[Sur l']Air de la Romance de Daphné
De nos prêtres réfractaires,
Peuple, connais les fureurs
Et les projets sanguinaires,
Qui du culte de nos pères
Signalent les orateurs.
Au village de Tulendre,
Deux époux vivaient heureux ;
Leurs cœurs avaient su s'entendre,
L'épouse était chaste et tendre,
L'époux était vertueux.
Mais l'épouse au monastère
Sous le voile avait vécu.
À la voix d'un réfractaire,
De sa paisible chaumière
Le bonheur a disparu.
Le cœur navré de tristesse,
Elle invoquait l'éternel.
À son aspect qui le blesse,
Le prêtre interrompt sa messe
Et s'éloigne de l'autel.
C'est un monstre abominable,
Dit-il, qui souille ce lieu.
Sacrilège épouvantable !
C'est la pâture du Diable
Qu'il faut jeter vive au feu.
Le peuple, à sa voix cruelle,
S'en écarte avec frayeur,
L'époux ne voyant en elle
Qu'une femme criminelle,
La repousse avec horreur.
Mais la rage forcenée
Du prêtre rebelle aux lois,
Veut trancher sa destinée,
Et, pourtant l'infortunée
Est enceinte de six mois.
Étouffe avant sa naissance,
Dit-il, cet enfant proscrit,
Arrache-lui l'existence
Ou du ciel crains la vengeance ;
Cet enfant est l'AntéChrist.
À la voix du réfractaire,
L'époux croit venger son Dieu ;
Pour frapper, dans sa colère,
Et son enfant et la mère,
Il choisit la Fête-Dieu.
En secret, sur une échelle
Il l'attache avec effort,
Sans nulle pitié pour elle ;
Bientôt sa main criminelle
Saisit l'instrument de mort.
Mais de ce forfait atroce
Comment faire le récit ?
Ô crime ! Ô monstre féroce !
Voilà donc du sacerdoce
Et les vertus et l'esprit.
Vers lui l'épouse timide
Tourne des yeux suppliants
Le monstre, nouveau Séide,
Lève la fourche homicide
Et la plonge dans ces flancs.
Bientôt ses dents déchirantes
La mettent au monument :
De ses entrailles fumantes
Des mains de sang dégoûtantes
Vont arracher son enfant.
Je frémis !.... ma voix expire !
Ô peuple ! voilà ton sort !
De tes prêtres crains l'empire !
Vois pour tout ce qui respire
Ou l'esclavage ou la mort !
Aux cris des énergumènes
Tu verras renaître ici
Les Vêpres siciliennes,
Le massacre des Cevennes,
Et la Saint-Barthélemy.
Par le Troubadour républicain.*
* Extrait littéral du Journal intitulé : la Clef du Cabinet des Souverains, n°. 159.
Le crime consigné dans la lettre qu'on va lire nous a fait une telle horreur, que malgré la véracité de l'homme qui l'a signée, en toute lettre, nous avons hésité avant de l'insérer dans notre journal ; mais il faut que le gouvernement sache que, ne trouvant que, ne trouvant que trop d'excuses dans les atrocités du fanatisme révolutionnaire, le fanatisme religieux se relève armé de tous ses poignards, et que nous disions aux prêtres restés fidèles à l'évangile, que s'ils n'évitent le précipice où nos modernes apôtres veulent les entraîner, ils perdront entièrement, en France, la religion et ses ministres.
De Tulendre, commune de Monton, près de Clermont, département de Puy-de-Dôme, le 3 messidor, an 5.
Citoyen,
Je vous prie d'insérer dans votre journal le fait suivant qui m'a fait pâlir d'effroi. Une malheureuse fille, ci-devant religieuse, mariée depuis environ trois ans, heureuse tant que les prêtres n'étouffaient point le flambeaux de la raison, vient d'expirer dans les tourments les plus douloureux, assassinée de la manière la plus cruelle par son mari.... Ce monstre, à force d'entendre dire partout ce qui l'entourait que son mariage était un sacrilège, et que sa femme méritait d'être brûlée en place publique, la mène dans sa grange, après la bénédiction, le 27 prairial, jour de la fête-Dieu, l'attache à une échelle, lui enfonce à plusieurs reprises une fourche de fer dans les parties sexuelles, et lui arrache l'enfant dont elle était grosse de six mois.
Forcée de courber la tête sous le joug de l'opinion locale, je désire de garder l'anonymat, n'ayant point le courage de me vouer à la proscription.