Cet ensemble de poèmes intitulé « Passages » reflète une facette riche de la poésie de Carole Clotis. Il nous renseigne sur sa manière de penser la poésie comme une création sans début ni fin : un passage d’un état créatif vers un autre. La poésie constitue aussi une réflexion philosophique du monde, un acte de vie et de liberté. Ce qui caractérise la poésie de Carole Clotis, c’est la puissance symbolique du vocabulaire où chaque mot laisse entrevoir une multitude de signifiants et de signifiés.
Les quatre illustrations de Jean-Marie Wunderlich qui accompagnent ses poèmes les transcendent et expriment ce qui frappe notre monde. En s’inspirant des « Passages », l’artiste dévoile la part avant-gardiste de l’écriture de C. Clotis. Ces belles illustrations mettent ainsi en exergue ce que c’est Passages chez elle. Dans ces dix poèmes illustrés, le geste créatif ne peut se réduire au seul acte d’amour, la révolte et la lucidité (parfois stridente du réel et du soi) sont des nécessités pour être aux mondes.
C’est ainsi que l’on comprend que l’amour et la mort sont des passages entre les mondes. On voit dans cette écriture poétique un rappel en amont de l’héritage de Louise Ackermann et une poésie qui portraitise fidèlement notre monde en le dénudant au gré des mots et des poèmes. Bonne lecture !*
* Ce texte est reproduit avec l'aimable autorisation de l'autrice/auteure et des éditions Pan des Muses.
Le Semainier des muses est le premier périodique paritaire en poésie
Dina Sahyouni,« Édito de Passages de Carole CLOTIS, Semainier des muses, N°12, ÉTÉ 2017 », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : SEMAINIER DES MUSES, mis en ligne le 26 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/12edito-sdm
Booth B 10, BIEL Beirut International Exhibition & Leisure Center
When the director of an art fair decides to give its fair a political orientation, to promote human rights, to share values and to value sharing, this is an extraordinary sign of hope, and even more so when this happens in Lebanon, a country that knows so much about war and thrives so much for peace.
When the same director of the same art fair decides to select Rose Issa to curate, within the context of the fair, an exhibition on the aesthetic, conceptual and socio-political concerns of the contemporary Arab world, hope becomes a concrete construction towards intercultural understanding and openness. Issa’s exhibition, entitled Ourouba, The Eye of Lebanon, will bear witness to the diverse inspirations of artists from the Arab world, exploring memory, destruction and reconstruction, conflict and peace.
Analix Forever will aim to contribute to these reflections by presenting, first of all, Mounir Fatmi as a focus artist. The possibility of intercultural understanding and sharing is a « red thread » throughout the work of Moroccan artist. In Beirut, fatmi will show Impossible Union : an occidental typewriter is releasing Arabic letters... The learning of all languages would make this union possible and this work gave its title to fatmi’s latest solo show in Geneva: (IM)POSSIBLE UNION : a door that opens towards hope.
Fatmi also shows the series The Island of Roots (2017) which reminds us that the United States once have been a land of immigration and welcome. Ellis Island was this mythical gateway where so many hopes for a new life were sealed. The Island of Roots series feature reproductions of Lewis Hines photographs of which fatmi has drawn their complex, unifying roots: vegetal, neurons-like, abounding and, sometimes, bloody roots.
Furthermore, Analix Forever will present works by Janet Biggs, Debi Cornwall and Alexandre D’Huy. While recently in Djibouti, US-based video artist Janet Biggs witnessed Yemeni refugees fleeing the bombing and devastation in Yemen. They risk everything to cross the Gulf of Aden and arrive at Camp Markazi in Obock. At the same time, migrant Ethiopians fleeing their country’s oppression and poverty brave a four day walk across the desert of Djibouti to also arrive to Obock and take the same boats back across the Gulf of Aden, hoping to make their way to Saudi Arabia. They don’t all survive the journey, but the persistence of human hope is endless when traveling far from home. The video Afar, a fable of the human condition, with an implicit narrative, tells us about humankind and the complex, double-edged nature of otherness. The video is also about remembering and honoring a child from Djibouti, in an allusive, artistic, choreographed way.
Debi Cornwall, conceptual documentary artist who returned to visual expression in 2014 after a 12-year career as a wrongful conviction lawyer, presents three pictures from her long-term photographic project on Guantánamo Bay, Welcome to Camp America : a disorienting and empathic, respectful and ironic, professional and sensitive gaze on the reality of the U.S. Naval Station in Guantánamo Bay, Cuba (known as « Gitmo »). The lack of frontal criticism leaves the viewer with his/her own duty to decide what he/she is seeing and the profound meaning of the images shown.
Finally, because war is everywhere and we should not refuse to be aware of it, the works on paper by Alexandre d'Huy show us images, or rather effects of war, while never depicting human beings. The images are inspired by the thousands of thermal photographs to be found every day on the web, of explosions, blow ups, and powerful alterations of our earth. In d’Huy’s hands however they become beautiful holes, suggesting the possibility (or the necessity ?) to leave Earth through them, to join other planets, another universe. But why are we fascinated by evil beauty and the allusions to death ? This is the essential question addressed by Alexandre d’Huy in this series. So lets look and think... « The beauty will save the world » said Dostoyevsky. Could this be true ?
Barbara Polla & Charia Bertini,« HOPE. Mounir Fatmi (focus artist), Janet Biggs, Debi Cornwall & Alexandre d’Huy. Beirut Art Fair»,Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 23 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/beirut-art-fair.html
de Michèle Finck aux éditions Arfuyen, image fournie par F.Urban-Menninger
Née à Mulhouse en 1960, Michèle Finck partage dès l’adolescence sa vie entre la littérature et le piano et bientôt entre la France et l’Allemagne. Aujourd’hui, elle est professeure de littérature comparée à l’Université de Strasbourg où ses recherches visent à saisir les correspondances entre la poésie, la musique, la peinture, la danse et le cinéma. Connaissance par les larmes est son troisième ouvrage publié par les Éditions Arfuyen. D’emblée l’épigraphe de Marina Tsvétaïeva : « Ô Muse des larmes, la plus belle des Muses » nous invite à nous intéresser à cette sensibilité des pleurs qui renvoie à une culture monastico-érémétique proprement italienne, elle-même d’ empreinte grecque. Thème également central de la mystique cistercienne du XIIème siècle, les larmes témoignent de la quête de Dieu et ont partie liée avec le divin et le sacré.
Michèle Finck est traversée par cette grâce qui éclaire chacun de ses poèmes et donne une visibilité à l’invisible. « Même / Si / Dieu / N’/ existe / Pas / Les / Larmes / Sont / La / Trace / De / Dieu / En / Nous », écrit-elle, chaque vers, réduit à un seul mot, étant une larme versée sur la page blanche. De la larme à la mer, le poème appréhende cette cosmicité qui, selon Bachelard, nous habite depuis l’enfance. Comme chez Rimbaud qui s’écrie « Je me suis baigné dans lePoème de la mer » dans son « Bateau ivre », Michèle Finck se fait « Nageuse-chamane », son corps de femme se transmute alors dans celui du poème où il devient « Utérus aquarelle-d’azur » et l’auteure d’atteindre les cimes céruléennes dans le magnifique poème intitulé « L’alphabet des vagues » où elle écrit « Nager comme pleurer/Rend/ Visible l’invisible ».
Et de poursuivre tout au long de cet ouvrage la quête lancinante de l’origine en énonçant cette évidence claire et limpide : « La mer est l’utopie de toute musique, de toute poésie ». Mais si la mer nous permet d’appréhender l’origine, l’auteure précise que sa leçon de musique nous aide également à aborder les rivages de notre finitude. Un seul vers résume la magnificence de cette oraison qui loin d’être funèbre nous ouvrel’horizon : « La mer pour extrême onction ».
La musique, les œuvres d’art, le cinéma tissent une trame lumineuse où les larmes en sont la lie et le liant intemporels, universels. Bach, Vivaldi, Brahms, Verdi mais aussi Picasso, Edward Munch, Louise Bourgeois, Jean Hans Arp, mais encore Rossellini, Béla Tarr, Tarkovski, Alain Resnais et bien d’autres passeurs d’âmes sont conviés à travers leurs œuvres à nous aider à percevoir « les larmes dans les fentes brûlées du temps ».
Dans la partie du recueil baptisée : « Êtrécrire », Michèle Finck semble émerger d’un rêve éveillé, elle écrit : « L’art est un songe » et ajoute : « Ce qui reste : les larmesdes mots ». Mais la poésie se cache derrière ou sous les larmes silencieuses car « Les / Larmes / Non / Pleurées / Sont / Celles / Qui / Font / Écrire » Le cri, indéniablement, traverse l’écrit de Michèle Finck. Tout à la fois Pénélope ou Philomèle, l’auteure est restée cette enfant qui ne parvenait pas à prononcer le mot « Littérature » et qui ne pouvait articuler que celui de « Luttérature », car déjà écrire, dire, relevait d’une lutte avec soi, avec les mots…
Michèle Finck évoque un « Corps à corps / Avec les mots / Jusqu’à ce qu’ils se tordent »… Et de défier la mort par le mot : « Écrire / Encore / Morte » et d’ériger les barricades de la révolte et de la résistance en dédiant un poème à Anna Politkovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou.
Et d’achever son recueil à la fois brûlot et brûlure où « Le presque rien / est le presque tout » par cette « Neigécrire » où elle définit ainsi le « Poème / Ce / Qui / Neige / Quand / On / A / Tout / Brûlé » ou encore où elle affirme :« Celle / Qui / Neige / Même / En / Dormant / veille ». Les vers tels des flocons neigent sur la page blanche… « Celle qui neige » est « l’alchimiste des larmes » et de déclarer : « Celle / Qui / Neige/ Tient / Tête / Au / Néant ».
Poète de la grâce, Michèle Finck nous octroie avec « Connaissance par les larmes » une lecture purificatrice qui embellit l’âme au sens où on l’entendait au Moyen Âge. Les vers de Michèle Finck sont autant de larmes « Du divin / Qui danse / Sur l’écume »… À nous de « Faire la planche [...] » en tentant de relier le ciel à la mer, en retissant les liens de l’homme au monde dans cette verticalité de l’être qui nous permet de renouer avec la cosmicité de notre enfance.
Françoise Urban-Menninger,«Michèle Finck, Connaissance par les larmes. Poèmes parus aux Éditions Arfuyen », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 22 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/larmes-finck.html
Cecília Mereiles naît à Rio de Janeiro le 7 novembre 1901 et meurt le 9 novembre 1964 d’un cancer à soixante-trois ans. Poète avant-gardiste, elle subit l’influence des symbolistes, des romantiques baroques et des parnassiens, et est considérée comme l’un des poètes lusophones les plus importants. Journaliste, elle tenait une chronique sur l’éducation et aussi sur ses voyages en Europe et en Asie. Tour à tour professeure de Littérature luso-brésilienne à l’Université du District fédéral et de Littérature et culture brésilienne à l’Université du Texas, conférencière, elle obtient en 1939 le Prix de poésie Olavo Bilac de l’Académie brésilienne des lettres pour Viagem (Voyage). Suivront d’autres prix comme le Prix Machado de Assis en 1965 ainsi que d’autres distinctions.
C’est en 1919 qu’elle entame sa carrière littéraire avec la publication d’un ensemble de sonnets publiés à dix-huit ans sous le tire de Spectrum. Pour elle, le rêve et la réalité sont indissociables et forment une combinaison harmonieuse. Ce qui caractérise le lyrisme de Cecília Meireles c’est la musicalité de ses vers, la contemplation dans la solitude, le silence et aussi la place faite à l’éphémère vu qu’elle a été marquée par la perte de ses parents (son père meurt trois mois avant sa naissance et sa mère alors qu’elle n’avait que trois ans) sans oublier le suicide de son premier mari, le peintre Fernando Correia Dias, et père de ses trois filles.
Orpheline de père et mère, elle est élevée par sa grand-mère qui lui inculque l’amour d’autrui, aussi dit-elle, « La dignité, l’élévation spirituelle de ma grand-mère a beaucoup influencé ma façon de considérer les gens et mon regard sur la vie ».
Elle apparaît toujours souriante sur les photos, elle cultivait la joie de vivre. Elle est habitée par le sentiment douloureux de voir le monde s’engluer dans le mal, un mal qui ne lui pas inhérent et Selon elle la vie peut être réinventée et c’est ce qu’elle a tenté de faire par la poésie.
Unanimement considérée par les critiques comme une figure incontournable du modernisme brésilien, elle a une bibliographie générale foisonnante qui compte une dizaine de recueils de poèmes. Mis en musique par le chanteur Fagner, ses textes sont des classiques de la littérature brésilienne qu’apprennent les écoliers, que déclament des amateurs de poésie ainsi que feu le célèbre acteur et comédien brésilien Paulo Autran.
Passionnée par le sanskrit et le hindi, elle traduit de Rabindranath Tagore, ce qui lui valut le titre de Docteur honoris Causa de l’Université de Delhi. Elle traduit également les œuvres de Federico García Lorca, Virginia Woolf, Alexander Pushkin et Rainer Maria Rilke. Elle fonde en 1934, la première bibliothèque pour enfants à Rio de Janeiro. Depuis 1963 une école Primaire du quartier Cangaiba à São Paulo porte son nom. Évoluant en solitaire, sans se rattacher à un cénacle, elle ne rejette pas pour autant les attributs littéraires de la littérature brésilienne même si elle s’accorde une grande liberté dans le rythme et la forme.
Selon l’écrivain et poète Mario de Andrade (1893-1945), « le travail de Cecília Meireles est Un paramètre de qualité comme il en existe peu dans l’histoire de la littérature brésilienne. »
En mars 2014, un hommage bien mérité lui a été rendu à Brasilia lors de la XIème Rencontre Internationale des Femmes Écrivains, présidée par Nazareth Thunoli, à laquelle nous avions été conviée.
***
Les deux poèmes ci-dessous sont traduits et insérés ici pour illustrer notre propos.
Ce poème "Guerre" est traduit en français par Maggy DE COSTER à partir de la traduction en espagnol fournie par l’organisatrice de la Rencontre Nazareth THUNOLI lors de la XIème Rencontre Internationale des Femmes écrivains à Brasilia en mars 2014 :
Guerre
Il y a tant de sang
que les fleuves se détournent de leur rythme,
l’océan délire et repousse son écume rouge.
Il y a tant de sang que la lune elle-même se lève,
effroyable, errant en des endroits tranquilles,
somnambule aux halos rouges,
le feu de l’enfer dans ses cheveux.
Il y a tant de morts que les visages eux-mêmes,
côte à côte, ne se reconnaissent pas
et les morceaux de corps sont là
comme des épaves sans emploi.
II y a tant de morts que les âmes seules
formeraient des colonnes, ...
et atteindraient les étoiles.
Et les machines aux entrailles béantes,
et les cadavres encore armés,
et la terre avec des fleurs qui brûlent,
et les fleuves effarés, zébrés comme des tigres,
et cette mer folle pleine d’incendies
et de naufrages,
et la lune hallucinée de tout ce dont
elle a témoigné,
et vous et nous, indemnes,
pleurant sur les photos,
– tout n’est qu’échafaudages –
parmi les temps longs,
rêvant d’architecture.
Cecília MEREILES
***
Pour citer ce texte
Maggy de Coster (texte, traduction & images),«Cecilia Mereiles : poète brésilienne avant-gardiste», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Premiercolloque international & multilingue de la SIÉFÉGP sur « Ce que les femmes pensent de la poésie : les poéticiennes », mis en ligne le 21 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/cecilia-mereiles-avant-gardiste.html
Crédit photo : Médaillon de Gaïa en Déesse mère Isis du IVe siècle, domaine public, image trouvée sur Wikipédia
La terre tremble, le silence s'envole – tel l'oiseau pourchassé – des tumultes déchirent la terre, la mer, Gaïa tremble au Mexique, détruit les biens et les êtres, sa colère fait frissonner les humains.
Terre chérie, tu charries des milliers de débris, enceinte de tes incessantes colères, tu nous terrorises pauvres créatures. Ô mère Gaïa, rendors-toi à nouveau, oublie-nous durant des années, des siècles.
Mère nourricière, cesse tes colères, accorde-nous encore ta confiance et nous rebâtirons ensemble Mexico et les villes ravagées par toi, les ouragans, les cyclones et les typhons. Saint-Martin se relève à peine, Irma tourillonne au loin, mais Maria avale Jose et tourmente la Guadeloupe...
Que faire de ces jours noirs
où les humains semblent voués au désespoir ?
remplis tantôt d'amertume des guerres,
tantôt des désastres venus des mers
aigris tantôt par leurs mesquineries
affaiblis souvent par leurs furies
Terre-mère, au-delà des mers, des océans
et des caravanes des opprimé-e-s d'Orient
rendors-toi encore, rendors-toi encore
et nous reconstruirons ensemble des sorts
meilleurs pour nos semblables honni-e-s
aux quatre coins de cette planète bénie
et garderons les tombes des victimes fleuries.*
* Ce poème improvisé est un hommage aux
victimes des catastrophes du mois de septembre 2017 (le tremblement de terre au Mexique, les ouragans et cyclones partout dans le monde)
opprimé-e-s et réfugié-e-s en Asie.
Improvisation du 20 septembre 2017
***
Pour citer ce poème
Dina Sahyouni, «Mère nourricière, cesse tes colères», Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11, mis en ligne le 21 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/mere-coleres.html
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