13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 18:03

Numéro Spécial | Printemps 2022 | Revue culturelle d'Europe | Entretiens poétiques, artistiques & féministes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rencontre avec

 

 

Leonardo Vargas, peintre colombien

 

 

 

 

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

Peintures de l'artiste

 

Leonardo Vargas

 

Site officiel :

http://www.leonardovargast.com/

 

 

 

 

© Crédit photo : Leonardo Vargas, figure no 1. 

 

 

 

Bertrand Gillig, galeriste strasbourgeois qui vient d'exposer une série d'œuvres de Leonardo Vargas*, m'a invitée à rencontrer cet artiste atypique dans son atelier à Strasbourg**.

 

 

© Crédit photo : Leonardo Vargas, figure no 2. 

 

 

Né en 1982 en Colombie à Barrancabermeja, Leonardo Vargas est diplômé de la Hogeschool voor de Kunsten d'Utrecht aux Pays-Bas. Depuis 2016, il poursuit sa quête artistique à Strasbourg où il explore sa relation aux images en les revisitant à travers l'histoire de l'art jusqu'à l'ère du numérique.

Ses premiers travaux l'ont amené à décliner des variations autour d'une scène d'intérieur peinte par Pieter Janssens à l'époque de l'âge d'or de la peinture flamande. On y découvre un peintre, une femme qui lit, une autre qui balaie... Leonardo Vargas reprend les codes sociaux de cette scène pour les interroger et réinterpréter l'espace pictural.

 

 

© Crédit photo : Leonardo Vargas, figure no 3. 

 

 

Il poursuit sa recherche avec des œuvres de Watteau ou de Vélasquez et réactive ainsi notre regard sur le passé en conférant une âme aux images qui hantent notre imaginaire, voire notre inconscient collectif.

 

 

© Crédit photo : Leonardo Vargas, figure no 4. 

 

 

L'image irréelle de l'infante Marie-Marguerite de Vélasquez nous revient, familière, elle traverse le continuum de l'espace-temps, nous interpelle au-delà de la toile par un regard qui transcende les limites les plus extrêmes de l'existence.

Heidegger nous le disait : « L'art révèle et fait éclore l'être de l'étant », autrement dit, l'art participe d'une présence qui s'ouvre et se referme dans le même temps.

 

© Crédit photo : Leonardo Vargas, figure no 5.

 

 

Indéniablement, Leonardo Vargas possède l'art de « réanimer » la peinture de Vélasquez, au sens propre du terme, en lui octroyant une âme nouvelle.

Par-delà l'espace-temps, l'artiste renoue le dialogue avec Vélasquez et nous offre ainsi une relecture de l'histoire de l'art..

 

Le peintre colombien fasciné par les images ne cesse de se les réapproprier et de les décliner sous toutes les formes. C'est ainsi qu'il s'est tourné vers la photographie et les daguerréotypes dont l'alchimie et la fragilité nous renvoient des images éphémères et qui, pourtant, ont partie liée avec l'illusion de l'éternité. N'oublions pas que le mot magie est l'anagramme de celui de l'image !


 

Crédit photo : Leonardo Vargas, figure no 6.

 

 

Le portrait qu'il tire du daguerréotype d'Emily Dickinson la « réimmortalise » sur la toile, inoubliable à jamais telle une apparition familière et cependant fantomatique…

 

© Crédit photo : Leonardo Vargas, figure no 7.

 

 

Pourquoi Leonardo Vargas privilégie-t-il les portraits de femmes jusque dans les images publicitaires de nos magazines qu'il reprend et élève au rang de toiles peintes ?

Peut-être, explique-t-il, parce que ce sont les femmes aujourd'hui qui posent longuement pour des images sur papier glacé à l'instar des personnes représentées sur les premières photographies d'antan.

Depuis 2019, les visuels tels ceux empruntés à Gucci inspirent l'artiste, il sublime les visages et les corps des femmes dans une flamboyance qui les magnifie et les transfigure.

C'est ainsi que l'on peut retrouver côte à côte l'image d'Emily Dickinson dialoguant avec celle d'un mannequin d'un magazine de mode.

Leonardo Vargas a trouvé la clé qui lui permet d'abolir le temps et de s'affranchir des codes de l'histoire de l'art dont il brouille les frontières et les repères.

 

© Crédit photo : Leonardo Vargas, figure no 8.

 

 

Ces femmes parfois surgies d'outre-tombe qui se mirent dans nos yeux nous renvoient clairement à notre échéance inéluctable, elles sont nous, nous sommes elles.

Les dernières toiles de Leonardo Vargas qui ne sont autres que des bouquets de lumière où les fleurs fanées nous parlent de vanités à l'instar de crânes humains, de sabliers ou de montres, nous laissent pressentir notre indicible finitude.

 

Crédit photo : Leonardo Vargas, figure no 9.

 

 

Les fleurs fanées symbolisent sans détour notre mort, à nous d'en interpréter les signes inscrits dans notre chair. Les œuvres de Leonardo Vargas ne nous apprennent pas autre chose que ce nous expliquait Montaigne, à savoir l'art d' appréhender notre mort pour mieux l'apprivoiser.

 

 

© Crédit photo : Leonardo Vargas, figure no 10.

 

Leonardo Vargas le fait avec la grâce de son talent empreint de poésie, chacune de ses œuvres distillant cette beauté mourante qui rend visible l'invisible tout en n' ayant de cesse de nous mettre au monde.

 

 

© F. Urban-Menninger

© Illustrations, L. Vargas.

 

 

* Voir URL.

https://www.bertrandgillig.fr/fr/Artistes/Leonardo-Vargas-130.html

** Voir aussi le site de l'artiste peintre, URL.

http://leonardovargast.com/

 

***

 

Pour citer cet texte inédit

 

Françoise Urban-Menninger, « Rencontre avec Leonardo Vargas, peintre colombien » entretien illustré par des peintures de l'artiste, Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Numéro Spécial | Printemps 2022 « L'humour au féminin » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 13 février 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/ns2022/fum-leonardovargas

 

 

 

 

Mise en page par David Simon

 

 

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11 janvier 2022 2 11 /01 /janvier /2022 15:46

 

REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Dossier & N° 10 | Célébrations | Dossier mineur | Articles & Témoignages

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Interview avec Dorra Azzouz

 

 

 

 

 

 

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Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

 

Entrevue avec

 

Dorra Azzouz

 

 

© Crédit photo :  Dorra Azzouz, première peinture.

 

 

 

HM – Dorra Azzouz, vous cherchez-vous plus une voie dans le monde de la poésie ou de l’art ? Et lequel de ces deux, s’invite le premier chez vous ?

 

D.A – Pour moi, la poésie et la peinture sont un couple uni, soudé et inséparable. Chacune de ces disciplines n’existe pas sans l’autre dans ma vie personnelle ou professionnelle. Donc, il n’est pas seulement une question d’écrire poétiquement mais aussi et surtout de peindre poétiquement. Et encore, j’écris ma poésie, je la peins, je la sens, je la pense et je la vis pleinement en chaque instant.

Les sentiments qui m’accompagnent s’expriment de la manière la plus spontanée et parfois raisonnée et qui ont cette motivation de vouloir s’extérioriser sur un papier comme sur une toile ; les deux à la fois, en même temps et en parallèle. Ils vont spontanément, naturellement et involontairement ensemble et cela me permet d’être plus créative de plus en plus. Des sentiments qui se manifestent à travers ces deux vaisseaux et qui me sont très productifs et très généreux à mon égard pour alimenter continuellement et fréquemment ma poésie et ma peinture.

 


 

H.M – Comment vous êtes-vous retrouvée dans ce monde poétique et artistique ?

 

D.A – Depuis mes 13 ans, je me cherchais alors je m’enfermais des heures et des heures dans ma chambre afin de trouver cette quiétude et cette paix pour lire et surtout pour rêver. À partir de ces moments d’intimité ou de solitude agréable, j’ai découvert en moi ce talent ou cette envie d’écrire des vers, des lignes, des poèmes, des haïkus ; sans savoir même les nommer ou les intituler comme aujourd’hui, d’ailleurs. Je ne sais pas donner des titres à mes toiles ou à mes textes que rarement ou après un conseil. Tout était fait dans l’immédiateté, dans l’urgence et dans la spontanéité. J’étais trop jeune et je ne comprenais pas vraiment la différence entre rédiger un texte ou un poème mais j’étais complètement prise par l’emprise de la sonorité, du rythme, de la musicalité et de ce soin posé et imposé accordé nécessairement à la similarité vocalique à la fin de chaque vers.



 

H.M – Vous avez évolué dans un univers de mode et de design comme votre biographie le mentionne clairement. Dans ce monde où le côté esthétique est central et primordial, votre orientation vers la peinture est-elle due spécifiquement à ce point-là ?

 

 

D.A – Oui, malgré mes études menées dans le domaine des beaux-arts, je ne vous cache pas que mon amour pour la peinture s’est révélé plus tard et surtout après avoir voyagé et travaillé dans le monde de la mode et du design qui ont profondément influencé mes choix et mes décisions pour me lancer dans cette belle aventure.


 

 

H.M – Quelle est votre astuce ou stratégie pour améliorer votre prestation ou rendement dans l’écriture et dans la peinture ou autrement dit comment pouvez-vous prendre soin de ces deux talents à la fois puisque vous insistez sur leur indissociabilité ?

 

D.A – Mes deux astuces et conseils sont la persévérance et la confiance en soi malgré tous les défis et les contraintes qu’on peut rencontrer dans la vie au quotidien et dans le domaine culturel et artistique qui n’est pas, entre autres, un domaine facile du tout.

Personnellement, j’écris et je peins presque tous les jours. J’adopte mes deux passions comme une discipline régulière car sans le travail constant, on ne saura pas évoluer et on ne saura pas aller trop loin. Je les adapte à mes préoccupations de tous les jours pour ne pas les écarter de mon vécu une seule seconde ou pour ne pas me retrouver étouffée sans moyen d’expression artistique et poétique. Mon amour pour la poésie et pour la peinture me représente en tant que personne et en tant que femme ambitieuse, sensible, immigrée et surtout en tant que citoyenne du monde.

Ce que je suis en tant qu’être se trouve dans mes vers et dans mes toiles et c’est la raison pour laquelle j’ai été créée. Voilà, je le pense de cette manière.

 

 

 

© Crédit photo :  Dorra Azzouz, deuxième peinture. 

 

 

 

H.M – Un rituel de chaque jour pour apprécier et préserver au plus mieux votre créativité et activité artistique et poétique dans un monde qui menace, chaque jour, notre sensibilité et humanité ?

 

D.A – J’écris chaque jour et j’utilise plusieurs langues pour m’exprimer dans ma poésie. J’ai appris à écouter bien et même trop tout au long de ma journée.

J’écoute pour ne pas oublier. J’écoute pour apprendre plus de mots, plus de leçons, plus de sensibilité et pour m’enrichir surtout sur tous les plans. J’écoute beaucoup les autres artistes, les écrivains, les acteurs, les psychiatres et même les histoires racontées par des personnes dans la rue parce que je crois en cette notion d’échange et de partage surtout. J’aime aussi écouter de la musique.

Il m’arrive aussi de me réveiller à trois heures du matin pour écrire des mots qui sauront former au réveil un texte ou un poème puis je prends mon temps pour contempler et méditer cette composition, cette évolution dans le silence absolu. Je prends également mon temps pour regarder attentivement les objets qui m’entourent, les gens qui passent à côté de moi, qui me transmettent une énergie particulière ou différente.  Et mon bonheur suprême et extrême est dans la nature qui m’aide à me ressourcer et à me renouveler.

Pour la peinture, c’est de la mode et de l’architecture d’intérieur que je m’inspire beaucoup surtout pour la combinaison des couleurs qui ne cesse pas de s’enrichir et de se manifester différemment et chromatiquement sur ma toile à chaque fois que je change de lieu, je voyage ou je change de paysage. Aussi, en écoutant de la musique classique, ma main et mon corps accompagnent ces rythmes bien étudiés et bien structurés et cela inspire et nourrit aussi ma touche du pinceau.

 

 

H.M – Vous qui n’avez pas hésité à évoquer dans l’une de vos déclarations que vous n’avez pas fini vos études et que vous êtes fièrement autodidacte dans le domaine artistique ainsi que dans la vie, quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui nous lisent et qui peuvent être dans le besoin d’avoir un conseil bien ciblé ?

 

DA – Comme je l’ai déjà affirmé précédemment, il faut avoir une grande confiance en soi. La sensibilité artistique et poétique est un don divin. Un cadeau du ciel qui est né en nous et pour nous et non pas contre nous.

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas eu de diplôme qu’il ne faut pas continuer à apprendre autrement, à s’éduquer et à s’informer sans retenue. Peut-être, plus librement, plus richement et plus humainement.  Le plus important est de garder cette flamme de curiosité et ne jamais baisser les bras peu importe la délicatesse des situations.  Il faut y croire : « Tout vient à temps à qui sait attendre ». La patience, le courage et la persévérance sont aussi un art. Tenez donc bien, tenez bon et croyez en vous sans cesse et infiniment !

 

 

 

© Crédit photo :  Dorra Azzouz, troisième peinture. 

 

 

 

H.M – L’immigration et la résilience par l’art ? Comment les gérer et les digérer pour faire une force ou pour se remettre debout à nouveau ?

 

D.A – C’est à travers l’art que j’ai pu m’intégrer et que j’ai pu faire face à toute cette ignorance ou indifférence envers la migrante ou l’émigrée que je suis en faisant preuve chaque jour ou à chaque fois que l’occasion se présente à moi, que je ne suis pas une « profiteuse » mais une « travailleuse » des lumières et donneuse de richesse artistique. Cela, je l’affronte avec beaucoup de courage et d’endurance.

Enfin, je reste toujours abasourdie devant cette majorité qui ne croit pas à la force que peut offrir la différence et la diversité par la mise et la remise en valeur de la richesse et la variété des idées humaines quand elles s’unissent et quand elles se présentent ensemble sous une forme d’une belle mosaïque pour le bien de l’humanité.

 

 

H.M – À ma connaissance, vous préparez des publications de poésie dans l’avenir proche. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

 

D.A – Oui, je prépare présentement un blog qui me permettra de publier mes poèmes et mes peintures. Je compte aussi rassembler et publier mes poèmes dans un recueil dès que je vais avoir une réponse favorable de la part de l’une des maisons d’éditions que j’ai pu contacter, dernièrement. J’attends encore et je garde toujours espoir. Sinon, je contacterai d’autres éditeurs jusqu’à ce que mon recueil voie le jour un jour. J’ai la totale et l’entière conviction que j’ai un cadeau à partager avec le monde tôt ou tard. Il sera donc prochainement entre les mains et sous les yeux de qui saura l’apprécier.  Je publie pour être lue et pour promouvoir les bonnes valeurs surtout de l’échange et du partage.

 

 

© Crédit photo :  Dorra Azzouz, quatrième peinture.

 

 

 

H.M – Avez-vous un projet d’exposition artistique de vos tableaux quelque part ?

 

D.A – Pour l’instant, je préfère finir ma nouvelle collection ; une collection monochrome qui sera différente de sa précédente qui était imbibée de couleurs. Et comme toujours, je me rendrai à des galeries habituelles ou nouvelles pour les exhiber.

 

 

H.M – Avant de vous laisser partir et avant de vous dire merci de ce bel échange, quel est votre mot de la fin ou que proposez-vous comme recettes de vie qui peuvent nous servir toutes et tous dans notre vie ?

 

D.A – Si vous aimiez ce que vous faites, vous aimeriez ce que vous êtes. Croyez en vous, vous êtes la seule ou le seul à avoir cette capacité et à savoir la valeur de ce cadeau qui est le talent. Rappelez-vous que même les jumeaux ou les jumelles n’ont pas les mêmes empreintes et là, je ne parle pas seulement de l’acte d’écrire ou de peindre mais aussi de celles ou ceux qui aimaient cuisiner, préparer des gâteaux, faire de la broderie ou coudre (etc.) parce que tout travail manuel fait par la passion est un art. Et malgré le rejet et toutes les misères du monde et malgré la faim et la soif dans le sens vrai ou figé, avec l’amour, tout peut s’affronter et s’affranchir surtout si vous tenez bon et vous ne résignez pas.

Elle viendra, cette personne qui croira en vous, et oui ! Une seule suffit et tout se déclenchera et ne s’arrêtera jamais. Affichez-vous sans honte et sans crainte. Ne restez surtout pas caché-e-s et dépassez vos doutes et peurs.

Rassurez-vous que tous les mensonges du monde ne sachent jamais vous freiner, si vous ne les écoutez pas.

 

 

© H. Marouani

 

 

Biographie de Dorra AZZOUZ

 

 

© Crédit photo : Portrait de la poète Dorra AZZOUZ.

 

 

 

Prénom & nom : Dorra AZZOUZ

Profession : Poète et Peintre

Pages Facebook : DORRA /Poetry

Dora Az/ Art Création

Instagram : dora_artist_

Blog et site internet sont en cours de réalisation. 

 

 

Dorra AZZOUZ, est née à Tunis le 20 décembre 1973. Elle a fait des études dans le domaine des beaux-arts à l’École d’Art et de Design (EAD) en Tunisie. Elle a travaillé aussi en tant qu’hôtesse de l’air dans la compagnie aérienne Kuwait Airways au Koweit pendant quelques années pour réussir à bien s’intégrer dans les plus prestigieuses maisons de haute couture et de mode comme : Chanel, Valentino, Bulgary aux Émirats Arabes Unis en occupant, en leur dedans, le poste d’assistante de vente. Elle a enseigné l’art au consulat Français d’Abou Dhabi et continue à le faire jusqu’à nos jours dans de divers centres culturels finnois. Elle ne se lasse pas de découvrir le monde et de se découvrir par elle-même et pour elle-même afin de donner le meilleur d’elle-même et afin de servir poétiquement et artistiquement le monde dans lequel nous vivons par ses mots réconfortants et ses couleurs éclatantes.

 

Elle a participé à plusieurs expositions et anthologies artistiques et elle a cité à titre d’exemple le travail collectif qui a regroupé des écrivains de plusieurs nationalités dans le cadre d’une collaboration avec l’université de Tampere en Finlande.

 

Il s’agit bel et bien d’un travail collectif qui a été mis déjà en ligne sur le site Amazone et qui s’intitule :  « Opening Boundaries Toward Finnish Heterolinational Litratures », édité par Mehdi Ghasemi. Aussi, elle a participé avec SKS « The Finnish Literature Society » par un récit qui raconte l’histoire d’une réfugiée et ce travail est en cours de publication. Un programme riche d’expositions artistiques à Helsinki est en perspectives dans plusieurs endroits comme à la Galleria Fogga, au centre culturel Caisa, à la Galleria Kookos, à l’Ambassade de la Tunisie, au centre culturel français (...)

 

Extraits poétiques 

 

Certains de ses poèmes publiés sur les réseaux :

© Crédits photos :  Dorra Azzouz, poèmes visuels

poème photographie Dorra Azzouz 2.jpg

 

 

© D. Azzouz

 

 

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Pour citer ce témoignage

 

Hanen Marouani, « Interview avec Dorra Azzouz », texte inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne-Hiver 2021-22 « Célébrations » & Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1mis en ligne le 11 janvier 2022. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/no10/hm-dorraazzouz

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 09:06

 

​​REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

 

 ​​​​Interview de

 

 

 

Samar Miled

 

 

 

 

 

 

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Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

 

Entrevue avec

 

Samar Miled

 

 

 

 

 

 

© Crédit photo : Image de couverture du recueil de Samar Miled. 

 

 

 

Résumé 

 

​​​​​​ Samar Miled, fille de Kerkennah, certes, mais aussi fille de cette belle et riche Tunisie qu'elle chante, qu’elle écrit, qu’elle décrit et qu'elle respire. Son amour pour ce pays, pour ses vieilles ruelles et villes, pour ses petits bonheurs, pour ses traditions distinguées, ses parfums enfouis et mélangés, ses mots de terroir et tiroir et ses contrastes, l’a poussé toujours à parler de ce petit pays en évoquant ses irrésistibles modes de séduction, ses petits bonheurs, les histoires de sa grand-mère et ses saveurs qui habitent chaque pas, chaque étape de sa vie, chaque pensée et chaque âme entre et sur les murs.

 

​​​​​​ Et qui ne peut pas succomber au charme de la Méditerranée, de la Terre natale et de la Médina ? Ce n'est pas difficile de séduire les lecteurs avec ces clins d’œil, parce que l’Orient, le Maghreb et les traits berbères séduisent déjà encore et comme toujours. Ses plongées et expériences dans ce domaine, récemment ou même avant, avec des réserves, lui ont donné envie d'explorer de nouvelles pistes, de proposer de nouvelles idées, de penser autrement pour donner un nouveau souffle à la poésie d’aujourd’hui dans son pays ou ailleurs, de prendre des risques ou des contacts, d'exprimer son amour pour ce pays et pour le monde autrement par l’expression de sa totale solidarité au profit des droits de femmes dans son pays et dans le monde. 

 

​​​​​​ Ses prochains livres ou recueils qui vont suivre seront certainement différents mais toujours avec la même âme et émotion, le même humanisme et surtout avec une touche et un style, inspirés de l’Orient. Son premier livre, Tunisie Sucrée-Salée, constitue un hommage à la Tunisie post-révolutionnaire et à la réalité douce-amère.

 

 

Entretien

 

 

1– Qui êtes-vous Samar, une femme à âme orientale en quête des mots et des expressions françaises adéquats à ses humeurs, origines et émotions orientalistes,  une poètesse décalée et révoltée qui défend les femmes “sans-voix”, une passionnée des mots, une francophone avec l’esprit dans la lune de l’orient, ou autre ? 

 

 

SM Merci pour cette belle question, mais avant de rentrer dans les détails, j’ai envie d’interroger le terme “orientale” et ses déclinaisons. Il me semble qu’une mise au point s’impose avant de poursuivre notre conversation. J’ai presque envie de répondre à votre question par d’autres questions : y-a-t-il une âme orientale et qu’est-ce qu’une émotion orientaliste ? Parallèlement, y-a-t-il une âme occidentale et une émotion occidentale ? Les émotions sont-elles propres à “l’Orient”, et ce, par opposition à quel autre qualificatif ? On se pose rarement les mêmes questions pour décrire l’Autre, non-oriental. C’est donc cette généralisation qui me dérange, dans le sens où, en utilisant l’épithète “orientale” pour confirmer mon appartenance à toutes les femmes “orientales”, j’ai peur de tomber inconsciemment dans une généralisation qui effleure le stéréotypé, et efface par conséquent l’individu,  son âme  et ses émotions personnelles ainsi que ses facultés intellectuelles. Vous devez certainement reconnaître dans mes propos, mon orientation décoloniale qui m’oblige à m’arrêter sur certaines terminologies, et désobéir linguistiquement et épistémologiquement, avant de répondre à toute question liée à l’identité et à l’appartenance. Sur cette note, pour revenir à votre question, je dirais que je suis, exactement comme vous m’avez décrite : “décalée et révoltée”. Ma longue introduction ne fait que le confirmer. J’écris souvent pour déconstruire et critiquer, parce que je n’arrive pas à n’écrire que pour rêver. Le réel est beaucoup trop réel pour que mes vers s’éclipsent derrière les étoiles. Je fais donc du poétique baignant dans la politique. La poésie est l’espace de l’infini linguistique : elle permet aux mots de se multiplier pour s’aligner dans des combinaisons illimitées et inimitables. C’est de cette "dissémination" si chère à Derrida que je parle. Ces possibilités inépuisables offertes par la poésie me permettent de recueillir des témoignages et d’inventer des histoires, afin de multiplier les voix, et de faire parvenir tous les cris.  

 

 

2 – À quel âge avez-vous écrit votre premier texte et pourquoi avez-vous choisi la poésie pour vous exprimer en tant que jeune femme tunisienne et orientale et surtout de formation littéraire ? 

 

 

SM – J’ai écrit mon premier roman à l’âge de treize ans. C’était une imitation amusante et passionnée d’Harry Potter, mais en version féminine. C’est en écrivant les aventures de ma sorcière préférée que j'ai découvert ma passion pour l’écriture...et pour le féminisme. C’était une expérience unique, que je n’oublie pas. Je n’ai jamais cessé d’écrire depuis, mais la qualité de mes textes a évolué au gré de mes humeurs. C’est ce qui explique peut-être le choix de la poésie ? J’ai toujours écrit des textes courts et rythmés : l’expression d’une émotion passagère, d’un trouble bref mais intense, auquel même une infinité de larmes ou de rires n’aurait su rendre justice. Cette passion précoce pour l’écriture a facilité mon choix de poursuivre des études littéraires, qui m’ont permis par la suite d’enrichir mon vocabulaire, d’affiner mon style, et de confirmer mon besoin d’écrire pour me définir et mon envie de publier pour partager. 

 

 

3 – Voyager entre les goûts sucré et salé, l’orient et l’occident, l’arabe et le français, l’identité et le déracinement, l’avant et le maintenant, qu’est-ce que cela peut vous dire pour mieux nous le dire ?

 

SM J’aime beaucoup cette question, et en particulier votre manière de faire dialoguer les contraires. Cette association des contraires me définit assez bien. Avant de prendre la décision de traverser les frontières, je n’avais jamais quitté ma zone de confort et je ne remettais jamais rien en question. À force de vivre dans un seul endroit, d’ouvrir les yeux sur un seul paysage et tous les jours, sur les mêmes visages, on finit par voir sans regarder, par côtoyer sans aimer parfaitement. La stabilité m’était pratique, mais elle m’avait fait perdre le goût des « menus plaisirs du quotidien » (pour reprendre le titre d’un texte très peu connu de Charles Nicolle). Le voyage physique m’a permis de vivre l’expérience du manque et de l’éloignement. C’est comme ça que j’ai pris conscience de la beauté et de la bonté de mon pays : de ses goûts authentiques et des valeurs des miens. Le déracinement m’a permis de retrouver mon pays à travers les sentiments, exprimés en mots et en poésie. Le manque nourrit l’amour et le départ anticipe le besoin de rentrer.

 

 

4 – Peut-on aspirer à un avenir meilleur grâce à la poésie en associant “Orient “et “Occident” et s’agit-il d’une tâche plus ou moins accessible grâce aux efforts de la femme orientale ou maghrébine et arabe comme vous voulez être présentée car maintenant on voit beaucoup de jeunes femmes poétesses qui font revenir à la poésie sa flamme et son rôle réconciliateur (dans la scène politique), tel est le cas aux États-Unis où vous vivez actuellement ? 

 

SM – En allant aux États-Unis, j’ai fait l’expérience d’une distance physique mais surtout académique, qui m’a permis de redécouvrir les études francophones. En Tunisie, mes études littéraires étaient centrées sur la littérature franco-française, et les voix maghrébines (et surtout tunisiennes) n’étaient pas assez présentes. J’ai eu une excellente formation dans mon pays, c’était un réel plaisir de côtoyer les auteurs français à travers des siècles de langue et de littérature. Toutefois, je réalise aujourd’hui, que je les admirais sans pouvoir m’identifier à leur expérience et sans pouvoir me retrouver dans leur contexte. Je suis heureuse de constater aujourd’hui, que la littérature tunisienne d’expression française est en train de regagner du terrain et de s’épanouir en Tunisie. De plus en plus de communications portent sur des travaux francophones. Ce n’est peut-être pas un hasard que ce changement coïncide avec la Révolution. L’absence des voix tunisiennes de mon parcours universitaire s’explique peut-être par plus d’un siècle de colonialisme et de dictature. 


 

 

5 – Qu’est-ce que révèle le titre de votre recueil « Tunisie : Sucrée-Salée » par rapport à la vision orientaliste et à la figure de la femme orientale ? Pourquoi ce titre ?

 

SM On peut relever deux niveaux d'interprétation : « Tunisie : Sucrée-Salée » renvoie d’une part à ma gourmandise, et donc littéralement à nos plats/produits tunisiens, à mes “madeleines” à moi, pour reprendre la délicieuse image de Proust ; et il réfère d’autre part, d’une manière beaucoup plus métaphorique, à la réalité tunisienne que je retrouve à chaque voyage. Les paysages et les visages que je rencontre ont un goût sucré, mais la réalité politique postrévolutionnaire m’exaspère. Elle a le goût du sang et des larmes, et celui d’une Méditerranée qui trahit ses enfants, les engloutit et les expatrie. 


 

 

6 – Que met-il en lumière ou qu’interroge-t-il dans le contenu de votre recueil « Tunisie : Sucrée-Salée » ? Et pour argumenter votre réponse, pouvez-vous nous citer quelques vers de votre recueil qui peuvent ? 

 

SM – Mon recueil met en lumière la lumière du pays, le sourire de son soleil et la douceur de ses produits. Mais aussi, et je le dis à contre cœur, tout ce qui nous arrache le cœur, et nous coupe le souffle à force de nous étouffer, à savoir, le système politique et l’intolérance de certains individus qui font la guerre à la différence. J’écris donc pour certains et certaines, et malgré les autres ; et je tente toujours de convaincre mes lecteurs de ne jamais céder à la haine du pays et au désespoir, parce que la terre est comme cette famille qu’on n’a pas choisie mais qu’on aime à mourir : elle nous porte dans son ventre, nous nourrit, nous apprend ses traditions, nous caresse de son soleil, mais parfois, elle nous néglige et nous oublie : 

 

Mais mon ami, mon frère, que peux-tu bien faire ? Cette vieille dame est ta mère… Aime-la quand-même. Aime-la comme je l’aime ; et même quand elle n’est plus tendre, il faut l’aimer comme un fou, et toujours tendre l’autre joue. (Extrait du poème « Aimer d’amour ») Tunisie : Sucrée-Salée, Éditions Nous, Tunis 2021. 


 

 

7 – C’est toujours beau et lyrique de chanter l’amour, de l’écrire et de le décrire surtout sous ses plusieurs formes et diverses pratiques. Quelles étaient vos premières intentions et impressions majeures lors de son écriture surtout qu’on entend parler souvent que les femmes commencent à écrire trop tôt mais elle préfère ne pas le dire ou ne pas être dévoilées voire publiées ? Est-ce de la pudeur purement orientale ou c’est un choix proprement “Femme” ? S’agit-il d’une contrainte ou d’une maturité ? 

 

 

​​​​​SM J’ai fait une agrégation de français avant d’entamer mon doctorat, et ce genre d’études vous offre une relation privilégiée avec la littérature : on explore les textes littéraires et on en décèle parfois les secrets les plus subtils, toutefois, cohabiter avec les Grands auteurs peut s’avérer très intimidant quand l’envie nous prend de les imiter et de voler de nos propres ailes. J’ai attendu longtemps avant d’écrire librement, parce que dans mon rôle d’étudiante, j’avais surtout appris à être une “lectrice” assidue, et non une “écrivaine”. Aujourd’hui, après cette longue histoire d’amour avec les livres et les mots, j’arrive enfin à m’exprimer sans contraintes.  

 

 

 

8 – Que peut apporter la poésie qu’aucun autre art ou genre littéraire ne peut apporter pour la femme orientale qui a vécu et vit encore des circonstances difficiles dans le sens culturel et dans le domaine de la liberté de l'expression ?

 

SM La poésie apporte à chaque femme qui en a besoin du réconfort. Parcourir un poème dédié à une femme doit être un moment de paix et de solidarité. Quand j’ai écrit “Arbia”, j’ai dit à toutes les “mariées condamnées” qu’elles n’étaient pas seules et que je continuerai de crier au nom de celles qui n’ont plus de voix, jusqu’à en perdre ma propre voix. 

 

 

9 – Où se trouvent, selon vous, les goûts sucré et salé, dans votre pays, à l’étranger, dans le contact direct avec la société, dans ces mots si précis ou ambigus qui sont  l’« Orient », l’« Orientalisme », et l’« Orientale », ou dans le contraste que représente pour vous et pour chacun de nous « l'Occident » ? 

 

 

SM Tout ce qui est sucré nous monte à la tête à bout portant, le sucre nous donne comme une ivresse, et la Tunisie, et par Tunisie, j’entends la terre et la mer, est enivrante comme ses gâteaux au miel. Ses bougainvilliers, son jasmin, ses eaux émeraudes, l’air de la méditerranée, ses ruelles qui sentent le café, ses chats, ses soirées chantantes, ses appels à la prière, son humour que seuls ses enfants arrivent à comprendre, ses révoltes qui nous secouent, le chant du coq dans le quartier populaire: qui à force de chanter, nous réveille  et nous voilà qui ouvrons enfin les yeux sur cette lumière qui nous éclabousse et quelle lumière… Celle pour laquelle peut-être, l’Occident aurait créé “l’Orient”, l’aurait rêvé et fantasmé, et aurait un jour peut-être, décidé de se l’approprier.  

 

 

10 – TESTOUR est le premier titre de votre recueil. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’Histoire de l’une des plus anciennes villes de la Tunisie et qui est à quelques kilomètres de la capitale ; ses symboliques de liaison entre les orientaux et les occidentaux ? 

 

SM C’est l’empreinte andalouse de cette ville si plaisante, qui la rend si irrésistible, et qui permettrait ce rapprochement symbolique entre les orientaux et les occidentaux. Mon recueil s’ouvre sur Testour, parce que c’est une ville qui m’a inspiré une tranquillité indispensable pour mes promenades poétiques. 

 

 

11 – Avec ou après la publication de votre premier recueil, qu’est-ce qui a changé en vous : votre sensibilité, votre regard projeté sur le monde, votre style d'écriture, vos intentions, vos réflexions ou vos mots ? 

 

SM Tunisie Sucrée-Salée m’a rendue plus sensible à ce qui m’entoure. J’observe tout avec des yeux gourmands et un cœur insatiable. Je suis attentive aux détails du quotidien auxquels je ne donnais pas d’importance auparavant. Autour de nous, tout est susceptible de nous faire sourire ou de nous attendrir, il suffit de tendre l’oreille ou de s’arrêter un moment pour voir. Mon recueil me donne aussi faim d'écrire : je veux dire plus, écrire différemment, changer de style ou le perfectionner. Tunisie Sucrée-Salée n’est pas une fin en soi, ce n’est que le début d’une belle traversée “solitaire” : mes mots, moi, et le silence. 

 

12 – La poésie semble ne plus être encore au goût sucré du jour en ce qui concerne le nombre de ses lecteurs. Un sondage effectué en décembre dernier sur Internet (Odexa pour le SNE) a démontré qu’elle était placée même avant dernière et le roman était en première position comme prévu déjà. Qu’est-ce que l’Orient vous inspire de meilleur et de merveilleux dans le passé que maintenant ? Que proposez-vous pour faire revenir ce goût délicieux aux lecteurs d’aujourd’hui ?

 

SM – Je veux écrire “à l’orientale” pour rendre à César ce qui est à César. Ecrire “à l’orientale” de mon point de vue “oriental”, me confère la possibilité de restituer à “cet Orient” ce qui lui est propre, d’une manière authentique et sincère. Lire de la poésie engagée, féministe et “orientale” devient un acte quasi révolutionnaire. Par ailleurs, la poésie nous permet de renouer avec notre sensibilité, avec ce qui nous touche et ce qui est humain en nous, elle nous éloigné le temps d’une lecture de la réalité matérielle qui nous opprime. Je rappelle aussi au lecteur, qu’un poème est une forme condensée du roman. On quitte chaque poème comme on quitte une centaine de pages. On vit la même séparation, le même plaisir avec la même intensité, mais plusieurs fois : c’est là toute la magie de la poésie. 

 

 

13 – Samar Miled, êtes-vous une orientaliste ou femme orientale dans le cours de votre vie ou dans votre pensée et style d'écriture ? Si oui, quelles sont les figures des artistes, écrivaines ou poétesses orientales ou orientalistes que vous lisez ou que vous voulez découvrir et qui ont influencé d’une manière ou d’une autre, explicitement ou implicitement votre  façon d’agir, d’être et de projection ? 

 

SM – Je suis Tunisienne, Africaine et Méditerranéenne. Je suis aussi Arabe et Musulmane. Et je suis enfin Francophone. Je suis peut-être orientale dans mon style d’écriture, parce que je mélange les goûts et les couleurs, les langues et les dialectes dans un tourbillon de mots chauds comme notre été et révoltés comme notre Printemps. Parmi les écrivains / poétesse / philosophes (Africaines et “Orientales”) que je prends beaucoup de plaisir à lire et à découvrir, je citerais : Léonora Miano, Awa Thiam, Emna Belhadj Yahia, Soumaya Mestiri, Assia Djebar, Fatima Mernissi, Nawal El Saadawi, Saba Mahmood et Lila Abu Lughod. 

 

 

 

14 – Pouvez-vous à la fin de cet entretien, s’il vous plaît, nous parler de vos prochains projets d’écriture ? 

 

 

SM – Je suis actuellement en train d’écrire une lettre à ma grand-mère, paix à son âme : il s’agit d’un hommage à tous les cheveux gris qu inous accompagnent sans trop se plaindre. C’est un texte très personnel, dans lequel la figure de la grand-mère me ramène à un passé familial affecté par la perte. C’est un texte particulièrement douloureux : sur la Femme, sur l’Écriture et sur le Deuil. Mais comme je veux vous quitter sur une touche “Sucrée”, j’ajouterais que c’est un texte émouvant certes, mais conduit et inspiré par mon amour inépuisable pour ma famille et pour la vie.

 

 

© Crédit photo : Image Portrait photographique de Samar Miled. 

 

 

Biographie de Samar MILED

 

 

Samar Miled est née en Tunisie en 1991, elle a fait ses études à l’École Normale Supérieure de Tunis et a obtenu son diplôme d’agrégation en langue, littérature et civilisation françaises en 2015. Elle a enseigné à Tunis et à Chicago, et elle poursuit actuellement un doctorat en études francophones postcoloniales à Duke University aux États-Unis. Son premier livre, Tunisie Sucrée-Salée, (Éditions Nous, Tunis, 2020) constitue un hommage à la Tunisie post-révolutionnaire et à la réalité douce-amère.

 

 

© HM, JUILLET 2021.

 

 

 

Pour citer cet entretien-témoignage inédit

 

Hanen Marouani, « Interview de Samar Miled », texte inédit, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1mis en ligne le 8 septembre 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/hm-samarmiled

 

 

Mise en page par Aude Simon

Dernière mise à jour : 13 septembre 2021

(ajout de la photographie de Samar Miled)

 

© Tous droits réservés

 

Retour au N° 1

30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 09:35

 

N° 10 | Célébrations | Entretiens poétiques, artistiques & féministes 

​​

 

 

 

 

 

 

Interview à propos de

 

 

 

« Vi♀lence(s) »

 

 

 

de Paule Andrau

 

 

 

 

Propos recueillis par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

Photographie par

 

Gilles Nadeau

 

 

 

 

​​​​​​© Crédit photo : "Paule Andrau", Juin 2021, cette photographie inédite a été prise par Gilles Nadeau. 

 

 

À lire aussi :

 

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES A RENCONTRÉ PAULE ANDRAU :

 

 

 

 

1 Comment l'humanité en est arrivée à ces « Violence(s) » faites aux femmes ? Si l'on en croit Olivia Gazalé dans son ouvrage « Le mythe de la virilité », c'est ce mythe qui est devenu le fondement de l'ordre social et par conséquent l'une des raisons essentielles des violences infligées aux femmes…

 

 

Paule Andrau – La violence semble liée intrinsèquement à l’humain : les récits des origines fondent la vie sur la violence – Caïn tue son frère Abel, Chronos dévore ses enfants, Romulus tue Rémus en fondant Rome. Vie et violence sont liées de façon immémoriale : notre langue, par son enracinement grec et latin, en témoigne : même racine grecque pour ο βιος (masculin) la vie, et η βια (féminin) la force ; le « biologique » est à la fois expression de la vie et témoignage d’une violence  – celle qui intervient dès la naissance avec cette « violence » qui nous est faite pour entrer dans le monde des vivants. En latin, même racine entre vis, la force, vita, la vie et… vir l’homme, le masculin : quand on sait que dans la genèse des langues anciennes, r et s sont interchangeables (phénomène de rhotacisme qui peut s’inverser), cela fait réfléchir.

Jeter un regard sur l’Histoire amène à percevoir que la femme est par nature l’objet et le lieu de la violence, qu’elle soit familiale, conjugale, sociale. Dans Masculin, Féminin. La pensée de la différence, Françoise Héritier, grande anthropologue, cherche à comprendre la hiérarchisation des sexes à partir des « systèmes de parenté » et elle souligne l’inégalité des relations intrafamiliales selon que l’individu est masculin ou féminin. Cette relégation des femmes au second plan constitue une « différence » qui organise le devenir des femmes. Olivia Gazalé choisit d’étudier « le mythe de la virilité »  et de le déconstruire, dans son essai éponyme et, face au pessimisme de Françoise Héritier qui considère que les sociétés s’érigent sur des invariants, elle souligne les avancées que la réflexion sur la place des femmes a connu depuis l’époque du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. 

Mon roman Vi♀lence(s) n’est ni une analyse ni une étude - les travaux précités se suffisent à eux-mêmes. Il restitue les paroles des femmes qui ont trouvé un écho en moi, bien avant le phénomène déclenché par #Metoo. En ce sens, il est un cri jeté à la face des silences qui engloutissent et effacent tant de destins féminins ignorés, il est une protestation contre l’indifférence, le mépris, l’ignorance. Mon roman tresse, en toile de fond, les paroles de trois femmes, 1, 2, 3, qui n’ont pas le même âge, le même statut social, le même vécu et qui pourtant, illustrent, en écho, la réalité des femmes : menstruations, sexualité, maternité, charge mentale, ménopause, incommunicabilité, vieillesse, solitude et abandon.  On comprend au cours de leurs énoncés parcellaires que le roman juxtapose et construit – mais on sent bien qu’ils pourraient être simultanés comme chez Michel Vinaver – qu’elles sont dans un lieu commun, pour des raisons différentes, un de ces couloirs d’hôpital, pas vraiment salle d’attente, où se trouvent répertoriés souffrants et accompagnants dans un ordre seul connu des administratifs ou des urgenciers. Leur plongée dans ce qu’elles ont été est une tentative dérisoire contre la défection de tout l’être que produit toujours la proximité de la mort – de soi ou de l’autre. Dans leur dérive viennent s’inscrire les paroles d’autres femmes, tout aussi niées que les leurs, celles qu’on voit passer sur les brancards, objet d’interrogations ou de commentaires et qui se trouvent là aussi dans une nouvelle forme de l’antichambre de l’enfer.

 


 

2 – Y aurait-il d'après vous un inconscient collectif qui s'est forgé au fil du temps concernant ces violences ?

 

 

Paule Andrau – Les femmes taisent leurs sentiments profonds parce que, même quand elles pourraient parler, elles s’autocensurent : elles ont été façonnées par des millénaires d’oppression tacite qui est le fruit des conventions. Pendant des générations, les femmes ont intégré à leur vie les diktats des pères et d’une éducation qu’on a commencé à remettre en cause, en Occident, dans la deuxième moitié du XXe siècle. Mais pour un grand nombre de femmes dans le monde, la violence qu’elles subissent est un fait de société incontestable : selon un rapport de l’ONU, 47% des femmes dans les pays non occidentaux n’ont pas la libre disposition de leur corps. Le dernier forum de « l’ONU femmes » a qualifié la violence qui leur est faite de « pandémie de l’ombre ». Ce terme rappelle à quel point, jusque dans la postulation de leur liberté, les femmes sont entravées par les modèles intimement inscrits en elles, dès l’enfance, par la société ; même si leur expérience personnelle est différente, les femmes se retrouvent sur des thématiques communes : leur rapport au corps, au sexe, au couple, à l’enfant, à la famille.

Mais quel que soit leur statut social, toutes les femmes, même si elles ne l’ont pas éprouvée dans leur être, connaissent ce qu’on appelle aujourd’hui la « culture du viol ». Aussi, dans la trame des paroles inaudibles que restitue mon roman Vi♀lence(s) s’insèrent les paroles des femmes dont le sort a fait la une des journaux, inscrites dans la mémoire collective des femmes. Si le romancier est comme le disait Marguerite Duras une « chambre d’échos », mon roman amplifie et renvoie à son lecteur la parole confisquée de celles qu’on ne peut effacer : la femme ménopausée au bord du délire, la paria indoue – historique – apôtre des désespérés, la mère meurtrière d’un fils drogué, la fille victime de l’inceste paternel, la brillante élève découvrant son excision, les trois assassinées après leur viol, la déportée devenue juste, la cancéreuse au bord de la mort, la mariée de force,  la mater dolorosa, la femme devenue lesbienne… Toutes inaudibles, anonymes, « héroïnes » malgré elles de faits divers violents, de faits de société passés sous silence. 

Pour Simone de Beauvoir – Le Deuxième sexe –, il n’existait pas de « condition féminine » – par référence à des catégories qui avaient cours à l’époque comme la « condition ouvrière », la « condition paysanne », le monde bourgeois, l’intelligentsia – parce que la femme était le prolongement d’un homme et partageait le statut de celui-ci. Mais les mouvements féministes successifs, l’activisme pragmatique de Gisèle Halimi créant Choisir la cause des femmes, ont fait émerger un « continent » jusque-là occulté. Les paroles des personnages de Vi♀lence(s)  construisent peu à peu la réalité d’une condition féminine qui est celle de l’« expérience du ventre ». Où qu’elles se situent dans la société et quelle que soit leur génération, les femmes ont éprouvé ou connaissent, par proximité – avec d’autres femmes –, par ouï-dire – à travers ce qu’elles lisent –, ce qui découle de leur statut de femme :  la sexualité avec l’indétermination qui commence enfin à être levée sur le consentement, le viol, l’inceste ; la différence entre érotisme et pornographie ; les règles, l’endométriose, la ménopause ; la grossesse,  la contraception et l’avortement ; la maternité choisie, le couple, la charge mentale, le divorce ; la question de « genre »… La réalité des femmes qui est si étroitement liée à leur condition biologique commence seulement à être questionnée, à être reconnue : la même solitude, le même malentendu – affectif, familial, social – malgré les fausses libertés et la plénitude de façade que tous les médias s’accordent à leur conférer. Contre un inconscient collectif victimaire et résigné, les femmes, depuis cinquante ans, ont construit une conscience,  elles deviennent membres du « peuple de la fente » : le vécu féminin est étroitement lié, chez elles, à l’intime.

 

 

 

3 – Quel est votre avis sur les religions, l'éducation, la littérature, les médias quant aux problématiques liées aux violences faites aux femmes ?

 

 

Paule Andrau – Pierre Bourdieu, dans son ouvrage La Domination masculine, établit que celle-ci est produite par « un travail incessant (donc historique) de reproduction auquel contribuent des agents singuliers (dont les hommes avec des armes comme la violence physique et la violence symbolique) et des institutions, familles, Église, État, Écoles ». Il souligne que ce processus pérennise des rapports et des structures de domination que les femmes intériorisent. 

Aussi, dans le roman Vi♀lence(s), cette mémoire collective des femmes s’exprime à travers les douze femmes désignées par des lettres : le roman s’ouvre sur l’expression de X. qui se sent investie d’une mission, celle de collecter et de rapporter  ce qu’elle imagine être le discours intérieur des femmes 1., 2., 3. ; ensuite onze autres femmes prennent la relève : elles consignent les interdits qu’elles ont transgressés et  les atteintes qu’elles ont subies. 

Tout dans la littérature et sur les écrans parle aux femmes : les adaptations cinématographiques ou télévisuelles charrient ces destins sacrifiés, celui de la Gervaise de L’Assommoir, de la Jeanne d'une Vie et tant d’autres – destins conçus par des hommes. Surtout l’actualité avec son lot quotidien de féminicides et d’agressions forge une conscience collective qui s’exprime aujourd’hui chez les femmes par les mouvements du refus et une littérature féministe de combat. 

Rapportées par les médias, racontées par des femmes à d’autres femmes, transportées par l’Histoire et la littérature, ces « récits » parcellaires construisent une conscience féminine polyphonique.

Depuis quarante ans des ouvrages ont brisé les interdits : en 1986, la voix d’Eva Thomas dévoile l’horreur de l’inceste dans Le Viol du silence, elle témoigne à visage découvert dans l'émission, Les Dossiers de l'écran, seule femme face à une dizaine de « spécialistes » de la question, tous masculins. Et en 1992, elle questionne, dans Le Sang des mots, une justice qui condamne pour diffamation les femmes abusées qui ont dénoncé leurs abuseurs. On ne peut pas dire qu’« on ne savait pas ». Dès  1993, Dorothée Dussy, anthropologue et chercheuse au CNRS, publie avec Le Berceau des dominations, Anthropologie de l’inceste, le début de ses travaux qui trouvent leur achèvement en 2013 : son ouvrage est réédité en avril 2021.

Aujourd’hui la parole et la pensée s’émancipent des vieux tabous et les femmes luttent partout pour la reconnaissance : au sein des médias – le témoignage d’une journaliste sportive, « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste », l’affaire Weinstein –, au sein des entreprises, des administrations, cher les « puissants » – Enquête Epstein et Maxwell. 

 

 

 

© Crédit photo : Première de ouverture du livre, image fournie par les éditions Maurice Nadeau. 

 

 

 

 

4 La société devenant de plus en plus violente, les femmes en sont bien souvent les premières victimes, comment combattre ce fléau ?

 

 

Paule Andrau – Dans les sociétés occidentales comme dans les sociétés patriarcales, les femmes restent des sacrifiées, et ce roman, Vi♀lence(s), tente de saisir ces femmes « en éclats » à travers leurs paroles non dites, bruits intérieurs, silences par lesquels elles deviennent invisibles aux autres. 

La solution se trouve dans l’évolution de la loi. 

La loi de 1980 qui a criminalisé le viol en le rendant passible des Assises et en le définissant a été une avancée considérable, la loi Schiappa de 2018 sur les violences sexistes et sexuelles a permis de réfléchir sur l’âge du consentement et de réprimer les formes de harcèlement. Mais il reste encore à prendre en compte la parole des femmes dans les cas de violences conjugales ou sexuelles par une meilleure formation des services concernés et par des moyens. L’Espagne dans ce domaine, fait figure de précurseur : la loi de protection de 2004 et les moyens qui l’accompagnent – tribunaux spécialisés dans les violences faites aux femmes, moyens financiers investis chaque année pour des plateformes de suivi, des hébergements dédiés, des mesures d’accompagnement – ont été renforcés par un plan  « Pacte d’État » en 2017 – 700 millions d’euros par an. Le mouvement de défense des femmes dans la société civile espagnole a été si puissant que le procès en appel de violeurs en groupe – s’appelant  la « Meute » – a débouché sur une condamnation de ceux-ci à quinze ans de prison (2019). 

Il existe bien des « débuts » de solutions mais elles sont inégales en Europe.

 

 

 

5 – N'est-ce pas par les femmes elles-mêmes que l'on pourra endiguer la violence faite aux femmes ? Votre livre en est une avancée essentielle à l'instar du témoignage bouleversant de Marguerite Binoix « Battue » paru il y a quelques années…

 

 

Paule Andrau – Peut-être qu’il est difficile d’accepter les paroles des femmes qui se taisent sur elles-mêmes, qui inscrivent dans leur conscience blessée les injustices faites aux autres femmes, qui ajoutent à leur propre souffrance celles qu’étalent parfois complaisamment les faits divers, les émissions de toutes sortes. Ces femmes qui restent murées dans leurs silences sont partout, invisibles aux autres. Elles continuent à vivre leur vie quotidienne sans que personne ne perçoive leur “parole de dessous”. Elles n’ont pas de nom. Parfois un article de journal, une enquête médiatique met en évidence un cas monstrueux qu’on croit sporadique et exemplaire. Mais chaque femme vit une forme de violence. 

Les témoignages comme ceux d’Eva Thomas, de Marguerite Binoix, de Valérie Bacot – Tout le monde savait – sont essentiels comme leur diffusion et leur réception par la société civile : la parole des victimes, quand elle est entendue « remet le monde à l’endroit » dit Eva Thomas. Le roman Vi♀lence(s) tente de faire exister les voix des femmes tues, bâillonnées par la nécessité de maintenir la famille malgré les violences, la difficulté à vivre hors du conjoint quand elles ne travaillent pas, leur volonté parfois de s’aveugler sur leur réalité.

Pourtant des femmes s’engagent : outre celles que j’ai citées, une spécialiste comme Muriel Salmona, en créant l’association Mémoire traumatique et victimologie, offre aux femmes victimes et à leurs accompagnants informations et formation. Elle a fait émerger des concepts nouveaux propres aux situations d’emprise et de violence sexuelle : ses travaux  donnent des pistes pour reconnaître et protéger les victimes, lutter contre la culture du déni ; ses campagnes d’opinion Et pourtant c’était un viol (2014), Stop au déni (2015) – Les Sans-Voix – ont permis de mettre en évidence les effets physiques et psychologiques des violences faites dans l’enfance. Elle participe ainsi à faire évoluer les mentalités et à mobiliser les politiques – interventions devant le Sénat et l’Assemblée Nationale.

 

 

 

6 – N'hésitez pas à ajouter des réflexions à propos de votre ouvrage, l'idée même de sa conception, vos objectifs...

 

 

Paule Andrau – Mon roman, Vi♀lence(s), n’est ni une « autofiction » parmi d’autres, ni un « essai » ni un « témoignage ». Il est un hommage aux femmes : comme le ferait une “partition” musicale, il  orchestre des histoires morcelées qui émeuvent, indignent et révoltent, il cherche à ébranler la conscience sociale qui, de façon générale, nie et méconnaît la condition féminine. 

Il a longtemps mûri dans ma pensée, accumulant toutes ces blessures faites aux femmes dont elles ne parlent pas, ces « bris de femmes », comme des sédiments qui ont fini par venir au jour au fil d’un long processus : ces éléments qui semblaient disparates ont pris sens de leur confrontation même, en un kaléidoscope incomplet et mouvant, c’est devenu une création littéraire et artistique qui se revendique pour telle.

Camus fait dire à Caligula, son « héros de l’absurde », « Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux ». Il est temps de dire pour les femmes d’aujourd’hui et celles de demain : « Les femmes meurent et elles ne sont pas heureuses ». 




 

 

Biographie de la romancière :

 

Paule ANDRAU est agrégée de lettres classiques et professeure de chaire supérieure, elle a longtemps enseigné la littérature avant d'écrire «  le temps venu » et de prêter sa voix à toutes les femmes qui sont entrées dans sa vie « – femmes du réel, des livres, de l'Histoire, des faits-divers, des films, des rêves – et qui n'en sont jamais ressorties ».

 

 

 

©F. Urban-Menninger

 

 

***

 

 

Pour citer cet entretien féministe 

 

Françoise Urban-Menninger«  Interview à propos de "Vilence(s)" de Paule Andrau » texte inédit, photographie par Gilles Nadeau, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 30 août 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/fum-entretien-pauleandrau

 

 

 

Mise en page par Aude SIMON

 

 

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23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 10:48

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REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Entretien​

 

 

 

 

 

 

 

 

 ​​​​Interview avec la poétesse

 

 

 

Hanen Marouani

 

 

 

 

 

Propos recueillis par

 

 

Amal Latrech

 

Doctorante en littérature française, diplômée en pédagogie du Fle de l'université de Rouen et enseigne le français langue étrangère à l'institut français de Tunisie.

 

 

 

Entrevue avec l'auteure

 

Hanen Marouani

Docteure en langue et littérature françaises de l’université de Sfax et auteure de quatre recueils de poésie(s) et traductrice.

 

 

 

 

​​​​© ​​​​​​​​​​​Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil "Tout ira bien" de Hanen Marouani. 

 

 

Introduction

 

Hanen Marouani est une poétesse tunisienne qui nous plonge dans son monde de tendresse et nous attire par ses mots manipulés avec toute délicatesse. Nul ne peut lire sa poésie sans se retrouver… Expériences, espérances, chance et malchance, douleur et doute, mort et résurrection s’entremêlent pour miroiter notre vie, nous qui sommes à la recherche de nous-mêmes, à la recherche du « temps perdu », à l’invention de l’euphorie, aux aléas de l’inattendu.

Hanen nous dévoile Les profondeurs de l’invisible pour créer l’espoir et voir Le soleil de nuit, elle partage avec nous Le sourire mouillé de pleurs pour passer à l’autre bout du monde, pour sortir du tunnel et nous dire Tout ira bien. Ces recueils sont marqués par une altérité spatiale et temporelle d’où on peut saisir facilement l’héritage de l’Orient.

Nous nous proposons de mettre en lumière un sujet-orient à partir d’un entretien avec la poétesse. L’Orient dans l’écriture de Hanen Marouani crée ainsi un univers infini à la croisée du monde entier où elle chante l’affranchissement d’un espace à la fois spirituel et géographique. Nous allons découvrir ensemble le profil de Hanen Marouani et le rôle que joue l’Orient dans sa poésie.


 

 

 

Entretien 

 

 

1 – Parlez-nous de la femme que vous êtes, de votre engagement et votre écriture ?

 

HM – Comme c’est toujours difficile de parler de moi. Je devrais ouvrir une petite parenthèse autour et sur la définition de l’engagement par l’écriture ou comment j’ai pu réaliser au fil de temps ce qu’est un engagement, car auparavant tout ce qui est considéré comme engagement selon les définitions proposées je pense que je l’ai fait volontiers et volontairement. Et en tenant compte du contexte de notre entretien qui peut être aussi contenir et intéresser d’autres contextes et cadres, il me paraît encore trop tôt pour dire que je suis vraiment engagée par l’écriture pourtant les sujets qui m’inspirent souvent renvoient à cette part essentielle de notre existence. C’est vrai qu’être engagé est souvent pris dans le sens de réaction subite, spontanée ou réfléchie faisant partie du mouvement populaire. Il s’agit d’un caractère qui peut être inné et quotidien contre toute forme d’injustice au sein de la société et au profit de l’humain et de tous les êtres vivants sur terre ou même ailleurs. Une sorte de prise de conscience de la diversité dans toute son ampleur et dans toute sa potentialité. Pour pouvoir mener un combat au sens d’idées, il fallait bien un don quelque part et surtout une croyance et...

Je peux te citer des vers de mon poème Elle a fait un chemin qui peuvent synthétiser l’idée d’une femme engagée dans une société patriarcale et pleine de défis à relever :

 

La fleur incarcérée a fait un long chemin

 

Aux couleurs d’une triste et noire solitude

Au silence des enfants dans la culture de lassitude

Aux ruines des maisons des mères bédouines sans ride

Elle a fait un chemin sans parler à quelqu’un à part la mer

Dans le désert d’une sensualité obstruée et sincère

Un chemin sur une mystérieuse lune sans lumière

Couvert de frayés et d’une vraie désespérée solitaire

Harassée de fatigue à l’entrée qu’à la sortie imaginaire

Arrivée à devenir une engagée douloureusement isolée

Une noble étrangère dans un nid de tyrans effrayants

Aux plaisirs insultés et entièrement démesurés sans regret

"Tout ira bien", Elle a fait un chemin, Le Lys Bleu, Paris, p. 49.


 

 

 

2 – La voix de l’enfance qui s’infiltre dans votre écriture est-elle la source d’inspiration et d’identification ?

 

HM – J’aime bien cette question surtout que tu as pu saisir cette voix d’enfance, car comme les mots de Paul Valéry « j’aime les enfants, car, quand ils s’amusent, ils s’amusent ; et quand ils pleurent ; et cela se succède sans difficulté. Mais ils ne mêlent pas ces visages. Chaque phase est pure l’autre. Mais nous… ».

C’est le reflet d’une voix intérieure qui peut nous habiter depuis notre arrivée à ce monde sans jamais nous quitter et au milieu de chaque être saigne une frontière d’enfance. Je le crois et je le pense aussi.

 

 


 

​​​​© ​​​​​​​​​​​Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil "Les Profondeurs de l'Invisible " de Hanen Marouani. 

 

 

3 – Vous êtes une jeune tunisienne résidente en Italie, votre poésie est-elle la création d’une identité perdue.

 

HM – Je suis plutôt entre l’Italie et la France et je me suis trouvée beaucoup plus en Italie ces deux dernières années vu la situation sanitaire. Cette dernière était pour moi une occasion pour me retrouver autrement, mais pour répondre à ta question concernant ce que j’écris ou je crée par rapport à l’identité perdue, je pense qu’on ne peut jamais perdre une identité et la preuve en est c’est qu’elle est là même au-delà de l’écriture, c’est plutôt un vécu et une sensibilité au quotidien et ceux qui me connaissent de près peuvent mieux comprendre. Mais ce n’est pas le lieu de résidence qui détermine cette présence ou absence d’identité, mais bien au contraire la rencontre avec d’autres gens et cultures permet de mieux manifester l’identité d’après ma propre expérience et le voyage et le départ nourrissent l’identité et moyen pour se reconnaître dans la diversité et la richesse de l’identité.


 

4 – L’Autre par toutes ses facettes est partie prenante dans votre écriture. Peut-on nous retrouver dans l’altérité une façon pour mieux se reconnaître et mieux se définir ?

 

HM Le « je » ne peut pas exister sans l’autre, il est mieux assumé et affirmé quand il rejoint le « nous » et l’ensemble. Il faudrait également comprendre dans certaines phases de notre parcours soit individuel, psychologique ou social que cet autre n’est pas toujours notre reflet ou plutôt notre altérité désirée et voulue me rappelant ici de Sartre « l’autre est l’enfer » et pourtant il fallait savoir prendre distance et apprendre de plus en plus l’objectivité afin de défendre certains inconnus par la distance, mais ils demeurent nos frères et proches par l’humanité. Je voudrais bien mettre l’accent sur l’empathie et l’importance de la solidarité dans l’évolution des peuples et des mentalités. Peut-être, il y a eu beaucoup de gens qui ne comprennent pas convenablement leur hypersensibilité ou ils la voient mal, mais il serait intéressant d’apprendre que c’est le pont ou le chemin vers beaucoup de belles choses dans et de la vie, car d’après ce que j’essaie de transmettre comme idée ou émotion par mes écrits est destiné à l’autre, mais il est fait aussi pour et par l’autre. On fuit cet autre quelques fois, mais on se retrouve à ses travers parfois. C’est comme ça la vie, elle nous cesse pas de nous surprendre de ses contraires et de ses oxymores.


 

 

 

5 – Selon Edward Saïd le souvenir de l’Orient est en conflit avec l’imagination ? Êtes-vous d’accord ?

 

HM – Il faudrait que je sois vraiment plus outillée pour répondre à cette question ou du moins d’avoir un point de vue plus recherchée sur cette position conflictuelle entre l’imagination et le souvenir de l’Orient . Mais je pense que ce qui caractérise l’orient d’après d’Edward Saïd est l’importance du souvenir qui prend un seul sens et qui a tout c’est cette nécessité de dire tel qu’il est le passé sans innovation et sans vouloir se révolter par les arts et les mots. Cette revendication de revenir à ce passé tout étant d’aujourd’hui, je la vois comme une arme de reconstruction identitaire, de remise en question perpétuellement. C’est peut-être que par le souvenir s’enrichit l’imagination et dans ce cas l’orientalisme puisse s’inscrire dans la diversité, l’identité et la continuité sans rester stagné ou figé.  Quant à l’aspect imaginatif, l’Orient est à mon humble avis, une source d’inspiration énorme et unique au niveau artistique et poétique et qui continue à donner des ailes et des élans pour suivre un rythme innovant et une certaine forme plus libre et imagée.

 

 


 

6 – Êtes-vous à la recherche de communiquer une image plus fidèle de l’Orient ?

 

HM – J’apprécie bien cette question, mais avant de rentrer dans les détails, je voudrais insister que l’expression d’ une image fidèle de l’Orient nous met dans la tête une seule image et un seul paysage de l’Orient or qu’il existe plusieurs images, paysages et manières variés pour le représenter et l’exprimer. Cette manière de faire communiquer et de dialoguer ces différences et variantes pour aller au-delà de cette idée à sens unique. Il fallait bien traverser les frontières de tout dans ce cas-là.

 

 

7 – L’Orient, dans les écrits littéraires en général, et poétiques en particulier, est-il encore lié à cet aspect exotique, ou s’est-il transcendé à d’autres choses ?

 

HM – Entre les deux rives, les deux conceptions du monde et entre les genres d’écriture, il existe toujours une fascination réciproque et le terme exotique définit bel et bien cette sensation de fascination qui n’est pas forcément propre à l’orient dans le sens que nous comprenons autrefois ou aujourd’hui. Il y a une évolution et même un élargissement de sens. Plus on voyage, on s’éloigne, on s’évade, plus on comprend mieux les choses et les définitions et plus on est dans notre zone de confort et dans la solitude, plus la définition de l’exotisme reste incomplète et ambiguë.

 

 

​​​​© ​​​​​​​​​​​Crédit photo : Première de couverture illustrée du recueil "Le Soleil de Nuit" de Hanen Marouani. 

 

 

 

8 – Face aux crises sévères dans lesquelles cet Orient se débat politiquement, socialement et économiquement, quelle fonction de la poésie voyez-vous au milieu de tout cela ?


 

HM – Mes recueils publiés mettent en lumière les paysages ensoleillés de mon pays, la Tunisie et de la Méditerranée. Mais ce n’est pas tout et je le dis vraiment avec beaucoup de tristesse, car par exemple dans Le sourire mouillé de pleurs, la majorité des poèmes pointent de doigt un système politique injuste à l’égard de ses jeunes et ce n’est pas qu’en Tunisie, il y a plusieurs textes dédiés spécialement à l’âme de Aylan et à tous les enfants comme Aylan qui en fuyant la guerre mort naufragé e l’intolérance de certains individus qui font la guerre et qui sont responsables de ces vies innocentes qui partent comme ça sans avoir eu le temps de vivre la vie qui devrait normalement les attendre. J’écris donc pour exprimer ma colère.


 

 

9 – Avez-vous été influencé par des poètes orientalistes dont les poèmes ont habité l’Orient, comme Goethe ou Constantine Cavafy ?


 

HM – Franchement je n’ai pas trop cherché à savoir cette signification d’influence et encore plus ce qui caractérisent ces figures que tu viens d’illustrer. Je pense que tout est venu à moi et de moi en toute spontanéité. Et on peut revenir là à ta question précédente sur l’identité perdue, on ne perd pas une identité, elle est là en nous, elle disparaît peut-être, elle s’efface peut-être aussi, mais elle réapparaît et elle a ses traces et ses empreintes qui restent en nous et qui nous rappellent d’où nous venons après avoir abandonné peut-être, l’identité ou l’enfant que nous étions.

Une sorte de renaissance de la petite fille rêveuse en moi que j’avais abandonnée quelque part, un jour sans me retourner. Quant à la couverture, oui elle est de moi, elle traduit cet assemblage de couleurs, d’images, de mots, de choses improbables auxquelles j’aime redonner vie sous une autre forme, une sorte de pied de nez au déterminisme et à la finitude qu’on retrouve également dans ma poésie.


 

 

10 – À votre avis, comment l’Orient écrit-il poétiquement, écrit-il à travers les questions de l’individu en lui, à travers son âme épique ?

 

HM – Je pense que  l’écriture de l’Orient dans la poésie était toujours une occasion pour renouer avec notre sensibilité et avec l’humain qui est en nous. Malgré le temps qui passe et le décalage entre les époques, il est possible de dire que l’Orient a eu une évolution voire une progression dans les écrits poétiques en variant les thèmes et les contextes au fur et à mesure, mais il a toujours gardé sa touche à lui qui d’ailleurs réussit toujours à nous toucher en tant que lecteurs. Et je rappelle ici qu’on ne peut pas séparer l’individu de son âme épique ou glorieuse, car c’est inné et naturel de vouloir chanter cette part d’espoir même dans certaines pages et non pas dans la réalité, mais c’est bien là la magie de l’écriture poétique orientale qui donne des frissons, des émotions et un plaisir intense qui reste même en quittant la page.


 

 

11 – Comme dernier mot, qu’est-ce que vous voulez ajouter ? Et merci pour cet échange !

 

HM – Même quand on écrit en français, l’âme arabe et orientale est présente et criante d’une identité multiple. L’écriture et la poésie nous permettent certainement de se découvrir encore et encore. L’orient demeure alors découverte et conquête.


 

Biographies 

 

​​​​© ​​​​​​​​​​​Crédit photo : Portrait de la poétesse Hanen Marouani montrant son recueil de poèmes "Le sourire mouillé de pleurs".

 

 

Hanen MAROUANI est une tunisienne résidente entre l’Italie et la France. Elle est docteure en langue et littérature françaises de l’université de Sfax et auteure de quatre recueils de poésie(s) publiés entre Tunis et Paris et traductrice. Elle est diplômée aussi de l’université de Sienne (Toscane) en langue italienne et de l’université de Rouen en didactique et pédagogie du FLE. Elle s’intéresse dans ses recheches à la position de la femme dans la littérature et la société à partir de l’analyse des pratiques discursives et énonciatives et à la problématique de l’immigration et des inégalités de genre. Elle a participé à des colloques, des festivals et des évènements culturels nationaux et internationaux. Ses textes ont été publiés dans des revues et anthologies internationales et traduits en d’autres langues comme l’espagnol, l’anglais et l’italien. Elle a reçu également des prix lors de sa participation à des concours de poésie. 

 

 

 

Amal LATRECH est une doctorante en littérature française qui consacre ses recherches à l'écriture de femmes et au discours paratextuel. Elle s'intéresse, également, à l'égalité femme-homme et au militantisme politique et social. Elle est diplômée en pédagogie du Fle de l'université de Rouen et enseigne le français langue étrangère à l'institut français de Tunisie.

 

 

 

Pour citer cet entretien 

 

Amal Latrech, « Interview avec la poétesse Hanen Marouani », entretien inédit, Revue Orientales, « Les figures des orientales en arts et poésie », n°1, mis en ligne le 23 août 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no1/al-hanenmarouani

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

Dernière mise à jour le 22 septembre 2021 (ajout de photographies fournies par Amal Latrech & d'informations secondaires par la rédaction) 

 

 

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