27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 10:03

 

Poème pour "Les voix de la paix et de la tolérance" 

 

 

L’Emploi du « Je » et autres Invalides

 

 

Natacha Guiller

Blog/blogue : http://natachaguiller.blogspot.fr/

 

 

 

 

N.B. Ce poème peut être coupé ;

Comme on coupe les vivres au bipolaire en phase euphorique

Comme on coupe court à la discussion avec le diagnostiqué Fou

Comme un coupe-faim pour l’anorexique

[...]

 

To fall/ I fell/ fallen

Tiraillement d’un corps en péril

Tiers-temps de l’éclopée en proie à l’exil

À l’extinction. Je flotte en marge

Sans statut dans les Stat’es

Aux US’, l’avancée des sciences

No place nowhere

La société m’interpose au vestiaire

M’isole en Outsider. Dehors

 

Un endroit où aller

 

J’erre en l’avenir incertain

En fake et autres faux-semblants

La vue trouble, le geste transpirant

Barbituriques à l’appui, avale puis Motus

 

Les faits sont là, je suis bannie

Genoux liés, lèvres cousues

L’aval, la montre, le grain

L’effet secondaire, des tics et tocs

Toc-toc, TDAH’, la hache le

Couteau sculpte des mots

Sur mes bras, de l’eau jusqu’aux coudes

Jusqu’au cou tranché

Étranger-Fou

Je range alors mes certificats

Et je dors

 

Assommée d’injustice, d’hospice et de Médoc

Exempts cœur et kir, les drogues dissoutes

Dans un corps en fuite

Anesthésie mentale ou le rejet unanime

Je m’en vais pipailler aux oies ouailles et oisifs ouzbeks

Ci-gisent les gens du Monde, jambon et mauvaise herbe

Du snobisme orienté

Cartes sur table, handi-e-carte, cartable, handi-capable, handy

Cartes à jouer, à gratter, les cases, escapade et fugue

De l’établissement de Santé

 

La psychiatrie met à la rue ce qu’autrui soupire en bulle

Caser en cellule la folie immanente

Je déménage d’absurde en déni déca-danse

Indécente dégénérescence de l’estime des gens

De soi

 

J’ai quitté malgré moi ma tablette d’écolière

En carences d’études, en cours d’apprentissage

Débris d’absences chroniques en un cycle ternaire

J’ai déserté mes pairs, vers d’autres paysages

J’ai différé ma route et mon enseignement

Révisions dans une bulle, une chambre d’isolement

J’ai dessiné ma vie, dans ma cellule close

Mes cellules qui explosent, mon effacement

 

L’art à la rescousse, j’ai trouvé en moi-même

Les quelques clés de voûte de l’imaginaissant

 

J’ai déserté l’école où je rampais contrainte

De traînasser un sac, empli de chaux éteinte

Sac d’os usés, sac d’étoiles mortes

Son poids qui jusqu’alors m’avait outrepassée

J’ai rendu à la classe mes planches en un bloc

Le trait en sismographe tremblant d’une ECG

 

Le collège me légua une paume de privilèges

De laps prolongés en marges résiduelles

L’astreinte à l’attardée, la lenteur en valeur

J’ai pu quitter la classe, affichant le papier

J’ai du quitter la classe où l’écran clignotant

Menaçait l’in-patiente, la tendre épileptique

Devenant le fantôme, la présence incertaine

La buissonneuse-chômeuse, étrange spécimen

 

J’ai caché dans mon sweat la note du neurologue

Abritant en moi-même le handicap moteur

Puis j’ai grimpé l’échelle à l’aube de l’aurore

Encéphalo-perchée sur les échafaudages

 

On me défend l'auto, le sport, la chute libre

On me défend le risque, on m’interdit la mort

On défie mon regard en me tendant la liste

Le traitement générique. Stabilisateur

 

Le soir où se propage la dépression latente

Le jardin partagé d’arborescent cloître

Je noircis des chèques comme des mouchoirs de sang

Une encre maladive à tous ces prétendants

M’accueillent à résidence, chambre ou cabinets

De jour ou d’internat, je dilapide, je brûle

L’aveugle héréditaire pécule en soins divers

Le Care en prime au deuil, l’absentéiste salaire

 

Je plis le creux des coudes, l’ironique alternance

Tentant l’insecte, le vice, le pic d’accoutumance

Mon agenda groggy, et l’oreille à l’otite

Le psy sceptique délègue le cas hypothétique

Dossier vacant

 

Les rendez-vous en chaîne, le réseau de médecins

Professeurs et confrères, aux thérapies variables

Client incurable

 

Sans profession rémunérée

Moins CDI, plus HDT

CDD, c’est décidé, l’embauche

L’ébauche d’un rejet professionnel

La carrière en vue, pleine de gravât

Je quête pierres et vains chemins

Un rôle à jouer parmi des pairs

Crayon en main, j’esquisse le geste

Haine, compulsif, nerveux, décrie dès lors

La libération, j’illustre la condition

Du marginal attardé, ralenti dans la vie

Et qu’on bouscule

Qu’on bouleverse, hypersensible, qui proteste et refuse

Le système brut, fait de l’Art Brut. Manifeste

Éloge du Fou, d’existence singulière

 

L’hostilité d’autrui ou écueil généralisé

Je pleure et je perds mon intégrité

Ma chair évaporée, je dissémine mon corps

Ma hargne, mon flegme, mon identité

Je me dissous haute-tension, masse, je m’envole presque

Pour oublier. La dead-line de mes jours restants, des comprimés

Qui abrègent, pour ralentir une cadence, un bore-out funeste

 

La tête bouillonne, tangue, et culbute

En déséquilibre sur un corps en sclérose

Tiers-états d’âme, en un tiers-corps sans arme

Tiers-temps d’agir, m’inspire, puis tierce personne qui ose

Sonner le glas, la sentence face au Fou

L’incapable dans la démence, le danger free dans la Nature

 

Prise en charge, emprise, sous contrôle thérapeutique

Poids de mesure et bracelet électronique

Le flamand rose sur sa patte pendu

Le moineau qui ne mange plus

Le yéti qu’on évite, pour bien trop peu ragoûte

 

J’ai fabriqué en chaîne de fausses fleurs Arc-en-ciel

Employée incertaine, saillies failles intérieures

Il a suffi d'un geste faible, d’une lenteur

Pour, en un vers m'extraire, me mettre dehors

 

Mon corps en veille rêve en travail

Ainsi je voyage en un Monde côtier

Une terre en jachère sans l’horizon palpable

À l’œil nu, l’espace des possibilités

Les rhizomatiques roads de la tolérance

Les pylônes réguliers d’un accompagnement

L’avant-bras nu sur l’épaule frêle

Solidarité

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Natacha Guiller, « L’Emploi du "Je" et autres Invalides », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques« Événement poétique 2017 : ''Les voix de la paix et de la tolérance" », mis en ligne le 27 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/invalides.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Événements poétiques
26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 09:51

 

 

Semainier des muses | Présentations

                                                 

 

 

Édito de Passages de Carole CLOTIS

 

 

Semainier des muses, N°12, ÉTÉ 2017

 

 

 

Dina Sahyouni

 

 

 

 

© Légende : couverture du SDM n°12 illustrée par la photographie de Carole CLOTIS par Louise Verdier

 

 

 

Cet ensemble de poèmes intitulé « Passages » reflète une facette riche de la poésie de Carole Clotis. Il nous renseigne sur sa manière de penser la poésie comme une création sans début ni fin : un passage d’un état créatif vers un autre. La poésie constitue aussi une réflexion philosophique du monde, un acte de vie et de liberté. Ce qui caractérise la poésie de Carole Clotis, c’est la puissance symbolique du vocabulaire où chaque mot laisse entrevoir une multitude de signifiants et de signifiés.

 

© Légende : Jean-Marie WUNDERLICH, dessin inspiré par le poème VII, encres sur papier, 2017

 

 

Les quatre illustrations de Jean-Marie Wunderlich qui accompagnent ses poèmes les transcendent et expriment ce qui frappe notre monde. En s’inspirant des « Passages », l’artiste dévoile la part avant-gardiste de l’écriture de C. Clotis. Ces belles illustrations mettent ainsi en exergue ce que c’est Passages chez elle. Dans ces dix poèmes illustrés, le geste créatif ne peut se réduire au seul acte d’amour, la révolte et la lucidité (parfois stridente du réel et du soi) sont des nécessités pour être aux mondes.

 

 

C’est ainsi que l’on comprend que l’amour et la mort sont des passages entre les mondes. On voit dans cette écriture poétique un rappel en amont de l’héritage de Louise Ackermann et une poésie qui portraitise fidèlement notre monde en le dénudant au gré des mots et des poèmes. Bonne lecture !*

 

* Ce texte est reproduit avec l'aimable autorisation de l'autrice/auteure et des éditions Pan des Muses.

 

 

Le Semainier des muses est le premier périodique paritaire en poésie


 

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En souscription dès aujourd'hui et jusqu'au 30 septembre 2017

 

 

***

Pour citer ce texte

 

Dina Sahyouni, « Édito de Passages de Carole CLOTIS, Semainier des muses, N°12, ÉTÉ 2017 », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : SEMAINIER DES MUSES, mis en ligne le 26 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/12edito-sdm

 

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Le Pan poétique des muses - dans SEMAINIER DES MUSES
23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 09:04

 

N°7 | Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

 

 

 

N° 7 | Cultural review of the Orient and Africa

 

 

 

 

HOPE. Mounir Fatmi (focus artist),

 

Janet Biggs, Debi Cornwall & Alexandre d’Huy

 

Beirut Art Fair

 


 

 

Presented by

 

Barbara Polla & Chiara Bertini

 

 

 


Beirut Art Fair

 

Booth B 10, BIEL Beirut International Exhibition & Leisure Center

 

When the director of an art fair decides to give its fair a political orientation, to promote human rights, to share values and to value sharing, this is an extraordinary sign of hope, and even more so when this happens in Lebanon, a country that knows so much about war and thrives so much for peace.

When the same director of the same art fair decides to select Rose Issa to curate, within the context of the fair, an exhibition on the aesthetic, conceptual and socio-political concerns of the contemporary Arab world, hope becomes a concrete construction towards intercultural understanding and openness. Issa’s exhibition, entitled Ourouba, The Eye of Lebanon, will bear witness to the diverse inspirations of artists from the Arab world, exploring memory, destruction and reconstruction, conflict and peace.


 

Analix Forever will aim to contribute to these reflections by presenting, first of all, Mounir Fatmi as a focus artist. The possibility of intercultural understanding and sharing is a « red thread » throughout the work of Moroccan artist. In Beirut, fatmi will show Impossible Union : an occidental typewriter is releasing Arabic letters... The learning of all languages would make this union possible and this work gave its title to fatmi’s latest solo show in Geneva: (IM)POSSIBLE UNION : a door that opens towards hope.

Fatmi also shows the series The Island of Roots (2017) which reminds us that the United States once have been a land of immigration and welcome. Ellis Island was this mythical gateway where so many hopes for a new life were sealed. The Island of Roots series feature reproductions of Lewis Hines photographs of which fatmi has drawn their complex, unifying roots: vegetal, neurons-like, abounding and, sometimes, bloody roots.


 

Furthermore, Analix Forever will present works by Janet Biggs, Debi Cornwall and Alexandre D’Huy. While recently in Djibouti, US-based video artist Janet Biggs witnessed Yemeni refugees fleeing the bombing and devastation in Yemen. They risk everything to cross the Gulf of Aden and arrive at Camp Markazi in Obock. At the same time, migrant Ethiopians fleeing their country’s oppression and poverty brave a four day walk across the desert of Djibouti to also arrive to Obock and take the same boats back across the Gulf of Aden, hoping to make their way to Saudi Arabia. They don’t all survive the journey, but the persistence of human hope is endless when traveling far from home. The video Afar, a fable of the human condition, with an implicit narrative, tells us about humankind and the complex, double-edged nature of otherness. The video is also about remembering and honoring a child from Djibouti, in an allusive, artistic, choreographed way.


 

Debi Cornwall, conceptual documentary artist who returned to visual expression in 2014 after a 12-year career as a wrongful conviction lawyer, presents three pictures from her long-term photographic project on Guantánamo Bay, Welcome to Camp America : a disorienting and empathic, respectful and ironic, professional and sensitive gaze on the reality of the U.S. Naval Station in Guantánamo Bay, Cuba (known as « Gitmo »). The lack of frontal criticism leaves the viewer with his/her own duty to decide what he/she is seeing and the profound meaning of the images shown.

Finally, because war is everywhere and we should not refuse to be aware of it, the works on paper by Alexandre d'Huy show us images, or rather effects of war, while never depicting human beings. The images are inspired by the thousands of thermal photographs to be found every day on the web, of explosions, blow ups, and powerful alterations of our earth. In d’Huy’s hands however they become beautiful holes, suggesting the possibility (or the necessity ?) to leave Earth through them, to join other planets, another universe. But why are we fascinated by evil beauty and the allusions to death ? This is the essential question addressed by Alexandre d’Huy in this series. So lets look and think... « The beauty will save the world » said Dostoyevsky. Could this be true ?

At least, there is HOPE.

 

À lire aussi/Read also : Beirut Art Fair, À propos

 

Encart des langues étrangères

 

 

 

Pour citer ce texte/To cite this text

 

Barbara Polla & Charia Bertini, « HOPE. Mounir Fatmi (focus artist), Janet Biggs, Debi Cornwall & Alexandre d’Huy. Beirut Art Fair », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 23 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/beirut-art-fair.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 09:19

 

 

N°7 | Critique & réception

 

 

Avant-première

 

 

Michèle Finck

 

 

Connaissance par les larmes

 

 

 

Poèmes parus aux Éditions Arfuyen

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

© Crédit photo : 1ère de couverture illustrée de Connaissance par les larmes"

 

de Michèle Finck aux éditions Arfuyen, image fournie par F.Urban-Menninger

 

 

 

 

Née à Mulhouse en 1960, Michèle Finck partage dès l’adolescence sa vie entre la littérature et le piano et bientôt entre la France et l’Allemagne. Aujourd’hui, elle est professeure de littérature comparée à l’Université de Strasbourg où ses recherches visent à saisir les correspondances entre la poésie, la musique, la peinture, la danse et le cinéma. Connaissance par les larmes est son troisième ouvrage publié par les Éditions Arfuyen. D’emblée l’épigraphe de Marina Tsvétaïeva : « Ô Muse des larmes, la plus belle des Muses » nous invite à nous intéresser à cette sensibilité des pleurs qui renvoie à une culture monastico-érémétique proprement italienne, elle-même d’ empreinte grecque. Thème également central de la mystique cistercienne du XIIème siècle, les larmes témoignent de la quête de Dieu et ont partie liée avec le divin et le sacré.

 

Michèle Finck est traversée par cette grâce qui éclaire chacun de ses poèmes et donne une visibilité à l’invisible. « Même / Si / Dieu / N’/ existe / Pas / Les / Larmes / Sont / La / Trace / De / Dieu / En / Nous », écrit-elle, chaque vers, réduit à un seul mot, étant une larme versée sur la page blanche. De la larme à la mer, le poème appréhende cette cosmicité qui, selon Bachelard, nous habite depuis l’enfance. Comme chez Rimbaud qui s’écrie « Je me suis baigné dans le Poème de la mer » dans son « Bateau ivre », Michèle Finck se fait « Nageuse-chamane », son corps de femme se transmute alors dans celui du poème où il devient « Utérus aquarelle-d’azur » et l’auteure d’atteindre les cimes céruléennes dans le magnifique poème intitulé « L’alphabet des vagues » où elle écrit « Nager comme pleurer/Rend/ Visible l’invisible ».

 

Et de poursuivre tout au long de cet ouvrage la quête lancinante de l’origine en énonçant cette évidence claire et limpide : « La mer est l’utopie de toute musique, de toute poésie ». Mais si la mer nous permet d’appréhender l’origine, l’auteure précise que sa leçon de musique nous aide également à aborder les rivages de notre finitude. Un seul vers résume la magnificence de cette oraison qui loin d’être funèbre nous ouvre l’horizon : « La mer pour extrême onction ».

 

La musique, les œuvres d’art, le cinéma tissent une trame lumineuse où les larmes en sont la lie et le liant intemporels, universels. Bach, Vivaldi, Brahms, Verdi mais aussi Picasso, Edward Munch, Louise Bourgeois, Jean Hans Arp, mais encore Rossellini, Béla Tarr, Tarkovski, Alain Resnais et bien d’autres passeurs d’âmes sont conviés à travers leurs œuvres à nous aider à percevoir « les larmes dans les fentes brûlées du temps ».

 

Dans la partie du recueil baptisée : « Êtrécrire », Michèle Finck semble émerger d’un rêve éveillé, elle écrit : « L’art est un songe » et ajoute : « Ce qui reste : les larmes des mots ». Mais la poésie se cache derrière ou sous les larmes silencieuses car « Les / Larmes / Non / Pleurées / Sont / Celles / Qui / Font / Écrire » Le cri, indéniablement, traverse l’écrit de Michèle Finck. Tout à la fois Pénélope ou Philomèle, l’auteure est restée cette enfant qui ne parvenait pas à prononcer le mot « Littérature » et qui ne pouvait articuler que celui de « Luttérature », car déjà écrire, dire, relevait d’une lutte avec soi, avec les mots…

 

Michèle Finck évoque un « Corps à corps / Avec les mots / Jusqu’à ce qu’ils se tordent »… Et de défier la mort par le mot : « Écrire / Encore / Morte » et d’ériger les barricades de la révolte et de la résistance en dédiant un poème à Anna Politkovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou.

Et d’achever son recueil à la fois brûlot et brûlure où « Le presque rien / est le presque tout » par cette « Neigécrire » où elle définit ainsi le « Poème / Ce / Qui / Neige / Quand / On / A / Tout / Brûlé » ou encore où elle affirme : « Celle / Qui / Neige / Même / En / Dormant / veille ». Les vers tels des flocons neigent sur la page blanche… « Celle qui neige » est « l’alchimiste des larmes » et de déclarer : « Celle / Qui / Neige/ Tient / Tête / Au / Néant ».

 

Poète de la grâce, Michèle Finck nous octroie avec « Connaissance par les larmes » une lecture purificatrice qui embellit l’âme au sens où on l’entendait au Moyen Âge. Les vers de Michèle Finck sont autant de larmes « Du divin / Qui danse / Sur l’écume »… À nous de « Faire la planche [...] » en tentant de relier le ciel à la mer, en retissant les liens de l’homme au monde dans cette verticalité de l’être qui nous permet de renouer avec la cosmicité de notre enfance.

 

 

Lien pour commander ce recueil 

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Françoise Urban-Menninger, « Michèle Finck, Connaissance par les larmes. Poèmes parus aux Éditions Arfuyen », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 22 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/larmes-finck.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7
21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 11:21

 

Premier colloque 2017-2018 | I – Parcours poétiques à découvrir

 

 

 

 

Cecilia Mereiles : poète brésilienne avant-gardiste

 

 

 

Rédactrice : Maggy de Coster

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

 

 

© Crédit photo :  Cecilia Mereiles, image fournie par M. de Coster.

 


 

Cecília Mereiles naît à Rio de Janeiro le 7 novembre 1901 et meurt le 9 novembre 1964 d’un cancer à soixante-trois ans. Poète avant-gardiste, elle subit l’influence des symbolistes, des romantiques baroques et des parnassiens, et est considérée comme l’un des poètes lusophones les plus importants. Journaliste, elle tenait une chronique sur l’éducation et aussi sur ses voyages en Europe et en Asie. Tour à tour professeure de Littérature luso-brésilienne à lUniversité du District fédéral et de Littérature et culture brésilienne à lUniversité du Texas, conférencière, elle obtient en 1939 le Prix de poésie Olavo Bilac de lAcadémie brésilienne des lettres pour Viagem (Voyage). Suivront d’autres prix comme le Prix Machado de Assis en 1965 ainsi que d’autres distinctions.

 

C’est en 1919 qu’elle entame sa carrière littéraire avec la publication d’un ensemble de sonnets publiés à dix-huit ans sous le tire de Spectrum. Pour elle, le rêve et la réalité sont indissociables et forment une combinaison harmonieuse. Ce qui caractérise le lyrisme de Cecília Meireles c’est la musicalité de ses vers, la contemplation dans la solitude, le silence et aussi la place faite à l’éphémère vu qu’elle a été marquée par la perte de ses parents (son père meurt trois mois avant sa naissance et sa mère alors qu’elle n’avait que trois ans) sans oublier le suicide de son premier mari, le peintre Fernando Correia Dias, et père de ses trois filles.

Orpheline de père et mère, elle est élevée par sa grand-mère qui lui inculque l’amour d’autrui, aussi dit-elle, « La dignité, lélévation spirituelle de ma grand-mère a beaucoup influencé ma façon de considérer les gens et mon regard sur la vie ».

Elle apparaît toujours souriante sur les photos, elle cultivait la joie de vivre. Elle est habitée par le sentiment douloureux de voir le monde s’engluer dans le mal, un mal qui ne lui pas inhérent et Selon elle la vie peut être réinventée et c’est ce qu’elle a tenté de faire par la poésie.

Unanimement considérée par les critiques comme une figure incontournable du modernisme brésilien, elle a une bibliographie générale foisonnante qui compte une dizaine de recueils de poèmes. Mis en musique par le chanteur Fagner, ses textes sont des classiques de la littérature brésilienne qu’apprennent les écoliers, que déclament des amateurs de poésie ainsi que feu le célèbre acteur et comédien brésilien Paulo Autran.

Passionnée par le sanskrit et le hindi, elle traduit de Rabindranath Tagore, ce qui lui valut le titre de Docteur honoris Causa de l’Université de Delhi. Elle traduit également les œuvres de Federico García Lorca, Virginia Woolf, Alexander Pushkin et Rainer Maria Rilke. Elle fonde en 1934, la première bibliothèque pour enfants à Rio de Janeiro. Depuis 1963 une école Primaire du quartier Cangaiba à São Paulo porte son nom. Évoluant en solitaire, sans se rattacher à un cénacle, elle ne rejette pas pour autant les attributs littéraires de la littérature brésilienne même si elle s’accorde une grande liberté dans le rythme et la forme.

Selon lécrivain et poète Mario de Andrade (1893-1945), « le travail de Cecília Meireles est Un paramètre de qualité comme il en existe peu dans lhistoire de la littérature brésilienne. »

En mars 2014, un hommage bien mérité lui a été rendu à Brasilia lors de la XIème Rencontre Internationale des Femmes Écrivains, présidée par Nazareth Thunoli, à laquelle nous avions été conviée.

***

Les deux poèmes ci-dessous sont traduits et insérés ici pour illustrer notre propos. 

 

 

© Crédit photo : image de la version originale du poème & de C. Mereiles, fournie par M. de Coster.

 

 

"Versets I", in Cantiques, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER (NB. la version originale du poème est écrite en portugais) :

 

 

Peu importe que tu n’aies pas de Patrie.

Ne divise pas la Terre.

Ne divise pas le Ciel.

N’arrache pas à la mer des morceaux.

N’abuse de rien.

Élève-toi.

Que toutes les choses soient tiennes.

Que tu atteignes tous les horizons.

Que ton regard fixant tout,

Te mette dans tout,

Comme Dieu.

 

Cecília MEREILES

 

***

 

© Crédit photo : C. Mereiles, organisatrice de la Rencontre Nazareth Thunoli et Maggy de Coster dans la Rencontre Internationale des Femmes écrivains au Brésil en mars 2014,  

image fournie par M. de Coster.


 

 

Ce poème "Guerre" est traduit en français par Maggy DE COSTER à partir de la traduction en espagnol fournie par l’organisatrice de la Rencontre Nazareth THUNOLI lors de la XIème Rencontre Internationale des Femmes écrivains à Brasilia en mars 2014 :

 

 

Guerre

 

 

Il y a tant de sang

que les fleuves se détournent de leur rythme,

l’océan délire et repousse son écume rouge.

Il y a tant de sang que la lune elle-même se lève,

effroyable, errant en des endroits tranquilles,

somnambule aux halos rouges,

le feu de l’enfer dans ses cheveux.

Il y a tant de morts que les visages eux-mêmes,

côte à côte, ne se reconnaissent pas

et les morceaux de corps sont là

comme des épaves sans emploi.

II y a tant de morts que les âmes seules

formeraient des colonnes, ...

et atteindraient les étoiles.

Et les machines aux entrailles béantes,

et les cadavres encore armés,

et la terre avec des fleurs qui brûlent,

et les fleuves effarés, zébrés comme des tigres,

et cette mer folle pleine d’incendies

et de naufrages,

et la lune hallucinée de tout ce dont

elle a témoigné,

et vous et nous, indemnes,

pleurant sur les photos,

tout n’est qu’échafaudages –

parmi les temps longs,

rêvant d’architecture.

 

Cecília MEREILES

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster (texte, traduction & images), « Cecilia Mereiles : poète brésilienne avant-gardiste », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Premier colloque international & multilingue de la SIÉFÉGP sur « Ce que les femmes pensent de la poésie : les poéticiennes », mis en ligne le 21 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/cecilia-mereiles-avant-gardiste.html

 

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