15 juillet 2021 4 15 /07 /juillet /2021 17:46

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​​​Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Poésie des ancêstres | Faits divers & catastrophes 

 

 

 

 

 

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L'inondation de 1856

 

 

 

 

 

 

Fanny Forestier

 

Poème choisi & transcrit par

Dina Sahyouni

 

 

 

 

Crédit photo :  Des inondations de 1856 en France, image de Commons. ​​​​​​

 

 

III

 

L'inondation de 1856

 

Ode

 

 

Sur la cime des monts, chacun cherche un refuge,

Et craint de revenir aux horreurs du déluge.

Le fleuve élève aux cieux ses vagues en courroux,

Et couvre de ses eaux une femme à genoux.

Suspendant sa prière en cette horrible attente,

Elle jette autour d'elle un regard d'épouvante ;

Elle veut s'échapper ; mais le fleuve en son cours,

L'entraîne dans l'abîme... et l'eau monte toujours !

 


 

Son enfant sur son cœur, regardez cette mère ;

Jusqu'au dernier instant elle prie, elle espère ;

La vague prend l'enfant. Et, partageant son sort,

Sa mère dans les flots, trouve après lui la mort.

Des vieillards, des enfants, entassés pêle-mêle,

Se sont tous élancés dans une barque frêle :

La barque disparaît ! On vole à leur secours,

Mais ils sont engloutis... et l'eau monte toujours !

 


 

Un sentiment fait place à la tristesse amère,

Et chacun croit toucher à son heure dernière.

Pour sa mère adorée, en un suprême effort,

Un fils au désespoir lutte contre la mort.

Sa mère entre ses bras, guidé par son courage,

Il atteint le plus haut des hauts points du village ;

Mais le fleuve l'atteint et l'emporte en son cours,

Sa mère est entraînée... et l'eau monte toujours !

 

Crédit photo :  Des inondations de 1856 en France, image de Commons. 

 

 

Oublié sur un roc, un malheureux succombe,

Pour lui chaque minute est un pas vers la tombe ;

Car, bravant mille fois tous les dangers nouveaux,

Pour sauver son semblable, il plongea dans les eaux.

Mais son chien le rejoint, à son maître fidèle,

Quand lui la dernière heure, il consacre son zèle ;

Il cherche à l'entraîner pour préserver ses jours,

Mais ils meurent tous deux... et l'eau monte toujours !

 


 

Tout bruit cesse... Au milieu du plus morne silence

On n'entend que la voix du flot qui se balance ;

Ce flot qui dans sa course a tout anéanti,

Conserve dans ses flancs ce qui fut englouti.

Il ravit le bonheur, il ravit la richesse,

Il fait couler les pleurs où régnait l'allégresse.

Il ravit tout enfin, dans son terrible cours,

Il ne rend jamais rien... et l'eau monte toujours !

 

 

 

Il veut tout posséder et de tout il s'empare ;

Rencontrant dans sa course un fleuve qui s'égare,

Il va lui disputant le butin amassé,

Le corps de la victime et le roc déchaussé.

Si le cœur d'un ami renaît à l'espérance,

Voyant qu'un malheureux vers la plage s'avance,

Riant de sa douleur, le torrent dans son cours,

L'entraîne au fond des flots... et l'eau monte toujours !

 

Crédits photos :  Des inondations de 1856 en France, images de Commons. 

 

 

 

Partout est le meilleur, et partout la misère,

Chaque être qui survit pleure, se désespère...

Enfin l'eau redescend !... et prise de remords,

Elle montre à nos yeux les cadavres des morts.

L'homme a fait alliance avec le divin juge ;

Comme on vit l'arc-en-ciel, à la fin du déluge,

Un prince généreux, vient en ces tristes jours,

Soulager le malheur... et l'eau reprend son cours !

 

Juin 1856.

 

Fin*

 

* « L'inondation de 1856 » est une ode de FORESTIER, Fanny (Mlle, 1839-1901), Premier bouquet poétique, par Mlle Fanny FORESTIER, Paris, imprimerie de J. CLAYE, 7 Rue Saint-Benoit, 1856, p. 11. Fanny Forestier est la sœur de Jeanne Forestier et la tante de l'auteur Paul Léautaud. Cet opus composé de trois poèmes appartient au domaine public.

 

 

Pour citer ce poème fait divers de juin 1856

 

Fanny Forestier, « L'inondation de 1856 », ode de l'opus poétique de FORESTIER, Fanny (Mlle, 1839-1901), Premier bouquet poétique. (1856), choisie & transcrite par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16, mis en ligne le 16 juillet 2021. Url  : http://www.pandesmuses.fr/lettreno16/ff-inondationde1856

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

 

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15 juillet 2021 4 15 /07 /juillet /2021 17:15

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Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Poétextes thématiques/Biopoépolitique & N° 10 | Célébrations | Revue Biopoépolitique | Poésie érotique

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Ma vulve

 

 

​​

 

 

 

 

 

Barbara Polla

Site où elle publie régulièrement :

https://sarasvati.fr/

ou

https //womentoday.fr/

Blog officiel : 

https://barbarapolla.wordpress.com/

Site officiel de la Galerie :

https://analixforever.com

 

 

 

 

Crédit photo : « Dame aux coquillages », peinture libre de droits, capture d’image du site Commons. 

 

 

 

Ma vulve est tous les fruits

les fruits de mon labeur

un fruit de la passion

mangue et citron vert

et vigne toujours vierge

ma vulve fruit de mer

sanguine


 

Ma vulve est toutes les fleurs

mes pensées mes capucines

fleurs de pommiers fleurs carnivores

le parfum des lauriers roses

et celui des lauriers blancs


 

Ma vulve est la tendresse

la violence de la vie

ma vulve est amour

je jouis en accouchant

ma vulve est mon extase


 

Ma vulve est la joie

Elle fait rire les déesses

Elle fait rire Déméter

Et la console

de la perte de Perséphone

Ma vulve est un sourire


 

Ma vulve est le temps

le temps de jouir

le temps de la vie

de mon envie de vie

Ma vulve est mon amie

fidèle compagnonne

chaque jour elle me rappelle

tu peux jouir tu sais

Elle s’endort avec moi

mes mains entre mes cuisses

– une dernière caresse

se réveille à la rosée

Ma vulve est mon témoin – testis de mes désirs

et elle chante pour toi

les chants des marins grecs

 

 

Crédit photo : "L'Origine du Monde" de Gustave Courbet, Musée Orsay, image de Commons. 

 

 

 

Pose ton oreille là, mon amant

et écoute ma vulve

tu entendras le vent

le ressac et l’océan

la musique vient de là

les bateaux et les voiles et le chant des baleines

le chant des sirènes

le soleil en éruption


 

Il y a très longtemps au Rwanda

sur Flash FM une légende raconte

que la fontaine d’une reine

créa le lac Kivu

Le kunyaza fit jaillir l’eau

Une eau sacrée dit la légende

sur Radio Rwanda, Zirara Zubakwa

ma vulve est une fontaine

fontaine de jouvence


 

Ma vulve est politique

je suis femme sous mes jupons

comme des milliards d’autres femmes

des vulves au Parlement


 

Ma vulve est à moi

et à qui seule je veux

je suis le corps humain

le corps social le corps mortel

je suis mon corps

mon corps au Parlement

ma vulve est mon corps


 

Ma vulve est androgyne

Geisha aux lèvres blanches

ma vulve sait tout faire

rétention éjection ouverture ou refus

ma vulve est privilège


 

Dessine moi une vulve…


 

Ma vulve est ma planète

ma vulve est ma princesse

une Sainte Exubérante

Astéroïde B-07-03


 

 

 

Il y a très longtemps au Rwanda, une reine se languissait de son époux retenu loin d’elle par la guerre. Éperdue de désir, elle ordonne à un esclave de la rejoindre dans sa chambre. L’homme s’exécute, mais il est tétanisé à l’idée du sort qui l’attend, si le roi venait à découvrir l’affaire à son retour. Tremblant de tout son corps, il ne parvient pas à pénétrer la souveraine. Mais son sexe, en frottant contre les lèvres et le clitoris de la reine, provoque un jaillissement de plaisir. On raconte même, au Rwanda, que la reine aurait éjaculé le lac Kivu...

C’est sur cette légende que repose la pratique du kunyaza, un acte sexuel voulant que l’homme caresse le sexe de la femme à l’aide de son pénis pour « faire jaillir l’eau », et qui s’enseigne comme l’un des piliers du mariage. Car « Le kunyaza, [dit-on], unit les familles et chasse le désordre dans les foyers. » Le réalisateur belge Olivier Jourdain, lui, a décidé de tirer de cette légende vivante un documentaire, intitulé L’eau sacrée 1 : « L’eau, c’est la vie, dit-il, c’est ce qui fait pousser les plantes. Le fait d’être fertile parce que la femme est capable “d’avoir de l’eau” renvoie aussi à la toponymie du Rwanda, à sa végétation luxuriante. La pratique est sans doute liée à la géographie du lieu...» 2.

 

 

 

Notes

1. Cf. URL : https://vimeo.com/ondemand/sacredwater

2. Voir URL : http://www.slate.fr/story/157474/rwanda-ejaculation-feminine-kunyaza-tradition-ancestrale

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème dionysiaque  & féministe

 

Barbara Polla, « Ma vulve », poétexte dionysiaque, érotique biopoépolitique & féministe inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16 & N° 10| Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 15 juillet 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/bp-mavulve

 

 

 

 

 

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13 juillet 2021 2 13 /07 /juillet /2021 13:25

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​​Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Poésie des ancêstres | Astres & animaux 

 

 

 

 

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Les arbres

 

 

 

 

 

 

Renée Vivien

 

Poème choisi & transcrit par Dina Sahyouni

 

 

Crédit photo : Forêt, arbres, Dülmen, Naturschutzgebiet, Am Enteborn, 2014. Image de Commons. 

 

 

 

Dans l'azur de l'avril et dans l'air de l'automne,

Les arbres ont un charme inquiet et mouvant.

Le peuplier se ploie et se tord sous le vent,

Pareil aux corps de femme où le désir frissonne.

 

 

Sa grâce a des langueurs de chair qui s'abandonne ;

Son feuillage murmure et frémit en rêvant,

Et s'incline, amoureux des roses du Levant...

Le tremble porte au front une pâle couronne.

 

 

Vêtu de clair de lune et de reflets d'argent,

Le bouleau virginal à l'ivoire changeant

Projette avec pudeur ses blancheurs incertaines.

 

 

Les tilleuls ont l'odeur des âpres cheveux bruns,

Et des acacias aux verdures lointaines

Tombe divinement la neige des parfums.

 

 

* « Les arbres » est un sonnet de VIVIEN, Renée (1877-1909), Cendres et poussières, Paris, Alphonse LEMERRE, Éditeur, 23-31, Passage Choiseul, MDCCCCII/1902. pp. 103-104. Ce recueil appartient au domaine public.

 

Pour citer ce poème 

 

Renée Vivien, « Les arbres », sonnet extrait de VIVIEN, Renée (1877-1909), Cendres et poussières (1902), choisi & transcrit par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16, mis en ligne le 13 juillet 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/lettreno16/rv-lesarbres

 

 

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13 juillet 2021 2 13 /07 /juillet /2021 11:58

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Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Poésie des ancêtres | Poétextes thématiques

 

 

 

 

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L'Automne, Velléité,

 

 

 

Locusta & Vers d'amour

 

 

 

 

 

 

Renée Vivien

 

Poèmes choisis & transcrits par Dina Sahyouni

 

 

Crédit photo : La danseuse étoile Anna Pavlova en bacchante. Image de Commons. 

 

 

 

L'Automne

 

 

L'Automne s'exaspère ainsi qu'une Bacchante,

Folle du sang des fruits et du sang des baisers

Et dont on voit frémir les seins inapaisés...

L'Automne s'assombrit ainsi qu'une Bacchante

Au sortir des festins empourprés. Elle chante

La moite lassitude et l'oubli des baisers.

 

Les yeux à demi-morts, l'Automne se réveille

Dans le défaillement des clartés et des fleurs,

Et le soir appauvrit le faste des couleurs.

Les yeux à demi-morts, l'Automne se réveille :

Ses membres sont meurtris et son âme est pareille

Aux coupes sans ivresse où s'effeuillent les fleurs.

 

Ayant bu l'amertume et la haine de vivre

Dans le flot triomphal des vignes de l'été,

Elle a connu le goût de la satiété.

L'éternelle amertume et la haine de vivre

Corrompent le festin où le monde s'enivre,

Étendu sur le lit de roses de l'été.

 

L'Automne, ouvrant ses mains d'appel et de faiblesse,

Se meurt du souvenir accablant de l'amour,

Et n'ose en espérer l'impossible retour.

Sa chair de volupté, de langueur, de faiblesse,

Implore le venin de la bouche qui blesse

Et qui sait recueillir les sanglots de l'amour.

 

Le cœur à demi-mort, l'Automne se réveille

Et contemple l'amour à travers le passé.

Le feu vacille au fond de son regard lassé.

Le cœur à demi-mort, l'Automne se réveille :

La vigne se dessèche et périt sur la treille...

Dans le lointain pâlit la rive du passé.

 

 

 


Velléité

 

 

Dénoue enfin tes bras fiévreux, ô ma Maîtresse !

Délivre-moi du joug de ton baiser amer,

Et, loin de ton parfum dont l'opulence oppresse,

Laisse-moi respirer les souffles de la mer.

 

Loin des langueurs du lit, de l'ombre de l'alcôve,

J'aspirerai le sel du vent et l'âcreté

Des algues, et j'irai vers la profondeur fauve,

Pâle de solitude, ivre de chasteté !


 

 

Locusta

 

 

Nul n'a mêlé ses pleurs au souffle de ma bouche,

Nul sanglot n'a troublé l'ivresse de ma bouche,

J'épargne à mes amants les rancœurs de l'amour.

 

J'écarte de leur front la brûlure du jour,

J'éloigne le matin de leurs paupières closes,

Ils ne contemplent pas la ruine des roses.

 

Seule, je sais donner des nuits sans lendemains.

 

J'allume dans leurs yeux d'inexprimables fièvres,

Et, fastueusement, je leur offre mes lèvres,

Mes flancs, et la lenteur savante de mes mains.

 

Je verse les soupirs, l'accablante caresse

Et les mots de langueur murmurés dans la nuit.

J'estompe les rayons, les senteurs et le bruit.

 

Je suis la pitoyable et la tendre Maîtresse.

 

Car je sais les secrets des merveilleux poisons,

Insinuants et doux comme les trahisons

Et plus voluptueux que l'éloquent mensonge.

 

Lorsque au fond de la nuit un râle se prolonge

Et se mêle à la fuite heureuse d'un accord,

J'effeuille une couronne et souris à la Mort.

 

Je l'ai domptée ainsi qu'une amoureuse esclave.

Elle me suit, passive, impénétrable et grave,

Et je sais la mêler aux effluves des fleurs,

 

Et la verser dans l'or des coups des Bacchantes.

 

J'éteins le souvenir importun du soleil

Dans les yeux alourdis qui craignent le réveil

Sous le regard perfide et cruel des amantes.

 

J'apporte le sommeil dans le creux de mes mains.

Seule, je sais donner des nuits sans lendemains.

 

 


 

 

Vers d'amour

 

 

 

Tu gardes dans tes yeux la volupté des nuits,

Ô Joie inespérée au fond des solitudes !

Ton baiser est pareil à la saveur des fruits

Et ta voix fait songer aux merveilleux préludes

Murmurés par la mer à la beauté des nuits.

 

Tu portes sur ton front la langueur et l'ivresse,

Les serments éternels et les aveux d'amour,

Tu sembles évoquer la craintive caresse

Dont l'ardeur se dérobe à la clarté du jour

Et qui te laisse au front la langueur et l'ivresse.*

 

 

* « L'Automne », « Velléité », « Locusta » & « Vers d'amour » sont des poèmes de VIVIEN, Renée (1877-1909), Cendres et poussières, Paris, Alphonse LEMERRE, Éditeur, 23-31, Passage Choiseul, MDCCCCII/1902. pp. 25-27, 67, 83-85 & 107-108. Ce recueil appartient au domaine public.

 

 

***

 

Pour citer ces poèmes

 

Renée Vivien, « L'automne », « Velléité », « Locusta » & « Vers d'amour », poèmes extraits de VIVIEN, Renée (1877-1909), Cendres et poussières (1902), choisis & transcrits par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16, mis en ligne le 13 juillet 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/lettreno16/rv-ivresses

 

 

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12 juillet 2021 1 12 /07 /juillet /2021 15:29

 

N° 10 |  Célébrations | Dossier mineur | Florilège

 

 

 

 

 

Trois poèmes de Leo Zelada

 

 

 

 

 

Leo Zelada

Poète espagnol

Extraits traduits avec l'aimable

autorisation de l'auteur & de sa maison d'édition

 

Poèmes traduits de l’espagnol

 

& précédés d'une biographie du poète par

 

Maggy de Coster

​​​​Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

© ​Crédit photo : Leo Zelada , image fournie par la traductrice. 

 

 

 

Biographie de Leo ZELADA

 

Leo Zelada, pseudonyme littéraire de Braulio Ruben Tupaj Amaru Grajeda Fuentes, est né à Lima, Pérou, en 1970. Poète et écrivain, il a étudié la philosophie à l’Université Nationale Mayor de San Marcos à Lima. Il a publié les recueils de poésies suivants : Delirium Tremens (1991), Journal d’un cyberpunk (2001), Opúsculo de Nosferatu a punto de amanecer (2005), La senda del dragón (2008), Minimal poética (Vaso Roto Ediciones, 2010) ; le roman American Death of Life (2005) et traduit avec son père Brailio Grajeda Challco l’anthologie poétique de l’empire Inca (2007). En 2016, la maison d’édition espagnole Vaso Roto publie Transpoética, son dernier ouvrage de poésies. Après avoir voyagé à travers les États-Unis, l’Amérique du sud et l’Europe, il vit depuis dix ans en Espagne.

En mai 2013, un court-métrage documentaire intitulé « Leo Zelada, Poète underground » est réalisé par la production audiovisuelle espagnole Amagifilms.

Son œuvre a été traduite en anglais, en français et en portugais. Il collabore régulièrement à la rubrique culturelle du journal Madridpress. Son blog Diario de dragón a reçu plus de 260.000 visites. En 2015, le Fonds Poétique International lui a décerné à Madrid le Prix Poetas de Otros Mundos. En 2019 il publie à Madrid son roman El Último Nómada aux Editions Harpo Libros. Il le présente à Paris à la Librairie Cien Fuegos et il a également été poète invité spécial au Club Des Poètes et à Paris Lit Up.

En janvier 2021, le documentaire « Leo Zelada : Transpoética », réalisé par le réalisateur Mario Leclerc, est sorti à Madrid. Ce documentaire est sous-titré en français et en anglais. Voir le lien suivant : 

https://www.youtube.com/watch?v=755bKCXAE_c

 

 

© ​Crédits photos : Couverture illustrée du recueil de poèmes de Leo Zelada accompagnée par sa photographie, images fournies par la traductrice. 

 

 

 

Travesía hacía Andrómeda

 

 

...me he despertado en un sueño convertido 

en el escarabajo de Kafka 

leyendo en una cafetería de Ginebra 

Las Ruinas Circulares de Borges...

detrás del ocre un árbol rojo se levanta,

abro los ojos y es otra persona la que habita ahora mi cuerpo...

 

**

 

 

Traversée vers Andromède

 

 

...je me suis réveillé dans un rêve 

transformé en scarabée de Kafka

lisant dans un café genevois

Les Ruines Circulaires de Borges...

derrière l'ocre s'élève un arbre rouge,

j’ouvre les yeux et c'est une autre personne qui habite désormais mon corps...

 

 

 

 

Búho Blanco

 

 

El aliento del ciprés

me da en este instante

refrescante sosiego.

Hace tiempo que no me siento sólo

en la banca de un parque.

Hace demasiado tiempo

que no salgo por la tarde

a impregnarme del destello

de la tarde

en mi cuerpo.

Sí,

me he ido

acostumbrado poco a poco

a ser un animal melancólico

de la noche.

He quedado cubierto del resplandor

materno de la luna.

Has atravesado la noche

quedando puro como un

témpano de hielo.

Ahora posees

la serenidad del blanco búho.

 

**

 

 

La chouette blanche

 

 

Le souffle du cyprès

me procure en cet instant

un calme rafraîchissant.

Il y a longtemps que je ne me suis pas retiré

sur le banc d’un parc.

Il y a trop longtemps

que je ne suis pas sorti à la tombée du jour

pour m’imprégner de la clarté 

du soir.

Oui,

je suis sorti

et me suis accoutumé peu à peu

à être cet oiseau nocturne mélancolique.

J'ai été protégée par la splendeur maternelle

de la lune.

Tu as traversé la nuit

en étant pur comme un iceberg

de la banquise.

Maintenant tu as

la sérénité de la chouette blanche.


 

 

Wiracocha pasea por la tierra de los dioses blancos

 


 

Cada noche un dragón rojo vigila mi sueño y Wiracocha camina por las calles de Madrid. Es verano de julio y el cielo está nublado. 

A miles de kilómetros, cruzando el mar Atlántico, la voz de mis ancestros me llama ¿Qué hizo el inka Garcilaso para curar la agonía de su exilio? 

Mi estirpe está casi extinta. Soy uno de los últimos vestigios de un gran esplendor. Lo he dado todo por la literatura y en mis palabras he tratado de que hablara el lenguaje de mi sangre. Escribo en la lengua de mis colonizadores, pero mi espíritu va más allá de sus palabras. Soy un virus en la gramática de España. ¿Cómo expresar lo que siento en un idioma que no es mío? 

No siento nostalgia. Pero soy extranjero en estas tierras de Castilla. A veces tengo ganas de gritar en su plaza mayor mi rabia contenida. Pero me callo. He escondido mi dolor debajo de mis lentes redondos. Pero a veces no puedo evitar esconder mi mirada desolada en el crepúsculo. 

Tengo la fe de que mis palabras sirvan para algo. 

¡Oh Wiracocha, la misión es dura, ten misericordia de este hijo tuyo!

 

 

**

 

 

Wiracocha se promène au pays des dieux blancs

 


 

Chaque nuit, un dragon rouge veille sur mon rêve et Wiracocha se promène dans les rues de Madrid. C'est l'été en juillet et le ciel est nuageux.

À des milliers de kilomètres de l'autre côté de l'Atlantique, la voix de mes ancêtres m'interpelle : qu'a fait l'Inca Garcilaso pour guérir de l'agonie de son exil ?

Ma lignée est presque éteinte. Je suis l'un des derniers vestiges d'une grande splendeur. J'ai tout donné pour la littérature et dans mes mots j'ai essayé de lui enseigner la langue de mon sang. J'écris dans la langue de mes colonisateurs, mais mon esprit va au-delà de leurs mots. Je suis un virus dans la grammaire espagnole. Comment exprimer ce que je ressens dans une langue qui n'est pas mienne ?

Je n'ai pas le mal du pays. Mais je suis un étranger sur les terres de Castille. Parfois, j'ai envie de crier ma rage contenue sur sa grand’place. Mais je me tais. J'ai caché ma douleur sous mes lunettes rondes. Mais parfois, je ne peux m'empêcher de cacher mon regard désolé dans le crépuscule.

J'ai la foi que mes paroles servent à quelque chose.

Oh Wiracocha, la mission est difficile, aie pitié de ton fils !

 

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes bilingues

 

Maggy de Coster (extraits traduits de l'espagnol & précédés de la biographie du poète par), « Trois poèmes de Leo Zelada », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10| Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 12 juillet 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/mdc-poemesdeleozelada

 

 

 

 

 

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