3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 17:35

 

Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Poétextes thématiques | Poésie des  ancêtres & N°8 | Dossier majeur | Florilège de poétextes 

 

 

 

 

 

 

 

 

La fièvre

 

 

 

&

 

 

 

Adieux à la poésie

 

 

 

 

 

 

Louise Fournier

 

 

Poèmes choisis & transcrits

par Dina Sahyouni

Le premier poème a été modifié légèrement.

 

 

 

 

Crédit photo : Léon-Pierre Félix, "Mélancolie", peinture trouvée sur Wikimedia.

 

 

 

La fièvre

 

 

Je rêvais éveillée. Oh ! Sublime folie !

Sous le reflet brillant d'un magique lointain,

Mon âme entrevoyait de l'éternelle vie,

Des saintes voluptés le prestige divin.

Un ange, me prenant sur ces ailes dorées,

Bientôt vint m'enlever de mon triste séjour,

Fit entendre à mon cœur des notes adorées,

M'entretint doucement de son mystique amour.

« Sur ton aride sol laisse tomber ta chaîne ;

Avec moi, me dit-il, dans ma belle cité

Viens : dans ce doux Éden, toujours l'âme est sereine ;

Viens respirer enfin l'air de la liberté.

Mon asile est plus beau que toute la nature,

De festons verdoyants nos chemins sont parés,

Et les sens sont bercés par un divin murmure :

Le chant harmonieux des esprits éthérés.

L'âme de mille fleurs dans les airs est semée,

Le génie et l'amour se plaisent parmi nous ;

Pour ces âmes de feu notre vallée aimée

Seule a des charmes purs, mystérieux et doux. »

…........................................................................

Mon ange, poursuivant son envol léger, rapide,

De ses deux ailes d'or agitait mes cheveux,

Du souffle parfumé de son baiser humide

Rafraîchissait mon front qui bouillonnait de feux.

Parcourant avec lui les champs de son empire,

Je vis les Chérubins, dans leurs riants berceaux,

M'accueillir en chantant, tendrement me sourire,

Jeter sur mon chemin des fleurs et des rameaux.

Marchant, marchant toujours de miracle en miracle,

Je vis se dessiner un splendide palais ;

Puis, franchissant le seuil d'un sacré tabernacle,

Des délices des saints je savourai la paix.

Du grand livre éternel je tournai chaque page,

J'épelai chaque mot d'un langage divin,

Je compris de mon Dieu le magnifique ouvrage,

Je connus les secrets du sublime écrivain.

Alors dans ma pensée, à cette heure suprême,

Surgirent des transports enivrants, inconnus ;

Mon âme, concevant tout le plan d'un poème,

Dans les airs exhala ses accents ingénus.

Reine aux charmes puissants, la belle Poésie

Parut, et me tendant ses fertiles pinceaux,

Elle-même humectant ma lève d'ambroisie :

« Travaille, me dit-elle, et rends ces beaux tableaux. »

Sous ses regards brûlants, près de cette âme pure,

D'un magique pouvoir tout à coup pénétré,

Mon esprit, s'essayant, par sa chaude peinture

Rendit tout le brillant de ce séjour sacré.

Et, pendant mon travail, ma divine maîtresse

De sa lyre tirait des sons harmonieux ;

Mon cœur, épanoui d'une céleste ivresse,

Se croyait pour toujours un habitant des cieux.

À l'heure du repos, sur ma couche d'ivoire,

Les décentes Vertus vinrent me déposer ;

Mon ange me berça par des songes de gloire,

Mais tout s'évanouit dans un dernier baiser !


 

Adieux à la poésie

 

 

D'un délirant nectar en vain j'emplis mon verre,

Pour tromper ma douleur je cherche à m'enivrer :

Mon esprit est vaincu, maîtresse est la matière ;

        Je me sens expirer.

 

Arrêtée un instant sur une haute cime,

Pour cueillir une fleur, soudain, mon pied glissant,

Le vertige me prend et, d'abîme en abîme,

        Je roule en gémissant.

 

Quand je veux de nouveau vers les champs de lumière.

Par un bond insensé, reprendre mon essor,

Un bras de plomb m'étreint, me repousse en arrière

        Et rend vain mon effort.

 

Fantômes de l'esprit, vous n'avez plus de ruse

Pour mon cœur ulcéré ; dans vous je n'ai plus de foi.

Ce terrible ennemi qui nous ronge et nous use,

        L'ennui pèse sur moi !

 

Heures de triste attente et de longue insomnie,

Heures de désespoir, qui pourra vous tromper ?

Sur un triste destin mon semblant de génie

        Ne peut plus l'emporter.

 

Ô douleur ! ô regret ! Quand mon âme en délire

Poursuit en rêve encore un drame commencé,

Je ne puis rattacher mes pensers, les écrire...

        Mon corps est affaissé.

 

Ô poésie, amour, ma volupté suprême,

Adieu ! et vous, à moi venez, oubli, néant !

Renoncer à mon art, c'est plus que la mort même

        Pour mon esprit ardent.


 

Adieu, bords enchantés où je m'étais assise,

Croyant me ranimer par un air pur, vital.

Je l'ai trop aspiré, car mon âme se brise

        Sous un souffle fatal.


 

Sous vos ombrages verts, chantant avec ivresse,

Un jour je m'endormis dans une douce erreur :

Le vent froid m'a saisie et des flots de tristesse

        Ont étouffé mon cœur.


 

Adieu, riant vallon ; adieu, plaine fleurie

Où j'ai trouvé trop tard un précieux trésor,

Adieu, beau ciel d'azur ; adieu, sainte patrie.

        J'échoue auprès du port !


 

Recueille mes accents, muse, trop chère amie ;

En pressant sur mon cœur ton fantôme adoré,

Ô toi, toi que j'aimai, je t'ai donné ma vie.

Mon esprit meurt du feu dont il est dévoré.


 

 

Les poèmes ci-dessus composés par une lyreuse méconnue nommée Louise FOURNIER ont été publiés dans son recueil de poèmes FOURNIER, Louise (Mme), Rêveries et souvenirs, premières poésies, par Mme Louise Fournier, Paris, imprimerie de J. CLAYE, rue Saint-Benoit, 1867, pp. 37-40 & 131-134. L'ouvrage appartient au domaine public et se trouve sur le site de Gallica.

 

***

 

Pour citer ces poèmes sur la dépression, la vieillesse & l'ivresse 

 

Louise Fournier, « La fièvre » & « Adieux à la poésie », poèmes de FOURNIER, Louise (Mme), Rêveries et souvenirs, premières poésies, par... (1867), ont été choisis & transcrits par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16 & N°8 « Penser la maladie & la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, ​​​​mis en ligne le 3 juillet 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/lettreno16/no8/ma-adieuxpoesie

 

 

 

 

 

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2 juillet 2021 5 02 /07 /juillet /2021 13:03

 

Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes & N°8 | Critique & réception | Revue Matrimoine

 

 

 

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger vous

 

présente le livre Hildegarde 

 

de Léo Henry,

 

Prix de l'Académie de Rhénane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Crédit photo : "Le lauréat Léo Henry avec l'académicienne Françoise Urban-Menninger lors de la cérémonie de la Remise des Prix de l'Académie Rhénane, image du 19 juin 2021.

 

 

 

 

 

 

Le 19 juin dernier, dans la séance de printemps de l'Académie Rhénane transmise en direct sur la page Facebook de la librairie Kléber à Strasbourg. Françoise Urban-Menninger a présenté le merveilleux livre Hildegarde de Léo Henry qui d'après l'académicienne Françoise Urban-Menninger "a construit une œuvre autour du personnage protéiforme de l'abbesse botaniste, visionnaire, linguiste, compositrice, féministe avant l'heure ! Une figure féminine emblématique du Moyen Âge européen d'une étonnante actualité !" (Sic)


 

 

Ce périodique a le plaisir de diffuser la vidéo de de la Cérémonie de la Remise des Prix de l'Académie Rhénane où l'on peut découvrir l'analyse de Françoise Urban-Menninger de l'ouvrage Hildegarde du lauréat Léo Henry.

 

 

Description 

La cérémonie de remise des Prix aux quatre lauréats choisis par les diverses Commissions de l’Académie Rhénane s'est déroulée en direct le 19 juin 2021, Url :

 

***

 

Pour citer ce document audiovisuel 

 

 

SIÉFÉGP, « Françoise Urban-Menninger vous présente le livre Hildegarde de Léo Henry, Prix de l'Académie de Rhénane », vidéo de la cérémonie, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16 & N°8 « Penser la maladie & la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 2 juillet 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/no8/siefegp-hildegarde

 

 

 

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1 juillet 2021 4 01 /07 /juillet /2021 17:55

 

Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Poétextes thématiques

 

 

 

 

 

 

 

 

Mélancolie

 

 

 

 

 

 

 

Yvan Robberechts

 

 

 

 

Crédit photo : "Forêt", Wikimédia, domaine public​​​​​​. 

 

 

 

 

Nuit blanche, idées noires.

Il y a un insecte qui gratte... et gratte encore,
comme à farfouille dans mes synapses.

À travers les brumes céphalées, il gratte,
et chemine d'un pas lourd, 

cuiracé de son exosquelette noir aux éclats de métal,
petit guerrier de l'apocalypse livré aux friches de ma mémoire...

c'est un bousier,

qui vient parfois avec la nuit, creuser les déjections du passé
et faire sa glaise puante de mes souvenirs les plus sombres.

Gratte... gratte encore...

Débusque les précipices oubliés, les abîmes enfouis, les terreurs enfantines, les serments trahis,

et danse,

avec les ombres,

sur les arpèges surannés de la mélancolie.

(février 2021) 

 

***

 

Pour citer ce poème inédit

 

 

Yvan Robberechts, « Mélancolie », poème inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16, mis en ligne le 1er juillet 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/lettreno16/yr-melancolie

 

 

 

 

 

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29 juin 2021 2 29 /06 /juin /2021 14:00

 

REVUE MDV | N°1 Célébration |  AS Anthologie & Colloque numérique Le bicentenaire de la naissance d'Ondine Valmore | Anthologie poétique

 

 

 

 

 

 

 

No/Non

 

 

 

 

 

Vivian O'Shaughnessy

 

Site officiel : 

www.vivianoshaughnessy.com/

 

 

Illustration par

Cristina Rap

 

 

© Crédit photo : Cristina Rap, "La Mort du Papillon (vv. 27-32)", encre sur papier, 2020.

 

 

 

No_

not kind of love for me

words on paper flow like molten lava

cool kisses

awkward hand holding

glances questioning

melting me in voice

could i adjust

 

 

 

 

Non_

pas le genre d'amour pour moi

les mots sur papier coulent comme de la lave en fusion

des bisous frais

tenue de main maladroite

regards interrogateurs

me fondre dans la voix

pourrais-je ajuster

 

 

 

 

Pour citer ce poème bilingue 

 

Vivian O'Shaughnessy, « No/Non » poème bilingue anglais-français inédit illustré par Cristina RapMarceline Desbordes-Valmore|Revue annuelle, internationale, multilingue & poéféministe (poefeminist)« Célébration », n°1, volet 2 & Colloque numérique « Le bicentenaire de la naissance d'Ondine Valmore », mis en ligne le 29 juin 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/mdv/no1/vos-non

 

 

 

 

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REVUE MDV ET LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans REVUE MDV colloques en ligne Muses et féminins en poésie
27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 10:37

​​

​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations poétiques & Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Varia de poétextes

 

 

 

 

 

 

 

 

Acte de (dé)naissance

 

 

 

géo-senti-mentale

 

 

 

 

 

 

 

Nessrine Naccach

 

 

Doctorante en littérature comparée à l’Université Sorbonne Nouvelle, associée au Centre d’études et de recherches comparatistes (CERC, EA 172).

Site officiel :

https://nessrine-naccach.com

 

 

 

 

 

 

« Ne pas prétendre “parler pour”, ou pis, “parler sur”, à peine parler près de ; et si possible tout contre […]. Et ne pas oublier que celles qu’on incarcère de tous les âges, de toutes les conditions, ont des corps prisonniers, mais des âmes plus que jamais mouvantes. »       (Assia Djebar)

 

 

 


 

NOM : Aucun

Prénom : Se cherche نسرين, elle-moi

Profession : Sage-femme à mi-temps. Fleuriste les week-end.

Née en 1992

Cheveux noirs

D’ici et d’ailleurs. 

 

 

Crédit photo : Illustration fournie par l'autrice. Fig. 1: Egon Schiele, La mère morte, 1910, huile sur toile, 32 × 25,7 cm 32 × 25,7, Vienne, Léopold Museum © Creative commons

 

 

 

 

 

I.Ventre ignivome

La mère l’a éjectée de son ventre par une nuit d’hiver

au bord d’une rivière, à la forêt 

et elle l’a confiée aux bras de Cosmos : 

la divinité de la vie malgré tout.

Entrailles déchirées 

elle-moi éjectée

 d’un ventre 

ensanglanté.


 

II. يُحكى أنّ –Confidences

Forêt lointaine

orphelin souvenir d’une bouche entrouverte

de grincements des dents

d’un ventre en éclatement

de cris mordants

la douleur dans la chair, la perte des eaux

Expulsion, chaudes larmes 

Saignement

la terre pleure

vomit

sanglote 

rougit de compassion

une poignée d’herbes sauvages arrachés

vernis rouge sang, ongles cassés

puis plus rien.


 

III. À propos de Cosmos : les accident-coïncidences 

Je dis Cosmos dans le tâtonnement et l’incertitude

Cosmos ? Thanatos ? 

je ne me souviens plus des histoires qu’on m’a racontées

mais peu importe les ego-mythologia écrites à plusieurs

transmises de bouche à oreille

changeant de versions tous les quatre matins.

Ce cosmos existe-t-il vraiment ?

Il n’est question de lui nulle part

Encore moins sur l’acte de dé-naissance géo-senti-mentale

Est-il un dieu ? Le nom d’un arbre ? Un lieu à ciel déserté ? 

La réponse est une autre question 

je ne sais pas, je l’ignore.

 

ثمّ كانت الولادة من رحم الموت 

Cosmos est désormais vide

sans cicatrices

le cordon ombilical est coupé

corps chétif, sans vie, sous la pluie

sein gauche douloureux, sans lait

seins immaculés

rompus

elle

sans personne

seule

au sol

sans repères

esseulée

corps vide

tatoué de formes fracturées

de points de suspension

de mots flous fuyants 

corps flottant

lamentations en chœur 

nouveau-né qui ne pleure pas.


 

elle-moi n’a plus de boussole

elle-moi n’a plus de souffle

pénible pour nous-elle-moi de respirer

douleur au sein gauche                                                                                     comme elle 

stérile

les terres sont arides 

le ciel est sans lune

elle n’est plus

cosmos n’existe pas

ne se souvient même pas 

de l’heure où nous-elle-moi sommes dé-nées

Cosmos témoin de                                             cette mise au monde contre et– malgré 

le froid glacial de l’hiver

sous un ciel sans étoiles, 

une nuit de février. 

.ذلك أنّ الولادة صيرورة وكون وتكوين واستحالة ومآساة. وقليل من الحبّ أيضا

 

IV. Silence-résistance
Cosmos ! Si par une journée ensoleillée
une revenante frappe à tes portes pour flâner
dans tes sentiers
et s’enivrer de tes fleurs embaumées
tu peux lui dire qu’ici-bas on parle beaucoup d’elle
et que moi-elle, aussi, avons une tendresse pour le jasmin
qu’elle aimait tant
le jasmin dans une tasse de thé
chaude
                                                                                                                    comme mes larmes.

V. Délivrance, ainsi soit-elle

Cosmos dira donc à la mère que j’ai passé une éternité

une vie entière

à la recherche d’une forêt

où elle s’est perdue

par une nuit d’hiver 

pour me mettre au monde 

et simplement partir.

 

À sa mémoire, à ses yeux ébènes, à son silence abyssal qui me ruine, à son absence léthifère, à Rosamén et au jasmin, en guise d’agonie et de genèse dans l’espoir de pouvoir me perdre mille fois en eux. Un jour, peut-être.

 



 

 

 

 

 

© Crédits photos : Captures réalisées par la revue LE PAN POÉTIQUE DES MUSES pour conserver la forme initiale du poème, numéros 1, 2, 3 & 4.

 

 

Pour citer ce poème 

 

Nessrine Naccach, « Acte de (dé)naissance géo-senti-mentale », poème inédit, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1 & Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16, mis en ligne le 27 juin 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/nn-acte

 

 

 

 

 

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