Pour citer ces écopoème & dessin écoféministes & inédits
Mariem Garaali Hadoussa (écopoème & dessin),« Sortie de la bulle »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet& Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 22 juillet 2024. URL :
آمنة الوزير/Emna Louzyr,«» & « لما يصرخ البط حين يطير؟ »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet& Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 19 juillet 2024. URL :
Crédit photo : « Sunset seascape morning ». Capture d'écran de l'image libre de droits du site Depositphotos.
I. Berceau
Je regarde par la fenêtre. Une rue passante. Il est 13h. Un moment comme un autre de cette journée interminable. Le grand bougainvillier du quartier danse avec le vent, presque malgré lui. Ses feuilles se ramollissent, jaunissent et finiront par tomber.
On sonne à la porte. Un vieux monsieur vient récupérer le berceau en bois massif. La girafe y est toujours accrochée. Elle a perdu un œil et a le cou légèrement tordu.
Mon berceau…
Je n’aime pas ce monde.
Depuis le cocon et jusqu’à l’aube à la lumière hésitante. Depuis le berceau en bois à bascule dans lequel on m’avait posée en pensant que ce dernier aurait des vertus protectrices et relaxantes. J’avais le tournis. Une sorte de vertige de naissance. Plus je pleurais, plus mes tendres mères, car je pense que j’en ai eu plusieurs, s’adonnaient à cœur joie dans l’art de la balance. Je transpirais et les draps en soie rose fleuris me collaient à la peau. La chambre sentait le talc, la rose et le lait en poudre. Une girafe multicolore accrochée au dessus du lit, pour assurer l’éveil de mes sens, me regardait. Elle louchait légèrement.
L’été on enveloppait mon berceau en bois massif d’une moustiquaire de chine. Ce bout de tissus donnait une autre allure aux visages des taties et des tontons qui se penchaient, toujours souriants, pour admirer mes gigotements. Je n’en pouvais plus. Exaspérée, j’ai appris à parler très jeune pour exprimer mon mécontentement après de longs mois de souffrance et de silence. Personne ne comprenait d’où venait mon caractère coriace contracté à la naissance. C’était un instinct de survie. Je ne me sentais pas, et ne me sens toujours pas en sécurité avec les adultes.
Je n’aime pas ce monde depuis le premier jour.
Je regarde par la fenêtre. Une rue passante. Il est 13h. Un moment comme un autre de cette journée interminable…
II. L’abat-jour
La nuit arrive lentement. La lumière est déjà allumée comme pour raviver un matin qui ne respire plus.
Le chapeau de cet abat- jour gothique, appartenant à une autre vie, est incliné.
Mille fois j'ai tenté de le redresser. Il revient à chaque fois à sa posture initiale. Il est moche. Exactement comme la lumière qu'il propage et autant que cette fin de journée.
La télé diffuse un reportage sur les tueurs en série.
Tout semble banal ici : la colère, les inclinaisons, les incertitudes...
C'est laid un abat -jour gothique avec un chapeau incliné.
Emna Louzyr,« Inclinaison : I. Berceau et II. L’abat-jour »,Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet& Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 18 juillet 2024. URL :
Crédit photo : Gravure anonyme tombée dans le domaine public « Couple de jeunes gens sous un saule pleureur », Paris, Musées, don de Madame Duvelleroy, mai 1917. Capture d'écran de l'image libre de droits du site Commons.
Crédit photo : « Salix babylonica ou Saule pleureur ». Capture d'écran de l'image libre de droits du site Commons.
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Pour citer ce poème sur la nature & inédit
Emna Louzyr,« Saule pleureur », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet& Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 18 juillet 2024. URL :
« Quand la main écrit, c’est le cœur qui parle et qui soupire. » Alfred de Musset.
C’est le cri d’un cœur saignant de douleur. C’est le dit d’un être mal aimé par son pays d’adoption, le pays du soleil levant, aux us et coutumes implacables.
Son cœur bat la chamade quand elle pense à appelle « ma grande murée adorée », « ma silencieuse » :
« Mon enfant prisonnière, d’un royaume épais […] Je t’aime plus que tout tant j’écris pour toi sur un balcon étranger aux oiseaux de cuivre et feuilles rondes plus il y a de douleur et plus il y a d’oiseaux. »
S’adapter ou retourner au bercail pour réapprendre à être soi-même car il est impossible d’accepter d’être autre que soi-même. Se fondre dans le décor, s’effacer et devenir la grande muette tel était le sort de Coralie Akiyama, Française d’origine, laissant malgré elle sa fille au Japonais :
« Je suis le je (u) qui s’efface, tu as gagné ». S’effacer au profit du collectif car l’individu n’existe pas.
En dépit de sa grande souffrance, elle sait faire la part des choses :
« Cruauté, tu n’enlèves rien à la beauté des couloirs de portes vermillon dans les montagnes. »
Elle ne peut s’empêcher de s’extasier devant la beauté de ce pays. Aussi évoque-t-elle :
Le « Mirifique vol blanc de papillon dans l’eau »
Le paroxysme de la froideur et le silence gagnent même le sentiment amoureux et les relations conjugales :
« Trois ou treize ans sur une pierre j’ai craqué mes dernières allumettes de paroles et tu ne me tends pas de briquet mon mari est d’or l’amour silence un métal froid. »
« Le silence est grand ; tout le reste est faiblesse ». Alfred de Vigny in « La mort du loup ».
C’est peut-être dans le silence que ce peuple puise sa force. Il y a peut-être aussi une alchimie à découvrir, donc il convient de percer les arcanes de la culture japonaise.
« On parlait saison, on parlait cuisine » dit-elle.
Les saisons rythment la vie et la cuisine utilise les fruits de la terre pour nourrir les êtres humains et les maintenir en vie, donc il y a une harmonie entre les saisons et la cuisine. Manger les fruits de saison est un mot d’ordre salutaire. Cela dit, les êtres humains intègrent les saisons tout comme l’art culinaire dans le maintien de leur vie.
Elle n’oublie pas que dans ce pays, les relations c’est comme « les neiges éternelles » car « elles ne s’éteignent jamais ».
Ses considérations sur la gent masculine portent sur leur discrétion :
Ils sont «de(s) trésors peu photogéniques en éblouissements/ juste comme il faut/ tu passeras à côté si tu passes »
Le Japon, « ce pays qui ne se laissera pas prendre dans les bras » semble vouloir être un parangon de stoïcisme et de perfection ; pas de juste milieu, « le reste du monde […] un lit défait.
C’est pour ne pas « finir sublime anesthésiée d’harmonie molle comme la mort des belles endormies » qu’elle se sauve de ce pays paradoxal qui lui offre à la fois beauté et cruauté mais le cœur serré d’avoir laissé sa fille qui n’est là que pour écouter et rester docile.
Maggy De Coster, « Coralie Akiyama, « Éternelle Yuki », Éditions du Cygne, 2024, 55 p., 12€ », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet, & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 12 juillet 2024. URL :
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