19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 16:55

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Dossier majeur | Florilège

 


 

 

 

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les femmes font tourner la terre

 

​​

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 Artiste peintre & sculptrice

 

Maria-Grazia Surace

 

Ses sites & page facebook officiels :

http://mariagrazia-surace.com

https://www.saatchiart.com/mariagraziasurace

https://www.facebook.com/mariagrazia.surace.art

 

 

 

 

© Crédit photo :  Image de la sculpture "Goddess" de l'artiste peintre et sculptrice Maria-Grazia Surace, Buste doré.

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les femmes font danser la lumière

sur la musique des rivières

et font tomber la douce pluie

sur les paupières de la nuit

 


 

les femmes font tourner la terre

dans leur ventre de mères

elles enfantent le monde

dans la magnificence de cette ronde


 

où chaque matin revient

un poème à la main

un pan de ciel et de soleil

pour enrober l'âme qui s'éveille


 

 

© Françoise Urban-Menninger, 2022.

 

 

***

 

Pour citer ces poème & sculpture féministes & inédits

 

​Françoise Urban-Menninger, « les femmes font tourner la terre », poème illustré par l'artiste peintre & sculptrice Maria-Grazia Surace, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 19 septembre 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no12/fum-lesfemmes

 

 

 

Mise en page par David

 

 

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16 septembre 2022 5 16 /09 /septembre /2022 15:35

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Astres & animaux | Réception d'autrefois / Poésie des aïeules

 

 

 

 

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Le petit oiseau prisonnier

 

 par Désirée Pacault

 

 

 

 

 

​​

 

 

Auguste de Roosmalen (18??-18??)

 

Désirée Pacault (1798-1881)

Texte choisi, transcrit, corrigé & commenté brièvement par Dina Sahyouni

 

 

 

 

Crédit photo : Berthe Morisot, "The Cage", 1885, Commons.

 

 

Melle PACAULT (Désirée)


 

Née à Beaune, en Bourgogne ; son père avait été professeur de rhétorique dans plusieurs collèges de France. Elle vint à Paris et débuta dans la carrière des lettres par un poème intitulé : Le Grec. Quelques journaux de la capitale, entre autres la France Littéraire, s'empressèrent de l'admettre au nombre de leurs rédacteurs. La société d'encouragement pour les lettres et les arts, la société Racinienne, lui décernèrent chacune, une médaille pour les travaux qu'elle avait adressés à ces sociétés. Plusieurs académies et associations savantes : la société d'Enseignement universel, la société Impériale et Royale des sciences, lettres et arts d'Aretina, en Toscane, etc., l'accueillirent dans leur sein. Mais ces récompenses, si honorables qu'elles soient ne la tirèrent pas de l'état de gêne dans lequel une fâcheuse entreprise la fit tomber. Elle n'obtint, dans ces derniers temps, aucune aide du ministère chargé de venir au secours des gens de lettres, et fut obligée de quitter Paris. Elle est maintenant à Boulogne-sur-Mer, qui lui doit une ode à sa colonne. On a imprimé ses poésies, en divers volumes : Émotions, 1 volume ; Inspirations, 1 volume, etc.


 

Le petit oiseau prisonnier (Fragment)

 

 

Avec sensibilité et douceur     Que ne puis-je voler vers cet espace immense

                    Qu'on appelle les cieux !

Avec charme et légèreté...      Sur la feuille des bois ; que le Zéphyr balance

                    Me poser tout joyeux !

Imitatif …............................. Respirer les parfums dont s'enivre l'abeille ;

Gracieux …......................... Du jeune papillon partager les ébats ;

Plus excité …...................... Admirer la beauté de la rose vermeille,

Avec finesse ….................... L'effleurer comme lui de mes pieds délicats !

                      

Plus enthousiaste ….               Ainsi que la frêle nacelle

Mais toujours naïf               Légèrement avec mon asile

                    Raser la surface des eaux ;

Imitatif avec amabilité ..           Écouter la brise timide

                      Palpiter dans la voile humide

                      Et gémir parmi les roseaux !

               

Chaleureusement.  .  .  .  .    J'ai pourtant vu s'élever dans l'espace

                Plus d'un oiseau dont j'ai perdu la trace !...

Avec sensibilité et regret.     Cependant comme lui j'ai des ailes d'azur

                Qui pourraient m'emporter où vole ma pensée !..

Douceur et sensibilité.  .  .    Cependant comme quand le matin est pur,

                J'aimerais à jouer dans l'herbe et la rosée,

                Puis retourner au nid où j'ai chanté !...

               

               

Avec âme .  .  .  .  .  .  .        Oh ! qui m'affranchira de ce triste esclavage ?...

Vivement pénétré.  .  .  .    Qui brisera les fers de ma captivité ?...

Tristesse, mais avec grâce.    Je souffre ; mais hélas ! je n'ai pas de langage

                Pour demander ma liberté.

 

 

 

 

    Tout ici doit être exprimé avec délicatesse ; tout est jeune, gracieux, et empreint d'une douce mélancolie. Cet exemple sera favorable à l'étude de l'articulation et des tons fins et légers.

 

Le poème présenté et commenté ci-haut se trouve dans l'œuvre de ROOSMALEN, Auguste de (18??-18??). Études littéraires, ou Recueil des chefs-d'œuvre de la littérature française, dans tous les genres : avec des annotations pour les bien lire, des remarques littéraires pour en apprécier le style et se former à l'éloquence, précédés de notices biographiques et de portraits, Paris, au bureau de l'orateur, 15, rue Suger, 1845, pp. 177-178. Cet ouvrage est tombé dans le domaine public.


Bien évidemment, cette réception d'autrefois est biaisée puisqu'elle néglige la portée principale du poème ainsi que la vie de Désirée Pacault. tout en choisissant ce poème, l'auteur Auguste de Roosmalen minimise l'importance du sujet traité par Désirée Pacault et sa signification symbolique. Cette réception met donc en lumière le talent poétique de Pacault à travers la légèreté et la finesse des tons sans toutefois lui reconnaître le pouvoir créatif de traiter des thèmes imposants et universels comme le font les poètes hommes. De nos jours, on interprète ce poème par le biais des notions comme la zoopoétique, l'ecopoétique, l'ecoféminisme, le féminisme, etc.

Les Archives Municipales de Beaune ont publié en 2020 sur leur site Web la notice biographique de l'artiste, compositrice et poète Désirée Pacault, veuillez la consulter par l'intermédiaire de cette adresse : https://archivesbeaune.wordpress.com/2020/06/23/desiree-pacault-artiste-beaunoise/

À lire aussi : 

 

​​​***​​​

 

Pour citer cette réception d'autrefois du poème de l'aïeule

 

Auguste de Roosmalen, « Le petit oiseau prisonnier par Désirée Pacault », extrait de ROOSMALEN, Auguste de (18??-18??), Études littéraires, ou Recueil des chefs-d'œuvre de la littérature française, dans tous les genres : avec des annotations pour les bien lire, des remarques littéraires pour en apprécier le style et se former à l'éloquence, précédés de notices biographiques et de portraits (1845), choisi, transcrit, corrigé & commenté brièvement par Dina Sahyouni pour Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 16 septembre 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no11/roosmalen-oiseauprisonnier

 

 

 

 

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5 septembre 2022 1 05 /09 /septembre /2022 14:40

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier majeur | Articles & témoignages / Poésie des aïeules | Voix & Voies de la sororité 
 

 

 

 

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Amitié féminine

 

 

 

 

 

​​

Renée Vivien (1877-1909)

Texte choisi, transcrit & brièvement présenté par Dina Sahyouni

 

 

 

 

Crédit photo : "Ruth and Naomi", St James, domaine public, no 1.

 ​​​​​​​

 

Brève présentation

 

Ce superbe récit d'amitié entre femmes est inspiré par la Bible et se trouve dans VIVIEN, Renée (1877-1909), La dame à la louve, Paris, Alphonse LEMERRE éditeur, 23-31, passage Choiseul, MDCCCCIV/1904, pp. 185-188.

​​​​​​Le recueil de contes appartient au domaine public et on peut le lire ou le télécharger sur la bibliothèque numérique Gallica (partie intégrante de la Bibliothèque Nationale de France).

 


À travers ce conte biblique de l'amitié au féminin entre deux femmes juives d'Orient, Renée Vivien tente de défaire le préjugé péjoratif sur les femmes qui les représente comme éduquées pour se querelle, se jalouser ou encore se haïr...

Le récit de l'amitié solide entre Ruth et Naomi donne à Renée Vivien l'opportunité historique de réhabiliter la capacité des femmes à devenir amies et à entretenir entre elles des relations humaines amicales faites de solidarité, d'entraide, de compréhension, d'affection, plus sincères et authentiques que celles des hommes (amitiés masculines transformées en fraternité. L'amitié désintéressée décrite dans ce conte ouvre la voie à la (voire annonce de ce que l'on qualifie désormais de) sororité.

 

Grâce à sa définition de l'amour amical ainsi que celui qui est défini par la vie, la correspondance et les œuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore (voir ex. « L'amie » et le numéro du Journal Des Muses dédié à l'amour chez elle, 2022), les femmes ont de beaux exemples concrets de l'amour amical et de l'amitié au féminin qui peuvent donner naissance à la sororité.

 

Cette amitié a la musique bleue des "cithares" et le parfum d'une "violette" comme caractéristiques. Elle est également accessible à toutes celles qui l'attendent et la désirent ardemment. Le "parfum de violette" est probablement celui d'une sororité qui permet aux femmes d'apprendre de leurs expériences communes et de reconsidérer leurs capacités d'agir dans leurs sociétés respectives pour se libérer et valoriser leurs compétences. Renée Vivien dessine sous l'apparent attribut habituel acculé aux femmes de son l'époque, c'est-à-dire le "féminin", une structure sociale plus solide et puissante que la fraternité en employant toujours le vocabulaire connoté de son époque. Ainsi, son conte "L'amitié féminine" au titre et contenu apparemment inofensifs narrent une amitié féministe bien lucide, intergénérationnelle et ultra puissante qui dépasse de loin la notion de la fraternité et murmure celle à venir.. celle de la sororité.

L'aïeule Vivien nous l'explique féministement tout au long du conte et particulièrement dans les dernières lignes en parlant de "l'Avenir"...

En effet, et d'une façon générale, nous observons que les représentations picturales de Ruth et Naomi à travers les siècles s'accordent avec le récit de Renée Vivien (cf. voir les peintures exposées en exemple in situ).


 

 

Crédit photo : Jan Victors,"Ruth and Naomi", 1653, domaine public, no 2.

 

​​​​

 

L'amitié féminine 

 

 

 

    De toutes les lourdes sottises dont les Philistins de lettres accablent leurs lecteurs, voici, je crois, la plus formidable :

    « Les femmes sont incapables d'amitié. Jamais il n'y eut de David et de Jonathan parmi les femmes. »

    Me sera-t-il permis d'insinuer que l'affection de David pour Jonathan m'a toujours paru plus passionnée que fraternelle ? Je n'en veux pour preuve que l'oraison funèbre du jeune conquérant :

 

Tu faisais tout mon plaisir.

Ton amour pour moi était admirable,

Au-dessus de l'amour des femmes.

 

    Je ne crois pas que ce soient là de blanches larmes d'amitié douloureuse. J'y reconnais plutôt les larmes de sang d'une ardeur veuve.

    Combien est plus désintéressée la magnifique tendresse de Ruth la Moabite pour Naomi ! Aucune langueur charnelle ne pouvait se glisser dans l'amitié de ces deux femmes. Naomi n'était plus jeune. Elle dit-elle-même : Je suis trop vieille pour me remarier.

    Je ne connais rien d'aussi beau, d'aussi simple et d'aussi poignant que ce passage :

    Naomi dit à Ruth : Voici, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux ; retourne, comme ta belle-sœur. Ruth répondit : Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi. Où tu iras, j'irai, où tu demeureras, je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu ; où tu mourras, je mourrai, et j'y serai enterrée. Que l'Éternel me traite dans toute sa rigueur, si autre chose que la mort vient à me séparer de toi !

    Comme la plus belle musique, ces paroles vous laissent sans voix et sans haleine devant l'Infini.

   

 

Crédit photo : "Naomi, Ruth en Orpa", domaine public, no 3. 

 

 

 

À l'offre résignée de Naomi, que le Tout-Puissant ramène les mains vides dans le pays natal, Ruth la Moabite répond par cette phrase d'une implorante humilité : Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi, qui prépare, ainsi qu'un prélude murmurant, l'ampleur d'orgue de la strophe incomparable : Où tu iras, j'irai...

    Jamais aucun sanglot d'amour n'égala cette ferveur ni cette abnégation. Le poème de l'amitié surpasse ici le poème de l'amour. C'est l'albe dévouement, la passion blanche. Et cette tendresse s'étend jusqu'au tombeau : Où tu mourras, je mourrai, et j'y serai enterrée.

    Naomi, dont le nom signifie beauté, douceur, sois honorée pour l'amitié que tu inspiras à ta bru, et que célébrèrent ainsi les vierges d'Israël :

    « … Ta belle-fille qui t'aime... elle qui vaut mieux pour toi que sept fils... »

 

 

 

Crédit photo : Ary Scheffer,"Naomi et Ruth", cette peinture se trouve dans l'église de Notre-Dame, domaine public, no 4. 

 

 

    En vérité, le Livre de Ruth est l'apothéose de l'amitié magnanime. L'amitié, fusion chaste des âmes, neige fondue dans la neige... L'amitié, sanglot de cithares et parfum de violette...

    Croyez-moi, ô Naomis et Ruths de l'Avenir, ce qu'il y a de meilleur et de plus doux dans l'amour c'est l'amitié.

 

 

 

​​​***

 

 

 

Pour citer ce conte présenté de l'aïeule sur l'amitié

 

Renée Vivien, « Amitié féminine », extrait de VIVIEN, Renée (1877-1909),​​​​​​ La dame à la louve (1904) choisi, transcrit & brièvement présenté par Dina Sahyouni pour Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 5 septembre 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no11/vivien-amitiefeminine


 

 

 

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16 août 2022 2 16 /08 /août /2022 17:01

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier mineur | Articles & témoignages | Revue poépolitique
 

 

 

 

 

 

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Des poèmes du poète

 

 

cubain exilé Ernesto Díaz Rodríguez

 

​​

 

 

 

 

 

Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

​​​​​

 

 

​​​Crédit photo : British School, "A Young Woman in a Blue Dress", domaine public, Wikimedia.

 ​​​​​​​

 

 

 

En las alas del vientos, Ernesto Díaz Rodríguez Editor Angel De Fana,  Miami 2022.

 

Ernesto Díaz Rodríguez est né le 11 novembre 1939 à Cojímar, un village de pêcheurs situé à 4 Km à l'est de la baie de La Havane. Militant anti-castriste, il a passé 22 ans et 3 mois d'emprisonnement politique sévère dans des prisons et des cellules d'isolement à Cuba avant d’obtenir l’asile politique à Miami. Les poèmes qui vont suivre sont extraits de son recueil «  En las alas del vientos » écrit pendant sa captivité et publié aux Éditions Angel De Fana, Miami été 2022. Torturé physiquement mais son âme de poète est restée intacte.

 

Selon son préfacier J. A Albertini : 

 

« Ce qui surprendra le plus n'importe quel lecteur, c'est qu'Ernesto Díaz puisse transmuter la douleur d'un long emprisonnement si rude, si cruelle, en  cette tendresse diaphane […]qui coule dans sa poésie pour enfants ; cette tendresse diaphane […] remplit l'intégralité de l'œuvre poétique d'Ernesto.» 



 

MI DESVELO


No es el estar
perennemente anclado
en este puerto de oxidados espinos,
ni el fuerte olor a moho
que rezuma la piedra
lo que más me golpea a cada instante.
No son las noches
gastadas ya de insomnio repetido,
idénticas a tantos pensamientos
encallados
sino las íes
- todas -
que andan de un lado para otro
buscando quien les ponga los puntos.
Pero
verán que un día,
cuando me canse de esperar,
izo las velas y...
¡voy a ponerle punto hasta las zetas!
Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión La Cabaña,

30 de octubre, 1976


 

MON DÉVOILEMENT

 

Ce n'est ni le fait d’être

ancré à jamais 

dans ce port de barbelés rouillés,

ni la forte odeur de moisissure

que suinte la pierre

qui me frappe le plus à chaque instant.

Ce ne sont pas les nuits

d’insomnies  répétées,

identiques à tant de pensées

embourbées

mais les i

- tous -

ceux qui vont de part et d’autre

chercher quelqu'un pour leur mettre les points.

Mais

ils verront qu'un jour

quand je serai las d'attendre

je hisserai les voiles et...

Je ferai le point jusqu’à z !

Ernesto Díaz Rodríguez 

( Sur les ailes du vent)

Prison de La Cabaña,

30 de octobre, 1976

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

 

**

ERROR DE CÁLCULO


Me acaban de decir,
de oído a oído,
que en los nuevos cimientos
florecerán
otras 99 celdas de castigo
(las anteriores ya no estaban
a la altura correcta).
Quizás los matemáticos soviéticos
no calcularon bien
el temple del acero antillano
y ahora están sumamente preocupados
pensando que por las cuatro pulgadas
de aspillera
se les escapa
toda la fuerza de sus vísceras
(Ya sólo nos queda por saber
en que rincón
van a plantar el cementerio).
Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión Combinado del Este
16 de marzo, 1977

 

 

ERREUR DE CALCUL

 

On vient de me dire,

d'une oreille à l'autre,

que dans les nouvelles fondations

fleuriront 

99 autres cellules de punition

(les précédentes n'étaient plus

à la bonne hauteur).

Peut-être que les mathématiciens soviétiques

N’ont pas su bien calculer

La trempe de l'acier antillais

et maintenant ils sont extrêmement inquiets

à l’idée qu’à travers  les quatre pouces

de meurtrière

s’échappe toute la force de leurs viscères

(Il ne nous reste plus qu’à savoir

dans quel coin

ils vont implanter le cimetière).

Ernesto Díaz Rodríguez 

(Sur les ailes du vent)

Prison Combinado del Este

16 mars 1977

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

**

 

AUSENCIA


Así, de pronto,
me confundo ante el péndulo
indetenible
del tiempo;
todo se ha transformado lentamente.
Acaso ya nada quede
de los lejanos pasos,
pero yo sigo recordando
las afelpadas frentes
de mis hijos,
tan diminutas y tenues
como ayer.
(Quizás no alcance a comprender
por qué los árboles
han renovado tantas veces
su follaje).

Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión Combinado del Este
23 de marzo, 1977

 

 

ABSENCE

 

Alors brusquement, 

Je me perds devant le pendule

Implacable marqueur 

du temps;

Tout s’est lentement transformé.

Peut-être qu’il ne reste plus rien

des passages lointains,

mais je me souviens encore

des visages 

de mes enfants,

si délicats et doux

comme hier.

(Je ne comprends peut-être pas

pourquoi les arbres

ont tant de fois renouvelé

leur feuillage).

 

Ernesto Díaz Rodríguez 

(Sur les ailes du vent)

Prison Combinado del Este

23 mars 1977 

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

**

CUBA


Tierra que llevas
mi sangre en tus arterias,
cómo me dueles.
¡Ay de los hijos
que te muerden la mano,
y violan tus espaldas,
insensibles,
y cubren con harapos
tu cintura de perla!
Cuba,
tierra de amor que llevo dentro,
¡cuántas noches de insomnio arrancas
a mi lecho!
¡Qué nuevas tempestades
anudan tu garganta,
tierra mía!
Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión Combinado del Este
13 de febrero, 1977

 

 

 

CUBA


 

Toi, terre qui portes

mon sang dans tes artères,

comme tu m'as blessé !

Malheur aux enfants

qui te mordent la main,

et violent ton dos,

et, insensibles,

 couvrent de haillons

ta taille perlée !

Cuba,

terre d'amour que je porte en moi,

combien de nuits d’insomnies arraches-tu 

à mon lit !

Quelles nouvelles tempêtes

te nouent la gorge,

ma terre!

Ernest Díaz Rodríguez

(Sur les ailes du vent)

Prison combinado del Este

13 février 1977

 

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

© Extraits inédits traduits et publiés avec l'amiable autorisation de l'auteur et de sa traductrice.

 

 

***

 

Pour citer ces extraits poétiques présentés & inédits

 

Maggy De Coster, « Des poèmes du poète cubain exilé Ernesto Díaz Rodríguez », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »,  mis en ligne le 16 août 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no11/mdc-ernestodiazrodriguez

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 11 Poésie engagée
3 août 2022 3 03 /08 /août /2022 17:50

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Poésie, musique & arts audiovisuels


 

 

 

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En mal d'amour, la nouvelle chanson

 

 

de MIKA vous console

 

 

 

 

 

© Crédit photo : MIKA dessinant un cœur lors d'un de ses concerts, une des imges fournies en 2021 par ​Catherine Melin, @Vebemika & d'autres Fans du chanteur. 

 

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© MIKA - Who's Gonna Love Me Now (Official Visualizer) The official visualizer for

 

 

« Lately I hit self-destruct

It’s like my on switch can’t turn off 

I’ve been up and down spinning round yo yo never hit the ground »

par MIKA, « Who's Gonna Love Me Now », juillet 2022.

 

 

 

 

Après son éclatant single « Yo Yo » lancé le 13 mai dernier et présenté lors de la finale de l'Eurovision le 14 mai, et un duo d'été en italien avec la rappeuse Baby K1, l'auteur-compositeur-interprète MIKA revient avec une nouvelle chanson écrite pour le film engagé en faveur des personnes LGBTQ+ au titre bien évocateur « Anything's Possible » du réalisateur  Billy Porter (chanteur et acteur également).2

 

Et cette fois-ci encore, l'artiste offre au public une nouvelle litanie mélodieuse intitulée « Who's Gonna Love Me Now » dans laquelle, le chanteur à succès s'approche de plus en plus de toutes les personnes en mal d'amour. Or, celles-ci se retrouvent souvent empêtrées dans une situation délicate et peinent à porter le poids de leurs désarrois et solitudes. 

 

D'emblée, cette rengaine émouvante dont le rythme rappelle celui du nô () lyrique japonais, est poétique et chantée tendrement pour tenter de décrire cet état affectif : ce mal d'amour qui frappe incessamment certains humains les fragilise ou pis les plonge dans une dépression.. parfois sans fin.

 

Ici, en lyreur (poète lyrique), MIKA tente de soulager cette peine, de l'accompagner et de l'apaiser en la sublimant à travers le chant, la musique, les mots et surtout leur poésie.

Et l'on peut exprimer les mêmes propos concernant la vidéo réalisée en noir et blanc des souvenirs de vacances heureuses du chanteur pour « Who's Gonna Love Me Now » qui ne fait que susciter et mettre en scène la nostalgie... Cet arrière-plan romantique et nostalgique se révèle donc être le décor parfait de la chanson dissociée du film pour consoler et apaiser en faisant appel à Mnémosyne (déesse symbolisant la mémoire et la mère des Muses) comme chronotope (ce concept a été développé par le théoricien de la littérature Bakhtine) dans le court-métrage présent ci-dessus de « Who's Gonna Love Me Now ».

 

 

En effet, l'Art (comprend entre autres la poésie)3, comme l'explique bien le philosophe Nietzsche est un « facilitateur de vie »4 et bien avant lui le philosophe Schopenhauer affirmait que l'art nous console.5 Sans oublier la déclaration intéressante de l'écrivain Stig Dagerman :

 

« La consolation… je devrais dire la vraie, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui m’a dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites. »6 et la conclusion lumineuse de l'article de Jean-Marie Bédoret sur la "fonction consolatrice de l’Art" :
​​​​

 

« Hanté par l’éventuelle absurdité de la vie et la mort, Stig Dagerman indique que « les vraies expériences de vie sont hors du temps dans un combat pour la liberté » corroborant ainsi sa perception d’une consolation n’étant pas l’ordre d’une aide extérieure dépendante d’autrui. Au contraire, elle illumine le sens de soi.

L’art est consolant par sa capacité à accéder à ce sens de soi et par là-même à celui de la vie dans ces moments fugitifs, hors du temps, de communication vraie entre l’œuvre et l’amateur. »7



 

 

 

Pour vous qui êtes en peine, cette litanie profane et poétique peut probablement vous consoler et faire jaillir de vos larmes la limpidité de la beauté de votre liberté d'être et d'exister.

 

 

Notes

1. Voir la vidéo de cette séquence mémorable (MIKA, Eurovision 2022, Medley Performance), URL. https://m.youtube.com/watch?v=Sz6-8LoLeAo (vidéo incluse ci-dessous), à consulter aussi son Website, URL. https://www.yomika.com/ et la vidéo de son duo "Bolero", URL. https://youtu.be/m2l3pcdlqmk

2. Réf. Voir les liens suivants et The Queer Review :

a) https://twitter.com/mikasounds/status/1553747038608703489?t=ZACACXhgGrsrF-xYiLQYZA&s=19, b) https://twitter.com/mikasounds/status/1550546960872243200?t=bSqLzquGXM5L_xj6WyrVwA&s=19 ; MIKA : "NEW MUSIC! My song 'Who’s Going To Love Me Now' is featured on the soundtrack for the new #AnythingsPossible movie, out now on @PrimeVideo

I love this song! Heartbreaking, pure, sincere & with a stunning melody. I hope that you love it as much as I do. Check it out (link in bio) https://t.co/BAmiuH8F4m", c) https://thequeerreview.com/2022/07/15/outfest-la-2022-opening-night-film-review-anythings-possible-amazon-prime-video/

3. Voir l'éditorial de Dina Sahyouni, « La belle consolatrice » dans Le Pan Poétique des Muses, Lettre n°13, 2018, http://www.pandesmuses.fr/1/2018/consolatrice 

4. Cf. "Réponse ce matin avec Michel Guérin", URL: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-chemins-de-la-philosophie/la-consolation-3-4-schopenhauer-et-nietzsche-l-art-consolateur-1555291

5. Voir la série de Michel Guérin sur ce point, URL: https://www.schopenhauer.fr/multimedia/l-art-peut-il-consoler.html

6. Voir Jean-Marie Bédoret, l'art. « À propos de la fonction consolatrice de l’Art » Dans Hegel 2014/4 (N° 4), pp. 396 à 404, URL. https://www.cairn.info/revue-hegel-2014-4-page-396.htm

7. Ibidem.

 

 

© Dinah, août 2022.

 

 

***

 

 

 

Pour citer cet article sur une poésie audiovisuelle 

 

Dinah, « En mal d'amour, la nouvelle chanson de MIKA vous console », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 3 août 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no11/mikavousconsole


 

 

 

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