10 juin 2024 1 10 /06 /juin /2024 17:21

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies » & « Elles » | II. « Elles » | Articles & témoignages | Fictions féministes

 

 

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La femme brune

 

 

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Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

Crédit photo : Gustav Klimt, l'« Espoir II », Google Art Project, œuvre artistique tombée dans le domaine public, capture d'écran de l'image libre de droits du site Wikipédia.

 

 


 

La femme est très brune, très vive. Ses gestes sont élégants, précis, inscrits dans l’ordre des choses, du temps et de la vie même.

Elle bouge comme le ferait une abeille dans le soleil. De ses lèvres vermeilles sortent des sons aux saveurs exquises de fruits exotiques.

Sa démarche, légèrement chaloupée, la fait lever vers le ciel, la voile d’un navire en partance vers un monde intérieur, connu d’elle seule.

Ses yeux taillés dans le jade semblent appréhender l’océan au-delà du visible

Quand elle vous tend une tasse de thé, on pourrait croire qu’elle vous offre un bijou finement ciselé, une pierre sertie, délicatement lovée dans un écrin de satin. Elle découpe l’air comme elle le ferait d’une étoffe et le drape autour de son corps où se nouent, en un même lieu, le miracle de sa vie et l’échéance inéluctable de sa mort.

Elle s’exprime parfois avec le gazouillis d’un oiseau. Sa chevelure aile de corbeau l’y apparente.  D’autres fois, elle respire comme une plante et son visage devient un végétal baigné de clartés.

 

Bientôt, elle ne quittera plus sa chambre. Elle attend son cinquième enfant et les débuts sont toujours si aventureux…Elle vous le dit sur le même ton que sur lequel on évoque les saisons et les floraisons. Elle porte toujours, quand elle vous parle, son regard au-delà d’elle-même. Il vous traverse sans même paraître vous reconnaître.

 

Et quand vous avez appris qu’elle avait quitté cette terre en donnant naissance à son dernier enfant,

il vous a semblé l’entendre fredonner dans les feuillages du jardin. Sa voix, telle une âme en peine, s’est enracinée au pied d’un rosier blanc et son regard lumineux s’est enfin posé sur le vôtre dans ce poème de l’indicible où elle repose dans une vasque de lumière.

 

 

© Françoise Urban-Menninger, juin 2024, ce texte porte sur un texte thème peu abordé.

 

 

 

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Pour citer cet article engagé & inédit

 

Françoise Urban-Menninger, « La femme brune », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 10 juin 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/fum-lafemmebrune

 

 

 

 

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18 mai 2024 6 18 /05 /mai /2024 18:09

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies » & « Elles » | II. « Elles » | Florilège 

 

 

 

 

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Non coupable !

 

 

 

 

 

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Lydia Kowicz Loriot

 

 

 

Crédit photo : Virginie Élodie Marie Thérèse Demont-Breton (1859-1935),  « Into the water », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.

 

 

 

Des femmes de tous âges se sentent coupables des choix de leur vie et des reproches qu'on en leur fait. Ce poème est une invitation à arrêter de culpabiliser les femmes dans la vie quotidienne au vu de leurs charges mentales, émotionnelles et autres.

 

 

 

Que jamais ne sorte au grand jour

L’aveu de votre culpabilité, Madame

Pourquoi donc se flageller de la sorte ?

J’affirme au risque d’enfoncer des portes

Que vous, femmes, n’êtes que bonté

Dieu vous a faites ainsi pour préserver l’humanité

 

Lorsque votre beau corps connaît la maladie

C’est qu’il est probablement rongé

Par un perpétuel souci pour autrui

 

L’Amour est votre Loi royale

Et quand vous en êtes privées

Vous êtes des guerrières sans rivales

 

Vos juges ont la conscience élastique

Ils aiment à ignorer la souffrance de vos cœurs

Leur attitude vous a endurcies face aux douleurs

 

Ces tyrans devraient plutôt vous dire :

« Je vous absous madame des fautes dont vous faites état

Car les nôtres sont impardonnables

 

Depuis le début du monde, pour tenir le pouvoir,

Nous massacrons hommes, femmes, enfant et bêtes

Nos politiques, nos religions sont toutes faites

 

Pour dominer au prix du sang

Comment pourrions-nous vous juger

Vous qui par votre nature protégez l’humanité ?

 

Mais si d’amour aujourd’hui vous manquez

Regardez au fond de vous et vous serez comblée !

Faites-vous à cet état de bonté et ne regardez pas

 

Ce qui chez vous est seulement apparent

Vos richesses sont en profondeur 

Le pardon pour les fautes conscientes ou inconscientes

 

Viendra de vous, Madame.

Vous seule pouvez vous pardonner une quelconque faute

Dites-le-vous à voix haute.

 

Dieu a prévu cela de cette façon :

Si tu ne te pardonnes pas, lui non plus ne le fera ».   

 

Crédit photo : Virginie Élodie Marie Thérèse Demont-Breton (1859-1935),  « After the bath. Fisherman's wife after bathing her children », 1881, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.

 

© Lydia Kowicz Loriot

 

 

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Pour citer ce poème féministe, engagé & inédit​​​​​​

 

Lydia Kowicz Loriot, « Non coupable ! »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : « Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 18 mai 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/lkloriot-noncoupable


 

 

 

 

 

 

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24 avril 2024 3 24 /04 /avril /2024 18:04

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies » & « Elles » | I. « Amies » | Florilège / Poésie des aïeules | Poésie & littérature pour la jeunesse 

 

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 À mon amie d'enfance / إلى صديقة الطفولة

 

 

 

 

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Anna Roberjot (1852-1???)

 

Panégyrique choisi, transcrit & traduit en

arabe littéraire avec une précision

sur la date de naissance de la poète par

Dina Sahyouni 

 

 

 

 

Crédit photo : Louise Catherine Breslau (1856–1927) « Amies », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.

 

 

À mon amie d'enfance

 

 

 

 

 

C'est à toi, Julia, à toi la douce compagne de mon enfance que je dédie ce premier et faible essai poétique. En le lisant tu retrouveras peut-être quelques souvenirs de notre joyeux passé. Tu le sais, Julia, nous avons grandi ensemble ; nous avons promené nos rêveries de jeunes filles dans la même campagne, sous les mêmes ombrages, au bord des mêmes ruisseaux. Nul mieux que toi, mon amie, ne pourra donc comprendre ces premiers rêves éclos pendant que nous descendions ensemble la pente de la ravine ou le sentier de nos bruyères.

La source à l'ombre des saules, le moulin dont nous entendions le bruit de si loin, la prairie dont l'herbe printanière nous cachait à moitié, le chant des villageois le soir, en un mot les mille beautés de la nature où toutes deux nous avons vécu, voilà, Julia, ce qui m'a inspirée.

– Mais pourquoi, me diras-tu, faire imprimer des poésies dont tout le charme consiste dans les souvenirs intimes où tu les as puisées ? Pourquoi ne pas les enfouir plutôt au plus profond de ton cœur ? Pourquoi les écrire même, et, si tu les écris, ne pas les abandonner au vent ?

– À cela je répondrai : Je suis bien jeune, c'est vrai, puisque je n'ai que seize ans ; je n'ai donc pas encore vécu, dans le sens du moins que l'on attache à ce mot, car de la vie je ne connais presque rien. Mais il me semble, Julia, qu'à tous Dieu a confié une tâche, et que cette tâche nous devons la remplir. Pourquoi si plus tard, si maintenant même, mes chants peuvent faire quelque bien, pourquoi ne pas essayer ?

Il y en a tant qui souffrent et qui pleurent, tant de pauvres qui n'ont plus d'espoir. Eh bien, je chanterai pour eux, et si je puis sécher quelques larmes, que pourrai-je demander de plus ?

Anna ROBERJOT

 

Vitry, mai 1868.

 

*La prosatrice (poète) a seize ans en mai 1868, si cette date est juste, Nous en savons donc qu'elle est née en 1852.

 

 

 

إلى صديقة الطفولة

 

 

إليك يا جوليا*، رفيقة طفولتي اللطيفة، أهدي هذه المقالة الشعرية الأولى والضعيفة. من خلال قراءتها ربما تجد ين بعض ذكريات ماضينا السعيد. كما تعلمين، جوليا، لقد نشأنا معًا؛ تجولنا في أحلام الفتيات الصغيرات في نفس الريف، تحت نفس الظلال، وبنفس الجداول. لن يتمكن أحد أفضل منك، يا صديقتي، من فهم هذه الأحلام الأولى التي حدثت عندما كنا ننحدر معًا على منحدر .الوادي أو طريق الخلنخ

الربيع في ظل أشجار الصفصاف، الطاحونة التي سمعنا ضجيجها من بعيد، المرج الذي أخفانا نصف عشبه الربيعي، غناء القرويين في المساء، بكلمة واحدة آلاف جمال الطبيعة حيث كلنا نحن الاثنتان

.من ذوي الخبرة، هذا كل شيء، جوليا، ما ألهمني

لكن، سوف تسأليني، لماذا تطبع قصائد يكمن سحرها كله في الذكريات الحميمة التي استمدتها منها؟ لماذا لا تدفنهم عميقا في قلبك بدلا من ذلك؟ لماذا تكتبينها، وإذا كتبتينها، لا تتركينها للريح؟

سأجيب على هذا: أنا صبيةً جداً، هذا صحيح، فأنا في السادسة عشرة من عمري فقط؛ ولذلك فإنني لم أعش بعداً، على الأقل بالمعنى الذي نربطه بهذه الكلمة، لأنني لا أعرف شيئاً تقريباً عن الحياة. لكن يبدو لي يا جوليا أن الله قد عهد إلى الجميع بمهمة، وهذه المهمة يجب علينا إنجازها. لماذا إذا كانت أغنياتي لاحقاً، أو حتى الآن، يمكنها أن تفعل بعض الخير، فلماذا لا أحاول؟

 كثير مننا يتألمون ويبكون، والعديد من الفقر الذين لم يعد لديهم أمل. حسناً، سأغني لهم، وإذا كان بإمكاني مسح بعض الدموع، فما الذي يمكنني أ ن أطلب أكثر من ذلك؟



 

آنا روبرجو

فيتري، أيار ١٨٦٨

عمر الشاعرة ١٦ عاماً في أيار ١٨٦٨، وإذا كان ​

 هذا التاريخ صحيحاً،  نحن نعرف إذاً منه أنها ولدت

في العام ١٨٥٢

روبرجو، آنا (١٨٥٢-؟؟١٩)، أحلامي الأولى: قصائد [للآنسة آنا روبرجو ماكون (مطبعة إميل بروت)، ١٨٥٢، 

ص.٣-٤

© DS., avril 2024.

.جوليا أو جولية*

 

L'éloge en prose ci-dessous est une dédicace en prose portant sur les joies et bonheurs de l'amitié féminine qui réunit deux adolescentes du XIXème siècle. L'exergue fort poétique et en prose débute l'œuvre en guise de dédicace à la chère amie d'enfance de la poète et provient de l'ouvrage tombé dans le domaine public de ROBERJOT, Anna (1852-1???), Mes premiers rêves : poésies [par Mlle Anna Roberjot], Macon (Imprimerie d'Émile PROTAT), 1868, pp. 3-4.

© DS., avril 2024.

 

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Pour citer cet éloge de l'amitié féminine par l'aïeule

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Anna Roberjot, Anna (1852-1???), « À mon amie d'enfance / إلى صديقة الطفولة », panégyrique choisi, transcrit & traduit en arabe littéraire avec une précision sur la date de naissance de la poète par Dina Sahyouni de ROBERJOT, Anna (1852-1???), Mes premiers rêves : poésies (1868), Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 24 avril 2024. URL :  http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/ds-ar-amonamiedenfance

 

 

 

 

 

 

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23 avril 2024 2 23 /04 /avril /2024 17:18

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies » & « Elles » | Handicaps & diversité inclusive

 


 

 

 

 

 

 

 

Karim brille en bleu tous les jours

 

 

 

 

 

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Poème & photographie fournie par

 

Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

 

© Crédit photo : Hanen Marouani, portrait de « Karim dégustant une barbe à papa ». Image fournie par la poétesse.

 

 

Célébrons en poèmes le mois d'avril, qui est dédié à la sensibilisation à l'autisme.

 

 

 

À mon neveu Karim en portant le slogan « Soutenons l'autisme : Je Brille en Bleu en Avril » et moi : « Je soutiens Karim et tous les enfants autistes comme Karim et j'écris un poème en Avril » 

 

 

 

 

Dans le jardin de la vie, un joyau émerge,

Karim, mon neveu, éclat d'étoile,

À presque sept ans, il attend, courageux,

Son cœur vibrant, empreint de voiles.

 

 

Dans son monde unique, plein de merveilles,

Il peint nos jours de sa grâce céleste,

Mais les portes se ferment, laissant des failles,

Les regards inquiets, une tension modeste.

 

 

Autiste, disent-ils, mais je vois la lumière,

Dans chaque sourire, dans chaque regard,

Son intelligence, une flamme à éclat clair,

Karim, enfant précieux, un trésor au hasard.

 

 

Il emporte nos doutes, nos incertitudes,

Dans son monde, il nous guide, nous montre,

Chaque jour, une leçon de gratitude,

Karim, mon neveu, une étoile, une rencontre.

 

 

 

En attente, il reste, patient et confiant,

Son cœur bat au rythme de l'espoir,

Il adore jouer, rire, mais souvent,

Il pleure en voyant les autres, sans pouvoir.

 

 

Les jardins d'enfants, les portes se referment,

Mais Karim, distingué, brille de mille feux,

Son esprit, un océan de découvertes et de termes,

Dans ses yeux, la vie, un cadeau précieux.

 

 

 

Dans son silence, une symphonie se tisse,

Les mots deviennent des étoiles dans le ciel,

Karim, avec toi, la vie, une bénédiction, une frise,

Dans chaque moment, une histoire à l'éveil.

 

 

Que ce poème soit une ode à ta splendeur,

Karim, mon neveu, mon rayon de soleil,

À tes côtés, la vie, un doux bonheur,

Dans ton sourire, je trouve l'essence du réveil.

 

 

© Hanen MAROUANI, Milan, 22.04.2024

 

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Pour citer ce poème inclusif, engagé, illustré & inédit  

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Hanen Marouani (poème & photographie)« Karim brille en bleu tous les jours »​​​Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 23 avril 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/hm-karimbrilleenbleu 

 

 

 

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26 février 2024 1 26 /02 /février /2024 15:32

N° I | HIVER 2024 | Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes / 1er Volet | Critique & réception | Dossier mineur | Articles & témoignages

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Matériau Maman, roman de Paloma

 

Hermina Hidalgo, paru aux Éditions de

 

Corlevour avec en couverture

 

une photo de Lou Sarda

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Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 


 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée par une portrait photographique de Lou Sarda du roman « Matériau Maman » de Paloma Hermina Hidalgo aux Éditions de Corlevour.

 

 

 

Après deux recueils de poèmes, Paloma Hermina Hidalgo poursuit son travail au sens étymologique du terme, car il s’agit bien là d’une œuvre où la femme, comme dans l’accouchement, est « au travail » dans un écartèlement de son corps qui renvoie au tripalium, l’instrument de torture. Sauf que dans ce livre, ce n’est pas la mère qui enfante mais l’enfant qui remet sa mère au monde en l’exorcisant dans une œuvre où elle en est le matériau extirpé des chairs mêmes de l’autrice avec les forceps d’une écriture qui ne cesse de se transcender.

 

Maman, la mère de l’autrice, est bien le matériau de ce texte à nul autre pareil que son amie imaginaire Svet, qui n’est autre que sa voix intérieure, lui a suggéré de faire parler sur le papier. Maman devient le corps du texte dans ce livre où l’autrice en la couchant, ou l’accouchant sur la page blanche, la fait renaître de son propre corps. Car l’amour fusionnel dans toutes ses dimensions qu’elles soient affectives ou intellectuelles, l’est également sur le plan charnel.

Lorsque sa mère meurt après avoir été renversée par une voiture, Paloma Hermina Hidalgo bascule dans la folie car sa mère continue à lui parler et à lui lancer des injonctions. L’autrice finit par se mutiler sous le prétexte d’enlever une épine dans sa main que sa mère lui ordonne d’extirper. Cette bascule de l’autre côté des mots, en territoire de folie, conduit l’autrice dans un hôpital psychiatrique où elle est internée à la demande de sa sœur Cara.

L’on perçoit en sourdine, une musique de tango, une danse envoûtante et lancinante avec les mots, car la mère née en Argentine, pays qu’elle avait fui lors de la dictature, aimait ce corps à corps jusqu’à sombrer dans la perte de soi.  Ernesto Sabato disait du tango qu’« il est une pensée triste qui se danse ».

Cette pensée triste irrigue la peau vive des mots de ce roman de lave et de feu à la beauté incandescente qui brûle et foudroie le lecteur irradié. Le parfum des roses, leur couleur écarlate telles les lèvres sanguines de la mère, reviennent en leitmotiv dans ce jardin d’écriture, elles sont à la fois bonheur et douleur, amour, poison et symbole mortifère... L’on songe au cercueil « tout en roses rouges » de la mère et l’on lit : « Terre fraîche sur les roses-l’image m’éblouit. Je suis un œil sans paupière » et plus loin « Et cette rose, la dernière de sa fosse ».  Le rouge sang des roses met en exergue la blancheur de Paloma que sa mère appelait Nieve (Neige) en référence à Blanche-Neige qui renvoie au conte des frères Grimm. Dans l’une des versions de cette histoire, la reine fait faire un tour de carrosse à Blanche-Neige et lui demande de descendre cueillir des roses…

Que nous dit ce roman sur la perte de la mère, chair de la chair de l’enfant qui lui survit, sinon qu’elle continue à vivre dans la chair du texte. L’autrice nous rappelle « les épisodes du coucher » de Proust « où se joue l’impossible séparation de la mère ». Quant à Albert Cohen, il écrivait « Pleurer sa mère, c’est pleurer son enfance ».

Dans « Matériau Maman », Paloma Hermina Hidalgo conclut « Amputée de toi, j’ai vécu dans l’envers de ton amour ». Nul doute que l’autrice, avec ce roman enfanté dans les ténèbres et la douleur, vient de renaître dans une roseraie auréolée de lumière où son âme blessée a retrouvé dans l’écriture la part belle du sourire de sa mère à laquelle elle dédie le cœur de son amour qu’elle éternise dans la grâce et la splendeur de sa poésie.

 

 

© Françoise Urban-Menninger

 

 

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Pour citer ce texte inédit 

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Françoise Urban-Menninger, « Matériau Maman, roman de Paloma Hermina Hidalgo, paru aux Éditions de Corlevour avec en couverture une photo de Lou Sarda », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, mis en ligne le 26 février 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/noi/fum-materiaumaman

 

 

 

 

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N° I | HIVER 2024

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L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.

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