2 décembre 2023 6 02 /12 /décembre /2023 19:11

N°15 | Poétiques automnales | Bémols artistiques | Dossier majeur | Articles & témoignages 

 

 

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La photographe Bénédicte Bach

 

 

se prend comme sujet

 

 

 

 

 

 

Texte par​​

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

Œuvres artistiques & photographies par

 

Bénédicte Bach

 

Site officiel : 

www.benedictebach.eu

 

 

 

© Crédit photo : Bénédicte Bach, cette image no 1 issue de la série « Le grand bain » de l'exposition « Jetlag » à la Galerie La pierre Large à Strasbourg, 2023.

 

 

 

Dans sa nouvelle exposition, qu’elle intitule « jetlag », décalage horaire, Bénédicte Bach affronte la cinquantaine en se mettant en scène, n’hésitant pas à déconstruire certains tabous sur le mode de l’autodérision mais toujours dans des images oniriques empreintes de poésie qui subliment le corps au féminin dans ses métamorphoses.

 

C’est dans la baignoire de sa salle de bains qu’elle se donne à voir ou plutôt dévoile des fragments de son corps enveloppé dans une deuxième peau en cuir coloré bleu, rouge, vert en provenance des tanneries Haas. Bénédicte Bach assume sa mue, elle change de peau au propre comme au figuré, des autoportraits, dans un flou qui brouille son identité, la «  re-présente » dans le sens d’une renaissance qui ne cesse de la remettre au monde. Le moi s’y dissocie en quête de l’autre, « je est un autre », dit-elle en citant le poète Arthur Rimbaud.

Le désir s’invite dans les 24 photographies de l’Et(r)einte où l’artiste évolue dans cet entre-deux où Éros et Thanatos mènent la danse en s’entrelaçant dans une poésie iconographique.

Dans sa salle de bains qui lui sert de studio, Bénédicte Bach réalise des vidéos  qui ont partie liée avec  la fuite du temps, « Schrödinger le dernier quantique » nous délivre la quintessence du mouvement perpétuel qui s’écoule à travers un sablier inversé en donnant de « l’épaisseur au temps », selon ses dires.

Dans un bain de livres où elle s’enlise, l’artiste se plaît à « Jouer sur les mots » comme l’indique le titre du livre qu’elle tient entre ses mains. Nul doute que la photographe se livre et peut-être se dé-livre sous les couvertures de ses livres….

 

 

© Crédit photo : Bénédicte Bach, image no 2, issue de la série « Le grand bain » de l'exposition « Jetlag » à la Galerie La pierre Large à Strasbourg, 2023.

 

 

 

Sur le petit autel où elle a rassemblé quelques objets fétiches qui lui parlent d’elle et la rassurent, on trouve des grappes de raisin desséchées mais aussi une coupe où des tampons imprégnés de vin rouge évoquent avec humour le sang menstruel qui rythme les cycles de la vie d’une femme. Une vidéo intitulée « Jusqu’à la lie » lève le tabou des règles et même « Si la fête est finie », la ménopause ouvre aux femmes une nouvelle ère de liberté enfin retrouvée !

Les titres des livres que la photographe expose comme celui de Milan Kundera « La fête de l’insignifiance » nous convient à entrer dans le monde enchanté et décalé de Bénédicte Bach telle Alice dans celui du Pays des Merveilles car la quête de soi passe par la découverte de l’autre en soi qui palpite sous la peau des mots.

 

 

© Crédit photo : Bénédicte Bach, une vue de l'installation « La fête est finie » dans laquelle on aperçoit la vidéo Jusqu'à la lie. À voir dans de l'exposition « Jetlag » à la Galerie La pierre Large à Strasbourg, 2023.

 

 

 

Quand on plonge au fond de soi et que l’on explore son entité, voire sa féminité, c’est l’autre, désinhibé, qui se met à parler et à déchirer le voile réducteur imposé par la société Nul doute que Bénédicte Bach met son âme à nu, elle la théâtralise dans un voyage intérieur qui s’apparente à un lumineux et éclairant parcours initiatique.

 

 

© Françoise Urban-Menninger

 

Exposition actuelle « Jetlag » à la Galerie La pierre Large, 25 rue des Veaux à Strasbourg.

Voir aussi, URL. www.benedictebach.eu

 

 

© Crédit photo : Bénédicte Bach, Logo officiel du site de l'artiste. 

 

 

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Pour citer cet article artistique, poétique & inédit

 

Françoise Urban-Menninger, « La photographe Bénédicte Bach se prend comme sujet » avec des photographies de l'artiste Bénédicte Bach, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  N° 15 | AUTOMNE 2023 « Poétiques automnales », volume 1, mis en ligne le 2 décembte 2023. URL. 

http://www.pandesmuses.fr/no15/fum-expo-benedictebach

 

 

 

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1 décembre 2023 5 01 /12 /décembre /2023 18:06

N°15 | Poétiques automnales | Dossier mineur | Florilège  ​/ Poésie des aïeules

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À la Muse

 

 

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Augustine-Malvina Blanchecotte (1830-1897)

 

Texte choisi & transcrit par

Dina Sahyouni

 

 

Crédit photo : Portrait photographique de la poète féministe Augustine-Malvina Blanchecotte, image tombée dans le domaine public, capture d'écran du site Commons.

 

 

 

I love you for ever.

 

 

Je ne vous renierai jamais, Muse chérie !

Vous qui m'avez bercée et consolée enfant,

Qui m'avez tenu lieu de mère et de patrie,

J'irai sur votre cœur pour y rêver souvent.

 

 

Bien d'autres m'ont laissée au milieu de la vie,

Bien d'autres ont brisé des liens adorés ;

Mais jamais, ô ma sœur ! vous ne m'avez trahie,

Vous étiez là sans cesse aux jours désespérés.

 

 

Je ne veux rien savoir des amours de la terre,

Ceux que j'ai tant aimés m'ont appris l'abandon :

Mais vous, ange gardien de mon cœur solitaire,

Vous m'avez enseigné la force et le pardon !

 

 

Oui, le divin pardon pour les dures offenses,

La résignation qui scelle la douleur,

Et qui met le sourire à côté des souffrances,

Comme au bord de l'abîme une céleste fleur.

 

 

Quand je m'abandonnais à ma folle chimère,

Vous me suiviez de loin priant pour votre enfant ;

Et quand j'ai rencontré l'expérience amère,

Vous m'avez par la main ramenée en pleurant.

 

 

Ah ! laissons loin de nous les heures de détresse !

Le souvenir est mort dans mon cœur dévasté ;

Que tout mon s'en efface et que rien ne l'oppresse :

« Ce qui n'est plus pour l'homme a-t-il jamais été ? »

 

 

À présent qu'inconnue et rivée à ma chaîne,

Je traîne obscurément le poids de mon passé,

Je sens votre regard rayonner sur ma peine,

Je sens votre regard rayonner sur ma peine,

Comme un peu de soleil, sur mon rêve effacé !

 

8 juillet 1855.

 

 

*BLANCHECOTTE, Augustine-Malvina (1830-1897), Rêves et Réalités, [par Mme M. B. Blanchecotte (Mme A.-M.) ouvrière et poète, Paris, LEDOYEN Libraire au Palais-Royal, 1855. Cet ouvrage appartient au domaine public et on peut le télécharger par l'intermédiaire du site Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

 

 

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Pour citer ce poème de l'aïeule

 

Augustine-Malvina Blanchecotte, « À la Muse », texte choisi & transcrit par Dina Sahyouni de BLANCHECOTTE, Augustine-Malvina (1830-1897), Rêves et Réalités (1855), Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  N° 15 | AUTOMNE 2023 « Poétiques automnales », volume 1, mis en ligne le 1er décembte 2023. URL. 

http://www.pandesmuses.fr/no15/amb-alamuse

 

 

 

 

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1 décembre 2023 5 01 /12 /décembre /2023 16:29

N°15 | Poétiques automnales | Dossier mineur | Articles & témoignages ​​​​​​| Poéticiennes ou théoriciennes de la poésie

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Avant-Propos

 

 

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Augustine-Malvina Blanchecotte (1830-1897)

 

Texte choisi & transcrit par

Dina Sahyouni

 

 

Crédit photo : Jacek Malczewski, « In Autumn », peinture tombée dans le domaine public, capture d'écran du site Commons.

 

 

 

Parler de poésie en ce temps de prose effrénée ! parler d'un doux poète amoureux de sa flûte tranquille et d'une pauvre haridelle qui n'a rien à voir au concours hippique ! ah, madame ! Que d'archéologie, êtes-vous donc antédiluvienne ?

 

Non, chers inconnus de qui suis si profondément ignorée, je n'ai rien du tout d'excentrique et je suis une contemporaine. La poésie est la chose éternelle : c'est l'actualité de chaque heure et de toute minute. Vous qui en toute conscience vous croyez épris de naturalisme, eh, bien, au rebours de Mr.. Jourdain qui sans le savoir pratiquait la prose, sans le savoir, davantage vous pratiquez-vous , la divine, l'impérissable, l'inéluctable poésie !

 

Pourquoi, ô foule anonyme, vous pressez-vous chaque dimanche aux superbes orchestres des grands concerts ?

Pourquoi, dès le premier rayon d'Avril, vous précipitez-vous vers les gares ? Pourquoi battez-vous des mains au récit héroïque d'un beau dévouement, d'un fier sauvetage accompli dans l'angoisse du flot qui gronde, de l'incendie qui monte ?

Pourquoi choisissez-vous pour compagne terrestre l'ange aux yeux bleus qui d'une main offre un lys, de l'autre porte une coupe de miel ? Pourquoi couronnez-vous des rosières ? Pourquoi, aux grands mots d'honneur, de patriotisme, de courage, faites-vous si allègrement le sacrifice de votre vie ? Pourquoi enfin rendez-vous à Victor Hugo les honneurs divins du génie ?

 

Poésie, poésie, poésie !

 

C'est-à-dire cette chose sublime, essentielle, vitale qui vous met chaque jour au-dessus de vous-même, au-dessus des instincts vulgaires. Avec cet étendard du Bien et du Beau, la poésie n'a qu'à dire, oui, même en ce temps de positivisme : « qui m'aime me suive, » il y aura derrière elle des multitudes. Ombres de Lamartine, de Béranger, du délicat et poétique Ste Beuve, n'en savez-vous point quelque chose ?

 

Et voilà qu'en ces lignes rapides je n'aurai rien dit d'Olivier Goldsmith : aussi bien, le rare et célèbre écrivain n'a point besoin d'introducteur. Il va dans cette esquisse se présenter suffisamment lui-même. L'Hermit, le Traveller repose avec sérénité en compagnie des rois ; et de ce Poet's Corner de l'abbaye de West-minister son clair regard sourit aux autres et semble dire à tous ses frères :

 

Ô doux poète errant,

Épris de songerie,

Dans ce monde si grand

Tu n'as point de patrie ;

 

Mais que te fait d'ailleurs

La gloire ou sa fumée ?

Tu gardes sous les fleurs

Ta flûte bien-aimée.

 

Paris, ce 1er Mai 1882.

A. M. BLANCHECOTTE*

 

 

*BLANCHECOTTE, Augustine-Malvina (1830-1897), Olivier Goldsmith [par A.-M. Blanchecotte], Paris, Imprimerie BÉCUS et PYOT (124 bis, Boulevard de Vaugirard), 1882, pp.V-VIII/5-8. Cet ouvrage appartient au domaine public et on peut le télécharger par l'intermédiaire du site Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

 

 

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Pour citer ce texte de l'aïeule

 

Augustine-Malvina Blanchecotte, « Avant-Propos », texte choisi & transcrit par Dina Sahyouni de BLANCHECOTTE, Augustine-Malvina (1830-1897), Olivier Goldsmith (1882), Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  N° 15 | AUTOMNE 2023 « Poétiques automnales », volume 1, mis en ligne le 1er décembte 2023. URL. 

http://www.pandesmuses.fr/no15/amb-oliviergoldsmith-ap

 

 

 

 

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30 novembre 2023 4 30 /11 /novembre /2023 20:00

N°15 | Poétiques automnales | Dossier mineur | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O​​) | N° 3 | Critiques poétiques & artistiques

 

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La miniature persane &

 

la poésie visuelle

 

 

 

 

 

Témoignage par

 

​Hanen Marouani

 

Œuvres artistiques &

photographies fournies par

 

Fatma Gadhoumi

 

Site perso : www.fatmina.com

 

 

© Crédit photo : Portrait photographique de Fatma Fatmina réalisé durant l’exposition parisienne « La Miniature Persane au Jardin du Luxembourg » (Paris, Août-Septembre 2023).

 

BIOGRAHIE :

 

Fatma GADHOUMI (Fatmina) est née le 16 août 1988. Artiste peintre et ingénieure. Elle décrit son univers artistique par ces propos : « Je crée un univers enchanté, qui s'inspire des visions du paradis, de l'enfer et de la psyché humaine. En ce temps de crise, mon art cherche à guérir l'âme du monde et non uniquement à exprimer les névroses et l’absurdité de la condition humaine. Ma mission est d’offrir au monde un message de sagesse, d’amour et de beauté, une porte vers une autre réalité où on parle d’Humain, en faisant abstraction de l’âge, du sexe, de la religion…, un voyage où le spectateur est amené à ressentir l'expression du sujet, mais aussi est invité à trouver sa propre perception de cette réalité, un univers où on chante une symphonie de couleurs et de formes idéalisées, et d'Amour. »



 

المنمنمة الفارسية ليست تصورا لما تراه عيوننا بل هي رسم لما تعيه قلوبنا، هي رسم لعالم من النور : اذ ان الرسومات

تعتمد على صبغات من الذهب و الفضة ( في الاصل استعمل المنمنمة الفارسية الاحجار الكريمة ايضا)


 

« En associant Héritage, Art et Culture, notre association Abbas Moayeri : Héritage, Art et Culture, a pour ambition de promouvoir en France, l’art de la Miniature Persane à travers l’œuvre d’Abbas MOAYERI et l’enseignement qu’il a transmis.

 

Elle assure l’organisation d’expositions, d’enseignement et de toutes autres activités assurant la promotion de la Miniature Persane et d’activités culturelles et artistiques plurielles. »

 

Abbas Moayeri, un nom qui résonne dans le monde de l'art et de la culture. Plus qu'un maître d'art et un grand maître de la miniature persane, c'est un Homme dont le talent et la passion ont illuminé notre vision du monde. Avec sa maîtrise exceptionnelle des techniques de la miniature persane, il nous a transportés dans un univers magique, rempli de détails exquis et d'histoires envoûtantes. Sa contribution remarquable à l'art traditionnel et son dévouement à préserver cet héritage précieux en font une figure incontournable de notre époque. Laissez-nous vous raconter l'histoire captivante de cet artiste exceptionnel et vous inviter dans son monde artistique extraordinaire.

 

Qu'est-ce qu’est la miniature ?

 

« Dans un monde islamique où la figuration / l'image est interdite, le peintre crée un monde intérieur, qui n'est pas dans l'imitation du visible (à ses yeux), mais dans la révélation du réel. Tout ce qu'on voit, ce qu'on croit appréhender, ce qu'on croit comprendre n'est qu'une image déformée par nos biais de subjectivité. Le miniaturiste crée une réalité du cœur qui se substitue à la réalité des yeux.  

 

Les traditions sacrées telles que l’art de la miniature sont des réservoirs prodigieux des métaphores du mystère. Elles font entrevoir la source, la rencontre avec le miracle, la seule et unique expérience qui exprime aux yeux de l’homme le drame de la création.

L’apparence de l’illustration n’est donc pas l’enveloppe du mystère, mais le signe de sa possibilité. Mani, le peintre « Messager » persan, fondateur de la religion manichéenne au 3ème siècle, utilisait ce moyen pour propager sa doctrine.

 

Selon la tradition manichéenne, l’art pictural est le reflet d’un monde invisible dont les artistes matérialisent la pureté et la lumière par une utilisation abondante de métaux précieux.

L’expérience de l’Islam a, certes, provoqué de grands changements mais n’a point interrompu l’évolution de cet art. La peinture persane est avant tout la logique des formes et des couleurs, rassemblées dans un certain ordre. Le sujet n’est qu’un prétexte au miniaturiste pour exposer à travers la pureté des formes et des couleurs, sa conception mystique du monde et de la nature.

Les miniatures sont généralement exécutées sur une structure préétablie : la spirale, qui organise au mieux l’espace. La composition devient alors aussi belle, aussi musicale et mathématique que possible.

La spirale est en quelque sorte la représentation du microcosme par rapport au macrocosme. C’est aussi le mouvement de la montée de l’homme vers le ciel.

 

En ce qui concerne la technique de la miniature persane, elle repose sur le dessin, la dorure et l’emploi de l’argent. Les différentes parties de la scène se passent apparemment sur le même plan ; pourtant les figures proches sont peintes en bas de la page et celles qui sont loin, à la bordure supérieure. Les couleurs ne sont définies que par leur valeur dans la structure générale. Leur place est déterminée au profit des nécessités autonomes des formes et de leur impact dans l’ensemble de la miniature. »

Fatma Gadhoumi



 

Pourquoi la miniature persane ? Le peintre crée un monde intérieur, qui n'est pas dans l'imitation du visible (à ses yeux), mais dans la révélation du réel. Tout ce qu'on voit, ce qu'on croit appréhender, ce qu'on croit comprendre n'est qu'une image déformée par nos biais de subjectivité. Le miniaturiste crée une réalité du cœur qui se substitue à la réalité des yeux, et s'inspire notamment de récits mythologiques fantastiques et de poèmes. La miniature est alors, non seulement une image, mais aussi une "Poésie Spirituelle".

 

Comme disait le Petit prince : « L’essentiel est invisible aux yeux ».

 

Dans un monde rongé par le capitalisme, la recherche de la conformité, l’absence de sens,

Dans un monde obnubilé par les apparences et les images véhiculées par les médias, et où nous sommes confrontés depuis quelques mois à une guerre contre un ennemi invisible, nous nous sommes données une mission :

 

Celle de nous libérer, renoncer à la certitude du monde sensible (le monde des réalités que nous percevons par nos sens), et sonder, avec nos peintures, notre monde intelligible - au sens platonicien - où règnent la beauté, l’harmonie, la lumière et l’Amour.

 

“Il n’y a pas plus de vérité à l’extérieur qu’à l’intérieur du monde que j’ai créé pour toi” The Truman show.

 

La technique de la miniature, riche en symbolique, libre de toute contrainte de ressemblance à la réalité visible (pas de perspective, pas de réalisme de couleurs ni de formes), était notre cheval de Troie en ce moment historique de retranchement et de recueillement. Nous créons des images poétiques qui interrogent et reflètent l’atmosphère onirique d’un monde enchanté.


 

LES MINIATURES EXPOSÉES


 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi, « L’amour interdit », Gouache, Aquarelle, Or, Argent et dorure, dimensions 60 cm x 80 cm, œuvre de l’exposition parisienne « La Miniature Persane au Jardin du Luxembourg » (Paris, Août-Septembre 2023).

 


 

Dans certaines sociétés contemporaines, les mariages forcés / arrangés demeurent le quotidien des femmes dans plusieurs cultures. La femme est kidnappée par un homme cheval, sous les yeux clos d’une société obnubilée par la matière, vide de sens, vivant dans le paraître.

 

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi, « L’âne sur le trône », Aquarelle, Gouache, Or, dimensions 30 x 40 cm, œuvre de l’exposition parisienne « La Miniature Persane au Jardin du Luxembourg » (Paris, Août-Septembre 2023).

 

 

 

L’artiste Fatma Gadhoumi a précisé à propos de cette miniature : « J'ai dessiné cette miniature après avoir lu le poème du poète égyptien Youssef Abd-Errahman (Il s'agissait d'une critique de la dictature et du retour du régime militaire en Egypte, après la révolution de 2011, et le printemps arabe.)

La tyrannie est fondée sur cinq (5) piliers et ces cinq (5) piliers de la tyrannie sont comme suit :

 

بُنِيَ الطُّغْيانُ على خَمْسِ

تَقْديمُ الذَّيْلُ على الرَّأْسِ

تَخْدِيرُ الحَاضِرِ بالأَمْسِ

توزيع الخوف مع اليَأْسِ

تَقْدِيسُ الشُّرْطَةِ والعَسِّ

وبَقَاءُ الجَحْشِ على الكُرْسِي

 

 

Elle a encore ajouté : « J’ai été inspirée par ce vers le 5ème pilier ; la Mule qui reste assise sur le trône. Cette miniature est une dédicace à tous les tyrans, les dictateurs, les gourous, et les religieux qui se remplissent le ventre, et s’assoient sur l’âne qu’est le peuple résigné.

À force d’accepter, le peuple / populace se transforme en un âne, et le gouverneur en dictateur. Mais la tyrannie n'est pas uniquement la tyrannie d'un dictateur ou d'un supérieur. Il s'agit d'abord de la tyrannie de notre égo hypertrophié (surtout avec les réseaux sociaux et les média). Ce narcissisme démesuré coupe chacun individu de la dimension collective de son existence. (Nous n’existons, en tant que personne singulière, qu’à travers le groupe qui nous précède et qui nous permet d’être ce que nous sommes). Par conséquent, en perdant la dimension collective, nous affaiblissons le sens de l’engagement politique et nous renvoyons chacun à sa responsabilité individuelle, ce qui est la meilleure façon de ne rien changer du tout.

 

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi, « Vieillir », dimensions 21 x 29,7 cm, Aquarelle, Gouache, œuvre de l’exposition parisienne « La Miniature Persane au Jardin du Luxembourg » (Paris, Août-Septembre 2023).

 

 

 

« Il s'agit de l'image que j'ai des extrémistes religieux, qui implorent le vide, et qui n'osent pas/veulent pas regarder la vie réelle. Même dans cette symphonie de couleurs et de lumière qu'est la miniature persane, je vois ces religieux comme des vieillards fatigués, qui connaissent plus les lois du Ciel, que celles des Humains.

 

Elle a ajouté « Vieillir n'est pas d'avoir un an de plus, mais c'est avoir un rêve de moins. Ces vieillards ne sont vieux que parce qu’ils vivent dans les écrits moyenâgeux. »

 

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi, ​​​​​​​« Femme, Vie, Liberté, زن، زندگی، آزادی », œuvre de l’exposition parisienne « La Miniature Persane au Jardin du Luxembourg » (Paris, Août-Septembre 2023).

 

 

En hommage au combat des femmes dans leur lutte pour un monde plus juste. J’ai mélangé des lettres arabes et lettres persanes qui entourent en halo la femme qui se fait étrangler par son dragon. Le dragon qui symbolise le soi et l’ego.

 

مع بيت لأبي القاسم الشابي الشاعر التونسي

 

إذا الشعب يوما أراد الحياة، فلا بُدَّ أن يستجيب القدر 

 

« Au cœur de cette miniature, une femme, nue et vulnérable, lutte contre un dragon orange, incarnation de l'oppression. Son visage irradie la détermination face à un patriarcat implacable, tout cela dans le doux berceau d'un utérus bleu. Dans cette lutte, nous ne sommes jamais seuls. Tout autour de cette scène, des mots en or, à la fois en arabe et en persan, tissent un langage de résistance, donnant voix à la collectivité des femmes persanes et arabes. »

Le poème arabe de Abu Al-Qasim Al-Shabbi, "Quand un peuple aspire à la vie, le destin se doit de répondre" résonne dans chaque trait de cette œuvre. Il évoque la quête universelle de la vie et de la liberté face à un destin implacable.

Au centre de la toile, trois mots persans brillent comme des étoiles : "زن، زندگی، آزادی" (femme, vie, liberté). Ils symbolisent notre combat commun pour une existence libre.

Cette œuvre transcende les frontières culturelles, unissant le monde par sa créativité qui brise les chaînes de l'oppression. »

Et pour terminer avec nous en toute beauté, Fatmina a levé son slogan de toujours : « Ensemble, répondons à l'appel de la vie. »


 

EXPOSITIONS RÉALISÉES :

 

 

© Crédit photo : L’affiche officielle en deux volets de l’exposition parisienne intitulée « La Miniature Persane au Jardin du Luxembourg » (Paris, Août-Septembre 2023).

 

 

— Exposition Miniature Persane, Paris Jardin du Luxembourg, du 24 août au 4 septembre 2023.

— Exposition avec Les amis du salon de l'automne, 2020

— Recueil de poésie Les cinq saisons au féminin

— Grand Salon d'art Abordable 24e édition, La Bellevilloise Paris 11-13 Mai 2018

— Exposition à l’Hôtel des Arts et Métiers, Iéna Février 2018

— Exposition au Cercle Du Rire, Paris 19ème 30 Mai 2018


 

RENDEZ-VOUS PROCHAINS : 

 

— Exposition Gadz’Artistes, Cité universitaire, Paris, 17 septembre 2023

— Exposition Miniature Persane, Paris, Marie 6ème arrondissement, Janvier 2024.  

 

Pour découvrir encore l’artiste, consultez son site web :  www.fatmina.com

Pour contacter l’artiste Fatma Gadhoumi

 

 

 

 

© Crédit photo : Un portrait photographique du défunt artiste iranien Ostad Abbas Moayeri qui a initié Fatma Gadhoumi à l'art de la miniature persane.

 

 

Lien web permettant l'accès à la page de l’Association Abbas Moayeri Héritage Art et Culture a été créée suite au décès de l'artiste Ostad Abbas MOAYERI par ses disciples :

Ostad Abbas Moayeri-Héritage Art & Culture

 

 

© Hanen Marouani, novembre 2023.


À lire également : 

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Pour citer cet article illustré & inédit

 

Hanen Marouani (texte), « La miniature persane et la poésie visuelle » avec des photographies fournies & œuvres artistiques par Fatma Gadhoumi, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 15 | AUTOMNE 2023 « Poétiques automnales » & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 30 novembre 2023. URL. http://www.pandesmuses.fr/orientalesno3/no15/hm-miniaturepersane

 

 

Mise en page par Aude

Dernière modification mineure apportée à ce texte par les autrices date du 2 décembre 2023.

 

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Lien à venir

30 novembre 2023 4 30 /11 /novembre /2023 14:36

N°15 | Poétiques automnales | Réflexions féministes sur l'actualité | S'indigner soutenir, lettres ouvertes & hommages

 

 

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Draguer les filles !

 

 

 

 

 

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Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

Crédit photo : Evariste-Vital Luminais, « Closing in », peinture tombée dans le domaine public, capture d'écran de l'image libre de droits du Web.

 


 

En dehors de toute polémique concernant les événements tragiques survenus à Crépol, l’enquête suivant son cours, je retiens une phrase du journaliste Patrick Cohen qui semblait trouver normal, voire dans l’ordre des choses que des jeunes « viennent draguer les filles » dans une fête de village. 

Sans aborder le fait que ces derniers étaient munis d’armes blanches, je m’interroge sur la teneur de tels propos ?

 

Pour Patrick Cohen « draguer les filles » en meute semble être un loisir comparable à celui de « la chasse à courre » d’antan.  Quelle activité passionnante en perspective ! Une telle assertion fait montre de mépris, non seulement envers les provinciaux réduits à « draguer » le samedi soir, mais aussi envers « les filles », gibiers potentiels à traquer pour lutter contre l’ennui… Ce ton désinvolte, d’une légèreté irresponsable, n’est pas sans rappeler celui de Jean-François Kahn qui, à propos de l’affaire D.S.K et du viol présumé commis par ce dernier, évoquait sur un ton guilleret « un troussage domestique »… On croit rêver car nous voilà renvoyé(e)s à un archaïsme qui met en lumière l’inconscient patriarcal de certains journalistes au XXIe siècle.

 

Je cite ici une phrase de Vincent Montgaillard tirée du Décodeur de l’argot des cités (First Éditions, 2013) « Quand il drague une fille, ce lourdingue qui s’affranchit des codes de la séduction tombe rapidement dans la vulgarité ».

Nul doute que « le lourdingue » de cette histoire n’est autre que Patrick Cohen lui-même qui a très certainement puisé dans ses souvenirs de jeunesse, l’image sexiste de celui qui fut « le dragueur » d’un autre temps…

 

 

 

© Françoise Urban-Menninger, novembre 2023, c'est un billet d'humeur quant aux propos sexistes tenus par le journaliste Patrick Cohen.

 

 

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Pour citer ce billet féministe  & inédit 

 

Françoise Urban-Menninger, « Draguer les filles ! », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  N° 15 | AUTOMNE 2023 « Poétiques automnales », volume 1, mis en ligne le 30 novembre 2023. URL. 

http://www.pandesmuses.fr/no15/fum-draguerlesfilles

 

 

 

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