Sarah Mostrel (Poème & photographie), « À l’eau de rose », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet,mis en ligne le 30 juin 2024. URL :
La commission littéraire de l’Académie rhénane vient de remettre son prix littéraire à Emma Doude Van Troostwijk pour son premier roman Ceux qui appartiennent au jour publié par les prestigieuses éditions de Minuit.
Ce qui a retenu d’emblée l’attention du jury, c’est la lumière qui émane de ce livre où en peu de mots, l’autrice qui n’a que 25 ans fait entrer le lecteur dans cette intériorité vertigineuse de l’âme pour nous en offrir la pleine clarté.
Mais avant d’aborder plus avant, le roman d’Emma, voici quelques indications concernant son parcours. L’autrice est non seulement titulaire d’un master de création littéraire obtenu à l’Université du Havre mais également d’un diplôme national supérieur d’expression plastique obtenu toujours au Havre à l’école supérieure d’art et design.
Voilà pour son cursus universitaire où littérature et art plastique ont certainement partie liée dans l’écriture épurée de ce premier roman dont la poésie de l’intime s’inscrit dans le quotidien d’une vie simple qui s’apparente à « une nature morte » pour ce qui concerne la langue française mais plutôt à « une vie silencieuse » comme se plaît à le préciser Emma quand elle se réfère au néerlandais…
C’est ainsi qu’une petite musique d’âme va égrener ses notes silencieuses et lumineuses au fil des pages de ce livre pour nous inviter à partager un mois d’été où la narratrice « retourne à la maison » qui n’est autre que le presbytère situé à Gunsbach dans la vallée de Munster où sa mère, Alexandra Breukink, a été pasteure. On y retrouve toute la famille, ses parents, grands-parents, son frère Nicolaas, tous néerlandais, tous pasteurs ou sur le point de l’être comme son frère.
Dans un univers minimaliste, loin des rumeurs de la ville, nous prêtons l’oreille et le coeur à ces riens qui font et défont chacun des personnages de ce livre que nous avons vite fait d’adopter car ils nous deviennent proches et familiers jusque dans leur vulnérabilité qui nous renvoie à la nôtre. Si le père, victime d’un burn out, perd la mémoire, Opa le grand-père, atteint de la maladie d’Alzheimer, l’a définitivement perdue, quant au fils, il se perd dans ses questionnements concernant sa vocation de pasteur.
« La vraie question est de savoir si Dieu croit encore en nous » se demande Nicolaas. Cette manière de retourner le questionnement interroge subtilement le lecteur qui n’est pas sans songer au pari pascalien...Mais Emma possède l’art d’aborder, sans en avoir l’air, les questions existentielles qui ont partie liée avec son monde intérieur mais aussi avec le nôtre. Elle nous adresse des signes à peine perceptibles mais bien tangibles en jouant avec l’écart entre la langue française et néerlandaise.
Ainsi, elle nous apprend que lorsque le français dit qu’ « un ange passe », le néerlandais traduit cette expression par « un pasteur se promène ». Quand le français dit un « pense-bête », le néerlandais parle « d’appui-tête ». Ces expressions
qui ne sont pas des digressions en disent bien plus long que de grands discours, elles nous renvoient à ce qui se trame sous les mots, à savoir cet inconscient collectif qui habite notre langue. N’oublions pas que pour Albert Camus, Aimé Césaire et bien d’autres auteurs, notre vraie patrie, c’est notre langue, elle nous habite et nous l’habitons, c’est notre première maison. C’est par le biais de l’une de ces expressions que l’autrice va nous offrir la clé de son roman lorsqu’elle nous confie qu’en français, on dit « ils ne tiennent qu’à un fil » et qu’en néerlandais on dit « ils appartiennent au jour », d’où le titre de son roman.
Appartenir au jour, c’est entrer dans cette pleine lumière qui fait danser les mots mais aussi les âmes dans une poésie où les femmes, Oma, la grand-mère, Mama, la mère, la narratrice, la mettent au monde. Dans la maison entourée d’un jardin, Emma déroule le fil des souvenirs radieux pour retisser la mémoire de ceux qui l’ont perdue. En français « ils perdent la tête », en néerlandais « ils perdent le chemin », note-t-elle.
Et son père de perdre à la fois la tête et le chemin quand au milieu d’un repas, on l’entend prononcer cette petite phrase « Je veux mourir ». « Les trois petits mots tombent des lèvres de mon père », écrit Emma, puis comme si de rien n’était le père reprend pied dans la réalité et l’autrice de poursuivre « Papa pose la fourchette sur le bord de son assiette, dirige ses bras vers le dessus de la table, saisit la serviette brodée à ses initiales et s’essuie le visage ».
Si la mort plane sur ce roman comme sur chacun d’entre nous, elle fait partie du quotidien, elle appartient au jour car elle fait partie de la vie, Emma écrit à propos de son grand-père « le regard ainsi disparu, le visage sans ornement, je peux imaginer très précisément à quoi ressemblera Opa une fois mort ». Cette présence de la mort s’incarne dans le cadeau que Mama fait à Nicolaas en lui offrant le livre de Delphine Horviller « Vivre avec les morts ». Il ne s’agit pas de se résigner mais de mettre comme le stoïcien Epictète sa volonté en adéquation avec celle du monde « Veuille que les choses arrivent comme elles arrivent et tu seras heureux », déclarait le philosophe.
Quant à la lumière qui émane de ce livre et qui l’éclaire tout au long de sa lecture, elle naît d’un charme qui confine parfois à une délicieuse loufoquerie dans certains dialogues comme celui où le grand-père qui va nourrir 4 poules précise avec le plus grand sérieux« c’est beaucoup de travail pour 4 poules ! » Les phrases courtes rythment, le quotidien : « Il réfléchit », « Il s’assoupit », « Je ferme les yeux », elles ponctuent telles des notes blanches, cette musique indicible qui se joue entre les lignes et sous les mots.
Nul doute que les éditions de Minuit, réputées exigeantes dans leurs choix, ne se sont pas trompées en publiant ce roman que l’on se plaît à lire et à relire pour prolonger en soi la musicalité d’une voix unique, celle d’Emma van Troostwijk.
Françoise Urban-Menninger, « Emma Doude van Troostwijk, lauréate du prix littéraire 2024 de l’Académie rhénane », photographies par Claude Menninger, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet,mis en ligne le 20 juin 2024. URL :
La figure de Run, une femme d’un âge indéfini, qui a disparu dans le ventre de l’océan, immerge ce roman dans les remous d’une villa « bringuebalante » où un groupe de femmes filent, au sens propre mais aussi au sens figuré, le temps qui passe, les fait et les défait.
Au fil de ce roman, des écheveaux de vies s’entrelacent, se dénouent, se renouent, proposant plusieurs lectures... Nina qui travaille dans l’humanitaire n’arrive pas à croire à la mort de Paul, son compagnon. En déshérence, elle finit par échouer, par un hasard qui fait plutôt bien les choses, dans cette maison bercée par le flux et reflux de l’océan, en acceptant d’être responsable de Clara, une adolescente rebelle qui se cherche parmi les ombres fantomatiques qui hantent et traversent cet ouvrage. Nina deviendra le chaînon essentiel de ce groupe de fileuses en remaillant les liens distendus par l’absence de Run qui en avait été l’initiatrice.
Ce qui est merveilleux dans ce livre, c’est la philosophie que prône Myette Ronday et qui se résume en cette possibilité de changer sa destinée. L’une des clés de ce roman se trouve dans l’explication que donne Nina à propos de la pensée nordique qui « nourrissait l’idée que le Destin n’est pas irrévocable et qu’il peut être modifié par la manière dont les humains accueillent et gèrent le présent. » Autrement dit, rien n’est jamais définitivement joué et tous les personnages de tirer les fils de leur imaginaire « pour se construire au-delà de ce que la société programme pour nous », conclura Run dont la pensée transcende son corps métamorphosé en phoque pour s’incarner dans le texte. Run, absente, reste plus que jamais présente, elle veille, se dévoile dans les phrases en italique qui renvoient aux réflexions que se fait Nina en brisant le miroir des apparences.
L’autrice habite tous ses personnages, elle nage avec eux entre les lignes des pages de ce roman telle Run ondulant entre les vagues, son écriture envoûtante agit tel un charme qui brouille les frontières entre le rêve et la réalité. Nous plongeons dans ce roman, happés telle Yasmine qui avoue avoir disparu dans un livre comme sa mère l’avait prédit « J’ai effectivement disparu à mon insu dans un de ces livres que je parcourais sans vraiment les lire. » Ainsi la magnificence de l’écriture, empreinte d’un humour subtil, nous octroie-t-elle une nouvelle clé qui nous invite à filer de splendides métaphores telles les filandières qui choisissent la couleur des plaids « au fil des saisons ».
Et c’est dans « ce lieu intemporel » que naît la poésie luminescente de Myette Ronday, c’est dans « ce lieu perdu » comme le qualifie Yves Bonnefoy que l’autrice appréhende cette voix lointaine, celle de la perte et de l’absence mais qui continue à croître en elle. Le cercle des fileuses est un lieu de paroles qui interroge le sens même de notre existence. Nul doute que Myette Ronday en appréhendant la beauté mourante du monde nous en aura délivré la part belle qui n’a de cesse de faire danser notre âme dans la lumière au diapason de cette petite musique qui fait tourner la terre sur son axe de rêverie éveillée.
Françoise Urban-Menninger, « Un hiver fertile, roman de Myette Ronday, paru aux Éditions Complicités », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 24 mai 2024. URL : http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/fum-hiverfertiledemyetteronday
« C’est un drôle de film », dit une spectatrice en sortant de la salle. C’est le jour de la sortie en salles du second long métrage de Sonia Kronlund, créatrice de l’émission de France Culture « Les Pieds sur terre ».
Le thème n’est pas drôle du tout puisqu’il s’agit du respect de nous-même au temps du numérique. La bande annonce montre que chaque individu « mondialisé » peut mettre sa tête dans un œuf blanc qui correspond à un corps et à un costumes différents. L’homme « tout monde », et le culte de la performance...
Le fil conducteur est d’une banalité crasse : un homme vole, arnaque et profite de plusieurs femmes à la fois. Sonia Kronlund leur donne la parole. Et c’est là que son talent opère : une psychologue s’est laissée abusée, et se montre même satisfaite de son état amoureux, une autre victime parle de son sentiment maternel pour celui qui se fait passer pour un chirurgien et travaille dur. En un mot, chaque femme-témoin montre une facette de l’amour féminin.
Montrer et révéler. Ces victimes vivent à Paris. Puis y a un zeste de Pologne, et l’échappée au Brésil qui pourrait montrer la lumière montre que toute cette vie est fanée. Retour ? Non. Vision planétaire ? Oui. Près de la mégapole brésilienne de São Paulo, l’immeuble style « cage à lapins » complète l’indifférenciation, les mille visages, l’irrespect de la Nature à l’ère nouvelle du numérique. Deux Français, un homme et une jeune femme guettent dans une voiture la sortie de l’escroc. Amusant que ce soit la semaine où des réfugiés tibétains à Tours ont écrit au Président de la République, M. Macron, que le rouleau compresseur chinois vole leur pays mais pas leur âme !
La touche sublime de Sonia Kronlund, est dans la mise en scène des paradoxes. Elle donne à voir son grand théâtre intérieur. La révélation du bellâtre, Don Juan de caniveau se matérialise comme une image photographique qui apparaît lentement dans une cuvette pleine de révélateur… La pratique du documentaire rejoint la plus haute poésie comme dans les films d’Agnès Varda*. Le trait de génie est de fixer-filmer l’image mouvante du faussaire : le « coco ».
Quel message d’espoir ! le mal aux myriades d’identités est enfin reconnu, jugé et puni par une contre-justice nécessaire pour ne pas sombrer dans le totalitarisme.
Ce film élabore une nouvelle forme de procès, plus sensible, plus humaine que notre moderne (in)justice. Par la patience, la lenteur, l’œuvre filmique devient le châtiment, une punition du mal et la révélation frise l’émerveillement.
Quand Sonia Kronlund est derrière et devant la caméra, c’est si limpide que l’on s’y noie en essayant de comprendre l’incompréhensible, la vanité, la perversité et la folie de l’homme.
Camillæ (Camille Aubaude), « L'Homme Aux Mille Visages, un film de Sonia Kronlund », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 18 mai 2024. URL :
Poète, essayiste, traductrice & directrice de la collection
« Accent tonique » aux éditions l’Harmattan
Crédit photo : Louise Ward (1849–1930 alias Louise Dubréau : son pseudonyme), « Printemps », peinture de 1882, domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du site Commons.
VIVRE au bout de tes pas
Dans ton regard d’avril
tout près de la lumière
Là-bas.
Flux de fleurs dans la main
Entre les lignes de l’avenir
Caresse l’instant d’équilibre dans nos histoires
Hors l’amour
Perchées sur les sentiments
Des créatures à tire-d’aile viennent frôler le présent.
L’imparfait accroche un proverbe fatigué
Où martèlent des tambours nègres
chasse gardée des cultures !
on ne se rencontre pas
La liturgie spontanée des doigts
Les Parques filent l’instant des regards
Une éternité passe en nuages rétrécis
Le présent de l’amour file,
avec ses anciens mots de soleil
Étoile indienne de la tribu
le cuivre rare des mains simples
cantiques solaires de l’espoir
Vérités, bouches, larmes, faims
Hors saison des hontes
Autant de ruées
dans la vigueur des résistances
Toujours à la face des bourreaux
Surgit le pays
Au cœur des mots des chants mémorables
Bâtir avec la patience et l'humilité de la feuille
le temps d'un bond
Où l’amour féconde mille visages
Sur mes lèvres, le plus noir sommeil
ton souffle
ta voix d'aurore touche la femme
Au creux de tes paumes
ma terreur écolière
ses joies, ses silences d'aube.
Puis je brûle les herbes malades de l'errance
j’arrache les pierres fiévreuses
dans mes champs de caillasses
je sème les graines solaires
au cœur de l'été je fauche
le sillon
nos aventures torrides et tendres
le sexe hanté de la même jouissance de naître
Je brûle les étapes
j’incendie les comètes
Je hurle aux instants de semence
La joie vaste des aubes solaires
Danse !
***
Pour citer ce poème printanier & inédit
Nicole Barrière, « Poème de printemps », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER-PRINTEMPS 2024 | NO I « Seules, seulettes : des poésies de nos solitudes », 1er Volet,mis en ligne le 30 avril 2024. URL :
La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).
L’association SIÉFÉGP publiera en septembre 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.
SIÉFÉGP, JUIN 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.
N° III ÉTÉ 2026 | NUMÉRO SPÉCIAL « MÉTAPOÉSIE AU FÉMININ », 1ER VOLET | Critique & réception Irène Shraer, « Vertige du réel », nouvelles aux éditions Unicité, 2026, 141 p. 14€ Article par Maggy de Coster Site personnel Le Manoir Des Poètes
Il s’agit...
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