30 avril 2023 7 30 /04 /avril /2023 18:43

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2023 | Entretiens poétiques, artistiques & féministes |Revue culturelle d'Orient & d'Afrique & REVUE ORIENTALES (O) | N° 2-1 | Dossier

 

 

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Fatma Bouvet de la Maisonneuve : 

 

“Le féminisme est pour moi un élément

 

inséparable du combat pour

 

les droits humains.”

 


 

 

 

 

 

Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

 

 

Entrevue avec

 

 

Fatma Bouvet de la Maisonneuve

 

Psychiatre, psychothérapeute & écrivaine franco-tunisienne

 

Site officiel :

fatmabouvet.com

 

 

 

 

 

© Crédit photo :  Portrait photographique de Dr. Fatma Bouvet de la Maisonneuve.

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Profession : Médecin psychiatre psychothérapeute

Site Internet, Blog :

fatmabouvet.com fbdlm, Paroles_Magh_Fr  

 

 

BIOGRAPHIE 

 

Elle est psychiatre, psychothérapeute et écrivaine franco-tunisienne. Elle exerce à Paris. 

 

Mandats :

– Elue municipale  de 2008 à 2014, à Montrouge (92)
– Ancien membre CESE jusqu’en 2019 (2 mandats) 

– Membre du conseil scientifique du 1er congrès de psychiatrie francophone : l’Encéphale qui se tient chaque année en Janvier  à Paris.  

– Ancienne administratrice du Club XXIe siècle 

– Membre du Parlement des Écrivaines Francophones 

 
Distinctions :

 

Prix de la Réussite au Féminin par l'association France-Euro-méditerranée en partenariat avec le Quai d’Orsay en 2011 ;

Trophée 2019  1e Médecin Tunisien dans le monde (Association Tounsi du Monde) ;

Chevalier de la Légion d’honneur (2016).

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Publications personnelles : 

L’odeur d’un homme, roman, Éditions Au Pont 9 ;

L’île aux mères, roman,  Éditions Au Pont 9 ;

Les femmes face à l’alcool, Résister et s’en sortir, essai, Éditions Odile Jacob ;

Le Choix des femmes, essai, Éditions Odile Jacob ;

Enfants et parents en souffrance. Dyslexie, anxiété scolaire, maladies somatiques…, essai, Éditions Odile Jacob ;

Une Arabe en France. Une vie au delà des préjugés, essai, Éditions Odile Jacob.

 

Publications collectives :

 

Secrets de psy (Éditions Odile Jacob) ;

Pouvoir(e)s (Éditions Eyrolles) ;

Alcool et troubles mentaux (Éditions Masson) ;

D’ailleurs et d’Ici (Philippe Rey) ;

Les psy se confient : Pour vous aider à trouver l’équilbre intérieur (Éditions Odile Jacob) ;

Les apparences dépouillées (Hervé Chopin).

 

Chroniques : 

Ex chroniqueuse : Psychologie Magazine et La Croix.

 

 

ENTRETIEN

 

 

© Crédit photo :  Première de ouverture illustrée du roman « L’odeur d’un homme »  de la romancière Fatma Bouvet de la Maisonneuve aux Éditions Au Pont 9.

 

 

 

H.M – « L’odeur d’un homme » offre un panorama de réactions et de positions vis-à-vis de la révolution tunisienne à partir de la littérature romanesque. Peut-on dire que les écarts entre les deux périodes pré-révolutionnaire et post-révolutionnaire et qui se ressentent visiblement dans votre œuvre sont à l’origine de l’écriture de votre nouveau livre ? 

 

F.B.D.L.M – La révolution a permis au monde entier mais avant tout aux Tunisiens de mieux réfléchir sur eux-mêmes : leurs choix de vie, leurs identités, leurs contradictions, leurs forces, leurs fragilités. Alors, oui, il y a incontestablement un avant et un après la Révolution de la Dignité. D’une certaine façon, tout ce qui allait de soi ou dont nous négligions la complexité et qui, comme je l’ai ressenti s’est exprimé après la révolution, m’a intéressée pour écrire ce roman. 


 

H.M – Vous consacrez des passages très pertinents pour donner une représentation de « l’étrangère chez soi » affirmant ainsi le dépassement du premier sens de l’expression en soulignant que la présence de l’autre pourrait être infernale comme disait Jean Paul Sartre et en faisant même un clin d’œil à « Une chambre à soi » de Virginia Woolf. Pourriez-vous nous analyser encore plus ce point ? 

 

F.B.D.L.M – Je suis honorée par ces références. L’enfer ce sont les autres à travers ce qu’était Inès, ou ce qu’elle est et qu’elle refuse de reconnaître. Autrement dit, l’enfer ici, c’est elle-même puisqu’elle est face à elle-même. Cet homme, Youssef  et les autres personnages sont la Tunisie moderne, la terre de ses parents et de ses ancêtres. Leur rencontre lui a permis de retrouver ses sens qu’elle a camouflés en s’anesthésiant. D’ailleurs, nous ne savons pas trop pourquoi Inès est devenue à ce point insensible. Il s’agit là d’écrire la rencontre la plus complexe que l’on puisse vivre dans une vie. C’est la rencontre avec son authenticité. Je ne voudrais pas dévoiler certains éléments très métaphoriques dans le livre qui font mention à cette notion. 


 

H.M – Serait-il possible voire logique de tisser un lien entre le voyage gustatif de Marcel Proust et le voyage olfactif de Fatma Bouvet de la Maisonneuve ?


 

F.B.D.L.M – Effectivement, il existe toujours quelque chose qui nous rappelle les temps insouciants (pour les chanceux) de notre enfance. Dans mon premier roman L’île aux mères, j’ai voulu travailler sur la sensualité du visible : les couleurs et les formes. Dans L’odeur d’un homme, j’ai voulu développer la sensualité olfactive que j’ai trouvée bien difficile à écrire, et pourtant elle est très développée chez moi.  J’ai souhaité également faire découvrir une odeur que tous les méditerranéens connaissent sans savoir ce qu’elle est vraiment : celle du myrte dont la signification mythologique développée dans le roman correspond à une quête. Dès le début du roman, en sentant cette odeur que l’héroïne reconnait, elle retourne en enfance, jusqu’à la revivre d’une certaine manière. 


 

H.M – Mettons l’accent sur votre méthode d’analyse. Nous relevons plusieurs motifs d’analyse sociologiques et psychologiques. Il y a également les traces d’un vécu autobiographique et des témoignages ; ce qui transforme les textes en documents grâce à une technique d’énonciation qui varie les discours, les personnages, les voix et les plans d’énonciation. Cette méthode permettra-t-elle d’avoir une série d’images, de concepts, de révélations authentiques et objectifs des femmes et des sociétés pour pouvoir les traiter par la suite comme problématiques majeures liées aux relations et modes de pouvoir dans la société en question ? 

 

F.B.D.L.M – Il est vrai que j’observe beaucoup les autres, est-ce cette nature qui m’a poussée à être psychiatre ou est-ce parce que je suis psychiatre que j’observe beaucoup les autres ? J’ai donc retenu depuis toutes ces années des scènes que j’ai reproduites mais que je propose dans le roman dans des décors différents tout en préservant le message que j’en ai retenu. Il existe toujours des lieux intéressants, outre le cabinet de psychothérapeute, pour observer les évolutions de la société, les rapports de forces entre les individus ou les clans, ainsi que les contradictions et le déchirement intérieur. J’ai surtout souhaité avec cet ouvrage et à travers ces observations sortir des clichés que les occidentaux ont l’habitude de lire au sujet des pays du Maghreb, décentrer le regard, fuir l’orientalisme et le misérabilisme. Ceux qui s’attendent à lire une histoire de mariage forcé ou de violences faites aux femmes, etc, ne trouveront rien de cela dans mon roman. J’aime montrer une Tunisie moderne, instruite, qui a réalisé l’impensable, qui a probablement été à l’origine d’un changement de repères total dans le paysage politique de la région et peut-être même du monde. Je considère que cette révolution est sous-estimée dans les bouleversements qu’elle a provoqués dans le monde.  Je tente de raconter dans L’odeur d’un homme, ce qu’elle a remué chez les Tunisiens-mêmes.  J’y évoque les questions du régionalisme, des transfuges de classe, de l’amour, des traditions, du rapport à l’occident etc. 


 

 

 

 

 

 

 

© Crédit photo :  Première de ouverture de l'essai « Une Arabe en France. Une vie au delà des préjugés » par l'essayiste Fatma Bouvet de la Maisonneuve aux Éditions Odile Jacob.

 

 

 

H.M – Fatma Bouvet de la Maisonneuve, comment êtes-vous arrivée à l’écriture à partir de la médecine et plus précisément de la psychiatrie ? Quel a été l’élément déclencheur voire le déclic qui vous a mis sur les bancs de la littérature comme façon d’agir ?

 

F.B.D.L.M – Avant d’écrire des fictions, j’ai écrit quatre essais autour de mon travail de médecin psychiatre et psychothérapeute, édités aux éditions Odile Jacob. Beaucoup, en lisant le dernier, Une Arabe en France, qui traite des conséquences psychiques du vécu en minorité de part et d’autre de la méditerranée, m’ont encouragée à écrire de la fiction, et cela a rejoint un rêve (j’ai toujours beaucoup lu et admiré les romanciers) et cette incitation m’a permis de raconter des histoires. J’entends tellement d’histoires dans mon cabinet qui font appel à tant de situations universellement partagées que j’ai toujours eu envie de les raconter. J’ai dans ma besace encore beaucoup de choses à écrire, mais je les radoucirai car la réalité est toujours pire que la fiction et je ne souhaite pas effrayer mes lecteurs mais les pousser à réfléchir autour des sujets qui me préoccupent. 


 

 

H.M – Au niveau des titres des chapitres, vous avez choisi l’anglais et l'arabe et vous faites allusion dès le premier chapitre à la chanson « Yes we can » = « Oui, nous pouvons » qui avait inspiré le discours de Barack Obama et avait marqué la campagne présidentielle américaine en 2008, en affirmant qu’il s’agit d’un simple credo très condensé qui résume l’esprit d’un peuple et la vision optimiste de l’avenir d’un pays. En quelques mots courts et simples, parvenez-vous à toucher du doigt une projection d’une réalité tunisienne optimiste et prometteuse en ces temps de crise sociale et économique après plus de dix ans de la « Révolution du Jasmin » ?

 

F.B.D.L.M – Je dois avouer que je suis pour la première fois très très préoccupée par la période que la Tunisie vit actuellement. Elle est critique à la fois sur le plan politique social et économique, mais aussi sur le plan intellectuel : quelle société pour le pays, comment et avec qui comme leader (homme ou femme) ?  Tout le monde n’a que cette question en tête. Il s’agit d’une question profonde puisqu’elle fait appel à des aspirations individuelles comme aux collectives. Jusque-là, je ne doutais absolument pas de la capacité de ce pays à se relever car il s’agit d’un peuple qui a toujours traversé les crises grâce aux consensus (il n’y a jamais eu de guerres civiles en Tunisie) et malgré la rudesse de la situation, je ne pense pas qu’il y en aura une. La jeunesse y est extrêmement active et créative, tout du moins celle qui reste. Mais la faim et la précarité augmentent bel et bien dans le pays et cela m’attriste mais atteint quelque peu mon optimisme. J’aurais vraiment souhaité répondre autrement…


 

 

H.M – You say you want a revolution est le slogan de votre deuxième chapitre. On sent la présence d’une cicatrice…mais très parlante sur le plan intellectuel, culturel, psychique, émotif. Est-ce bien tout cela qui participe à la construction de l’identité de l’écriture de Fatma Bouvet de la Maisonneuve ? 

 

F.B.D.L.M – J’aime beaucoup votre question. Je pense que lorsque l’on a les possibilités de changer les choses afin de les rendre plus justes, chacun à son niveau doit agir. Personnellement, je ne conçois pas mon passage sur cette terre comme un passage passif. Non pas que je me sente dotée d’une mission, mais j’exerce un métier où ma matière est celle de l’humain au sens le plus brut du terme et je sais que les dysfonctionnements font souffrir des êtres humains, nos semblables. Alors, j’essaie de ne manquer aucune occasion de souligner ce qui fait mal et ce qui est mal fait, à mon sens. Cette révolution en Tunisie, nous la voulions, mais nous étions à mille lieux de penser qu’elle ait lieu, seulement impossible n’est pas tunisien. Nous l’avons faite. J’ai connu les dictatures de Bourguiba et de Ben Ali, et je sais l’oppression que l’on ressent sous une dictature. Un souffle de liberté était bien présent en 2011, mais s’en sont est suivies des séquences tragiques, comme les assassinats de figures politiques de gauche qui participaient au débat collectif, puis des successions de dirigeants qui n’ont pas su redresser le pays. Tous s’attendaient à de la politique autrement, mais nous avons singé les autres démocraties qui vivent elles aussi une défiance de la part de leurs administrés. Bref, nous apprenons qu’une révolution met du temps à aboutir, il faut donc être patients, même si l’on est très déçus.  


 

H.M – Vous vous êtes engagée dans le combat féministe depuis des années. Quelle fut votre rencontre avec le féminisme ? 

 

F.B.D.L.M – J’ai grandi dans une famille très politisée et très gauche et le féminisme faisait partie du logiciel de notre éducation. Le féminisme est pour moi un élément inséparable du combat pour les droits humains. À mon sens, il n’est efficace que s’il est porté par les femmes et nos compagnons hommes. Nous ne pourrons jamais arriver à la parité sans impliquer les hommes dans la réflexion. 



 

H.M – Pensez-vous que le changement d’un régime politique est une action féministe et encore plus féminine dans la fiction que dans la réalité ? 

 

F.B.D.L.M – Je pense, et je ne suis pas la seule, que le pouls d’un pays se mesure à l’accès de ses femmes à l’éducation et à la santé. Je pense également que de par leur statut d’individus ayant constamment à franchir des obstacles et ayant pour habitudes d’être multitâches, les femmes sont plus visionnaires que les hommes. Dans un contexte de changement politique, ce sont toujours les femmes qui risquent de perdre plus que les hommes. S’il n’y avait eu la mobilisation de la société civile féministe lors de la rédaction de la constitution d’après la constituante, les femmes seraient défavorisées, d’ailleurs elles se sont penchées sur tous les autres problèmes de discriminations. L’espérance de vie des femmes étant plus importante que celle des hommes, les électrices sont plus nombreuses que les électeurs mais les dirigeants n’en prennent pas encore conscience. Donc je crois que les responsables politiques actuels ont tort de si peu considérer les femmes dans leurs programmes. Un jour très prochain, cela changera. En attendant, les nombreuses séries télévisées qui représentent des femmes au pouvoir vont donner l’habitude de voir des figures féminines aux commandes c’est certain. Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui, même si dans la réalité, des femmes très courageuses dans le monde se jettent dans l’arène du machisme politique bien cruel, je l’ai expérimenté !   


 

H.M – Comment portez-vous la voix de la Tunisie d’aujourd'hui avec toute la complexité de son actualité et avec votre posture binationale ? 

 

F.B.D.L.M – Tout ce qui se passe en Tunisie me touche et me concerne au plus haut point. J’essaye d’en parler comme d’un pays en pleine ébullition, à l’image de l’Afrique entière. Une de mes préoccupations est de défaire les idées reçues, quelles qu’elles soient. Je profite donc de ce confort de connaître deux cultures pour défaire les clichés de part et d’autre de la méditerranée. Ma proximité avec l’imaginaire Français et celui du sud de la méditerranée me montre à quel point sans dialogue, les uns et les autres construisent des idées fausses au sujet les uns des autres. Je détricote sans cesse les préjugés. 


 

H.M– Vos références les plus fréquentes sont des personnalités politiques comme Barack Obama, Jacques Chirac… et même issues de la culture américaine sans oublier de signaler que le registre politique domine votre roman. Pourquoi ces choix énonciatifs et quel message avez-vous voulu transmettre ? 

 

F.B.D.L.M – La référence à Chirac se fait dans un contexte cynique, à l’image d’Inès, l’héroïne, au début du livre.  Celle faite à Obama, moins. Le point de départ du roman est la révolution tunisienne, mais en réalité il s’agit d’une révolution intérieure. Je dirais que la révolution a été un prétexte pour moi de parler du lien que l’on a avec son pays d’origine : l’enfance, de parler des désirs d’une femme, de l’authenticité et de montrer la sensualité de ce pays. Je trouve que la Tunisie est un pays sensuel. 


 

H.M – Le personnage féminin principal s’appelle « Inès ». Inès et Fatma sont-elles superposables et quelles sont leur référence majeure ?

 

F.B.D.L.M – Ce qui est le plus difficile et parfois même douloureux dans la fiction c’est de créer des personnages. Autant dans L’île aux mères, dont l’héroïne est Ève, que dans L’odeur d’un homme, où un des personnages principaux est Inès, j’ai choisi de rentrer dans la peau de personnes qui étaient à l’opposé de ce que je suis. C’est formidable comme voyage imaginaire, mais très difficile à transcrire et pourtant je passe ma vie à rentrer dans la tête des autres. Nous ne sommes donc absolument pas superposables, mais nous nous sommes retrouvées dans les mêmes situations sociales.


 

H.M – Êtes-vous comme Inès qui trouve « les Tunisiens hypocrites, faux jetons et roublards (…) en affirmant même qu’il s’agit bel et bien des « qualificatifs qui les unissent où qu’ils soient » ? 

 

F.B.D.L.M – Oh non, pas du tout ! Et je m’érige constamment contre ces qualificatifs et ces généralisations à l’emporte-pièce. Absolument pas ! Je vois pas mal d’hypocrites et de roublards de toutes les nationalités. Mais je voulais mettre en scène là, la détestation de soi des gens du sud, qui est un sujet important dans ma réflexion. 


 

 

© Crédit photo :  Première de ouverture illustrée du roman « L'île aux mères » par la romancière Fatma Bouvet de la Maisonneuve aux Éditions Au Pont 9.
 

 

 

 

H.M – Il y a aussi le mélange de plusieurs registres et langues. L’emploi des mots arabes minutieusement relevés du dialecte tunisien comme « jeddi », « Hamdoullah », « burnous », « l’ben » « L’Azouza » « couscous » est remarquablement marquant dans tous les chapitres. S’agit-il d’un travail recherché ou d’une écriture spontanée et naturelle ? 

 

F.B.D.L.M – J’y tenais absolument car je constate qu’il y a un problème chez un certain nombre d’européens avec l’acceptation de la langue arabe. J’ai donc voulu l’imposer. Mon modèle d’écriture est Chimamanda Ngosi Adichi, qui, elle a su imposer les différents dialects nigérians dans ses livres. Il s’agit d’une volonté spontanée, disons spontanément recherchée. 


 

H.M – Quelle a été l’importance de la coexistence de plusieurs cultures au sein d’une même société et quel est le rôle du métissage culturel et de la polyvalence dans votre carrière d’écrivaine ?


 

F.B.D.L.M. – Un rôle majeur à la fois confortable et difficile. Car il n’est pas aisé dans l’intimité d’une relation amicale de trouver des personnes sensibles aux deux humours, connaissant les classiques des deux cultures etc. Il est difficile de convaincre de sa bonne foi de ne pas vouloir faire le choix d’une culture par rapport à une autre, sans compter d’autres cultures encore que j’ai eu la chance de découvrir par mes voyages et qui m’inspirent.  D’autre part, je me sens très forte de ces deux sensibilités et cela me permet de m’affranchir des codes. L’écriture m’a permis une liberté que je ne connaissais pas auparavant, la liberté étant une de mes quêtes de vie. J’ai déjà ressenti quelques formes de liberté, mais jamais celle de créer un monde. Alors s’il s’agit de créer un monde à deux voire à plusieurs voix, imaginez un peu ma jubilation ! 

 

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Pour citer cette entrevue illustrée & inédite

 

Hanen Marouani, « Fatma Bouvet de la Maisonneuve : “Le féminisme est pour moi un élément inséparable du combat pour les droits humains.” », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2023 « Étrangères », « Frontières du vivant », « Lyres printanières » & Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels ou fictifs », n°2, volume 1, mis en ligne le 30 avril 2023. URL : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia23/marouani-fatmabouvetdelamaisonneuve

 

 

 

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Dernière modification de la page :  le 5 mai 2023.

 

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22 février 2023 3 22 /02 /février /2023 17:43

 

N°13 | (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices | Entretiens poétiques, artistiques & féministes | Dossier mineur | Articles & témoignages 

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Entretien avec la poétesse

 

 

Marielle Anselmo

 

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

 

Entrevue avec & poèmes de

 

Marielle Anselmo


 

Page bibliographique :

https://www.librairie-des-femmes.fr/livre/9782373558012-vers-la-mer-marielle-anselmo/

 

 

 

 

Qui est Marielle ANSELMO ?

 

 

 

© Crédit photo : Portrait photographique de Marielle Anselmo.

 

 

Marielle ANSELMO est enseignante, critique et poète. Elle vit à Paris.

Elle a grandi en Tunisie, dans une famille d'ascendances italiennes, avant de poursuivre des études de lettres en France, à Aix-en-Provence puis à l'Université de Paris 8. Professeure agrégée de lettres modernes, elle enseigne actuellement le français à l’INALCO (Institut National des Langues Orientales) à Paris. Par ses activités critiques, elle a contribué à plusieurs ouvrages collectifs. Ses articles portent sur Marcel Proust, Hélène Cixous, Dominique Fourcade, Etel Adnan, Kenzaburô Ôé, Édouard Glissant, etc.

 

En poésie, elle est l'auteur du livre-poème Une nuit (éditions Les Arêtes, 2007), de plusieurs livres d’artistes avec Colette Deblé et Pierre Zanzucchi, ainsi que de deux recueils : Jardins (Éditions Tarabuste, 2009) et Vers la mer (Editions Unicité, 2022). Ses poèmes ont été traduits en anglais, grec, arabe, vietnamien et japonais. Elle en a donné une cinquantaine de lectures publiques en France, en Tunisie, en Suisse, au Japon, seule ou accompagnée d'autres artistes. 

 

Biobibliographie 

Site : 

https://www.librairie-des-femmes.fr/livre/9782373558012-vers-la-mer-marielle-anselmo/


 

Quelques articles sur Vers la mer par :

 

– Pierre Gontran dit Remoux : https://sitedesign.blog/

– Sabine Huynh : http://sabinehuynh.com/2023/01/20/vers-la-mer/

– Angèle Paoli : http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2023/01/marielle-anselmo-vers-la-mer-1.html


 

Agenda des lectures :

 

Le samedi 11 février à 19h30, à l’Officine, Paris Ménilmontant,

– Le mardi 21 février à 19h00 à Ivy Writers (Lectures bilingues), Delaville Café, Paris 10ème,

– Le mardi 14 mars à 19h00 à la Librairie des Femmes, 35 rue Jacob, avec la comédienne Dominique Reymond,

– Le samedi 18 mars à 16h00 à Matreselva, Paris 15ème,

Le samedi 21 avril au Kibele, Paris 10ème, avec le Parlement des écrivaines francophones. 

 

 

Entrevue

 

 

 

 

H.M Comment êtes-vous venue à l’écriture, Marielle Anselmo ? 

 

M.A – Je crois que je suis venue à l’écriture dès lors que j’ai appris à écrire, que s’est ouvert l’univers magique des lettres. 

Je me souviens d’un premier poème écrit, enfant, dans un dialogue (très silencieux) avec ma mère. Il s’intitulait ainsi Le silence de la mer - titre empruntant tant au récit de Vercors qu’à l’univers de Cousteau. Deux formes de résistance, deux manières de désobéissance à un certain ordre terrestre. 

Je réalise, en notant ceci, que je n’ai jamais quitté cette scène : j’écris toujours depuis le même lieu, depuis le bord de mer. 

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture du recueil « Jardins » par Marielle Anselmo, Tarabuste Éditeur.


 

 

H.M – D’où vient ce décalage entre vos deux recueils ?

 

M.A – Après la parution de mon premier recueil, Jardins (Tarabuste, 2009), il m’a fallu en effet beaucoup de temps pour écrire le deuxième, Vers la mer. Il était pourtant déjà en germe au moment de la publication du premier. Cela tient à plusieurs choses : au contenu du livre (parfois douloureux, brûlant), à la manière même de mon écriture (un fort travail de condensation s'inscrivant dans la durée) et à des événements extérieurs qui en ont influencé l’écriture. En effet ce recueil, tout en reprenant des éléments de mon rapport au paysage méditerranéen (à la Grèce en particulier, qui est comme un déplacement de mon rapport à la Tunisie, pays d’enfance), se fait essentiellement l’écho d’un séjour de deux ans au Japon. Or, en 2011, alors que le recueil était en cours d’écriture, se produisent en même temps plusieurs cataclysmes, géopolitiques ou naturels, qui viennent toucher les pays que j’aime, auxquels je me sens liée : la révolution tunisienne (suivie des Printemps arabes), la crise économique européenne qui affecte lourdement (sinon tragiquement) la Grèce et enfin le désastre (naturel et nucléaire) de Fukushima. Il m’était impossible de continuer à écrire sur le Japon alors que les paysages qui m’habitaient, que je tentais de décrire, de saisir en quelques mots, de rendre vivants, étaient dévastés, menacés de destruction, et que ceux que j’aimais là-bas étaient eux-mêmes menacés. Cela a littéralement arrêté l’écriture du recueil, m’a rendue mutique.

 

 

 

H.M – Est-ce que « Vers la mer  », le recueil que vous venez de publier aux Éditions Unicité, qui vous a donné envie d’un retour aux sources et aux origines ? 

 

M.A – Non, au contraire, Vers la mer est le récit d’un éloignement, d’un départ, ou mieux de sa tentative. Mais, comme je l’indiquais au début, il garde aussi la trace du paysage premier, méditerranéen. 


 

H.M – L’impression qu’il y a comme un cheminement intérieur d’un recueil à l’autre vous semble-t-elle juste ? 

 

M.A – Oui, il y a un cheminement : un cheminement le long de la mer - de la Mer Méditerranée à la Mer du Japon. Il y a aussi un fil intérieur, qui se poursuit d’un recueil à l’autre, moins perceptible peut-être, qui est celui du deuil. 


 

H.M – Pourquoi tant de tristesse dans votre poésie ? 

 

M.A – Dans la tradition occidentale, (c’est-à-dire grecque), la figure première du poète est celle d’Orphée, et elle est profondément liée au deuil : Orphée, celui qui chante et charme jusqu’aux arbres et aux animaux, a perdu deux fois celle qui l’aime, Eurydice. Il a été autorisé par les dieux à aller la chercher aux Enfers, à traverser vivant le royaume des morts - et à en revenir (mais il en revient seul). C’est depuis cette traversée que s’écrit le poème. 

Il y a dans cette tradition une deuxième figure fondatrice, moins mythologique : celle de Sappho, celle que Platon surnomma « la Dixième Muse ». Le premier poète lyrique est une femme, une poétesse. Elle est celle qui chante le désir. Disons que dans ce recueil j’essaie de tisser ensemble ces deux fils : deuil et désir. 

Il n’y a donc pas seulement de la tristesse dans ce livre. Il y a aussi beaucoup de joie : la joie de passer les frontières, d’aller « dans l’inconnu », à la rencontre d’une altérité radicale, la joie de « l’aventure », au sens médiéval, des rencontres faites en chemin… Quelle plus grande joie ?


 

H.M – Comment va la poésie d’aujourd’hui ? 

 

M.A – Elle va très bien. Elle est la part la plus infime, la plus invisible du marché éditorial, mais sans doute aussi la plus vivante. Soutenue par des éditrices et éditeurs courageux, elle est le lieu d’une production incessante, s’exprimant à travers toutes ses formes (orales ou écrites) et courants. Et les poétesses sont plus nombreuses et vivantes que jamais. Elles investissent la scène, la voix, renouvellent la performance poétique en lui donnant une tonalité, une inflexion propre. Je pense (pour n’en citer que quelques-unes) à Edith Azam, Hélène Sanguinetti, Jennifer K. Dick, Constance Chlore, Laure Gauthier, Anna Serra…  Chacune invente une scansion particulière. 


 

H. M – La mer demeure-t-elle un espace d’accueil ou d’exil privilégié ? 

 

M.A – Elle est les deux : accueil et exil, tombe et berceau. 

Lieu de culture, d’échanges, elle défend et permet la traversée, et en cela reste un trait-d’union.

 

 

© Hanen MAROUANI

 

« Vers la mer est le récit d’un éloignement, d’un départ, ou mieux de sa tentative. »

Marielle Anselmo

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture du recueil « Vers la mer » par Marielle Anselmo aux éditions Unicité.

 

 

Extraits poétiques publiés avec l'aimable autorisation de la poétesse & de sa maison d'édition

 

 

restera le souvenir

de ta voix

en Provence




 

et encore les pins (lumineux)

des pins mélodieux et je les fais entendre

à l’autre bout du monde

 

 

le froissement de l’opéra

avant le commencement

 

ta voix et les étoiles du jour

entre la Provence et le Japon

 

de cet amour

si bref

 

 

© Marielle Anselmo

 

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Pour citer cet entretien poétique inédit​​​​​​​​​​​​

 

Hanen Marouani, « Entretien avec la poétesse Marielle Anselmo », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°13 | PRINTEMPS 2023 « (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices », mis en ligne le 22 février 2023. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no13/hmarouani-entretien-marielleanselmo 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

Ajout des extraits poétiques le 23 février 2023.

 

 

 

 

 

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24 janvier 2023 2 24 /01 /janvier /2023 16:43

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Entretiens artistiques, poétiques & féministes | Dossier majeur | Articles & témoignages

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​​​De la finance à l'art

 

 

 

 

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Propos recueillis par

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

Entrevue avec & peintures de

 

Laurent Konqui

Artiste peintre, plasticien

 

 

 

 

© ​​​​Crédit photo : Surf Women, des portraits de femmes célèbres,  collage & peinture par l'artiste Laurent Konqui, 1ère œuvre.

 

 

 

Que nous révèle l’artiste plasticien Laurent Konqui à travers ses œuvres ?

 

 

© ​​​​Crédit photo : De gauche à droite: David-Xavier Weiss: Premier Adjoint au Maire  délégué à l’Événementiel et à la Jeunesse et Conseiller départemental.

 


 

Ancien expert-comptable et commissaire aux comptes, Laurent Konqui a conquis le terrain artistique depuis quinze ans. À voir les œuvres de cet artiste plasticien autodidacte, on ne peut être que conquis. Chaque élément de l’ensemble est évocateur. C’est une explosion de couleurs qui renvoient à des idées, des symboles et des concepts. Nous l’avons rencontré lors de son exposition au Centre culturel à Levallois–Perret le 12 janvier dernier.


 

 

 

© ​​​​Crédit photo : Surf Maryline, des portraits de l'artiste Maryline Monroe, collage & peinture par l'artiste Laurent Konqui, 2ème œuvre.

 

 

Maggy De Coster – Comment êtes-vous arrivé à la peinture et quelles ont été vos motivations ?

 

Laurent Konqui – J’ai commencé par des collages. Après avoir vu le film sur la vie de Jackson Pollock, avec l’acteur Ed Harris, je me suis mis à la peinture en utilisant la technique des drips (projections à plat). J’ai souhaité libérer mon énergie créatrice en marquant la toile avec les jets de peinture. Je suis ensuite passé à la troisième dimension, le relief, en incrustant des objets peints dans la résine de polyuréthane pour donner du sens à mes œuvres qui étaient abstraites à l’origine.


 

MDC  – Parlez-moi de la réception de vos œuvres par le monde de l’art ?   

 

LK – Le monde de l’art a décodé mes « bas-reliefs » en les inscrivant dans la lignée des œuvres d’Arman, César et Klein. Le monde de l’art est saturé d’œuvres vides de sens et a du mal à percevoir le travail de fond d’un nouvel artiste sur la société de consommation, la musique et les femmes, faute de temps.

 

 

MDC – Qu’est-ce qui explique le choix des objets que vous faites entrer dans votre création artistique, comme des violons, des violoncelles que vous fracturez, des vêtements  que vous peignez à votre guise ?

 

LK – Je suis passionné par la musique classique avec Mozart et Chopin en particulier. J’ai moi-même joué du piano jusqu’à l’âge de 20 ans. Les violons et les violoncelles représentent aussi avec leur ligne courbe le corps de la femme qui est aussi au cœur de mon travail. Le violoncelle fracturé devient « violenc’elle » en référence aux violences faites aux femmes. Les vêtements comme la chemise et la cravate font, quant à eux, allusion à mon passé d’expert-comptable.

 

 

© ​​​​Crédit photo : Série de violons « Moz’Art » en plusieurs couleurs. Collage & peinture par l'artiste Laurent Konqui, 3ème œuvre.

 

© ​​​​Crédit photo : Série de violons « Moz’Art » en plusieurs couleurs. Collage & peinture par l'artiste Laurent Konqui, 4ème œuvre.

 


 

MDC – Pourriez-vous me dire quels sont les messages que vous délivrez à travers vos œuvres en utilisant les objets du quotidien comme partie intégrante de ces dernières ? 

 

LK – En utilisant les objets du quotidien, j’attire l’attention sur la société de consommation, ses excès et ses dangers (en référence au Vélib’ par exemple qui a causé beaucoup d’accidents mortels de la circulation).

 

 

© ​​​​Crédit photo : Saxophoniste, Collage & peinture par l'artiste Laurent Konqui, 5ème œuvre.

 

 

 

MDC – Comment vous procurez-vous ces objets et quelles sont les techniques que vous utilisez ? À mon avis, il ne s’agit pas totalement d’objets de récupération.

 

LK – Mes voisins, grâce aux réseaux sociaux, me donnent souvent ces objets usagés ainsi qu’un luthier pour les violoncelles réformés. J’achète aussi des objets neufs sur Internet comme les violons. Pour la technique, j’utilise la résine de polyuréthane pour fixer les objets qui sont ensuite peints à l’acrylique ou à l’huile avec des pigments purs.


 

 MDC –  Des femmes célèbres tant du cinéma, du théâtre que de la politique comme Simone Veil, Golda Meir mais aussi du sport, comme Florence Artaud, occupent une place dans vos collages sur des planches de surf. Mais pourquoi ce choix ? Seriez-vous féministe ?

 

 

© ​​​​Crédit photo : Vélo, Collage & peinture par l'artiste Laurent Konqui, 6 ème œuvre.

 

© ​​​​Crédit photo : 100% Flacons de parfum, Collage & peinture par l'artiste Laurent Konqui, 7ème œuvre.

 

 

LK — Je souhaite simplement souligner l’importance de la femme dans notre société sans être féministe.

 

MDC – Les couleurs semblent avoir pour vous une référence musicale ou l’inverse. Cela dit quand vous écoutez Mozart associez-vous sa musique à  la couleur « bleu klein » ?

 

 

© ​​​​Crédit photo : Série de violons « Moz’Art » en plusieurs couleurs. Collage & peinture par l'artiste Laurent Konqui, 8ème œuvre.

 

© ​​​Crédit photo : Série de violons « Moz’Art » en plusieurs couleurs. Collage & peinture par l'artiste Laurent Konqui, 9ème œuvre.

 

 

 

 LK – Les couleurs peuvent avoir une référence musicale. Je n’associe pas Mozart à la couleur bleu Klein mais plutôt à un feu d’artifices, c’est pourquoi j’ai décliné la série de violons « Moz’Art » en plusieurs couleurs.


 

© Maggy DE COSTER


 

 

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Pour citer cette entrevue & peintures inédites

 

 

Maggy De Coster, « De la finance à l'art », entretien illustré par des œuvres artistiques de l'artisteLe Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°12 | HIVER 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 24 janvier 2023. URL :

http://www.pandesmuses.fr/no12/mdc-laurentkonqui

 

 

 

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30 novembre 2022 3 30 /11 /novembre /2022 11:20

N°12 | Poémusique des femmes & genre | Entretiens poétiques, artistiques & féministes | Muses au masculin


 

 

 

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Rencontre avec Arnaud Martin :

 

 

peintre, dessinateur & poète

 

 

 

 

 

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Propos recueillis en novembre 2022 par

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

Entrevue avec & peintures de

 

Arnaud Martin

 

Site officiel : http://www.arnaudmartinpeintre.com/

 

 

 

 

 

 

© Crédit photo : Arnaud Martin, "Bleu nuit 14".

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Note biographique

 

 

 

Arnaud MARTIN est peintre, dessinateur et poète, il nous parle à cœur ouvert de son itinéraire, de ses techniques, ses maîtres à penser, sa vision d’artiste, bref, tout ce qui nourrit son art pictural et sa poésie.

 

 

© Crédit photo : Portrait de l'artiste Arnaud Martin.

 

 

Liens utiles

 

Sites Internet, Blog, liens vers des réseaux :

 

http://www.arnaudmartinpeintre.com/

https://www.facebook.com/anartistepeintre

Instagram.com/artno.mart/

https://emikoksg.bandcamp.com/album/renaissance-des-lumi-res?fbclid=IwAR3dBuTWk7I_CY00GXTpiyDhmIoS5aWT0b_LbowpUPEI8SzWTjQTEznY3Ok

 

 

© Crédit photo : L'artiste peintre "Arnaud Martin dans son atelier".

 

 

Entretien

 

 

MDC – Parlez-moi de votre rencontre avec l’art ? Faites-vous place au réel dans votre art ?

 

AM – Comme beaucoup de personnes, ma rencontre avec l’art a eu lieu à l’adolescence. Période durant laquelle j’ai très investi certaines disciplines artistiques (le cinéma, la musique et la littérature notamment). 

Certains créateurs dans ces domaines ont déclenché en moi une réelle passion qui ne s’est pas démentie, trente-cinq ans plus tard. La musique de John Coltrane, le cinéma de Jean Eustache et la poésie de Lautréamont ont été des jalons essentiels à ma ferveur artistique. Ma découverte et ma pratique de la peinture quant à elles, ne sont venues que plus tard, vers mes vingt-cinq ans, de façon fortuite, lors d’une activité en famille de création de cartes de Noël…

 

Au début de ma pratique graphique (c’est-à-dire, il y a vingt-cinq ans de cela), je ne faisais que des tableaux abstraits, très colorés où malgré tout, des visages, des corps pouvaient émerger « par magie » de ces compositions.  

Quelques années plus tard et bien qu’autodidacte, sans technique, je me suis lancé dans des peintures expressionnistes (proche de Francis Bacon et de Velickovic), car je sentais en moi, le besoin d’exprimer, la nécessité de dire l’indicible, le souvenir sans mémoire, mais bien présent. 

C’était une peinture organique, en noir et blanc, où des corps-fantômes s’animaient dans des espaces vides, car j’ai toujours aimé aller à l’essentiel, ne pas m’encombrer de décors, de fioritures.

Même encore aujourd’hui, la place du corps est centrale dans mon travail. Bien que malmené, en ombre ou en mutation animale, il est présent dans chacune de mes créations.

Alors, mon propos est l’expression d’un inconscient, d’une poétique du geste archaïque, où des hommes, des animaux, des plantes nous mènent en énigme vers une mythologie païenne, une mythologie du commencement qui attend (dans les plis du temps) d’être décodée. 

 

 

© Crédit photo : Arnaud Martin,"Bleu nuit 16".

 

 


 

MDC – Quels sont les matériaux et les techniques que vous utilisez dans la composition de vos œuvres picturales ?


 

AM J’ai utilisé beaucoup de techniques (huile, acrylique, encre, pigment…), mais actuellement je vais au plus simple et au moins onéreux, un peu dans une démarche d’art « pauvre ». C’est pourquoi mes dernière séries sont exécutées sur des grands formats « Canson » et peintes à l’acrylique de base. Ce qui revient moins cher que des toiles en châssis avec des peintures à l’huile, et c’est plus facile pour le stockage.

Pour mes dessins, j’aime les feutres noirs sur feuille Canson, cela permet également d’avoir un rendu très fin, très ciselé.

À une époque, je faisais des collages et je peignais par-dessus ou j’encollais du papier kraft sur des toiles tendues, bref, comme beaucoup d’artistes, j’ai beaucoup exploré et j’explore encore.

 

 

© Crédit photo : Arnaud Martin,"Bleu nuit 18".

 

 

 

MDC – Peut-on considérer que la peinture est une source d’énergie positive ?

 

AM –  C’est une question difficile tellement les énergies en œuvre lors d’une création sont multiples.

Il y a l’excitation de la toile blanche avec son champ des possibles, parfois la déception du résultat, le plaisir du geste pur… 

Quoi qu’il en soit, à chaque fois c’est un combat pour arriver à exprimer ce que l’on ressent au moment de l’exécution, et les déchets sont nombreux.

C’est pourquoi, je me débarrasse beaucoup de toiles dont je ne suis pas ou plus satisfait ; j’avance en permanence vers un idéal, un absolu.

Ce qui est positif, c’est de pouvoir montrer son travail, faire des expositions et échanger avec des personnes qui comprennent ma démarche, qui ressentent mon art. C’est la rencontre qui m’anime.

 

 

 

© Crédit photo : Arnaud Martin,"Éros XVIII".

 


 

MDC – Quelles sont vos sources d’inspiration ? Auriez-vous un ou des modèles en matière d’art ? 

 

AM – Comme je le disais précédemment, j’ai été très influencé par Francis Bacon et Vladimir Velickovic, mais aussi par beaucoup d’autres artistes comme Fred Deux, Ronan Barrot, Jérôme Bosch, Pieter Bruegel, Claude Monet, Bernard Réquichot, Eugène Leroy…

J’aime également les artistes singuliers, les « outsiders » qui créent pour exprimer une souffrance et/ou pour y remédier et qui ont une pureté dans le geste.

Bref,  tous ceux qui, à la frontière de l’onirisme, du fantastique, arrivent à exprimer une personnalité, un rapport au monde sensible et « en marge ».

 

 

© Crédit photo : Arnaud Martin,"Éros XXI".

 

 

 

MDC – Vous êtes aussi poète, que représente pour vous la poésie ? Comment conciliez-vous le poétique et le pictural. Y a-t-il interrelation entre les deux domaines ?

 

AM – Pour moi la poésie est un acte magique, incarné. Quand je lis René Char, Paul Celan, Joë Bousquet, Yves Bonnefoy, Jacques Dupin ou Thierry Metz, je me dis comment ont-ils fait pour nous emmener si loin avec leurs mots, dans des contrées émotionnelles si étranges, si particulières où le sentiment humain questionne le monde, la nature, le rapport à l’autre.

J’aime cette poésie du sentiment sombre et mélancolique qui nous plonge dans un abysse de sensations déroutantes et parfois indéchiffrables.

Comme un tourbillon, une extase du dire.

Mes deux pratiques artistiques (voire trois avec le dessin) sont bien évidemment complémentaires. D’ailleurs mes toiles sont en résonance avec mes textes et vice versa. J’aime cette idée de créer un corpus de mots et de formes qui se répondent, comme une matière poétique pluridimensionnelle que l’on peut appréhender par différentes entrées : par les mots pour les plus littéraires ou par le graphisme pour les amateurs de peinture, mais pour moi c’est la même chose.

 

 

© Crédit photo : Arnaud Martin,"Chute 2".

 

 

 

MDCAuriez-vous un souhait à vous faire pour l’an 2023 ?

 

AM – Plusieurs beaux projets se profilent déjà pour l’année 2023 : la sortie de mon recueil de peintures et poèmes aux Éditions de l’Ire de l’Ours au mois de mai, des expositions parisiennes en perspective et mon travail de dessins présent sur un beau site de vente en ligne en automne.

 

© Crédit photo : Arnaud Martin, "Ce qui me reste à gravir".

 

Ce que l’on peut me souhaiter c’est de pouvoir poursuivre ma création quels que soient les supports, et de faire de belles rencontres artistiques pour réaliser des projets partagés (exposition collective, œuvre hybride, performances…), car ce que j’aime avant toute chose, c’est la dynamique de l’échange, de la collaboration.

 

 

 

© Maggy DE COSTER & Arnaud MARTIN

 

***

 

 

Pour citer ces entrevue, photographies & tableaux inédit​​​​​​s

 

Maggy De Coster, « Rencontre avec Arnaud Martin : peintre, dessinateur & poète » avec des peintures de l'artiste, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°12 | Hiver 2022-23 « Poémusique des Femmes & Genre », mis en ligne le 30 novembre 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no12/mdc-dessinateur-poete 

 

 

 

 

Mise en page par David

 

 

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21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 15:33

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier mineur | Articles & témoignages | Poésie visuelle & REVUE ORIENTALES (O) | N° 2-1| Entretiens


 

 

 

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Entretien avec la jeune poétesse,

 

 

romancière & peintre franco-syrienne

 

 

Nour Cadour

 

 

 

 

 

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Propos recueillis en juillet 2022 par

 

Hanen Marouani

 

Peintures de

 

Nour Cadour

 

Site : nourcadour.com

 

Photographies par

 

Natalie Rezelmann

 

& Ulysse Agassin

 

 

 

 

 

 

© Crédit photo :   L’artiste Nour Cadour, photographiée par Natalie Rezelmann. 

 

 

 

Fiche d'Information

 

 

Profession ou activités : médecin, peintre, poétesse, romancière

Site Internet, Blog, liens sites de ventes : nourcadour.com ; nourapaintings.com, lappeaustrophe.com

 

Biographie

 

Peintre et poétesse française d’origine syrienne, Nour CADOUR est née en 1990 en Lozère et réside à Montpellier. Elle exerce en tant que médecin nucléaire. Elle publie son premier roman « L’âme du luthier » chez Hello Éditions en février 2022.

Engagée dans la poésie, elle remporte le prix Jacques Raphaël-Leygues de la Société des Poètes Français en 2021 pour son recueil de poèmes « Larmes de lune » et le prix des « Nouvelles Voix d’Ici » de la maison de la poésie Jean Joubert à Montpellier avec ce même recueil. Elle remporte également la mention spéciale du jury du concours international de Poésie en Liberté en 2014 dans la catégorie « étudiants de France » et devient membre du jury puis attachée de presse pour eux. Elle vend notamment ses peintures poétiques pour cette association au nom de « Noura paintings ». En 2020, elle est finaliste du prestigieux prix Hemingway de la nouvelle avec sa nouvelle « La Toile ». Elle est la co-créatrice et membre active de l’association de poésie montpelliéraine « L’Appeau’Strophe » qui vise à promouvoir la littérature et notamment la poésie. Elle participe régulièrement aux podcasts poétiques de « Mange des mots ». Elle a découvert la peinture en autodidacte depuis deux ans maintenant et continue perpétuellement d’évoluer. Elle expose régulièrement dans des librairies Montpelliéraines, endroits encerclés de livres qui lui tiennent à cœur. L’été dernier, elle participe avec ses tableaux à l’exposition Afrika d’Art.

 

 

Bibliographie

 

Publications individuelles :

 

– Roman « L’âme du luthier » chez Hello Éditions en janvier 2022

– Recueil de poèmes « Larmes de lune » chez L’Appeau’Strophe en septembre 2022, prix Jacques Raphaël-Leygues de la société des Poètes Français.

 

Publications collectives :

– Anthologie « Les voix de l’extrême », 2022, cinq poèmes sur le thème « Éphémère ».

– Anthologie « Couleurs Ukrainiennes », La Nouvelle Pléiade, mai 2022.

– Anthologie « 1001 plumes », 2022 : poème « À l’aube d’un jour vide » Revue « Débridé », 2021 : poème « Fièvre du pays »

– Revue Au Mbongui, 2022,  nouvelle « L’intermède du tam-tam »

– Revue Poetiquetac, plusieurs poèmes dans le numéro de juin 2022.

– Revue L'Étrave de poètes sans frontières, numéro 269 mai-juin, avec le poème « Prisonnière d’ombre »

 

 

 

Entretien

 

© Crédit photo :   L’artiste Nour Cadour, photographiée avec certains de ses tableaux par Ulysse Agassin. 


 

H.M – Nour Cadour qui êtes-vous et comment êtes-vous venue au monde de l’écriture?

 

Nour Cadour – Je suis une femme franco-syrienne de 32 ans, passionnée depuis toujours de littérature. Enfant, je dévorais les livres et j’ai toujours rêvé d’écrire. C’est ma mère qui m’a poussée au début à écrire, en tenant un petit carnet de tous les livres que je lisais, avec un court résumé du livre accompagné d’une critique, et ce dès l’âge de 10 ans. Puis, j’ai commencé par écrire des nouvelles. En seconde, j’ai eu une professeure de Français fabuleuse, Annick Peyre-Lavigne, qui, à travers mon écriture, m’a appris que j’avais un style poétique. Je ne connaissais rien alors à la poésie. Elle me parle du concours international de poésie en liberté. Je décide d’y participer avec le premier poème que j’avais écrit « Lettre E » et j’avais remporté la mention spéciale du jury dans la catégorie étudiants de France en 2014. Ce prix m’a vraiment encouragée à continuer d’écrire, en me rassurant sur le fait que ce que j’écrivais était apprécié. Mon premier retour en Syrie depuis la guerre, durant l’été 2021, est marquant. Je décide alors de prendre les mots pour dénoncer. Étant là-bas, j’écris et finis mon premier recueil de poèmes « Larmes de lune » qui remporte par la suite le Prix Jacques Raphaël-Leygues de la Société des Poètes Français en 2021 et le Prix des « Nouvelles Voix d’Ici » de la maison de la poésie Jean Joubert à Montpellier.

Concernant mon premier roman, je sentais depuis longtemps que j’avais envie d’écrire un roman qui traitait de la Syrie, pour montrer aux gens une autre image de ce pays dont on entend parler uniquement à cause de la guerre. Durant le confinement, j’étoffe alors une de mes nouvelles très appréciée auprès de mes amis « L’âme du luthier », et décide d’en faire un roman qui se passe entre la Syrie et la France.

 

 

​​​​ © Crédit photo :  Nour Cadour, l'image de son premier roman. 

​​​​

 

 

H.M – La médecine et l’écriture: quelles divergences et quelles convergences ?

 

Nour Cadour – C’est une question très intéressante car je trouve que l’une nourrit l’autre. En médecine, à travers les patients que l’on soigne et les pathologies que l’on rencontre, on apprend l’empathie. Et pour moi, notamment pour écrire un roman avec des personnages, l’empathie est nécessaire pour pouvoir être complètement dans la tête du personnage.

Par ailleurs, en médecine et dans ma spécialité, j’ai été confrontée depuis mes études durant mes stages en cancérologie à l’espoir et la mort. Je trouve que l’on perçoit les choses différemment et on acquiert une sorte de maturité de la vie. Et qu’est-ce écrire ? si ce n’est célébrer la vie tout en dénonçant ce qui nous entoure ? Les chemins de vie (notamment les patients souffrant de maladie d’Alzheimer ou en cancérologie) m’ont poussé aussi à écrire sur ces sujets, en apportant une démarche et réflexion différentes que scientifique pure. Pour les deux disciplines, une partie de la guérison se fait à travers les mots: quand on va soulager un patient à travers nos paroles, et quand on va écrire un poème qui nous mène nous-mêmes à guérir et permet de guérir le monde dans lequel on vit. La médecine et l’écriture mettent pour moi l’humain au centre de leurs réflexions, et ce sont toutes deux des disciplines humanistes en ce sens qui se complètent.


 

H.M – Nous pleurons pour diverses raisons. L’écriture et la poésie sont-elles la meilleure raison d’approfondir ces raisons ?

 

Nour Cadour – C’est une façon particulière de voir les choses. Pour moi, l'écriture et la poésie sont là pour dire, même ce qui heurte, en les agrémentant d'esthétique, nous aidant ainsi à les supporter et à nous révolter....

 

Je vois les mots comme un combat pacifiste qui vont amener les gens à se questionner. Je me suis rendue compte, en lisant de nombreux romans et en écoutant des auteurs, que l’écrivain a le pouvoir de changer les choses au quotidien. Car ce que l’on transmet a le pouvoir d’être lu puis analysé par les gens. Ou du moins d’apporter une autre vision du monde aux personnes qui l’entourent. C’est ce que je cherche à faire grâce à ma poésie. Montrer du doigt certaines situations- qui peuvent être belles, violentes ou inacceptables- puis pousser les gens à se questionner à ce sujet. Ma poésie est une poésie engagée. Je ne la vois pas autrement.


 

H.M – Marguerite Duras a dit que « s’il n’y avait ni la mer ni l’amour, personne n’écrirait des livres » et que peut-on dire des astres et de la lune et à quel point leur représentation dans vos écrits peut être synonyme d’engagement ?

 

Nour Cadour – C’est une très belle citation de Duras que j’aime beaucoup. La lune est mon astre favori. On n’en voit pas forcément la lumière, mais même quand on ne la voit pas, elle est toujours là. Elle est comme chacun d’entre nous. Nous existons par notre individualité lumineuse, avec parfois peu d’énergie et un trop plein d’énergie qui nous ramènent à notre finalité : tout est cyclique. Paul Klee disait d’ailleurs « La lune est le rêve du soleil ».

Dans mon recueil de poèmes, « Larmes de lune » est un chant de questionnements sur la guerre et 1’exil. Les larmes symbolisent donc la souffrance et le chaos créé par la violence des hommes. Mais, au milieu de ces larmes, la poésie détonne comme un murmure d’espérance, une respiration nouvelle où chaque nuit la lune change, symbole de beauté, de renouveau et d’espoir.


 

H.M – Quels sont vos meilleurs alliés dans le monde de la créativité et dans la foule ?

 

Nour Cadour – Mes meilleurs alliés, c’est drôle à dire, mais ce sont justement les mots. Je m’enrichis moi-même énormément de lecture (poésie et roman de littérature principalement) qui m’aident à stimuler et étoffer ma créativité. Sinon, la nature aussi est source d’inspiration. Quand j’écrivais mon roman, j’allais tous les jours marcher une heure auprès de la rivière Le lez de Montpellier. Les bruits, les odeurs, les sensations, les lumièrent étaient une sorte de méditation tout en alimentant mon inspiration. Au fur et à mesure que je marchais, tout en observant, les idées venaient. L’observation et la contemplation sont indispensables pour moi.

Enfin, je pense que les rencontres que nous faisons, notamment amicales, sont également une belle source de créativité. Les gens, à travers leur propre histoire, nous enrichissent d’empathie et d’expérience.

 

 

© Crédit photo :  Nour Cadour, " La dame nue, technique mixte, Acrylique et collage, 16X20 cm, peinture. 

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H.M – L’expérience du confinement et les arts, jours de survie en période grise, un état d’urgence pour conjurer la mort ou la meilleure des solutions pour célébrer la vie ? Quels liens et quels apports ?


 

Nour Cadour – Le confinement pour moi est le moment où j’ai commencé à peindre en autodidacte. La peinture est le prolongement de la poésie à propos des choses sur lesquelles on ne peut mettre de mots justement. Juste poser une émotion, une sensation. J’ai découvert la peinture en autodidacte à travers mes observations répétées. Je définis d’ailleurs mon art, en toute humilité et à mon niveau, d’art SOSI, basé sur la Sensation, l'Observation, le Sentiment et l'Impression. Ma peinture laisse libre cours aux sensations et à l’interprétation de tout un chacun. Pour allier jusqu’au bout mes deux arts qui me tiennent à cœur, j’ai choisi justement d’accompagner chacun de mes tableaux d’un court poème.

Et je vends mes tableaux pour les deux associations de poésie dont je fais partie (L’Appeau’Strophe et Poésie en liberté) dont je suis membre active et qui ont beaucoup d’importance pour moi. Le message que je souhaite transmettre est avant tout un message d’amour : l’amour du monde et de son prochain quel que soit son origine. Ce n’est pas pour moi un état d’urgence pour conjurer la mort mais au contraire, célébrer la vie et ce qui nous entoure.

 

 

© Crédit photo :  Nour Cadour, "Le visage : « et mon monde est tien »" Acrylique, 30X40 CM. 

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© Crédit photo :  Nour Cadour, "Les deux petites filles : “Souvenirs soyeux”, Acrylique, 16X20 CM. 

 

 

© Crédit photo :  Nour Cadour, "Danseur : “ Danse printanière”, technique mixte (acrylique, collage, fleurs séchées), 16X20CM. 

 

 

© Crédit photo :  Nour Cadour, "Coquelicots : “Licots”, Acrylique, 30X30CM. 

 

 

H.M – Des toiles à votre image, chaleureuses, audacieuses et amoureuses ? S’agit-il vraiment d’une “technique” de défendre la joie ou d’éterniser l’instant sans voix ?

 

Nour Cadour – Je cherche avant tout à travers mes toiles à célébrer la vie, l’amour de son prochain et la tolérance. J’utilise mes pinceaux comme un message de paix et utilise mes couleurs pour refléter le monde merveilleux qui nous entoure. Par ailleurs, la double culture et la passion pour les voyages ont énormément nourri ma créativité et mon ouverture d’esprit. Pour écrire et peindre le monde qui nous entoure, il faut déjà en être un fervent passager et acteur en mon sens.



 

H.M – D’après vous comment construire le monde de demain puisque c’est votre projet majeur ?

 

Nour Cadour – Pour moi la poésie est essentielle dans le monde dans lequel on vit, et d’autant plus aujourd’hui avec tout ce qui se passe. Tout le monde est poète. La poésie est l’attention que l’on va apporter aux choses qui nous entourent, et mettre des mots dessus. C’est une ressource accessible à tous. La poésie nous aide à aborder chaque journée avec sérénité, joie et beauté. Elle est une sorte de philosophie à mes yeux qui nous permet de modifier notre regard sur le monde de façon pacifique. Je crois que le pouvoir de la poésie n’est peut-être pas de changer le monde directement mais de changer notre rapport au monde. Et c’est en changeant notre rapport au monde et à soi que l’on peut changer le monde.

Le monde de demain pour moi est un monde bienveillant où l’amour est au centre.

 

 

H.M – Quels sont vos prochains projets et événements ?

 

 

Nour Cadour – Mon premier recueil de poèmes « Larmes de lune », édité par L’Appeau’Strophe, est disponible actuellement en pré-commande et sortira le premier septembre pour la rentrée littéraire.

Mes deux prochains projets sont poétiques :

– « Le silence pour son » est un recueil de poèmes qui regroupe les voix de femmes à travers le monde (un poème par ville et par pays) : leur quotidien, leurs peurs, leurs souffrances. Ces poèmes donnent la parole à ces femmes oubliées, dont le son est quasiment silencieux. Mais, malgré les divergences de cultures ou de traditions, la parole est la même et reste unie. Je voulais montrer que les problématiques des femmes restent les mêmes à travers le monde, et ce qu’elle que soit la culture de chacune. Ce recueil a déjà trouvé un éditeur, je vous en dirai plus très prochainement.

– « Corps-mémoire » est un questionnement identitaire des traumatismes qui hantent un corps. Son propre corps, mais aussi celui que l’on transmet de génération en génération. Dans ce poème fleuve, on découvre l’histoire de cette femme poète, « Femme-gare sans destination », qui nous transporte dans son passé, à travers sa chair. Dans un style poético-narratif, j’essaie de donner voix au corps du personnage. Le corps est alors un chemin d’exil, de deuil, de joie, de résistance, d’appartenance et de transmission.

 

 

© Crédit photo :  Nour Cadour entourée de ses œuvres poétiques dans un salon du livre.

 

 

Et mes prochains événements :

– lecture lors du festival des voix vives à Sète le vendredi 29 juillet de 10h à 12h avec mon association de poésie “L’Appeau’Strophe”.

– soirée de lancement du recueil de poèmes à Montpellier à “L’original” le lundi 29 août à 19h pour une performance texte/danse contemporaine, avec Marina Lick.

– soirée de lancement du recueil de poèmes à Paris au “Salon Nun” le vendredi 9 septembre à 19h pour une performance texte/musique, avec Paul Hellec à l’oud.

– brunch littéraire le 8 octobre de 14h à 18h avec “The Soul Village”, dans le 10ème à Paris.

– Chaque premier lundi du mois, soirée poétique en musique avec “L’Appeau’Strophe” à Montpellier à “L’original”.

 

Extraits poétiques choisis par Nour Cadour

 

© Crédit photo :  Nour Cadour et son recueil de poèmes "Larmes de lune". 

 

 

À lire également les extraits poétiques de ses œuvres :

 

Nour Cadour, « Extraits poétiques de mes trois recueils »

www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/no11/cadour-extraits

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Pour citer ces entretien & œuvres artistiques inédits

 

 

Hanen Marouani, « Entretien avec la jeune poétesse, romancière et peintre franco-syrienne Nour Cadour », avec des œuvres de l'artiste et deux photos de Natalie Rezelmann Ulysse AgassinRevue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2, volume 1 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 21 août 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/no11/hm-entrevue-nourcadour

 

 

 

Mise en page par Aude

Dernière mise à jour : le 24 août 2022

(ajout du lien Web de la page des extraits poétiques) 

 

 

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