24 novembre 2023 5 24 /11 /novembre /2023 18:13

Événements poéféministes & poépolitiques | Stoppons ensemble le terrorisme & œuvrons pour une paix mondiale & durable | Expression poétique contemporaine & Revue Orientales | O | N°3 | Créations poétiques

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​​​S'en va vers l'infini

 

 

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Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo : Pietro Liberi, « Allegory of peace and justice ​​​​​​», peinture tombée dans le domaine public, capture d'écran du site Commons.

 

 

À toutes les filles et les femmes privées de leurs droits & libertés

À toutes celles qui ont été violentées & poussées au suicide dans les pays dits orientaux

 

 

 

S'en va vers l'infini

le soleil de ses yeux

et le pont fait de ses bric-à-brac

s'écroule au milieu du chemin

elle n'ira pas plus loin.


 

 

S'en va vers l'infini

le soleil de ses yeux

et Nout s'arque au loin

les étoiles la couvrent d'or

le rouge feu du ciel caresse ses cheveux.

 

©DS, 2 mars 2023

 

_______

 

Pour citer ce conte versifié, féministe & inédit 

 

Dina Sahyouni, « S'en va vers l'infini », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  Événements poéféministes & poépolitiques 2023 | « Stoppons ensemble le terrorisme & œuvrons pour une paix mondiale & durable » & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 24 novembre 2023. URL.

http://www.pandesmuses.fr/lettredoctobre2023/orientalesno3/ds-senva

 

 

 

 

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11 novembre 2023 6 11 /11 /novembre /2023 19:02

N°15 | Poétiques automnales | Dossier mineur | Florilège | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages

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« Féminicide »

 

 

paru dans la revue trimestrielle de poésie Florilège

 

 

 

 

 

Éric Simon

 

 

 

Crédit photo : Franciszek Żmurko, « Sadness », peinture tombée dans le domaine public, capture d'écran par LPpdm de l'image du site Commons.

 

 

 

 

 

Qui sont ces mecs

à l'esprit sec

Dont le seul fait d'armes

est de tuer une femme

sans verser une larme

sans état d'âme


 

Qui sont ces minus

ces coincés du phallus

ne sachant rien de plus

que leur faconde de l'utérus

lorsqu'ils fécondent

l'origine du monde


 

Qui sont ces types

dont le stéréotype

c'est le mâle dominant

dominer à en faire mal

oubliant que violence

ne peut être conjugale


 

Qui sont ces gars-là

qui se disent en être

en sont de bien piètres

et certainement pas

ce qu'on nomme

des Hommes.

 

 

© Éric SIMON, « Féminicide », extrait de Dannemoine, paru dans la revue trimestrielle de poésie Florilège, N°192 Septembre 2023, p. 8. Nous publions cet extrait du magazine reçue au service de presse de la revue et qui nous autorise aimablement à prélever quelques extraits pour une publication en avant-première ou pour une chronique. Le Pan Poétique des Muses vous recommande la revue trimestrielle de poésie Florilège.

 

 

***

 

Pour citer ce poème féministe & inédit

 

Éric Simon, « “Féminicide”, paru dans la revue trimestrielle de poésie Florilège », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 15 | AUTOMNE 2023 « Poétiques automnales », mis en ligne le 11 novembre 2023. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no15/fum-feminicide

 

 

 

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11 novembre 2023 6 11 /11 /novembre /2023 18:58

Événements poéféministes & poépolitiques | Stoppons ensemble le terrorisme & œuvrons pour une paix mondiale & durable | Expression poétique contemporaine 
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​​Rendez-nous les otages,

 

rendez-nous le silence, rendez-vous.

 

 

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Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo : «Peace dove », capture d'écran de l'image disponible sur le site Commons par LPpdm.

 

 

Rendez-nous les otages, rendez-nous le silence, rendez-vous car vos crimes du 7 octobre* ne peuvent demeurer longtemps impunis et ce n'est ni à la population du territoire de Gaza de subir continuellement les bombardements, ni les précarités et privations substantielles cruelles d'existence.

Parce que ni aux humains et ni aux États de se diviser les uns contre les autres pour vous en tirer profit et recruter dans l'ombre de nouveaux fanatiques et terroristes.

Vous vous dites croyants. Dieu le miséricordieux a vu tous vos méfaits horribles, tout le monde les a aussi vus.. c'est immoral et abominable.

Les populations du territoire de Gaza, de Palestine et d'Israël souffrent, les otages souffrent, le monde entier souffre quotidiennement de tout ce qui se passe depuis le 7 octobre dernier et vous vous cachez.. oui, vous restez terrer dans les ténèbres de votre intolérance et la froideur déshumanisante de votre impassibilité à nos douleurs et à nos désarrois.

 

Vos otages sont des humains et les humains ne sont pas des marchandises... Les traites des êtres humains sont interdites, sont des crimes abjects, le saviez-vous ?! Rendez-vous et rendez-nous tous les otages. Vos crimes engendrent des souffrances inouïes et vous pouvez stopper tout cela en admettant la vérité : la justice ne s'obtient jamais en choisissant la terreur comme solution politique à faire subir tous les jours aux Palestiniens, aux Israéliens et au monde entier. Si je suis absolument contre les bombardements iséraliens qui malheureusement frappent surtout les civils et pour faire taire définitivement les armes, cela n'enlève rien à votre entière responsabilité criminelle dans ce qui se passe quotidiennement puisque vous continuez de refuser de rendre les otages et vous rendre malgré tous les malheurs autour de vous et à cause de vos crimes.*

 

 

© DS., Octobre 2023.

 

*Depuis le 7 octobre, je m'interroge sur l'incapacité des terroristes qui ont commis des crimes contre l'humanité, ont violé et enlevé des civils y compris des femmes et des enfants pour se protéger et les échanger comme des marchandises, (en faire du capitalisme monétaire et cognitif en détruisant nos nerfs) à admettre l'horreur de leurs crimes et à faire porter le poids de leur haine féroce des Israéliens et des Juifs aux civils palestiniens : à tous ceux qu'ils appellent leurs frères et sœurs... Je condamne fermement tous les crimes des terroristes y compris sexuels commis sur les femmes le 7 octobre 2023.

 

* Appelés par plusieurs journalistes des « Pogroms ».

 

***

 

 

Pour citer cet éditorial pacifique & inédit​​​​​

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Dina Sahyouni, « Rendez-nous les otages, rendez-nous le silence, rendez-vous. », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poéféministes & poépolitiques 2023 | « Stoppons ensemble le terrorisme & œuvrons pour une paix mondiale & durable », mis en ligne le 9 novembre 2023. URL :

http://www.pandesmuses.fr/lettredoctobre2023/ds-silence

 

 

 

 

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19 octobre 2023 4 19 /10 /octobre /2023 15:10

Événements poétiques | Bouquet de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2023 & ​​N°15 | Dossier mineur | Florilège | Poésie & Littérature pour la jeunesse​​​​​​

 

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Pour son corps

 

 

 

 

 

Poème de

 

 

Augustė Jasiulytė

 

Traduction par

Thibault Jacquot-Paratte

 

 

 

 

Crédit photo : W-A Bouguereau, « Jeune écolière », peinture tombée dans le domaine public, capture d'écran de l'image présente dans le site Commons.

 

 

Une petite fille qu’on a dupée

ordonnée de se taire

ne pas poser de questions ne pas être

avoir honte toujours de tout partout avoir peur,

en pleine face un memo genré

de survie

car le péché originel était plus grand car mal divisée

X

et

y

le temps est passé et

des seins ont poussé à la fille, ses cheveux, ses poils,

elle n’a pas lu de tracts philosophiques

mais en savait beaucoup

sur les chirurgies de nez et de nénés

elle avait honte de dire dans ses pensées

vulve, vagin, avoir ses règles

une pensée la torturaient, que son corps,

personne ne l’aimerait

elle était pas forte en mathématiques

mais elle avait bien pigé la théorie des possibilités quand

comment où

la nuit dans la rue en voyage elle risque de se faire siffler déshabiller violer

tuer

 

et comment on l’a trouverait et dans la morgue quelqu’un

verrait que ses jambes ne seraient pas rasées, et

ses seins seraient asymétriques plus tard la petite fille

s’est déshabillée en cherchant son père

sa mère un sens l’amour la vie

la survie le salut

ne trouvant pas, s’est demandée au début, silencieusement

et puis, de plus en plus fort tandis qu’une poitrine imparfaite une éruption : la bête a rugi

elle a arrêté de se raser

elle a commencé à se plaindre

de sa mère, son père, l’école, du système, du monde elle a laissé son corps

être recouvert de fourrure cracher sur la mode appris à réfléchir déconstruire

chaque pensée

en cherchant le soi originel de son sang, de sa sueur

de ses yeux cinglés dans le miroir

elle voulait s’approcher d’une réponse

qu’aurait-elle besoin d’échanger pour la liberté

le droit

pour son corps

 

© Augustė Jasiulytė, Thibault Jacquot-Paratte

 

 

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Pour citer ce poème féministe & inédit

 

Augustė Jasiulytė, « Pour son corps », poème traduit du lituanien en français par Thibault Jacquot-ParatteLe Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Évènement poéféministe 2023 | « Bouquet de Poèmes pour Toutes à l'École & La Journée Internationale des Droits des Filles 2023 » & N° 15 | AUTOMNE 2023 « Poétiques automnales », mis en ligne le 19 octobre 2023. URL.

http://www.pandesmuses.fr/11octobre23/no15/aj-poursoncorps
 

 

 

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27 mai 2023 6 27 /05 /mai /2023 16:55

N°13 | (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices | S'indigner, soutenir, Lettres ouvertes & hommages ​​​​​​​​​​​

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​​​​​​​​​​​« Des couteaux dans le corps »

 

Les Groenlandaises parlent enfin

 

& écrivent

 

 

 

 

 

 

 

Marc Chaudeur

 

Auteur ayant une formation de philosophe,

de germaniste et un diplôme de Langues scandinaves

 

 

© Crédit photo : Portrait d'une "Groenlandaise" avec son enfant sur les épaules et la pêche de la journée, in "Costumes de différents pays", France, circa, 1797 par Jacques Grasset de Saint-Sauveur (1757-1810) & Labrousse, image prise par LPpdm de l'œuvre qui appartient au domaine public.

 

 


 

Tandis que l’échafaudage titanesque de la domination blanche-masculine-occidentale continue à s’effondrer plus ou moins rapidement, les langues se délient. Au Groenland, des femmes écrivains commencent à évoquer crûment les graves problèmes que connaît la société inuk ; d’autres mettent à découvert des pratiques coloniales toutes récentes encore qui relèvent du racisme et de l’eugénisme les plus hypocrites – et les plus purs. Les premières victimes de la « modernisation » technocratique à l’occidentale sont encore, cela n’étonnera personne, les femmes.

En consultant régulièrement les médias groenlandais, on peut s’apercevoir de la montée de la parole féminine dans ces régions, les plus septentrionales du monde. Depuis un an, en particulier, des femmes de plus en plus nombreuses racontent une expérience vécue d’une incroyable brutalité, qui les a profondément meurtries : les autorités danoises (qui exercent leur tutelle coloniale sur le Groenland depuis le 18ème siècle) ont effectué de force la pose de stérilets, parfois dès l’âge d’à peine 14 ans ! Ces pratiques ont sévi le plus durement dans les années 1966-1975 et jusqu’à 1978.

 

 

En Colombie britannique (Canada), le « Sterilisation Sexual Act » (sic) autorisait la stérilisation forcée des femmes Inuit sans leur consentement… jusqu’en 1973, année où le Gouvernement l’a abrogé. Jusque-là, tout comme au Groenland, les lourdes suggestions à la fois perfides et péremptoires de beaucoup de médecins ont fait merveille : bien souvent, les femmes, souvent très jeunes, ignoraient de quoi elles allaient être au juste les victimes, ou n’étaient pas mises en situation de le comprendre ; et les autres, on les forçait à croire que l’absence de progéniture serait pour elles la meilleure chose qui soit, sans nullement tenir compte de leurs aspirations personnelles.


 

Des couteaux dans mon corps


 

Le Groenland sous tutelle danoise, au contraire du Canada, n’a jamais clairement énoncé sa politique d’eugénisme raciste. Et pourtant : le contexte politique et social de des années 1960-1970 est singulier. Une jeune anthropologue, Anne Kirstine Hermann, en 2021, a effectué une investigation exemplaire sur des menées qu’on a longtemps passées sous silence ou… oubliées1. Après la Seconde Guerre mondiale, une délégation de Groenlandais s’affaire auprès de l’ONU pour y faire reconnaître, sinon l’indépendance, du moins une autonomie effective de la Grand Île. Mais le Danemark, soutenu discrètement par les services secrets américains, manœuvre avec adresse pour faire capoter ces efforts. Deux partis indépendantistes naissent dans ces années là. La puissance tutélaire sent doucement le Groenland lui échapper. Et puis… Sur place, la population Inuk est plus prolifique que les colons danois.

 

Les autorités danoises craignent donc une malencontreuse (à leurs yeux) évolution démographique. Elles mettent alors en place une vigoureuse opération eugéniste, qu’elles enrobent du miel d’une propagande progressiste furieusement hypocrite. Cette opération, les autorités tutélaires l’effectuent sur plus de 4500 femmes. La moitié des jeunes femmes (et jeunes filles) Inuit en âge de procréer ont donc droit au plus intime de leur corps à un cadeau forcé de l’État colonial : un stérilet, de type boucle de Lippes. Ces pratiques, appliquées parfois sur des filles de 14 ou 15 ans, entraînent souvent de graves conséquences psychologiques et sanitaires.

 

Pourquoi cette opération ? Les autorités danoises parlaient alors de « modernisation du Groenland » et d’autonomisation des femmes Inuit, dans un pays où la sexualité hors mariage et les grossesses qu’on peut qualifier de précoces étaient plutôt nombreuses. J’ai trouvé trace de cette opération dans la presse groenlandaise de l’époque, en 1966 : l’un des principaux médecins qui ont posé des stérilets par centaines, le Dr. Erik Rosen, met en avant une pratique de type Planning familial. Moins d’enfants, plus de prospérité, ça coûte moins cher à tout le monde, en somme, et accessoirement, ça libère les femmes, y entend-on. Mais d’autres documents beaucoup plus confidentiels font entendre un autre son de tambour.

 

Hypocrisie de la puissance coloniale ! Les déclarations d’intentions masquent des intentions non déclarées publiquement. À partir de 1970, une loi autorise la promotion de la contraception auprès des mineures sans l’autorisation des parents – et les médecins en profitent pour suggérer aux jeunes filles la pose de stérilets, en l’occurrence de boucles de Lippes… Pour la suggérer en termes très évasifs, très métaphoriques. Libération des femmes, ou bien contrôle étatique d’une population autochtone dont on se méfie toujours davantage ? Des journalistes enquêteurs de la Danske Radio, auteur de podcasts d’une durée totale de deux heures et demi, ont retrouvé des documents confidentiels qui exposent discrètement les intentions réelles des autorités. Et il s’agit bien d’eugénisme raciste. Très analogue à celui que les Suédois avaient mis en place à une époque un peu plus reculée en Laponie, craignant que les Sames ne deviennent trop nombreux et, dans l’inconscient suédois, qu’ils finissent par supplanter les « vrais » Suédois, dont le nombre d’enfants « par femme », il est vrai, est très bas.

 

Et puis d’autres faits scandaleux, emboîtés comme des matriochkas et révélés tout récemment, expriment les intentions de la tutelle danoise, après la Seconde Guerre. Il y a surtout celui, retentissant, lié lui aussi à la rupture toute récente du silence traditionnel des Inuit. Inhibitions et autocensure, ici encore. En 1951, on a privé un certain nombre d’enfants Inuit de leurs parents pour les placer d’autorité dans des familles d’accueil danoises, où on les acculturait et où, de fait, on leur faisait tout oublier de leur culture autochtone – avant de les renvoyer au Groenland pour leur faire porter la bonne parole du « progrès » et du « modernisme » technocratique ! Ici, l’ac – et la déculturation accompagnent le projet eugéniste. L’analogie avec les ethnocides canadien et australien est frappante ; peut-être ont-ils servi de modèle aux Danois…

 

Mais aujourd’hui, au Groenland, inhibitions et autocensure disparaissent lentement, mais sûrement, et les femmes meurtries évoquent de plus en plus ouvertement ce qu’elles ont subi. Et elles renouvellent en conséquence leur solidarité avec les femmes Inuit du Canada et de l’Alaska.

 

La première femme à avoir parlé, après s’être tue pendant 45 ans, c’est Naja Lyberth. Née en 1962, originaire de Maniitsoq, au sud ouest de la Grande Île, elle avait treize ans et demi à ce moment là. On l’a convoquée dans un dispensaire médical. Et suggéré avec ces périphrases dans lesquelles beaucoup de médecins excellent qu’il fallait accomplir une toute petite opération. Elle n’avait jamais eu de rapports sexuels. Mais on lui a posé un stérilet. Et elle a ignoré, et refusé de comprendre très longtemps ce qu’on lui avait fait. Tout comme des milliers de ses compatriotes. Elisibanguak Jeremiassen, par exemple, lorsqu’elle avait vingt ans, a voulu poser un stérilet : le médecin s’est alors aperçu qu’elle en portait déjà un… Nombreuses sont les femmes qui ont souffert de complications, surtout parmi les plus jeunes ; les stérilets de cette époque étaient de taille plus importante qu’aujourd’hui, et un médecin danois œuvrant dans un village Inuit a fini par reconnaître qu’ils n’étaient pas appropriés pour les jeunes filles vierges et nullipares, et qu’ils pouvaient s’avérer dangereux dans ce cas.

 

Naja Lyberth a beaucoup souffert, dans son corps et dans son esprit, dit-elle : « Comme si on avait introduit des couteaux à l’intérieur de mon corps ». Et ces douleurs revenaient régulièrement. On ne leur demandait pas leur avis, à ces filles et à ces femmes. Pas moyen de refuser ; et elles ignoraient pour la plupart ce qui se passait au juste avec ces médecins qui souvent, ne parlaient pas l’inuktitut. Naja, comme les autres, n’en a parlé à personne ; ni à ses parents, ni à ses camarades de classe. Mais Naja est devenue psychologue, spécialiste des traumas. Elle compare le sien, le leur, à un traumatisme de guerre.

Et puis tout lui est revenu au moment de la ménopause, dans les années 2010. Sa souffrance mentale et physique lui a permis alors de mettre des mots clairs sur ce qui lui est arrivé :

« L’État a disposé de mon corps. Maintenant, je vais décoloniser mon corps, et aussi mon esprit » 


 

Le murmure des autrices Inuit devient cri.


 

Dans les conditions de vie et de survie qu’ont connu les Inuit au fil des millénaires, où la chasse, le froid, la faim fauchaient sans pitié les habitants du Groenland, la voix des femmes n’était guère entendue – et guère émise, même. Les violences conjugales, les échanges d’épouses, la violence brutale en général étaient chose courante. Et comme en d’autres sociétés traditionnelles, si l’économie du groupe reposait très largement et très lourdement sur les épaules des femmes, ces dernières ne disposaient d’à peu près aucune autonomie. L’introduction du christianisme par les Frères moraves, au 18ème siècle, si elle a nivelé la perception des différences entre les genres, ne l’a pas égalisé, loin s’en faut. Elle a simplement réduit la part de la violence et augmenté quelque peu la considération pour les femmes, tout en les maintenant dans une obéissance presque absolue à leurs pères et à leurs maris. Le luthéranisme d’État, on s’en doute, a aussi facilité la domination des colons danois sur les autochtones, et ses tenants exprimaient un indiscutable mépris des populations ; très souvent, les pasteurs envoyés au Groenland par Copenhague étaient d’ailleurs les pires, ceux dont il était bon que le petit Danemark lointain se débarrasse : alcooliques, pervers, exaltés religieux qui avaient vu La Lumière, ou déviants souffrant de troubles mentaux divers. Les femmes Inuit en faisaient bien évidemment les frais.

 

Alors, des autrices, dans ce contexte de survie précaire, de domination totale de la puissance tutélaire danoise et de soumission psychologique ? Pour voir apparaître des autrices, il a fallu attendre la fin du 20ème siècle. Et la première œuvre romanesque qu’a composé une femme Inuk groenlandaise porte précisément sur le problème colonial. Ce roman autobiographique narre les mésaventures tragiques d’une Inuk qui a fait la connaissance d’un travailleur danois et va le rejoindre dans son pays d’origine, à Copenhague. Et connaît une fin tragique. L’autrice s’appelle Maaliraaq Vebaek ; née en 1917 et morte au Danemark en 2012, fille de et de…, elle a composé ce Busiime Naarineq (Rencontre dans le bus) en 1981, après des œuvres racontant surtout des événements liés à la chasse et à la pêche. L’œuvre a été traduite en danois par l’autrice elle-même sous le titre : Historien om Katrine (L’Histoire de Katrine), chez Høst og Søn. Un fort beau texte, bien développé et mélancolique, qui ne tait pas grand-chose de la domination coloniale, de genre et de classe que subissent les Inuit – et les frictions du passage de la soumission explicite au Grønland à la soumission hypocrite par le mépris au Danemark sont brillamment décrites2.

 

Jusqu’aux années 2000, pas grand chose. On reste dans les récits de chasse et l’exploitation du patrimoine traditionnel, ce qui a au moins l’avantage de se vendre auprès des touristes et ne mange pas de pain. Comme c’était dur, à l’époque , avant les années 1970 ! Oui, mais... Est-ce plus facile aujourd’hui et depuis un demi-siècle, dans cette époque où le mode de vie traditionnel a considérablement reculé et où le pouvoir a formé le projet d’aplatir le Groenland aux normes occidentales-européennes ?

 

En 2013 paraît le roman de Niviaq Korneliussen. Une jeune femme âgée de 23 ans, née à Nanortalik, sur la pointe Sud de l’Île. Le roman , intitulé HOMO sapienne, fait sensation. On l’a même traduit en français, c’est vous dire !3. Chez un éditeur québecois, certes. L’autrice lesbienne y décrit avec crudité et sans nulle complaisance la vie à Nuuk, la petite capitale. La langue elle-même est passionnante, très actuelle : Niviaq s’exprime en kalaalissut (la langue des Inuit groenlandais), oui, mais surtout, dans un idiome mêlé de danois et d’anglais cool, branché... Et puis on l’a traduit en danois.

 

On y suit l’itinéraire compulsif et titubant de cinq personnages (dont un homme gay) qui impressionnent paradoxalement par leur puissance, eux que les problèmes gigantesques de la vie post-moderne groenlandaise menacent sans cesse de submerger. L’un d’entre eux se nomme Inuk, c’est-à-dire Homme ; une autre s’appelle Arnaq, ce qui signifie Femme… Chassé-croisé, vie nocturne dans Nuuk – avec ce qu’elle implique d’alcool, de drogues, de pratiques sexuelles diverses et assez imaginatives. Et aussi, plus sourdement, les violences conjugales, les violences à l’égard des enfants, les incestes. Et la présence angoissante, obsédante, du suicide. Le Groenland connaît l’un des taux mondiaux de suicides les plus élevés ; il a fini par ne plus être tabou.

 

La voix des femmes, nous commençons à l’entendre. Et nous l’entendrons de plus en plus haut et clair dans les années qui viennent. Elle accompagnera et même peut-être, initiera un changement de paradigme dans le vieil Occident patriarcal épuisé. C’est elle, sans doute, qui décolonisera corps et esprits.

 

© Marc Chaudeur

 

 

NOTES

 

1 Voir l’ouvrage Imperiets Børn, Anne Kirstine Hermann, éd. Lindhardt og Ringhof, 2021.

2 L’anthologie Grønlandsk Litteratur, de C. Berthelsen et Per Langgård, paru en 1983 à Copenhague, reproduit tout le 4ème chapitre de la version danoise du roman. La traduction du kalaalissut au danois est de l’autrice elle-même ; le titre en est : Historien om Katrin (L’Histoire de Catherine), chez Høst og Søn.

3 Homo sapienne, Niviaq Korneliussen, traduction d’Inès Jorgensen, Editions de La Peuplade (Québec), 2017.


 



 

 

Biographie

 

 

Marc CHAUDEUR, né pendant l’époque hambourgeoise des Beatles, il a une formation de philosophe, de germaniste et un diplôme de Langues scandinaves. Il est l’auteur d’un roman, de deux essais traitant d’histoire culturelle et littéraire et de deux traductions du danois : d’une œuvre du philosophe Løgstrup, et du meilleur livre de Knud Rasmussen, le fameux explorateur et ethnographe du Groenland. Il habite à Strasbourg.

 


 

 

***

 

 

Pour citer ce texte engagé & féministe inédit

 

Marc Chaudeur, ​​​​​« « Des couteaux dans le corps ». Les Groenlandaises parlent enfin et écrivent »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°13 | PRINTEMPS 2023 « (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices », mis en ligne le 27 mai 2023. URL :

 

http://www.pandesmuses.fr/no13/mchaudeur-groenlandaises


 

 

 

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