Geneviève Convert, « La paix » de Claude Vella, l'horreur de la « Haine » de Marie-Annick Colnot, « Demain matin » de Calude Luezior, « L'amour » et « Derrière la porte bleue » de Joël Conte, etc.
La question demeure mais les poèmes fleurissent comme un écrin d'une étreinte entre le moi, l'autre et la liberté.
Pour participer à L'Aéro-Page 118 merci d'envoyer vos textes avant le 15 avril 2017 :
"Il faut envoyer vos textes définitifs par internet en document word doc ou en open office à : aeropageblanchard@gmail.com ). Si vous n'avez pas internet, exceptionnellement, veuillez envoyer vos textes à la secrétaire : Mme Marie-Pierre VERJAT-DROIT, 44, rue Jean Moulin 71110 CHALON SUR SAÔNE (lors de l'envoi des épreuves et « bon à tirer », il faudra joindre une enveloppe timbrée à votre adresse). " (E-mail secrétariat : mariepier.verjat@neuf.fr)
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Pour citer ce texte
Dina Sahyouni, « Que peut la poésie ? ou la revue L'Aéro-Page N° 117 Printemps 2017 Bulletin apolitique et non confessionnel publié sous l'égide de l'Union Nationale pour l'Information des Auteurs et Concouristes », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 23 février 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/aeropage.html
PARTICIPATION AU COLLOQUE INTERNATIONAL & MULTILINGUE SUR
LES THÉORICIENNES DE LA POÉSIE
ORGANISÉ PAR LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE D’ÉTUDES DES FEMMES
ET D’ÉTUDES DE GENRE EN POÉSIE (SIÉFÉGP)
EN PARTENARIAT AVEC LA REVUE FÉMINISTE DE POÉSIE
LE PAN POETIQUE DES MUSES (LPPDM)
Résumé
Cet article tente d’éclairer une facette méconnue de la poésie française selon les femmes qui y voient « Le visage de l’amour », voire son expression matérialisée et esquissée par les mots. Ainsi, la poésie est définie par l'intermédiaire de sa puissance d’agir symbolique sur les cœurs et sur la mémoire. Elle est à la fois la séduction, l’art de séduire et de sublimer l’autre. Elle tient ses pouvoirs mythiques non pas d’Apollon mais d’Éros, de Vénus et de Psyché. Cette définition de la poésie est à la fois classique et moderne car elle renvoie à l’inconscient, à l’intériorité, au désir et au plaisir.
« On a illusion que l’art permet de sublimer »écrit Catherine Cusset dans son roman Jouir. Cette manière de sublimer tout comme l’art de la séductionse manifeste dans les ouvrages depuis l’apparition de la typographie. « Les Muses ont fait ma gloire en m’offrant leur art » peut-on lire dansLe désir (Sappho, Le désir, éd. Mille et-une-nuits, 1993). Ainsi, le chant sensuel et envoûtant de Sapphos’élève au-dessus des cités grecques pour parcourir les civilisations : « L’amour a ébranlé mon cœur, tel un vent de montagne s’abattant sur des chênes. »Sa poésie romantique traduit des sentiments passionnels où l’approche du désir éveille sensualité et érotisme : « L’amour à nouveau me trouble et me paralyse... Tu es venue et moi je te désirais. Tu as enflammé mon cœur qui se brûle de désir…Puisse cette nuit compter double ! ». Car « Le désir est le serviteur de la rusée Aphrodite... Ainsi s’exprime Sappho qui revendique un amour presque exclusif : « Venez, jolies Grâces et Muses aux beaux cheveux… Pures Grâces aux doigts de rose, filles de Zeus… Venez, Muses, quittez votre palais doré… Et toi-même Calliope… » puisque assure-t-elle : « La lune et les Pléiades se sont couchées, l’heure passe et moi, je suis seule au lit, au milieu de la nuit… Je vais chanter harmonieusement pour charmer mes amies » car écrit Sappho :« Mes sentiments pour vous, mes belles, sont immuables. » Tandis que dans les plaisirs de l’amour chaque muse apparaît« Plus mélodieuse qu’une lyre. Plus dorée que l’or » naissent inévitablement des sentiments de jalousie :« Y aurait-il quelqu’un que tu aimes plus que moi ? » s’interroge la poétesse. « Je ne sais que faire : mon cœur est partagé... » Mais « Éros descendit du ciel vêtu de pourpre » pour laisser apparaître dans ces jardins du plaisir une« Divine Aurore… »
Plus proche de nous, je citerai ces vers d’Albertine Sarrazinextraits de son poème La Vierge au cou des hommes. Une poésie que l’écrivain a composé en 1959, alors en prison à Amiens et qui évoque la période entre deux cavales ou la poétesse a dû se prostituer : « Être frêle et serrée / Ténue comme un parfum / Tenue debout par une ceinture d'or / Large bracelet pour les hanches / N'ôter jamais la même robe pour le même amant / Venger oh oui tous les battus / En riant de pleurer / Car ton rire habille / Tes seins de jonquille / Toi la froide si fraîche / Comme on aimerait t'apprendre / Àne plus qu'aimer ». Laissons-nous ensuite emporter par la spontanéité, l’éclat et la pertinence de ce quatrain :« Elle m’a pris toute ma préférence / Son corps charmant tout plein de réticence / Auquel son vieux tailleur noir va si bien / Son corps dit oui mais son cœur ne dit rien » ou encore dansVerona Lovers ces vers d’une beauté remarquable :« Sur les frais oreillers de marbre ciselé / Où fane un lourd feston de corolles savantes / Se confondent sans fin les amants aux amantes / Qui se sont fait mourir du verbe ensorcelé… »
Poursuivons notre aventure avec une poétesse majeure du XXesiècle. La poésie de Joyce Mansournous procure cette impertinence du bonheur pour atteindre ce désir charnel tant convoité :« Les machinations aveugles de tes mains / Sur mes seins frissonnants / Les mouvements lents de ta langue paralysée / Dans mes oreilles pathétique / Toute ma beauté noyée dans tes yeux sans prunelles / La mort dans ton ventre qui mange ma cervelle / Tout ceci fait de moi une étrange demoiselle. » Mais pour Joyce Mansour l’amour doit se mériter. Il doit être l’ultime récompense pour aboutir à la pleine jouissance des corps : « Je veux me montrer nue à tes yeux chantants / Je veux que tu me voies criant de plaisir… »L’auteure de « Déchirures » explore le désir sous toutes ses formes afin d’accroître les sensations de vertige : « Invitez-moi à passer la nuit dans votre bouche / Racontez-moi la jeunesse des rivières / Pressez ma langue contre votre œil de verre / Donnez-moi votre jambe comme nourrice / Et puis dormons frère de mon frère / Car nos baisers meurent plus vite que la nuit ».
Certainement une nouvelle forme poétique comme dans L’art d’aimerd’Ovide! Les auteurs féminins, très souvent, décrivent leurs propres situations dans les récits, y compris les romancières et nouvellistes. Elles évoquent leurs vies, leurs désirs, leurs combats, leurs sentiments... En réalité, elles ont inventé une forme d’écriture plus pertinente que Le Nouveau Roman en voie de dépassement.Il s’agit dès lors de s’immerger dansLaNouvelle Littérature. C’est pourquoi le lecteur, avec passion, les accompagnent jusqu’au bout de leurs histoires, de leurs aventures romanesques…
Parmi tous les genres littéraires, certains écrits ont la particularité de se situer entre la philosophie et la poésie. Ainsi, dans Hommes et femmes, (paru en 1985) Annie Leclerc semble se joindre à Sappho pour écrire à deux mains sur le thème du désir. De sa plume poétique émane un romantisme passionnel, sensuel et érotique :« Femme : premier rivage où s’éveille le désir, puis mer opaque hantée de désir, île lointaine enfin, Ithaque à la douceur ultime où s’en va jusqu’à mourir le désir… » (p. 18)ou encore ces extraits de manière plus manifeste :« Le désir nous déborde de toutes parts. Il ne naît pas de nous, il nous saisit, il nous traverse et va bien au-delà de ce corps, à qui nous l’adressons… » (P. 81). Puisque« Le féminin s’épuise dans le masculin » (p. 41), Annie Leclerc évoque l’amour comme un sacerdoce, LE fondement de la vie :« Il y a une religion d’amour. C’est Éros », car revendique-t-elle « L’amour est notre religion… les caresses, les regards, les sexes échangés sont les sacrements… » (p. 35)et de préciser :« L’amour est une passion… il est aussi notre chant, notre ravissement, notre apothéose » (p. 37).Pour ce faire, l’écrivain rallume la flamme :« C’est Éros le fondateur de la différence des sexes » (p. 19) « Il n’y a qu’une langue d’Éros et c’est bien ainsi que tous l’entendent… Il est conquérant. Elle est gardienne, prêtresse de l’amour » (p. 39). « Femme, c’est à toi que va le désir, que va tout désir... Réjouis-toi, car tu détiens le filtre et le secret…
Dans La femme de papier, la romancière Françoise Rey écrira, quant à elle, quelques années plus tard :« Je suis à fond pour les religions phalliques ; je me ferai prêtresse, je célébrerai ton culte… » Mais pour autant, Annie Leclercoffre de précieux conseils à l’homme:« Acharne-toi à te faire aimable, affirme ton être et ta personne jusqu’à briller d’un éclat incomparable. Alors Femme s’ouvrira à toi et tu la mettras en feu d’amour et tu seras baigné, noyé dans son vaste secret et ce sera délice, délice inouï. Homme, réjouis-toi, car si c’est elle qui détient le secret, qui garde l’amour, c’est toi qui mets le feu, c’est toi dont le désir embrase, c’est toi qui fais l’amour. » (p. 63-64).
La militante féministe rappelle ensuite ce principe fondamental :« Les femmes ont assuré dans l’ombre non seulement la continuité de l’humain, mais la pérennité de la présence et des fruits de la seule jouissance » (p. 46). La philosophe poursuit :« L’amour auquel chacun des sexes est convié par une voie qui lui est propre s’envisage comme le jardin ultime où se déferaient enfin les différences non par réduction à une identité commune, mais dans l’effacement de toute identité ; épreuve partagée de l’autre en soi et du plus qu’humain dans l’humain » (p. 69).
Dans cette quête de l’amour, il est bien entendu question de la séduction :« Pour elles, l’amour n’est pas à conquérir, il est à déployer, comme expansion indéfinie d’elles-mêmes. L’amour constitue leur forme ; forme indéterminée de l’ouverture et de l’attente ; disposition entière, mais vague, à accueillir l’amour, à l’exhaler, à le répandre. C’est en nous promettant le jardin d’une jouissance demeurant à jamais aussi vive qu’en sa source que nous consentons à accomplir en nous le masculin ou le féminin… » (P. 71-72).
Lorsque Annie Leclerc conforte son analyse philosophique avec un récit dont l’histoire semble bien réelle, voire personnelle, c’est de la poésie qu’elle écrit :« Le peignoir a glissé des épaules… Elle ne pense rien… Elle apprend qu’elle est désirable, qu’elle sera désirée… Elle sait que lorsque l’autre verra son corps elle n’aura plus de nom. Que son corps ne sera plus son corps mais corps de femme. Elle approuve tout entière déjà cette confusion dans laquelle elle s’égare. Ce corps sera la chance bénie, la grâce occasionnelle, la forme un instant miraculeusement offerte au désir ». (P. 79).
L’auteur définit le féminin singulier dans le féminin pluriel. Sa poésie se donne à voir comme une scène cinématographique dans la pure élégance du romantisme, de l’amour sensuel et du plaisir charnel : « Oh ! comme elle aimerait abandonner ce corps au délire de l’autre ; car c’était aussi le sien. Son corps de femme dénudé ne s’était-il pas ouvert tout entier jusqu’à s’anéantir au désir de l’autre, désir d’atteindre Femme en son plus noir secret ? » (P. 82). « Elle veut être prise pour Femme. Ce qui fait qu’elle préfère si souvent un homme pour la conduire au rivage ultime de son désir, de leur désir, du désir lui-même. C’est d’ailleurs plus qu’un homme, c’est cet homme… Elle sait que ce qu’il implore, c’est elle… mais ce fut et pourrait être une autre. Et elle sait qu’elle est sa toute autre préférée entre toutes quand il l’étreint et se fond en elle. Car elle connaît son désir autant qu’il le connaît. » (P. 110-111).
Le thème du désir sous la plume d’Annie Leclerc prolonge l’œuvre de Sappho et l’intensifie pour mieux le glorifier :« Devançant l’un et l’autre leur rencontre, ils s’éprouvent dans le désir de l’autre bien avant de l’avoir rencontré, le devinant intimement bien avant de le connaître… Ils communient l’un et l’autre au désir bien avant le désir, elle sous l’espèce de la beauté et lui sous l’espèce de la gloire. » (P. 116).
Le désir et la jouissance sont les thèmes majeurs dans l’œuvre d’Annie Leclerc. Ils nous conduisent comme le chant de Sappho sur l’île de l’amour ou vers Cythère :« Comment ne pas désirer, une fois et encore une fois et indéfiniment, ce regard d’élection suprême, ce serment ébloui dont le nom est Amour ? » (P. 118). « L’amour a son assise dans le monde… il est l’orgasme le plus délicat de la vérité, foyer de toutes les jouissances et source infinie d’intelligence généreuse » (p. 144).
À l’égal de Sappho, Annie Leclerc considère que« L’amour d’une femme accomplirait le désir… » (p. 127). « Selon la langue d’Éros… – poursuit l’écrivain – « une femme est désirée, aimée… parce qu’elle est femme. Parce qu’elle est pour l’amant, l’incarnation la plus vibrante, et comme achevée de toute-femme. » (P. 156).
Les poètes chantent l’amour, cette passion du feu, dont la Femme est la principale destinataire puisqu’elle EST LA poésie. Comme l’affirme merveilleusement Annie Leclerc : « Les femmes ne sauraient manquer de valeur, elles sont la valeur. »
Source bibliographique : tous les passages en italiques sont extraits de Hommes et Femmes
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Quelques mots sur les auteurs cités (source : Wikipédia)
« ANNIE LECLERC(21 juillet 1940 - 13 octobre 2006) s'est imposée comme une figure majeure du féminisme de l'après Mai-68. Entre 1963 et 1975, elle exerce son métier de professeur de philosophie mais elle met sa carrière entre parenthèses pendant quatre années afin de se consacrer à l'écriture. Elle collabore à différentes revues dont Les Temps modernes. Son succès vient avec le livre Parole de femmedans lequel, à travers un discours enraciné dans la subjectivité propre aux multiples jouissances du corps et spécialement celui féminin. Elle enseigne à nouveau, dès 1979, les techniques d'expression écrites et orales à l'IUT de Sceaux.Elle milite pour la libertéde la femme. Influencée par les recherches de Michel Foucault, elle s'engagera aussi dans une autre cause, celle d'offrir une dignité aux prisonniers. Aussi animera-t-elle des années 1970 aux années 1990 des ateliers d'écriture dans les prisons de la région parisienne. Elle veut redonner aux prisonniers une fierté et une humanité par l'entremise de la redécouverte de leur émotivité dans les situations les plus ordinaires que la prison propose, ainsi que la joie de vivre à travers des exercices d'évocation poétique qui relèvent parfois de l'auto-psychothérapie. »
« ALBERTINE SARRAZINa raconté sa vie de prostituée et ses années passées en prison, au fil de ses romans(Journal de Fresnes, La Cavale, La Traversière, L’Astragale…ou encore ses Poèmes). Au moment de son évasion en 1957, de la forteresse de Doullens, elle rencontre sur la route Julien Sarrazin qui la cachera chez sa mère. Ils se marieront le 7 février 1959. Ils ne se quitteront plus jusqu’à la mort tragique d’Albertine, le 10 juillet 1967, dessuites d’une intervention chirurgicale. ''Tu étais mon amant tu demeures mon maître / Et cette certitude est chère infiniment / Savoir que n’importe où et n’importe comment / Nos yeux sauront un jour enfin se reconnaître ».
« JOYCE MANSOUR, née Joyce Patricia Adès, à Bowden, Angleterre le 25juillet1928et morte à Parisle 27août1986, est une poétesse égyptienned'expression françaiseliée au surréalisme.En 1953, les éditions Segherspublient son premier recueil de poèmes Cris qui est remarqué par la revue surréaliste"Médium" Elle rencontre André Bretonqui la compare à celle « que le conte oriental nomme la tubéreuse enfant ». Par son intermédiaire, elle fait la connaissance de Pierre Alechinsky, Wifredo Lam, Matta, Henri Michaux, André Pieyre de Mandiargueset participe aux activités des surréalistes. Jean-Louis Bédouinvoit dans la poésie de Joyce Mansour ''Une puissance à l'image de l'antique terre-mère : c'est parce qu'elle engloutit la graine, qu'elle peut rendre le baiser d'une fleur ardente.''Pour Alain Jouffroy, son absence de pudeur ''marque une sorte de révolte, essentiellement féminine, contre le despotisme sexuel de l'homme, qui fait souvent de l'érotisme sa création exclusive’’.»
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Pour citer ce texte
Paul Tojean,« De Sappho à Annie Leclerc : « Le visage de l’amour » », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Premiercolloque international & multilingue de la SIÉFÉGP sur « Ce que les femmes pensent de la poésie : les poéticiennes », mis en ligne le 23 février 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/visage.html
Le Semainier des muses est le premier périodique paritaire en poésie
Sandrine DAVIN est née le le 15 décembre 1975 à Grenoble en France où elle réside toujours. Elle est auteure de poésie contemporaine (particulièrement de haïkus et tankas). Chut... est son neuvième recueil, il paraîtra au printemps 2017 aux Éditions du Tanka Francophone. Elle est également diplômée par la Société des Poètes Français pour l’un de ses poèmes.
Dimensions du journal déplié : 29,70 cm x 21 cm. Format : livret plié, pli roulé. Nombre de pages : 8 p. Reliure : livret agrafé. Langue : français. Impression en noir blanc, couverture imprimée sur papier bleu. Prix : 3,50 € TTC (frais de transport inclus pour un exemplaire). Prix du livret électronique (format PDF) livré par courriel : 2,00 € TTC. Suivre le journal SDM & la SIÉFÉGP sur http://www.pandesmuses.fr & http://www.facebook.com/siefegp
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Pour citer ce texte
LPpdm,« Semainier des muses ; Sandrine DAVIN, « Les ombres », N°11, Février 2017 aux éditions Pan des muses, coll. Ops, 2017, 3,50 €», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°10, mis en ligne le 21 février 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/sdm11
L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.
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SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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