9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 11:59



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Épitaphe pour nos sœurs

 

 

 

&

 

 

 

Le chœur des femmes

 

 

 

 

 

 

 

 

Textes & photographie par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

© Crédit photo : Françoise Urban-Menninger, "Rose", image prise dans le jardin de la poète féministe & engagée. 

 

 

 

Ces poèmes s'accompagnent de l'image d'une rose prise dans mon jardin...

N'oublions pas nos sœurs victimes de féminicides en ce début d'année, il ne faut pas que ces meurtres deviennent des faits divers !

 

Épitaphe pour nos sœurs


 

 

elles s'appelaient Jacqueline

Alexandrine Sabrina ou Roseline

elles tenaient leur main serrée

sur leur cœur qui palpitait comme un oiseau

 

 

 

la peur se lisait dans leurs yeux

leurs corps marbrés signaient leur douleur

aujourd'hui on ne les entend plus

ce sont nos sœurs disparues

 

 

 

elles ont quitté cette nuit

qui dévorait leur âme et leur esprit

il ne nous reste que leurs cris

à mettre en épitaphe

 

 

 

sur une tombe parmi les fleurs

pour ne pas oublier leur souffrance

qui nous traverse sous la peau des mots

et s'inscrit dans la chair du poème*

 

* Ce poème élégiaque & féministe est paru dans le calendrier féministe de 2021.

 

 

 

 

Le chœur des femmes

 

 

 

le chœur des femmes

fait corps dans le ventre de la terre

où brûlent encore les bûchers des suppliciées

condamnées pour sorcellerie


 

 

le chœur des femmes

reprend leurs cris

dans celle longue nuit d'agonie

qui traverse nos écrits


 

le chœur des femmes

fait corps avec toutes celles

qui aujourd'hui se consument

sur les bûchers de l'obscurantisme


 

 

mais le chœur des femmes

est aussi un corps de lumière

qui éclaire chacune d'entre nous

dans le vif-argent de notre esprit

 

 

© F. Urban-Menninger

 

 

***

 

Pour citer ces poèmes élégiaques & féministes

 

Françoise Urban-Menninger (poétextes & photographie par), « Épitaphe pour nos sœurs » & « Le chœur des femmes », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Festival de Poésies Féministes 2021 | « Cinquante poèmes féministes » recueil collectif paru en 2021 aux éditions PAN DES MUSES DE LA SIÉFÉGP & Numéro Spécial | Printemps 2022 « L'humour au féminin » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 9 février 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/concoursfeministes/ns2022/fum-epitaphe

 

 

 

 

Mise en page par David Simon

Dernière mise à jour le 11 février 2022. 

 

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À venir 

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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 10:58

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​​​​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations

 

 

 

 

 ​​

 

Une femme aux yeux noirs

 

 

 

(Victime de féminicide)

 

 

 

 

 

Mona Gamal El Dine

 

Docteur en sciences de l'art (La Sorbonne Paris), Membre de la Société des Gens de Lettres, Membre du P.E.N Club International, Sociétaire des Poètes Français, Présidente de l'association ISIS Arts & Cultures, Fondatrice des Rencontres des Poètes pour la Paix, Membre de Cercle Universel des Ambassadeurs de la paix (Genève/Paris), Historienne de cinéma & Réalisatrice

 

 

 

 

Crédit photo :  Une "Andalouse", tableau, Commons. 

 

 


 

Tu as des yeux noirs comme la nuit

Tes yeux noirs comme les pleurs de la nuit et du jour

Tes yeux noirs comme la tristesse 

Tes yeux noirs sont une force de combat

Tes yeux noirs sont à l’épreuve infinie

Tes yeux sont dépourvus de vie 

Tes yeux figent le vide de l’absence

Ce sont tous mes souvenirs qui me reviennent avec les larmes devant ta photo

Je déteste cette séparation

Mon sentiment est invisible

Quand je suis seul, tu es arrivée

Quand je suis triste, je t’aime

Une paire d’yeux ne suffit pas pour te regarder

Quand je croise ton regard, je tombe amoureux de toi

Pour toi maman car tu es un rayon de soleil  


 

© M. Gamal El Dine

 

 

 

Pour citer ce poème engagé & féministe

 

Mona Gamal El Dine, « Une femme aux yeux noirs (Victime de féminicide», poème féministe, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 27 juillet 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/mged-yeuxnoirs

 

 

 

 

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Retour à la Lettre n°16 

30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 17:50

 

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Réception  & critique d'autrefois | Presses, médias, femmes, genre & poésie

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Préface

 

 

 

 

 

 

 

 

Renée Vivien

 

Texte choisi & transcrit

par Dina Sahyouni

 

 

 

 

 

Crédit photo : "Sappho", Gabrielle Krauss by Benque, Gallica, domaine public, Wikimedia. 

 

 

 

La Préface présente ci-dessous a été rédigée par VIVIEN, Renée et se trouve dans son édition de SAPPHO (612?-557? av. J.-C.), Sappho. Traduction nouvelle avec le texte grec [par] Renée VIVIEN, Paris, Alphonse LEMERRE, Éditeur, 23-31, passage Choiseul, MDCCCCIII/1903, pp. I-V.

Cet ouvrage appartient au domaine public et se trouve sur le site de Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

 

 

 

    L'Œuvre du divin Poète fait songer à la Victoire de Samothrace, ouvrant dans l'infini ses ailes mutilées.

    Comme elles s'allient profondément avec l'ombre et le silence, ces paroles trempées dans le parfum des nuits mytiléniennes :

    « Les étoiles, autour de la belle lune, voilent aussitôt leur clair visage, lorsque, dans son plein, elle illumine la terre de lueurs d'argent. »

    … Voici la langueur des vergers où les fruits et les verdures s'imprègnent de soleil :

    « Alentour [la brise] murmure fraîchement à travers les branches du pommier, et des feuillages frissonnants coule le sommeil. »

    Mais l'enchantement est rompu par un cri de détresse :

    « Car ceux à qui je fais du bien, ceux-là m'outragent le plus. »

    De quelles blessures envenimées ces mots ont-ils coulé, comme de brûlantes gouttes de sang ? À quelles ingratitudes, à quelles trahisons songeait-Elle ? Et qui jamais apprendra les douleurs secrètes de ce cœur si magnifiquement humain ?

    « Venez, Grâces délicates et Muses aux beaux cheveux. » Telle fut jadis l'invocation de la Tisseuse de violettes, tandis qu'auprès d'elle Eranna de Télôs, la plus ardente et la plus inspirée de ses disciples, la Musicienne qui mourut trop jeune pour atteindre au sommet de sa gloire, accompagnait vaguement d'une note errante du paktis* le chant souverain. L'air du large gonflait les cheveux nocturnes de Psappha**, et, au loin, dans les pauses du rythme, montait le soupir de la mer. Dika tressait de ses mains souples les roses de Mytilène entrelacées de fenouil. Damophyla de Pamphylia, qui devait plus tard composer une ode sur le modèle de cette parfaite harmonie, écoutait, pareille à une statue de l'Extase ; Gorgô, un peu à l'écart, se souvenait avec mélancolie des heures fanées ; Gurinnô contemplait le « sourire de miel » que célèbrent les vers d'Alcée ; Atthis, l'ondoyante et l'incertaine, cherchait le regard d'Androméda et, sous l'ombre des pommiers du verger, s'attardaient, ivres de musique et de souvenirs, Télésippa, Mégara, Anagora de Milet, Gonyla de Colophôn, Anactoria et Euneika de Salamine.

    … En évoquant, à travers les brumes du Temps, les ardeurs sacrées de l'immortelle Amoureuse, ma pensée va vers Atthis, la moins fervente des Amies, peut-être, et la plus aimée. Car c'est pour elle que s'éleva ce divin soupir :

    Je t'aimais, Atthis, autrefois... »

    Je me plais à croire qu'elle fut la Beauté fugitive de l'Ode à l'Aphrodita et de l'Ode à une Femme aimée, à laquelle la tradition attache le nom d'Anactoria.

    Psappha s'éprit de toutes les magnificences de la nature : elle aima les fleurs, l'étoile du soir, l'hyacinthe meurtrie qui se fane sur la montagne, la pomme qui s'épanouit sur les plus hautes branches et que la convoitise des passants n'a pu atteindre, semblable à l'inaccessible et désirable virginité, et le duvet de l'herbe du printemps, que foulent en dansant les femmes de la Crête.

    L'incomparable Amante fut aussi l'incomparable Amie. Recueillons avec pitié cette larme très pure donnée au souvenir d'une petite morte virginale.

« C'est ici la poussière de Timas, que l'azur sombre du lit nuptial de Perséphoné reçut, morte avant l'hymen. Lorsqu'elle périt, toutes ses compagnes, d'un fer fraîchement aiguisé, coupèrent la force de leurs désirables chevelures. »

 

 

 

 

 

 

* Harpe inventée par Psappha, instrument dont la forme nous est peu connue, mais qui était très différent de la lyre et ne comportait pas l'emploi de l'archet.

** Forme dorienne et exacte du nom de Sapho.

 

 

 

***

 

 

Pour citer cette présentation de la poésie d'une lesbienne 

 

Renée Vivien, « Préface », texte dans SAPPHO (612?-557? av. J.-C.), Sappho. Traduction nouvelle avec le texte grec [par] Renée VIVIEN, (1903), a été choisi & transcrit par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 30 mai 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/rv-pref-psappha

 

 

 

 

 

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30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 17:44

 

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Revue Matrimoine | Essai ou manifeste & REVUE ORIENTALES (O) | N° 1 | Dossier | Articles  

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Biographie de Psappha

 

 

 

 

 

 

 

 

Renée Vivien

 

Texte choisi & transcrit

par Dina Sahyouni

 

 

 

 

 

Crédit photo : "Sappho", Blue Tile Victoria and Albert Muséum, domaine public, Wikimedia. 

 

 

 

La biographie présente ci-dessous a été rédigée par VIVIEN, Renée et se trouve dans son édition de SAPPHO (612?-557? av. J.-C.), Sappho. Traduction nouvelle avec le texte grec [par] Renée VIVIEN, Paris, Alphonse LEMERRE, Éditeur, 23-31, passage Choiseul, MDCCCCIII/1903, pp. VII-XII. Cet ouvrage appartient au domaine public et se trouve sur le site de Gallica de la Bibliothèque nationale de France.

 

 

 

    De la femme qui atteignit jusqu'aux purs sommets de la gloire nous ne savons presque rien, les siècles ayant trop impénétrablement embrumé la splendeur de son lointain visage. Les ardents d'Alcée attestent qu'elle fut belle et qu'elle fut aimée :

    « Tisseuse de violettes, chaste Psappha au sourire de miel, des paroles me montent aux lèvres mais une pudeur me retient. »

    Cet hommage lyrique fut, d'ailleurs, peu favorablement reçu de celle à qui il fut adressé. Psappha répondit :

    « Si tu avais eu le désir des choses nobles et belles, et si ta langue n'avait proféré une phrase vile, la honte n'aurait point fait baisser tes yeux, mais tu aurais parlé selon la justice. »

    … L'Aède de Lesbôs dut naître vers 610 avant Jésus-Christ. Hérodote nous apprend que son père se nommait Skamandronymos et sa mère Kléis.

 

 

 

Crédit photo : Psappha Obbink, Brothers Poem crop, domaine public, Wikimedia. 

 

 

 

 

Elle eut deux frères, Larichos et Charaxos. Larichos étant l'échanson en titre des cérémonies publiques de Mytilène, et ce privilège étant réservé aux éphèbes de noble naissance, on en conclut que Psappha devait appartenir à l'opulente aristocratie de la ville. Charaxos, étant allé vendre en Égypte le vin célèbre de Lesbôs, s'éprit d'une esclave de Naucratis, Doricha, surnommée par ses amants Rhodopis. Il la libéra au prix d'un trésor et dissipa avec elle ses richesses. Elle devint ainsi l'illustre courtisane aux joues roses. Psappha, dans une de ses odes, la raille amèrement. « Une faveur publique, » dit-elle, en parlant de l'hétaïre égyptienne.

 

    Une inscription sur un marbre de Parôs nous apprend que, pendant le règne d'Aristoclès à Athènes, Psappha s'enfuit de Mytilène et se réfugia en Sicile. Nous ignorons la cause de son exil. Ce ne fut assurément point la poursuite de Phaon, comme l'assurent certains auteurs, qui détermina la Tisseuse de violettes à quitter les musiques et les sourires de Mytilène. Car Phaon n'est qu'un mythe créé par quelques écrivains d'après la tradition populaire.

    Phaon, suivant la légende, était un passeur de bac fort honoré par les habitants de l'île pour son intégrité. « La Déesse, » (comme disaient les Lesbiens en parlant de l'Aphrodita), ayant revêtu l'aspect d'une vieille mendiante, pria Phaon de la transporter sans payer l'obole. Il acquiesça immédiatement à sa demande, et l'Immortelle le récompensa par une jeunesse et une grâce renouvelées.

 

    Ce Phaon, ajoute Phalacphatos, fut chanté par l'amoureuse Psappha. » Cette erreur grossière a été mise en crédit par plusieurs autres historiens, peu soucieux de vérifier l'exactitude de leurs affirmations. Pline écrit : « Phaon fut aimé de Psappha, parce qu'il avait su trouver la racine mâle de la plante éryngo, qui avait le pouvoir magique d'inspirer la passion. »

    On voit quelles incertitudes fabuleuses entourent la tradition, aussi erronée qu'universelle, de l'amour de Psappha pour Phaon.

    En face de l'insondable nuit qui enveloppe cette mystérieuse beauté, nous ne pouvons que l'entrevoir, la deviner à travers les strophes et les vers qui nous restent d'elle. Et nous n'y trouvons point le moindre frisson tendre de son être vers un homme.

Ses parfums, elle les a versés aux pieds délicats de ses Amantes, ses frémissements et ses pleurs, les vierges de Lesbôs furent seules à les recevoir.

N'a-t-elle point prononcé cette parole si profondément imprégnée de ferveur et de souvenir :

    « Envers vous, belles, ma pensée n'est point changeante. »

    Elle traduit son mépris pour le mariage par ce vers : « Insensée, ne te glorifie point d'un anneau, » et repousse avec dédain l'offrande poétique d'Alcée.

Elle a le calme des êtres immortels, à qui la contemplation de l'éternité est familière : « … j'ai l'âme sereine. »

 

 

Crédit photo : Victoria and Albert Muséum, Tripota, Sappho, portrait, domaine public, Wikimedia. 

 

 

 

    La terre d'où jaillit une fleur sans pareille est, en vérité, la partie de la volupté et du désir, la patrie de la volupté et du désir, une Île amoureuse que berce une mer sans reflux, au fond de laquelle s'empourprent les algues.

 

    Les Lesbiens avaient l'attrait bizarre et un peu pervers des races mêlées. La chevelure de Psappha où l'ombre avait effeuillé ses violettes, était imprégnée du parfum tenace de l'Orient, tandis que ses yeux, bleus comme les flots, reflétaient le sourire limpide de l'Hellas. 

Ses poèmes sont asiatiques par la violence de la passion, et grecs par la ciselure rare et le charme sobre de la strophe.

 

    Des vierges et des femmes, délaissant leur pays et oubliant leurs tendresses, venaient des contrées lointaines apprendre d'Elle l'art des rythmes et des pauses. Elles entendirent dans toute leur plénitude et tout leur orgueil les poèmes dont nous ne possédons que de rares fragments, pareils à des lambeaux de pourpre royale...

 

    La vie harmonieuse, ardente et sincère de Psappha, se résume en ces vers : « J'aime la  délicatesse, et pour moi la splendeur et la beauté du soleil, c'est l'amour. » Nous ne savons comment ni quand elle mourut : le saut de Leucade n'est qu'une fable : mais peut-on douter de la beauté de sa mort lorsqu'on se souvient de cette parole magnifique et solennelle : « Car il n'est pas juste que la lamentation soit dans maison des serviteurs des Muses, cela est indigne de nous. »

 

 

 

***

 

 

Pour citer cet article 

 

Renée Vivien, « Biographie de Psappha », texte dans SAPPHO (612?-557? av. J.-C.), Sappho. Traduction nouvelle avec le texte grec [par] Renée VIVIEN, (1903), a été choisi & transcrit par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021 & Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 30 mai 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/megalesia21/rv-bio-psappha

 

 

 

 

 

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21 mai 2021 5 21 /05 /mai /2021 17:59

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Poésie des aïeux | Revue poépolitique 

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Le Droit des Femmes

 

 

 

 

 

 

 

Clovis Hugues

 

Texte choisi & transcrit

par Dina Sahyouni

 

 

 

 

Crédit photo : Peinture rococo de la déesse de la justice Dicé, Commons, domaine public. 

 

 

 

Le texte poéféministe présent ci-dessous a été composé par Clovis HUGUES, il provient de l'ouvrage de VIVIANI René, ROBERT Henri, MEURGÉ Albert, LHERMITTE G., TIXERANT, MMES VÉRONE Maria, PILLIET Edwards, MORIA Blanche, DU GAST Camille, NATHAN Henry, FALLOT-MATIEP, POMMAY Yvonne, Cinquante ans de féminisme 1870-1920, Édition de la Ligue Française pour le Droit des Femmes, 11, Rue Milton, Paris IX, 1921, pp. 85-88. Le livre appartient au domaine public et se trouve sur le site de Gallica.

 

 

 

Ce poème a été composé par Clovis Hugues à l'occasion du Congrès du Droit des Femmes en 1889, et lu par l'auteur au banquet de clôture1.

 

 

 

Qui donc a dit au Peuple en marche,

Broyant les siècles sous son char,

Que le manteau du patriarche

Est le seul refuge d'Agar,

Qu'Adam triomphe encore d'Ève,

Qu'elle aura beau lutter sans trêve,

Liée à nos dogmes étroits,

Et que la nuit, roulant ses voiles,

Éteindrait là-haut les étoiles,

Si les femmes avaient des droits ?

 

 

Est-ce l'ombre ? Est-ce la Nature,

Avec le Soleil, son époux,

Avec ses grands bois où murmure

Le vent mystérieux et doux ?

Est-ce la Terre avec son âme

Qui vous a crié que la femme

N'est point votre égale ici-bas,

Et qu'aux heures du sacrifice,

Quand vous créez de la justice,

Son ombre n'est point dans vos pas ?

 

 

Ô tourbe éphémère des hommes !

Avons-nous pesé seulement

Le peu de cendres que nous sommes

Devant l'éternel firmament ?

Avons-nous songé que la fosse

S'emplit de notre gloire fausse

Dans la descente des linceuls ?

Avons-nous sondé nos abîmes,

Avant de chanter sur les cimes

Que nous avons des droits tout seuls ?

 

 

Avons-nous évoqué l'image

Des jours innocents et dorés,

Que nous dormions, au premier âge,

En deux bras doucement serrés ?

Avons-nous revu tout ensemble,

L'alcôve et le berceau qui tremble ;

L'asile auguste et triomphant,

Avant d'affirmer, ô chimère !

Que celle qui fut notre mère,

N'est pas égale à son enfant ?

 

 

Le Tambour bat, le canon gronde.

Plus de famille ! Adieu l'hymen !

Le sang va couler comme une onde,

Le sol sera rouge demain,

C'est la fête de la Patrie :

On conduit à la boucherie

Les soldats parqués en troupeau,

Les murs fauchés, les toits en flammes !

– Avez-vous conseillé les femmes,

Avant de lever le drapeau ?

 

 

Quoi ! tout s'évanouit tout passe !

Un monde naît et disparaît

Comme une clarté dans l'espace,

Comme un souffle dans la forêt !

Quoi ! tout s'écroule pêle-mêle !

Et la femme qui porte en elle

Le fruit des générations,

La femme, esclave de la Peine,

Traîne encore sa vieille chaîne

Au seuil des Révolutions ?

 

 

Toujours la même servitude,

Sous le même joug abhorré !

Le prêtre, avec un geste rude,

Lui ferme le parvis sacré ;

Et pour purifier le temple,

Pour donner aux foules l'exemple,

Pour dompter les démons jaloux,

Le lévite, mystique et pâle,

Brûle de l'encens sur la dalle

Où se sont ployés ses genoux.

 

 

Dérision ! Affront suprême !

Si l'homme n'a point consenti,

Son témoignage est un blasphème,

Son testament en a menti !

Le Code la proclame impure :

Quand elle offre sa signature,

On fait signer par les passants ;

Quand elle écrit, le juge efface,

Et le scribe infâme la chasse

Du chevet des agonisants.

 

 

Si quelque artiste de l'outrage,

Vil reptile au profit humain,

Accourt et lui jette au visage

Toutes les fanges du chemin,

Il ne faudra point qu'elle espère

Lapider l'horrible vipère

Avec les pierres de la Loi,

Tant que l'époux, l'âme brisée,

N'aura point dit à l'épousée :

« Je t'autorise, venge-toi ! »

 

 

Si la prostitution vile,

Fantôme affreux, spectre vivant,

La pousse aux pavés de la ville

Comme une honte qui se vend,

N'attendez pitié ni justice :

Elle appartient à la police

Aux mains de bronze, aux poings de fer !

Point de tribunal en simarre !

Un mot suffit et Saint-Lazare

La recevra dans son enfer !

 

 

Qu'elle sourie ou quelle pleure,

Vierge, mère, aïeule au front blanc,

Elle est l'éternelle mineure,

Elle ne règne qu'en tremblant :

Femme ! ô doux être sans défense !

Elle a moins de droit que l'enfance,

Un peu plus que le criminel ;

Et l'homme, hanté d'un mystère,

La dénonce encore à la Terre,

Quand les dieux l'ont chassé du Ciel !

 

 

Car ce qui pèse sur la femme,

Ce qui tient son doux front penché,

C'est l'antique légende infâme

D'Ève, d'Adam et du péché !

C'est Manou criant à Moïse

Que toute l'âme humaine est prise

Dans la femme et dans la douleur !

Et voilà que la grande Bible

La brise sous son texte horrible,

Comme le vent brise une fleur !

 

 

Mais l'astre du matin se lève !

Plus de chaînes ! voici le jour,

C'est l'action après le rêve !

Le devoir est né de l'amour.

La Justice, longtemps trompée,

Calme et s'appuyant sur l'Épée

Que rien n'a pu vaincre ou ployer,

Présente en un reflet de gloire

Toutes les Jeannes de l'histoire

À toutes celles du foyer.

 

 

Hypocrisie ! hypocrisie !

Ô muse, assez de lâcheté !

Tu ne sera plus, Poésie,

La menteuse de la beauté !

Quand tu lui diras qu'elle est douce

Comme une fleur des champs qui pousse

Dans le baiser d'or du soleil,

Tu n'auras plus cette folie

De la bercer pour qu'elle oublie

La sainte extase du réveil !

 

 

Lamartine, épris, d'un poème,

Pourra chanter comme autrefois;

Elvire sera belle, même

Quand elle aura conquis ses droits,

Et qu'importe qu'on lui rappelle

L'outrage qui planait sur elle,

L'essor inconstant de ses vœux,

Pourvu qu'elle soit Marianne,

Debout dans l'aube diaphane,

Avec des fleurs dans les cheveux !

 


 

Note

 

1. Le Droit des Femmes, 1er septembre 1889.

 

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème féministe & militant

 

Clovis Hugues, « Le Droit des Femmes », texte poéféministe et militant de HUGUES Clovis dans VIVIANI René, ROBERT Henri, MEURGÉ Albert, LHERMITTE G., TIXERANT, MMES VÉRONE Maria, PILLIET Edwards, MORIA Blanche, DU GAST Camille, NATHAN Henry, FALLOT-MATIEP, POMMAY Yvonne, Cinquante ans de féminisme : 1870-1920, (1921), a été choisi, & transcrit par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 21 mai 2021, Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/ch-droitdesfemmes

 

 

 

 

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L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.

SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

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