12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 16:12

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Critique & réception

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand l'humanitaire

 

 

s'invite en poésie

 

 

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

​​​​​​​

 

 

 

Si pour Malherbe « Un bon poète n’est pas plus utile à l’État qu’un bon joueur de quilles. » mais plus tard Hugo nous enseignera dans Les Rayons et les ombres que le poète était un guide, un justicier, un messager. Alors qui dit mieux ?

 

Dans Sauvons les migrants, Anthologie poétique humanitaire, Éditions Parole & Poésie, 2020, 169 pages, format A5, 20€, coordonnée par Patrick Picornot et Aumane Placide, ce sont les poèmes de cinquante poètes qui résonnent comme un silence brutal sur lequel se referment les portes de la vie. La vie de tant d’êtres humains engloutis au creux des vagues tumultueuses de la Mer Méditerranée. 

Les propos liminaires de Patrick Picornot « Redonnons la parole aux poètes » portent sur le regard des poètes tels qu’Aimé Césaire, Victor Hugo, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Louise Michel et bien d’autres sur la construction du tissu social au fil de l’Histoire.

​​​​​​

Puis dans « Intra-Muros / Extra-Muros », il a dressé un état des lieux en replaçant le phénomène migratoire dans son contexte sociopolitique et historique. Aussi considère-t-il que l’autre est « le suspect » en puissance tout en ne se gardant de lancer cette exhortation : « Saluons tous ceux qui, avec courage, proposent d’accueillir les migrants dans les ports, bien qu’ils n’aient pas toujours l’aval des gouvernements ». (p.30) 

Témoin de son temps, le poète n’est pas moins actif que les autres entités sociales. Il participe par l’écrit au sauvetage de ses semblables. En traduisant ce qu’il a vu, en retraçant les faits, il n'en demeure pas moins qu’il laisse une trace derrière lui. 

« Une vie ne vaut rien mais  rien ne vaut une vie », proclame Malraux et c’est ce qu’ont compris les protagonistes de l’anthologie en  concrétisant cette idée insufflée par Patricia Bruneaux qui s’indignait face au drame humanitaire  qu’est le péril en mer des milliers de migrants. « Dans son plaidoyer pour le respect du vivant » dédié à l’Aquarius, elle évoque le passé de sa maman, l’exilée fuyant la guerre à l’époque coloniale avec sa fratrie : « Tous, à fond de cale d’un navire, parqués comme des bestiaux sans eau ni alimentation ». (p.34)

 

À travers les pages qui suivent c’est un véritable SOS sous couvert de la poésie que lancent cinquante poètes à la sensibilité et à la plume très différentes. Quelle gageure !

Quant à Aumane Placide dans « Nous sommes tous des migrants », pour corroborer sa thèse, elle nous donne à voir une vue panoramique de l’Histoire de France en soulignant les différentes strates qui se sont agglomérées au fil du temps (du IXe au XXe siècles) pour former la société française. Elle a également évoqué le paroxysme du racisme chez le zoologiste Cuvier qui compara Sarah Baartman (la Vénus hottentote) à un orang-outang. Pour contrer ce racisme viscéral, elle en appelle à l’anthropologue et ethnologue Claude Lévi-Stauss qui soutient :

« L’Homo sapiens venant d’Afrique s’installe progressivement au Proche –Orient, en Asie puis en Europe, territoire occupé par les Néerdanthaliens. Il conquiert ensuite l’ensemble du globe » (p.149)

C’est sur les propos de Pedro Vianna que cette anthologie se referme avec « Conjuguer Migration et Poésie entre Hasard et Nécessité ». Qui peut mieux parler de la condition des migrants que lui ? « Je fais partie de cette minorité », écrit-il.

Économiste, poète et dramaturge, il a eu un parcours atypique en tant que réfugié politique d’origine brésilienne. Ayant été juge assesseur à la Cour nationale du droit d’asile, nommé par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), il connaît bien les dossiers. Cela va sans dire qu’il a pas mal plaidé la cause des migrants.

Il nous rappelle que le phénomène migratoire ne fait partie que de plus de 3%  de la population mondiale qui est de 7 milliards et demi,  ce qui sous-entend que les migrants,  loin d’être un fardeau  difficile à porter pour les pays d’accueil, contribuent la plupart du temps à l’essor économique et culturel de ces derniers quand leur intégration est réussie. Pedro Vianna n’en est pas moins un exemple pour avoir mis son savoir universitaire à la disposition des étudiants français et européens en tant qu’enseignant. 

 

Avec Éric Meyleuc, feu son compagnon, en qui il avait su trouver un allié de taille, il militait dans le théâtre tout en continuant son combat dans le domaine associatif en faveur des migrants.

Retraité, il poursuit encore avec beaucoup d’intérêt sa lutte « dans le champ des questions migratoires ». 

 

Cette anthologie est un livre de référence, riche en faits socio-historiques et politiques. Elle recèle également un bon nombre d’adresses utiles. 

 

 

***

 

 

Pour citer ce texte

 

Maggy De Coster, « Quand l'humanitaire s'invite en poésie », texte inéditLe Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021, mis en ligne le 12 mars 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/mdc-humanitaireenpoesie

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Poésie philanthropique
12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 14:57

 

Événements poétiques | Le Printemps des Poètes | « Désir » | Les femmes & le désir en poésie 

 

 

 

 

 

Les reins enveloppés de lin blanc

 

 

&

 

 

La lune s’effondre dans le ciel de Dia

 

 

 

 

 

Marie-Laure Le Berre

 

 

 

Crédit photo : Médée, "Jason et leurs enfants", Napoli, domaine public, Wikimedia. 

 

 

Les reins enveloppés de lin blanc 

frissonneront 

sous la scie lente d'un doigt

qui aimera glisser sur une cuisse tremblante

jusqu'à la caverne creuse où il s’engouffrera.

Perlera alors la fièvre de l’attente

entre deux seins

Jaillis

sous la lèvre ouvrière 

de leur dieu.

Elle gémira d’espoir de recevoir enfin 

le joyau en son creux

et suppliera de ses vœux sans paroles

de sombrer dans le grand bleu des cieux.

​​​​​​Elle sera morte avant.


 

La chair fondue en braise

rouge

dans la fournaise de mon feu.

 

Ah !, je sens là au ventre

mousser

une délicieuse angoisse

à l’idée 

des poisons efficaces

que j’ai versés brûlants 

sur les voiles de l’épousée.

Puissent-ils calmer ma rage effrénée 

de rivale

avant que je ne prenne 

jusqu'au fond

de mon sexe de femme 

Jason pour le tuer.*


 

 

 


* Extrait de M-L. Le Berre, Étude sur Médéé.






 

Crédit photo :  Angelica Kauffmann, "Ariane donne une pelote à Thesée", domaine public, Wikimedia. 

 

 

 

La lune s’effondre dans le ciel de Dia. Les ramiers claquent leur vol sur un jour déjà mûr. Dans l’antre creuse. Sur la natte moelleuse. Les doigts blancs. Autour tâtonnent encore épris. Du plaisir de la nuit. Elle s’éveille. 

Les paupières aux longs cils battent. Contre un rayon, les doigts se sont lassés. Ils s’affaissent. Explorent de nouveau. La main s’étonne, elle cherche. La peau étrangère. Elle s’affole soudain. De la fraîcheur du lit.

 

Elle se dresse. Nue. 

La place est vide. 

Le ventre grouille, elle le caresse, le cœur bat trop. Sur cette terre sauvage encerclée d’eau. Elle est seule. Elle crie. 

Thésée.

Elle crie son désir de lui encore. Comme ça, les genoux. Sur les seins. Recroquevillés, elle pense, elle veut. Sa nuque, sa bouche, et ses yeux d’eau. Que sa poitrine dure lisse encore sa peau. Elle n’en peut plus. De sa douleur, ce feu. Dans le silence où nul n’entend.


 

Elle recouvre son corps des tissus épars.

 

Elle se met à courir. 


 

Jusqu’au rivage. Le sable freine ses pieds. Elle s’arrête. Sent la mer mourir. Sur sa chair. Glacée. Et les âcres goëmons. Des roches découvertes. Au soleil, ses voiles tombent. Dans les vagues. Ondulent comme des noyés. De torpeur. Elle est à lui, Thésée. Tout entière attachée. À son corps chaud qu’elle a  longtemps baisé. 

Elle voit.

Là-bas. La voile noire siller sur l’horizon lustré. D’argent. Elle crie. Pour que Thésée l’entende, folle. D’un éternel chagrin bientôt. Elle s’élance. Elle ne se souvient plus du fil qu’elle a tendu. Pour le sauver. Du labyrinthe, ses passages. Pour la perdre. Dans l’inextricable réseau de ses souffrances. Elle gravit les rocs aigus. Pour étendre sa vue sur la mer. La voile est là. Elle fend l’eau. Elle dévale. Les pentes, court au-devant. De l’onde, relevant les tissus trempés sur ses jambes nues. Elle crie. 

À dieu. 

De perdre Thésée et tous les hommes qui, jusqu’au lit, promettent les amours permanentes, ils partent après. Conquérir d’autres gloires, d’autres terres. Et ravir d’autres Phèdre. Toujours.


 

Elle a regagné l’antre et la couche sent le parfum du furtif vainqueur. Elle renifle. Comme la bête, elle pleure. Après. Elle allonge son corps. Parfaitement. De désir. 

Du désir lent de lui. 

Elle meurt. Elle sent, elle meurt. 

Sur le lit fait.**


 

 

** Extrait de M-L. Le Berre, Étude sur Ariane.

 

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes sur le désir 

 

Marie-Laure Le Berre, « Les reins enveloppés de lin blanc » & « La lune s’effondre dans le ciel de Dia », poèmes d'amour inédits, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Le Printemps des Poètes « Les femmes et le désir en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 12 mars  2021. Url :  

http://www.pandesmuses.fr/desir/mllb-medee-ariane

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans RECUEIL NO3 Amour en poésie
11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 17:05

 

Événements poétiques | Le Printemps des Poètes | « Désir » | Les femmes & le désir en poésie  

 

 

 

 

 

Le vent, L'urne,

 

 

Triste je suis

 

 

&

 

Tant rutilent mes yeux noirs

 

 

 

 

 

Camille Aubaude

Sites officiels : http://www.camilleaubaude.com/

& www.lamaisondespages.com/

Blog officiel : https://camilleaubaude.wordpress.com/

 

 

 

Crédit photo : Reclining beauty, domaine public, Wikimedia. 

 

 

 

Le vent 

 

 

Je suis enceintée par le vent

galopant à tous vents.

Personne ne m’enlève l’ivresse des mots,

galopant à tous vents.

Mirage de l’art, verte enfance empourprée

je suis encerclée par les vents,

L’harmattan, le zéphir… la brise

astucieuse enlace mes seins

ensemençant de ses caresses le blanc

entourant la colonne de sang

du giron de la Déesse.

 

 

 

 

 

L’urne  

 

 

Les baisers de la bouche dans la mer frissonnante emportent la chair dans leurs cadences.

 

 

La queue enfoncée dans la chatte chaude fait tanguer le beau cul aux tréfonds puissants, où la pierre de sang palpite, folle, en mesure, pourtant.

 

 

Il passe le long des seins, elle ouï sa voix à jamais en pressant son dessein d’aboutir au même instant qu’elle, tout prêt, nue et pâmée.

 

 

Elle sait sa toison noire aux perles ruisselantes sur la peau ambrée, la rose salée d’un baiser dans le cou, le ton haut des battements de son cœur.

 

 

Et ses doigts dans sa chatte éperdue et folâtre, où naviguent l’orque, le norval, la faune aux serpents de feu.

 

 

Plaqué contre ses reins, il manie le sceptre du sacre divin et lève les vagues de la mer. Le diamant qui ruisselle de ses yeux vers ses yeux est le sien, puis le leur, fort brillant.

 

 

La sirène a rué dans les palmes de l’ondin, occulte pouvoir de saisir l’esprit qui meut l’homme et la femme en une danse à pleines mains.

 

 

Sans être du même sang, ils ont l’envie jumelle de jaillir à l’aube de sourires d’aise. Mus dans l’étreinte de chaque jour, la lutte contre la nuit, les râles adorant le silence cadencé.

 

 

Feu perpétuel, cheveux mêlés, poitrines embrassées, aux formes arrondies de la mer dans les remous de paupières sous les jolies langues mouillées.

 

 

Oh ! que le sacre de Morphée relève le sceptre des ténèbres.

 

 

 

 

 

Triste je suis

 

 

Triste je suis, vous tordez mon désir

 

saisissez ma fleur d’étrange force

Vous me tenez sous un joug féroce

jusqu’à me faire consentir.

 

 

Je souris de n’être la première

à rester en prière penchée sur ma raison

étincelle sur la roche où vos caresses

dénudent mon corps en langueur.

 

 

Sur le roc de Lorelei brûle une fleur cueillie

au Phœnix des Veilles par un Oiseau qui fuit

tant il est blanc. Glace fendue, son vol

verse au ciel la cendre de peaux nues.

 

 

Un lys blanc, puis deux lys troublants

embaument la Maison qui m’enlace

en fils de rêverie pour que je trace

sans retard la séparation de l’Azur.

 

 

 

 

Tant rutilent mes yeux noirs

 

 

Tant rutilent mes yeux noirs

happant les tourbillons du désir 

qu’ils vous envoûtent sans gémir

en poursuivant de vains espoirs.

 

 

 

Temps de tempête dans les soirs 

mes lèvres roses vont s’ouvrir

et d’instinct mon âme mourir

tant vous dansez en ses miroirs.

 

 

Dans la cuisine aux cafés noirs

le ciel s’accorde à nos soupirs.

L’eau coule en nos abreuvoirs

tant que rutilent mes yeux noirs.


 

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes d'amour sur le désir 

 

Camille Aubaude, « Le vent », « L'urne », « Triste je suis » & « Tant rutilent mes yeux noirs » poèmes inédits d'amour, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Le Printemps des Poètes « Les femmes et le désir en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 11 mars  2021. Url :  

http://www.pandesmuses.fr/desir/ca-levent

 

 

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans RECUEIL NO3 Amour en poésie
11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 15:24

 

Événements poétiques | Megalesia 2021 | Astres & animaux | Poésies printanières & colorées | Florilège de textes poétiques

 

 

 

 

 

 

 

 

À venir...

 

 

Douce saison

 

&

 

 

Le printemps des poétesses

 

 

 

 

 

 

Textes & peintures de

 

Sarah Mostrel

 

Site : https://sarahmostrel.wordpress.com 

Facebook www.facebook.com/sarah.mostrel

 

 

 

 

© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "À venir", pastels.

 

 

 

À venir...

 

 

 

Partir, aimer

Suivre le courant

Le ciel qui s’engage 

La belle renaissance

Fluide et attendue

Loin de tout déplaisir 

Avenir, bienvenue !

 

 


 

 

© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "Douce saison", oil on canvas. 

 

 

Douce saison  


 

À tout vent, au printemps

Hors des mauvaises graines

Des plantes qui parfois germent 

Sans amour, sans raison

Fêtons la douce saison

 

 

 

 

© Crédit photo :  Sarah Mostrel, "Le printemps des poétesses", oil on canvas. 

 

 

Le printemps des poétesses

 

 


 

Désir d’air et d’eau pure

Désir d’éclosion

Rejoindre en femme libre 

Les mots que le vent sème

Et tous ceux que l’on aime

 


 

©S. Mostrel

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes printaniers & colorés

 

Sarah Mostrel (poèmes & illustrations inédits)« À venir... », « Douce saison » & « Le printemps des poétesses »Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées », mis en ligne le 11 mars 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/sm-doucesaison

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia
11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 11:00

 

N°9 & Événements poétiques | Megalesia 2021 | Revue culturelle d'Europe 

 

 

 

 

 

Escapade au Musée Rodin

 

 

 

 

Texte, peintures &

photographies par

 

Mustapha Saha

Sociologue, poète, artiste peintre

 

 

 

© Crédit photo :  "Auguste Rodin", portrait en noir et blanc par Mustapha Saha, peinture sur toile. 

 

 

© Crédit photo :  Confinement. Couvre-feu à Paris" par Mustapha Saha le 7 mars, 2021.

 

 

Paris. Dimanche 7 mars 2021. Couvre-feu à dix-huit heures. Quartier latin, Saint-Germain-des-Prés, bords de Seine  dépeuplés. Restaurants verrouillés, cafés fermés, rideaux baissés, tagués de slogans ravageurs.  Chaises empilées dans les brasseries de la Place Saint-André-des-Arts.  Commerces de livres ruinées. Les quatre librairies Gibert Jeune, Place Saint-Michel, fondées en 1888, tirent leurs rideaux, définitivement.

 

© Crédit photo :  Mustapha Saha, "Confinement. Couvre-feu. Vieille enseigne Gibert Jeune sur le boulevard Saint-Michel", mars 2021.

 

 

Je photographie la vieille enseigne avant son démantèlement. S’étouffe Cathédrale Notre-Dame dans son corset d’acier. Des sirènes hurlantes déchirent le silence, de temps en temps. Interdictions partout, interdictions dans toutes les têtes. 

 

L’urbaine vacuité me vaut une longue méditation devant la statue jupitérienne de Victor Hugo dans le parc du musée Rodin, miraculeusement accessible. Je salue au passage le peintre Jules Bastien-Lepage. Son portrait de l’actrice Juliette Drouet, maîtresse inamovible de Victor Hugo pendant un demi-siècle, défraîchie par les années, reste à jamais dans ma mémoire. Les Bourgeois de Calais m’interpellent. Je m’arrête par complaisance. Je les ai étudiés sous toutes les coutures. La Porte de l’Enfer en bronze aspire le visiteur. La Divine Comédie de Dante Alighieri dans sa terrifiante splendeur. Corps tordus, membres désarticulés, regards effarés. Corps nus, tourmentés, contorsionnés. Les agonisants se bousculent, s’entrechoquent, se piétinent, et soudain, à l’extrémité du tympan, La Méditation, jeune femme gracieuse, anachronique dans l’amas de chair, reflue à contre-sens, freine la marche sans retour vers les abîmes. J’imagine cette sculpture phénoménale, babylonienne, comme un monument dédié au virus inconcevable, qui se propage sans limites, qui contamine les villes et les campagnes, les forêts impénétrables et les montagnes inabordables,  les déserts infranchissables et les terres inapprochables, qui se métamorphose et se réincarne. Je me refuse d’adopter ses dénominations pseudo-scientifiques. Les choses n’existent qu’à partir du moment où elles sont nommées (Walter Benjamin). Les réalités, les allégories, les symboliques de la crise sanitaire  éclatent aux yeux.

 

 

© Crédit photo : "Victor Hugo", portrait par Mustapha Saha, peinture sur toile. 

 

 

« Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance ». Services d’urgence. La fin du monde au bout du couloir. Les Trois Ombres, figures inexpiables de la malédiction, surmontant l’apocalyptique spectacle, ne sont qu’une même entité tournant sur elle-même. La Désespérance, en haut du vantail droit, femme assise, tête baissée, une jambe rabattue, l’autre tendue, pied serré dans la main.  La posture écartelée exprime l’informulable. 

 

Le Penseur, entouré de damnés du ciel et de la terre. Masques douloureux. Le Penseur  courbé, rompu, coude posé sur la jambe, menton appuyé sur la main, ultime valeureux, dans toute son impuissance. Le Penseur,  halluciné d’idées virales, de visions sépulcrales, de perceptions spectrales. La Femme accroupie, jambes cassées, écartées, corps ramassé sur lui-même, broyé de désir et de douleur. Volupté vénéneuse. Je pense au Penseur  penché sur la tombe d’Auguste Rodin dans la Villa des Brillants à Meudon, réfugié dans l’éternelle contemplation de la mort. Ce Penseur est finalement Auguste Rodin lui-même, inébranlable gardien de l’œuvre et de la sépulture. Il est Dante Alighieri. Il est Charles Baudelaire. Il est miroir des miroirs. « Le dédoublement prend ici la forme la plus nette, être à soi objet, se peindre comme une châsse, pour s’emparer de l’objet, le contempler longuement et s’y fondre. L’attitude originelle de Baudelaire (et de Rodin) est celle d’un homme penché (comme Le Penseur). Penché sur soi, comme Narcisse. Pour nous autres, c’est assez de voir l’arbre ou la maison. Baudelaire (comme Rodin) est l’homme qui ne s’oublie jamais. Il se regarde voir, il regarde pour se voir regarder ».   (Jean-Paul Sartre, Baudelaire, éditions Gallimard, 1947).

 

Charles Baudelaire se convoque dans la pandémoniaque bacchanale. Les titres des Fleurs du mal ponctuent la composition. Le poète s’aliène de sa quête d’absolu. L’artiste aussi. L’inaccessible beauté parade dans les géhennes.  Rêves de pierre. Amours de marbre. « Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre / Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour / Est fait pour inspirer au poète un amour / Éternel et muet ainsi que la matière / Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris /J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes / Je hais le mouvement qui déplace les lignes / Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris / Les poètes, devant mes grandes attitudes / Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments / Consumeront leurs jours en d'austères études / Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants / De purs miroirs qui font toutes choses plus belles / Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles ! » (Charles Baudelaire, La Beauté).

Je m’attarde devant le monument à Victor Hugo, statufié sur le rocher de Guernesey, entouré des muses de la jeunesse, de la maturité et de la vieillesse. La matière brute se conjugue aux formes ciselées. La plénitude s’accomplit dans l’inachevé. Sculpture en poème infini. Le personnage fusionne avec son assise, devient une île, secouée par les vagues. Du brisant surgit l’illumination.

 

 

​​​​​​© Crédit photo : La statue de "Victor Hugo" par Auguste Rodin, Musée Rodin. 

 

 

Et la sculpture devient, sous mes yeux, embarcation flottante. « Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants / Passer, gonflant ses voiles / Un rapide navire enveloppé de vents / De vagues et d’étoiles / Et j’entendis, penchés sur l’abîme des cieux / Que l’autre abîme touche / Me parler à l’oreille une voix dont mes yeux / Ne voyaient pas la bouche Poète tu fais bien ! Poète au triste front / Tu rêves près des ondes / Et tu tires des mers bien des choses qui sont / Sous les vagues profondes ! / La mer, c’est le Seigneur, que, misère ou bonheur / Tout destin montre et nomme / Le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur / Le navire, c’est l’homme » (Victor Hugo, Les Contemplations). Relecture en soirée des Châtiments, d’une étrange actualité.

 

 

© Crédits photos : Élisabeth et Mustapha Saha ensemble ou séparément devant la statue de "Victor Hugo" par Auguste Rodin, avec autres photos prises au Jardin du Musée Rodin le 7 mars 2021. 

 

 

 

***

 

 

Pour citer ce texte

 

Mustapha Saha (texte, peintures & photographies inédits), « Escapade au Musée Rodin », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021 & N°9| Femmes, Poésie & Peinture sous la direction de Maggy De Coster, mis en ligne le 11 mars  2021. Url :  

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/no9/ms-escapadeaumuseerodin

 

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Numéro 9

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APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.

L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.

SIÉFÉGP, 27 novembre 2025

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    N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossiers majeur & mineur | Florilèges / Le Printemps des Poètes 2026 | & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Créations poétiques Salut. Je suis ton ego., Langue de survie & seuil Poèmes engagés & féministes...
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    N°I | HIVER 2026 | « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Poésie & Littérature pour la jeunesse | Handicaps & diversité inclusive | Faits divers | faits de sociétés & catastrophes | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages Humanité Image fournie & poème...
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  • La Journée Mondiale de la Culture africaine et afrodescendante
    N°I | HIVER 2026 | 1ER VOLET « CRÉATRICES DE BOUQUETS » | Dossier mineur / Muses au masculin | Revue Culturelle des Continents / Invitations / Annonces diverses & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier | Varia & Actualité La Journée Mondiale de la Culture...