Après deux recueils de poèmes, Paloma Hermina Hidalgo poursuit son travail au sens étymologique du terme, car il s’agit bien là d’une œuvre où la femme, comme dans l’accouchement, est « au travail » dans un écartèlement de son corps qui renvoie au tripalium, l’instrument de torture. Sauf que dans ce livre, ce n’est pas la mère qui enfante mais l’enfant qui remet sa mère au monde en l’exorcisant dans une œuvre où elle en est le matériau extirpé des chairs mêmes de l’autrice avec les forceps d’une écriture qui ne cesse de se transcender.
Maman, la mère de l’autrice, est bien le matériau de ce texte à nul autre pareil que son amie imaginaire Svet, qui n’est autre que sa voix intérieure, lui a suggéré de faire parler sur le papier. Maman devient le corps du texte dans ce livre où l’autrice en la couchant, ou l’accouchant sur la page blanche, la fait renaître de son propre corps. Car l’amour fusionnel dans toutes ses dimensions qu’elles soient affectives ou intellectuelles, l’est également sur le plan charnel.
Lorsque sa mère meurt après avoir été renversée par une voiture, Paloma Hermina Hidalgo bascule dans la folie car sa mère continue à lui parler et à lui lancer des injonctions. L’autrice finit par se mutiler sous le prétexte d’enlever une épine dans sa main que sa mère lui ordonne d’extirper. Cette bascule de l’autre côté des mots, en territoire de folie, conduit l’autrice dans un hôpital psychiatrique où elle est internée à la demande de sa sœur Cara.
L’on perçoit en sourdine, une musique de tango, une danse envoûtante et lancinante avec les mots, car la mère née en Argentine, pays qu’elle avait fui lors de la dictature, aimait ce corps à corps jusqu’à sombrer dans la perte de soi. Ernesto Sabato disait du tango qu’« il est une pensée triste qui se danse ».
Cette pensée triste irrigue la peau vive des mots de ce roman de lave et de feu à la beauté incandescente qui brûle et foudroie le lecteur irradié. Le parfum des roses, leur couleur écarlate telles les lèvres sanguines de la mère, reviennent en leitmotiv dans ce jardin d’écriture, elles sont à la fois bonheur et douleur, amour, poison et symbole mortifère... L’on songe au cercueil « tout en roses rouges » de la mère et l’on lit : « Terre fraîche sur les roses-l’image m’éblouit. Je suis un œil sans paupière » et plus loin « Et cette rose, la dernière de sa fosse ». Le rouge sang des roses met en exergue la blancheur de Paloma que sa mère appelait Nieve (Neige) en référence à Blanche-Neige qui renvoie au conte des frères Grimm. Dans l’une des versions de cette histoire, la reine fait faire un tour de carrosse à Blanche-Neige et lui demande de descendre cueillir des roses…
Que nous dit ce roman sur la perte de la mère, chair de la chair de l’enfant qui lui survit, sinon qu’elle continue à vivre dans la chair du texte. L’autrice nous rappelle « les épisodes du coucher » de Proust « où se joue l’impossible séparation de la mère ». Quant à Albert Cohen, il écrivait « Pleurer sa mère, c’est pleurer son enfance ».
Dans « Matériau Maman », Paloma Hermina Hidalgo conclut « Amputée de toi, j’ai vécu dans l’envers de ton amour ». Nul doute que l’autrice, avec ce roman enfanté dans les ténèbres et la douleur, vient de renaître dans une roseraie auréolée de lumière où son âme blessée a retrouvé dans l’écriture la part belle du sourire de sa mère à laquelle elle dédie le cœur de son amour qu’elle éternise dans la grâce et la splendeur de sa poésie.
Françoise Urban-Menninger, « Matériau Maman, roman de Paloma Hermina Hidalgo, paru aux Éditions de Corlevour avec en couverture une photo de Lou Sarda », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, mis en ligne le 26 février 2024. URL :
Née en 1985 à Tartous en Syrie, Maïss Alrim KARFOUL est une poétesse et traductrice syrienne résidant en France depuis 2011 et à Toulouse depuis 2013. Elle a obtenu un Master en droit de l'université de Toulouse 1 Capitole fin 2014, et y a entamé une thèse. En 2018, elle a publié un recueil en arabe intitulé « Quand on a aidé la guerre pour qu'elle traverse » aux éditions Attakwin, Damas. Son implication dans la poésie en France a débuté en 2016 avec l'aide de Serge Pey, poète et ami, dans le cadre d'ateliers d'écriture à la Cave Poésie de Toulouse.
« Quand on aidé la guerre pour qu'elle traverse », Éd. Al-Takween, Damas, 2017.
Festivals
« Tournez la plage », La Ciotat, 2023.
« Sources poétiques, festival de poésie en Lozère », 2022.
« Les EauDitives », Toulon, 2019.
« Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée », Sète, 2019.
Site Internet, Blogs, Réseaux sociaux :
Facebook : Maiss alrim Karfoul
Entrevue
Maïss Alrim KARFOUL : « Je pense que ma première inspiration poétique était liée à ces moments captivants où j'ai pu ressentir une sorte d'« orgasme poétique » devant certains passages de films. »
(H.M) — Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre parcours en tant qu’écrivaine et poétesse ? Comment avez-vous découvert votre passion pour l’écriture ?
(M.K) — Mon parcours en tant qu'écrivaine et poétesse trouve ses racines dans mon enfance, où j'ai toujours eu une perspective unique et un regard introspectif sur le monde qui m'entourait. Cette sensibilité précoce m'a naturellement dirigée vers l'écriture, où j'ai trouvé un moyen d'exprimer mes visions décalées et ma prise de distance par rapport à la réalité.
Ma découverte de ma passion pour l'écriture s'est manifestée à travers une sensibilité envers la langue et l'expression dès mon jeune âge. Je me questionne sur le langage lui-même, s'il porte les cicatrices de l'histoire humaine ou si ce sont nos propres blessures qui imprègnent notre utilisation du langage pour communiquer nos émotions et nos questionnements.
Pour moi, l'écriture poétique et littéraire offre un miroir réfléchissant qui permet de prendre du recul par rapport à la réalité. L'écrivain, tel un sculpteur, façonne la matière de la tristesse et des émotions collectives, nourries par les peurs et les attentes de la société.
J'ai exploré en profondeur le thème de l'attrait pour l'écriture, cherchant à comprendre les motivations qui poussent quelqu'un à devenir écrivain. Pour moi, ce passage à l'écriture s'est produit lorsque j'ai accepté de partager, à travers la publication, ce miroir poétique que j'avais toujours porté en moi, reflétant l'inconscient linguistique et poétique du monde qui m'entoure.
(H.M) — Quelles sont vos principales sources d’inspiration littéraire ? Y a-t-il des écrivains ou des poètes qui ont particulièrement influencé votre travail ?
(M.K) — Mon inspiration littéraire évolue de manière aléatoire, sans suivre de règles définies. Parfois, je me trouve plongée dans une phase poétique sans nécessairement traduire ces sentiments en mots écrits. Il est crucial de reconnaître cette réalité et de respirer les molécules de poésie qui flottent dans l'air, cette conscience soudaine de la beauté poétique qui nous entoure, une étrangeté qui chatouille notre esprit et nous incite à nous exprimer à travers le langage.
Je m'efforce souvent de transposer mes expériences vécues en poésie, façonnant ma vie en robes de vers, cousant ensemble des mots inspirés de mes observations sur la douleur et la joie dans le monde. La valeur littéraire reste ma boussole de vie, guidant mes pas à travers les méandres de la création.
Pour moi, les noms des auteurs s'effacent devant la beauté du tissu créé par leurs textes. J'entretiens une relation personnelle avec les histoires des écrivains, plongeant dans leurs biographies comme des symboles denses d'expériences humaines, littéraires et psychologiques, sources d'inspiration significatives. Les échanges entre écrivains et artistes en général sont pour moi une source d'inspiration immense, permettant d'explorer des mondes cachés derrière les mots et les langages, ouvrant des fenêtres vers des univers riches en visions, attentes et souvenirs.
La poésie libre résonne particulièrement en moi, établissant une connexion avec l'âme de l'écrivain même sans échange verbal.
J'apprécie les écrits où l'écrivain partage ses pas avec fragilité ou confiance, capturant la nudité de certains passages pour révéler la brillance de la lune au fond du ciel, cette lueur poétique qui illumine chaque phrase.
En résumé, j'ai une affection particulière pour les écrits des poètes tels qu'Abbas BAYDON, Bassam HAJJAR, Mohammed BENMILOUD, Widad NABI, Nisrin KHOURY, et bien d'autres, qui enrichissent mon univers littéraire de leurs mots et de leurs émotions.
(H.M) — Comment votre identité syrienne influence-t-elle votre écriture ? Pouvez-vous nous parler de la manière dont cette influence se manifeste dans vos œuvres ?
(M.K) — L'influence de mon origine syrienne sur mon écriture est profonde et complexe. En tant qu'écrivaine voyageuse, je cherche à capturer les images et les émotions enracinées dans ma mémoire, tissant un récit qui reflète les déchirures et les espoirs d'une Syrie déchirée par la guerre. Vivre en exil, tout en étant témoin de la souffrance continue de mon pays à travers les médias sociaux, crée un sentiment de déchirement et de nostalgie. Mon écriture devient ainsi une tentative de réconcilier les différentes facettes de mon identité, entre le souvenir des lieux perdus, le déracinement face à la détérioration de ma terre natale, et le besoin constant de connexion avec mes compatriotes.
À travers mes mots, je cherche à exprimer les blessures personnelles et collectives causées par la guerre et la révolution, tout en essayant de trouver un refuge dans la langue et le lien social.
(H.M) — Pouvez-vous partager une expérience ou un moment spécifique qui a marqué vos débuts littéraires ? Quelle a été la leçon la plus importante que vous en avez tirée ?
(M.K) — Mon apprentissage est un flux continu, souvent subtil et parfois imperceptible. Chaque fois que ma plume s'arrête, c'est parce que j'ai buté sur un défi intérieur qui m'a forcée à apprendre quelque chose de nouveau. Ces obstacles peuvent sembler insurmontables sur le moment, mais je sais que je les aurai surmontés dès que mes mots recommenceront à couler. Peut-être que c'est dans l'oubli que les expériences se métamorphosent en leçons ou en défis. La poésie, lorsqu'elle s'anime en nous, donne naissance à des créations étrangement matures, dépassant les attentes habituelles d'un nouveau-né.
C’est cette alchimie de leçons, d’oubli et d’expériences qui alimente notre créativité. J’ai appris à ne pas me laisser submerger par le stress de l’écriture ou par l’apparente absence d’inspiration. Ce qui compte le plus, c’est ce que je considère comme un « laboratoire poétique » en moi, toujours assoiffée de nouvelles visions et d’expériences, puisées simplement dans la vie elle-même.
J'ai également découvert l'importance de vivre des expériences en dehors de la sphère poétique pour nourrir mon inspiration. Rencontrer des personnes aux horizons différents, explorer les récits des autres pour y dénicher une parcelle de poésie cachée ; autant de pratiques qui enrichissent mon univers créatif. Comme beaucoup au commencement, je me suis aventurée innocemment dans ce domaine. Je n'aurais jamais imaginé devenir poète ; tout ce que je désirais, c'était exprimer ces mots qui m'émerveillaient par leur étrangeté.
(H.M) — Durant ces dernières années, vous avez participé à de nombreux festivals en France. Pourriez-vous nous raconter quelques-unes de vos expériences les plus mémorables ou des moments marquants lors de ces événements ?
(M.K) — Ce qui m'a le plus touchée, ce sont les réactions des gens face à mes poèmes : leurs larmes, leur affection. Ce qui me touche particulièrement, c'est lorsque quelqu'un réagit à un poème sans que cela soit conditionné par ma nationalité syrienne, mais plutôt lorsqu'il parvient à saisir l'aspect humain derrière le texte, au-delà de l'identité de son auteure. À travers ces échanges, je découvre l'image d'inviter ma voisine à partager un café et à discuter de nos expériences communes. Pour moi, la poésie réside dans le fait de célébrer ce qui nous unit, de refléter des images familières aux gens et de partager celles qui proviennent d'autres pays et cultures.
(H.M) — Comment percevez-vous le paysage littéraire en France en ce qui concerne la promotion de la diversité culturelle et de la littérature arabophone ? Avez-vous rencontré des défis particuliers en tant qu’auteure syrienne en France ?
(M.K) — Personnellement, mon parcours pour être lue en France n'a pas été précipité. Initialement, il répondait davantage à un besoin social. Mon objectif était d'entrer en contact avec la communauté poétique de ma ville et de mon entourage, de rencontrer d'autres poètes et de ressentir un sentiment d'appartenance à un milieu où je pourrais parler librement de la vulnérabilité humaine, une vulnérabilité qui peut se transformer en poésie.
Ainsi, j'ai progressivement commencé à fréquenter un atelier de poésie à la Cave Poésie de Toulouse. Cela m'a rassurée de constater que je n'étais pas seule. Je suis différente mais pas isolée, et ma différence pourrait apporter une richesse à ce groupe. Je précise cette différence car, à l'origine, je ne suis pas francophone, je n'ai pas étudié la littérature, et je ne connais pas les références littéraires de ce pays qui m'a accueillie en 2011 pour des études en droit. De plus, je découvrais tout juste les références littéraires arabes. Ainsi, sur le plan poétique, j'ai mûri au croisement de diverses circonstances, y compris la situation très critique en Syrie. J'ai également constamment interrogé mon identité poétique.
Lorsque l'opportunité s'est présentée d'être publiée en France, c'était le résultat de ce cheminement identitaire et poétique. J'avais été publiée en Syrie à peine deux ans auparavant, et ma démarche poétique est fondée sur ces deux identités, deux présences, voire absences ! Comparée à d'autres écrivains déjà reconnus dans le monde arabe et ayant déjà une notoriété dans leur littérature, mon parcours a été un pas ici et un autre là-bas, un peu précaire.
(H.M) —- Pouvez-vous nous parler de vos derniers projets littéraires ? Avez-vous un nouveau livre ou recueil de poésie à venir ?
(M.K) — J'ai plusieurs projets en tête, mais je prends le temps nécessaire pour les concrétiser. Peut-être suis-je un peu trop perfectionniste ? Cependant, je crois fermement que même les projets que l'on garde dans l'ombre, ceux que l'on met de côté et qui ne voient pas le jour, enrichissent notre esprit. Ils servent à la fois de remparts solides qui nous protègent, nous permettant de nous immerger dans la chaleur de la création littéraire, et de terres fertiles où nous pouvons semer nos graines de folie, de questionnements et de doutes, pour voir émerger de façon aléatoire mais magique de petites pousses surprenantes.
Il est important, à un certain moment, de se questionner sur la raison pour laquelle nous nous lançons dans un projet. Cependant, je reconnais que je me pose cette question un peu trop fréquemment. Je réalise également que tracer son chemin artistique ou littéraire sans tenir compte du contexte sociétal est un défi. En même temps, les conditions humaines, politiques, etc., auxquelles notre société est confrontée rendent la création un peu complexe, à la croisée des chemins entre notre moi individuel et notre moi collectif. Je n'ai pas encore défini la forme de projet qui me correspondrait et qui me soulagerait en tant qu'individu traversant différentes cultures, oscillant entre la nostalgie de mes origines et le désir d'appropriation de l'art et de la culture offerts à l'humanité.
(H.M) — L’identité et la diaspora représentent des thèmes récurrents dans la littérature migrante. Comment ces sujets se manifestent-ils dans vos écrits ?
(M.K) — Dans mes expériences de vie entre ici et là-bas, j'ai l'impression de porter en moi deux identités distinctes. Historiquement, la littérature migrante était souvent associée à l'expérience personnelle de l'écrivain, à ses sentiments d'exil. Même dans la poésie arabe, on retrouve ce qu'on pourrait qualifier de "littérature de l'exil", un concept auquel je repense souvent, notamment en raison de son étude approfondie durant mes années scolaires. Jamais je n'aurais imaginé me retrouver dans cette situation, partagée entre l'écriture de cet endroit où je suis actuellement, alors que le pays que j'ai quitté continue d'être secoué par des bouleversements.
Nous apprenons à nous sentir insignifiants en voyant nos compatriotes souffrir là-bas, tout en cherchant à nous intégrer dans ces vagues migrantes qui cherchent à tracer leur chemin dans l'exil. Avec l'avènement des réseaux sociaux, cette démarche n'est plus la même : nous n'avons plus besoin de nous rendre physiquement à la mer pour imaginer l'au-delà, car il est présent en permanence, avec toutes ses émotions et ses tumultes qui continuent d'émerger.
(H.M) — Comment décririez-vous votre style littéraire et les thèmes qui sont récurrents dans vos œuvres ? Y a-t-il une idée ou un concept particulier qui vous passionne et que vous explorez souvent dans votre écriture ?
(M.K) — Il est difficile de se décrire soi-même par des mots, ou de décrire son style. Je peux avouer que j'essaie d'écrire de manière spontanée. J'ai l'impression qu'il y a une chambre noire où se rencontrent les idées, les questions, les images, les souvenirs des goûts, pour se frotter et en sortir une pierre solide qui m'invite à l'expression écrite. Quand j'ai ce pressentiment-là, je peux dire que je suis curieuse de voir quel type de feu en sortira, ou pas. Quelle image prendra cette inconscience à l'intérieur de cette chambre noire qui se remplit derrière mon dos, sans que je ne puisse en prendre conscience. C'est ma façon de décrire la vie, de prendre du recul, de critiquer par des images et des interrogations. Je pose beaucoup de questions dans mon écriture, des questions sans réponse, et ce que je trouve magique, c'est que je suis uniquement satisfaite de les poser, de les exposer, de les sortir, de les découvrir, d'en faire des hypothèses…
(H.M) —Les écrivains ont souvent des rituels ou des habitudes qui les aident à écrire. Y a-t-il quelque chose que vous faites systématiquement avant ou pendant le processus d’écriture pour vous inspirer ou stimuler votre créativité ?
(M.K) — Non, pas particulièrement. Par rapport à la rédaction de ma thèse, qui pourrait ressembler d'une certaine manière à l'écriture romanesque, l'écriture de la poésie me demande simplement de me rendre disponible psychologiquement. Je m'isole quand j'ai ce pressentiment précipité d'aller vers ce monde noir, je me rends disponible à la magie. Je m'isole en me dirigeant vers un monde qui est souvent là. Je pense qu'on n'arrête pas d'écrire quand on est écrivain, on emmagasine et on intègre les expériences, nourrissant ainsi ce monde autre. On s'en nourrit lorsque l'on ressent le besoin de dire quelque chose, d'adresser la parole à quelqu'un, d'essayer de dévoiler le visage de ce « quelqu'un » à qui l'on a envie de parler et de transmettre des messages.
(H.M) — Outre l’écriture, y a-t-il d’autres formes d’expression artistique qui vous inspirent ou auxquelles vous participez ?
(M.K) — Je pratique la danse, et j'apprécie toutes ses formes. De plus, j'ai un amour pour le cinéma. Je pense que ma première inspiration poétique était liée à ces moments captivants où j'ai pu ressentir une sorte d'« orgasme poétique » devant certains passages de films.
(H.M) — Quels conseils donneriez-vous aux jeunes écrivains et poètes qui aspirent à poursuivre une carrière littéraire en France, en particulier ceux issus de la diaspora ?
(M.K) — Je leur conseillerais d'être authentiques et de se poser la question fondamentale du pourquoi écrire ? À qui s'adresse leur création ? Quel message souhaitent-ils transmettre ? Cependant, je ne me sens pas forcément légitime pour donner des conseils. Ce que je considère comme des conseils à me donner à moi-même, je les adresse davantage comme des invitations à partager pour susciter la discussion et la communication.
(H.M) — Les lecteurs sont souvent curieux de connaître les livres préférés des écrivains. Pourriez-vous nous recommander quelques-uns de vos livres ou poèmes favoris qui ont influencé votre travail ou qui ont une signification particulière pour vous ?
(M.K) — J'ai été profondément inspirée par des romans tels que "Maya", "Le Dieu des Petites Choses" et "Mille et Une Nuits". Ces œuvres ont été une source d'inspiration majeure qui m'a guidée vers le domaine de la poésie. Par la suite, j'ai commencé à percevoir le monde avec l'œil sensible des poètes, portant en moi un lien fort avec l'imagination et le voyage possible construit par un texte solide et beau. Les histoires et les personnages qui y flottent créent un univers parallèle pour moi.
(H.M) — En tant qu’écrivaine et poétesse, quelles sont vos aspirations futures ? Y a-t-il un projet littéraire ou une réalisation que vous rêvez d’accomplir à l’avenir ?
(M.K) — J'aspire à continuer d'être une source créative d'idées nouvelles, nourrie par de nouvelles relations, découvertes et expériences. J'espère ne jamais cesser de vivre ma vie comme un long poème, avec ses éclairs fugaces et ses constantes révélations. Mon rêve est de pouvoir lire et ressentir ces signes pour les traduire en livres ; des écrits intimes et des échanges avec les autres, ou simplement les laisser dormir en moi pour illuminer cette étrange lumière de la poésie.
(H.M) — Enfin, comment percevez-vous le rôle de la littérature et de la poésie dans la société actuelle ? Quel impact pensez-vous qu’elle puisse avoirsur les lecteurs et la société en général ?
(M.K) — Je ne crois pas que la poésie puisse changer le monde à elle seule. Elle est lente, tandis que le monde évolue rapidement dans ses changements et ses transformations. Cependant, malgré cette disparité, la poésie demeure un refuge pour ceux qui cherchent la quiétude, la contemplation et la beauté. Cette beauté émerge de la douceur apportée aux choses dures et de la capacité à rendre complexe ce qui semble simple et mécanique. Ainsi, la poésie a le pouvoir tantôt de choquer, tantôt d'apaiser les âmes fatiguées.
Pour citer cet entretien féministe, illustré & inédit
Hanen Marouani (propos recueillis), « Interview avec la poétesse syrienne Maïss Alrim KARFOUL », illustré par des photographies fournies par l'autrice Maïss Alrim KARFOUL, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 26 février 2024. URL :
Crédit photo : Anna Maryniak, « Loneliness II », peinture, dimensions 70x100 cm, capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.
La Goule, monstre de la mythologie arabe et Pénélope, figure mythique de la culture européenne et universelle, symbolisent le fil qui relie les femmes opprimées par-delà les frontières.
Goule
De la dernière miette
De la dernière goutte
De tes chairs
Je me repaîtrais
De ton sang
M’enivrerais
Des cendres
De tes os
Je ferais mon fard
Sous la glace
De tes yeux
Le froid
De ton regard
Quand de moi
Tu essaies
De te détacher
Ton souffle
Un tremblement
De tes mains
Tout ton corps
Je le vois bien
M’en implorent
Mais
Parce que
Je t’aime
Je t’épargnerai
On dit
De moi
Que j'attends
Le long des chemins
Noire
Que vienne le chaland
Que mes dents
Acérées
Déchirent sa peau blanche
Quand en moi
Il se perd
Quand en moi il se prend
Quand de moi
Tu t'éprends
Courbée
Sur les couffins
J'ai fleuri
Les tombeaux
J'ai soigné les années
De mon sang
Chaque lune
Reverdit
Le pré
Et moi
Qui
M'a aimée ?
Pénélope
Crédit photo : Francesco Primaticcio, « Pénélope & ses suivantes tissant », peinture, capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.
Pour citer ces deux poèmes féministes, inédits & inspirés des figures légendaires
Nada Chaar, « Goule » & « Pénélope », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 24 février 2024. URL :
L’autrice semble être en résonance avec le subtil, car le poète est celui qui a une conscience totale de la réalité et en a une perception plus fine que le commun des mortels. De ce fait, peut-on dire que le poète est avant tout un être hyper-lucide ?
Céline De-Saër semble accaparée par son environnement. On connaît le tremblement de terre qui est un phénomène naturel courant mais le tremblementd’éther ne peut sans doute être vécu et ressenti que par des êtres hors du commun. C’est peut-être le cas de notre poète : « l’air suintait des visages surgis ».
Chaque mot employé revêt une signification bien particulière qu’il faut placer dans son contexte pour éviter toute méprise. C’est le ciel qui est « crevé de colère » quand tremble l’éther, encore un phénomène observable par notre poète qui ne cesse d’apprendre et de nous apprendre à apprendre. Aussi est-elle celle qui donne des consignes claires par l’emploi du mode infinitif :
« Dormir contre la flotte
vers la pluie, au lieu d’elle, en échange de, en face de la
mer par la vitre. »
Les ancêtres sont ceux et celles qui nous précèdent mais Céline De-Saër évoque « les ancêtres à venir ». Que faut-il entendre par là ? Rien n’est statique : le futur deviendra le passé. Grammaticalement parlant on aura affaire à un futur antérieur et un futur simple. Elle sous-entend sans doute la génération future et la génération postérieure à cette dernière.
Le vent, c’est de l’air en mouvement, donc tout se meut dans son monde, ça palpite. Quand tremble l’éther tout est inversé. Non seulement :
« La membrane de l’air s’est déchirée
par le sel : premier matin de la nuit. »
Mais encore :
« La lumière est en chemin
quand je suis allée la voir pour sa pleine mer
Le vent attend son chemin. »
Son rapport à l’eau n’est pas sans rappeler que la vie vient de là.
« La perte des eaux » nous rappelle la rupture de la poche des eaux de la femme « en couches ». Et pour elle : « La mer est une salle de travail » et de là découle la vie. De l’ombre à la lumière, il n’y a qu’un pas : « Le puits de lumière se retourne en moi. ». Elle convient également : « Samain a tracé ton passage dans mon corps »
La nuit monte et la lumière descend pour enfin devenir poussières. Cette lumière n’est-elle pas celle de l’esprit qui nous anime avant qu’on ne redevienne poussière. La nuit, c’est sans doute la finitude de l’être : « La lumière renversée en poussières »
Dans ce recueil sont présents : l’air, la mer, la terre, la lumière. Ces éléments sont en unicité dans l’espace-monde qui caractérise l’existence.
Maggy De Coster, « Céline De-Saër, « Tremblement d’Éther », Éditions Unicité, 2024, 72 pages, 13€ », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, mis en ligne le 17 février 2024. URL :
N° I | HIVER 2024 | Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes / 1er Volet | Revue des métiers du livre / S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages
Mardi, 13 février 2024. Coup de théâtre. J’apprends l’annulation du déplacement des bouquinistes par la présidence. Une dépêche de l’AFP annonce la décision élyséenne : « Constatant qu'aucune solution consensuelle et rassurante n'a pu être identifiée avec ces acteurs, le président de la République a demandé au ministre de l'Intérieur et au préfet de police de Paris que l'ensemble des bouquinistes soient préservés, et qu'aucun d'entre eux ne soit contraint d'être déplacé ».
La presse étrangère se réjouit du rétropédalage du pouvoir. Des médias européens, américains, asiatiques ont réalisé des reportages sur place tout au long des sept mois de lutte. Le soir du simulacre du test de démontage, des télévisions japonaise et sud-coréenne étaient présentes. Le journal bavarois Süddeutsche Zeitung écrit « Bonne nouvelle. À la surprise générale, le président français décide le maintien des boîtes de bouquinistes, authentiques monuments culturels, sur leurs parapets. L’art et la manière de gagner des points de popularité à bon compte. L’opinion publique est largement acquise aux bouquinistes. Une pétition de soutien a réuni 184 000 signatures. Des voix nombreuses se sont indignées contre la liquidation de l’âme de la Seine ».
La résistance a payé. Dès juillet 2023, nous nous sommes mobilisés, avec Élisabeth, pour les bouquinistes des quais de Seine. J'ai publié une douzaine de chroniques. Je prépare un livre sur cette question sous le titre Les Bouquinistes parisiens, Ad vitam aeternam. Je reçois plusieurs messages jubilatoires de bouquinistes. Prochaine étape, immortaliser le témoignage.
Mustapha Saha, « Lutte des bouquinistes parisiens. Épilogue », photographie par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, mis en ligne le 17 février 2024. URL :
APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.
L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.
Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.
LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE ET MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES ET PRATIQUES HIVER 2026 | NO IV SORCIÈRES D’ANTAN & D’AUJOURD’HUI PREMIER VOLET Crédit photo : John William Waterhouse (1849–1917), « The Sorceress...
Biographie & publications disponibles numériquement Cristina RAP Illustratrice, artiste-peintre, scénographe diplômée de l'Académie des Beaux-Arts
Est scénographe, diplômée de l'Académie des Beaux-Arts, et peintre. Elle a réalisé des courts-métrages et...
N°I | HIVER 2026 | 1ER VOLET « SORCIÈRES D’ANTAN & D’AUJOURD’HUI » | Critique & réception | Revue culturelle des continents Passer l’hiver dans le flamboiement des couleurs du peintre André Evard à la Galerie Messmer à Riegel dans le Kaiserstuhl en Allemagne...
N°I | HIVER 2026 | 1ER VOLET « SORCIÈRES D’ANTAN & D’AUJOURD’HUI » | Agenda poétique & artistique | Cartes de vœux Joyeuse année 2026 à vous !
Carte de vœux Les équipes des périodiques Le Pan Poétique des Muses, Semainier des Muses, Iris & Mêtis, Orientales,...
LA RÉDACTION A FAIT FACE À PLUSIEURS ATTAQUES INFORMATIQUES TRÈS VIOLENTES DURANT L’ANNÉE 2025 ET SURTOUT DEPUIS CET ÉTÉ. ON COMPTE PUBLIER PLUS D’INFOS SUR LES SOURCES DE CES ATTAQUES. NOUS ESPÉRONS RETROUVER UN RYTHME NORMAL D’ÉDITION EN 2026. BONNE...
PAGE EN COURS D’ÉDITION... MERCI DE VOTRE PATIENCE !
LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE ET MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES ET PRATIQUES AUTOMNE 2025 | NO IV LE MAL DE VIVRE DANS LA MORT VOLONTAIRE DES ARTISTES DE SAPHO...