14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 11:17

 

Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

 

 

 

Nouvelle zone qui célèbre l'Orient et l'Afrique en poésie

 

 

 

Regard sémiotique sur la peinture

 

 

 

intemporelle d’Ahmed Cherkaoui

 

 

 

Mustapha Saha

 

 

 

© Crédit photo : Portrait d’Ahmed Cherkaoui par Mustapha Saha,

peinture sur toile, dimensions : 100 x 81 cm.

 

 

 

Contexte

 

Le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain programme une exposition rétrospective pour décembre 2017, en hommage à Ahmed Cherkaoui à l’occasion du cinquantenaire anniversaire de son éclipse de ce monde. Je consacre à l’immortelle figure de proue de la peinture marocaine et planétaire un portrait, peinture sur toile grand format, et une analyse des ressorts esthétiques et des radicules philosophiques de son œuvre fondatrice.

 


***

 

 

Regard sémiotique sur la peinture intemporelle d’Ahmed Cherkaoui

 


 

 

 

En 1967, le peintre Ahmed Cherkaoui est terrassé par une maudite infection à l’âge de trente-deux ans. Foudroyé par le feu de la création comme s’il n’est passé sur terre que pour imprimer son message. « L’Ange bleu » s’exécute en présage. Un demi-siècle plus tard, sa peinture trace toujours son sillage. Formé dès l’enfance aux arts calligraphiques et, par atavisme, au soufisme, il perçoit lui-même sa vocation artistique comme une impérative prédestination. Il conçoit, pendant son expatriation parisienne, sa trajectoire comme mise à nu des modélisations acquises, récusation des facilités exquises, exploration d’impénétrables territoires. Il ressent d’emblée son embrasement visionnaire comme une révélation.

 

L’œuvre accomplie dans l’urgence de l’éternité fugitive, dans la fébrilité des fulgurances intuitives, dans l’intensité d’une vie pressentie transitive, n’est ni abstraite, ni ancienne, ni moderne. Il s’agit, bien au contraire, d’une œuvre-univers, perpétuant, dans sa symbolique transcendante, le signe de l’esprit et l’esprit du signe, puisant sa sève dans des racines incorruptibles pour féconder des frondaisons sans cesse reconvertibles. L’artiste hérite à la naissance de la mystique interrogative sur les mystères de l’existence, du serment prophétique de la connaissance, du calligramme énigmatique de la prescience. Les premières compositions, captations des glyphes séculaires, déclinées comme antiques papyrus, déroulent les fluctuations existentielles, les incertitudes torrentielles, les vacillations essentielles.

 

Le jeune artiste acquiert les règles classiques de la plastique occidentale, les titres de noblesse universitaire, la reconnaissance des galeries internationales. Il se détourne ex abrupto des chemins balisés, des écoles labellisées, des gratifications caramélisées. Sa terre natale regorge d’indices indécryptables, de permanences indatables, de rémanences transmutables.

L’ambitieuse recherche s’attaque d’emblée à l’inconnaissable du connaissable, l’invisible du visible, l’indiscernable du perceptible. Se prospecte l’interaction secrète entre techniques magiques et magie de l’art. Le travail en profondeur sur surfaces réduites traque les fissures, les invisibilités tangentes, les échappatoires indétectables. Les tentatives de pénétration des références héréditaires, cuirassées dans leur récursivité close, glissent aussitôt dans l’imprévisible. Les formes extensibles se recombinent avec malice. Le jeu des miroirs démultiplie les points de fuite. L’amplification de l’infinitésimal bute sur l’inexprimable. Les brèches à peine suggérées se cimentent. L’intelligibilité se fragmente. La stylistique se façonne dans l’hybridation symbolique.


 

Aux commencements le tatouage, l’empreinte indélébile dans la chair, le patrimoine mnésique cessible dans la matrice inaliénable, les secrets concessibles dans leur hermétisme inviolable, les rites de passage transmissibles dans l’initiatique oralité. Cette peinture explicitement talismanique exprime avec ferveur la recherche ontologique, l’aimantation mythologique, l’ivresse argomautique. La palette saisit les couleurs ésotériques dans leur incarnation première, les figures allégoriques dans leur structure archétypale, les jonctions nodales dans leur vibration suspensive, les projections focales dans leur rupture évasive. La toile de jute, étoffe électrisable, fibre métamorphosable, absorbe sur le vif les visualisations extatiques, les télesthésies fantastiques, les imprégnations thaumaturgiques.

 

L’arborescence intemporelle, convulsée d’étincelles perceptives, d’illuminations substantives, traverse, sans altération, les tourbillons de l’histoire. La chromatique se pigmente de quintessence minérale, s’insuffle d’essence sidérale, s’infuse de conscience intégrale. Processus alchimique par excellence. L’architecture se tisse dans la texture. L’ardeur créative se canalise. Le concept se matérialise. Le substrat se spiritualise. La cosmogonie se tresse dans une clairvoyance inédite. Un vision tremblante, ondoyante, fluctuante de l’ovalité génératrice, définitivement rebelle aux pétrifications tétanisantes. Les talismans et les miroirs s’élaborent, dans la frénésie votive, en séries bijectives. « Le couronnement », acquisition française grâce au ministre de la culture André Malraux, allégorie sibylline d’une annonce messianique, consacre l’incandescence spirituelle dans ses flamboyances polychromes transperçant les pesanteurs de la matière.


 

Le pinceau trempé dans la cendre remue rageusement la boîte à Pandore, démaquille les démons lustrés d’or, démantèle les remparts et les miradors. Les toiles se baptisent de titres conjuratoires. S’interpellent dans la fureur graphique les fauteurs de malheur. « Le Mont des oliviers », branches décharnées, verdure noyée dans des mauves crépusculaires, sonne a postériori comme un cri prémonitoire contre une guerre génocidaire. Les candélabres de la fraternité se transforment en fourches caudines. Les tempêtes assourdies s’agglutinent en laves refroidies. Se décomposent et se recomposent des morphologies terreuses dans les cicatrices charbonneuses. S’amoncellent pupilles ballonnées dans leur impuissance scrutatrice. Le retour à l’argile purgative s’impose comme un appel au phénix rédempteur.

 

Les psalmodiques résonances du Dîwân d’Al-Hallaj tempèrent les cafardeuses dissonances. S’infiltrent lueurs multicolores dans l’opacité déprimante. S’exorcisent sur fonds sombres les malédictions objectales, les damnations sacerdotales, les compromissions fatales. Isis s’invoque comme bienfaisante pythonisse. Surgissent les trois mâts de la sagesse sur barque solaire. La coque terrestre se fait tour à tour comète tourbillonnante, graine germinante, vulve foisonnante. La tissure se déleste de ses tracés obscurs. Au-delà des géographies restrictives, l’elliptique représentation de théogonies lointaines ouvre le champ référentiel sur des analogies souterraines. L’œuf primordial s’entoure de blancheur sensitive, spectre énergétique d’inébranlable lumière. Le poisson cosmique, dans sa sacralité procréatrice, veille sur l’immuable écriture. La flèche divinatoire indique l’introuvable grimoire. Ne demeurent de la sphère purificatoire qu’arcures évocatoires, trigones sacrificatoires, reliquaires absolutoires. La spirale astrale aspire le regard au-delà du miroir, un miroir trinitaire revoyant l’affect à l’intellect et l’intellect au précepte indécodable. L’émotion esthétique bascule dans la contemplation métaphysique.

© MS

Ce texte est aussi classé dans "Muses au masculin"

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Mustapha Saha (article & illustration), « Regard sémiotique sur la peinture intemporelle d’Ahmed Cherkaoui », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11 & Numéro spécial 2017, mis en ligne le 14 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/peinture-cherkaoui.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 10:15

 

 

N °7 | Dossier mineur | Textes poétiques

Avant-première

 

 

 

Trouville en hiver

 

 

 

Mustapha Saha

 

 

Illustration par

 

  Élisabeth Bouillot-Saha

 


 

© Crédit photo : Mustapha Saha, été 2017 à Trouville-sur-mer par Élisabeth Bouillot-Saha

 

 

 

Les Voiles sous crachin surchauffent leurs Vapeurs

Le dandy sans loisirs rumine ses déboires

La mondaine en disgrâce exorcise ses peurs

Le serveur sous cape brocarde les pourboires

 

 

Traîne sa nostalgie la belle ridicule

Son écharpe l'étrangle son manteau l'étouffe

Les amours lointaines perdent leurs molécules

Son fantasque caniche ébroue sa grosse touffe

 

Trottine sur les quais vaillante centenaire

Brillent dans son regard des cristaux de jouvence

Secoue fourrure au loup l'indolent partenaire

Arrosent saphistes leur fraîche connivence

 

 

Mélusine à l'écart s'amuse du spectacle

Le scribe et sa muse décryptent leur grimoire

Le dernier estivant quitte son réceptacle

Trouville en hiver retrouve sa mémoire

 

 

Le marinier sans fret défrise ses bacchantes

Rouillent les chalutiers sommeille l'estuaire

Rodent les korrigans dans la cité vacante

Lutins et farfadets quittent leur sanctuaire

 

 

Savignac sur planches souffle ses particules

La coquette écrase son fou-rire sous robe

Mâtine mouette s’embrume au crépuscule

La magie s’estompe le dessin se dérobe

 

 

Marguerite Duras hante la promenade

Dissout grise écume ses pages soupirantes

Loin des Roches noires s’émiettent ses monades

Roulent ses mots-galets sous la vague mourante

 

La côte sauvage sous lanterne impalpable

Déroule sa légende ancestrale et précaire

Yggdrasil foudroyé sous roc inextirpable

Mimir décapité dans linceul de calcaire

 

 

La mer de main d’artiste affine ses sculptures

Creuse dans la pierre son fascinant discours

Tirailleurs sans stèle marins sans sépulture

Grondent dans l’abysse leur appel au secours

 

Les spectres paradent dans la brume marine

Les blockhaus explosés libèrent leurs fantômes

Trépassent cormorans gavés de muscarine

Démon désincarné disperse ses atomes

 

 

Le rivage au couchant dévoile ses dédales

Lézardes gauloises sur stigmates romaines

Cicatrices vikings sur brèches féodales

Empreintes fossiles d'énergies surhumaines

 

 

Le chêne souverain gardien des destinées

Préserve fleurs de gui de froidure létale

Le saule mignote colombe couronnée

La baie récupère sa virginité natale

 

 

Limpide cascade couve son territoire

Chante sa louange dans l'oreille du barde

Entre clams et clovisses ruisselle son histoire

Défilent ses génies sous tambour et guimbarde

 

 

Cascatelle tarie sous rayon de lumière

Profile sur paroi figure du messie

Désinvolte pécheresse exhibe sa trémière

Gratifie l'Apollon de sa fleur de cassie

 

 

Pleure Sainte Vierge dans chapelle d'ophite

Nerthus Terra Mater morte sur son autel

Perpétue l'ordalie griffure sur graphite

Disparaît bergère s'égare son cheptel

 

 

Regarde chouette rescapée d’un couvent

Le grand large engloutir son obscure aventure

Dresse sa crinière dans le sable et le vent

Le lion des fables dévoreur d’écritures

 

 

Frigg d'aiguille d'argent tricote ses stratus

La tempête ébranle l'antique citadelle

S'écroule dans la foudre le grand eucalyptus

Villa Montebello protège ses chandelles

 

 

Téméraire flâneur à mi-chemin se désiste

La galerne exalte son parfum baptismal

Le fauve immobile sous fracassants résiste

Lila crinière au vent cravache l'animal

 

 

Les Nornes sur puits d’Urd remaillent les destins

La falaise s’éboule blanche effraie l’abandonne

L’infernal Ratatosk saccage les festins

Nidhögg crache son feu sur maudite madone

 

 

Odin sur promontoire observe l'hécatombe

Les berzerks en furie les drakkars en naufrage

Nerthus la féconde choisit la mer pour tombe

Le trésor disparaît surnage son coffrage

 

 

Couve son mystère la crypte millénaire

Sur paroi s’imprime l’image d’Aphrodite

Le savant s’intrigue du message lunaire

Érato s’invite dans l’enceinte interdite

 

 

Entrelacs en chaîne déclinent leurs symboles

Triangles spirales nœuds tresses circulaires

Figures mouvantes sublimes paraboles

L'ivresse s'amplifie sous rayons spéculaires

 

 

Les lacis sur silex content les temps divins

La danse des nymphes les agapes florales

Le banquet des druides la ronde des devins

Les récoltes joyeuses les ardeurs pastorales

 

 

Taranis en fanfare surgit du fond des âges

Libelle à coups d'éclairs l'énigmatique augure

La bourrasque exauce son merveilleux présage

En jardin d'agates l'écueil se transfigure

 

 

S'élèvent crescendo carnyx et castagnettes

Taballos et Syrinx cornemuse et cymbales

Morgane s'enflamme sous nuée de guignettes

Libane à contre-sens chevauche sa bubale

 

 

Rosmerta déverse sa corne d'abondance

Morrigan propage la nitescence astrale

Sirona ranime son fanal en concordance

Épona préside ripaille et bacchanale

 

 

Dionysos agite en dansant sa bannière

Dana sous le charme desserre sa tenaille

Le roi fou gouverne l'ours brûle sa tanière

Les gueux s'étoffent d'or la reine s'encanaille

 

 

Le rhapsode en transe qu'allégresse ensorcelle

S'arrache en cadence mantelure et plumage

Quel mystère anime sa secrète étincelle

L'étoile polaire le réincarne en mage

 

 

S’abat grosse averse sur cirque des idoles

Revêche corneille délaisse sa couveuse

Sirène d’Andersen enfourche sa gondole

Marée basse envoûte l’imprudente rêveuse

 

Ici mère nature invente l’insondable

Ici naît le mythe dans la source profonde

Perpétue l’ondine son œuvre inoxydable

Nul génie créateur qu’Océanos ne fonde

 

© MS

 

 

Le sociologue et poète Mustapha Saha passe l’été à Trouville-sur-mer, son habituelle retraite d’écriture, station balnéaire atypique à laquelle il va consacrer un livre, qui reconstitue son histoire artistique et littéraire. Cette ville a été une source d’inspiration pour les écrivains Marcel Proust, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, André Gide, Louis Aragon, Marguerite Duras… et pour les artistes Gustave Courbet, Eugène Boudin, Claude Monet, Fernand Léger, André Hambourg…, et d’autres encore. Le poème en alexandrins « Trouville en hiver » ouvre l’ouvrage en préparation.

 

***

 

Pour citer ce poème

 

Mustapha Saha, « Trouville en hiver », illustration par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11 & N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster , mis en ligne le 8 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/trouville.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéro 7
8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 09:13

 

Travestissements poétiques

 

 

 

La Muse chansonnière

 

 

 

 

François-Marie Robert-Dutertre

Notice de la Bibliothèque nationale de France
 

 

© Crédit photo : Portrait de François-Marie Robert-Dutertre,

capture d'image du livre cité ci-dessous (tombé dans le domaine public) par LPpdm

 

 

 

[Page réelle 9/page PDF 38]

 

On me voit, courant les pieds nus,

Rire avec les premiers venus ;

Dautres fois en mules de soie

Aux palais japporte la joie ;

Car du même pas empressé

Je visite hôtel et chaumière ;

Je suis la muse Chansonnière

Au jupon un peu retroussé.


 

Je ne porte point le peplum

Et ne connais pour labarum

Que lécharpe que je déplie

Sur les grelots de la folie.

Satyrique avec les heureux,

Je me fais modeste et gentille,

Et surtout toujours bonne fille,

Avec les couples amoureux.

 

[Page réelle 10/page PDF 39]

 

Je dois, en fille de Bacchus,

Préférer le vin aux écus ;

Mais je rougis du vieux Silène

Lorsquil s’enivre à perdre haleine.

Jaime toujours aux gais repas

Que lesprit gaulois étincelle,

Et je veux quHébé, toujours belle,

Ne montre quun peu ses appas.


 

Pour être propice aux amants,

Jaide à leurs doux épanchements,

Et quand je tiens en main ma lyre,

Cest le bonheur, cest un délire ;

Mais sil arrive un mauvais cas,

Si la vertu chancelle et glisse,

Là je ne suis jamais complice,

Car je suis lorsquon parle bas.


 

 

Je trône au milieu de Paris ;

La gloire, les jeux et les ris,

La vieille sagesse endormie

Composent mon académie.

Latticisme et le goût nouveau

Sont la règle de tous mes rites,

Et jai des bardes émérites

Parmi les membres du Caveau.


 

 

[Page réelle 11/Page 40 PDF]

 

Par strophes, tercets ou quatrains

Jinspire les joyeux refrains ;

À ma voix la foule accourue,

Aime à me suivre dans la rue.

Tout écho répond à mon luth,

Quoique je sois un peu païenne,

Et la grande âme plébéienne

Avec moi risque son salut.

 


 

Si je vois un peuple en danger,

Avec lui, contre létranger,

Héroïne ardente, enflammée,

Je vaux souvent toute une armée ;

Et lorsque lon marche au combat

Aux accents de la Marseillaise,

On dirait quen une fournaise

Jai trempé lâme du soldat.

 


 

Si je vous raille, ô souvenirs !

Passez-moi mes petits refrains ;

Point de gardes prétoriennes

Pour mes chansons voltairiennes,

Car nul régicide ici-bas

Je ne connais et je ne hante ;

Avec moi toujours la voix chante

Et lesprit ne conspire pas.

 

 

***

 

Commentaire : Le poète se travestit dans ce poème en figure féminine mythique censée être la compagne des trouvères qui n'est que la Muse. Mais laquelle ? S'agit-il de la danseuse-chanteuse Terpsichore, de la magnifique Érato, de la majestueuse Melpomène ou encore de la délicieuse Euterpe (charmante) ? Difficile d'y répondre malgré le portrait poétique esquissé par le poète-trouvère/chansonnier qui suggère Melpomène ou Euterpe qui sont liées au dieu Dionysos (cité sous son nom romain Bacchus dans le poème). On penche plutôt pour l'héritage théâtrale (au moins) dès le XVIIIe siècle de la figure de la "Muse chansonnière" (par exemple la pièce en un acte La Barrière du Parnasse ou La Muse Chansonnière de Favart). En tous les cas, ce travestissement identitaire en chansonnière est un jeu avec le « Je » qui permet au poète de se transformer en stéréotype féminin puissant, en une Muse célébrant la liberté d'être une créatrice féerique et inspiratrice. La figure de "La Muse Chansonnière" est également une métaphore de la Poésie (qui signifie en grec la création)  qui s'empare un jour du poète puis le hante parfois perpétuellement pour devenir son unique identité.

 

Référence bibliographique : ce poème a été transcrit, remanié et commenté par D. Sahyouni du recueil de François-Marie Robert-Dutertre, Loisirs lyriques, poésies, romances, chants, chansons et chansonnettes..., avec une introduction par Émile de la Bédollière, Paris, C. Vanier Libraire-éditeur, La Haye Librairie nationale et étrangère de Bélinfante Frères, 1866, « La Muse chansonnière », pp. 9-11.
 

 

Cette nouvelle zone (ou rubrique) a été créée par D. Sahyouni le 11 août 2017 pour célébrer les formes différentes du travestissement des poètes, n'hésitez pas de l'enrichir par vos textes.

 

***

 

Pour citer ce poème

 

François-Marie Robert-Dutertre, « La Muse chansonnière », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 8 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/musechansonniere.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm
3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 17:35

 

1er concours international de poésie

 

 

Poème sélectionné sur le thème "le handicap"

 

 

Mon enfant du soleil

 

 

 

 

Johanna Treilles

 

 

 

Ma douceur, mon enfant,

Ma petite fille du vent

Tu viens d’avoir cinq ans

Je n’me laisserai plus faire

Tu es le centre de mon monde

Et c’est ensemble que nous combattrons

L’indifférence des cœurs froids et frileux

Recroquevillés dans leurs ornières

 

Sauvage et tendre, petite louve des steppes

Libre comme l’air, indomptable comme le vent

Tu es le mistral de la Camargue chanté par les gitans

La tramontane qui rit follement sous la neige ou le soleil

 

Gitanes dans le cœur, nous le sommes mon enfant

Éternelles voyageuses sur une route cabossée

Belle bien qu’imprévisible, où les pleurs et nos peurs

Sont vite balayés par tes rires enchanteurs

Tes petits pas sur le sol durent et sont notre victoire

Tes petits pas de danseuse et d’enfant des étoiles

Ramènent la lumière dans la nuit noire

De mes questionnements de mère, de mes doutes et de mes craintes.

 

Je te porte à bout de bras, tes cheveux longs tournoient

Dans la brise qui veille et nous protège

Et je dois puiser ma force dans l’eau claire des rivières

Dans la chaleur de la pierre,

pour pouvoir jouer dignement mon rôle de mère

Et de forteresse.

 

Car les regards qui nous entourent ne sont pas toujours tendres

Alors montrons les crocs, ma louve à ceux que notre présence

Un peu trop vivante dérange.

 

Dans le zéphyr, la nuit, j’égrène mes prières

Et chaque jour qui fuit répond à mes appels

Je te vois grandir et t’épanouir et je me fous des blouses

Blanches qui croient détenir tous les savoirs du monde.

 

Je te sais, te comprends et aime tes mains qui dansent

Mon enfant papillon qui brasse l’air de ses ailes

Et si parfois, j’avoue je n’saisis plus le sens

Je t’en remets à Dieu, aux Bouddhas et aux Anges.

 

Tu aimes les oiseaux, tu parles un peu comme eux

Quand tu gazouilles et ris, des lueurs dans tes yeux.

J’aime te voir t’envoler, courir, sauter, nager

Chaque mouvement que tu fais est un don, je le sais

 

Nous sommes les parias, parfois, d’un monde trop uniforme

Qui ne voit en nous que notre différence,

Alors, quand le rejet se fait trop menaçant

La colère gronde en moi, je me fais ouragan

 

La bourrasque s’immisce dans ces décors bourgeois

Où tout est à sa place, et où rien ne dépasse

Toi, intenable tu me rappelles qu’on doit

Se révolter pour exister, dans ce monde dur et froid

 

 

Nous sommes les parias, mon enfant du soleil

Dans la cour des miracles, toujours nous aurons notre place

Du côté des exclus, les fêlés qui laissent passer la lumière,

Les pas bienvenus qui n’se plient pas aux codes,

de la normalité dominante et ronflante.

 

Nous sommes les parias, nous nous ferons pirates

Le Sirocco d’Afrique déploiera grands nos voiles

Car tu portes dans ton sang, la fougue de ceux qu’avant

les blancs appelaient sauvages.

 

 

Comme je suis fière, ma fille, de ta belle différence,

Et combien je me fous de leur stupide méfiance.

Je sais c’que tu m’apprends, tout ce que tu apportes

À mon âme, à mon cœur, mon enfant du bonheur.


 

 

Événements poétiques | 2017 | Concours international de poésie (1ère édition)

 

***

 

Pour citer ce poème


Johanna Treilles, « Mon enfant du soleil », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques|Concours international (édition 2017 sur les animaux, le handicap & la joie), mis en ligne le 3 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/concours-enfant.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans Événements poétiques Distinctions
31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 11:12

 

Distinctions 2017 | Prix poétiques de la SIÉFÉGP

 

 

 

 

Présentation du recueil

 

 

Femmes du monde entier contre les violences

 

 

(récits-poèmes)

 

 

 

 

Annpôl Kassis

 

 

 

Biographie

 

Linguiste-didacticienne, Annpôl Kassis, a enseigné le FLE puis la didactique des langues à l’Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle, ainsi que Le Renouveau du conte en France depuis le 19ème siècle à New York University in France, ses ports d’attache. À travers des missions et actions sociales auprès du Ministère des Affaires Sociales elle a toujours œuvré pour la redéfinition et le respect des droits de la personne et a lutté pour l’élimination des violences intrafamiliales et en faveur d’une éducation et de soins sans violence…. Un long chemin à travers le monde et des mondes… pas terminé… Depuis 2005, elle est Journaliste, critique littéraire à diverses revues d’arts et littérature, et d’histoire (Le Manoir des Poètes, l’Agora-Sté des poètes français, Inverses… entre autres). Elle est également traductrice historienne bilingue anglais>< français.

 

Œuvres

 

  • Déjà parus

L’UneS-poèmes, éditions le Huchet d’or (2017)

Femmes du monde entier contre la violence (poèmes-actions, Yvelineditions, 2016 (réédition complétée de Femmes du Monde Entier, récits-poèmes, Yvelineditions, 2004 épuisé)

Les disparues de l'Amphitrite, récit historique, éditions de Janus- 2010 Grand Prix de la Mer-ADELF 2011, épuisé, réédité en février 2015 Les inconnues de l’Amphitrite : (auto-publication)

Arthur, roi de l’Union (drame lyrique, Édilivre Juin 2014)

Lumière et Poésie chez Nicolas Dieterlé (essai, éditions du Cygne 2011)

Les Contes en retour (coll.) éditions PUF Blaise Pascal St-Étienne, 2009

Lila et Robinson (conte de voyage, Leprince éditions 1995)

La poésie, éditions Clé international, 1993

 

  • Traductions

 

  • en français

Le foyer de Charles Dickens pour les filles perdues (traduction/adaptation de l’anglais : Jenny Hartley : Dickens and the House of fallen women ; Methuen 2010, Paris Édilivre 2014)

Correspondance Berta von Stuttner- Alfred Nobel (traduction de l’anglais) éd. Turquoise 2015

  • en anglais :

Ghislaine Renard : Que serions- nous sans émotion ? What of us if we were emotionless (Edilivre 2015)

Oscar Hernandez : Vivre en harmonie dans la conscience d’Être : Living in Harmony in the Consciouness of Being (The Book Edition 2016), une bonne traduction d’un fond à revoir…

Diverses traductions anglais/français ou français/anglais pour les éditions Tambao

  • Et aussi :

Collaboratrice-rédactrice à diverses revues et publications d’associations humanitaires dont : 2010- 2012 : l’Association Primo Levi ;

2012-1014 : La Fondation Scelles (rédactrice-traductrice français>< anglais de Rapport Mondial sur l’exploitation sexuelle, 2013 et 2014)

Présidente fondatrice de l'association "La Pierre et l'Oiseau, les amis de Nicolas Dieterlé"

Présidente de l’association CompoS Sui : Compagnie de Théâtre et actions sociales : Création du spectacle « Voies de FaitS, Voix de Femmes », d’après le recueil paru en 2016, contre les violences faites aux femmes.

Chargée de Publications de La société des Amis de Dickens France/l’International Dickens’s fellowship-London/ Boulogne sur mer.

Contact : https://annpolkassis.worldpress.com

 

 

 

 

Femmes du monde entier contre les violences (récits-poèmes)

 

 

 

 

 

 

© Crédit photo : Le visuel du spectacle qui a été tiré de cette œuvre par la compagnie Compos Sui pour la journée du 8 mars 2017 et pour le Festival Populaire de la Poésie Nue mai 2017,

image fournie par Annpôl Kassis

 

 

 

Ces poèmes n’ont d’autre objet que de marquer l’engagement de l’auteure tout au long de sa vie vis-à-vis des femmes, de toutes les femmes sans aucune différence, car toutes les femmes portent sur leurs épaules le fardeau des erreurs humaines et bien trop de douleurs injustes et injustifiées.

Je n’ai rien inventé, j’ai observé, entendu et même si parfois je ne comprenais pas, j’ai toujours réagi et agi contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Vivre c’est accepter sans se résigner ; c’est contribuer sans bousculer ni heurter et je continuerai à soulager modestement mais avec tout mon être celles, fourvoyées sur le sentier sans issue des orages, qui ont oublié les beautés de l’arc-en-ciel. Ainsi donc tous mes poèmes-actions dénoncent des faits réels, relevés au hasard de ces « brèves » quotidiennes de pages des journaux – reflets des sociétés.

Simples ou passionnés, ils suivent le long chemin de mes engagements fondamentaux : refuser les violences et les mensonges dits « historiques, religieux, traditionnels », qui veulent embellir sous quelque masque les conquêtes meurtrières, les agissements dominateurs et destructeurs de ceux qui en niant la moitié de l’humanité et dégradent l’humanité toute entière. Les violences sont inacceptables en général et mille fois plus envers les femmes, parce que femmes, et autant envers les enfants, et surtout envers les personnes les plus vulnérables, souvent porteuses de handicap ou simplement âgées ou encore trop jeunes pour… Pour vivre ? Pour s’épanouir en toute liberté. L’action de mes poèmes dans une solidarité huma-féministe de crier et agir notre refus tête haute: Non, c’est Non, c’est Tout. Pour toutes

 

 

voir aussi : Maggy de Coster, « Annpôl Kassis, L’UneS, Le Huchet d’Or, 2017, 58 p., format 21 x 14,8 cm, 9 € »)

 

 

Ce recueil a été récompensé par

Le Premier Prix international de poésie 2017

de l'Académie Claudine de Tencin

 

***

 

Pour citer ce texte


Annpôl Kassis, « Présentation du recueil Femmes du monde entier contre les violences (récits-poèmes) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Distinctions 2017 « Prix poétiques de la SIÉFÉGP », mis en ligne le 31 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/distinctions-kassis.html

 

 

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