21 mai 2021 5 21 /05 /mai /2021 17:59

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Poésie des aïeux | Revue poépolitique 

 ​​

​​

 

 

 

 

 ​​

Le Droit des Femmes

 

 

 

 

 

 

 

Clovis Hugues

 

Texte choisi & transcrit

par Dina Sahyouni

 

 

 

 

Crédit photo : Peinture rococo de la déesse de la justice Dicé, Commons, domaine public. 

 

 

 

Le texte poéféministe présent ci-dessous a été composé par Clovis HUGUES, il provient de l'ouvrage de VIVIANI René, ROBERT Henri, MEURGÉ Albert, LHERMITTE G., TIXERANT, MMES VÉRONE Maria, PILLIET Edwards, MORIA Blanche, DU GAST Camille, NATHAN Henry, FALLOT-MATIEP, POMMAY Yvonne, Cinquante ans de féminisme 1870-1920, Édition de la Ligue Française pour le Droit des Femmes, 11, Rue Milton, Paris IX, 1921, pp. 85-88. Le livre appartient au domaine public et se trouve sur le site de Gallica.

 

 

 

Ce poème a été composé par Clovis Hugues à l'occasion du Congrès du Droit des Femmes en 1889, et lu par l'auteur au banquet de clôture1.

 

 

 

Qui donc a dit au Peuple en marche,

Broyant les siècles sous son char,

Que le manteau du patriarche

Est le seul refuge d'Agar,

Qu'Adam triomphe encore d'Ève,

Qu'elle aura beau lutter sans trêve,

Liée à nos dogmes étroits,

Et que la nuit, roulant ses voiles,

Éteindrait là-haut les étoiles,

Si les femmes avaient des droits ?

 

 

Est-ce l'ombre ? Est-ce la Nature,

Avec le Soleil, son époux,

Avec ses grands bois où murmure

Le vent mystérieux et doux ?

Est-ce la Terre avec son âme

Qui vous a crié que la femme

N'est point votre égale ici-bas,

Et qu'aux heures du sacrifice,

Quand vous créez de la justice,

Son ombre n'est point dans vos pas ?

 

 

Ô tourbe éphémère des hommes !

Avons-nous pesé seulement

Le peu de cendres que nous sommes

Devant l'éternel firmament ?

Avons-nous songé que la fosse

S'emplit de notre gloire fausse

Dans la descente des linceuls ?

Avons-nous sondé nos abîmes,

Avant de chanter sur les cimes

Que nous avons des droits tout seuls ?

 

 

Avons-nous évoqué l'image

Des jours innocents et dorés,

Que nous dormions, au premier âge,

En deux bras doucement serrés ?

Avons-nous revu tout ensemble,

L'alcôve et le berceau qui tremble ;

L'asile auguste et triomphant,

Avant d'affirmer, ô chimère !

Que celle qui fut notre mère,

N'est pas égale à son enfant ?

 

 

Le Tambour bat, le canon gronde.

Plus de famille ! Adieu l'hymen !

Le sang va couler comme une onde,

Le sol sera rouge demain,

C'est la fête de la Patrie :

On conduit à la boucherie

Les soldats parqués en troupeau,

Les murs fauchés, les toits en flammes !

– Avez-vous conseillé les femmes,

Avant de lever le drapeau ?

 

 

Quoi ! tout s'évanouit tout passe !

Un monde naît et disparaît

Comme une clarté dans l'espace,

Comme un souffle dans la forêt !

Quoi ! tout s'écroule pêle-mêle !

Et la femme qui porte en elle

Le fruit des générations,

La femme, esclave de la Peine,

Traîne encore sa vieille chaîne

Au seuil des Révolutions ?

 

 

Toujours la même servitude,

Sous le même joug abhorré !

Le prêtre, avec un geste rude,

Lui ferme le parvis sacré ;

Et pour purifier le temple,

Pour donner aux foules l'exemple,

Pour dompter les démons jaloux,

Le lévite, mystique et pâle,

Brûle de l'encens sur la dalle

Où se sont ployés ses genoux.

 

 

Dérision ! Affront suprême !

Si l'homme n'a point consenti,

Son témoignage est un blasphème,

Son testament en a menti !

Le Code la proclame impure :

Quand elle offre sa signature,

On fait signer par les passants ;

Quand elle écrit, le juge efface,

Et le scribe infâme la chasse

Du chevet des agonisants.

 

 

Si quelque artiste de l'outrage,

Vil reptile au profit humain,

Accourt et lui jette au visage

Toutes les fanges du chemin,

Il ne faudra point qu'elle espère

Lapider l'horrible vipère

Avec les pierres de la Loi,

Tant que l'époux, l'âme brisée,

N'aura point dit à l'épousée :

« Je t'autorise, venge-toi ! »

 

 

Si la prostitution vile,

Fantôme affreux, spectre vivant,

La pousse aux pavés de la ville

Comme une honte qui se vend,

N'attendez pitié ni justice :

Elle appartient à la police

Aux mains de bronze, aux poings de fer !

Point de tribunal en simarre !

Un mot suffit et Saint-Lazare

La recevra dans son enfer !

 

 

Qu'elle sourie ou quelle pleure,

Vierge, mère, aïeule au front blanc,

Elle est l'éternelle mineure,

Elle ne règne qu'en tremblant :

Femme ! ô doux être sans défense !

Elle a moins de droit que l'enfance,

Un peu plus que le criminel ;

Et l'homme, hanté d'un mystère,

La dénonce encore à la Terre,

Quand les dieux l'ont chassé du Ciel !

 

 

Car ce qui pèse sur la femme,

Ce qui tient son doux front penché,

C'est l'antique légende infâme

D'Ève, d'Adam et du péché !

C'est Manou criant à Moïse

Que toute l'âme humaine est prise

Dans la femme et dans la douleur !

Et voilà que la grande Bible

La brise sous son texte horrible,

Comme le vent brise une fleur !

 

 

Mais l'astre du matin se lève !

Plus de chaînes ! voici le jour,

C'est l'action après le rêve !

Le devoir est né de l'amour.

La Justice, longtemps trompée,

Calme et s'appuyant sur l'Épée

Que rien n'a pu vaincre ou ployer,

Présente en un reflet de gloire

Toutes les Jeannes de l'histoire

À toutes celles du foyer.

 

 

Hypocrisie ! hypocrisie !

Ô muse, assez de lâcheté !

Tu ne sera plus, Poésie,

La menteuse de la beauté !

Quand tu lui diras qu'elle est douce

Comme une fleur des champs qui pousse

Dans le baiser d'or du soleil,

Tu n'auras plus cette folie

De la bercer pour qu'elle oublie

La sainte extase du réveil !

 

 

Lamartine, épris, d'un poème,

Pourra chanter comme autrefois;

Elvire sera belle, même

Quand elle aura conquis ses droits,

Et qu'importe qu'on lui rappelle

L'outrage qui planait sur elle,

L'essor inconstant de ses vœux,

Pourvu qu'elle soit Marianne,

Debout dans l'aube diaphane,

Avec des fleurs dans les cheveux !

 


 

Note

 

1. Le Droit des Femmes, 1er septembre 1889.

 

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème féministe & militant

 

Clovis Hugues, « Le Droit des Femmes », texte poéféministe et militant de HUGUES Clovis dans VIVIANI René, ROBERT Henri, MEURGÉ Albert, LHERMITTE G., TIXERANT, MMES VÉRONE Maria, PILLIET Edwards, MORIA Blanche, DU GAST Camille, NATHAN Henry, FALLOT-MATIEP, POMMAY Yvonne, Cinquante ans de féminisme : 1870-1920, (1921), a été choisi, & transcrit par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 21 mai 2021, Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/ch-droitdesfemmes

 

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

 

© Tous droits réservés 

Retour au sommaire du N°9 

21 mai 2021 5 21 /05 /mai /2021 17:20

 

REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations poétiques

 ​​

​​

 

 

 ​​​​

 

 

L'odalisque

 

 

 

 

 

 

 

 

Amable Tastu

 

Poème choisi & transcrit

par Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo : Pierre-Auguste Renoir, "Odalisque". 

 

 

 

Le poème ci-dessous composé par TASTU, Amable (1798-1885) provient de son ouvrage TASTU, Amable (1798-1885), Poésies complètes, Premières poésies, Poésies nouvelles, Chroniques de France de Mme Amable TASTU, nouvelle édition, Paris, Didier et Cie, Libraires-Éditeurs, 35, quai des augustins, MDCCCLVIII 1858, p. 53. Le livre appartient au domaine public et se trouve sur le site de Gallica.

 

 

Imitation de Thomas Moore

There's a bower of roses by Bendeemer's stream

 

 

 

 

Aux bords du Bendemir est un berceau de roses

Que jusqu'au dernier jour on me verra chérir ;

Le chant du rossignol, dans ses fleurs demi-closes,

Charme les flots du Bendemir.

 

 

J'aimais à me bercer d'un songe fantastique ;

M'enivrant de parfums, de repos, d'avenir,

J'écoutais tour à tour l'oiseau mélancolique

Et les ondes du Bendemir.

 

 

Maintenant, loin des lieux où fleurit mon aurore,

Je dis : Voit-on encor la rose s'embellir,

Et le chantre des nuits soupire-t-il encore

Sur les rives du Bendemir ?

 

 

Non, le printemps n'est plus, la rose s'est flétrie,

Le triste rossignol de douleur va mourir,

Et je ne verrai plus couler dans ma patrie

Les flots d'azur du Bendemir.

 

 

Mais il nous reste au moins, quand la rose est passée.

Un parfum précieux que l'art sait obtenir,

Pareil au souvenir qui rend à ma pensée

Les bords riants du Bendemir.

 

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème

 

Amable Tastu, « L'odalisque », poème de TASTU, Poésies complètes, Premières poésies, Poésies nouvelles, Chroniques de France... (1858), a été choisi, & transcrit par Dina Sahyouni, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 21 mai 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/at-odalisque

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

 

 

© Tous droits réservés 

 

 

 

 

Retour au N°1 

19 mai 2021 3 19 /05 /mai /2021 17:19

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Handicaps & diversité inclusive

 

 

 

 

 

 

 

Le temps bleu

 

 

 

 

 

 

Dina Sahyouni

 

Poéticienne, éditrice, lyreuse & fondatrice de la SIÉFÉGP

 

 

​​​​​

 

 

 

​​Crédit photo : Pavots et ciel bleu, domaine public, Wikimedia.

 ​​​​​

 ​​​​

 ​​​​​

 ​​​​

 

 

J'ai perdu l'usage mythique des mots, leurs voix, leurs voies mystiques et mystérieuses. 

J'ai perdu leurs joies de dire le monde et me dire..me lire…

J'ai perdu ton visage dans la jungle du vocabulaire dérisoire, dans le pli profond des mondes imaginaires. 

 

Seulette et mes sœurettes sont partout. 

Seule, telle une page blanche jaunie par le temps.

 

 

​​Crédit photo : Apus, domaine public, Wikimedia.

 ​​​​​

 

 ​​​​

 

J'ai perdu ton visage, chère Vérité, et depuis, j'erre sur terre en mendiante esseulée.

J'ai perdu ton visage, ton sourire au creux du poème, au cri du souffle du vent..

Sœurette des Muses, suis-je la seule à être seulette ?! 

 

Chères sœurettes, Muses qui s'amusent sur les feuilles, le temps bleu me rattrape. 

Bleutée de bleus imaginaires, l'encre de ma voix brûle les pieds des mots.*

 

 

©DS.

 

* Poème de "Bleutée d'Autisme", avril 2021.

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème philanthropique 

 

Dina Sahyouni, « Le temps bleu », poème inédit sur l'autisme, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 19 mai 2021. Url : 

​​​​​http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/ds-letempsbleu

 

 

 

 

Mise en page par David Simon

 

 

© Tous droits réservés 

 

Retour à la Table de Megalesia 2021 

 
18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 09:06

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 |  Revue culturelle d'Orient & d'Afrique | Revue poépolitique

 

 

 

 

 

Sixième épisode du reportage-feuilleton d'Occupation du Théâtre de l'Odéon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chronique d'occupation de l’Odéon.

 

 

Palestine

 

​​​​​​

 

 

 

 

 

 

 

Mustapha Saha

Sociologue, poète, artiste peintre

 

Reportage photographique par

Élisabeth et Mustapha Saha

 

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 1. 

 

 

Samedi, 15 mai 2021.  Les curieux et les fidèles sont toujours présents à l’agora de l’Odéon. Depuis l’annonce de réouverture, les relations entre les occupants et la direction du théâtre sont tendues. Les pressions gouvernementales pour obtenir, par tous les moyens, des évacuations, des expulsions, ne laissent aucune alternative. Les occupants expriment leur volonté de rester sur place au prix d’aménagements permettant la reprise des spectacles en même temps. Deux-cent-soixante spectateurs à peine sont admis, le maximum autorisé par les mesures sanitaires,  dans la salle de huit-cent-quarante places, pour suivre « La Ménagerie de verre » de Tennessee Williams, mise en scène par Ivo Van Hove, avec Isabelle Huppert comme vedette.

L’indigne désolidarisation des stars du show-business se confirme.  « La Ménagerie de verre » est l’histoire de trois solitudes à huis clos, trois manières de rêver une autre existence. Le personnage d’Amanda s’imagine encore en grande dame. Le théâtre accueille les vieux  fantômes. Les revenants se glissent entre les colonnes égayées d’ardentes banderoles.

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 2. 

 

 

La vie commune des quarante deux occupants se déroule dans le foyer. Bar reconverti en cuisine, micro-ondes, réfrigérateurs, machines à cafés, assemblées générales, improvisations musicales. Le bras de fer s’éternise. Retrait de la réforme de l’assurance-chômage et prolongation de douze mois de l’année blanche ne sont pas négociables pour les intermittents. Le directeur de l’Odéon accorde un entretien à l’hebdomadaire Télérama, daté du 12 mai 2021, où il déclare que la situation avec les occupants est bloquée. Ses paroles transpirent les éléments de langage, les formules prégnantes, les mots-clés  fournis par le ministère de la Culture. La voix de son maître. Comédie des pauvres directeurs pris entre l’enclume et le marteau. « Le public est avide de revenir », « En tant que théâtre public nous devons ouvrir. Nous recevons des subventions pour que les spectacles soient joués », « À partir du moment où la couverture vaccinale aura produit ses pleins effets, et sous réserve d’un surgissement de variants récalcitrants, nous reviendrons dans un système normal », « L’État est notre tutelle. Il a fait des propositions qui vont dans le bon sens. Le problème des occupations qu’elles portent des revendications qui vont au-delà du secteur du spectacle vivant. Il serait injuste que des exigences, sur lesquelles, nous n’avons pas prise, bloquent les spectacles. La lutte sociale doit désormais trouver d’autres formes ». Le mot « séquence » revient comme une rengaine dans la bouche des fonctionnaires de la culture. Partis sur une tactique du pourrissement, ils s’étonnent que le cadavre bouge encore.

 

Les directrices et directeurs  de l’Odéon, de l’Opéra de Lyon, de la Criée de Marseille et du Théâtre de Nice publient une tribune indécente où ils accusent rondement les intermittents du spectacle de sacrifier la culture.

 

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 3. 

 

 

 

« Aujourd’hui, la réouverture au 19 mai est acquise… Nous voulons et nous devons remplir la mission de service public qui nous a été confiée et pour laquelle nos établissements reçoivent des subventions », autrement dit, ils obéissent au ministère de la Culture. « Aujourd’hui les annonces du gouvernement montrent que le dialogue existe et que des solutions sont recherchées ». « Cependant les occupants de nos lieux annoncent vouloir poursuivre leur lutte ». « La culture risque désormais d’être sacrifiée par ceux-là mêmes qui défendaient son caractère essentiel. La lutte sociale, quelle que soit sa légitimité, ne saurait à notre sens empêcher la reprise de la vie culturelle ». L’argumentaire gouvernemental est repris sans distances, sans divergences, sans nuances. Les droits sociaux sont jugés inessentiels. La lutte des intermittents de tous les secteurs, des jeunes sans débouchés, des étudiants sans avenir, des précaires sans droits, se déprise, se dénigre, se tympanise. Les directeurs carriéristes, cyniques jusqu’à la compromission, ne s’intéressent qu’à leur trésorerie. Ils règnent sur leurs théâtres comme des petits seigneurs. Ils oublient que ces lieux publics sont, avant tout, des maisons du peuple, que les occupations, les agoras leur rendent leur vocation première, que la culture ne se privatise pas, qu’elle ne se consomme pas comme un loisir.

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédits photos :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 4 & no 5.

 

 

Les théâtres, selon cette caste prédatrice, dès lors qu’ils sont subventionnés, doivent se refermer sur eux-mêmes, se cantonner dans un rôle de distraction. « Un peuple qui n'aide pas, qui ne favorise pas son théâtre est moribond, s'il n'est déjà mort, de même le théâtre qui ne recueille pas la pulsation sociale, la pulsation historique, le drame de son peuple, et la couleur authentique de son paysage et de son esprit. Ce théâtre n'a pas le droit de s'appeler théâtre, mais salle de divertissement local, tout juste bon pour cette horrible chose qui s'appelle tuer le temps » (Federico Garcia Lorca, Causeries sur le théâtre). Les directeurs actuels sont loin du théâtre civique de Jean Vilar. Qu’on se souvienne de la réplique de Jean-Louis Barrault, le 22 mai 1968, à Charles de Gaulle qui lui demande de couper l’électricité dans l’Odéon occupé : « Serviteur, oui ! Valet, non ! ». « Seuls les hommes libres ont réciproquement, les uns pour les autres, la plus haute reconnaissance » (Baruch Spinoza, Éthique, 1675, traduction française, éditions Garnier Flammarion, 1965). C’est l’administration qui doit rendre des comptes aux artistes, et non les artistes, qui n’ont d’autre responsabilité que leur création. L’autorité politique n’a aucune légitimité pour légiférer en matière esthétique artistique. Il n’y a pas de service public sans liberté de création, d’expression, d’action. Les fonctionnaires de la culture ne comprennent pas que les agoras permanentes impulsées par les occupations sont du théâtre total, un théâtre qui brise les séparations entre acteurs et spectateurs, un théâtre qui transcende les rigidités psychologiques induites par les conventions bourgeoises.

 

 

 

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 6. 

 

 

Nulle présence policière visible sur la place de l’Odéon en ce samedi. Quelques soldats de Vigipirate font la parade. La caméra des renseignements généraux, plantée dans un appartement vide, parfaitement visible de l’extérieur, filme jour et nuit les militants et les badauds. Une, deux, trois jeunes femmes sans masques, apparaissent, les épaules recouvertes des couleurs palestiniennes. Les forces de répression sont toutes mobilisées pour mater la manifestation dénonçant le massacre des gazaouis. Le recours contre l’arrêté préfectoral d’interdiction est rejeté par le tribunal administratif. Les occupants de l’Odéon appellent à la manifestation : « Une nouvelle fois, le peuple palestinien subit une agression meurtrière  depuis la procédure d’annexion du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem. Encore une fois, le peuple palestinien résiste et se soulève contre l’oppression colonialiste et raciste. Nous, occupants en lutte de l’Odéon, soutenons sans réserve cette révolte légitime contre un apartheid qui n’a que trop duré, et joignons notre colère à celle des Palestiniens ». À Barbès, les manifestants scandent « Liberté Palestine », « Nous sommes tous des palestiniens », « Enfant de Gaza, enfant de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine ». Banderole de tête : « Palestine urgence, contre le mur et l’occupation, pour le respect du droit international, engagement immédiat de l’Europe ». La police applique les consignes : « dispersion systématique et immédiate ». Des organisateurs de la protestation sont nassés et interpellés rue Custine. Les charges continuelles empêchent tout cortège régulier. La manifestation, qui devait rejoindre la Bastille à l’origine, remonte vers la Porte de Clignancourt. Tirs de flashballs. Dans le métro, tous les passagers sont invités à descendre avant la gare de l’Est. Boulevard Rochechouart, déboulent, sous nos yeux,  à tombeau ouvert,  plusieurs centaines de fourgonnettes,  de voltigeurs sur grosses cylindrées. Le Boulevard Ornano est étouffé sous gaz lacrymogènes. Les camions anti-émeute nettoient toute trace humaine. Plusieurs milliers d’uniformes  contre quelques centaines de manifestants. Des jeunes, des femmes, des hommes désarmés, exfiltrés par les gardes mobiles,  immobilisés, matraqués, enlevés, embarqués. Des banderoles arrachées, déchirées, piétinées. Trois cent soixante-sept  verbalisations. Quarante-cinq personnes en garde à vue pour soupçons de « participation à un groupement formé en vue de violences  », « participation à un attroupement après sommation », « violences sur les forces de l’ordre ». Trois jours avant, Bertrand Heilbronn, président de l’Association France Palestine Solidarité est arrêté sous prétexte d’avoir appelé à manifester avant d’être libéré quelques heures plus tard. Il est appréhendé par trois policiers à sa sortie du ministère des Affaires étrangères où il était en réunion avec un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay, une sénatrice, deux députées, un représentant de l’Union Juive Française pour la Paix. Au commissariat de septième arrondissement, il est menotté sur un banc comme un vulgaire criminel. L’ennemi, le drapeau palestinien. 

​​​​​​

 

​​​​​​

​​​​​​​​​​​​​​​​© Crédit photo :  Reportage photographique © Élisabeth & Mustapha Saha sur l'occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris, mai 2021, album 19, no 7. 

 

​​​​​​

 

***

 

 

Pour citer ce texte poépolitique

 

Mustapha Saha, « Chronique d'occupation de L’Odéon. Palestine » article inédit, reportage photographique inédit par Élisabeth et Mustapha Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 18 mai 2021. Url :  

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/ms-odeonpalestine

 

 

 

 

 

Mise en page par David SIMON 

 

 

© Tous droits réservés

 

Retour à la Table de Megalesia​​

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Muses et féminins en poésie
17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 14:07

​​

​​​​​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations poétiques

 

 

 

 

 ​​

 

 

À  Andrée Chedid

 

 

 

 

 

Michel Orban

 

 

 

 

Crédit photo : Andrée Chedid, domaine public, Wikimedia.

 ​​​

 

 

Ta poésie libère les survivants

D’une maison sans racines

De l’emprise d’un sommeil infertile.

Elle offre aux désespérés

Le souffle d’un vaste rêve.

 

 

 

Pour citer ce poème

 

Michel Orban, « À Andrée Chedid », poème inédit, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 17 mai 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/mo-chedid

 

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

 

Retour au N°1 

 

 

© Tous droits réservés 

 

Retour à la Table de Megalesia 2021 

Bienvenue !

 

La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).

L’association SIÉFÉGP publiera en septembre 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.

SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.

Rechercher

Publications

 

Dernière nouveautés en date :

VOUS POUVEZ DÉSORMAIS SUIVRE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES  SUR INSTAGRAM

Info du 29 mars 2022.

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

À La Une