Pour citer ce document inédit & publié avec l'accord les périodique & poètes concernés
LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Actualité médiatique de notre collègue Françoise Urban-Menninger par l'écrivain et journaliste Michel Loetscher », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :AUTOMNE 2024 NUMÉRO SPÉCIAL | NO IV | « Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) », 1er Volet, mis en ligne le 25 décembre 2024. URL :
Paris. Mercredi, 20 novembre 2020. La chanteuse libanaise Faïrouz, de son vrai nom Nouhad Haddad, est née le 20 novembre 1934. Elle a quatre-vingt-dix ans aujourd’hui. Faïrouz signifie en arabe turquoise, le vert et le bleu, la terre, la mer et le ciel, la nature dans sa splendeur qu’elle louange sur un poème de Gibran Khalil Gibran, Aâtini Al Nay Wa Ghanni. La voix de Faïrouz s’élève crescendo, s’envole, s’insuffle de lyrisme ensorceleur.« Prête-moi ta flûte et chante. La chanson de l’existence. Les larmes attachantes. Quand pointe la pénitence. Déserte les fastueux manoirs. Habite les bois sauvages. Fuis les mortels laminoirs. Pour inaccessibles rivages. Étends-toi près d’un cépage. Bois son nectar dans ta main. Déguste ton livre page par page. Sans penser au lendemain. Offre-toi vital intermède. Endors-toi sous tranquille bouleau. Oublie le mal et son remède. La destinée n’est qu’une ligne sur l’eau » (Adaptation personnelle en français).
Faïrouz chante la Palestine génocidée, le Liban homicidé, la Terre sainte fratricidée. Elle incarne l’âme arabe, au-delà des confessions, des générations, des frontières. Elle chante pour les peuples, non pour les dirigeants. En janvier 2023, elle assène une gifle magistrale aux autorités saoudiennes au nom des droits humains. Elle refuse de s’associer au concert du siècle, regroupant, moyennant des valisettes de dollars, les stars arabes de la chanson, les libanaises Nancy Ajram et Elissa, les syriens Georges Wassouf et Assala Nasri, la tunisienne Latifa Afraoui, qui remplissent les théâtres et les stades à chaque prestation. Pendant la guerre civile libanaise entre 1975 et 1990, elle reste à Beyrouth déchiré par les roquettes. Légende vivante, elle impose le respect à toutes les parties.
Au répertoire de Faïrouz, les grands poètes, Gibran Khalil Gibran (1883-1931), Ahmed Chawki (1868-1932), Saïd Akl (1912-2014). Elle passe rarement sur scène. Son dernier concert remonte à 2011. Ses compositeurs, son époux Assy Rahbani, son beau-frère Mansour, Rahbani, son fils Ziad Rahbani dépoussièrent le folklore arabe avec des comédies musicales, des opérettes politiques, des sonorités latino-américaines, jazzy. Ils brassent allègrement mélopées traditionnelles, harmonies symphoniques, rythmes africains. S’anticipe la World Music, dès 1957, dans le légendaire concert au milieu des ruines de Baalbek, réédité, par bonheur, en 2020. En 1959, s’exacerbent les sortilèges moyen-orientaux dans Ya Maleya Ala ghossoun, sur rythmique boléro. La magie vocale de la diva s’agrémente, par la suite, d’airs de flamenco, de tango, de mambo. Les imams crient au sacrilège. L’inspiration vient peut-être du film Et Dieu créa la femme de Roger Vadim avec la danse endiablée de Brigitte Bardot. Le sex-symbol ne se montre pas. Il se vocalise. 1964, La voix de Faïrouz s’élève crescendo, s’envole, s’insuffle de lyrisme ensorceleur. Après la défaite de 1967, Chanson mythique à Jérusalem, Al Qods, La Fleur des cités. Nous reviendrons un jour, hymne de la cause palestinienne. Depuis le génocide des gazaouis et le déluge de bombes sur le territoire libanais, les internautes inondent les réseaux sociaux de chansons de Faïrouz.
En juillet 1970, Faïrouz se produit à Rabat et à Casablanca. Elle crée une chanson à la gloire du peuple marocain, jamais audiovisuellement diffusée. Il serait opportun de remettre en circulation cette rareté.
Mustapha Saha (texte & peinture), « Faïrouz pour l'éternité », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2024 NUMÉRO SPÉCIAL | NO IV | « Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) », 1er Volet & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 5 décembre 2024. URL :
Geste de toile serait–il un avatar de la Chanson de geste ou une Chanson detoile revisitée ? S’agit-il de l’esthétique des formes picturales qu’épouse la toile de la peintre qu’est Sophie Brassart de concert avec les muses ?
Geste de toile semble plutôt expliquer un acte de générosité en phase avec un être d’une grande sensibilité et qui se trouve bouleversé par les revers de l’existence :
« J’apportais du pain au vieux voisin
qui souriait, sans raison, le manque
d’amour est-il lumière »
Le sourire est sans doute salutaire en ce sens qu’il atténue le manque d’amour.
Ce recueil de poèmes est ponctué de séquences en italique comme pour dédoubler l’artiste peintre de la femme poète.
Avec ce recueil de poèmes finement brodés au fil soyeux de son inspiration, Sophie Brassart nous offre une parole poétique à décrypter. Cela dit, elle plonge dans un macrocosme et en sort des particules de vérités qu’elle soumet à notre compréhension. C’est un parcours chargé de symboles et d’énigmes à résoudre.
« J’épluche une pomme
Qu’elle fasse le lien entre toi et moi »
Cette pomme n’est pas celle de la discorde mais peut-être la symbolique d’un être dénudé corps et âme se languissant de l’âme sœur.
« Et le silence au large,
la mort des larmes
& nos mains, nos mains n’avaient ni jour ni nuit »
Notons la culture du silence dans ce recueil, un silence qui peut revêtir un double sens, c’est-à-dire qu’il suscite d’une part la créativité et d’autre part la consternation.
Ce silence résonne dans le creuset de l’absence :
« & cette absence claire
Comme une pièce
que je ne pourrai déplacer »
L’absence est ici synonyme de vide qui est l’évocation d’une perte. Et c’est dans l’absolu du silence qu’on noie sa peine.
Tout est vide en elle et autour d’elle :
« Alors le vide s’enroule et s’ouvre en moi »
« La ville où le vide/ déchire une affiche »
La mort n’est pas seulement l’expiration d’une âme sœur mais aussi l’expiration d’une séquence de vie amoureuse :
« Parfois aimer
C’est savoir que le mur de granit
– encore pubère
remet à chaque instant ce viatique :
Linge frais clapote au vent »
Ne sommes-nous pas sur cette terre « des oiseaux de passage » qu’elle évoque dans le recueil:
« J’étais traversée par les deuils et des craintes
Ce qui ouvre la place des océans »
Même si elle ne peut « défaire / le cours prosaïque des choses », elle reste cette créature qui porte en elle le germe de la résistance :
« Je traverse les pierres »
Belle métaphore pour symboliser les difficultés de l’existence, la rudesse de la vie.
de Sophie BRASSART Préface de Lyse AUDIE ISBN : 978-2-84924-810-2 13 x 20 cm 50 pages 12,00 € Rappelant la chanson de toile médiévale, Geste de toile s'organise comme un chant polyphonique : ...
Sophie Brassart, poète et plasticienne, vit à Montreuil. Elle a publié un premier recueil en 2018 et réalisé une fresque regroupant vingt visages de poètes contemporains exposée de manière ...
Maggy De Coster, « Sophie Brassart, « Geste de toile », Éditions du Cygne, Paris 2024, 49 pages, 12€ »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2024 NUMÉRO SPÉCIAL | NO IV | « Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) », 1er Volet, mis en ligne le 28 novembre 2024. URL :
Hélène Frappat anime un ciné club au MK2 Beaubourg. Ces films illustrent la réflexion de cette écrivaine contemporaine sur la spécificité féminine dans l’art.
Le chef-d’œuvre de Kinuyo Tanaka Ô mes seins devenez éternels est traduit par Maternité éternelle. Il met en scène de façon dramatique la biographie d’une immense poétesse, Fumiko Shimojô. Une copie restaurée est projetée et commentée le 14 octobre. Ce film n’a jamais été montré à la cinémathèque de Chaillot où j’ai vu dans les années 1980 la plupart des chefs-d’œuvre du cinéma japonais, sauf celui-ci, alors qu’il aurait mieux accompagné que tous les autres ma vie de femme. J’ai longtemps eu chez moi une grande affiche de Tanaka (sur mon chauffe eau…). Je la voyais tous les jours, sans savoir que l’actrice fétiche de Mizoguchi a réalisé encore cinq autres films, jamais montrés dans les rétrospectives du cinéma japonais. Hélène Frappat nous apprend que Mizoguchi téléphonait aux producteurs pour leur demander de ne pas financer les films de Tanaka, une actrice aussi célèbre au Japon que Marlène Dietrich.
Maternité éternelle exalte la douleur d’une mère de deux enfants, un garçon et une fille, écrasée par un époux au chômage. L’homme exploite à fond sa femme pour élever les enfants, eux aussi tyranniques envers leur mère. Il moque avec vulgarité l’intérêt que manifeste sa femme pour la poésie dès qu’elle a un instant de libre. Au retour de son club de poètes, elle le surprend avec une autre femme. Alors qu’elle est frappée de stupeur, puis s’effondre en larmes, le mari lui signifie qu’une bonne épouse doit valoriser son mari et fermer les yeux sur ses infidélités. Ce type de diktat se lit encore en 2024 sous la plume du romancier japonais Murakami.
Ce film a sombré dans l’oubli et aurait dû y rester à cause de la mentalité despotique des hommes sur les femmes qu’il expose avec la somptueuse élégance d’une poésie écrite dans les étoiles. Le ressortir est l’acte de naissance d’un couple magnifique, celui de Kinuyo Tanaka, réalisatrice, et de Fumiko Shimojô, autrice de tankas, une forme brève de poésie japonaise. En conciliant deux choses inconciliables, Maternité éternelle construit des passerelles vers une autre intelligence de l’art.
Présenté comme le chef d’œuvre de Tanaka, cette vie d’une poétesse de tankas (forme brève) exprime des choses d’une importance considérable qui mériteraient une thèse. Je note que la notion de chef d’œuvre se colore aujourd’hui des thèmes de la féminité dans l’expression artistique. Un chef-d’œuvre de femme signifie encore « moins bon » qu’un chef d’œuvre dû à un homme. Hélène Frappat nous apprend au cours du débat qu’Alfred Hitchcock a violé une de ses principales actrices, Tippy Heydrey. Cette tension qui ne se lâche jamais entre les violences des censeurs et les œuvres de femmes engendre un mal-être. Les femmes telle Fumiko Shimojô qui doivent écrire en cachette de leur conjugalité, voient leur expression fragilisée, tandis que les censeurs sont injustement honorés — pensons à Stendhal plagiant Claire de Duras. Désigner un « chef d’œuvre de femme » est fait dans l’esprit de protéger des œuvres rendues « vulnérables » et déséquilibrées par la ségrégation sociale mais en fait très fortes.
La lecture d’Hélène Frappat est nouvelle et invite à d’autres lectures « amicales ». Il ne s’agit pas de faire preuve d’une quelconque habileté, encore moins de manipuler pour dominer. En revanche, les scènes fortes se succèdent, autant pour s’attacher aux racines de la psyché féminine que pour s’en libérer. Après les scènes de la joie de vivre avec des enfants à la campagne, Tanaka montre les corps morts qui sont conduits hors de l’hôpital où souffre la poétesse aux seins coupés1 ; les lamentations et les soins des morts s’inscrivent dans l’ordre cosmique. Les allusions des commentaires d’Hélène Frappat fabriquent un rapport furtif et assuré, nuancé et profond avec l’œuvre. Elles reconstruisent un corpus filmique dévalorisé au profit de la violence virile2. Les concepts inhérents à nos formations laïques sont temporaires, et à présent, ils ont l’atout de ne plus rejeter les clartés de la mystique.
Souffrir pour venir au monde, souffrir pour écrire. La poétesse est celle qui n’est pas vue, alors que ses poèmes font corps avec sa propre vision. Son corps est politique, les seins sont censés faire d’elle une femme, et Hélène Frappat considère la scène dans la baignoire où Fumiko montre ses seins coupés à une autre femme comme un « moment de subversion totale ».
Après l’opération, alors qu’elle se meurt, Fumiko vit une passion charnelle avec un journaliste de Tokyo qui a fait l’éloge de sa poésie tout en annonçant la mort certaine de la poétesse. C’est donc par la presse qu’elle apprend que le cancer du sein a atteint les poumons. L’insistance du journaliste pour obtenir des poèmes peut paraître morbide mais Fumiko y consent. La demande de ce bel homme venu de Tokyo profite à Fumiko, lui donne un surcroît d’existence. L’éternel féminin fait résonner dans ses poèmes portés par les sublimes images de Tanaka une langue commune à toutes les femmes. La notion de Goethe, magnifiée par Nerval sous les traits de la déesse Isis, s’allie à un autre grand thème : la maladie. L’engagement dans l’œuvre est acceptation de la mort. De toutes façons, c’est l’omniprésence de la mort qui fait penser l’écriture.
Par l’amour et l’œuvre poétique, la mort de Fumiko est le témoignage éternel de la poésie. Elle est le contraire de la mort de toutes les femmes qui doivent mourir dans les œuvres des hommes (voir mon Voyage en Orient), car elle ajoute au célèbre « désespère et meurs » de Chatterton, au sujet du poète, la maternité éternelle.
Chaque génération entretient avec ses moyens la fatale phobie des sexes en croyant tout réinventer. Ce n’est qu’une guerre de plus. À Hokkaido, le mode de vie de Fumiko est rural. La chirurgie paraît primitive. Or c’était il y a soixante-dix ans... Le groupe de poètes semble être le seul espace social l’égalité entre hommes et femmes est encouragée. L’intégration des femmes à une communauté réelle est suspendue à un idéal.
À présent, la génération des « Malcontentes » est prise dans une nébuleuse qui s’élève et s’abaisse en étant surtout happée par les faits dérisoires. Sortie du ghetto, la thématique des femmes retombe dans les clichés, s’enfonce dans des spéculations intellectuelles qui déclinent sous les formes presqu’outrancières la haine de soi. On croit inventer des lois qui n’ont pas la hauteur et l’à propos des lois de Charlemagne dans ses Capitula, qu’il faudrait connaître.
Et quelles images fabriquons nous ? La mise à nu de quelques rouages de la mécanique sociale du patriarcat fixe des mirages qui contiennent les germes de l’échec, comme le montre d’El Topo (1970). Inversement, au moment où la poétesse Fumiko doit être un cadavre, elle est tout sauf un cadavre. La magie s’accomplit.
Ce qui renvoie à l’actuel procès Pélicot, ultra médiatisé. La plaignante fut réduite à l’état de « belle endormie », autre grand thème illustré par Blanche Neige, et elle réussit à imposer au monde sa parole, comme une manière de star…
1. Du même registre que la langue coupée de la Princesse grecque Philomèle dans les Métamophoses d’Ovide, reconnue par les féministes américaines de la fin du XXè siècle comme l’allégorie de la poétesse privée de langue. Voir au Pan poétique des Muses le numéro hors série dirigé par Camille Aubaude sous le titre Tant de Philomèles en ce monde… voir http://www.pandesmuses.fr/2016/03/philomele.html et http://www.pandesmuses.fr/2016/03/table-des-matieres-du-n-4.html.
2. Le MK2 Beaubourg joue en même temps que le chef d’œuvre oublié de Tanaka tous les films d’Alejandro Jodorovsky. Je suis sortie presqu’au milieu d’El Topo (1970), et si j’ai regardé si longtemps ce spectacle d’horreurs, c’était dans l’espoir qu’elles s’arrêtent, puisqu’il s’agit d’un « saint » qui « s’engage dans la libération d’une communauté de parias » ; le propre fils du cinéaste âgé d’environ sept ans traverse à dos de cheval un village massacré (empalement, éviscération, et tutti quanti). Un colonel a une très belle servante sexuelle qu’il offre comme « des restes » quand il s’en lasse à des mercenaires aux faces cauchemardesques. Des prêtres sont violés et maquillés avec leur sang. Etc., etc. Cette complaisance dans la barbarie est justifiée par une critique sociale colorée de mystique. John Lennon et Yoko Ono ont produit ces imbéciles outrances.
Camille Aubaude (critique & images), « Maternité éternelle »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2024 NUMÉRO SPÉCIAL | NO IV | « Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) », 1er Volet, & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 31 octobre 2024. URL :
Créatures fantastiques du Japon, l'ouvrage de Chris Lavaquerie-Klein et Laurence Paix-Rusterholtz illustré par Nina Hayer et publié chez Nathan, est destiné à un jeune public curieux de décou...
Créatures fantastiques du Japon, l'ouvrage de Chris Lavaquerie-Klein et Laurence Paix-Rusterholtz illustré par Nina Hayer et publié chez Nathan, est destiné à un jeune public curieux de découvrir l'origine des héros et des héroïnes qui peuplent ses mangas, ses animes et jeux vidéos préférés. Dès 9 ans... et jusqu'à un âge très avancé. Un livre érudit, passionnant et superbe !
Chris Lavaquerie-Klein et Laurence Paix-Rusterholtz ont choisi dans leur dernier ouvrage de nous emmener au Japon. Et quel meilleur moyen pour découvrir une civilisation que de remonter à ses origines ? Le texte des deux autrices et les illustrations de Nina Hayer nous plongent dans un pays partagé entre traditions et appropriation, ou entre Orient et Occident. Les dessins – magnifiques – puisent leur inspiration dans les estampes japonaises du XIXème siècle, et même antérieures puisque le premier auteur de mangas n'est autre qu'Hokusai. Toutes ces œuvres ont largement influencé les mangakas des siècles suivants. Un premier saut dans le temps – graphique – est franchi. Le deuxième est textuel, puisque le récit fait le pont entre des Pokémon, des personnages de mangas, de films d'animation et de jeux vidéos ayant pour source celles et ceux présent.e.s dans la mythologie et les contes et légendes nippons. La conception du livre « Créatures fantastiques du Japon »est proche de celle de « Un dieu sur deux est une déesse»de ces deux mêmes autrices, paru également chez Nathan en juin 2023. En effet, dans les deux ouvrages elles narrent d'abord l'histoire et mentionnent ensuite les spécificités des personnages : les moyens de les reconnaître, leur survivance dans la société actuelle, etc. Avec « Un dieu sur deux est une déesse », les jeunes lecteurs découvraient les mythologies grecque, américaine, africaine, entre autres, et... asiatique. Ils y croisaient déjà Amatesaru, la déesse de la lumière. Composé de quatre parties, "Créatures fantastiques du Japon" nous conte les exploits d'êtres aux pouvoirs extraordinaires :
— les kamis, dieux vénérés par les adeptes de la religion shintoïste qui se divisent en trois groupes : les kami Parents du monde, les kami du Ciel et les kami de la Terre.
— Les yōkai, des êtres fantastiques qui peuplent le monde surnaturel japonais.
— Les dragons, qui sont les descendants des dragons chinois et aussi des nāga, les dragons indiens introduits au Japon avec le bouddhisme.
— Les héros et l'héroïne, considéré.e.s ainsi à la suite de leurs victoires militaires.
Ayant opté pour une lecture féministe de l’ouvrage, nous parlerons surtout des créatures fantastiques de sexe féminin, sans oublier cependant leurs homologues masculins ou d'un autre genre. Les déesses, les yōkai, les dragonnes et l'héroïne se révèlent puissantes, solaires, gaies, intelligentes, terrifiantes, rusées, amoureuses, aidantes, bienveillantes et conquérantes. Des "femmes" fortes !
Izanami, la sœur d'Izanaki, tous deux Kami Parents du monde, sont chargé.e.s par les Kami du Ciel de rendre la Terre habitable. Après avoir créé l'île Onogoro et construit un palais, ils se marient. Izanami donne naissance aux huit îles formant le Japon, ainsi qu'aux Kami du vent, des montagnes, des eaux, des arbres, des fleurs, de tous les éléments de la nature et... du feu qui va lui brûler les entrailles et provoquer sa mort. Izanaki l'implore de revenir dans le monde des vivants. Elle exauce son souhait à condition qu'il attende son retour sans essayer de la voir. Il désobéit. Ils ne se reverront jamais. Elle devient la déesse de la mort. Izanami est la kami co-créatrice du Japon et des éléments. Trahie par Izanaki, son frère et mari qui transgresse l'interdit, Izanami en proie à une terrible colère et animée par la vengeance devient la déesse de la mort, elle qui avait donné naissance au monde. Un air d'Orphée et Eurydice !
Amaterasu, kami de la lumière lasse du comportement violent de son frère Susanowo, kami de la mer et des tempêtes, décide de se retirer dans une grotte céleste. Les ténèbres règnent sur la Terre. Les kami se réunissent pour trouver une solution. Elle va passer par le forgeron du Ciel et son miroir, et par Uzume, kami de la gaité et de la joie, qui en provoquant des rires va éveiller la curiosité d'Amatesaru et la faire sortir de la grotte. La lumière se reflétant dans le miroir révèle sa présence. Un kami va l'extraire de sa cachette. Le soleil réapparaît. Le soleil, astre puissant, se décline au féminin. Le disque rouge surmontant les cheveux d'Amaterasu est devenu le symbole du Japon, le pays du Soleil Levant. Cette déesse représente une figure fondatrice de la culture japonaise. Elle a apporté aux hommes les champs de riz, la technique de l'élevage des vers à soie et l'art du tissage.
Uzume, kami de la gaité et de la joie. Amaterasu envoie son petit-fils sur la Terre au Japon pour apporter le riz aux humains. Elle charge Uzume de l'accompagner. La kami de la gaité et de la joie, le jeune prince et son cortège doivent franchir le Pont Flottant du Ciel gardé par le terrible Saruto-Hiko, chef des Kami terrestres. Ce dernier, face au nombre, craint de perdre son pouvoir et barre l'accès au pont. Les kamis sont certains qu'Uzume saura convaincre cet adversaire. Une mission qu'elle accomplit grâce à son humour. Uzume est une déesse en qui l'on peut avoir confiance pour mener à bien une mission importante et difficile grâce à son rire et son humour.Et ce n'est pas son seul exploit. Rappelons qu'elle avait réussi à extraire la kami de la lumière de son refuge en exécutant une danse endiablée suscitant l'hilarité des spectateurs.Ellea survécu sous les traits d'un personnage de kyōgen, le théâtre comique et satirique japonaise.
Et du côté des dieux :
Ohokuninushi, kami de la médecine et de la guérison, dont la double résurrection fait aussi de lui un kami de la magie et du renouveau. Dieu très important du shintoïsme, il est vénéré pour ses qualités humaines : bonté, courage et compassion. Le tengu, kami des montagnes et des forêts défend son territoire. Gare à ceux qui veulent y porter atteinte. Il a inspiré le Pokémon Tengalia.
Nure-Onna, la femme serpent. Les villageois coupent les branches de saule. Soudain, ils entendent une femme tenant un bébé emmailloté das ses bras appeler au secours. Elle est en train de se noyer. Un pêcheur et un villageois se portent à son secours. mais cette femme n'est autre que Nure-Onna, affamée. Elle enroule son immense corps de serpent autour du pêcheur puis du paysan et les entraîne au fond de l'eau pour les dévorer. Cettefigure de l'ogresse a sa place dans le bestiaire fantastique. L'ogresse est associée à la mort. Rusée, fourbe, terrible, terrifiante, son nom signifie "femme humide". Elle est parfois considérée comme un dragon.
Kuzu no Ha, la kitsune blanche. Alors que Abe no Yasunason traverse la forêt, surgit une magnifique renarde blanche qui le supplie de la sauver d'un chasseur. Elle n'est autre que l'animal sacré de la déesse Inari, kami de la prospérité. Son intervention permet à la renarde de disparaître. Mais le chasseur, furieux, s'en prend au garçon qu'il laisse seul dans la forêt, dans l'incapacité de se relever. Une belle jeune fille va lui apporter son aide. Ils vont se marier et avoir un fils. Kuzu no Ha est la renarde blanche à qui Abe no Yasunason a porté assistance. Elle doit garder son secret sinon le charme sera rompu. Un jour, pensant être seule, elle laisse apparaître sa queue sous son kimono. Son petit garçon la voit. Elle doit fuir. Elle arrange une dernière rencontre avec son mari et son fils, qui, grâce aux dons qu'il reçoit de sa mère, deviendra un grand magicien. La métamorphose de l'animal en humain et le thème du charme rompu sont des éléments traditionnels du conte. Kuzu no Ha est un personnage émouvant. Elle paie cher sa transgression de l'interdit. Son retour à la condition animale ne lui enlève pas son humanité. Elle garde tout son amour pour Abe no Yasunason, qui l'a sauvée et qu'elle a secouru, et pour son petit garçon, à qui elle prend le temps de transmettre des pouvoirs et qu'elle ne reverra jamais.De l'inconvénient pour un simple mortel d'épouser une créature fantastique.
Abordons les yokaï d'un autre genre.
Bake neko, un chat pas si mignon dont le Pokémon Mentali va s'inspirer, est aussi présent dans le film de Hayao Miyazaki "Mon voisin Totoro". Ces personnages n'en n'ont pas l'horrible caractère. Notons cependant queBake neko devient géant et terrifiant pour venger la mort du fils de sa maîtresse. Les tsukumogami se vengent. Furieux de la façon dont ils sont traités, les vieux objets se rebiffent. Nous les retrouvons dans le manga de Hiroshi Shiibashi, "Nura, le seigneur des yōkai" et dans la série de films "Yo-Kai Watch". Le kappa, un yokaï facétieux. Kappa signifie "enfant des rivières". Les kappas auraient été inventés par des parents pour faire peur à leurs enfants. Le kappa a inspiré les Pokémon Nénupiot. Par ailleurs, il est l'un des personnages du film de Keiichi Hara "Un été avec Coo". Le tanuki, roi de la transformation, porte un chapeau de paille et une gourde remplie de saké. C'est le yokai-esprit des montagnes et des forêts. Il a une réputation de farceur mais il est aussi très gentil. Dans les jeux vidéos, sous le personnage de Mario Tanuki, il figure aussi dans Pompoko, film d'animation d'Isao Takahata.
Hyakume, le gardien de nuit chargé de garder un très vieux temple, est un être recouvert d'un centaine d'yeux jaunes clignotants. Une grande aide la nuit mais un calvaire le jour car la lumière le brûle. Il a inspiré Shigeru Mizuki, auteur du manga "Kita le repoussant", ainsi que l'artiste japonais Takashi Murakami.
Toyotame hime, l'éblouissante princesse, est la fille de Ryūjin, le roi-dragondes mers. Ce dernier va aider Howori, l'un des petits-fils d'Amatesaru, à se tirer d'un bien mauvais pas. Il le mène à son palais où vit sa fille. Howori en tombe amoureux et l'épouse. Au moment d'accoucher, Toyotame hime prie son mari de ne pas la regarder pendant qu'elle met au monde leur enfant. Howori ne respecte pas cette requête et voit sa belle épouse transformée en monstre marin. Elle doit retourner vivre au palais sous la mer. Ils ne se reverront plus mais ne cesseront jamais de s'écrire des lettres d'amour. Encore une fois, de l'inconvénient pour un simple mortel d'épouser une créature hors-norme, telle que la fille du roi-dragon des mers, et de lui désobéir. Rappelons-nous Izanakiqui n'avait pas respecté la demande d'Izanami, déclenchant la colère de cette dernière.Et si une fois de plus l'interdit est transgressé, la fin est cependant plus heureuse. Une source d'inspiration pour la Petite sirène ?
Zennyo Ryūō, la bienfaitrice va répondre à l'appel du moine bouddhiste Kükai que l'empereur a sollicité, parmi d'autres, pour faire cesser la sécheresse sévissant au Japon. Il déclenche ainsi la jalousie du moine Shubin qui avait les faveurs du souverain. Au cours d'une longue méditation, Kükai découvre que Shubin a enfermé le kami des pluies pour l'empêcher de rentrer en contact avec les divinités. C'était sans compter sur Zennyo Ryūō qui, sous la forme d'un dragon aux écailles d'or, va surgir du fond d'un étang et déclencher un orage terrible. Bienveillante, aidante, Zennyo Ryūō est un divinité bouddhique surnommée "la dame de bonté". C'est l'une des rares figures féminines à atteindre l’Éveil, la sagesse du Bouddha.
Gozuryū, le dragon d'Enoshima[et la déesse du bonheur Benzaiten]. Les villageois de Kamakura ont peur du dragon Gozuryū. En effet, ce monstre à cinq têtes dévore les enfants. Les villageois s'adressent à la déesse du bonheur Benzaiten qui, touchée par leur détresse, vient à leur secours. Grâce à elle le dragon devient doux comme un agneau et... heureux. Benzaiten, l'une des sept divinités du bonheur, est aussi la déesse de l'eau, du savoir, de la littérature, de la musique et de la beauté.
Jingū, la conquérante. Chūai, l'empereur du Japon meurt car il a refusé de croire en l'existence de la Corée. Son épouse Jingū consulte Amatesaru, kami de la lumière. La déesse prédit à l'impératrice qu'elle va conquérir la Corée et ses trois royaumes. Pour mettre les chances de son côté, Jingū sollicite Ryūjin, le roi-dragon des mers qui, impressionné par sa détermination, lui apporte son soutien. L'impératrice prend ainsi possession des royaumes convoités. Son histoire a inspiré les Onna-bugeisha, femmes qui se battent au côté des samouraïs. Elle est également la première femme à être représentée sur la monnaie impériale.
Umezu Chūbei, le vaillant samouraï[et la femme mystérieuse]. Le samouraï Umezu Chūbei défend par tous les temps les portes du château de son seigneur. Un jour une femme arrive, portant un bébé qu'elle confie au samouraï. Il accepte par crainte d'un mauvais sort. Cette femme pourrait être un yōkai. Pendant de nombreuses heures, il tient le bébé dans ses bras alors que celui-ci, étrangement, pèse de plus en plus lourd. La mystérieuse visiteuse revient et lui apprend que grâce à sa ténacité, il a sauvé le bébé et la maman. Le kami lui fait don d'une force exceptionnelle. Ce récit prend sa source das le conte écrit par le journaliste irlandais Lafcadio Heam.
Et parmi les héros :
Momotarō, contre les oni.
Grâce à sa force surhumaine, Momotarō, accompagné de ses amis (un chien, un singe et un faisan), arrive à affronter les oni, des monstres qui pillent la région. Momotarō est devenu un symbole de protection du pays contre la pollution par exemple, une nouvelle menace.
Kintarō, le plus fort des héros.
Élevé par une sorcière des montagne, Kintarō est le fils du kami du tonnerre qui l'a doté d'une puissance sans pareille. Un jour, alors qu'il joue avec ses amis, un ours noir s'approche. Kintarō initié aux techniques du sumo, l'affronte et sort vainqueur du combat. Il gagne le respect de l'ours et suscite le vif intérêt du chef de la garde impériale qui a assisté au combat. Lors de la Fête des Enfants le 5 mai, des poupées Kintarō sont confectionnées et installées à l'intérieur des maisons.
Abe no Seimei, le magicien malin est un personnage que nous avons déjà croisé puisqu'il est le fils de la renarde blanche, kitsune à qui il doit ses dons exceptionnels de magicien. Ceux-ci font des envieux parmi les devins, en particulier Ashiya Doman qui lui lance trois défis et n'hésite pas à tricher pour gagner, en vain. Abe no Seimei a vraiment existé. Il fut un grand maître du yin et du yang.
Humanit'elles (article & photographies),« « Créatures fantastiques » du Japon entre mythologie japonaise et culture pop »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : AUTOMNE 2024 NUMÉRO SPÉCIAL | NO IV | « Les femmes poètes européennes par Lya Berger (1877-1941) », 1er Volet& Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 15 octobre 2024. URL :
La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).
L’association SIÉFÉGP publiera en septembre 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.
SIÉFÉGP, JUIN 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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N° III ÉTÉ 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception Irène Shraer, « Vertige du réel », nouvelles aux éditions Unicité, 2026, 141 p. 14€ Article par Maggy de Coster Site personnel Le Manoir Des Poètes
Il s’agit...
Événements poétiques | NO II Hors-Série | Festival International Megalesia 2026 « POÉTIQUE PRINTANIÈRE » | Distinctions 2026 | Prix poétiques attribués par la SIÉFÉGP le 1er Mai | Revue Matrimoine 2026 | Le Prix International Poésie de l'Académie Claudine...
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