Pour citer ce poème illustré & inédit sur la solitude
Mariem Garaali Hadoussa (poème & peinture), « Où vais-je quand je veux être seule ? », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, mis en ligne le 25 Janvier 2024. URL :
(H.M) — Nora Atalla, vous avez souvent évoqué le thème de la double/multiple appartenance culturelle dans votre travail. Pourriez-vous expliquer comment cette dualité a une influence particulière sur votre parcours en tant que femme et votre identité en tant qu’écrivaine ?
(Nora Atalla ou N.A) — J’ai quitté mon lieu de naissance, tandis que j’étais enfant, et j’ai plutôt l’impression que je suis de partout et de nulle part, mais si je dois désigner une culture à laquelle je suis très attachée, ce serait la culture québécoise dans laquelle je me suis épanouie. Il est vrai que j’évoque souvent mes origines quand on me demande d’où je viens, parce que les gens s’y intéressent, mais lorsque la pulsion d’écrire survient en moi, je parle plutôt de nos déracinements, de nos exils, et des injustices dont j’ai été témoin. Il n’y a aucun doute chez moi qu’on écrit avec ce qu’on est, ça ne peut être autrement; nous sommes tous différents, ce qui est fort heureux, sinon, nous écririons la même histoire.
Comment mes multiples origines influencent-elles mon parcours en tant que femme et mon identité en tant qu’écrivaine ?
Mon passé, mon vécu transparaîtront toujours dans mon écriture, que je le veuille ou non. De quelle façon? Je l’ignore. S’il y a manifestation, elle est inconsciente, sauf dans des cas précis, où j’ai voulu mettre en lumière les injustices de certains pays qui encagent les femmes et les enfants dans les traditions et le pouvoir abusifs. Comme dans mon recueil, Hommes de sable, qui parle de l’Égypte. En tant que femme… je n’en ai aucune idée. Grandir au Québec — loin du pays de dictature où je suis née et où les femmes ont peu à dire —, m’a donné accès à une liberté rarement accessible dans plusieurs pays d’Afrique.
(H.M) — La langue est un outil puissant pour l’expression de l’identité ? Comment votre utilisation du français dans vos écrits influence-t-elle votre relation aux cultures gréco-libanaise et égyptienne et à la culture franco-géorgienne ?
(N.A) — Après le français, je peux dire que je maîtrise, dans l’ordre, très bien l’anglais, assez bien l’espagnol pour avoir vécu deux ans au Honduras; et un peu l’arabe égyptien, que je ne sais ni lire ni écrire.
Mes parents voulaient que leurs enfants aient une culture féconde et disaient que connaître plusieurs langues était une richesse. Au préscolaire, j’allais avec ma sœur dans une école allemande qui nous enseignait quatre langues, puis au début du primaire, dans une école française, Notre-Dame de la Délivrande à Héliopolis. Le français est ma langue maternelle, et je lui voue une véritable passion; le français exprime mon identité. Si j’avais grandi entourée des cultures gréco-libanaise ou franco-géorgienne que j’ai héritées de mes parents, elles auraient sûrement influencé ma façon de parler, ma façon d’écrire, jusqu’à ma démarche et ma posture, mais elles ne faisaient pas partie de ma vie; j’avais un peu plus de huit ans quand nous avons quitté l’Égypte.
(H.M) — Votre poésie explore des thèmes universels tout en étant profondément intime. Comment parvenez-vous à trouver cet équilibre entre l’universel et le personnel ?
(N.A) — Quand vient l’inspiration qui me pousse à écrire, c’est ma vision du monde qui prend le dessus. L’intime vient de la mémoire, du passage de l’enfance à l’âge adulte. Il n’y a ni trucs ni astuces. Les images surgissent du passé, souvent de pays de dictature, où j’ai vécu — Égypte, Honduras, République démocratique du Congo (Zaïre), Cameroun, Maroc — ou que j’ai traversés, surtout des pays d’Afrique et d’Amérique latine, une trentaine que je ne peux énumérer, et s’emmêlent au présent. Il n’y a pas de calcul, l’inspiration arrive seule, sans crier gare ; elle ne se justifie pas, ne s’explique pas.
(H.M) — La poésie est souvent considérée comme un moyen d’explorer des émotions et des idées complexes. Comment choisissez-vous les thèmes et les sujets de vos écrits poétiques pour façonner votre œuvre d’une manière unique et inestimable ?
(N.A) — Les thèmes qui me préoccupent sont la vie et la mort, et à travers eux les émotions foisonnent, tout comme les idées complexes sur lesquelles j’ai envie d’apporter un éclairage. À l’intérieur de ces deux thèmes, il existe plusieurs sous-thèmes : le temps, la mémoire et l’enfance; la vieillesse et l’isolement ; le déracinement, l’exil et l’intégration ; l’amour et la haine ; la pauvreté, les injustices et la guerre ; la sujétion des femmes et des enfants; la violation des droits et libertés. Ces sous-thèmes s’imbriquent et forment un tout que je n’arriverais pas à écarter quand même bien je le voudrais.
(H.M) — Y a-t-il des expériences de double ou de multiple appartenance qui vous ont particulièrement inspirée dans ce processus créatif ?
(N.A) — Dans La couleur du sang (roman), mon personnage principal, Hubert Martens, se sent coupé en deux, entre le pays qui l’a vu naître et celui où il a grandi. Cela signifie-t-il que ça traduit chez moi une double ou multiple appartenance? C’est sans doute inconscient… De prime abord, j’avais juste envie d’écrire à propos du Zaïre où j’avais beaucoup aimé vivre, tout en détestant la pauvreté des Zaïrois et les injustices qu’ils subissaient. Dans Une escale à Kingsey Falls (roman), de nombreux personnages sont issus de l’étranger, parce que plusieurs de toutes origines venaient travailler à Cascades et vivre dans ce village où j’habitais. Et dans Traverses (contes et nouvelles), plusieurs viennent aussi d’ailleurs.
J’écris rarement à mon sujet, mais de toute évidence certains de mes livres comportent des personnages et des pensées qui me ressemblent. Du même tenant, « je » est un autre a écrit Rimbaud dans une lettre à Paul Demeny.
(H.M) — Pouvez-vous partager une anecdote ou un moment clé où vous avez ressenti que la poésie avait un impact particulièrement fort sur votre public et votre entourage, en particulier en ce qui concerne la double appartenance ?
(N.A) — Il m’est souvent arrivé de recevoir un courriel de lecteurs qui ont été particulièrement touchés par un recueil, indiquant même les strophes qui les ont marqués. De même, de vive voix dans un salon du livre ou au cours d’un lancement. Après une lecture publique, une conférence sur mon parcours et ma démarche d’écriture, ou encore, un atelier de poésie que j’ai animé, les gens viennent fréquemment vers moi pour discuter et manifester leur émotion sur tel ou tel aspect du recueil. C’est difficile d’être plus précise en plus de 20 ans d’écriture et de si nombreuses rencontres.
(H.M) — Quels conseils donneriez-vous aux écrivains et poètes qui souhaitent explorer les thèmes de l’identité et de l’écriture en français ?
(N.A) — Il est préférable de se fonder sur ce que l’on connaît, sur les expériences qu’on a vécues, les émotions que l’on a soi-même ressenties devant une situation donnée. Certes, on peut toujours imaginer ce qu’on pourrait ressentir après la perte d’un être cher, par exemple, ou alors se mettre dans la peau d’un personnage en exil ou d’une famille de migrants transbahutés, tentant de survivre pour arriver à une hypothétique destination; cela en faisant des recherches et récoltant des témoignages. J’ai publié mon recueil de poèmes Bagnards sans visage (Écrits des Forges) parce que je voulais dénoncer le bagne et l’horreur des conditions de détention que l’on ait été criminel récidiviste ou prisonnier politique largué dans un panier de crabes. Mais je me demande si j’aurais réussi à traduire cette horreur si je n’avais pas passé un mois en Guyane française.
(H.M) — La littérature en général et la poésie en particulier peuvent servir de pont entre différentes cultures et langues. Comment voyez-vous le rôle de la culture en tant que moyen de favoriser la compréhension entre les cultures d’après le dernier projet que vous avez pu mener entre le Canada et le Kenya ?
(N.A) —Absolument, la littérature est en soi un pont d’un continent à l’autre et la culture, l’élément constitutif de l’identité. Sans culture, il n’y aurait pas d’humanité. Quand la littérature réunit toutes origines, à travers des festivals de poésie, par exemple, nous parlons tous une même langue : la poésie. De Québec à Taïwan, du Chili à la Roumanie, du Cameroun au Mexique, du Maroc au Kenya, du Canada au Liban, qu’il s’agisse de français, d’anglais, d’espagnol, ou autre, des poètes issus de la planète témoignent à travers la poésie.
J’ai lancé en 2009 mon projet « Les livres voyageurs ». Cette idée m’était venue, tandis que j'envisageais un voyage en Égypte, ma mission étant non seulement de faire rayonner nos écrivains et poètes hors de nos frontières, mais aussi de donner accès à notre littérature dans des pays où nos livres se rendent peu ou pas du tout. Depuis, quand une occasion de voyager se présente à moi, je lance un appel à contribution auprès des éditeurs et de la collectivité écrivaine québécoise et canadienne francophone. Ainsi, au cours de mes voyages dans tous ces pays, au fil des années, j’ai transporté dans mes valises et en conteneur près de 1075 ouvrages, anthologies et revues de poésie (réunissant environ 1500 auteurs); ils sont désormais sur plusieurs rayons de bibliothèques publiques et universitaires au Moyen-Orient, en Afrique, en Europe et en Amérique latine.
(H. M) — Vous avez collaboré avec d’autres écrivains et artistes de différents continents. Pouvez-vous nous parler de ces collaborations et de ce qu’elles ont apporté à votre travail et à votre personne ?
(N.A) — Grâce aux multiples rencontres que j’ai eu le bonheur de faire sont nées de nombreuses collaborations qui ont mené à ma participation à des festivals internationaux et à des résidences d’artistes où j’ai pu promouvoir mon travail, mais aussi faire de la médiation culturelle, comme animer des ateliers de poésie auprès de divers publics dans des écoles, lycées, bibliothèques et centres communautaires. Mes interventions ont contribué au rayonnement de mon écriture et de mes œuvres dans plusieurs parties du monde et m’ont apporté un éclairage sur la diversité culturelle et sociale qui est intrinsèque à ma démarche d’écriture; elles contribuent à nourrir mon imaginaire et mon écriture et me permettent de continuer d’exploiter des thèmes qui me tiennent à cœur. Le fait que je sois quadrilingue facilite la communication et me permet de créer des liens avec les poètes internationaux.
(H. M) — Les voyages et les résidences d’écriture sont les ailes de l’âme d’une poétesse, lui permettant de s’évader de son quotidien pour explorer de nouveaux horizons, de nouvelles cultures et de nouvelles perspectives. Comment est-ce que les résidences d’écriture ont influencé votre processus créatif en tant que poétesse et comment cela a-t-il enrichi votre travail ?
(N.A) — Il est vrai que partir en résidence à l’étranger occasionne des rencontres pouvant mener à des collaborations, comme la traduction d’un de mes recueils, mais la résidence me permet surtout de m’isoler pour réaliser un projet d’écriture, quand le temps me manque tandis que je reste chez moi, croulant sous le travail et les obligations quotidiennes. Un voyage littéraire, quant à lui, apporte l’inspiration, un vent de fraîcheur et l’oxygène qui alimentent l’écriture. Par exemple, j’ai pu finaliser mon recueil Morts, debout! pendant ma résidence à Chapala (Mexique, 2019), qui a paru en 2020 aux Écrits des Forges.
(H. M) — Quels projets et événements futurs pouvez-vous nous révéler que les amateurs et les passionnés de poésie devraient attendre avec impatience ?
(N.A) — Je travaille à plusieurs projets d’écriture, mais comme vous devez vous en douter, il m’est difficile de me prononcer. Ce que je peux toutefois révéler, c’est que je suis lauréate d’une résidence du Conseil des arts et des lettres du Québec à Paris, en avril, mai et juin 2024, au cours de laquelle je me consacrerai à un recueil en gestation.
(H. M) — Je vous souhaite beaucoup de succès dans vos futurs projets et j’attends avec impatience de découvrir votre travail à venir.
(N.A) — Je vous remercie d’avoir pensé à moi pour cette entrevue !
Extraits poétiques choisis par Nora Atalla
Suite poétique :Le miroir renversé
Extraits parus dansExit, revue de poésie no 94 Édition gaz moutarde, Montréal et réédités ici avec l'aimable autorisation de la poétesse et de la maison d'édition.
Native du Caire, d’origine gréco-libanaise et franco-géorgienne, Nora Atalla vit au Québec depuis l’enfance. Passionnée de voyages, elle a arpenté de nombreux pays cherchant à comprendre le monde et les êtres, s’inspirant de tous ses dépaysements. Ses voyages et son œuvre poétique sont deux thèmes indissociables. Elle s’intéresse à la condition humaine; sa quête se situe dans les abîmes et la lumière, les ouragans et la fragilité des êtres, la fougue et la tendresse, le chaos et l’espérance. C’est le cœur de son travail.
Auteure de neuf recueils de poèmes, d’un recueil de contes et nouvelles et de deux romans, en 2023, elle a été finaliste du Prix Charles-Biddle et lauréate du Prix du CALQ Artiste de l’année dans la Capitale-Nationale et du Prix d’Excellence de l’Institut Canadien de Québec; ainsi que lauréate du Prix international de poésie Annette-Mbaye-d'Erneville 2022 du Festival international de littérature de Dakar pour La révolte des pierres, également finaliste du Prix francophone international 2023 du Festival de poésie de Montréal; elle a reçu plusieurs autres prix et reconnaissances. Ses textes ont paru dans plus d’une cinquantaine d’anthologies et revues littéraires au Québec et à l’étranger, et ont été traduits en plusieurs langues.
Très engagée dans le milieu littéraire, porte-parole de poètes et d’écrivains québécois partout où elle se rend, Nora Atalla a lancé en 2009 son projet « Les livres voyageurs », transportant dans ses valises près de 1075 ouvrages, anthologies et revues de poésie (environ 1500 auteurs) pour les faire rayonner hors des frontières du Québec. Ces livres sont aujourd’hui sur plusieurs rayons de bibliothèques publiques et universitaires au Moyen-Orient et en Afrique, Europe et Amérique latine.
Fondatrice en 2009 de la Nuit de la poésie à Québec, qu’elle anime chaque année depuis, boursière et membre de jurys et comités consultatifs au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et au Conseil des arts du Canada (CAC), elle a été membre du comité d’évaluation du Prix du Gouverneur général en 2019 (poésie). Elle anime des ateliers auprès de jeunes et adultes de toutes origines; elle fait du mentorat auprès des écrivains en émergence. Elle a été poète en résidence au Mexique (CAC) en 2019 et en 2022 au Centre des Récollets à Paris (CALQ). Invitée d’honneur en 2022 par la Maison des étudiants canadiens à Paris, elle a été reçue à nouveau en 2023. Toujours en 2023, elle a remporté la résidence de création croisée en Nouvelle-Aquitaine, de l’Institut Canadien de Québec et de l’Agence culturelle de la Région Nouvelle-Aquitaine à Poitiers et Bordeaux et participé au Marché de la poésie de la place Saint-Sulpice à Paris. Et c’est à nouveau à Paris qu’elle sera en résidence (CALQ) en avril, mai et juin 2024.
Nora Atalla s’emploie à promouvoir la littérature au Québec et à l’étranger. Elle est vice-présidente-Québec du Centre québécois du P.E.N. international, un organisme qui se porte à la défense des écrivains persécutés de par le monde.
BIBLIOGRAPHIE
Poésie
La révolte des pierres, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2022
Morts, debout! Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2020
Bagnards sans visage, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2018
Les ouragans intérieurs, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2014
Hommes de sable, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2013
La gestation de la peur, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2011
Lumière noire, Éditions Cornac, Québec, 2010
Les raidillons de la mémoire, Éditions du Sablier, Québec, 2009
Divagations bohémiennes, Chloé des Lys, Barry (Belgique), 2008
Romans
Une escale à Kingsey Falls, Les Éditions GID, Québec, 2008
La couleur du sang, Les Éditions GID, Québec, 2007
Contes et nouvelles
Traverses, avec Alix Renaud, Les Éditions GID, Québec, 2010
Anthologie et collectifs (poésie et art-poésie)
Mosaïque québécoise, Femmes des Forges, Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2022sous la direction de Nora Atalla et Claudine Bertrand
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Pour citer cet entretien illustré & inédit
Hanen Marouani (texte), « Entretien avec Nora Atalla (poétesse et romancière) », suivi d'extraits poétiques et illustré par trois photographies fournies par l'autrice Nora Atalla, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 23 Janvier 2024. URL :
N° I | HIVER 2024 | Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes / 1er Volet | Dossier mineur | Florilège | Astres & animaux | En avant-première de l'anthologie de la grâce du printemps des poètes féministes
Pour citer ce poème lyrique, élogieux & inédit sur la grâce
Françoise Urban-Menninger, « Les roses d’hiver », poème illustré par le photographe Claude Menninger, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, mis en ligne le 23 Janvier 2024. URL :
Déborah BLANC : « Je suis inconditionnellement amoureuse de la poésie. C’est d’ailleurs le genre littéraire où je peux véritablement me libérer, me livrer et mettre à jour ma grande sensibilité. »
Déborah Blanc est née en Occitanie en 1970. Elle a étudié les langues à l’université de Toulouse avant de préparer le concours de professeure d’anglais du second degré. Elle enseigne dans un collège dans les Pyrénées et parallèlement à son activité, écrit des romans, des nouvelles et de la poésie. En 2014, pour sa première participation à un concours, elle a gagné le second prix de poésie de la ville de Lyon dans la section néo-classique. La résilience été l’espérance sont toujours les fils conducteurs de ses écrits. Elle cherche à susciter des émotions et à amener le lecteur à s’interroger sur des thèmes forts. Elle aime également le faire s’évader dans des univers variés.
BIBLIOGRAPHIE
2020 — La Révélation du Tsunami, récit autobiographique ; indisponible. Bientôt en réédition.
2021 — Le Monde selon Tam-Tam, Fable contemporaine (indisponible, très bientôt en réédition aux éditions Encre de Lune).
2021 — Danse avec La Nuit, 1èreédition, éditions Encre de Lune / 2ème Édition 2023 BoD.
2022 — NECTAR, recueil de poésie, Amazon.
2022 — Les Contes de l’étrange, recueil de Nouvelles Fantastiques, Amazon.
2022 — Rédemption, roman psychologique régional, éditions Encre de Lune.
2023 — Le Clan de la Lune, tome I, éditions Encre de Lune.
Deux participations à des ouvrages collectifs au profit d’associations caritatives.
2022 — Happy or Bloody Valentine, éditions Encre de Lune.
2022 — Animals, éditions Encre de Lune.
ENTRETIEN*
H.M — Bonjour Déborah Blanc, pourriez-vous nous parler de votre expérience en tant qu'autrice évoluant dans un contexte où la langue de votre profession est l'anglais, alors que vous écrivez principalement en français ?
D.B — J’ai toujours été intéressée par les langues vivantes. Je suis très à l’aise. Le français a toujours été une source de curiosité, de nourriture et de facilité. Je n’ai pas choisi de devenir professeur de français parce que je voulais également maîtriser une autre langue et j’étais très attirée par l’anglais. De plus, cela m’apportait une sorte « d’exotisme » car les deux langues ne fonctionnent absolument pas sur le même modèle même si elles ont des racines latines communes. Pour moi, l’anglais reste une langue orale que j’enseigne à des collégiens. Je perçois le français comme une langue écrite avant tout. En tous cas c’est ce qui m’intéresse.
H.M — Comment naviguerez-vous entre ces deux langues, et quelles sont les particularités que vous appréciez dans chacune lors de votre processus d'écriture ?
D.B — Il m’est arrivé d’écrire des textes ou poèmes en anglais. La douceur des sons et les rythmes anglo-saxons s’y prêtent bien. En général, je les lis à haute voix pour justement m’imprégner de cette sensation de douceur. D’ailleurs, j’aime beaucoup les poètes anglais comme Keats. Néanmoins, je ne m’estime pas suffisamment bilingue pour choisir l’anglais comme langue d’écriture de romans. Je suis une technicienne de cette langue mais je ne suis pas anglaise donc je ne peux pas accéder à toutes les subtilités car je réfléchis et je pense « à la française ». De plus, j’aime trop nos grands auteurs classiques (Victor Hugo, Chateaubriand, Zola etc. C’est donc dans ma langue maternelle que je suis le plus à l’aise pour exprimer les émotions et pour les descriptions également.
H.M – Votre engagement envers la cause animale est évident dans vos écrits. Comment cette passion influence-t-elle votre choix de sujets et la manière dont vous abordez les thèmes dans vos livres ?
D.B — Tous mes livres ne parlent pas de cause animale. C’est un sujet qui me préoccupe car il est en adéquation avec mes choix et mes engagements concrets au quotidien. Chaque fois que cela est possible et que cela est pertinent, je glisse une allusion, une remarque, une petite lumière pour éveiller les consciences. Si « Le Monde selon Tam-Tam » est totalement dédié à la cause animale, dans mes autres ouvrages, je la suggère. J’en saupoudre certains passages, j’insère des réflexions sur l’impact de l’homme sur la nature et ses habitants.
H.M — Entre poésie et roman, avez-vous une préférence marquée ? Comment ces deux formes littéraires se complètent-elles dans votre parcours d'écriture ?
D.B — Je suis inconditionnellement amoureuse de la poésie. C’est d’ailleurs le genre littéraire où je peux véritablement me libérer, me livrer et mettre à jour ma grande sensibilité. C’est aussi là que je peux m’engager pour des thèmes forts comme la condition des femmes, l’enfance, l’écologie, la guerre, l’amour. Cela se ressent dans tous mes romans. Les retours de lecteurs font souvent référence à ma « plume poétique » car même en prose, il y a toujours une coloration poétique et métaphorique.
H.M — Pouvez-vous partager le moment clé ou le déclic qui vous a poussée à franchir le pas et à vous lancer dans l'écriture, ainsi que les défis que vous avez rencontrés lors du processus d'édition de vos premiers ouvrages ?
D.B — J’ai toujours écrit, depuis toute petite. Une fois adulte, malgré l’envie de me jeter à l’eau et de terminer un manuscrit pour le soumettre à un éditeur, je n’ai pas eu le courage. Je crois que je n’avais pas assez confiance en moi. Je n’avais pas non plus la maturité nécessaire. C’est lorsque j’ai été atteinte d’un cancer rare qui a abouti sur un handicap physique que l’envie d’écrire est devenue un besoin. Et ce besoin m’a poussée à oser. Le processus d’édition est souvent douloureux. Je ne suis pas commerciale. Le marketing ne m’intéresse pas et pourtant il est primordial pour avoir de la visibilité. J’ai tenté l’auto-édition mais je n’ai pas trouvé les outils et les leviers nécessaires pour que cela porte. L’océan de la littérature est immense. Ma petite barque est restée invisible. Mais je ne me suis pas découragée. Je suis ensuite tombée sur une petite maison d’édition bienveillante mais qui n’a pas le poids nécessaire pour porter les ouvrages de ses auteurs.
H.M — Comment la culture française influence-t-elle votre style d'écriture, en particulier dans des thèmes tels que la poésie et la narration romanesque ?
D.B — La culture française m’influence principalement dans mes écrits poétiques. J’ai grandi à l’ombre des grands romantiques que sont Victor Hugo et Rimbaud. Cette façon unique de parler de l’âme humaine, des tourments du cœur, de la nature m’a toujours profondément émue et émerveillée. Pour la narration romanesque, je citerai encore une fois Victor Hugo qui a une extraordinaire manière de décrire ses personnages, de façon ciselée, presque chirurgicale, tout en y mêlant une intention poétique évidente. Mais je suis aussi influencée par des auteurs étrangers comme le japonais Haruki Murakami qui a été une révélation.
H.M — Pourriez-vous partager votre perspective sur l'importance de la littérature dans la sensibilisation aux questions sociales, notamment celles liées à la cause animale ?
D.B — Les mots ont un pouvoir presqu’aussi puissant que les images. Mêler des questions sociales à une histoire c’est les rendre accessibles et concrètes parce qu’on les intègre dans un espace-temps, au milieu d’une narration où l’on s’attache aux personnages. Alors forcément on est plus à l’écoute, plus sensible parce que l’histoire met en lumière une notion qui pourrait paraître lointaine. Les émotions que l’auteur crée chez le lecteur vont l’amener à s’interroger, à réfléchir et peut-être à se soucier davantage de la cause présentée dans le roman.
H.M — Comment vos expériences personnelles, qu'elles soient liées à la vie quotidienne ou à des événements marquants, se démarquent-elles dans votre écriture, et de quelle manière ces éléments personnels influencent-ils la création de vos personnages et de vos histoires ?
D.B — Tout auteur met de lui-même quand il écrit. Dans certains personnages il y a une part de moi-même, de ma personnalité, de mes goûts, de mes centres d’intérêt. Pour d’autres, je m’inspire de gens que je connais. Parfois je peux me servir d’une situation réelle vécue ou dont j’ai été juste témoin. Le plus souvent, l’histoire sort de ma tête sans lien avec la réalité mais il y aura néanmoins toujours quelque chose connecté à mes expériences ou à des événements particuliers. Je crois que notre chemin de vie impacte forcément notre écriture. Je pense aussi que notre personnalité transparait également dans nos récits romanesques ou poétiques.
H.M — En tant qu'auteure, comment abordez-vous la création de personnages et leur développement, en tenant compte de votre sensibilité envers les animaux et de votre attachement à la nature ?
D.B — Mes personnages principaux sont tous bienveillants. Non seulement ils aiment les animaux et la nature mais ils les respectent. C’est peut-être parce qu’un personnage principal est un peu l’enfant de l’auteur. Il doit forcément lui ressembler. Personnellement, je dois m’identifier à lui pour le faire vivre et avancer dans l’histoire. Cela n’est pas le cas des personnages secondaires qui peuvent très bien ne pas s’embarrasser de ces problèmes. J’aime libérer ma plume en développant des personnages totalement à l’opposé de ce que je suis mais je n’arrive pas à mettre sous les projecteurs un héros qui n’a pas la même sensibilité que moi vis-à-vis de la nature et des animaux.
H.M — Quels conseils donneriez-vous aux écrivains qui cherchent à explorer des thèmes engagés dans leur travail, tout en respectant la beauté de la langue ?
D.B — Quelle que soit la cause défendue, il ne faut pas tomber dans le vulgaire ou le galvaudé. Je pense qu’il ne faut pas forcer le trait au risque de perdre ses lecteurs. Le plaisir d’écrire ne doit pas être supplanté par la nécessité de dénoncer. Pour moi, les mots, leur musicalité, leur agencement, leur poids prévalent sur le thème engagé. Si les mots sont bien choisis, si l’auteur laisse toute latitude à sa plume et à sa créativité, alors il est possible de défendre ce qui nous tient à cœur sans sacrifier la forme au fond.
H.M — Pourriez-vous nous parler de votre expérience avec les éditeurs et de l'exigence particulière qu'implique le processus éditorial lorsqu'on écrit dans une langue qui n'est pas celle de notre profession ?
D.B — Comme je l’ai déjà expliqué, je pense maîtriser parfaitement la langue française, sa syntaxe, son orthographe. Du coup, dans le processus éditorial, le correcteur n’a aucun travail à faire. Je suis très exigeante avec moi-même et je traque la moindre erreur en relisant mon manuscrit de nombreuses fois. Bien-sûr au bout d’un moment on connaît tellement son propre texte que l’on peut laisser passer des verrues littéraires. En résumé, je parle bien mieux et j’écris bien mieux le français que l’anglais. L’amour que j’ai toujours eu pour ma langue maternelle, sa culture et ses grands écrivains légitime mes ouvrages.
H.M — En parlant de vos livres, comment espérez-vous que vos lecteurs réagissent ou ce qu'ils retiennent de vos écrits, notamment en relation avec les thèmes que vous abordez ?
D.B — Mes livres sont très différents les uns des autres car j’aime explorer de nouveaux genres littéraires et je ne me cantonne pas à l’un d’entre eux. Ainsi j’ai écrit un roman jeunesse, un roman psychologique et régional, un roman d’aventures paranormal, un conte philosophique moderne mettant en scène un chat, un recueil de poésies engagées et un recueil de Nouvelles fantastiques. Le récit autobiographique sur ma maladie et mon handicap va être réédité prochainement. Dans tout ceci, il y a des fils conducteurs communs : faire réfléchir, susciter de l’émotion, faire voyager et rêver.
H.M — En cette période festive, comment suggérerez-vous aux lecteurs de découvrir et partager vos œuvres littéraires, tout en les invitant à plonger dans des univers chaleureux et inspirants, propices à la magie des fêtes de Noël ?
D.B — Tous mes ouvrages ont une veine poétique et sensible. J’aime le fantastique et on y trouve aussi beaucoup d’éléments qui correspondent bien à la magie de noël. Par exemple, mon roman jeunesse « Le Clan de la Lune » emmène les ados dans les régions sauvages au milieu d’une meute de loups pas comme les autres où une louve chamane, guidée par la déesse Lune, guide son peuple. Mon roman psychologique régional « Rédemption » est une ode à la vie et à l’amour. Ce message positif et inspirant est tout à fait adapté à cette saison lumineuse de Noël.
*Cette entrevue reçue en décembre dernier aurait pu paraître dans le premier volet des « Poétiques automnales », malheureusement, la rédaction de cette revue n'a pas eu la possibilité de la publier avant aujourd'hui (à cause d'un problème technique d'affichage — du texte et des images — et présente ses sincères excuses aux autrices/auteures pour cet incident)
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Pour citer cet écoentretien illustré & inédit
Hanen Marouani, « Entretien avec Déborah Blanc (écrivaine et poétesse) », photographies fournies par l'autrice Déborah Blanc, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, mis en ligne le 18 Janvier 2024. URL :
Pour citer ces photographie & poème inédits sur la nature
Déborah Blanc (poème & image), « Consolation», Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :N° I | HIVER 2024 | « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet, mis en ligne le 16 Janvier 2024. URL :
APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.
L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.
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IMPORTANT ! LA RÉDACTION REPORTE SON THÈME ENTREPRIS AUTOUR DES SORCIÈRES À UNE DATE ULTÉRIEURE ET LE REMPLACE PAR LE DOSSIER CARTE BLANCHE SUR LES BOUQUETS CHEZ LES CRÉATRICES EN POÉSIE ET ARTS. L’ASSOCIATION SIÉFÉGP SOUHAITE LA BIENVENUE À SA NOUVELLE...